Le rex re que l'on va lire es! le chapi!re 1 V de 1 'ouvrage de PenT Anderson . direcreur de la New Left Review, « considérations sur le marxisme occidental » (â paraitre che:: François Maspero ). Il s'agil lâ d'une des premières renralil'f>S pour inlerroger sérieusement le marxisrne er son histoire. c'est-â-dire pour faire une histoire marxiste du marxisme en Europe.
Perrr Anderson ne prétend pas poser rous les problè -mes dans ce premier examen, les différentes écoles ou les différents courants n :1' sont pas étudiés en fonction de leurs mérites intrinsèques et de leurs réalisations, mais traités comme les manifestations d'une di{/i'culté fondamentale: la distance de plus en plus grande entre la théorie et la pratique politique. A partir du stalinisme en effet, le marxisme devient de façon prédominante un ensemble de réflexions théoriques de plus en plus abstraites alors que pour ses fondateurs et leurs continuateurs du début du vingtième siècle, il est essentiellement élucidation de la pratique. Comme le montre très bien Perry Anderson, cela n'exclut pas des devéloppements intéressants et importants dans toute une série de domaines. Cela pose toutefois très nettement la question d'un nouveau départ du marxisme à la fois comme théorie et comme pratique.
PERRY ANDERSON
Les innovations thématiques
du marxisme occidental
On peul discerner d'emblée certains traits généraux : à partir des an -nées vingt. comme nous l'avons vu . le marxisme occidental s'interdit peu à peu toute confrontation théorique avec les principaux problèmes économiques el politiques. Gramsci fut le dernier penseur à faire directement étal. dans ses écrits. de problèmes importants de la lutte des classes . Lui non plus. cependant. n'écrivit rien sur l'économie capitaliste méme dans le sens classique. c'est-à-dire en analysant les lois du développement du mode de production en tant que lei ( 1). A prés lui. un silence semblable en( 1) Le ,·ile nee de Gm111sci en ce qui Clll/ceme les proh/emn <ÙI/1111/IÙfl/e.\ lill lnwl . Cependonl -~ ironie <'1 nn ·llenPde 1 "lli.11nire - il w /mur e if/1 .1111 de ,,.,. fi/Ill" pmchn w nis. el 1111 dn fl/111 dumhln. fi11 Piero Siraff(, -- qui trans mil w cnrrnpondance arec le PC/ en deh11n d "lilllie pendant ses demiàes al/llà' l" de pris1111 el qui fill prolwh!emelll le dernier a lll"llir diiCIII<' de pllliliiflle illlernolirmllil' arec Granl\ci. •flll'iques 11111is 11\"U/11 Ill !)lOr/ en IIJ3 7. Il 1· 11 1111 n•rloin .nmh11/i.lïne don s n• rapporl l'frange entre ie plu1· grand pense/Ir polili<fll<' lllilrl"i,·fe d Decide Ill et le tiH'IIricien <'co1111111ique le p/11.1 original de l "aprèl-gl/('f"re. arec 1"1111 n1C'ionge d 'illlimil<' f1l'rSOIII!('/Ie el de disllli!Ce illlellectuelle . Il semhle ne pas _,. amir l'If le plu\ f!l'lit lïlfJfJIIr/ entre les unil•ers de leurs /l'il l'a/1.\" respecti/.i· La critique dèf/nilire de l "emmnnie nà1classique par Stra!/i1 del'!lil l'Ire p/11.1 ri~llllfl'/1.\l' <'1 de plus grande por!à• </Ill' /11111 Cl' qui m·ait pu se fi1ire d 'au/re sur le lerminl!lllr.l"iste /ui-m_ë/1/e. Cep('ndalll. celle rc'uliwlirlll l<'nl <ll<fllllh!l' (ill acmmp/ie p11r 1111 re/11111". 1111-del<i de Marx. l'ers Ricardo. et le \T.IIàne qui e11 ressortit ne (ill gui-re moin\ ><'r<'re pour la till'orie de la l'ail•ur exposée dans le Capital
veloppa habituellement l'ordre politique de la domination bourgeoise, et avec lui les moyens de le renverser. Il en résulta que le marxisme occidental dans son ensemble. quand il allait au-delà des questions de méthode pour aborder des questions plus immédiatement pratiques. se concentrait de façon écrasante sur l'étude des superstructures. De plus. les domaines superstructurels qui l'occupèrent le plus longtemps et le plus profondément furent ceux qui étaient au «plus haut» degré éloignés de l'infrastructure économique. selon l'expression d'Engels. En d'autres termes. il ne se donna généralement pas pour objets de recherche l'Etat ou les lois. mais habituellement la culture. qui concentra sur elle toute l'attention.
Par dessus tout. dans le domaine même de la culture. c'est l'art qui mobilisa la plus grande partie des énergies intellectuelles et les talents du marxisme occidental. Cela mérite que l'on s'y arrête. Lukacs consacra la majeure partie de sa vie à des travaux sur la littérature. produisant tout un ense.nble d'études critiques sur le roman allemand et européen -de Goethe et Scott à Thomas Mann et Soljenitsyne. aboutissant·à un ouvrage général monumental: Aesthetik. l'ouvrage le plus long et le plus ambitieux qu'il ait publié (2). Adorno écrivit une douzaine de livres sur la musique. comprenant à la fois des analyses globales des transformations musicales au XX" siècle et des interprétations de compositeurs isolés tels que Wagner ou Mahler et aussi trois volumes d'essais sur la littérature. Lui aussi compléta son œuvre par une Aesthetische Theorie générale (3). Le legs théorique marxiste le plus important de Benjamin fut un essai sur l'Art â l'ât?e de la reproduction mécanique. et sa principale œuvre critique des années trente est une étude sur Baudelaire (4). Il s'intéressa également à l'œuvre de Brecht (5). (2) Aesthetik. Berlin / Neull'ied. !9o3 Se.1· principaux ourmf?e\ de crililfll<' lillàaire marxiste truduils en français sont .· Brève histoire de la lillérature allemande ( NaRell: le Roman hiswrique ( Pamt): la Signification présente du réalisme critique ( NRF!: Thomas Mann ( Maspëro) : Balzac eL le réalisme français ( Masp<'ro) Voir aussi la Théorie du roman. wllàieure au ralliemelll de LuAc1cs au marxi.\'11/e ( Denoëi-Golllhier). N.D.T. (3) Aesthetische Theorie. Frunc/ilr!. !971!. Traduclion française: Théorie esthétique. Klincksieck. Paris. !974. Voil au.i·si Adomo etH. Eisler. Musique de films, l'Arche. 1971 (N .D .T .). Les !mis l'flltnnes des Noten zur Literatur 11111 é!ë puhliës l'li Allmwgne (Berlin el Franc{orl. 1958 - /9()/) (4) Voir Illuminations. p.2!9-253 er Charles Baudelaire. a Lyric Poet in the Era of High Capitalism. NLB. Londres. !973. (5) Beniamin était. bien stir. 1111 i/1/erlocuteur prh•r'lëgié de Brecht en exil. La pensée esriH'tique de Brecht lui -meme. si elle était bien r'videmment d'une grande imporrance intrinsèque dans 1 'histoire du marxisme europ,'en de SOit temps . .fi li touiours subordonnée â sa prarique en tant qu'auteur dramatique et tombe donc quelque peu en dehors du cadre de cet essai. Sur les rapports de Brecht avec Beniwnill et Lukacs. l'f>ir Essais sur B. Brecht (Maspéro), p./43. 145-147; Understanding Brecht (NLB), p. 105-127: les Essais de Brech! (L'Arche) et les Ecrits de Moscou de Lukacs (Editions sociales). Voir aussi Klaus Volker, 11 Brecht et Lukacs, analrse d'une divergence d'opinions''· Travail théâtral. n"J. loO
