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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Les questions du mode de vie selon Trotsky

· Critique communiste (1re série), n° 11-12, décembre 1976 - janvier 1977 · p. 135-143 · 3 376 mots

MICHEL LEOUENNE

Les questions

du mode de vie

selon Trotsky

Mieux vaut tard que jamais ! Traduit pour la première fois en français, le petit livre de 1923 de Trotsky, Questions du mode de vie tombe à pic en cette période de crise généralisée de la vie militante. Non pas qu'il soit de ces œuvres de l'auteur que l'on peut taxer de tt prophétiques>> en ce qu'elles braquent leur projecteur sur l'avenir. Au contraire, cette série d'articles de la Pravda prend à bras le corps des problèmes immédiats avec comme seule fin de leur trouver des solutions pratiques adaptées à la réalité de la société de transition de la Russie soviétique qui sortait exsangue de la guerre civile. Pourtant, la valeur théorique de cette èeuvrè n'est pas mince. Chaînon entre Cours nouveau et Littérature et Ré11olution. il s'agit d'un élément indispensable de la lutte contre le processus de bureaucratisation du premier Etat ouvrier. Et cela dans la stricte logique de la théorie de la révolution permanente, la tt révolution culturelle >> (le mot est du temps) devant s'engager en liaison dialectique avec le mouvement de développement du pouvoir ouvrier. Dans la compréhension la plus profonde des conditions difficultés et dangers de cette situation, Trotsky innove. étenc. le champ des recherches du marxisme . tt L'homme ne vit pas seulement de politique >> met-il au fronton de ce nouvel enseignement, et le parti ne saurait être seulement l'instrument de renversement de la société bourgeoise, retournant contre elle certains de ses moyens. tt L'organisation communiste est u11 parti politique au sens large, historique, ou, si l'on veut, philosophique du terme. Les autres partis actuels sont politiques

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uniquement au sens où il font de la (petite) politique)). L'organisation communiste, elle, ne peut se contenter de répondre aux urgences. même si l'urgence lui impose ses priorités de réponses tactiques. Sa stratégie doit englober la totalité des problèmes sociaux et y répondre de toutes ses forces théoriques, ne connaissant d'autres limites que celles que lui imposent ses propres déterminations historiques.

L'exemple vient de haut. On sait que Marx ne brûla l'essentiel de sa vie sur son « économie )) que condamné à cette priorité méthodologique, mais que ce fardeau lui pesait d'autant plus qu'il était hypersensible aux exigences de totalité, et, aux mille sollicitations des événements de tout azimut, le plus souvent il déléguait à Engels le soin de répondre pour leur « parti )), fut-il réduit à quasi eux seuls. Pas de théoricien communiste d'importance qui ne se soit efforcé de suivre leur exemple, que Trotsky renouvelle de la plus magistrale façon pour son époque qui est encore largement la nôtre.

Les Questions du mode de vie permettent parfaitement de saisir à la fois les caractères spécifiques de la vie quotidienne et m ilitante de la révolution russe et les questions qui demeurent, ressurgissent - souvent à un stade plus avancé- après une occultation, délimite, enfin, les problèmes nouveaux, ceux qui n'étaient qu'un germe dans les années 20, ou ne pouvaient encore être ni prévus, ni a fortiori, énoncés. De leur misère à la notre

Ce qui éclate de prime abord à la lecture de ce livre, mieux que dans la plupart des autres ouvrages consacrés à la même période, c'est l'ampleur de la misère culturelle russe.

Les bolcheviks étant au pouvoir, Trotsky put faire précéder son élaboration d'une discussion sur questionnaire avec un groupe de 25 agitateurs et propagandistes de Moscou. Les réponses de ces militants, qui forment, en annexe, la moitié de l'ouvrage publié, sont du plus haut intérêt à cet égard : une photographie non truquée de l'état de la classe ouvrière et du parti en cette période significative. Et cet état est bien qui fonde la théorie trotskyste de la dégénérescence de l'Etat soviétique et de son parti dirigeant. Malgré les progrès gigantesques du prolétariat, qui impliquent aussi son mode de vie, ses comportements, ses mœurs, et qui sont des fruits directs de la révolution, 1& niveau est loin, très loin de celui du prolétariat d'un pays avancé d'aujourd'hui comme le nôtre, même si on limite ce prolétariat à son noyau traditionnel de travailleurs manuels du secteur directement productif.

