DANIEL BENSAID JEAN-MARIE FREYSSAT
Indépendance nationale
et internationalisme
prolétarien
En juil/er 1976, les gouvernements des pars membres de la Communauté économique européenne se sont mis d'accord pour procéder. dés 1978. à l'élection au suffrage universel d'un Parlement européen: ce projet a été vivement soutenu par Giscard. Schmidt. Andreorri, Tindemans.
Actue!!ernenr. 1 'Assemblée européenne de Strasbourg esr formée de délégués des di[{érenrs parlemellfs nationaux er ne dispose que de pouvoirs limités. Les décisions importantes sont prises par le Conseil européen. sarre d 'exécuri/'formé par les di[{érenls chef1· d'Er at er oti chacun dispose d'un droit de veto. Pour la première élection du Parlement européen au suffrage uniFerse/, chaque Erat national sera libre de choisir son propre mode de scrutin : listes nationales à la proportionnelle ou lill
formation de grandes circonscriptions sur la hase des réf{ions. Ce que reprochent au projet les gaullistes mmme Dehrc;. c'est que. dans le premier cas. les députés reprësenleraienl la liste el le parti pour lesquels ils sont élus. dans le deu .riéme ils représenteraient les électeurs de leur région. mais dan1· les deur cas la nation ne 1·erair plus représentée con1me 1111 tour pour dé('endre sa souveraineté.
En France. apres sa décision du Conseil mnstilulionnel qui reconnail la compalibililé de celte éleclion arec la Conslilulion en l'if{ueur. Giscard a abandonné l'idée d 'tm référendum sur le sujel. qu'il avail envisaf{é en pensanl diviser la !{aue/te. Le prohlème 1•iendra donc directemenl deva/11 l'Assemblée nalionale dès sa session d 'al'ril prochain . E1 les éleclions au Parlemenl européen devraient normalement inlerl'enir en mai 197R. quelques semaines donc après les léf{islatil'es. ce qui pourrai! d'ailleurs poser quelques problèmes au cas ou. en (onction du mode de scrutin retenu . le résullat de celle élection différerait de celui des lé Risi aril'es ... 1) Où il est question d'indépendance nationale ct de non-alignement
Ce projet d'élection du Parlement européen au suffrage universel a déjà provoqué un certain remue-ménage dans l'extrême gauche et alentour. Un comité contre cete élection s'est constitué. auquel participent Sartre. Claude Bourdet. Jean-Pierre Vigier. les généraux Binoche et la Bollardiére. Dans la lancée. Sartre a publié. sous sa propre signature. dans le Monde du 10/2/ 1977. une lettre ouverte aux militants socialistes qui reprend les termes de l'appel du comité. Dans cet appel. il est dit: « En France. en Italie. comme en Espagne .. le pouvoir ne refléte pas ou plus la majorité de l'opinion ... Le temps du Traité de Rome est loin. l'Europe des travailleurs une utopie sans fondement dans la réalité ... Les soussignés considèrenr qu'on ne peur dissocier la tuffe pour un avenir socia/isre de la défense de 1 'indépendance nationale des peuples. Ils n'acceptent pas. ils n'accepteront jamais une Europe dominée par l'impérialisme des USA et une RFA qui
r revient aux rêves traditionnels de la bourgeoisie pangermaniste.. . Aucune mesure d'austérité même dite de ga uche ne pourra enrayer la décomposition de l'économie si elle ne s'accompagne pas d' un changement d'orientation de la politique étrangère. » Suit une proposition en trois mesures: lutter contre la crise en combattant l'hégémonie germano-américaine. casser le front des pays riches. qrganiser de nout·eaux circuits émnnmùtucs autonomes en Méditerranée. Notons pour le moment que ces lignes d'orientation paraissent assez proches de celles développées par le CERES dans ses thèses sur le compromis J?éof?raphique sur lesquelles nous reviendrons plus loin.
C'est cet appel que l'Organisation communiste des travailleurs reproduit in extenso dans le n" 4 de sa revue théorique Premier Mai. en lui apportant son « soutien ». et en le définissant comme une pi(J{e~/nrme démocratique t•alahle. Enfin. l'Etincelle. hebdomadaire de l'OCT. apporte. dans son n° du 13/1/1977. de nouvelles justifications théoriques à cette posi~ion : « La question de la direction prolétarienne et des alliances possibles dans la bataille d'aujourd'hui pour l'indépendance nationale se pose d ' une façon nouvelle ... Pour les socialistes. 1 ïnté~?ration â 1 'Europe de Schmidt fait partie de leur straté~?ie. Elle leur pamettrait d'af(ennir leur puissance face au PCF et de se déharasser plus aisément du Programme commun ou de ce qu ïl en reste.. Par-delà le chauvinisme ami-boche. il existe cependant dans les rangs et sur les pourtours du PCF une opposition saine. sur des bases populaires. à tout ce que représente le projet capitaliste européen ... L'indépendance nationale ne passe par l'alliance avec une super-puissance contre l'autre. mais elle doit être une indépendance réelle par rapport aux deux super-puissances. même si la lutte prioritaire est tournée dans notre zone contre celle des deux qui nous dominent directement... Dans la phase actuelle. il s'agit de préserver les conditions de rupture en empêchant que les pays capitalistes instables ne soient consolidés. ou plutôt que soit consolidée la domination capitaliste dans ces pays par leur intégration dans un système international solide. » . Il faut souligner à ce propos que la mise en valeur d'une :opposition saine au projet européen, sur des hases populaires
et par delà le chaul'inisme anti-hoche, sur les pourtours du PCF, n'a rien de fortuit. Elle s'inscrit dans la logique même du manifeste adopté par le congrès de fondation de l'OCT. qui établit une différence qualitative entre le PC et le PS : 11 Il s'agit dans le cas du PCF d 'un courant bourgeois. mais au sein de la classe oul'rière ii, à la différence du PS qui lui serait extérieur. Ce discret dérapage théorique conduit directement à de moins discrètes complaisances dont l'article de 1 'Etincelle constitue un exemple.
Quant au PSU. il ne juge pas utile de critiquer publiquement les positions de Claude Bourdet, membre de ce parti et candidat à ce titre aux élections municipales sur Paris. lorsqu'il signe l'appel du Comité contre l'élection du Parlement européen et écrit dans Tribune socialiste (27 1 1 1 1977) : « Pour la gauche, 1 'indépendance est s1·nom·me de survie ... il est clair que si l'on veut changer le régime que nous subissons actuellement en France et en Italie, il faut ètre certain d'avoir au moins plusieurs années sans supranationalité, le temps de consolider!e pou\•oir de la gauche à Rome et à Paris. Si ce Parlement est élu. il n'y aura pas de Programme commun. ou bien, très rapidement, il n'y en aura plus. » Déjà. dans les colonnes de TS (28/ 12 / 1976). Ravenel avait salué l'appel du Comité contre l'élection du Parlement européen comme une initiative positive, en expliquant que l'opposition absolue du PSU à l'élection du Parlement européen « est évidemment inséparable de la remise en cause des blocs- que le projet de Parlement veut en réalité renforcer- dans une perspective de non-alignement et de liens nouveaux avec les pays du tiers-monde. »
Que l'élection au suffrage universel du Parlement européen vise à constituer une légalité supranationale. susceptible d'offrir à la bourgeoisie européenne un rempart supplémentaire contre une montée révolutionnaire dans l'un ou plusieurs pays européens, c'est indéniable. Que les institutions européennes renforcent et prolongent l'Alliance atlantique, c'est aussi vrai. Mais. à ne retenir que ce côté, bien réel, mais unilatéral. du problème. sans partir des processus sociaux économiques de fond, conduit, sous prétexte de parer au plus pressé. à se tromper lourdement sur les tâches . En ce qui nous concerne. nous dénonçons J'instrument que pourrait \, IOn
r constituer le Parlement européen. mais nous ne menons pas cette lutte à reculons . au nom de la défense ou de la reconquête de «l'indépendance nationale». 2) Rappel de méthode
On trouve un exposé de méthode qui n'a guère vieilli dans le chapitre 9 de la Réponse socialiste au ddi américain ( 1 ), consacré à 1'« avenir des institutions supranationales de la CEE )) : « L'avenir des institutions supranationales dépend. finalement. du niveau qu'aura atteint le processus d 'inter -pénétration internationale des capitaux ... Tant que nous nous trorouvons dans un crc!e long a tendance fàndamentalement expansionniste, la fonction économique essentielle de 1 'Etat bourgeois, c'est sa fonction classique d 'assurer cette expansion en créant un volume suffisant de monnaie et de crédit et en se chargean{ des dépenses d'infrastructure .. . Il n 'est pas absolument indispensable dans une conjoncture de croissance d'aller plus loin, c'est-à -dire qu 'il nes 'agit pas encore pour le grand capital d 'une question de vie ou de mort ...