Le principal ouvrage de Goldmann fut une analyse de Racine et du jansénisme. le Dieu mchë. qui établit un canon général de la critique littéraire selon le matérialisme historique: ses autres écrits traitent du théâtre moderne et du roman (Malraux) (6). Lefebvre. a son tour. écrivit une Contrihution â /'esth1;tique (7). Della Volpe. pour sa part. produisit une autrc·théorie esthétique de grande envergure. Critim del KIIStrJ. en plus de ses essais sur le cinéma et la poésie (8). Marcuse n'écrivit pas d'ouvrage consacré uniquement à J'esthétique ou à des artistes précis mais considéra systémati<..(uement J'esthétique comme la catégorie centrale d'une société libre. dans laquelle "1 'art C0/11/ne forme de la rc;alité _., modèlerait lïnalement les contours objectifs du monde social lui-même -thème commun à la fois à Ems and CiPi/i:atinn et à An Essor on Liheration (9l. La première rencontre de Sartre avec le marxisme coïncida avec sa publication de Qu'est-ce que la littàoture i : pendant la période de transition vers son propre travàil sur la théorie marxiste même. sa principale production porta sur Jean Genet et il écrivait aussi dans le même temps sur :vtallarmé et le Tintoret ( 1 0): et quand il eut finalement terminé sa route à la rencontre du marxisme. il passa encore dix ans sur une étude monumentale de Flaubert -qui devait prendre plus d'ampleur et de volume que la somme de tous ses ouvrages philosophiques antérieurs mis ensemble (Il). Gramsci. comme d'habitude. présente dans ce tableau d'ensemble prinlemps /971 IN DT J. Ln crililflll'.l qu Adomo lll!r<·\·1<' il Benjamin el Brech! Wlllflar ailfeurs ras.l<'lllhfà•l 11<111.\ ln 1e.rle1· puh/ie.1 par la :-.Jew Left Rcview. 11"S!. li'flll'lllhre-oc!ohre /973: " Lellen 111 Wai!N Benjami11 ''· 11"Sl-SS. 11'/)lemhre-decemhre /974 . " (rl/11/llilmelll 11. Ces étranges complexes sont un des principaux débats du développement culturel du marxisme occidental. (6) Pour une sociologie du roman. Pari1 . /%4. (7) Contribution a t'estllétique. Paris. !953. (8) Critica del gusto. Mila11. fi.}()(): Verosimile Filmico. Rome. /954 . (9) Ses déclarlllions ln fi/us np/ici/es sur ce poilll se ll'ill!l'ellf dans so11 essai: '' Ar! a1· a Jorm of rea/ilr ''· New Le ft Review. 11"74. juil/el-aolil !97] (1 0) Les éludes sur Ma/larme' el le Timore!. do ill seuls des fragmenls 0/11 élé publiés. étaienl en .f(li! des •·o/ume.1· e111ier.1 !l'llir M. Con/al el M. Rrha/ka. les Ecrits de Sartre. Paris. /970. p.]6]. 3/4-3/5). (Il) L'Idiot de la famille. •·o/ume.\ /-//1. Paris. !97!-!97] // .1· a une é!range ressemblance en/re 1 'ouJ•rage de Sor! re sur Flauherl el celui de Benjamin sur Baudelaire. malgré fe con !ras le en/re le gigwllisme de 1 'un el la minceur de 1 'au/re. L'élude de Benjamin étai! divisée en !mis parlies: Baudelaire lui-méme en /ant qu 'a/légorisle: le monde social de Paris dans lequel il écril'il: el le pmduil en lwll qu 'ohje! poétique srnthérisanl la signification â la /(1is du p{)(;te er de celle copi !ale. L'élude de Sarl re esr aussi cons fruite sur 1111 schéma tripartile : la forma/ion suhjec!il•e de la personnalilé de Flauberl: le Second Empire, terrain ohjeui( de sa réceprion en fant qu'ar/isle: Madame Bovary (>fan! 1 'uni lé historique parliculière des deux .
lo i
un cas à la l'ois comparable et dillerenl. Il consacra de nombreuses pages a la lillérature italienne dans les Camets de {Jri.ln/1 ( 12). Cependant. l'objectif rrincipal de sa recherche théorique n'était pds le monde de ïar! mais la structure et la l'onction globale de la culture pour les systèmes de rouvoir politique en Europe a partir de la Renaissance. Cest ainsi que ses investigations les plus profondes et les plus originales portèrent sur l'analyse institutionnelle de la lùrmation et de la division historique des intellectuels. la nature sociale de l'éducation et le rôle des idéologies comme intermédiaires entre les classes. permettant de les cimenter en blocs. Tout le travail de Gramsci fut centré. sans exception. sur des rroblèmcs de superstructures. mais. contrairement aux autres théoriciens du marxisme occidental. il considéra l'autonomie et l'efficacité des superstructures culturelles comme un problème politique devant être explicitement théorisé comme tel - dans son rapport avec la maintien ou la subversion de J'ordre social.
Althusser. lui aussi. abandonna finalement les rivages de la méthodologie pour des analyses concrètes. mais a seule fin d'explorer des 4ueslions exclusivement supcrstructurclles: le plus long essai de cc type qu'il ait écrit traitait de l'idéologie ct de l'éducation. ct le point de départ de cet essai est ouvertement tiré de Gramsci :des textes plus court.s traitaient de théâtre ou de peinture Œrecht ou Cremonini) et de la nature de J'art :on peut remarquer également que la seule application développée de ses idées. en dehors du champ de la philosophie au sens strict. à paraître sous l'em -preinte de son autorité personnelle est une théorie de la littérature ( I.H Tout au long de son histoire. le marxisme occidental a donc unil'ormément traité la culture el l'idéologie comme ses terrains d'étude les plus importants. L'esthétique. qui est depuis le siècle des lumières. le pont le rlus court entre la philosophi e cl le monde concret. a exercé une attraction spéciale el constante sur ces théoriciens ( 14). La grande richesse et la grande variété de l'ensemble des écrits produits dans ce domaine. beaucoup plus riche et plus subtile que tout ce que J'on aurait pu trouver dans l'héritage classique du matérialisme historique. peut finalement devenir la production collective la plus durable de celle tradition. (12) Le I'IJ/ume illlilui<' Lcllcr·arura c \ïra na1.ionak nife pfu, long cie ,-,-u,- puhli<'' clu111 l'édiliol/ Einaudi Jn Carnet.-; de rrisun. 1111/is il Clll/lflre/11/ <gulell/1'111 ln flt!'lllit'rn crili<flll'\ de lhétillï' de Grti/11.\Ti. <ll'tl/11 \Dl/ e!/JflriHllll/elll<'lll . ( 13) Voir •< fdt'o/ogit• el llflfWr<•i/1 tl ·r-:1<11 1 .'Voles fJ<>Ilr Il m' rec/wrclw) ·•. la l'en sée . i11i11 1 'i 711. n"/5/ , {J . .i-38: •< U11e /elire wr l'url a A/1{/lï' Dwpre "· la Nouvdk Crililjlle. <!l'ri/ l'i1J!1: a Cremonini. pei111ce de l'ah.lll'<lcli<lll ·•. Dérnocraric nouvelle. u111i1 l'lM>: l'our \!arx. " I .e tl Piccolo '' Benola::i el Breel!! ·•: <'1 tla'" la coll<•cfion Tl11'orie. Jir~~<'<· flllr .-ll!hu' "'r. Pierre Machere1·. Pour une lileorie de la rroducrion lirtéraire 1:\1ast><'m. l'iM>i (14) Il es/ signi/icali( <(Ile le se11/ 111/1'1'</ge Je n 'elle iflllllil<' qui domine large/11<'111 le nwr -xisme occidelllul dans Hill ensemble .1<1il une ellltf<- dt· 1 'cslh<'liqlle: \1arxism and Fnrrn . dt• Frederic lallle.wlJ.
Cependant. les principaux systèmes intellectuels du marxisme occidental ont généralement produit aussi des thèmes théoriques tout à fait nouveaux qui furent d'une plus grande importance pour l'ensemble du matérialisme historique. Le trait commun à ces conceptions est leur aspect totalement neuf par rapport au legs classique du marxisme. On peut définir ces thèmes par ceci que l'on ne trouve à leur sujet aucune indication. aucur.e anticipation dans les écrits de Marx. jeune ou vieux. ni dans les travaux de ses héritiers de la Seconde Internationale. Ici. le critère pertinent n'est pas la validité de ces innovations ou leur compatibilité avec les principes de base du marxisme: c'est leur originalité. Une évaluation critique des mérites de chacune d'entre elles n'est pas à faire ici : cela dépasserait les limites fixées à cet essai. Pour le moment. il suffit d'isoler les concepts les plus importants qui les distinguent des développements antérieurs du marxisme. Toute tentative de ce genre doit inévitablement être plus ou moins arbitraire dans son mode de sélection: dans l'optique restreinte de cet essai. en particulier. on ne saurait envisager de fournir une vision d'ensemble exhaustive (15). Mais certains thèmes précis se détachent sans erreur possible dans l'ensemble théorique impressionnant dont nous parlons. Ils peuvent être considérés comme un décompte minimum des contributions sui [?eneris de la tradition en question.