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Cependant ... cependant, les différences sont de degrés, ou, quand elles sont qualitatives, ces différences de nature produisent des contradictions similaires. Presque pas de remarques et de critiques qui ne puissent être reprises du débat de ces cadres militants. Ainsi, certes l'alcoolisme a régressé, l'Eglise n'est plus l'opium n° 1 de la classe ouvrière, mais il ne faudrait considérer que les surfaces pour ignorer quelle pesanteur, de conservatisme la religion exerce encore - en particulier par les femmes - et jusque dans les << familles communistes >> où les gosses sont très souvent baptisés et communiés. Ce qui est perdu à ce chapitre est compensé par le poids plus grand de l'idéologie des sous-valeurs bourgeoises distillées par les mass média. Si, en 1923, le cinéma, c'est presque uniquement les produits frelatés des studios impérialistes, que voit-on aujourd'hui, une fois passée l'enceinte de Paris et hors de rares salles de grandes villes 7 Et à la télé aux heures de grande écoute 7 L'ennui n'est pas seulement de la campagne, mais des cités d'H.L.M., et de partout pour les jeunes sans argent. Le racisme quotidien entretenu par les Parisien libéré et les Francs dimanche ne s'exprime pas (pour l'instant 7) en pogroms, mais les fruits qu'il porte ne sont pas moins dangereux.

Sommes-nous sûrs qu'il suffirait que s'instaure le pouvoir ouvrier pour que tout cela s'évanouisse 7 Non ! Chez nous aussi la << révolution culturelle >> sera à faire et connaîtra ses difficultés. Les femmes

Chacun s'accorde à reconnaître au mouvement des femmes un radicalisme sans précédent. C'est vrai ! Mais qu'il serait illusoire de ne pas voir combien il reste encore affaire de minorités. <<La mentalité réactionnaire d'une femme sans parti trouve ses racines dans la cuisine et dans le lavage >> écrivait le communiste Sedykh (dans un article de la Pravda placé par Trotsky en conclusion du débat des militants). Si l'on remplace <<sans parti >> par << inorganisé's >>, le propos reste largement vrai. Les machines ménagères permettent sans doute aux femmes d'aujourd'hui (mais quel taux 7) de s··user elles-mêmes moins vite, cependant le problème du temps de transport plus long limite singulièreme·nt les avantages de la mécanisation de la vie quotidienne, d'autant moins libératrice que privée. A tout prendre l'aliénation a peu régressé.

Là encore, les conséquences d'une révolution sociale aujourd'hui et ici, permettraient d'aller plus vite et plus profond

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en besogne . L'élan émancipateur des femmes de Russie, que souligne le débat, se poursuit dans le monde et, , paradoxalement, surtout dans le monde capitaliste . C 'est un des éléments d'àvenir les plus positifs pour notre propre révolution culturelle future. Mais les difficultés rencontrées par l'ouverture de la lutte contre le viol soulignent que les plus grandes résistances se rencontrent à un niveau plus profond que celui des institutions (comme c ' était le cas pour la libération de l'avortement), dans les structures mentales conscientes et inconscientes. Bien des remarques du débat de 1923 portent à réfléchir aux contradictions du mouvement de la révolution sociale. Ainsi à l'égard de son épouse le communiste se conduit en général moins bien que l'ouvrier sans parti ; << beaucoup d'ouvriers., . interprètent mal la liberté de pouvoir se séparer de leur femme >> c'est-à-dire que cette << liberté >> se retourne contre les femmes ; << les communistes refusent absolument de se marier à des jeunes filles membres du komsomol >>. Nous connaissons bien - les femmes surtout - ces réactions de la résistance patriarcale sous le manteau du plus grand radicalisme.

En revanche, les termes en lesquels s'exprime dans ce livre l'impasse de la m1sere sexuelle sont aujourd'hui sinon pratiquement du moins potentiellement dépassés - déplacés - par les progrès de la contraception . Le choix n'est plus entre continence (et recours des hommes à la prostitution) ou avortement ou procréation . On ne saurait méconnaître l ' élément de libération sexuelle qu'apporte la contraception biochimique après ce coup d'œil sur la situation d'hier qu 'oublient trop souvent ceux qui se font les censeurs du passé dans le plus grand anachronisme critrique.ll est vrai qu'inversement notre temps croit trop facilement le problème résolu par la << pilule >>.