11 Mais que ce cycle long a tendance expansionniste vienne a se transformer en C.Fcle long avec tendance à la stagnation économique; que les taux de croissance annuels se mettent à baisser; que des récessions pârtielles viennent a se multiplier dans les pars de la CEE - signe avant-coureur d 'une récession généralisée- et alors le grand capital mettra 1 'Etat bourgeois en présence d'exigences bien plus grandes. Ce seront alors les mesures anticrc!iques. ou. plus précisément les mesures destinées à prévenir les crises qui prendront le pas sur les autres .. .
« L 'impossibilité de mener une politique anticrise efficace dans le seul cadre national. dès lors que l 'intégration éco -nomique au sein de la CEE a dépassé un certain stade et que l'interpénétration des capitaux a atteint un certain degré, découle manifestement de 1 'impossibilité de pratiquer à 1 'échelon national une politique tendant à arrmitre la demande g/o( 1) Ernest Mandel. Ed . Maspéro. 1968.
hale. â auKmenter le volume de mo111wie. fWtlf perme((re aux grands trusts européens de maintenir leurs profits. de ne pa1· cnmprimer l'emploi trop hruta/emr:'/11, de mntillur:'r â l'endre la plus grande part de leur production u111rante. Une telle poli - tique réclamerait des mesures â 1 'échelle de la CEE dans son ensemhle ..
Oil L'heure de la l'érité sonnera pour la CEE quand s'abattra sur 1 Europe capitaliste une récession Kénéralisée. Ce sera
1 'épreul'e décisive du marché commun. Ou hien. la pression du grand capital internationalisé sera asse:. fàrte 1 'lotlf oh/iger les gouvernements à faire des concessions importa nies \ïtr le plan fiscal . financier et monétaire .. . Ou bien on ne peut l'ai nere la ré1·istance des milieux capitalistes qui continuent â prr)ner la soul'eraineté nationale en matière de fiscalité. de finance et de monnaie.. >>
Ce texte d' Ernest Mandel de 1968-69. Il en a repris la démarche. plusieurs années après. dans certains passages du Troisième dge du capitalisme. dont l'édition française a été rev ue en 19 76 :
Oil La centralisation internationale du capital peut s 'accom -pagner d 'un recul progressif du {JOUI'oir de certains Etats nationaux ourKeois et de la mise en place d 'un nouveau pouvoir d'Etat bourgeois fédéral et supranational. (e((e l'ariante. qui est possible, voire probable, du moins [!Otlf la CEE en Europe occidentale (avec ou sans la Grande-Bretagne), correspond â la deuxième forme de centralisation internationale du capital, celle de l'interpénétration internationale des capitaux sans prédominance d'un groupe particulier de capitaux nationaux. De méme qu'on ne constate aucune hégémonie <! nationale » au sein de grandes firmes multinationales nées d'une telle interpénétration internationale des capitaux. la forme d Etat conforme à ce (fe forme d'internationalisation du capital ne peut ètre ni la prééminence d 'un seul Etat bourgeois sur les allfres. ni la confédération lache d'Etats nationaux souverains, mais seulement un Etat fédéral supranational. caractérisé par le transfert de droits souverains décisih. (. .. )
(. .. ) rr La pression croissante exercée en faveur d'un Etat impérialiste supranational en Europe occidentale -pour autant que la centralisation internationale du capital prenne lOR
e(/'eclil'emenl la forme domina!lle d'intl:'rpënëlralion eumpëenne des ca pila/lx S(/1/S hi'f{l;lllollie d'une classe hnurxeoise IW!innale - nail ius/ement de la fimclinn ëconomique immc'diale de 1 'EI'al dans le !roi.\·ic;nle âge du capitalisme. La programmation ëmnomiquc dans le cadre de 1 'Etal national el 1 ïnterpc'nëlration internationale des capillt/1.\" ne se laissent pas cnncilier a la longue. Ou hien la premic're (era reculer la seconde. surtout en përinde de crise' et de récession. nu hien la seconde mel/ra s11r pied 1111e pro;;nlllli/Wiion économique internationale qui l11i est adéquate.
11 Le problème se précise si l'on aborde la politique éco110mique antin•c!ique. c 'est-â -dire la lulle mntre les cri1·cs et les récessions adaptée (1/tX intëréts des firmes multinationales. qui n 'est réalisable qu 'au nil•eau international et non plus nmional. Les instruments d'une polilùJue anticTiique n'sident dans la politique monétaire et de crédil. la politique budgétaire. commerciale et /1.1cale. Une politique anticl'c!ique adaptée aux intérèts de trusts résultant d'u11e interpénétra/ion inlernati()llale des capitaux récht111e une monnaie européenne uniqur et une politique européenne unifiée en matière de crédit. de budget et dïmprit (/a politique commerciale commune est déiâ une réalité dans le cas de la CEE). Mais une mon -naie. une politique hudxétaire et fiscale , et 1111e politique de travaux publics communes sont â la longue impossibles sans un f(Ol'ernement .fédéral disposant de ressources financières autonomes. et sans la garantie d 'un poll\'oir exécutif' de répression. c 'est-â -dire sans 1111 Etat commun. De gra11des firmes multinationales réclament aussi. soif dit en passant. un marché international des capitaux. qui remel de pi11s en plus en question la Sllrl'ie des monnaies. de politiques de crédil. el de politiques budgélaires et(lscales nationales autonomes.( .. )
11 Il est clair qu 'en cette nouvelle phase de concurrence aiguisée. les firmes multinationales américaines jouissent de deux avanlages décisifs par rapporl â leurs cnncurrents : elles disposent en mo.l'enne d'une masse de capital bien plus considérable (trois â quaire fois plus que leur concurrent le plus important) et d'un Etat bien plus puissant. Les concurrents européens et japonais de ces firmes n'ont une chance de survivre comme formations indépendantes que s'ils engagent de leur cà té un processus international de fusion. s'ils atteignent
r 1111e 1111/S.I<' de ca{JifliiiX ct des ca{Jacit(;S de [Jmdl!ction d'till ordre de Krandc11r éqllil'alcnt â celles de lc11rs {Jrinci{Ja/1\" crincl!rrentl· US. ct s'ils mcrrcnt sur {lied. au moins en Ettrn{Jc de 1 'Ouest . 1111 Etat /(idéral qui mntrehalancc [Jolitiquement ct militairement les USA. La façon dont la CEE tral'ersera les {Jrnclwines récessions décidera {Jrnbablement de la [Jossihilité ou de 1 Ïm{Jossibilité d'une su{Jcr-{Juis.\Wlce euro{Jéennc indé{Jcndante, c'est -â -dire de 1 'impossibilité ou de la [Jo.\sibilité de réalisation d'un .\ït{Jer-im{Jérialisme US. 11 Œd. UGE. pp.24 7. 248. 249. 250. 251. 268. 269.)
Les épreuves de la grande récession de 1 9 7 4-7 5 n'ont pas suffi à trancher l'alternative tracée par Mandel entre la régression vers le protectionnisme des Etats nationaux et de nouveaux pas vers la constitution d'un pouvoir politique <;lu capital européen. Le début des années 1970. au moment où était défini un projet d'Union économique et monétaire européenne pour l'horizon 1980, avait vu se développer des frictions entre la CEE et les USA . En 1971 . le comité pour le développement économique (CED) américain publiait un rapport de récriminations contre les conditions monétaires et commerciales en Europe. En avril 1973 , définissant le projet d'une nouvelle charte atlantique, Kissinger rappelait énergiquement: <<Les Etats-Unis ont des intérèts et des responsabilités à l'échelle mondiale. nos alliés ont des intérèts réKionaux ... L'autonomie de l'Europe n'est pas une fin en soi. 11 Et il revenait sur ce thème en décembre de la même année, dans un discours prononcé à Londres : << L'unité de l'Europe ne doit pas se faire aux dépens de la communauté atlantique ... Nous présenter les décisions d 'une Europe en train de s'unir comme des faits accomplis non soumis à une discussion réelle est étranger à la tradition dès relations entre l'Europe et les USA . 11 Début mars 1974, François-Xavier Ortoli. président de la commission européenne, reconnaissait dans une allocution devant l'association américano-belge de Bruxelles l'existence de ces tensions et une dégradation des rapports qu'il imputait aux répercussions de la crise de J'énergie.
