A propos du livre de Roncière ·
" Les leçons d'Althusser"
Rancière définit lui-même son projet : << Non pas une réfutation (d'Althusser), car il ne sert à rien de réfuter les dogmatismes. Plutôt une mise en scène visant à dérégler le fonctionnement d'un de ces discours marxistes savants qui occupent notre espace théorique pour rendre lisible, dans le discours de la révolution, la consécration de l'ordre existant» (p . 266). Pour ce .faire, il analyse << sa production théorique » en fonction de l'évolution de la conjoncture théorico-politique d'avant ·e t d'après 1968. C'est la première étude systématique de ce point de vue et, à ce niveau, elle est remarquab1ement bi.e n réussi·e. _, Rancière suit pas à pas l'évolution du discours d'Althusser dans ses liens av·e c la politique du P.C. face à la montée de la révolte étudiante et la radicalisation de couches inteLlectuelles dans le cadr·e de la crise du stalinisme. La démonstration est claire: comment le discours d'Althus·s·e r, queUe que soit <<l'autonomie de la pratique théorique » 5e lie directement dans ses effets politiques avec la ligne développée par le P.C. en direction de ces milieux; comment au travers de l'école althussérienne se définit un nouveau statut de << l'intellectuel communiste » au sein du parti et une nouvelle politique en direction de l'intelligents•ia universitaire. Inutile ici de résumer le livre de Rancière, autant le lire. Ce qu'il faut di,s cuter, c'est ce qui se trouve aussi dans oe livre, bien que développé de façon non systématique : pas seulement une critique d'Althusser, mais aussi - à propos de l'humanisme, des liens entre théorje et pratique - une élaboration propre ; pas seulement une critique des liens du discours d'Althusser avec la politique du P.C., mais aussi un certain bilan du << gauchisme ».
Ce débat n'est pas seulement intéressant, il est important. En effet, une partie des courants théorico-polit'iques issus de l' « école althussérienne » subissent une évolution telle que le débat devient possible. Pour autant, l'ensemble de ces courants, à des niveaux certes différents, dans leurs oppositions au « maît·r e >> restent très marqués par sa prohlématique, ou plutôt par certains aspects de cett·e problématique. Comme s'ils n'arrivaient pas à sortir de l'horizon définit par Althusser, comme s'ils en étaient un peu << le revers de la médaille ». Dans le cadre de ce court article, plutôt que d'argumenter systématiquement l'ensemble des questions, il s'agit de signaler les points essentiels autour desquels doivent, à mon avis, s'articuler les discuss·ions. Espérons qu'elles seront possibles et fructueuses. Le double effet de la problématique althusérienne Les analyses d 'Althusser sur l'école sont les meil~urs exemples de la double déviation qu'a produit une meme matrice: déviation droitière et ultra-gauche au plan politique, déviatiÎon que l'on pourrait appeler « économico-techniciste » et « politico-idéologiste » au plan théorique. Rancière développe d'ailleurs cette question sur l'école sa:ns pour autant en tirer toutes les conJSéquences théoriques sur la critique de la matrice althussérienne. Rappelons rapidement ce qui est assez connu. Dans un article de La Nouvelle Critique (janvier 1964) axé contre la gauche de l'U.N.E.F., Althusser produit une première analyse de l'école à l'aide des pseudo-concepts de division technique et de division sociale du travail. « La division technique du travail correspond à tous " les postes " de t·r avail dont l'existenœ est exclusivement justifiée par les nécessités techniques qui définissent le mode de production considéré à un moment donné de son développement, dans une société donnée. Ces nécessités techniques sont définies objectivement et donc scientifiquement définissables dans toute société. » « La division sociale du travail exprime un tout autre aspect de la division du travail. Elle a pour fonction d'assurer le processus de la dite société dans les formes mêmes de la division en classes et la domination d'une classe sur les autres (*)» Les effets politiques de ces développements sont limpides : « La direction d'une usine n'est pas une forme de la division technique du travail ... »; « une institution comme l'Univers.ité fait fondamentalement partie de la division technique du travail dans une société donnée» ; « le fameux rapport maître-élèves est l'expression technique de ce rapport pédagogique fondamental » t Et voilà! Est ainsi fondée une politique technocrato-réformiste visant à débarrasser l'ensemble des institutions des scories que leur imposent la division sociale du t·m vail pour assigner - au nom des exigences du développement des forces productives, au nom des nécessités techniques de la production défin·i es par la science du savant et du bureaucrate du parti - la place, «le poste», de chacun dans «la société moderne». En juin 1970 (La Pensée no 151), Althusser produit une ana-lyse de l'école directement opposée à celle de 1964. L'école n'est plus analysée comme résultat « des nécessités techniques » de la (") Dès avant 1968, une critique de ces positions a été développée, je n'y reviendrai pas.