Dans ce contexte. on trouve d'abord et avant tout la notion d'hé[?émonie formulée par Gramsci. Le terme lui -m ême vient du mouvement socialiste russe. où Plekhanov et Axelrod avaient été les premiers à l'employer dans des discussions stratégiques sur la future direction par la classe ouvrière d'une révolution en Russie ( 1 6). En fait. l'adoption du terme par Gramsci le transforma en quelque chose comme un concept totalement nouveau dans Je langage marxiste. concept destiné précisément à théoriser les structures qui n'existaient pas dans la Russie tsariste. Se souvenant des analyses de la force et de la fraude par Machiavel et les renversant tacitement. Gramsci formula le concept d'hégémonie pour désigner la force et la complexité incomparablement plus grandes de la domination exercée par la classe bourgeoise en Europe de l'Ouest. ce qui avait empêché toute répétition de la révolution d'Octobre dans les zones de capitalisme avancé du continent. Ce système hégémonique de pouvoir était défini par le degré de consentement qu'il obtenait des masses populaires qu'il dominait et. en conséquence. par la réduction des moyens de coer( 15) On re rra co/11/lll'nl les principau.r s rsll'mes qui 11e se diS!ingue/11 pas mdicalemenl. par des innot·afions de ce genre. des canon1· de la !hà1rie nwr.risle wllérieure son! ceux </Ill' /ondère/11 Della Volpe el Lukws . Dans les de ur m .1. celas 'a lliai! li une ln's élmile tidélill; texllte//e lllt.r écrils de Marx lui-méme (pour le meilleur ou pour le pire >). Le dérdoppeme/11 de thi!mes lels que ceux de 1 'aliélwlirm el de la rà/icalirJn che: le jeune Lukocs Ill' fll'l/1'1'111 ètre considérl;S COtllllll' de n;e//es illllot•afinns. quelle if li 'e11 ail <;lé hie11 pl11s lord la di!litsiotl dans le marxisme occide111ltl. dans la tlll'SIIr<' 111i ils impn'g11elll le jelltle .Marx. (16) 011 examinera ailleun de filent! d<;laillà' i'<;l'nlulir!n el la si,f!,nilimlirm du concepl d'hégémonie da11s 1111 eswi sur Gramsci a pamilre da11s la New l.eft Review.
11> .1
c1t1on nécessaires pour les réprimer. Ses mécanismes de contrôle pour s'assurer ce consentement résident dans un fin réseau d'institutions culturelles -écoles, églises, journaux, partis, associations- inculquant la subordination aux classes exploitées à travers un ensemble d'idéologies tissées par le passé historique et transmises par des groupes intellectuels auxiliaires de la classe dominante. Ces intellectuels, à leur tour, pouvaient soit être annexés par la classe dirigeante à partir des modes de production anciens ((( traditionnels ii), soit être produits dans ses propres rangs sociaux ((( organiques ii) en tant que catégorie nouvelle. La domination bourgeoise était d'ailleurs soutenue par l'allégeance de classes alliées secondaires, soudées en un bloc social compact sous sa direction politique. L'hégémonie flexible et dynamique exercée par le capital sur le travail en Occident à l'aide de cette structure stratifiée de consensus opposait au mouvement révolutionnaire une barriére beaucoup plus difficile à renverser que cela n'avait été le cas en Russie (17). Les crises économiques d'un type que les marxistes avaient, jusque là, considéré comme le levier central de la révolution sous le capitalisme purent être maîtrisées par cet ordre politique, qui y résista. C';!la empêcha le prolétariat d'entreprendre des attaques frontales sur le modèle russe. Une longue et difficile << guerre de position ii serait nécessaire pour lutter contre cet ordre. A partir de cet ensemble de conceptions, Gramsci , seul parmi ces penseurs , tenta directement de trouver une explication théorique à cette impasse historique fondamentale qui était l'origine et la matrice du marxisme occidental luimême.
La théorie de l'hégémonie selon Gramsci présentait une autre particularité au sein même de cette tradition. Elle était fondée non seulement sur une participation personnelle aux conflits politiques contemporains, mais aussi sur une connaissance comparative très approfondie du passé européen. En d'autres termes, c'était le produit d'études scientifiques de matériaux empiriques, à la façon classique des fondateurs du matérialisme historique. Cela ne sera pas vrai des autres grandes innovations du marxisme occidental. Toutes les autres innovations seront des constructions de pure spéculation au vieux sens philosophique du terme : des schémas conceptuels a priori pour la compréhension de l'histoire, pas forcément sans rapport avec des preuves empiriques mais, dans leur mode même de présentation, jamais démontrés par elles. En général, ces conceptions ne fournissaient aucune grille concrète dans le temps s'articulant sur des catégories historiques nettes, comme celles que Gramsci respecta très consciencieusement. La théorie la plus vaste et la plus inattendue de ce type fut la vision du rapport entre l'homme et la nature développée par l'Ecole de Francfort. Son origine remonte à la philosophie de Schelling qui, vers le milieu de sa carrière, avait adopté une métaphysique contre-évolutionniste, qui voyait toute l'histoire comme une régression d'un état supé(17) Voir sur ce poi/11 les Carnets de prison.
rieur vers l'état infërieur d'une « nature déchue », après une « contraction >> de la divinité abandonnant le monde et avant une éventuelle «résurrection !! de la nature par ·la réunification du divin et de l'univers ( 1 8). Cette doctrine mystico-religieuse fut adaptée et transformée par Adorno et Horkheimer en une « dialectique de la raison laïcisée )). La conception marxiste classique de la marche de l'histoire, des communautés primitives au capitalisme, avait mis l'accent sur le contrôle croissant de l'homme sur la nature grâce au développement des forces productives en tant qu'émancipation progressive de la société humaine de la tyrannie de la nécessité naturelle (Naturnotwendigkeit); les fruits de cette libération furent confisqués par les classes exploiteuses successives à travers la division sociale du travail, mais, avec l'avènement du communisme, les producteurs eux-mêmes se les réapproprieraient pour créer enfin une société d'abondance générale, la maîtrise finale de la nature témoignant de l'instauration du « royaume de la liberté !!. Adorno et Horkheimer transformèrent cette conception affirmative en une interrogation radicale voire en une négation. Pour eux, la rupture originelle de l'homme avec la nature et le processus de domination de plus en plus grand sur elle qui s'ensuivit n'apportèrent pas nécessairement de progrès dans l'émancipation humaine. Le prix de sa domination sur la nature, dont l'homme lui-même est une partie constituante, fut une division sociale et psychique du travail qui infligea une oppression de plus en plus grande à l'homme, alors même qu 'elle lui offrait un potentiel de libération de plus en plus grand. La subordination de la nature allait de pair avec la consolidation des classes, et donc la subordination de la majorité des hommes à un ordre social qui s'imposait à eux comme une seconde nature implacable. Le développement de la technologie jusqu'à présent n'aurait fait que perfectionner les mécanismes de la tyrannie.
En même temps, les structures de la raison comme précondition de la civilisation s'édifièrent sur la répression de la nature chez l'homme luimême, créant la rupture psychologique entre le moi et le ça qui rendit possible le contrôle rationnel de ses impulsions spontanées. L'affinement instrumental de la raison dans la logique et la science réduisit sans relâche le monde naturel extérieur à l'homme à de simples objets de manipulation quantifiés, effaçant la distinction entre les choses mêmes et les concepts cognitifs pour les confondre en une identité opérationnelle. Le retour de ce qui avait été réprimé, conséquence fatale de cette suppression de la nature, (18) Schelling: 11 Tolll n'annonce-t-il pas une déchéance de la 1•ie ? Ces montagnes ont-elles grandi jusqu 'à ètre ce qu 'elles sont maintenant ? Le sol qui nous porte s 'est-il élevé jusqu 'à son niveau actuel, ou s est-il rabaissé ? Oh. les véritables ruines. ce ne sont pas ces débris d'une magn![icence humaine première, que le voyageur curieux va visiter dans les terres arides de la Perse ou les déserts de l'Inde ' La terre tout emière est une énorme ruine, habitée par ses animaux comme par des fantàmes, par ses hommes comme par des esprits; maintes forces, maints trésors .1 ' sont tenus cachés par des pouvoirs invisibles, dirait-fJn, ou par des sortilèges magiques.!! (Werke, IV Erg. Bd. Munich, 1927, p./35).