Depuis, l'évolution politique des rapports de forces a atteint un palier et l'autorité américaine s'est même trouvée temporairement renforcée, grâce aux conséquences de la crise du pétrole, encore que de façon contradictoire (dans la mesure \.
r où intervenaient en même temps de lourdes défaites pour l'impérialisme en Indochine et en Angola). Plutôt que d'un renforcement absolu de l'hégémonie américaine. il faudrait donc parler d' un piétinement et d'une impasse de la CEE.
« Les succès de la Communauté européenne sont des succès latéraux. Les ohjecti{\· centraux. au premier ra nf? desquels 1 'eflort de rapprochement des économies des pars membres, n'ont pas été alleints. 11 Ce bilan global tiré par Ortoli de ses quatre années de présidence de la commission européenne. à partir de 1973 . s'applique particulièrement à la dernière année de son mandat.
Le programme de relance de l'Union économique a été ajourné. La réunion du 28 novembre à La Haye a renoncé à rétablir une stabilité monétaire quelconque avant la fin 1977 ; elle a également enregistré l'impasse d' un projet énergétique commun. Les seuls sujets de satisfaction à ce propos pour les gouvernements de pays membres résident dans le fait que. malgré certaines dérogations en faveur de l'Italie. l'Union douanière ait résisté, que l'accord du 6 mars 1976 sur une nouvelle grille des prix ait offert un nouveau sursis à l'Europe verte et qu'on soit parvenu à « un plan anticrise commun» sur l'acier. C'est donc à juste titre que le commentateur du Monde, Philippe Lemaître. parle de communauté réduite aux acquèts.
En définitive, la seule innovation réelle de l'année écoulée réside dans la relance des institutions européennes et notamment dans le projet d'élection du Parlement européen, avec des scrutins disparates et à condition que l'Assemblée française et la Chambre des communes britannique le ratifient d'ici là.
3) L'évolution des rapports interimpérialistes Mais l'important demeure que, tout au long de cette période. les contradictions définies par Mandel n'ont été ni dénouées ni dépa"sées par l'évolution des rapports de forces interimpérialistes.
Quant au fond. on peut dire que le déclin relatif de l'hégémonie américaine s'est poursuivie ces dernières années :
- Entre 1970 et 1975, le mark s'est réapprécié de 48 % Ill
r par rapport au dollar. le norin de 43 '!{,. le franc belge de 35 % . le franc français de 29 %. le yen de 21 '}{, . Dans la même période. le salaire horaire moyen est passé de 4 .20 dollars aux USA à 6.22. alors qu'il passait de 2.32 à 6. 19 en RFA. de 1.74 à 4.52 en Italie. de 2.08 à 6.46 en Belgique. de 2.93 à 7. 12 en Suède!
-Entre 1950 et 1965 . la productivité moyenne du travail a augmenté de 2.6 par an aux USA. alors qu'elle augmentait de 4 % par an en Europe occidentale et de 6.8 % au Japon. Entre 1965 et 1969. elle augmentait encore de 1.7 % par an aux USA contre 4.5 % en Europe et 10.6 % au Japon. Dans les années 1973 / 1974. la productivité moyenne du travail cessa même de croître aux Etats-Unis.
- Dès 1974 (numéro du 6 septembre). l'hebdomadaire patronal français Entreprise s'interrogeait sur la structure et l'évolution des investissements: 11 Comment l'ont é\'(!luer les investissements ? En 1973. les iiJI'estissemenfl' étrangers aux Etats -Unis. qu'ils soient directs ou en portef'eui/le ont neftement augment<! ( + 30.2 % pour le Canada. + 20.2 %pour la Grande-Bretae;ne. + 15 %pour les Pars-Bas. + 13.R % pour le Japon). Le niveau du cours de valeurs américaines. les deux dévaluations successives du dollar. la moindre dépendance énergétique des Américains ont constitué autant d'encouragements pour les investisseurs étrangers. Au contraire. on a constaté une certaine stabilisation des investissements américains à l'étranger. Est-ce que les investissements étrangers vont continuer sur leur lancée'? En dépit des incertitudes liées notamment à la crise de l'énergie. on peut raisonnablement penser que les investissements étrangers aux Etats-Unis continueront à s'accroître. Les investissements américains seront quant à eux largement conditionnés par la croissance économique des principaux pays. par le rythme de l'inflation aux Etas-Unis et à l'étranger. par le développement des échanges internationaux et enfin par l'évolution des réglementations gouvernementales sur les investissements étrangers. 11
Cette question des investissements croisés est toujours délicate à démêler. tant est touffu le jeu des mesures financières. Dans la première partie de son livre sur Les classes sociales dans le capitalisme d'auiourd'hui. Poulantzas a ainsi
critiqué la thèse de Mandel sur le déclin relatif de l'impérialisme US. en faisant valoir la différence entre les investissements direct (qui assurent un contrôle effectif sur le processus productif) ct la détention de valeurs en portefeuille. l'importance respective des secteurs et des branches qui bénéficient de l'investissement (branches de pointe ou non) . etc. Ainsi. le même article de la revue Entreprise évaluait en 1972 les avoirs à long terme privés américains à l'étranger à 1 28 milliards de dollars . dont 70 % (soit 94 milliards) en investissements directs et 30 '!{, en portefeuilles. Les avoirs étrangers aux Etats-Uni s. à l'exclusion des obi igat ions d'Etal. étaient alors évalués <i 60 milliards, dont seulement 14.5 milliards d'investissements directs. Mais l'affaire se complique encore quand on sait qu'un illt'cstisscmcnt (;/ran~cr est considéré mm mc dire(/ aux USA si 1 'étran~cr délient till moins 25 % des parts ou d'un intërd i;quil•tt!enl datn la firme. alors qu'un iln•estissemenl amériC'ain a 1 'é!NIII~er est considéré mmme direct a partir de JO % seulem ent d e parti -cipation amériC'aine dans la firme . petit détail que Poulantzas omet de relever.
Ce qu'il importe donc de dé~a~er. c'est la tendance ~énéra/e. Et. de ce point de vue, il ne fait aucun doute que l 'année /970 est l'enlie confirmer le recul global des investissements américains dans le monde, pro~ressivement re/arès par des investissements allemands et japonais. notamment. En 1976. les multinationales américaines ont moins investi à l'étranger : les investissements US n'ont augmenté que de 2 % pour l'année. soit. compte tenu de la dépréciation du dollar. une baisse réelle de 1 0 %. En Europe, s'est mê·m e amorcé un courant de désinvestissement des multinationales : Good Year. White Motor. Union Carbide. American Motors. Eaton. Chrysler. Singer. Westinghouse, General Foods liquident une partfè de leurs implantations sur le continent. En revanche. la pénétration du capital étranger en RF A se ralentit. Si les Etats-Unis gardent une position dominante sur neuf catégories de produits manufacturés, l'Allemagne de l'Ouest a acquis une position dominante au niveau du commerce international sur six autres catégories : automobiles, génératrices électriques. matières plastiques. produits pharmaceutiques. machines-outils, articles manufacturés en métal. S'il est
vrai que certains de ces secteurs englobent des entreprises allemandes sous contrôle américain. dans l'a utomobile par exemple. il faut aussi savoir que les Allemands ont lancé une entreprise de germanisation du capital en procédant au rachat massif d'actifs américains sur leur propre sol (dans la chimie notamment). dans le même temps où ils cherchent à s'implanter directement sur le marché américain (Volkswagen). Quant au capitalisme japonais. la part du contrôle américain y est minime. inférieure ù 3 ')(,. alors qu 'elle représente en France 25 '!{, de la production industrielle : or. il a acquis une position dominante sur quatre catégories importantes de produits manufacturés: navires. fer el acier. radios el télévisions. fils textiles et tissus.
