Clermont-Ferrand. le 12 septembre 1976 A Michel Lequenne Camarade. Ton article dans lè n° 7 de Critique communiste sur Continuité et discontinuité du lambertisme est tout à fait intéressant pour moi et mes camarades qui avons été exclus de J'OC! après production d'un texte critique, en mars 1976. Tant il est vrai que l'histoire réelle ne pouvait être que difficilement saisie à travers les allusions et les raccourcis douteux des Enseignements de notre histoire.
Nous interrogeant sur notre propre expérience (de huit années dans l'OC!, et quant à moi, à partir de 1968) et sur ce qu'est J'OCI, les matériaux que tu apportes daru; ton article sur la génèse du « lambertisme » éclairent un important pan du mur.
Ce travail d'élucidation de l'histoire du mouvement trotskyste était indispensable depuis longtemps, le problème posé par 1 'existence et le développement de l'OCI ne pouvant être résolu par quelques paroles péremptoires sur les sectes et quelques caricatures comme vous J'avez fait souvent.
Les caractérisations que tu fournis sont sans conteste , pour une part, et à mon avis, enracinées dans le réel. Je voudrais donner quelques faits. 17X
1) Au sujet des barricades de /96R. C'est le soir du 10 mai 1968 que le cortège de trois mille cine cents jeunes de la FER (Fèdération des étudiants révolutionnaires). dont je faisais partie. au sortir de leur meeting de la Mutualité. a rejoint les barricades ... pour s'en retirer avec éclat. drapeaux en tête. après une intervention de Chisserey appelant à la dispersion sur la ligne : « Mardi. 500 000 travailleurs au quartier Latin ! La man([estation maintenant est fausse. »
Bref. J'expression achevée de J'ultimatisme sectaire. Cette faute politique d'ampleur fut chèrement payée dans les années qui ont suivi. dans la lutte politique face aux autres courants. Dans quelles conditions cette faute a-t-elle été commise? C'est Stéphane Just qui a pris la décision de retrait spectaculaire au nom d'une justesse abstraite de la ligne du parti : les barricades du 10 mai auraient été un obstacle petit-bourgeois à la manifestation de front unique du 13 mai que les travailleurs avaient imposée à leurs organisations.
C'est ainsi que la direction de J'OC! a « laissé » des centaines de milliers de jeunes se battre sur les barricades en les avertissant bien que c'était « faux » ! Cela correspond assez bien à ce que tu dis de Just : un sectaire introverti qui exalte le parti sans tenir compte de sa réalité embryonnaire .
Mais pourquoi J ust a- t-i l été amené à prendre cette décision ? Parce que Lambert n'était pas là . Où était Lambert . responsable de l'OCL le 10 mai 1968? A un congrès syndical FO à Toulouse. Economisme. syndi -calisme ... Le CC de J'OCI. au bout de quelques mois fit son autocritique. mais celle-ci ne fut connue des militants que des années après. quand il n'y avait plus risque de faire poser des questions gênantes. Pour ma part . je fus mis au courant en 1970. par une «conférence» du membre du CC sur la région. lors d'une « montée à Paris ». et je fus sommé de n'en souffler mot. Encore aujourd'hui, bien que cette faute politique soit reconnue et caractérisée comme telle, elle n'est pas admise publiquement. Tout cela est lourdement significatif des mœurs politiques de la direction OCI, même si cela n'obère en rien la justesse du combat politique pour le comité central de la grève générale en Mai 1968 .
2) Le u voyant 11 du prolétariat;
. En mars 1969, nous organisons à Germont-Ferrand un meeting avec Lambert sur le Programme de la IVe Internationale. Cinq cents étudiants et travailleurs y assistent, dépassant même les prévisions de la direction. Ce nombre s'explique par notre rôle local en mai-juin 1968. Que fait Lambert devant cette heureuse surprise ? Il ne traite pas le thème. Pas un
seul moment, il ne s'élève au niveau du débat projeté: face à des jeunes d<'nt la soif de savoir sur la IVe Internationale est évidente, il ne fait que les entretenir des luttes revendicatives en cours, des formes de résistance 4uotidienne des travailleuses de la Sécurité sociale à l'exploitation, du syndica hsme, etc.
J'en fis la remarque à la fin de la réunion ; vive réplique du membre du CC : Lambert, lui, est « au plus profond du mou vement de la classe » et le critiquer politiquement, c'est se rejeter dans l'intellectuation superficielle ...