Jli5
prit une forme philosophique achevée au siècle des Lumières. quand la nature elle-même fut en retour identifiée à la raison. et finalement trouva sa forme politique dans le fascisme. quand la pure barbarie prit sa revanche sur la civilisation qui l'avait secrètement préservée. dans une vengeance sauvage de la nature avilie sur la raison ( 19).
Le développement de la technologie industrielle. lui aussi. devait culminer dans la possibilité d'autodestruction planétaire: tous ses artifices étaient menacés d'annihilation explosive ou de pollution des éléments. Une société libérée cesserait donc de poursuivre une quête présomptueuse : son but historique serait non pas la domination de la nature. mais la réconci/ialion avec elle . Cela impliquerait l'abandon des tentatives cruelles et désespérées pour imposer une identité de l'homme et de la nature. par la soumission forcée de celle-ci à celui-là . et la reconnaissance à la fois des différences et du rapport entre les deux -en d'autres termes. de leur af(inilé vulnérable (20). La« chute» de la nature serait enfin rachetée en dehors et en dedans de l'homme. mais leur non-identité excluerait encore toute harmonie sans contradiction entre eux.
Cette thématique de hase était commune à l' Ecole de Francfort dans son ensemble. Marcuse . cependant. lui donna un accent particulier . Dans ses travaux. la nature comme la société se voient attribuer des rapports plus précis et plus programmatiques . Pour Marcuse . -;uivant directement Freud en cela. la nature instinctive chez l'homm e était essentiellement la libido sexuelle -l'Eros . Par-dessus la répression originelle nécessaire pour que l'homme primitif lutte contre le manque et aboutisse à la civilisation , postulée par Freud . la structure de la société de classes prenait des formes historiques successives de " .111r-rériressinn ,, découlant de 1 ïnégal ité et de la domination. La richesse technologique du capitalisme. cependant. rend maintenant possible l'arrêt de cette sur-répression par lïnstau rat ion d'un socialisme de l'abondance ( 21 l. De plus. le principe de plaisir (associé au plaisir symétrique de refus de la douleur. appelé Thanatos par Freud) pouvait enfin concorder avec le principe de réalité du monde extérieur. une fois les contraintes du travail aliéné abolies. L'émancipation de l'homme et de la nature se retrouveraient donc dans sa libération érotique. Cela voudrait dire non seulement une libération polymorphe de la sexualité. mais une diffusion des investissements de la libido dans ces rapports de travail et dans les rapports sociaux eux -mêmes (19) Adorno 1'1 Horkheimer. Dialectic nf Enlightenmenl. Londres. !'i73 Sllrlo/11 p.8!-1!9. /68-208. (20) Minima 'vloralia. p . /55-157: Nega1ivc Dialcctic. p.fJ. /9!-192. !70. (21) Eros and Civilization. p.35-37. 151-153.
- -qui conlëreratcnl a chaque rratiquc J'une extstcnce racilïcc les qualites sensuelles ct u11 IL:ll c~thé~Jquc .
Dans ce monde orrhiquc. au-dela du "f11ï11C ifw dl' rel/dC'JIIc'l/1 ,, du caritalisme. la subltmation cesseratl J'ctre rérres-.;tve. la grat ilïc~tt l\lll cmtique s'insererait librement Jans toute la vic ,;ociale. lîwmmc ct la nature seraient cnlln accordés en une unité harmonieuse du su1ct et Je l'obJet (12J. Cette al11rmation scparatl totalement Marcuse ct Adorno dont les écrits ne conten at en t aucune -.;olu t ion sensuelle Je cc genre. Ccpendan t. pour Marcuse. le cours actuel Je l'histotre empêchait cet aboutis,etnent le capitali-;me contcmporatti réali .-;ait qaclemcnt lïnver-.;c d'une Vl'atc tmancipatinn Je la libido -- la " dc-111hlinwtinl! 1Tf1rcslit·c ,, t.l'unc -;ex ualité commercialisée ct pseudo-permissive. condamnant ct étoufl~tnt t•nJtc rébellion des impulsions érotiques a un niveau plus profond. L'an aurait eu un destin semblable: autrefois cri trique. il aurait maintenant été incorporé ct neutralisé Jans une culture célébrée par la réalité soci<ile établie. La technologie. <i son t nur. avait cessé Je renfermer la possibi 1 i té cachee d'une société alternative: le Jèvcloprcment même des forces productives modernes est devenu une involution. rerpétuant les rapports Je production existants. L'abondance quïl a créée permet juste. maintenant. J'intégrer le prolétariat Jans un ordre social monolithique d'oppression et de conformi-.;me . da-ns lcque1 il a perdu toute conscience de lui -méme en tant qu9_ classe exph-1itce Jisttnctc (2 .H La démocratie est donc maintenant le déguisement moral de la domination. la tolérance . un suave moyen J e manipulation dans un svstèmc homogéne au sein duquel les masses - privées Je toute dimen .s ion de conscience négative - élisent mécaniquement les maitres mêmes qui vont les dominer .
L'utilisation centrale Je 1-'rcud rour élaborer une nouvelle perspective théorique marxiste. évidente Jans les travaux de Marcuse. devait aussi. paradoxalement. caractériser ceux d'Althusser. Le choix de concerts tirés de la psychanalyse cl leur transformation sont cercndant très dirlërents dans ce dernier cas . .\lors que Marcuse adapte la métarsvchologic de Freud rour formuler une nouvelle théorie des instincts. Althusser prend a hcud son concept d'inconscient pour construire une nouvelle théorie de l'idr;oloKÙ'. La rupture radicale J'Althusser avec les conceptions traditionnelles du matérialisme historique réside dans cette proclamation résolue : " !. ïdc;o/ogiC' n'a f1Ctl d'histoire' ''· rarcc qu'elle est -co mme lïnconscicnt - " inllllll!lh!e ,, Jan.s sa structure et sa façon d'o rérer dans les sociétés humaines (24). Cette affirmation sc fonde par analogie sur J'a utorité de l'œuvre de Freud. pour qui l'inconscient est " dernel .. ,_ l'idéologie. pour Althusser. est un ensemble de représentions mythiques (22) Ibid .. f1./M-/fJ1. !94-II.J5 . . '00-.'IIS . 1/6 (23) One Dim~ntional \1an . 11 Mi-lS . Xl'/. /<J-5.' (24) Lenine el la rhilnsorhi~
ou illusoires de la réalité. exprimant le rapport imaginaire ü leur expérience immédiate. Présenté ainsi. c'est un système inconscient de déterminations plutôt qu'une forme de conscience telle qu'on la conçoit ordinairement. La permanence de lïdéologie en tant que moven vécu de duperie est. a son tour. une conséquence nécessaire de sa fonction sociale qui devait lier Je-; hommes entre eux dan-; la -;ociété. en les adaptant aux positions objectives que leur offre Je mode de production établi. L'idéologie est donc le ciment indispensahle de lllUle cohésion sociale. et ü chaque période de J'histoire. Pour .\lthusser. la raison pour laquelle il est impossible d'échapper a cet ensemble de croyances et de repré-;entations erronées est que toutes les structures sociales sont par définition opaques rour les individus qui y occurent une rosition déterminée !25). De fait. la structure formelle de toute idéologie est une inversion constante de cc rarron réel entre les I(Jrmations sociales et les individus qui y sont insérés: car cc mécanisme clé de toute idéologie fut toujours de reconstruire les individus pour en faire des " suiets ''imaginaires - centres d'initiative libre - de la société. ponr assurer leur assujettissement â J'ordre social. ces sujets en étant des soutiens aveugles ou des victimes. La religion en général (Je «lien »de l'homme a Dieu) et le christianisme en raniculier. fournit à cc sujet le modèle archétypal des effets de toute idéologie - instiller J'illu -sion de la liberté rour mieux assurer les effets de la nécessité. Spino;:a avait fourni une description complète de cette opération caractéristique de l'idéologie. et précisément en ce qui concerne la religion . plus tôt el plus complètement que Marx. Mais la nature inconsciente de lïdéologie peul aujourd'hui être rattachée et articulée au concept scientifique de Freud d'inconscient psychique lui -même r< cn'ë ,, par les lormes d'idéologie particulières à la famille en tant que structure objective (26). Finalement. le statut transhistorique de lïdéologie. comme médiation inconsciente de l'expérience vécue. signifie que. même dans une société sans classes. son système d'erreurs et de tromperie survivrait pour donner une cohésion vitale à la structure sociale du communisme lui-même. Car cette structure aussi serait invisible et imperméable aux individus qui y seraient insérés (25) Voir e11 purlimlier Theorie. Pratique tlJL'orique et Formation thL\>rique . IJc'olo~ie et Lutte ideologique. ur ri/ !965. mllà>ltpe ((· 1n1e ,,·e,l illll/11 ·a f>r<'l<'/11 liCC<'"ihi<' </Il<' d""' su lraduclir>ll e.\ fWgllole i11 La Filosofia comn arma Je la revolue ion. (im/ohll !'.JnS. f' .• ' 17 J. Ses tlli~se.\· sont SttiJS équil'oque : /( Dans une \·ncie!t' sttiJS <"lu., 'c'. 1 Ïd<'ulogi< · d pour folle/ion de ressNrer les liens el/Ire ln ho>nnws dans /"ensemh!e <i<'S li>rnl<'l d,· leur en\lence. le rtlflflOrl des illdit•idus <i leurs l<ithes a ani !1.1<; rwr la 1/rtl<'llllï' wciai<' 1 .. . J. La dé{omwlion de lidà>logie ni wria/eme/11 lll;cessaire e11 /lill/ l/11 ·elle ni /iii/clion d,• la nature mème de 1 'en.H'IIIh!e soria/ : p!tn {lrcici.lt'!llelll. (i>ntlirlll de w d<'!erminalirlll r>ar w s/ruclure. qui re11d tel ensemh!e wrial opaque aux indiridus </IIi r occt/fll'l/1 1111<' plan' dé!erminée par celle s/ruc/ure. La r<'f"';·H'nlalir>n du monde nà·es.wire <i la cohesion sociale est nécessairemenl mrlhique <i <'<lill<' de t·opacilé de la slmtlllre sor iule ,, (p .54 -55). (26) "Freud el U1cun ''· loc. cit.. p.l60- 165. (27) Pour Marx. {1 .238 e/c.: La Filosofia conH> arma de la revolucion. {1 .55. 16H
(27J. Dans le communisme. la science du marxisme ne co1ncidcra 1amais avec les idées ct les croyances vécues des masses.