Trotsky, comme les autres communistes d 'alors, f:.OSe le probl ème de la femme dans le cadre de la famille. Pas de la famille traditionnelle dont il se félicite de l'ébranlement, repoussant la théorie - qui sera celle du stalinisme - selon laquelle << la dégradation de la famille ouvrière (est) une manifestation de l'influence bourgeoise sur le prolétariat >>, mais d 'une << nouvelle famille >> dont << les liens seront uniquement définis par une attirance mutuelle >>, celle que Henri Lefèbvre appelait << la petite famille >> et qui n'élude pas, comme le font constamment aujourd'hui nos gauchistes, le problème des enfants.

<< Etablir l'égalité politique de la femme et de l'homme dans l'Etat soviétique - c'est un des problèmes le plus simple. Etablir l'égalité économique du travailleur et de la travailleuse 13!l

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dans la fabrique, à l'usine, au syndicat - c'est déjà beaucoup plus difficile. Mais établir l'égalité effective de l'homme et de la femme dans la famille - voilà qui est incomparablement plus compliqué et qui exige des efforts immenses pour révolutionner tout notre mode de vie. Et cependant il est évident que tant que l'égalité de l'homme et de la femme ne sera pas établie dans la famille, on ne pourra pas parler sérieusement de leur égalité dans la production ni même de leur égalité politique car, si une femme est 'asservie à sa famille, à la cuisine, à la lessive et à la couture, ses possibilités d'agir dans la vie sociale et dans la vie de l'Etat sont réduites à l'extrême )).

Dans ce passage Trotsky renverso l'ordre dans lequel les militants posent ordinairement - ,aujourd'hui comme hier - le processus de l'émancipation féminine. l'ouvriérisme regimbe contre la priorité donnée par les groupes femmes au « vécu )), aux problèmes de la vie quotidienne, et posent la priorité du changement de statut de la femme dans la production, dans l'organisation du mouvement ouvrier. Trotsky lie dialectiquement ces deux temps mais insiste sur l'action au niveau le plus profond.

le gauchisme, à l'inverse, dans sa condamnation radicale de toute << famille )), nie la nécessité de transitions et de médiations pourtant d'autant plus nécessaires que c'est l'inconscient qui est ici en jeu. Ce faisant - par un de ces tours que la dialectique joue toujours à ceux qui l'ignorent - le gauchiste porte à l'absolu l'idéal bourgeois de l'individu séparé.

De la dissolution de tous liens, Trotsky fait à juste titre remarquer que << la mère et les enfants sont ceux qui souffrent le plus)). Si pas plus que lui, nous n'avons à trouver étrange que la << révolte individuelle contre l'ordre ancien prenne tout d'abord des formes anarchiques, ou pour s'exprimer plus grossièrement des formes débridées)), nous n'avons pas davantage à céder au <<terrorisme intellectuel ,, qu'exerce aujourd'hui ce gauchisme. Comme alors, c'est avec prudence que les communistes doivent s'avancer sur un terrain ou l'enjeu est la souffrance des plus faibles.

Et ne nous prévalons pas trop de " découvertes )) qui ne le sont que par méconnaissance du passé. A bien lire les Questions du mode de vie, il est clair que le problème des femmes en est la clef de voûte, et Trotsky le précise nettement : << la révolution n'est pas une révolution si, de toutes ses forces et par tous les moyens, elle ne permet pas à la f,~mme, doublement et triplement aliénée, de se développer ptnsonnellement et socialement ,,.