Globalement. il faut encore noter que la {larr des EwrsUnis dans le fnla! de la {lmduclinn des W'fll {lars les {llus riches diminue sensihlemenl. de 64 % en /955 â 46 % en /9 74: dans le même temps. la part allemande passe de 7.2 ')(,à 12.8 '!(,et celle du Japon de 3.7% à 15% . On assiste à un accroissement spectaculaire de la part des profits réalisés à l'étranger dans les profits totaux des trusts européens. Dans le n" spécial 61 / 62 d'fn{lrecor. Mandel souligne cette tendance générale : " Alors qu'au murs des années /950 et !9MJ. le {lmtecrinnnisme modéré de la CEE er les mtif.l' sa/ariau.Y élel·és aux Etats-Unis amenèrent les mulrinationales d'origine amérimine â dé{llacer des centres de {lmduction vers 1 'Euro {le occidentale, le {lmtecr ionnisme croissant des Etats-Unis ainsi que (es mtits salariaux surélevés en Euro{le (notamment du fàit de la modtfication du taux des changes) incitent les multinarionale.\ américaines â réduire leurs activités en Eum{le. Les iniriatil'es les {llus s{lectacu/aires â ce {lmpas onr rHé prises par Vo/kswagen, Miche/il;, Fiat. Saint-Gobain. en construisant ou en achetant d Ïm{lortantes usines aux Etats-Unis. Comme nous l'avions souvent souligné, f'a(lpréciation des monnaie.~ eum{léennes et du \'en {lar rapport au dollar, si elle favorise les exportations américaines par rapport aux exportations européennes et japonaises, favorise également l'achat d'usines er de terrains aux USA par les capitalistes européens et japonais. En fait. pour investir cent millions de dollars aux Etars-Unis, un trust allemand ou suisse dépense aujourd'hui 50 % de moins en marks ou Il-l
francs suisses if// 'en 1970. Les st/ccunuln de nlllllinalinnaln e/trOpi;ennes nu japnnai.1es au.r USA prennenl d<;ia }4 •7,; de toutes les e.\pnrlalinns 11/lli;ricainn fJIJllr leur cnn1ple 111 lnlttl. les inl'eslis.l<'lll<'nls direcl.\ a l'<;lrunger de 1 Allenwgne nccidellfale 1!1 du Japnn se .\11111 nnilli{Jiiel flilr li'fll di'{lllil di\· ans. 11
Sïl est vrai que la longue phase (rcxransion capitaliste qui a suivi la Seconde l1uerrc mondiale s'est achevée ù la lïn des années 1960. et que nous sommes entrés dans un cvcle déclinant où les récessions sont de plus en plus rapprochées c t synchronisées. où le chômage devient structurel. où la concu -rence internationale s'aggrave. le rôle de 1'1-:tal comme surport des grands monopoles et garant des -.;urrrof'its monopolistiques réapparaît dans toute sa clarté. " Dans ces mn difions, constate Mandel. la puis.l<lnce relalil'e de l 'Ela! amàicain 1!/ la capacité d 'inten•en lirJn rapide de l'Elut. d<;iti mnins puis.\<1111, de 1 ïmpériali.lme iapnnais. contral'il'llf de n11111iàe douloureuse pour les monopnles ouest-eurnp1;ens. (/l'ec 1 Ïnl -puis.l<lllte des stmctures pré-élatiqul!s de lu CEE et al'ec la faihlesse insiKIIe des Ewts nationaux ot/esl-l' llmp<;e/1\. 11 Un{lfecor 61 /62). Plus les échéances décisives approch~nl. plus la concurence est serrée. plus la nécessité de parler d'une seule voix. de disposer d'un Etat jouissant de l'autorité politique nécessaire pour imposer ses conditions dans les négociations commerciales se fait sentir pour les capitalistes européens. En janvier 1977. l'assemblée générale du CNPF déplorait que 1 'Europe soit une véritahle passoire pour les produits en provenance des USA. du Japon ou des pays de l'Est. alors que les producteurs américains bénéficient de solides protections douanières. Jacques Ferry. président de la commission de politique économique générale. suggérait même pour l'Europe. un Tracte Act protectionniste à l'américaine. faute de quoi la Fraflce pourrait être amenée à invoquer des clauses de sauvegarde pour protéger les secteurs les plus malmenés par la concurence (machine-outil, textile. chaussure .. ) ( 1 );
Quelques semaines plus tard, le 9 février, le quotidien patronal les Echos. commentant dans un éditorial l'escarmouche avec le Japon au sujet des exportations de roulements (1) Le Monde du 1 8 Il /1977 \..
à billes et de constructions navales. mettait à son tour l'accent .;;ur la nécessité de mnrdnner les e(/iJr/s el/rn{Jëens: "Le con/lit ni{JfiiH'tlfo{Jeen le con firme . /_e .\ïlllt/1[('/ d11 {Jrinlei/TflS {!rnl'huin seru 1111 rende:.-i'nl/.1' rednu!ah/e pour l'ill'eltir h·nllfllllilftle lllnlldiul. Le prn!eclinnni.l'llle. celle !lltliclwlllhre des guerre\· cntllllteJTiuln. 1/Tenacc li nntl\'eall. Le 11/nnde ncciden!al 11 'en C\1 flil\ a l'il {lrennërc ,i/erle. Depuis lu grande \'('('()1/\'\C fl!'fmlic'rc de !(}73. 11111, les par.\· nnl lenlë fi/us nu 11/oin.\ dilï'relenu'nl de fJJIJI<;ger lc11rs halattcc.\· de1· {laiell/enls el le11 n e.l poin de crni \'\'(!liCe lill {Ill l'fer 1/tnins. e.rpnrter plus. ce/le del' ise 11 l'ile 111//rllé a 1 'oh.1essi1111 . Il aura t'a/lu /'e(/iJr/ !'nnill.f:lli; del {lrincipule1 ruis1ances nccidenla!n rnur él'iler le pire Parl'icndru-1-nn celle fi11's-ci encnre â c.rnrciser les l'ieu.r déll/1111.1' i Après le i'éri!ah/e cn11p de semonce de 1 'Eurof!e ali Japon. le sa/ur de l'éqllilihre m111111erciul el {lnli!Ùftle 1/Tnndia/ dé{lend de la capacilé de 1 'Occidr:'ll â m11rdonner ses ef/ims. 11
Pour l'Europe du capital et des patrons. la croisée des chemins. entre de nouveaux pas vers la construction d'un Etat européen et le retour à une Europe en miettes du sauvequi -peut. est en vue. C'est donc dans ce cadre. autant et plus que comme une simple manœuvre politique et électorale. qu'il faut traiter le projet d'élection du Parlement européen . Et c'est hien dans ce cadre que le rapport. présenté en décembre 1975 par Léo Tindemans au Conseil européen . situait la relance institutionnelle de l'Europe.
4) Le plaidoyer pour un Etat européen.
Le rapport Tindemans part. en effet. du constat de crise de la Communauté européenne et du démembrement qui la menace : « Nous sommes entrés dans 11ne crise qui nous fait subir des taux d'inflation et de chômage que la génération acruelle n'avait jamais connus. Rien d'étonnant alors â ce que la Communautés 'effrite sous la renaissance. partout sensible. de préoccupations étroitement nationales. D'autant què cette communauté, dans son état actuel, est déséquilibrée : dans certains domaines, des compétences importantes lui 0111 été transférées; dans d'autres, rien ou presque rien n'a été fait. Et cela souvent parce que nos Etats étaient trop faibles pour entreprendre de nouveaux efforts: la fragilité de l'Europe 11_'est-elle pas aussi le reflet de l'impuissance de nos Etats ? Il o
Un 1;difice inachel'l; ne {Will fJill di;lier le li'lllfJ\. il dnil el!'" mlll{Jii;li;. 1·inn11 il 1 ·~;em ule . C'es/ tlltinurd 'h ui l'actf/111 mnlnlllllal/laire qui l'SI 1'n qun rinn . "C'est ù partir de là qu'il propose un renfùrcement de la politique commune sur le plan : - 'VIilitaire. en dem andant que la sécurité ne soit pas laissée à l'éca rt de l'lJ nion européenne. et que snit en\·isagée " la cn'ulinn d 'une agence eurnpeen11e .d 'unnen1enr " - Mnnétaire: ,, Le Fonds ellm{Jeen de cnn{Jemrinn n1nn1;1uire del'rttir graduellenlenr 1;1re clwrg1; de la polilitfll< ' d'inrerrenrinn du \er{Jenl l'il -ti -l'is du dol/ur. Lu mn1nlidurinn du sapenr {Jerllwllm a la C!lnllllllnultfl; de purricip1'r eni/lille !elle lillY lli;gnciulirJns /inunciere1 infenwlinnales . c·est. me \ï'lllhle-1il. sur la hase de ces con 1idemtinm If// :il lint! I<'{Jrendre l'cwmen des problème.\ lih u lu cn;ulinn d'une Union ëm nnmiquc er n111n1;11iire. Le rapp11r1 Werner. udn{JI I; pur le conseil. a indilfllé les problèmes qui se fJII.w ienl el les Sllllllinns qui dni\'e/11 élre enl'i.\·af?!;es. Il doir mnlinuer a inspirer nos d1;hals. en meme lemps que ln idées q ui .\mlf émises de{Ju is s1111 ad11p -li1111. Je s11nge en {Jar/i('lflier â ditferenles {Jm{Jn.liliiiiiS lenda/11 à la créa/ion d'une 11111n1wie européenne. ce qui aurai/ à 1 'évi -dence une signifimlirin polilique el {Jsrch11l11gique considérahie. 11 - Social " ... L'union d11il dé/ln ir des n11rmes ap(Jiicahles dans lous 1111s Elals en 111alière de salaires. de pen1inn. de .\ Ùïtrilé sociale. dl! condilions de lral'ail. en a{J{Jorlanl une al -lenlirJ•I spéciale aux {Jmhlemes que pose le fm\'(/ il féminin . '' -Enfin. et c'est le centre et la conclusion du rapport. inslilulhnne/11! : u Le ren/r1rcemenl du mécanisme institutionnel es/ d'aulan! plus necessaire que les lâches des institlllions s 'wzno•1cenl di//iciles. La Communauté euro{Jéenne a intégré des mw r·ilés . L 'Union européenne doit intégrer d es politiques . La mutat.on 1rualilatil'e que celle él•olulion exige tient au {Jrocessus de décision. c'est-à-dire aux instillltions. En e[{el , le retour à des {Jmtiques de coopération intergouvernementales n 'ap{Jorle aucune solution aux problèmes de 1 'E'1rope. Elles tendent à .:ouligner les différences de puissance et d'intérêt en/re nos Etats et ne répondent pas aux exigences communes. C'est bien un appareil institutionnel commun qui doit ètre renforcé ... L'élection du Parlem ent au suffrage direct donne à
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U'lle li 'll'lllhlec '•'le u•t 1 orifl; pnlifÙI/11' 1/0ll\'e//e. . L 'a/1/orifl; d11 Pl/rle!lli'/11 llllm f'Ollr COIISà{lle!lce 1111 uccroisseme/11 de ses ' ·'"'fJI;fe!ln'l. ({Ill se r>alisera grudllelleii/CI/1 1111 cottrs d11 de t·c/nfl()('llll'lll pmgre :.1 if'de l'll11ioll eurnpëe/11/e el ({IIi se lradlliru llnfu!l/11/('1/f par! 'ererciu' cmi.l .\11111 d '111/e )il!lclion lligislatit·e . "C'est œttc ~lee ion qui -;c trouve aujourd'hui décidée.