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division du travail, mais comme «appareil idéologique d'Etat». L'école est alors définie comme simple instrument de domination idéologique de la bourgeoisie, comme résultat simplement de « la division sociale du travail ». Au plan politique, les ·r ésultats sont aus·si opposés : « Définir l'école comme appareil idéologique dominant, c'est éminemment réactionnaire, c'est justifier la pratique ultra-gauche de la destruction de l'écol·e ici et maintenant (1)». R:ancièr.e pa'l"le à ce propos de << platonisme ultra-gauche>> pointant ainsi l'aspect << idéaliste » de cette analyse et expliquant par ailleurs comment oes positions << gauches » visent à récupérer toute une frange radicalisée de l'1ntelligent·sia universitai·r e après 1968. Cette incapacité de la prolématique althussérienne de saisir l'école comme produit de la division du travail dans une société donnée, c'est-à-dire comme une institution déterminée par le développement des forces productiv·e s dans le cadre des rapports de production capitalis.te (et non comme simple produit soit des forces productives, soit des rapports de productions capitaHstes), renvoie à une déformation plus profonde de cette problématique dont Rancière rend compt•e de façon très incomplète. Déformation qui remplace par l'analyse << •s tructuraliste » des différentes << instances», l'analys·e dialectique de << la totalité sociaLe» dans l'ensemble de ses déterminations. La .formation sociale est analysée comme jeu de différentes instances relativement autonomes, hétérogènes, sans r.e ndre compte d'un phénomène pourtant décisif. A savoir que ces différentes instances dans leur autonomi·e ne son t pas le modèle suprahistorique du fonctionnement de toute société, mais le produit du développement de la société capitaliste, et plus précis émernt du phénomène du fétichism e qui auton om:ise chaque a spect de la réalité sociaie pour les faire fonctionner << comme des choses» qui ont Ieurs propves lois de développement. La façon dont la pensée althussérienne traite << l'instance » politique est à cet égard révélatrice. Au Heu de considérer le niveau politique comme niveau fétichisé de la réalité sociale -ce qui ne veut pas dire niveau illusoire, sans r.éalité propre -cette pensée << oublie que le Marx de la maturité a montré que l'autonomisation de l'Etat, en tant qu'extériorité du politique par rapport au social, n'est que la conséquence ultime et la sanction nécessaire de l'extériorité des œlations de productions par rapport à l'agent de production (2). » J.-M. Vincent explique comment chez Althusser nne telle fétichisation du politique s'oppos•e en fait à la tradition maJTXi:ste et léniniste de destruction de l'appareil d'Etat comme forme de pouvoi.r séparé de la masse des travaiUeurs pour la remplacer par << une lutte politique pour substüuer un nouvel appareil d'Etat au viei.l appareil d'Etat (3). » D. Bensaïd, dans sa critique du livre de Poulantzas Facisme et dictature a fait ausri apparaître comment cette << mécanique politique ·» fonctionne au niveau de l'analys.e concrète. Alors que Poulantzas ne saisit le fascisme que comme simple << agencement particulier de structuœs », l'analyse dialectique de Mandel permet de rendre compt·e du fascisme comme phénomène global ; à la fois réponse politique du grand capital avec un type de relation spécifique •a ux masses et produit de 1a faillite des directions ouvrières ( 4 ). » Il serait intéressant aussi de voir en détail comment cette démarche structuraliste fonctionne aussi au niveau de << l'économique ».
i...a aussi une sphère de l'activité sociale autonomisée par le dév~1oppement de .l a société capitaliste est fétichisée. Rejo~gnant Staline, Althusser et son école nient le dépérissement des lois économiques << indépendantes de la volonté des hommes» dans la société socialiste, faisant de ces lois économiques des lois ayant la même obj-ectivité que les lois de ·l a nature (5). Ce détour était nécessaire pour rendre compte de la matrice profonde de la prolématique althussérîenne et de la double déviation qu'elle peut produire. Cette démarche, qui fétichise les différentes instances, permet dans l'analyse de surestimer soit le niveau t·echnico-économique, soit le niveau politico-idéologique au lieu de rendre compte de l'unité diaiectique dans ses di,fférentes déterminations de la réalité sociaie étudiée. Ainsi le concept de Marx de division du t.r avail dans une société donnée éclate entre << division technique>>, d'une part, et << divi·sion sociale >>, d'autre part. On voit alors comment le réformi,s me et le positivisme du P.C. peut se servir de cette notion de << division technique>> et comment une politique ultra-gauche peut :se servir de cette notion de << division sociale >> pour passer au-dessus des conditions objectives. Parce que Rancière ne rend pas complètemoot compte de cette question, il ne peut situer l'évolution de tout un courant de gauche issu de la problématique althussérienne qui, quelles que soient Ies distances pcrises par rapport au maître, reste prisonnier en partie de sa matrice théorique. Couroot qu i véhicule à divers niveaux - et sa:ns faire d'amalgame - des déviations << politico-idéologique s >> e n réaction au positivisme et au << technicoéconomisme >> du P.C. Ainsi Poulantzas critique olairem ent et sur des bases correctes l'analy.s e de