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Rites et fêtes Aussi naïve ou« primitive)) que peut sembler la partie du débat sur les rites de remplacement, les cérémonies et les fêtes. le chapitre n'est pas non plus dépassé pour nous.

là encore, avec ce livre, qui est pour la vie quotidienne ce qu'est pour la politique la Maladie infantile du communisme de Lénine contre le gauchisme, nous avons à réfléchir aux réponses à donner au besoin profond de la fête. Spontanément, des réponses s'imposent à nous que nous n'analysons pas; ainsi des concerts rock. Mais en même temps les plus vives dénonciations fouillent le fond suspect de l'émotion trouvée dans les marches sous les forêts de drapeaux rouges. le culte de nos << héros )), etc. Il est vrai que ces formes et signes ont servi aux plus douteux usages. Mais n'est-ce pas attaquer l'ombre pour le corps 7 N'est-ce pas faire la bête pour faire l'ange, le matérialiste vulgaire pour l'homme communiste sans aliénation 7 Reste vrai pour nous la mention : << Quelles que soient l'importance et la nécessité vitale de notre militantisme culturel, il est encore tout entier placé sous le signe de la révolution ( ... ) mondiale. Nous sommes, comme auparavant, des soldats en campagne. ( ... ) Notre époque n'est pas encore celle de la nouvelle culture ; elle n'en est que l'antichambre )),

Nous ne pouvons vaincre sans opposer nos valeurs aux valeurs de l'ennemi (le fait que celles-ci soient en putréfaction n'empêche pas la constance de leur séduction, ne serait-ce que par la force des habitudes); et nos valeurs ne sont pas les valeurs de demain, de la société sans classes, valeurs d'ordre et d'harmonie, mais un amalgame de valeurs prospectives et de valeurs de combat. Les hommes et les femmes qui subissent l'aliénation prolétarienne ne peuvent se passer de la détente. La fête, parenthèse dans la vie de peine et d'obscurité, disparaîtra peut-être comme l'art dans un monde qui sera tout entier fête et beauté ; pour l'instant, elle est partie de l'aliénation en tant qu'elle est son revers, at pas plus que nous ne pouvons supprimer l'aliénation dans le long combat contre elle nous ne pouvons nous passer de nous approprier la fête et de créer les rites dans un processus de contradiction qui renverse les figures du vieux monde, avant de les supprimer et pour le faire. Le parti, la démocratie prolétarienne

Les problèmes de l'organisation révolutionnaire ne sont pas posés dans ce livre de façon systématique. C'est surtout en

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<<creux,, qu'ils nous y apparaissent. L'idée automatique qui :.uppose que le Parti bolchevik était la concrétisation des idées de Lénine ne tient pas à ce coup de sonde sur ses profondeurs. Sa croissance accélérée dans le processus même de la révolution accentuait vertigineusement la dénivellation politiaue et culturelle entre base et sommet, et le coup de barre que représente le livre de Trotsky -donné en plein accord ave<.. Lénine - est un effort volontariste de forcer l'allure pour réduire cette dénivellation. Personne n'avait autant que les deux principaux diriqeants de la rP.volution la conscience claïre des dangers que la misère culturelle russe faisait courir au jeune Etat ouvrier. La guerre civile était tout juste achevée, mais si l'ennemi intérieur et,J'ennemi extérieur étaient obligés déposer les armes, un pire ennemi se levait, invisible sauf aux yeux des marxistes les plus lucides : l'isolement dans la misère, la ruine, le sous-équipement économique. L'épuisement aussi des forces humaines auxquelles il avait fallu demander l'impossible des années durant. Sedikh, encore, donne <<une réaction physiologique à la fatigue et à l'épuisement,, comme la première causa des glissements qui débilitent le parti et précise : <<Cette réaction physiologique de personnes qui, pendant longtemps, n'ont pas connu les ' plaisirs ' de la vie, qui. durant trois ou quatre ans, ont eu froid, n'ont pas pu manger à leur faim dans de la vaisselle propre, a joué un rôle énorme dans le déplacement des intérêts ,,, Par ailleurs, dans les conditions de semi-disette qui subsistent, les ouvriers répugnent aux obligations militantes, à la discipline. aux conflits qu'elles entraînent avec la femme non militante. De telles conditions ne sont pas favorables à la démocratie prolétarienne qui exige temps et détente ( 1). A la dénivellation entre base et sommet s'ajoute la coupure entre militants et sans partis. Le danger de bureaucratisation gît au fond de ce complexe.

A ces problèmes de la révolution culturelle, on pourrait appliquer la formule que le même Trotsky appliquait à la résolution du problème économique : il fallait << fermer les ciseaux,,, réduire jusqu'à l'annuler l'écart entre masse et parti, entre base du parti et dirigeants.