Les conclusions de l'œuvre de Sart re préscn tcn l cu ricusemen l certaines similitudes cachées avec celles d'Althusser. Mais le thème 4ui soustend le système de Sartre. 4ui le distingue de tous les autres. est Jéllni rar la catégorie de raretë. Le terme lui-même fut lancé rar le rhilo-.;ophe it<JIien Galiani au siècle des Lumières: Galiani fut le premier a faire de la valeur un rapport entre l"utilité et la rareté (rarito) dans tout système économique (28). Cette notion technique de la rareté passa de façon marginale chez Ricardo. fut pratiquement ignorée par Marx. et finit par réémerger comme catégorie essentielle pour les économistes néoclassiques qui suivirent. L'utilisation de ce terme par Sartre . cependant. n·a pratiquement rien à voir avec celle de Galiani. Car ce dernier croyait que la condition originelle de IÏ1llmanité était une condition d'abondance les objets les plus utiles étaient aussi les plus nombreux dans la nature (29). Marx fut plus ambigti s"agissant de ce problème. Mais alors quïl fait allusion parfois a un étal primitif de rareté UO) . il sous-entend le plus souvent une profusion originelle de la nature par rapport aux besoins réduits des hommes avant l'essor de la civilisation U 1 ). De plus. a la différence de (28) Fema111lo Cialiani. Dall a mon lw . . '>fi/an / Wi3:" Donc la ra/eur nt 1111 rtlflflOI1 et n' rapport ve con!fWH' de deur mppor/.1 nprimn flllr les normn d'lili/ill' et de ruret1' ., !1' .39) . Son ulilisation du L~rm~ fut ensuite adoptee par Condillac. l'our Ricardo .« étant utiles. les biens tirent leur valeur d'échange de deux sources: de leur rareté el de la quantité de travail nécessaire à les obtenir, (The Principlcs of Political F.cnnomv and Taxation. Londrn. 197! . fl .56! Dwn la pratique cependant. Ricardo . dol/\' w t/iàlrie de la \'(1/eur. 1/:noru <'Il gronde partie la ra rel<'. f)/{i\'if/1 Ïilli' lu con1"idàait Olll/111<' pertinelll<' <fil<' flrl/lr des cutc~~orin trc>s n'duites de hiens de luxe (stalii<'S. peinturn. l'ill.\ .. J. (29) " Fuit merreil/eur de lu Proridence. ce monde est COI/stillli' de telle !iwlll ifll<' ln hiens 11/i/n. de 1111/lliàl' gl'llàUfl'. Ill' Sfl/1/ jall/1/il· rtl ft'\. ( . ) te dol// 1/111/\' (/\'1!1/1 hnoill fUI/If 1//f· vh•re est dispeil.l'<' arec 1111e telle pro/i1.vio11 sur la terre i'lllii're que ces hiens Ill!/ re/atireme/11 peu ou fllls de• l'aieur du /Ill// ,, !Della monew. p.47 J. (30) Dan.1 L'Idéologie allemande. Mar.\· <'cri/ que " le dc'reloppemelll des /ri/Ti'.\. productires est pralilfll<'llli'lll lu conditio11 premi<'re ahsolument lll'cnwire (du communimw!. pour celle raison encore iflli' l'on mciali.l emit sw1s lui lïndigellCi' et que l'indigence !émit remmmencer la lulle pour le nc'ci•s.wire et par CO/l.H'que/1/ ressusciter tout le l'ieux /{/Iras •> (Werke. ml. Ill. fl.34-35J. ((• plls.wge sem repris par Tmtskr dllns Wll anahse des raiso11s de la 1111111/à' du stalinisme l'Il Russie: il/Ït de la rare/l' (nuzhdai 1111 point central de so11 nplicution fla Révolution trahie. i11 De la révolution. Editions de Minuit. p.f?S-48 2) (31) Cest peut-<'tre dl!ns les Gundrissc que /'ontmlll'i' ce passage le plus repn'selllati!':" A /'ori!{ine. les do11s de lu lW/lm' .1'11111 ahondal/ts. et il su!fït de .1<' les approwier. Il .1· 11 d'emh/ée associil/ion sprl!i/anée (fàmi/le). dil'isirm du /ral'ail et coopération cm/comilli/11/i'. Car. pau l'res l'li.\' aussi li l'ori!{ille. les hesoins ne se dél'eloppent ci leur tour if li 'arC'c IC's frJrces produclil'es 11 (/a Pléiade. tl/, fJ ]1){1). En méme temps. hien s1ir. ci la fàis pour Marx et j')Ollr EnJ?els. le " ri'!{ IIi' de la /iherté 11 était d1'/ï11i par la surahondunce matérielle au -delli du " ré!{ ill' de la 11écessill' "· qui f?Ol/l'enwit li la f(,iv les sociétés qui' iJ?noraielll encore les classes sociales et les soci1'tés de classes.
lo9
Ricardo. "" theone de la valeur ne 1<111 aucu11C menli•lll de la rarete - le terme meme n 'e-.,1 ras CliC. Pour Sartre. ;Ill CllnlralrC. i;t r;trell' esl l;t << relatin11 /nndrtllll'tllalc ,, el l;t " (IJI!ditinll de fWII"ihi!ite ,, de IÏltstoirc humaine . ;1 l;1 l'n1' point Je depart cl " 11711/<' 111' U•ll'i / " de 1nu1 Jévclnppemenl histnnquc.