L'OCI, plus qu'une autre institution du « mouvement révolutionnaire » est une inertie soutenue par un mythe et comme le mythe idéologique global ne suffit pas, on achève de souder la clôture de l'espace organisationnel par le mythe personnel du chef : le « voyant » du prolétariat.
3) Quant à la méthode de Lambert : Pour éviter tout débat de fond pour régler le compte de ceux qui ne lui conviennent pas, sur des procédure disciplinaires, un exemple au niveau national :
Lors du dernier congrès ae l'OCI (décembre 1975), Pierre Broué, qui n'est pas n'importe quel militant, non seulement de l'OCI mais du mouvement ouvrier tout entier, a été destitué du CC alors qu'il s'y représentait, après une intervention de Neny, vraisemblablement larbin de Lambert en la circonstance, l'accusant de ... ne pas avoir tenu un meeting prévu à Ciermont-Ferrand ! Les militants de l'OCI devraient s'inquiéter du fonction -nement de leur organisation, mais peuvent-ils le faire tant qu'ils sont prisonniers d'un « sujet » collectif imaginaire dont ils se représentant fantasmatiquement que de lui, et de lui seul, dépend tout le cours de la révolution mondiale ? Ils portent sur leurs épaules le poids de toute l'humanité et, lorsqu'on le leur dit, l'absurdité éclatante de cette proposition que tout leur comportement implique et, mieux , qu'ils claironnent, ne leur saute pas aux yeux.
Ton article a cependant des limites politiques : « Malheureusement, cette agonie (celle de l'OC!) se prolonge depuis plus de vingt ans. ))
Pendant vingt ans, le « lambertisme » n'a pas fait qu'agoniser. De la cinquantaine de militants de 1958 aux mille huit cents militants environ de 1975, il s'est numériquement développé, même s'il a recommencé à stagner; il faut bien dire qu'à ce moment-là, d'un point de vue numérique, LCR et OCI sont tout à fait comparables, même si la grandeur de leur impact de masse est différente. Surtout, 1 'OCI n'a pu se développer qu'en parvenant dans une certaine mesure à se donner comme la continuité politique du trotskysme ; ce qu'elle n'a pu faire que sur la base de
réelles faiblesses théoriques et politiques de la section de la « IVe Internationale ». Bien des fois, la fidélité formelle, dogmatique de l'OCI au texte du Programme de transition fut « l'autre côté de la médaille » d'une politique très largement empiriste de la LC-LCR, sous le prétexte de la volonté de présence sur tous les terrains. ( .. .)
Le développement de l'OCI, dont les méthodes et les pratiques d'organisation sont aux antipodes de toute démocratie ouvrière, l'érige, sur ces «bases» en obstacle à l'éducation d'une authentique avant-garde révolutionnaire. Elle reconstitue une micro-bureaucratie.
Reçois, camarade, mes salutations révolutionnaires Elie Carasso Le 28 novembre 1976 Je compléterai ma lettre par un certain nombre de commentaires et j'ajouterai deux éléments, J'un sur l'affaire Varga, J'autre sur l'analyse d'une note interne toute récente de la région OCI de Clermont-Ferrand.