l'école comme appareil idéologique d'Etat et la politique ultra-gauche qu'elle fonde. Mais dans Fascisme et dictature il reste prisonnier de la << m écanique politique althussérienne. Dans son analyse des classes sociales, la notion de division travail manuel/travail intellectuel - produit de la div~sion capitaliste du t!ravail - occupe une telle place qu'elle lui permet, non pas simplement de .r endre compte par exemple des différenciations intennes à la classe ouvrière, mais de définir une nouvelle olasse sociale : la nouvel:le petite-bourgeoisie composée de l'ensemble des travailleurs non productifs. Sont a1nsi gommées toutes les détermiiilations éoonomiques que fait peser l'évoluton du procès de travail de ces couches à la suite de la pénétration du capital dans l'ensemble des sphères de la société; et sont surestimés, face à ces données, les effets de la division travaii manuel/travail intellectuel dans la détermination de classe de ces couches. A lliil autre niveau, Althusser veut rendre compte du stalinisme par la simple déviation théorique de <<l'économisme,,; analyse idéaliste, autonomi:sant complètement la sphère idéologique, et qui, de plus, a l'avantage d'escamoter l'analyse des conditions socio-politiques d'émergence du stalinisme! Rancière pointe une teUe critique : << La démarche de Lénine, elle, n'avait rien de métaphysique... Les courants invoqués par Lénine représentaient des fractions politiques, des tendances agissant au s.e in d'un même parti, dans le cadre d'un même système économique (l'impérialisme) et politique (la démocratie parlementaire), tendances appuyées sur des forces sociales nourries par ces systèmes ... >> (p. 189). Mais lo:r:squ'il veut essayer d'esquisser une analyse concrète du stalinisme, H n'est pas loin de retomber dans les mêmes errements : le stalinisme apparaît comme quasiment le produit
d'erreurs politiques et idéologiques de Lénine (Ulll certain économisme, ·s a conception du pa·r ti) . . Et, .s'il est .: mpidement dit que «ces tendances n'ont pu jouer qu'en se combinant avec des facteurs objectifs : luttes menées par les anciennes classes exploiteuses ou intermédiaires ... », ce qui lui semble essent·i el c'est l'analyse « des formes de pouvoir qui constituent la « dictature du prolétariat », des effets de classes spécifiques produit par le fonctionnement des appareils d'Etat prolétarien >> (p. 191). Bref, l'analyse du stalinisme comme produit de certaines déviations théoriques et comme effet du Jeu des institutions poliHques. Indépendamment du débat sur le léninisme, c'est là, du point de vue de 1 a méthode, faire peu de cas des conditions sociopolitiques d'émergence du stalinisme et de ses racines sociales, la bureaucratie, comme détermination première de son origine, au profit d'une espèce de sociologie des formes de pouvoir. Sa:ns le développer, citons un autre exemple; une phrase de Rancière qui apparaît au détour d'une page : « L'usine capitaliste, c'est d'abord, non pas le développement des forces productives, mais la communauté ouvrière brisée >> (p. 174 ). Mis à la porte dans la critique de la définition de l'école comme appareil idéologique d'Etat, « le platonisme ultra-gauche>> dont parle à juste tit.r e Rancière rent·r e ici par la fenêtre ... Premier débat donc: tirer les leçons d'A>lthusser, c'est aussi tirer la leçon d'un courant marxiste, diversifié dans ses .formes d'expression, mais très marqué paT la mat.r ice structuraliste, incapable de produire les concepts pour analyser de façon dialectique la réalité sociale, et produisant dans son éclatement soit des déviations « technico-éco:nomistes >>, soit des dévia·t ions << politicoidéologistes >>. Bien sûr, cette classification a quelque chose de rigide, mais permet de rendre compte des évolutions diverses à partir d'une même source. Comme Poulantzas - à un niveau différent -, Rancière, au travers d'analyses concrètes et de bilans politiques, développe en partie une critique de ce courant tout en restant encore prisonnier par bien des aspects (*). Cela apparaît aussi à un autre niveau : celui des rapports entre théorie et pratique sociale. Niveau où le discours althussérien a pToduit aussi un double effet. Théorie ei pratique sociale Face à Althusser, Rancière renvoie .. aux Thèses sur Feuerbach, retrouvant là une source vigoureusement condamné en son temps : « Il faut donner tout son relief à la véritable rupture de Marx avec l'idéologie bourgeoise. que consignent les Thèses sur Feuerbach: l'opposition du nouveau matérialisme à l'ancien matér.ialisme >> (p. 23). Et il ajoute: <<L'opposition que maintient Marx jusque dans le capital, c'est que le point de vue de la bourgeoisie transforme les catégories exprimant des formes d'existence historique en donnée intemporelle d'une nature ,, (p. 2'7). Pour autant, ce retour aux sources n'est pas développé de façon systématique, alors que ce qui ·e st en jeu au t•r avers des thèses sur Feuerbach, c'est une << définition >> du marxisme qui, presque point par point, s'oppose aux positions althussédennes ( 6 ). Et d'abord, une définition précise des rapports ent'l"e théorie et pratique sociale (praxis). Pour Althusser, les choses sont simples, (") Ces critiques méthodologiques ne prétendent pas bien sOr condamner dogmatiquement tout l'apport politique et théorique qui a pu être fa it au travers de ces analyses. En parler est une autre question.