L'effort était trop gigantesque: on sait qu'il échoua.

La compréhension de ces problèmes ne suffit pas à parer aux dangers qui dépendent beaucoup des conditions économiques et sociales dans lesquelles a lieu la défaite bourgeoise. Mais quelles que soient celles-ci, et surtout si elles doivent être médiocres ou mauvaises, il est nécessaire d'en prévenir les risques, et par la multiplication des expériences et des formes de démocratie prolétarienne, et par le souci de mener la

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construction du parti révolutionnaire de telle sorte qu'il soit capable de répondre à ses tâches les plus hautes, les plus difficiles.

Par rapport au Parti bolchevik, avantages et désavantages se contrebalancent aujourd 'hui pour nous. Avantages que la longue période de légalité politique imposée par la force prolétarienne que nous vivons en Europe et en Amérique du Nord et qui permet une meilleure homogénéité entre masses et militants, une plus facile sélection et un plus efficace contrôle des cadres révolutionnaires ; désavantages (envers dialectiques des avantages, et que Trotsky souligne bien dans son livre, p. 28 -29) que les pesanteurs historiques des traditions et des illusions «démocratiques bourgeoises ». de la torpeur réformiste, des habitudes de délégation de fonctions, etc. ( 2).

Pour faire jouer les avantages contre les désavantages, c'est un autre type de liens , ceux qui purent exister dans la Russie pré-révolutionnair!Q, qu 'il faut établir entre parti révolutionnaire et démocratie prolétarienne de masse, liens plus nombreux, plus réciproques, sans paternalisme ni directivi sme . Pour être << guide » - et non direction, au sens hiérarchique du terme -le parti ne peut exciper que de sa fonction centralisatrice de l'expérience historique et de sa capacité à ordonnancer les luttes anticapitalistes en fonction de la stratégie de la révolution socialiste.

Les dangers bureaucratiques - dont on ne peut plu s avoir la naïve.té d& p.enser qu 'ils n 'existeront que dans les zones arriérées du monde - doivent être désamorcés dès avant la révolution si l'on veut les combattre efficacement après, et cela à la fois par le 'régime pleinement démocratique du parti révolutionnaire et par les rapports entre parti (ou partis) révolutionnaire(s) et structures de masses.

De ce point de vue, les exigence les plus pointilleuses de Trotsky (et qu'il nous a transmises, en faisant un des éléments d'éducation de notre mouvement, dès ses limbes) valent toujours en notre temps : faire un journal soigné (ohé, les camarades du quotidien !) ; tenir les locaux propres, pourchasser le jargon, veiller au détails, se comporter avec courtoisie avec qui que ce soit, ce n'est pas du << moralisme abstrait », encore moins une survivance de meeurs bourgeoises, ce n'est même pas principalement une condition d'efficacité du travail, c'est établir un rapport de respect aux autres, aux masses travailleuses, c'est combattre les germes du bureaucratisme chez nous, en nous. Oui, le geste de jeter la cendre de sa cigarette par terre est un geste anti-socialiste ; non, le terme de << nana >> n'est pas plus innocent que celui de << baba >>. Le

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laisser-aller sur les détails est aussi de ces égratignures qui contiennent un danger de gangrène.

La réaction qui consiste à rejeter une grande partie des Questions du mode de vie comme dépassée a bien des chances de n'être qu'un moyen de rejeter les questions les plus gênantes de notre aujourd'hui. Nous ne manquons pas, comme en 1923, de gens qui « se proposent de créer la vie nouvelle )) sur le sol aplani du passé détruit... mais uniquement dans leurs fantasmes. Le monde réel à une consistance autrement résistante . à l'impatience petite-bourgeoise. C'est pourquoi . même s'il était vrai que les Questions du mode de vie complètement dépassées dans leurs thèmes concrets. ce livre resterait encore comme modèle méthodologique.

M.l. (1) Voir dans notre n° 8/9, E. Mandel, « Sur quelques problèmes de la stratégie révolutionnaire en Europe occidentale ; en particulier p. 155 à 158. (2) Voir encore !"article de Mandel, cité plus haut.

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