Les méthodes mises en pratique par la direction de l'OC! contre le C R ES so nt remarquables : refus de toute discussion politique, textes non diffusés et mis sous le boisseau, refus d' une assemblée générale de d iscussion par un « vote indicatif», avec la pression considérable que représentent la venue et J'intervention de Charles Berg pour emporter massivement et « sans casse » ces exclusions. et exclusions ratifiées postérieurement par les deux cellules concernées (une troisième exclusion sera prononcée plus tard, à Montluçon) ; tout au cours de ce processus. orchestration de calomnies : dans la bonne tradition de la bureaucratie, la direction OCI ne connaît pas d'opposants ayant.droit de cité mais des «autres» maléfiques. D'où l'interdiction très remarquable faite aux militants de communiquer avec nous .. . La direction OCI institue un tabou par lequel elle cherche à nous anéantir symboliquement ; elle cherche à nous dénier toute existence politique ; à nier que nous puissions dire quelque chose. Et quand, en dépit de tout, nous allons en tant que CRES, intervenir dans le meeting clermontois de l'OGI, le moment d'affolement des militants passé, que Charles !'!erg nous répond-il ? « La discussion avec vous ne relève pas de la démocratie ouvrière mais de la démocratie bourgeoise. Vous ètes une chique (sic) dans la bouche du prolétariat qu'il finira bien par cracher. Vous ètes un pet visqueux (re-sic}. n
Que signifie ici la combinaison si particulière de notions politiques et de fantasmes dans la bouche du bureaucrate au petit pied ? Au-delà du désarroi partiel de J'orateur, la volonté de terroriser ses propres militants pour maintenir la cohésion organisationnelle. Parce que nous proposons d'ouvrir la discussion sur la « nature » de l'URSS et que nous affirmons que nul ne peut détenir la vérité historique, nous n'avons pas droit à la
demucratie ounïère \!lais lorsque lkllait!ue. diri~eant FO-OCI \1ichclin. ;1n'e avec indecence pour le quotidien réginnal lu .'vlnntugnc au.x cùté-> du ..:~tm<naJc lkrgeron. la nous avons l'expression Je l'i.luthentique fraternité -Jll è n.:cèlc la Haie démocratie ouvrière ...
FP r t.: l~lltN' <t un militant de la LCR qui lui !~tisait remarquer l'absence Je Jé,n••, ratio.? tnterne Jans l'OC! ct en particulier lïn<.?xistencc dè bulletins int<.?rieur, _ l'eminent dirigeant eut le front de répondre: " \ la demande du SV.' P. twus en aurons hientlit. " hlVisagerait-II un tirage spécial et 11nique à destination de '\lew York '.' Cette réponse passahlement cvnique ct. c ~ ard au.x pr·incipes de h UL;mncratic ()uvriérc ct aux termes de laquelle :e bui:Ctin mtéricur devien t un mov..:n de diplomatie internationale ne prend sa saveur tné g <~lé c que lnrsque :·on sait que le même Jirigeanl. a la tl lê me question posée cetlè l'ois a l'assemhlée générale d'exclusion du 2 mar' 1976 par un militant qui n'allait pas tarder lui aussi à être exclu . i.lvait répondu : ., Lu direction n 'attrait fWS le temps de les (/es hul!etins intcrieun 1 ecrire et les militant\· celui de les lire .. "
1 ant qu ' tl-; n'ont pas été " rel'll!utionn<;l " eux-mêmes par le mouvetnènt a utonome des masses - sïls peu vent l'être - de tels gens avec leur-; méthod es sont partie intégrante de l'ordre hurcaucratique : officiellement en lutte contre lui ct l'impé rialism e. ih reproduisent la" t•àité >> de ses structures . de son langage. ct de ses mécanismes de défense jusqu 'au plus profond de leur chair politique: au cas oille pouvoir leur adviendrait f 1 l. ih seraient déjà constitués de pied en cap pour être des burea ucra tes . VIais ils ne -;ont ct ne peuvent étre que la marge . l'envers du décor. le •< creux " de l'uni vers hureaucratique .
:\ mon avis . Cl aussi a œlui des memhres du CRES. il faut porter a la direction OCI la contradiction politique dans l'intérêt même du mouvement révolutionnaire et pénétrer dans un espace qu'ils veulent clos. Il faut les considérer comme n'importe quel autre courant : toute autre attitude les renforce en permettant le libre déploiement de l'idéologie interne. Sur l'affaire Varga
Il ne me paraît pas possible. dans le cadre de cet article. de ne pas revenir sur l'affaire Varga étant donné son importance pour l'OC! et la position que j'y ai personnellement prise. Quand éclata l'affaire Varga -ce moment où soudainement l'on découvrit dans Informations ouvrières qu'un membre du bureau politique. responsable du travail a l'Est. auteur de textes théoriques et politiques importants. était tout à la fois ou alternativement un agent du Gépéou et de la Cl A- je fus profondément choqué, Je précise que la seule fois de mon existence où je vis Varga, fut le meeting de I'OCI organisé en février 1971 a l'ancienne faculté des IX2
sciences de Clermont-Ferrand. La lïèvrc militante etait alors très grande ct dans un llux continu le-. militants sc rendaient de l'assemblee générale wndicale de l'L ' NEF-Sciences au meeting de l'OC! où Varga parlait. n::prescntant pour nou" la continuite de la 1 \ '' lntern ~ll ionale en même temps que le repré-;entanL du POR bolivien q11i se tmuvait avec lui ù la tribune ..