la pratique sociale, quelle que soit la société dans laque.lle elle s'exerce, est irrémédiablement de l'ordre du faux de ridéologie. <<L'histoire, enseigne Althusse,r , n'est connaissable et faisable que par la médiation des savants. Les "masses" font l'histoire (l'histoire assurément, mais pas n'importe quelle masse; celles que nous instruisons et organisons » (p. 34 ). Mais il ne s'agit pas seulement, comme l'affirme plus loin Rancière, << de sauver la "philosophie marxiste " comme affaire des spécialistes universitaires » Il s'agit aussi à travers oeUe coupure radicale ent:r e pratique scientifique/vérité et pratique sociale/ e!'reur d'une remise en cause radicale des liens existants pour Marx entre théorie marxiste (et non << science ») et pratique sociale. Le devenir social, pour Althusser, est considéré comme un processus objectif, à l'image du mouvement des astres qui défile, devant le sava:nt. Or pour Marx, la question est tout autre, si << les actions des hommes sont le résultat des condit·i ons sociales{ ... ), il ne faut pas oublier que les conditions .sociales sont elles-mêmes le résultat de l'action des hommes>> (Goldmann). Conséquence: du point de vue de la connaissance de la réalité sociale, il y a un lien etre théorie et pratique, entre << science >> et conscience de classe qui n'est pas du même ordre que celui des sciences naturelles. Voilà le sens de la deuxième thèse sur Feuerbach : << La question de savoir si la pensée humaine peut aboutir à une vérité objective n'·e st pas une question théorique, mais une question pratique .. >> Ou de la huitième : << La vie sociale est essentieLlement pratique. Tous les mystères qui détournent la théorie vers le mysticisme trouvent ,l eur solution rationnelle dans la pratique humaine et dans la compréhension de cette pratique. >> Il y a donc là autre chose qu'un appel au savant à sortir de sa tour d'ivoire ; quelque chose comme << une théorie de la connaissance>> de la réalité sociale. Ces points ont été assez souvent dév.eloppés pour que je ne les ,r eprenne pas ici. Signalons que pour affirmer ce lien entre théorie marxiste et conscience de class~e du prolétariat, point n'est besoin de faire appel à une vision apocalyptique. Renvoyons par exemple à Coletti (7). Le marxisme est la critique théorique des catégories fétichisée:s bourgeoises et la classe ouvrière, de par sa place dans les rapports de production, est la critique en acte de la << fausse objectivité >> - qui ne veut pas d'Ïr·e il'réalité - des :formes ~sociales bourgeoises. Du coup, << le discours critique scientif~que ou antifétichiste du Capital en vient à coïncider avec l'auto-conscience elle-même de la classe ouvrière (énième preuve de l'unité de la science et de l'idéologie) ; en ce sens que, si le travail salarié, quand il cannait l'essence du " capital " et de la " valeur " les. reconnaît comme son propre "soi" objectivé (d'ou en connaissant ces objets, il prend en même temps conscience de soi), la classe ouvrière en se connaissant, connaît .é galement - le profit et la rente étant des formes dérivées de la plus-value - le lieu d'origine et les sources de vie des autres classes et, par la même de la société toute entière >> (p. 154 ). La théorie marxiste ·e st donc située non comme produit direct de l'auto-activité du prolétarriat, mais dans son interdépendance étroite avec le développement de sa conscience et dans << l'enrichissement mutuel >> qu'ils ·s 'apportent. Ces liens entre théo!'ie et pratique sociale s'articulent avec une théorie des classes sociales directement opposée à celle d'Althusser. A l'opposition idéologie/science correspond en effet chez lui << une définition structurale des rapports de production comme
combiillaison d'éléments (·8 ) •», les agents sociaux étant seulement cernés comme des supports de cette combinatoire (voir aussi chez Poulantzas) voués donc irrémédiablement à l'enfer de l'idéologie... Or comme l'indique Coletti, le concept de classe a une double signification « de facteurs ou conditions objectives de la production (bien sûr : à une certaine phase historique de la division du travail) et d'agents politiques de tout le procès social humain » (p. 66 ). · Comme éléments du capital variable, les prolétaires sont «les objets du procès économique », mais dans la lutte, ils sont aussi << des sujets ou classes sociaLes ». Voilà pourquoi les notions de « classe en soi » et de « class·e pour soi >> ne ·s ont pas chez Marx des « résidus hégélien ». « Dans le premier cas, Marx dessine les contours d'une lutte de classe où le prolétariat n'arrive pas à secouer le joug des formes sociales capitalistes, dans le second cas il brosse le tableau d'une lutte de classe où le prolétariat pense et organise sa propre résistance à l'exploitation, c'est-à-dire cherche consciemment à renverser les barrières sociales (rapports sociaux en extériorité, catégories économicopolitico-fétichisées) qui s'opposent à son émancipation» (J..M. Vincent). On comprend alors comment dans la prolématique althussérienne, la théorie des rapports science/idéologie et sa définition des classes sooiales !'endent impensable ce qui est pourtant un point central du m arxisme : la question de la conscience de classe. A la fois, oomme moyen de penser les liens entre théorie et pr atique et les conditions de lutte du p rolétar iat contre le capi tal. Ce que l'on trouve à la place, c'est une théorie fétichis.