Aucune unité originelle n'ex1s1e entre lïwmmc et la nature: au contraire. le fait absolu de la rarete détermine la nature en tant que,, nëKation de l'homme ,, dès le départ. et en même temps l'histoire en talll qu'anti-nature. La lutte contre la rareté entraîne la lutte entre les classes; il en découle que l'homme lui-même devient la négation de l'homme. La violence. J'oppression incessante cl J'exploitation dans toutes les sociétés connues ne sont donc que la rareté intériorisée U2l. La dure domination du monde naturel sur les hommes ct. en retour. leurs el'forts dispersés pour le transformer en vue Je préserver leur vic l'ont géneralcmcnt naitrc des collectivités sérielles -ensembles inhumains dont chaque membre est étranger l' un à l'autre et à lui-même. et où les buts de tous sont conl'isqués dans le résultat général de leurs actions. De telles séries ont toujours été la forme prédominante de coexistence sociale dans lous les modes de production connus. Leur antithèse formelle est le " grnufle en lit.l inll ''· dans lequel tous les homm es so nt m e mbres les uns des a utres. uni s dans une entreprise fraternelle pour atteindre un but commun . dans et contre un milieu de rareté. L'exemple supréme d ' un groupe en fusion est un mouvement de masse au moment apocalyptique J ' un soulèvement révolutionnaire couronné de succès (33). Mais . pour rester en vic en menant un combat inégal dans un monde de violence ct de cupidité. un tel groupe doit se forger à son tour une inertie organisationnelle et une spécialisation fonctionnelle. et il perd ainsi la fraternité et le dynamisme pour devenir un groupe 11 institulionnel 11. C'est alors que la pétrification et la dispersion le guettent: J'étape suivante consiste à transférer vers le haut l'unite du groupe à une autorité 11 sol/l'eraille 11 au-dessus de lui . pour assurer la stabilisation verticale. L'Etat est l'incarnation finale de cette s\luvcrainete et sa structure invariable est celle d'un sommet réduit et autoritaire manipulant des séries dispersées en dessous de lui. à travers une hiérarchie bureaucratique et par une terreur répressive. Par sa consolidati\ln. le groupe actif qui le créa à J'origine se dégrade à son tour en une passi\·ité sérialisée (34). Si. pour Sartre. les groupes et les séries composent les rr éléments (ormets de tou te histoire !), l'histoire réelle des classes sociales (32) Critique de la raison dialectique. fi . }00- _ 1 }4 L"onologie soure/11 !lrite entre' Sartre et Hohhes est sw1s /i!lldemr!/1/ . Pour Hohhes. comme fiollr Goliuni. lu nature /i!llmissait a l'origine !"abondance ri IÏiolll/11(' qui n àl'oit guàe fJ/us li /itire rfll 'à la recnoir cmnme lev fruits de la terre (l'oir Leviathan . XXIV. Londres /968 . /1 .}94-2951. (33) Critique de la raison dialectique. fi. 306-319. 383-396. (34) Ibid .. fi 573-594. 608-6/4
établit la carte des comhinaisons nu des cnnversinn~ complexes de ces ror- · mes les unes par rapport aux autres. Cependant. les classes cllcs-mémcs ne. constituent jamais des groupes en rusion dans leur tot;ilite: elles sont toujours un amalgame instahlc d ' appareil.~ . de groupes ct de séries - les séries dominant en général. Ainsi. la notion marxiste classique de la " dictature du {lmlëtariut ,, fut une cnntradiction impossihle dans les termes. un compromis hàtard entre la souveraineté active ct la sérialité passive (35). Car aucune classe en tant que telle ne peut comcider avec un Fl<.lt le pouvoir politique ne peut être exerd· par la classe ouvrière entière. et l'Etat n'est jamais une réelle expression même de la majorité de cette classe. La bureaucratisation et la répression tnhérentes <i tous les Ftats postrévolutionnaires que l'histoire ait produits jusqu'a tws jours sont donc liées à la nature même et a la condition même du prolétariat en tant qu'ensemble social. tant que la rareté g lobale et les divisions en classes existent. La bureaucratie reste. a notre époque. à la fois un accompagnement et un adversaire du socialisme: il est impossible de l'éliminer.
Nous verrons que ces nouveaux thèmes importants introduits sucees· sivement par le marxisme occidental. et dont nous venons de parler. rellé· taient ou anticipaient des problèmes réels et centraux que l'histoire posa au mouvement socialiste durant le demi-siècle qui suivit la Première Guerre mondiale. La préoccupation constante de Gramsci qu'était l'hégémonie préfigurait la stabilisation fondée sur le consensus de l'Etat capitaliste en Occident. vingt ans avant que cela deevienne un phénomène durable et général. Une grande partie de l'intérêt d'A dorno pour la nature. qui passait à l'époque pour un égarement malencontreux de l' Eco le de Francfort. réapparut soudain dans les grands débats récents sur l'écologie dans les pays impérialistes . L'ana lyse de la sexualité par Marcuse préfigurait le recul des contraintes institutionnelles imposées à l'érotism e et à la sensibilité. émancipation qui est un affaiblissement caractéristique d ' une grande partie de la culture bourgeoise après 1965. Le principal développement d'Althusser sur l'idéologie fut directement inspiré par la vague de révoltes que connut. à la même époque. l'ensemble du système universitaire du monde capitaliste avancé. La façon dont Sartre parle de la rareté schématise la cristalisation universelle de la bureaucratie après chaque révolution socialiste dans les pays arriérés et sa dialectique des séries et des groupes anticipait en grande partie le développement formel du premier soulèvement des masses contre le capitalisme dans les pays développés après la Deuxième Guerre mondiale (en France en 1968). La valeur ou la pertinence plus ou moins grande des solutions proposées par chaque système aux problèmes exposés ne nous concerne pas ici . C'est plutôt la {35) Ibid .. p.fJ44. 6]9-030
direction collective des innovations théoriques particulières au marxisme occidental qui requiert d'être élucidée et soulignée.
Car, si hétéroclite<> que soient ces innovations, elles se rangent fondamentalement sous un même emblème : celui du pessimisme latent qui leur est commun. Toutes les principales innovations, tous les principaux développements de cette tradition se distinguent de l'héritage classique du matérialisme historique par la noirceur de leurs affirmations et de leurs conclusions. Sur ce point, entre 1920 et 1960, le marxisme a lentement changé de couleur en Occident. La confiance et l'optimisme des fondateurs du matérialisme historique et de leurs successeurs ont progressivement disparu . Pratiquement tous les nouveaux thèmes importants du rassemblement intellectuel de l'époque montrent le même affaiblissement de l'espoir et le même manque de certitude. Le legs théorique de Gramsci laissait présager une longue guerre d'usure contre une structure de pouvoir capitaliste incomparablement plus forte, beaucoup moins vulnérable à l'effondrement économique que ses prédécesseurs ne l'avaient envisagé -guerre dont on ne pouvait prévoir clairement l'issue. Gramsci, dont la vie même fut liée inexorablement au destin politique de la classe ouvrière de son époque et de son pays, donne de son caractère révolutionnaire une expression concise dans la maxime 11 pessimisme de l 'intellect, optimisme de la volonté >>: une fois encore, il fut le seul q ui perçût et contrôlât consciemment ce qui devait devenir le leitmotiv d' un marxisme nouveau et inattendu. La mélancolie contagieuse des travaux de l'Ecole de Francfort manqua d'un tel accent de fermeté . Adorno et Horkheimer remirent en question l'idée même du contrôle ultime de l'homme sur la nature en tant que royaume de délivrance au-delà du capitalisme. Marcuse n'évoqua la possibilité utopique de la libération de la nature en l'homme que pour la nier avec force en tant que tendance objective réelle et pour conclure que la classe ouvrière industrielle était peut-être elle-même absorbée pour toujours par le capitalisme. Si le pessimisme d'Althusser et de Sartre est différent par ses horizons, il n'en est pas moins grave, puisqu 'il porte sur la structure même du socialisme. Althusser déclare que même le communisme restera opaque en tant qu'ordre social pour les individus qui le vivront, et qu'il continuera à les tromper dans la perpétuelle illusion d'être libres en tant que sujets. Sartre rejette l'idée même d'une réelle dictature du prolétariat comme une impossibilité et interprète la bureaucratisation des révolutions socialistes comme un produit inéluctable de la rareté dont on ne saurait prévoir la fin en ce siècle.