.\u camp de 1·.·\rdèche d'aoC!l 19 7 3. je declarai-; que les allégations extrêmement graves_ponécs contre Varga n'ét~ti~nt p;ts :--uiTi<.;ammcnt fondées. cc qui n'était pas admissible compte tenu de la sinistre tradition que le stalinisme avait importée dans le 111\luvem~nt nunicr. :\ussitôt. l'atmosphère tourna au drame. L'ensemble de la direction du camp cl le camp lui-même furent mobilisés contre moi pendant des heures sur le thème: la discussion ne s'arrêtera pas tant que tu n'auras pas été convaincu. SlllOil ... Toute autre discussion politique rut stoppee. Je fus sommé Cil fin de soirée de faire un exposé sur le stalinisme ,, fWt/r /(tire 111oi 11/(;11/<' lo demonstration que le léni11is111e 11 '('tait pas lu cuu1·e du .\tulinilï/IC >> ('!). Linc certaine camarade du bureau national de 1'.\.IS alla jusqu'à me dire que j'aurais <1 dti étre ('()lll'(fillcu d('s le pre111ia article pam dans /nfimnations 11/1\'rh'res el ne marquer aucune phase J'hésitation >• .. .\ minuit. je fus donc convaincu lee qui est grave. cl que je n·,ntblierai pas . c'est que je crus l'être vraiment).
La brochure contre << le prot•ocateur Varga " prétend apporter les " preul'es "de sa culpabilité. Elle consiste essentiellement en un montage. nové dans un discours de la direction OC!. d'extraits de lettres de Varga -que lui-même. comme l'on sait. a reconnu véridiques. Dans ces extraits. Varga lient des propos qui le font apparaître comme un médiocre personnage. politiquement déboussolé dans les années 1957-1958. préoccupé de trouver de l'argent notamment auprès d'organismes cullllrels américains pour financer ses recherches ct celles de ses camarades. Mais. quant au chef d'accusation. ces textes ne prouvent rien. Non seulement. ils sont tous antérieurs à la date J'adhésion de Varga ·à l'OC!. mais ils remontent mémc aux annees 1957-1958 '
En 1972. parce qu'elle a des désaccords politiques de fond avec lui. la direction OCI accuse Varga sur la base d'extraits de textes très nous datant de 1957-1958 .. Mieux. nous apprenons que l'agent de la police politique manquait à ce point d'instinct de conservation et de bon sens qu'il avait déposé ses archives'chez un militant de l'OC! où elles se sont trouvées pendant quinze ans sans que l'idée lui vienne de les récupérer: étrange. non ' 1 D'ailleurs. si Varga a reconnu l'authenticité des textes. c'est précisément parce que ces textes ne prouvent rien. Pourquoi sinon l'aurait-il fait'! En vérité. la direction de l'OC! est incohérente quand elle met sans cesse en avant la reconnaissance par \ 'arga de la véracité des documents. \lais la direction OCI sait hien qu'elle n'a rien prouvé et elle cherche à se prémunir. ;l pré\'enir : elle affirme que seuls des adversaires acharnés de l'OC! ne liront pas dans ces prell\·es incomestables la vérité qu'elles conllU
tiennent. ki s'affirme ù nouveau la violcnœ terroriste contre leurs propres militants. car s'ils sont enclins a ne plus lire cc 4L1i n'y est pas. ils se classeront d'eux-mêmes dans la catégories des inljmes. Qu'on relise. par exemple. les page 4 . 5 ct o de la brochure. on v verra comment la direction OCI "n'fille » Varga à 4t1i elle doit un moment concéder la parole: le martèlement sur le mode hvstérique du chef d'accusation lui tient lieu de preuve.
Fnlïn. des preuves supplémentaires nou .~ sont éventuellement oiTertes ... contre paiement' "N'eùgeant pas d'(;/re crus sur pamle. nous nous engageons u mllllllli!IÙJUcr (li leurs t'rais). à ceux qui en feraient la demande. toutes les photocopies des arch ives de Varga '' (Provocation dans la 1 V" Internationale. préface documents de J'OCI n" 2 l.