Ali faut donc hien cc•mprendre et combattre cette décision d'un double point de \ ue.
Certes . comme la •cntative de fonder une légitimité supranationale qui puisse devenir une camisole européenne suprlémcntaire pour les partis réformistes d'Europe du Sud déjà confits de légalisme tt de respect des institutions bourgeoises établies. C'est bien ainsi en tout cas que l'entend le quotidien clérical la Croix · ,, Les perspectit•es politiques challgeraiellt pour 1'/ialie si ce pars fài.lail figure de nigion di/liS till en sem hie polit iq 11e e11 ropée11 \ïtfllsa 111 mee nt .11 rue! 11 ré ott le Parti comm11ni.11e ilulien <;erail i111égr1; selon son orientalion actuelle . L 'al!ernance 1111 p out•oir serail 1'111/S doute possi -hie a ce plan régional sa11s susciter m Italie et uil/eurs des craintes et des réacfirlllS përilleu\es. n (20 décembre 1975.)
Mais aussi comme un besoin pour le capital européen confronté à la crise d'unifier ses moyens d'intervention économiques . monétaires . mais aussi policiers (ainsi que l'ont déjà mont ré les accords ami terroristes ra ti fiés par le Parlement européen de Strasbourg).
6) Les réformistes face à l'Europe.
Face au projet d'élection du Parlement européen au suffrage universel. les réactions du PCF et du Parti socialiste sont différentes, sans toutefois déboucher, dans l'état actuel du débat, sur des divergences inconciliables.
Le PS, en ce qui le concerne, n'a pas eu à ce sujet de grave problème de conscience, au point que Giscard pouvait espérer un vote positif de sa part en cas de référendum sur la question. Il y a belle lurette en effet que certains membres ou alliés du PS, comme Bergeron. Yentejol, Jacques Piette ou Fred Zeller côtoient les Debatisse, Gingembre et Olivier Giscard d'Estaing dans un Comité national de soutien pour l'élection directe du Parlement européen. Le congrès de Bagnolet a explicitement adopté une position favorable à cette tt 8
r élection. Aux journées d'études de JïSER. en mars 1976 . .lean-Pierre Col a présenté un rapport sur ln tral'ail/eurs et les institutions européennes. dans lequel il dit: " Dès l'origine. on o opposé l'Europe des trcmtil!eun â l'é'ltmpe ·du mpitol. Europe des tral'ailleurs. la fimnule nt he/le. mais elle' peut masquer deux démissions nppnscil'.l '. " Et Col de combattre la dé.mission nationaliste. le repli sur J'hexagone. qui renverrait dans un avenir lointain el utopique J'Europe des travailleurs. comme la démission supranationaliste qui fondrait la construction européenne dans une vaste zone atlantique de 1 ibre-échange sc111S outnnnmte propre et st/IIS reststance. C'est en fonction de cette démarche quïl demande une démocratisation des institutions européennes en insistant sur le fait qu'elles sont pour les représentants des travailleurs une' snurce dïn((mnatinn précieuse et qu'ils peuvent en innéchir la politique. Les thèses du CERES sur le compromis géographique n'entrent pas en contradiction frontale avec les positionS' majoritaires du PS.
Pour l'heure, le PCF reste asse1. discret sur le problème: c'est peut-être qu'il prépare un ajustement non moins discret. et plus conforme aux thèses du XXII" Congrès. Déjà. parle Programme commun. il s'engage" â participer û la mnstmction de la CEE. il ses institutions " â ses politiques mmmunes. >> Depuis le premier acommodement de J' URSS qui nuançait. en 1962, sa position vis-à-vis de la CEE par un article d'Arzoumanian qui fit alors grand bruit. jusqu'à son entrée au Parlement de Strasbourg, la politique européenne du PCF a largement évolué: elle emboîte le pas à la trajectoire du PC italien et se sépare de plus en plus de la position plus traditionnellement pro-soviétique des PC belge ou ouest-allemand. En effet, dès février 1976. dans un article de l'Unité, Mitterrand faisait état d'une déclaration jamais démentie de la communiste italienne. Nilde Jotti, alors viceprésidente de la Chambre des députés : 11 Le problème central pour 1 'Ùni{ication de l'Europe. c'est l'élection du Parlement européen qui doit se dérouler au suf(raf?e universel. à la proportionnelle. et conduire â de no.uveaux pouvoirs léJ?islati{5. » (20 février 1976.) Dans la même logique, un document. publié en mars 1976 par la direction du PCI pour réclamer des mesures d'urgence contre la crise, demandait que
JJl)
r " 1 )tuffe inlenit·nne 111/fl!l;\ de lu (iilll/111111111111' 1'cnnnnJil{ll<' <'11/"•lfl<'enne fl"llr _J{(mnter d '11ne 1/lrllli<'l'<' cnnrdnnn1'e lu cril'l' 11/•l' l<' lllirc . el flllllr n'agir 11/t\' [Jrn·,'fn/11' [Jnlitil{ltCI el I'Cn//nllli1/11<'1 de1 Etut1-l-11i1 ''· Enfin . dans une interview à la revue '-'OCiali..,te !-!tire (mai 1976l. Ciancarlo Paietta proposait de donner plu" de pouvoir" au Parlement européen ,, c11 l'IllNil' ' "'-' de1 liuilll'l' l lllllil/111'1' ; 11'1'1' ln orgalliwl inll l 1\'lldicu/ '1 el {Jm/ •' 11/111/1/l'lfn "
Il L1ut saqs aucun doute. rapprocher ces positions en f/ec/!1' du PC italien de" declarations de son secrétaire général. Hcrlinguer. a la 'icille des élections du 20 juin 1976 . Répondant a un t<)Urnaliste du ( i ll·ril'l'c delli! Sem. qui lui demandait -.;ïl -.;e sentait plu-; tranquille dan" << l'aire occidentale>>. il Ji..,ai 1 alors : " Je {Je li 1e I{J te 1 '!lu lien ·u{JfJurlel/alll fliiS 1111 {JI/l'le de Vunnl'ie. 111111\ 11\'r/11\ fu certi111de uhwl11e de fJ0/1\'nir {Jmccder \'<Il l \' lll tCI/11 cnllditiniii/CIIIC/11 Sltr lu \'()fe itulieiiiH' 1111 mciulillll<' C"e11 1/11\'l'i [Jnllr ce/ri que ie l'l'li\' 1{111' 1'/ialie Ill' snrle {Jill du flllele Atla11tiquc . cl {JU\ \'i'Uicmenl {laree 1{11<' 1/nlrc wrtie hnttl('l'enemil 1 '1'quil ihre inten!alinlluf Je 111e 1<'11 1 [litt\· sur elan/ de ce crilé 'v!r;llli' 1'1 ie \'(Ji\ que de Cl' nife aussi crisrenr de 1érieuses ICI/IItfil•e.l {Jour limirer uorre uuronnmic'. 11 On aurait pu croire alors à une surenchère pré-électorale sans lendemain. l\1ais quelques mois plus tard . en aoùt 1976 . Santiago Carrillo répondait comme en écho à un journaliste du New York Times qui l'interrogea it: 11 Ce n'cs! ({lie lonq11e les Russes rcriremielll leurs illslulla!irlll.l' de Tchëmslmaque par exemple, que les Américains de1·raie111 rerirer les leurs d'Espagne. L'OTAN doir clulllf<Cr dons 1111 .1ens pn/iriquc. non c11 rani qu 'nrganisarioll de défense de 1 'Occidenr . 11
Si les partis socialistes et communistes d 'E urope s'acheminent vers une acceptation du Parlement européen et une participation à ses institutions. les uns et les autres gardent encore le plus grand mal à homogénéiser réellement leurs positions. Alors que Callaghan s'est formellement engagé à faire participer la Grande-Bretagne aux élections du printemps 1978. le congrès de Blackpool du Parti travailliste s'est encore prononcé à une nette majorité contre l'élection au suffrage universel d'un Parlement européen. La réunion d'Elseneur. en janvier 1976, de l'Union des partis sociaux-démocrates de la Communauté a constitué quatre commissions.