ée des instances définis•s ant « les différents niveaux de Jutte » du proléta'Tiat (avec les instruments spécifiques syndicat et parti) et une théorie d e l'action politique, considérée, non pas comme praxis révolutionnaire, mais comme application technique de « découverte scientifique» à la r éalité sociale ( * ). Les masses baignant dans l'lidéologie, on voit le ·r ôle qu'il revient alors au « savant», à « l'éducateur», au parti pour .les éclairer dans cette voie difficile! Ces théorisat•i ons s'articulent directement avec une conception bourgeoise et réformiste bureaucratique de la pratique politique. Parce qu'il ne va pas jusqu'au bout de la critique de la problématique althussérienne, notamment en ce qui concerne sa conception des liens entre théorie et pratique sociale, Rancière ne peut ·qu'opposer à ce théoricisme « l'affirmation maoïste » selon laquelle « ce sont les masses qui font l'histoire » ; à l'affirmation althu~sérienne selon laquelle « .les ouvriers ont besoin de notre science », il oppose « le clair de lune qui obsède Althusser, celui des nuits chaudes de l'université de Stingwa ou de la Sorbonne : les ouvriers n'ont pas besoin de notre science mais de notre révolte" (p. 35). AHleurs, il oppose encore au «concept de la théorie prolétarienne», les «simples mots de colère». Ce qui est opposé à Althusser, ce n'est pas une théorie systématique, pourtant présente chez Marx, du développement de la conscience de cla~se, mais quasiment l'envers de ce théoricisme. Ains·i est repŒ"oché à Althusser de « vouloir ret~Touver la dialecti(") • Presque tous les structuralistes contemporains... conçoivent la théorie comme Indépendante de la praxis, celle-cl ne lui étant reliée que sur le mode de l'application technique telle que la connaissent les sciences physiques» (Goldmann). Notons aussi comment cette théorie des in~tances recoupe la division bourgeoise/ réformiste entre lutte politique et lutte économique.
que révolutionnaire hors de la systématisation des idées et des pratiques de révolte existante >> (p. 209). On retrouv·e là les traces d'un «spontanéisme théorique>> qui s'est exprimé dans les courants maos (*), réduisant le marxisme à la « systématisation>> de la pratique des masses et, du même coup, le parti a un g.r and coHecteur d'idées justes, éparses de-ci, de-là. En réaction au discour.s sur « l'autonomie de la pratique théorique >> il s'agit d'une vision réductrice et populiste de l'élaboration théorique. Critique schématique, di.ra-t-on ! Pas tellement. Car systématiquement, Rancière oppose aux discou~s « totalisateurs >> de l'ensemble des gmupes politiques «.la multiplicavion des di,s cours de la révolte>>. Plus loin, il poursuit : << Quand les prisonniers se sont mis à parler, dit Foucault, ils avaient eux-mêmes une théorie de la prison, de la pénalité, de la justice>> et << à Besançon, quand les Lips se sont mis à parler, ils ont tenu un discours cohérent sur leur pratique.... une véritable théorie de ce qu'ils faisaient >> et non << pas des mots, des cris d'indignation ou ces phrases exemplaires que la pratique gauchiste découpait dans le discours de la révolte pour les réinscrire dans le discours de l'universel prolétarien >> (p. 221). Mais que faisait donc Ma>rx sur les cendres à peine froides de ta Commune de Paris et Lénine en 1917 avec L'Etat et la révolution. Non pas transcrire, mettre en ordre des révoltes, mais s'appuyer sur la pratique des masses, sur leurs di'Scours pour, au nom de << l'universel prolétarien >>, au nom des acquis de la théorie marxiste et du mouvement ouvrier, << traiter>> cette pratique sociale afin de faire avancer la théorie marxiste et mettre en œuvre une stratégie politique. Revenons à l'exemple de Lip ; le bi·l an de cette grève, ce n'est pas bien sûr seulement une pratique exemplaire de lutte dont il faudrait tirer les leçons sur le dos des travailleurs de Lip, un peu comme Althusser expliquait qu'il y avait en œuvre dans la révolution chinoise ou cubaine une .r ationalité politique qu'il faudrait mettœ à jour, comme si les Tévolutionnaires chinois ou cubains étaient totalement inconscients de leur pratique, englués dans l'idéologie. Les travailleurs de Lip