Cette conception hypocrite et policière est intolérable. Des assemblées générales d'information furent convo4uécs dans les dillêrcntcs régions pour affirmer la thèse de la direction .. \ Clermont-Ferrand. elle eut lieu à la lïn du premier semestre 1973. Au terme d'un rapport cmbarassé d'un envoyé du comité centraL un « vote indicatif» eut lieu dans J'assemblée générale selon la bonne vieille méthode. Ensuite. les cellules durent voter: avant le vote. dan" chaque cellule. il fut précisé que les abstentions n'étaient pas admises ct que ceux qui. éventuellement. voteraient contre la position de la direction seraient immédiatement radiés . De plus. il fut encore précisé que par ce vote. chacun s'engageait à ne plus revenir sur le problème sous peine. une fois encore. de radiation immédiate par le CC. On le voiL le terme de «terreur » n'est pas ici un vain mot.
D'ailleurs. pour situer à sa juste valeur l'indignation tempétueuse de la direction OCI contre cet exilé politique qui cherche des fonds du côté des .·\ méricains pour mener ses recherches sur la révolution hongroise. rappelons-nous un petit fait : les dirigeants de la CIA ont maintenant reconnu oiTiciellement que. dans les années 194 7-1948. pour faire pièce à la CGT ,, communiste». ils avaient financé la création de Force ouvrière en France et subventionné la CISL. Ce qui. avant même ces aveux. n'était un mystère pour personne. On s'étonne donc que Lambert n'ait pas cessé toutes relations avec son très bon ami Bergeron qu'il pourrait. au moins. placer sur le même plan que Varga exilé politique hongrois. Et qu'il n'ait pas encore quitté un organisme pareillement gangréné par J'or de l'impérialisme. Lambert ne doit pas croire aux aveux de la CIA. Mais patience! Peut-être cherche-t-il à mettre la main sur les archives de Bergeron pour y trouver la correspondance de 1948 que celui-ci par un malencontreux hasard n'a pas déposé chez un militant de J'OCI ... Mais quelque chose nous dit que ce n'est peut-être pas ça.
Les méthodes de la direction OCI mettent la malhonnête intellectuelle au service du terrorisme.
Tout ceci dit. je ne prétends pas montrer ici l'innocence de Varga. Sur son innocence ou sa culpabilité, c'est à la commission internationale d'enquête qu'il appartient de trancher. si elle en a les moyens. Mais je prétends que les« preuves» apportées par la direction OCI. dans la brochure éditée IX4
spécialement à ccl effel. n'en sonl pas ct sunoul. a travers le mécanisme mis en place. l'appartenance du discours de l'OC! a l'univers bureaucratique el la malhonnêteté inlellcctuellc comme piécc maîtresse de cc discours.
Un document ct son anab·sc
Je pense quïl vaul la peine de lire le document qur suil parce quïl exprime de façon presque aveuglante les rappons internes el leur violence entre exécutants el dirigeants. la fonction réactionnaire de la lëtichisalion de la <<théorie •> (on a presque honte d'utiliser cc Lermel. J'émergence du délire cl sa li.mction. le mécani»mc policier bureaucratique instauré.
Jeudi 4 novembre !976
Toutes les cellules ont pris un engagement chiffré qui concerne leur effectif au 1 cr novembre. Notre engagement de juin était de 8. Au 1er novembre. nous sommes 9 : Ferrand.
Aldo, Yvan. Ticky, Caudy , Desaix, Enjo. Tue!, Toriles .
Nous sommes 9 , mais nous pouvions être 5. si la discussion n'avait pas été immédiatement menée sur la base des principes avec quatre camarades qui ont « flotté>> dans cette période.
/. Discussion avec le camarade Tari/es ·
« Le parti de classe surgit de la place du prolétariat dans la production, de la prise de conscience du conflit de classe, des bases théoriques de la dictature du prolétariat, de la conscience que la crise de l'humanité, c'est la crise de la direction révolutiopnaire, que les partis réformistes, staliniens et leurs sous-produits gauchistes et centrisme réactionnaire sont définitivement passés du coté de l'ordre bourgeois.
Si tu ne trouves pas un travail stable où tu puisses te syndiquer, les idées ne suffisent pas, tu vivras la révolution de
1 'extérieur. Tu ne pourras pas ètre un véritable constructeur du parti mème chez les jeunes. ))
A ce jour, Toriles est J'élément le plus fragile mais il a un travail stable dans son métier et il peut confirmer sa progression qui est déjà sensible.