sur l'économie (présidée par Rocard ). !a r)()litique sociale. la politique extérieure. la démocratie ct les institutions. qui ne rendront leurs résultats qu'au printemps proch ain. Mais. d'ores ct déiù . les questions litigieuses. comme les nationalisations ct la planification. sont nombreuses. La réunion de
Madrid ent·rc Marchais. Rerl inguer el Carrillo a marqué un nouveau pas en avant dans J'h armonisation de la politique des
PC de masse en Europe du Sud: mais pour eux aussi. ct plus encore. des points de frictior. subsistent. et la nécessité de composer avec les PC européens. comme celui de Cunhal. qui demeurent plus étroit~ment lié-.; à la diplomatie du Kremlin.
Il est même assez croustillant de voir un parti co mmuniste sans Internationale. ct depuis longtemps en rupture d'internationalisme. le PCF. s'indigner dans une de ses revues théoriques. des coordinations européennes dont se dotent le plus en plus sociaux-démocrat~s ct démocrates chrétiens: " Ainsi. conclut J'auteur de J'article. Gérard Streiff. la logique de celle enfre{1rise mnduir a lt!H' l'ifllation {1mprem enr \·candaleuse : de1· ministre\ (ranç,,i\ ( Len1nttef. Barrot .. . ) se retrntnenr memhres de {larris ëtt'lltgen dont la politique est !ir1'e â 1 hranger, er pitt\· {1rëcil['mcnr â Bo1111. On peur relnarqucr que chaque fi1is que des stnrturn .\ ïtprtllulfionaln se sont mi\l's en place. elin le fitrenr Sfll/1. 1 'impulsion de {ilrma -tirill\. politiques otu'\1-allentandel. qtt ïl s ·agisse du SPD d'Helmttf Schmidt. du Parti lihëml r/e M . Cense/ter. 01/ de l'inquiétante CDU-CSU de Strauss . ' (Cahiers du communii!IU' . octobre 1976. p. 97.)
7) La riposte internationaliste au défi européen Nous combattons donc l'élection du Parlement européen dans la mesure même où nous combattons la constitution d'un Etat bourgeois européen, où nous luttons pour le retrait du pacte Atlantique et le démantèlement de J'OTAN. Nous ne menons pas ce combat au nom de la préservation ou de la restauration de « J'indépendance nationale ». Mais nous ne perdons jamais de vue le fondement de classe qui nous guide. contre l'exploitation capitaliste du prolétariat par leurs patrons nationaux comme par les multinationales. contre la
1] 1
r répression des travailleurs par les polices et les armées nationales ou par la collaboration policière européenne (dans le .:adre du Parlement européen ou par la coopération bilatérale- acccords entre les services de Ponia et la police espagnole.) Qu'il y ait rival(té ou conflit entre une Europe germanoaméricaine et une France « indépendante». ou entre une Europe,, européenne,, et le<; lJSA. ou entre la France capitaliste ct l'All emagne capitaliste. dans tous les cas. il s'agit de conflits inter-imperialistes. enLre impérialismes dominants et entre impérial i<;mes dominants et secondaires. Les travailleurs n·ont rien à gagner à défendre un impérialisme contre un autre. Dans un pays capitaliste avancé. la lutte au nom de l'indépendance nationale ne peut aboutir qu'à mettre les travailleurs à la remorque de leurs propres exploiteurs. De même que tout \Outien aux projets européens actuels ne pourrait que conduire le prolétariat à se solidariser avec les fractions de la bourgeoisie porteuse de ces projets.
Cest pourquoi . nous partageons pleinement les conclusions d'Ernest Mandel : ,, Le1· ri>wltuts de l'accentuation des lui/es de cla.11Ps dttns le.1 1111nh'\ a t•enir mntrihuaont de leur crité à déterminer lu {imne et le rrthme de la centralisation intemationale du cu{JiWI Plu1 lu luite de clasw1·. allant 1111-delà des {JUres que1·tinn1· de ré{Jartilinn du ret·enu national, remet en que.1ïion le fl!IUI'Iiir de d1;cisinn sur les mnrens de {Jmduction. c 'est-â-dire les ruflflflnrl.\ de {Jmductinn ca{Jitalistes, et plus la {Jnsitinn de la cla1se nut·rt'ère a 1 'éJ;ord de 1 'ensemhle des variantes de lo centraliwtinn intemotionale du ca{Jital deviendra indëpendonte. {Jius elle ahandnnnera la l'oie de la politique du moindre mal et affirmera 1111 milieu des controverses entre lu;J;émnnie US. " cnmmu!UIIilé atlantique 11, Etat .fédéral euro{Jéen en tant que su{Jer-pius.\w1ce im{Jérialiste. ou maintien du morcellement de 1 'Eurofle entre Etats hourJ;eois u souverains 11, son {Jm{Jre point de vue de classe: les Etats-Unis socialistes d'Europe 11 (Troisième âge du capitalisme. éd. UGE tome 2. p. 277.)
L'internationalisation de la lutte pour la révolution prolétarienne est la seule réponse de fond au processus d'internationalisation du capital et de son pouvoir.
Cette démarche diffère fondamentalement de celle qu'esquisse par exemple Poulantzas dans son petit livre sur la 1 ~'
Crise des dictatures (Masperol. Il y met rn œuvre une méthode qui part du postulat du maintien. voire du renforcement. de l'hégémonie américaine. pour analvser les degrés et les l'ormes variables de dépendance des différents pays ou ensembles envers cet impérialisme dominant. Cette dépendance prendrait pour les pays capitalistes de la Communauté européenne la forme d'un << accmis.\·e1nent prodigieux des inrntisseme1111 directs amàicains (p. 28) » Nous avons déjà vu ce qu'il v avait de hasardeux ou d'erronné dans une affirmation aussi préremptoire. Il faut maintenant en relever les conséquences politiques graves. En effet. Poulantzas établit. dans le cas des dictatures (Grèce. Portugal. Espagne). une distinction entre une bourgeoisie compradore qui serait organiquement liée aux intérêts impérialistes dominants. et une bourgeoisie «intérieure 11 en lutte pour préserver son indépendance. Cette bourgeoisie « intérieure>> trouverait l'une de ses formes d'expression politique à travers la social-démocratie: ,, La hnurgeoisie intàieure n'e1·1 pa1 1/IJII plu1· a/>1'('11/e de1 flUrlil· f'nli!iques représentés <Ill sein de 1 'acruel gnurer!Je/1/enr ,rwrtugai1· Le Parli socialisre /nl/1 d 'ahnrd: l'aile la fil us importante de ce parti. celle de Mario Soares. très d(;pendante du SPD a/1('mand, penche fàrtement t•ers une politique sncial-démncrate de droite â la Willr Brandt . (p. 66). >> Les demandes d'accès à la Communauté européenne. émanant du go uvernement grec de Caramanlis. de Mario Soares. ou des milieux dirigeants de l'Espagne post-franquiste marqueraient une convergence embryonnaire entre les bourgeoisies intérieures. qui pourrait déboucher alors sur une Europe européenne alternative à l'Europe atlantiste des Lecanuet ...