ont aussi avancé des idées politiques, une certaine théorisation de ,l eur pratique, mais commet aussi ne pas en voir les limites, tant du point de vue de leurs luttes (question de l'autodéfense) que des perspectives politiques dans lesquel.les ils ont pu inscrire leur grève. C'est là que se situe justement la place de la mise en œuvre d'une stratégie politique capable d'intég.r er l'expérience parcellaire, les theorisations limitées dans un cadre plus général. Autre chose est (") Le fait que Rancière ne trouve à opposer à Althusser que l 'image de Sartre. illustre cette double impasse (la question n' est pas bien sûr de dire ici que Sartre n 'a pas joué un autre rôle politique qu 'Althusser). De même que sont opposés aux cou rants althussériens droitiers en train de devenir des mandarins de l'Université les courants maosalthussériens qui eux en sont sortis pour aller aux usines. Deux autres remarques pour éviter toute équivoque. Tout d'abord ces affirmations sur la place du parti ne veulent pas dire : "Hors de la Ligue point de salut ! " Deuxièmement. la théorie léniniste n'existe pas toute chaude, prête à être récitée, dans les livres. A ~1ès 1968. lorsc:ue nous avons mené bataille au nom de cette théo[ie. le bâton a été un peu tordu. Au plan politique, voir nos bilans. Au plan théorique auss i. D'une part nous avons eu tendance à prendre appui uniquement sur le seul Lénine .de Que laire? intégrant mal les rectifications qu'il a pu lu i-même apporter (voir les oppositions entre .. spontanéité " et .. organisation •). Nous avons aussi (voir article de Naïr et Bensaïd dans Partisan) trop argumenté la place du parti par rapport aux nécessités propres de la lutte politique, au nom de la nécessité d'apparaître pour nous comme force politique sur le "champ politique •, sans argumenter clairement au nom d 'une théorie du développement de la cons-cience de clas~e . et maîtrisant mal par là les questions des relations du parti aux masses ou plutôt aux différents niveaux de conscience. Ces erreurs peuvent être expliquées en renvoyant aux conditions de la lutte théorico-politique d'alors, sans pour autant' escamoter un nécessaire bilan critique.
de fai·r e le bilan des groupes d'extrême gauche à propos de la question de Lip, j'y reviendrai plus loin. Seule la compréhension du lien dialectique entre les deux moments indissociables de la pratlique de lutte des masses et de l'élaboration théorique permet de comprendre ce qui fait la spécificité du marxisme: la mise en œuvre d'une stratégie politique produite ni par la seule pratique théorique, ni par la seule mise en ordre des idées des masses. Marx, Lénine et d'autres n'ont jamais été ni « des savants », ni les scribes de la révolte des masses. Encore faut-il pour le comprendre sai·sir" ce qu'est << la théorie de la connaissance de la réalité sociale» chez Marx. Sinon on est amené à cheminer du « théoricisme » au « spontanéisme théorique», tous deux produits par la matrice althussérienne. Tout logiquement, Rancière en est conduit à rejeter la problématique lén~niste du parti, issu pour lui de la tradition kautskyste : « "Les masses sont les véritables héros", ce n'est pas là tout uniquement une "thèse du marxisme-léninisme". C'est largement une thèse nouvelle, opposée en tout cas à la tradition kautskyste, fondée sur l'incapacité des masses à élever leur intelligence awdelà des moyens d'augmenter leur salaire» (p. 40); « pas besoin que Kautsky revienne hanter les nuits staliniennes, il est déjà suffisamment présent dans la prolématique de Lénine» (p. 190). Et le léninisme est caractérisé comme «discours de la représentation» parlant sur le dos des masses au nom de l'universel proléta.rien. Il faudrait, mais ce n'est pas l'objet de l'artdcle, rectifier sur la conception léniniste du parti : restituer la place de Que faire? des rectifications apportées par Lénine après 1905, rappeler la rupture fondamentale au plan pratique et théorique entœ les 2e et 3e Internat,i onales et son insistance sur l'auto-organisation des masses, la problématique « soviétique » qui est un de ses apports fondamental. D'autre part, il ,faut note·r la légèreté de l'argumentation de Rancière sur les analogies entre Kautsky et Lénine. Lorsque oertains sociaux-démocrates russes (dont le « jeune » T:rotsky) partirent en guer.re contre la conception léniniste du parti et le « substitutisme » par rapport au prolétariat, ils tentèrent de dégager les racines sociales de ces théorisations; pour eux, Lénine était le représentant d'une certaine petite-bourgeoisie « jacobine>> qui profitait de la faiblesse du prolétariat et de la situation historique en Russie (absence de révolution bourg•e oise). C'est d'ailleu11s sur la base de ces mêmes analyses, plus développées, que des courants ultra-gauches nièrent le caractère proJétarien de la Révolution d'octobre. De la même façon, Jes racines sociales des positions de Kautsky ont été analysées par les marxistes •r évolutionnaires. Rancière, lui, raisonne de façon passablement idéaliste. S'il veut approfondir dans le sens d'une démonstrat~on d'un lien entre Kautsky et Lénine, lien si important qu'il est un des facteurs de la dégénérescence de la Révolution d'octobre, il faudra faire apparaître les racines socia.les de ces positions de Lénine. Sinon ses expl!