Ces thèses concrètes spécifiques s'accompagnent d'une tonalité générale absolument inaccoutumée dans l'histoire antérieure du mouvement socialiste. C'est aussi là, d'une façon moins directe, un signe irréfutable du profond changement du climat historique dans lequel, dans cette période, s'est développé le marxisme en Occident. Auparavant, aucun des penseurs de la tradition du matérialisme historique n'aurait pu user dans ses écrits d'un ton et d'images tels que ceux qu'Adorno ou Sartre, Althusser ou Gramsci ont employé. La vision de l'histoire qui fut constamment celle de
l'Ecole de Francfort fut exprimée par Benjamin dans un langage qui aurait été pratiquement incompréhensible à Marx ou à Engels: « Voici comment on peut dépeindre 1 'image de 1 'histoire. Sa face est tournée vers le passé. Quand nous distinguons une chaine d'événements, il ne voit qu'une seule catastrophe qui ne fait qu'empiler naufrage sur nm(lrage et les jefle à ses pieds. L'ange voudrait rester, réveiller les morts. et rebâtir ce qui a été écrasé. Mais un vent d'orage souffle du Paradis; ils 'est pris dans ses ailes avec une telle violence que l'ange ne peut plus les replier. Ce vent d'orage le pousse irrésistiblement vers le futur auquel il tourne le dos. alors que l'amas de débris devant lui monte jusqu 'au ciel. Ce vent d 'orage, nous pourrions 1 'appeler le progrès . .>> Benjamin écrivit de façon très typique, parlant de toute lutte de classes : « Mème les morts n'échapperont pas à l'ennemis 'il gagne; et cet ennemi n'a pas encore fini d'ètre victorieux n (36). Cependant, Gramsci, enprisonné et vaincu, résumait avec stoïcisme Désespéré la vocation d'un socialiste révolutionnaire à son époque 11 Quelque chose a changé fondamentalement. cela est évident. Qu 'est-ce donc 1 Avant, ils voulaient tous ètre les laboureurs de l 'histoire, jouer les !(rands rôles, chacun d 'entre eux voulait jouer un grand rôle. Personne ne voulait être le,11 fumier » de l'histoire. Mais est-il possible de labourer sans avoir auparavant fumé la terre ? Le laboureur et le fumier sont donc tous deux nécessaires. Dans l'abstrait, ils /'admeflaient tous. Mais dans la pratique 1 Fumier pour fumier , autant se retirer, retourner dans l 'ombre, dans l'obscurité. Maintenant quelque chose a changé, puisqu 'il y a ceux qui s 'adaplent <<philosophiquement » à ètre du 11 fumier », qui savent que c'est ce qu'ils doivent ètre. ( .. ) On n'a mème pas le choix entre vivre comme un lion une journée et comme un mouton pendant cent ans. On ne vit pas comme un lion , mème pour une minute, if s 'en faut: on vit comme quelque chose de bien inférieur à un mouton pendant des années et des années et on sait que cela doit ètre ainsi» (37).
Benjamin et Gramsci furent des victimes du fascisme. Mais, dans l'après-guerre aussi, le climat du marxisme occidental fut souvent tout aussi sombre. Dans ce qui constitue peut-être, par exemple, le plus puissant de ses essais, Althusser décrira le développement social de la naissance à l'enfance , développement qui est à l'origine de l'inconscient, avec une violence furieuse, comme une épreuve que 11 tous les adultes ont traversée : ils sont les témoins qui n'oublient jamais, et très souvent les victimes de cette victoire, portant caché au plus profond d'eux-mèmes, c'est-àdire dans ce qu'if y a en eux de plus criant, les blessures, les faiblesses et les raideurs qui résultent de ce combat pour fa vie ou fa mort humaine. Certains, et c'est fa majorité, en sont sortis plus ou moins indemnes -ou du moins le font croire; nombre de ces vétérans en portent les marques toute leur vie; certains mourront au combat, bien que ce ne soit que plus (36) Illuminations, p.259-260, 257. 07) Carnets de prison, p.XC/11.
tard. les riei/ln h/es.wrn Il' ml/l'rtl/li 1i 1/lltll'i'l/11 dan1· til/l' nplo1inll fl\Tchntiqlle. da11s la /i1/ie. C0/11'1/Isinll Ill lime d ·/Ille ,, reactinlt thi;ri/f'l'llliilili' në~atit·e ": d'a111res . flllls llllillhrc/1\', o11ssi" 1/11/ïllilletl/el/1 "if// 'o11 le rolldra. 11 ln/l'ers tl/li' di;Chi;llltCl' ,, orgalli({lli' ''· /, 'htllllilllile 11 'i111·cril wr en mrnt/11//el/ls ill/\' morts !lite ses 1//llrls ol/lciels: iï'/1\' iflli llttrl'ill Jl/rutrir 1i temfJS: c 'est-a -dire tard. comllw dn hnll/11/i'l·. da11 .1 de1 guerres fllllllllilll'l au cours di'.lifUc!les seu/1 ln lnllfl\ htllllllilll cl les dieux sc déchirent ct -.;c sacrifient les uns les autres. , UXJ
Sartre devait aussi utiliser une autre metaphore violente pour décrire le rapport entre les hommes dans un univers de rareté : " fJa11s la n;ciprocili; mndi!lh' rwr la rarNi; . le même nous apparaît comme le contrehomme en tant que ce 1111;111e homme apparaît comme radicalement .\titre (c'est-à-dire porteur pour nous d' une menace de mort). Ou. si l'on veut. nous comprenons en gros ses fins (ce sont les nôtresl. ses moyens (nous avons les mêmes. les structures dialectiques de ses actes: mais nous les comprenons comme si c'étaient les caractères d'une autre espèce. notre double démoniaque). Rien en effet - ni les grands fauves ni les microbes- ne peut être plus terrible pour l'homme qu'une espèce intelli gente. carnassière. cruelle. qui saurait comprendre el déjouer l'intelligence humaine el dont la fin serait précisément la destruction de l'homme. Cette espèce, c'est évidemment la nôtre se saisissant par tout homme chez les autres dans le milieu de rareté» (39).
De tels passages appartiennent à une littérature fondamentalement étrangère au monde de Marx. Labriola ou Lénine. Ils trahissent un pessi -misme sous-jaœnt qui va au -delà des intuitions avouées ou des thèses de leurs auteurs (40) dont aucun n'a renoncé à l'optimisme de la volonté dans la lutte contre le fa'icisme ou le capitalisme. A travers eux . le marxisme énonce des pensées. jadis impensables pour le socialisme. (38) " Freud el f.llca/1 ''· loc. cil.. p . I S CJ-/'HJ. (39) Critique de la raison dialectique. p ]08 (40) Il l'SI 11écess11ire ici de dire quelques mots des écrits de Sehill·tiiuw Ti111pt111am. a u.rquels 1111 11 f11i1 allusioll plus h11111. Ln /ruraux de Tilllp(//lil/'11 colnpo!'lelll le re(irs le pflt1· cohère/1/ el le plus doque/11 de ce qu'il 11ppelle lui -111é11w le " marxisme occide/1/al ., tf IIi ail été Formulé depuis la guerre. Il es/ dn11c tl ·aula/11 fllus f'rappa111 que. par 1111 certai11 1111111hre d'aspects imporlallls. ses propres /ralë/11.\' snie111 cn11frmnes. malgrt; e1n . au schéma tf/Il' 11nus m·o11s dt;filli plus haut . Cor le tmroil de Timpo11oro aussi est esselllielleme/11 philosophiqul' - et 111111 politique ou éco11nmique. De plus. lui tlllssi filit prillcipaleme/11 appel ti 1111 a11cétre illlellectuel de Mor.r. a trurers lequel le 1111/r.Yi.lïlll' est réi11terprt;lt; de fili'llll .whslalllielle. Da11~ W/1 cos. le prc'décesseur flrincipal est le po<;le Giacomo Leopardi. don! la forme parliculiàe de mlllériulisme nf destinée ti élre 1111 cm11plémen1 salutaire el IHÙ's.mire à celui de Marx el E11gels, â cause de sa mnscience i11f/exihle des limites ins urmontohles -de la fragililé et de la mnrlalilé - imposées â 1 'h omme pur /lill' Ill/lure hostile. Le lhi'me le plus original des propres lraraux de Timpanam es! donc la ricloire ullime inériltlhle. 1111n pas de l 'homme sur l'hisloire. mais de la nature sur l 'homme. Sa pensée est donc pmhoblemelll plus dé/inilil•eme/11 pessimisle. at·ec Ulli' tri.l'lesse classique. que celle de lous les atilres pense urs socialisles de ce si2cle. P11r lous ces Clités. Timpolwm peut élre col/Sidéré