On voit très bien comment cette hypothèse de la bourgeoisie intérieure. qui n'est pas si éloignée de la thèse du PCF sur la bourgeoisie non monopolistique. qui transforme les PME et les trust non apatrides en alliés potentiels de travailleurs. peut conduire directement à des pactes de collaboration de classes au nom d'une idéologie patriotique remise au goût du jour. Poulantzas n'écrit-il pas dans un numéro récent de la revue du CERES. Repères (janvier 1977): « Chiwc essaie de récupérer (tctuellement la résurgence positit·e de 1 'idéologie an ti -impérialistes natin1wlistes des tlws.\·e.\· pnpulaires.. On doit se déharasser d'un pn;juge négatif: a priori. à
r l'égard de l'idéologie nationaliste ... Ce qu'il faut éviter. c'est de dire: laissons Chirac développer son idéologie nationaliste sans le contrer sur ce terrain-là .. Il faut. d'ores et déjà. défendre la France contre les multinationales et attaquer le double jeu de Chirac ... »
Eh bien. non. pour nous. le contre ne se situe pas sur ce terrain-là. Les généralités auxquelles s'en ticnnnent prudemment les auteurs comme Poulantzas leur évite de mettre leur démarche générale à l'épreuve de la pra tique . c'est-à-dire. à l'épreuve de la lutte des classes. Que veut dire . au jour le jour. la défense de l'indépendance nationa le . dans une Europe en proie au chômage chronique et à la crise . qu 'est-ce que cela veut dire pour des travailleurs confrontés aux plans d'austérité mijotés par les commissions de Bruxelles ' 1
Lorsque le gouvernement de Barre a lancé face à la concurrence japonaise le slogan « Achete::. /roll(·ois "· le Parti co mmLmiste a aussitô t répondu : " Prndui.w11 s (n111 çoi1· "· Et pourquoi pas. bientôt. « travaillons français >>. a vec des travai ll eu rs fra nça is. Exagé ra tio n po lé mique ' 1 No n po int Il y a là une log ique implacable. Les sy ndicats FFTL de la presse ont. par exemple. sauté sur l'occasion: alors qu'ils venaient d'enca isser le vidage par la police des travaill eurs du Parisien sans autre riposte d'en se m ble qu' une mani fest a t ion sy m bolique de la République à J'Opéra. alors qu'ils sont soumis à la pression patronale pour un allongement de la semaine de travail. ils prennent au bond le «produisons français » pour demander le rapatriement des travaux d'imprimerie faits en Belgique ou en Italie. par des travailleurs étrangers sur des machines étrangères. Le PCF remise aux oubliettes son opposition initiale au projet Concorde (alors condamné comme un transport de prestige pour des riches au détriment d'une aviation de masse) pour faire chorus avec le gouvernement français dans un hommage tricolore à la technologie française de pointe: il fait signer des pétitions à tour de bras pour que Concorde atterrisse à New York. comme s'il devait du même coup effaçer les défaites de Cerdan et Carpentier. l'humiliation de Fachoda; mais aucune bataille n'est engagée pour la défense sérieuse de l'emploi des travailleurs de l'aéronautique. dont l'embauche et les salaires ne doivent en aucun cas être associés ou subordonnés aux succès commerciaux de projets 1~4
issus de la mégalomanie de technocrates gaullistes. Et si nous avons nous-mêmes soutenu les mobilisations des viticulteurs contre les négociants et l'importation de vins italiens. c'était parce que leur action directe rompait avec une attitude traditionaliste de confiance en l'Etat-providence . parce qu'ils s'attaquaient. aux négociants exploiteurs de J'agriculture. mais en prenant soin d'appeler à la coordination avec les travailleurs agricoles italiens et à la lutte commune.
Le chômage est aux mains de la bourgeoisie un instrument de division de la classe ouvrière. entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n'en ont pas . entre hommes et femmes . entre jeunes et moins jeunes, entre Français et immigrés: il est aussi un instrument de division internationale des travailleurs. Au nom de l'indépendance nationale. les t ravailleurs de la presse seraient-ils appelés à descendre dans la rue pour que les patrons italiens et belges y jettent leurs salariés licenciés? Et au nom de produire« français». comment prépare-t-on les trava illeurs français à lutter au coude-à-coude avec leurs frères de classe immigrés. à les considérer comme une partie intégrante d'eux-mêmes le jour. prévisible. où ils deviendront les boucs émissaires du désespoir des travailleurs et des chômeurs et les victimes faciles du patronat.
La réponse ouvrière à la crise n'est pas dans un sursaut patriotique ou national. Face au chômage. par-delà les frontières. c'est pour la coordination des luttes . pour une campagne européenne pour la ~emaine de 35 heures sans réduction de salaires quïl faut constitller un vaste front. Lorsque s'engage unl' lutte dans un trust ou une branche. c'est à lïnternationalis:llil)n de la Sl)lidarité quïl· faut tendre. Comme dans le cas dl' la grèn.' du trust .\kzo en 1972 . où les travailleurs des usinl's belges. lwllandaises allemandes s'étaient coordl)nnl'l'S par tekx et ték·plwne.
Il y a eu dl's anll)Jù'S ;mall)gul's de solidarité lorsque les verriers de GlaH'rhL'l l'Il lkLgiqul' Sl' sont mis l'n grève et sont venus manifestl'r dl'' ;lnt Il' siègl' parisien de leur entreprise . Lorsque les traYailkurs dl' l'hnrlngeril' suisse o'1t apporté leur soutien à ceux dl' L1p . \lais il nl' s"agit encore que d"embryons. d'amorcl's dl' Cl' qui dl'nait ètre. Pour un mouvement de solidarité exemplairl' . combien dl' luttes oubliées. isolées: quel soutien des travailleurs français à ceux de la FASA-
Rcn;1ull Je \ 'a lladnliu. 4t1Cis liens organi4t1C\. permanent-; en: re cctl\ Je la hal Je l'urin ct ceux Je la Scat Je Ka reel one. qll<'llc cooruin;llinn pnur Ct~U1( Je Rnhcrt-Koscll .. l.a ccnlr<llisalillll du capil;il <1 hel Cl hien cncPrc 4UL'I4ucs longueurs d';l\'ancc sur l:1 ccntrali-.;ation ct la COtlruin;nion Lies tra\'aillcur-.;_ 1-:t cc n'cs! pa-; en cntonnanl lïlVmnc Je lïndépcnuancc n<llionalc 4lll' cc rctaru -.;cra cPmhk au plus vile. \1:ti\. en multipltanl les rcncPnlrcs. le-, L'changes. en menant h:tl:lillc d;tllS le-; \VIlUiGtl\ pliUr Uè reelles nrganisations de 111a'>\l' p,tr hranCIJC. par lrll'>l. Cil reclamant des L'Clll)lres CUrDpel''l'> de-.; 1 ravailleur-.; .
Oui . llllll'- -.;pmmc-.; pPur la supprc-.;siPn Je-.; frontières. Ptllt t le~ lthrc cirl'lllalion Je-.; hommes . Lies iuecs. Je-; produits. ll<llh s<lllllllL''-' pnur une Luropc reellement unilïec. surmon1<1111 c!((_•Lï iYcmelll le-; <llllag_tllllSI11CS Cl les JivisiUil\ ClllrClCnUS •'li L'il, endre-, p;tr la cPncurcncc capitali-.;lc. \!lais œttc Furore ne pc'l t -,c f;nre d<lll\ l'interet Je-; tra,·a illcur-.;_ ne peul ahnlir !. 1 L'<>ilc' lltT·:n•:c . LI''" -,i L1 prnpriete pt·ivee de-, mo,·cn-.; Je prcldttèlt<>ll ct rechan ge csl <tht •lie sur son territoire. que si les l·i.tl' ll:t:iOII<lll\ hnurgcoi'> '>0111 uemantcle-, au prnfil tfun .,,.,ICiltc gcmr:tlisc d'aulthtLltr,inistration a lous le" ntvcau.x. PLTill L'il<lnt k I'L'gnntpcmcnl ,,1lnntairc Je-; régio n-; cl nationaliiL''-' " 1radi1ion hi-.;toriL·n-c ulturcllc commune ct un ·IL'\cltlpJX' tncnl economique planilïe ù l'echelle continentale. ·n l(l!ldltltl Je-; besoins des lrJvaillcurs. Cnntrc l'Europe Lies ' t'U'-'h . que cc -;oit 1'« Eur.1pc Lies pairies» . l'« Eurorc •)lJ\'CiïL' , ou ITuropc communautaire. twu-.; sommes. n'en dcplat'>c' a .1.-1'. Col ptwr lï · uropc des travailleurs. ITurorc t'lUge. ITurope -.;oci;ili-.;tc .