Îcations ressembleront fort aux discours d'Althusser sur «l'économisme>> comme .r acine du stalinisme! La conception léniniste du parti ,s e fonde justement sur une théorie du développement de la conscience de clas•s e et la nécessité d'articuler les différents niveaux de conscience du prolétariat. Elle se fonde sur la spécificité des rapports théorie/pratique dans le marxisme pou.r faire du parti la médiation ent.re ces deux niveaux, le lieu où se met en œuvre une stratégie politique,
et non un aréopage de savants et de bureaucrates guidant les masses aveugles. Et dans ce cadre, la question pour l'intellectuel n'est pas d'apporter « la vérité scientifique » à la classe ouvrière (version théoriciste), ou (version populiste) de lui apporter sa simple colère en se « liant » aux masses, mais de construire un parti révolutionnair•e comme instrument de la fusion entre intellectuel•s et travailleurs d'avant-garde. Là se trouve en quelque sorte « le drame» de l'école althussérienne : son incapacité à penser la pratique révolutionnaire et ce au profit, soit d'une vision techniciste de la pratique, soit d'une simple opposition des différentes révoltes et du langage qu'elles tiennent aux << discours politiques officiel•s ». Au passage : que chacune de ces << déviations >> trouve dans Mao ses références n'a pas de quoi surprendre. Mao, n'est-ce pas la révolte de la révolution culturelle, mais aussi la direction du parti et de l'Etat soigneusement tenu en main, n'est-ce pas << la parole donnée aux masses>>, mais aussi le parti guide en tout ? ... Bref, une sorte de paternalisme bureaucratique à double face. Un certain bilan du gauchisme Plus que d'un bilan de constitution de force politique opposée au P.C. sur sa gauche, on a l'impression que Rancière décrit la radicalisation d'une fraction de l'intelligentsia universitaire autour de 68, la place qu'y a ocoupé Althusser et l'éclatement .final à l'épreuve de la lutte de classe entre << les théoricistes » et ceux qui, au travers de la G.•P., du Secours rouge, décidèrent << d'abandonner leur spécificité d'intellectuels, de s·e lier aux masses, d'aider à ce qu'elles prennent elles-mêmes la parole, de lutter contre tous les appareils - du syndicalisme à la police -qui entravent cette liberté d'expression>> (p. 138). Ranoière fait un constat d'échec de ce populisme ultra-gauche. Mais un constat sans bilan politique. S'il décrit par exemple comment l'U.J.C. (m.-1.), au niveau de sa pyramide organisationnelle, reflétait la << pyramide universitaire >>, il fait un bilan négatif de la G.P., profitant d'ailleurs de ce bilan pour rejeter la théorie léniniste de l'organisation, << conception neutre de l'organisation, instrument d'application d'une ligne, fondée sur la positivité d'une idéologie de classe>> (. 107); la chose ne va pas plus loin. Pas de bilan critique des différentes stratégies politiques mises en œuvre dans la lutte à l'intérieur du P.C. puis à l'extérieur (*); on a même l'impression que Rancière ne peut le penser, ne raisonnant pas en termes de structuration de forces politiques, mais en termes de la description des avatars de la radicalisation d'une partie de l'intelligentsia universitaire. Nul bilan des pro}ets de reconstruction d'un mouvement révolutionnaire international autour de la Chine, sinon de façon très allusive (on croirait jusque dans les mots entendre Althusser parler de la période stalinienne ! ) : << Le fait est que cette redistribution n'eut pas lieu; pour des raisons qu'il faudra un jour analyser, mais où sans doute l'ambiguïté du rapport avec Staline joua son rôle, l'offensive chinoise au niveau du communisme mondial échoua>> (p. 109). L'ambiguïté du rapport (") li est lascinrnt que Rancière ne pipe mot sur les courants trotskystes, en particulier le nôtre. Au plus apprend-on que les erreurs des maos althussériens dans I'U.E.C. produirent "une première cassure qui devait plus tard, mettre une partie de cette gauche sous l'obédience trotskyste .. (p. 105). Ah ! les ruses de l'histoire 1 Ce silence tout au long du livre, qui fait écho à un autre silence s:.~r la tradition de ce qu'Althusser appelait le " gauchisme théorique "• est un signe de la non-maîtrise théorique et politique de certains courants " maos.. sur leur propre passé et celui du mouvement ouvrier.