On peut maintenant recenser l'ensemble des traits qui définissent le marxisme occidental en tant que tradition distincte. Né de la défaite des révolutions prolétariennes dans les zones européennes de capitalisme <Jvancé après la Première Guerre mondiale. il se développa en une scission croiss<~nte entre la théorie socialiste et la pratique de 1<~ ci<Jsse ouvrière. Le fossé ouvert à l'origine par l'isolement de l'Etat soviétique par lïmpérialisme fut approfondi et fixé institutionnellement par la bure<~ucratisation de l'URSS et du Komintern sous St<~line. Pour les nouveaux penseurs marxistes apparus en Occident. le mouvement communiste officiel représentait la seule incarnation réelle de la classe ouvrière internationale qui ail un sens pour eux - quïls y aient adhéré. quïls s·y soient ralliés ou quïls l'aient rejeté. Le divorce structurel de la théorie et de la pratique inhérent à la nature des partis communistes -de cette époque empêchait toul travail politico-intellectuel unifié selon le type défini par le marxisme classique. Cela eut pour conséquence le confinement des théoriciens dans les universités . loin de la vie du prolétariat de leurs propres pays. et un rétrécisse-ment de la théorie abandonnant l'économie et la politique pour se consacrer à la philosophie. Cette spécialisation s'accompagna du recours à un langage de plus en plus difficile . créant des barrières techniques proportionnelles à son éloignement des masses. On assista conjointement au déclin de la connaissance qu'avaient naguère les uns des autres les théoriciens des divers pays et à l'affaiblissement des relations internationales entre eux . La perte de tout contact dynamique avec la pratique de la classe ouvrière dévia. à son tour. la théorie marxiste vers des systèmes de pensée contemporains non marxistes et idéalistes . avec lesquels elle se développe maintenant en général en symbiose étroite bien que contradictoire. Dans le même temps. la transformation des théoriciens marxistes en philosophes professionnels. parallèlement à la découverte des Clllll/111' lili\11111 f>or,u/owlt•nie/11 . lllllil .lll/11 erreur flll\'l·ih/e . fla rlit' de la !mdilillll du 111111'xisllle IICcidt'lllcd <11/iflll'i ils ·"f'f'IIS<' On fllllll'l'<lil W/1/l'llir if/Il' l'illlfllll'lilll<'<' thil/\. l'il /ilmllltion de lu phi/11/11gie oocit'lllll' - dilcifllint' l'llliàeoU'I/1 d11111i11<'e par dn llllirenilairn 1/flll lllllr .;.1/el . de Wilclll/llll'il: <1 Ptllifllali - Cllrl'l'lflll!ld au ni till sch<'111a t'l'iflli.nc dao .\ ccl essai . ((•/a di!. (/// dnil c:~a/cnl<'ll/ Sllllligner que d 'a u/ri'\ asfi<'Ct\· des ll'ill'a/1\' de Tilllf'llllll/'11 soo/ eo crollmdiclillo dircclc el rà•/le arec ln J/0/'1/l<'S du 11/lii'\Ùilli' occidcnlill. Les difl<'rencn fUJr/e/11 1111' le ti1i1 </Ill' la phi/11wphic de Ti111pam1111 Ill' ,. 'est itmwf,· can!rJillll'e principa/eJI/l'lll dili/\ 1111 illl<'rel parlicu/icr l"'"r l'eflll'ft'lllllillgie. Illois if// 'el/1! il fl!lllt' de dt'relopper une risi" li ('(1//cr<'le du /1/(IJii/e " /l'l/1'1'1'1 une llilt~~i'll/1('(' ci 1 'ht'ritoge d Engels : que so11 lllili.lil/frJJI de Le"fWrdi n'u joll l <ll\ n'fUll'<' 1111' le li1il iflll' Man oit t'ft' inf!lll'lln' fWr le fl"t'/e ou qu'il l'ail 111ëow Cll/11111. nu if/Il' les deur s•·st<'llles de fWIISà' soielll l'Il lflll'lque filum holllog,•nes - Leopardi t'font fll<'lel/11' con1111<' lil/lmismnl lflll'liflll' chose qui 11/al/ifllllil. el non pas que/if/Il' chose de cac/1<'. che: Mar.\' : 1'1 que 11111 fll'.l'l'illlilllll' l'SI con.ll·ielllllll'lll erposé el d1'fi•ndu en font que !cl. dt/Ils 1111 longllgc li111pide. Enfin. ri!Jfle/1/ dire if/Il' ces !rails s 'acmlllpllgnenl d'un heaucr!/lf' plus grand dcgn' de /ihertt ' pur rapport au cha111p des trm·es du crJJilllllllli.l'llll' nf/leie/. if/Il' pour /111/ll' au/re flenrJJ/IIlliil<' du llllii'Üiïlll' occidellllli. Tilllparano. né l'il /9 }3. n'a janwi1 '''''· el c'est 1111 cas uniiflll'. ni 1111'11/hri! du Parli collllllllllisle ni lill illlel/ectuc/ gmrilanl autour de lui. owis a 111ilit<' don1· d'liu/res· partis ourril!n. toul d'ahord dans la gauche du Parti \ocialilll' il<ilien ( PS Il el ensui li! du PSIUP.
écrits de jeunesse de Marx eux-mêmes. conduisit à un quête rétrospective générale des ancêtres intellectuels du marxisme dans la pensée philosophique européenne antérieure et à une réinterprétation du matérialisme historique lui-même à leur lumière. Ce schéma entraîna trois résultats. Premièrement. il y eut une prédominance marquée du travail épistémologique, centré essentiellement sur les problèmes de méthode. Deuxièmement. le principal champ d'application de cette méthode fut l'esthétique -ou les superstructures culturelles dans un sens plus large. Enfin. les principales innovations théoriques en dehors de ce terrain, qui reloppèrent ces thèmes nouveaux. absents du marxisme classique --la plupart du temps de façon spéculative- révèlent un pessimisme constant. La méthode par impuissance, l'art comme consolation. le pessimisme comme apaisement: il n'est pas difficile de percevoir tous ces éléments dans la tonalité du marxisme occidental. Car ce qui détermina principalement cette tradition fut sa formation par la défaite -ces longues décennies de recul et de stagnation, dont bon nombre furent terribles. quelle que soit la perspective historique adoptée, que traversa la classe ouvrière occidentale après 1920.
Mais la tradition dans son ensemble ne peut pas non plus se réduire à cela. Malgré tout, ses principaux penseurs résisteront au réformisme (41 ). Malgré la distance les séparant de<> masses , aucun ne se rendit au capi -talisme triomphant comme l'avaient fait avant eux les théoriciens de la Seconde Internationale comme Kautsky, beaucoup plus proches des masses en lutte. De plus, J'expèrience historique dont leurs travaux rendaient compte, à travers leurs inhibitions et leurs silences. fut aussi, par certains points particuliers. la plus avancée du monde -englobant les plus hautes formes de J'économie capitaliste, le prolétariat industriel le plus ancien et les plus longues traditions intellectuelles du socialisme. Le marxisme que cette histoire produisit ou permit devait nécessairement comporter quelques marques de la richesse et de la complexité de cet ensemble, comme de ses misères et de ses échecs- même si cela n'a jamais été que de façon oblique et incomplète. Sur son propre terrain d'action, ce marxisme aboutit à une perfection plus grande que celle d'aucune des phases antérieures .du matérialisme historique. Mais il perdit en envergure ce qu'il gagna en profondeur. Toutefois, si les centres d'intérêt se rédui -sirent énormément, il n'y eut pas de paralysie totale de J'énergie. Aujourd'hui, ces cinquante dernières années d'impérialisme offrent un ensem ble d'expériences dont le mouvement ouvrier doit inévitablement tirer le bilan. Le marxisme occidental fut une partie intégrante de cette histoire et aucune nouvelle génération révolutionnaire dans les pays impérialistes ne peut l'ignorer ou l'écarter. Régler ses comptes avec cette tradition- à la fois apprendre d'elle et s'en dégager- est donc aujourd'hui une candi(41) Horkheimer es/ le .\'!!til exemple de renéKlll : mais i!lle!lecluellemenl. il 11e [ill iamais. 1ans 1 'Emlc de Francfim. qu 'u11 fJi'll .H'Itr de semnd rang.
tion préliminaire du renouveau local de la théorie marxiste . Ce double mouvement nécessaire de reconnaissance et de rupture n'est pas bien sür une tâche exclusive. La nature de son objet nous en préserve. Car. en derniére analyse . les liens mêmes de cette tradition à un lieu géographique particulier ont aussi été à l'origine de sa dépendance et de sa fa iblesse. Le marxisme aspire en son principe même à devenir une science universelle -ne relevant pas plus d'imputations simplement nationales ou continentales que n'importe quelle autre connaissance objective de la réalité. En ce sens. le terme « occidental » implique inévitablement un jugement limitatif Le manque d ' universalisme est un signe de manque de vérité. Le marxisme occidental était nécessairement moins que le marxisme par le fait même qu'il était occidental. Le matérialisme historique ne peut exercer tout son pouvoir que sïl se libère de l'esprit de clocher . quel qu 'il soit. Il a encore à le faire .