D <lll\ lill recent <trltclc t'fn{II'CCIII' (f(J/f:l / 1976). Mandel c·c ril , 011 {Juin! de tï/C {ll'l'):rtlll i llllllilflli', le 11/n! d'urdre dn (/al\-( .!Iii \UCillfil/1'\ rf 'EII/'fJ(Il' 1'\1 llllli!IIC//UI/1 if<;(lll\1<; f1Ur lu 'lr ' ('( 'l \lit' de fllllcr J7n11r ln Ür/1.1' -Un1\ \nciulilll'\ d11 li/Illide. ·u r ln {Jmhlemn cln de lo fJII!if;lftte et de 1 ·c;mnnlltic 1111111diu ln. le \'Ut/ 1 -dr;t·el11f7f7C'IIIc'n 1. l u 1 1i111. lu nc;ccl·sil<; d h·iter lu dr' \ 1/ï/Ciin/1 dn· /'C\1'11/1/ï'l'\ 1/ illl /11'1/i'l Cl Ill/ ai/(;11111!\S('//f('l// 11/(('ll'aire . ne f71'11\'CIII cire resnltl\' If/li' [)ar 11111' <;cn nolllic 111undiulc (llani/i<;e En trnt! !fil<' (larti ntnndial de la rc;ml11tinn \' lcirlfilll' . la IV" lnternatinnrt!c dnit c.\"fJ/'ÙIIcr cnnscieiii/IICIII la ncn'11itc de celle fJiuni!imtinn ntondi11le ct dnil mnsfrllire 111/C
nrganiwtion 1/londiale gan/(///1 11 l 'c'lf'ri 1 cel ohiectil l i11!1<'1 ('rinritc;.\. continentale\' n11 n;ginnaln dni1 "Il l eire \'lthnnln!lllc'el tt celle ('riorilc; l'lmlcgiqllc'. " Il n'en reste ras nwins l'r<li . comme l'ecrivait dejù Trotskv dans les annees 1 9~0. d;1ns 1 'lntc•rnctliunale mnllllllllil'le !/flf<'l l.eninc•. Ql 1 ÏI ex isle ,, /Ille' c;chelle d ïnc•galitc; (ln/Ir l' ,llllc'riqll<' el lill<' illflrc f'll/11" 1 '1:'1/rufl<' lA'\' CO!lllitinn\· hil'lnrii{IIC'\ <'/ gc;ngmf1hiqllc'l "'" fll"l'di'l<'l'lllill c entre ln f'i/1'1 dEIImfll' dc •1 lien1· nrganicfli<'l 1·i l'c' /"1'1'1 tfll.ill J{(' f'<'III'C/11 les dc;f(tire l.n gn/1\ï'I'III'IIIC'II/1 hu11r~c·ni1 <11'1/ lt'l l cie I'F::IIro('C n'S\'t'lllhlenl a cc1 clllill'l'illl ul/uc/{(' 1 a 1,, 111<'1111 ' chaine . Lu reml111inn <'Il l:'llrnfl<' . eni/lill<' il,/ tl<'/il , 'le' dit . '"'~'~' <'Il der11ic;t<' unalne lill<' illlflnrlilll<<' dt'ci1ire fl•Jitr /' 4111<'ritfll<' (et il faudrait ajouter auillurdïllll pour les rav~ de ll ·. stl '11ui1 dc111 ,. l'inllllc;diul . 11 ('IJ/1 ri /t'l'Ill<' . la rnnll/llnn en 4 11c'llltl~ ne· aura /Ille' imrorlt/1/CC [11111· gruntle f1o/lr lu fi·unn' !flle' fli'llr ln Etui\ -Uni1 d Amàicfll<' t/11 Vnrd ("nt c<'ll<' rda lion illlllnlt'<' fli/1' 1 'flislnirc• (/IIi i/\\/11'1' lu l'llfidilc' {1nlilitflll' d11 11/11/ cf n rt/re tf,· la Fhlc;ralinn dn \m'iCI,. d L'llrnflt' "
Face aux rmhlemes que rose le developpement ine).!<il du processus revolutionnaire en Lurore du Nord et du Sud. 1;, solution n'est pJs dans « un compl'tllllis .QCll).!I'<~J') hlque , tl'l que le suggere le CERLS. Il s'a).!irait pour ce courant soci<ili~ -te de developper une tactique dans trois directions. l)'ahord l't•titt· hihlioj.!raphit .\1a ndel :!tl Rt;flOIII'C' \·nciuiJ\Ie 1111 dl' li <111/c'ri!.',,in 1 \/1/lfl<'l'" 1 Le Fmil'it;l ll<' Age d11 mrituli1111c' Il '(if:'J: !Hllammenl k chapitre .'\ dans le tome 1 . . \nicle dan.s lnrremr (notamment le.s n" du 10 / 6 / 1976 l.'l du 11/1 / 1976). Poulanll.as: Les Clus\ï'.\ lïJciules dan1 le ctt(1ililliwiC' d'u/1iollrd'lllli (Seuil): la premiere partie . l .u Crise des dictulllres (Maspero). Revue Rc·rc;re\. n" 33. juin 1976 X'' colloque du CERFS. transition el indc;rendunce. Christian / ,el/mie: Le.1 Cnnlmdiuions inlerilllf1<'1'iillil'le.l a11jnurd'hui. dans Critique de l'c;m no1nie rolititfll!'. n" 13 / 14 .
r rechercher des alliance~ a l('ng terme a\·ec les rays du tiers-monde Cl les rays rrogre-.;sis' es Ju bassin méditerranéen: Cilsuite d'établir des entente-.; cnnllictuelles avec les rays caritalistes nord-euroréens: en lïn d'établir en Eurore un système de sécurité collective rt\~gre-.;si,· ement dégagé des «deux blocs)) (cf. Repàé'S. juin 1976. r 5 1) n'v a rien dans tout cela qui romre awc la logique Je la concurrence interimrérialiste dominante sur le marché mondial nu qui attaque le rouvoir étatique de la bourgeoisie. Il n·v aura ras de construction du socialisme dan-.; les seuls rav-.; latins au milieu J'une Eurore capitaliste hn~tile. Ln cas de situation révolutionnaire dans un des rays d'Furore du Sud. au lieu de« consolider rour avancer» comt.le ai :nent à le réréter centristes et réformistes. il faudra avancer rnur consolider. donner la rriorité absolue à l'extension cortinentale de la révolution. Et ce n'est ras. à moins d~ tomber dans le méme crétinisme rarlementaire que now: rerrocl , (~ns aux réformistes. J'ex istence d ' un Parlement euroJiéen qui pourrait constituer un obstacle bien sérieux à la mobilisa i inn des masses . Quant aux me~ures préventives (législative~. militaires. policières) que pourrait prendre un tel Parlement nous ne devons pas sous-estimer nous-mêmes les contradict ions sur lesquelles buttent la bourgeoisie: elle a un prix à p<•yer à sa propre centralisation : elle sait qu'à terme. elle favmise par contre-coup une articulation des rythmes. une mise en co mmun des expériences ouvrières. Et dans les 111/lli;es a t·en :·r dn idh•s eni/lille œlle d 'u11e conrdinalinn européenne des m1nitc's de wh/ais, d '1t11 11/0Ut'emenl eu rnpéen des f(•mmn, d'un cong ri;.\. européen des lral'ailleurs regroupant Si/liS erclusit•cs leurs organiwtions politiques el srndicale1, doil'enl (!tire leur chemin.
Comme J'écrit encore Mandel dans le même numéro d' /nprecor : << L 'ertension internationale de la n;l'lllution socialiste européenne sera -Ires pmhahlemenl déterminée par la drnamique de la lulle des classes internationale el par les eFFets produits par la tentalit•e du capital internationa d'écraser le premier ou les premièrs Etats nut·riers en Europe occidentale. Compte tenu du rapport de (orees aeluel. il est prohahle que celle tentative prendra la fimne d'un h/nnts émnomique plutril que d'une inlen •enlion miliwire immédiate. Il en découle que le mot d'ordre d Etals unis socialistes d Europe a
11111! /il!lclirlll lrtlll\llrllre im11u;diale col/Ire en lel/lalil'es po11r mohi/iser le pmldllfial des pars capila!isles e11rnpëens a(/11 de h/oq11er ces en/reprises mnlre-rholulirlllnoire.\· el reioindre les processus n;l'o!uliollnaire\· en murs . Foule proposilinll qui airJII!erait des ohslllcles politiques 1111 idéologiques sur la l'llie de l 'exten sion illll/l(;diate de la rël'nlutin11 semit contre-pmductire ... 11 Il ne fait aucun doute à nos yeux que toute forme de réactivisalion du nationalisme ou d'exploitation d' un vieux fond chauvin au détriment de l'internationalisme prolétarien. de son développement. de l'élévation de sa qualité. de l'approndissemenl de sa pratique. multiplierait de tels obstacles.
( Dos,icr cono;titur par D. Rcn-;aïd ('t J- M. Frcssat.)