avec Staline comme explication! Le fantôme d'Althusser et son économisme comme clé du stalinisme rôde ici du point de vue de la méthode. L'absence de ces bilans politiques cohérents, tout comme la noncritique radicale de la matrice althussérienne a ses effets politiques dans l'analyse que fait Rancièœ du gauchisme aujourd'hui et du développement des luttes populai.r es. Il ne peut que faire un constat de faillite : << Les maoïstes ont abandonné leur rêve d'être le noyau d'une nouvelle unité populaire, les trotskystes font la queue des défilés de la gauche, et les anciens combattants du 22 Mars chantent la libido et les machines désirantes » (p. 227). Au lieu de produire une analyse du développement de la conscience de classe chez les travailleurs après Mai 68, au lieu de rendre compte des phénomènes de ·r ecomposition de force au sein du mouvement ouvrier, il ne peut que s'étonner des facultés de récupération des partis de la gauche traditionnelle. Il en est du coup réduit, mettant en œuvre la même méthode, à opposer le discours des révoltes partielles, non seulement au révisionnisme du P:C., mais <<aux discours totahsateurs » des gauchistes. Alors comme le gauchisme n'était pour lui que l'expression directe << des aspirations anticapitalistes et ant~-autoritaires » et non pas construction de forces politiques, il ne peut que proclamer la mort du gauchisme is•s u de 68 oubliant qu'il ne parle que d'un certain gauchisme. << Partout des communautés de lutte se forment contre l'ordre bourgeois ... Mais cette dispersion qui multiplie les lieux où se pose la question du pouvoir re•n d aussi dérisoire les efforts du gauchisme classique pour unifier ces luttes et leur imposer son hégémonie» (p. 217). Sept ans après Mai 68, il ne ·r·e ste plus qu'à se lier à ces luttes éclatées et à essayer d'en porter témoignage. C'est un peu la conclusion du livre de Rancière. Dure tâche que celle des anciens maos que d'assumer cette éternelle opposition des révoltes aux différentes formes de récupérations, prat,i que politique dramatique que celle qui se heurte à l'éternel recommencement. Justement le jour ou autre chose apparaît possible : la rencontre au travers de processus multiples d'une partie de l'avant-garde organisée issue de 68 avec une avant-garde ouvrière qui s·e dégage de plus en plus clairement. La question pour les courants révolutionnaires n'est pas de tenir un discours sur les luttes éclatées qui se mènent actuellement: Rancière ramène trop la question des rapports << avant-garde/ masses» au rapport << expression/manipulation » qu'entretenait la G.P. avec les différentes << révoltes >> (*). La question n'est pas de ni·e r le décalage qu'il peut y avoi.r entre les luttes actuelles et leurs ·e xpressions au travers d'une stratégie révolutionnaire prise en charge par les masses : c'est un des bilans de Lip. Cela tient des rapports de foroe ent.r e réformistes et révolutionnaires dans la situation actuelle, sans pour autant escamoter les erreurs et les tâtonnements des révolutionnaires qui peuvent parfois renforcer en parüe ce décalage. Cela est un autre débat; mais pour l'avoir il faut encore discuter sur le même terrain, donc avoir aussi ces débats sur les questions théoriques abordées. En tout cas, c'est dans ces esquisses d'analy,s es de Ranoière qu'apparaissent clairement les effets politiques des limites de sa remise (') D' ailleurs ce qui se ressent dans tout le livre de Rancière, c'est que sa critique du léninisme, sa conception de la lutte politique, etc., renvoie directement à l'expérience de la G.P. présentée, en filigramme, comme exemple d'une pratique léniniste qu'il faut dépasser ! Du coup peut-être bien des choses s'expliquent ...
en cause de la problématique althussérienne, et de la quasi-impossibilité pour les courants issus de cette matrice de penser la pratique révolutionnaire. Les critiques faites au livre de Rancière ne sont pas faites au nom de nos propres vérités théol'iques qui seraient maniées comme des haches. Nous avons nous-mêmes du retard dans le domaine de l'élaboration (*). L'école althussérienne a fortement marqué << Ie renouveau de la pensée marxiste en France>> comme on dit déjà dans les manuels, et toute une partie de courants théorique >>, rempli lui-même d'ailleurs de nuances. Faire appapar ·sa matrice, formant en quelque sort·e un << sous ensemble théorique. >> rempli lui-même d'ailleurs de nuances. Faire apparaître la cohérence des thèmes de ce sous-ensemble - et le cl'itiquer - était l'objet de ce court article, c'est aussi une façon d'avancer notre propr·e élaboration et de faire apparaître nos propres racines théoriques, car, pour un marxiste, l'élaboration se fait toujours au travers de la critique des courants dominants dans tel ou tel milieu. En ce sens la polémique est la façon de débattre, ce qui expl!ique le caractère de l'article. Espérons simplement que le débat s'engagera ...
Antoine ARTOUS Jeudi 13 Mars. (') A sa façon le livre Contre Althusser en rend compte. Entre le ressassement lancinant de Lukacs et de Korsch (longues citations à la clé) et l'appui sur une tradition théorique pour investir une méthode d 'ana lyse dans des exigences d'élaboration nouvelle . il y a bien sûr une muraille de Chine . Certains articles de ce livre se situent clairement du mauvais côté de la muraille .. BIBLIOGRAPHIE : (1) Poiron, article in Contre Althusser. (2) J.-M. Vincent, Critique de l'économie polit.ique. (3) J.-M. Vincent, article in Contre Althusser (Ed. 10/18) ( 4) D. Bensaïd, Critique de l'économie politique. (5) Voir les articles de Mandel ou Goldmann in Marxisme et sciences humaines. (6) Goldmann, op. cit. (7) L. Coletti, De Rousseau à Lénine.