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2. Dismssion al'ec Desair en juillet ·
Desaix était absent de sa cellule depuis plus d'un mois. Y. : 11 As-tu des désaccords at•ec le proKramme. le trotskrsme. le marxisme ~ .o> D. : " Aucl(/1, mais ic suis ./àtiRuë. les ohiectih·. les lnfàrmations oul'ric'rcs. les .finances. c'est dur. il ra des mome111s ou j'en ai asse:: . .o> Y. : 11 Qui 11 'a jamais resscllti celle impression '! •)
La question n'es! pa . .; I<L " Es-111 011 11on d'accord al'ec le {lmRramme · la l1111e de classes nwrche illl;l'itahlcmelll â la dictature d11 prolétariat. L'arme de lu l'ictoire sera 1111 parti sur les hases d11 proKramme de transition. Si oui. les q11estion de JàtiKIIC, de rrthme se l'Oient dans la cell11le.
Fi l La hall leur de l'ohiecti(doit eire {JfO{JOrlion!lel!e â l'assimilation de notre orienwtion : â partir de là. il 11 a plus de fm igue .
" Il ./à ut hien disting11er entre les qi/estions d 'appartenance a l'OC/ (programme) et les questions de rrthme d'actil•iN (orientation). en dehors de quoi nous 11 'at•ançons pas sur une ligne de construction du parti. no11s reieton:; les camarades qui ont des problèmes pour retrout•er ces memes problèmes demain â tral'f:rs d 'a111res camarades . .o> D. : 11 Dans ces conditions. je reste dans l'OC/ m•ec un aménagement de mes tâches . ·> 3. Deuxième discussion al'ec Desaix en octohre
L'accord se passe. Desaix revient. puis disparaît a nouveau jusqu'au début octobre.
Retour début octobre. Nouvelle entrevue. Précisons que Desaix est le plus ancien trotskyste de \1ichelin. De telles concessions s'expliquent par sa situation personnelle particulièrement difficile: sa femme est institutrice titulaire à Nantes où elle vit avec son enfant. Explication est donnée. Desaix était en congé de maladie pendant le mois de septembre. Il avait cherché du travail dans cette région mais n'avait pas «osé» le dire à l'organisation. Sur le reste. il souhaitait réintégrer l'OC!, car il restait en plein accord avec les bases de juin.
La cellule a trouvé infantile le fait de ne pas avoir dit clairement qu'il cherchait à changer de région ; étant donné le bien-fondé de cette recherche, sa demande a été acceptée.
4. Discussion avec Gré[?oire
Des irrégularités dans la participation à !"amicale; problème sur l'Union de la gauche. Grégoire a rejoint l'OC! cette année . Il a la qualité de poser directement ses désaccords sur l'analyse de la situation quand il en a. ce qui permet une discussion sérieure et suivie.
Ce n'est pas moi qui ait menè la discussion. c·est Ticky et Ferrand et maintenant Grégoire vient avec une rigoureuse régularité. 5. Discussion al'ec Enio/ras ·
Enjolras est solide sur le plan politique contre les staliniens et très peu solide sur le plan de la santé. Ce n'est pas tout.
Comme son temps de militantisme est limité. il voulait le réserver à son militantisme syndical tout en continuant à travailler en liaison avec nous . Là. quel que soit le syndicat. c'est s'adapter au front populaire. C'est cela le contenu de la discussion.
Si nous ne sommes pas organisés dans l'OC! . le travail syndical d'un ex-militant lui échappe et passe dans les mains des appareils bourgeois qui contrôlent les syndicats, c'est-à-di -re passe au compte du front populaire.
Une position syndicale est une position révolutionnaire de la classe si elle est tenue par un trotskyste organisé (sauf exception liée à des traditions mais non à la capacité des individus).
Ceci veut dire que l'activité syndicale peut être mise au compte de la marche de la lutte de classes à la dictature du prolétariat si et seulement si elle est l'œuvre d'un troskyste. Dans les autres cas. elle peut à tout moment échapper à celui qui l'accomplit pour être mise au compte du front populaire (forme de la bataille contre la dictature du prolétariat).
Si le militant concerné cherche la dictature du prolétariat, son activité se retournera contre lui. La dictature du prolétariat n'a nul besoin d'une activité syndicale purement tracte-unioniste ; pour être plus précis, elle a tout à y perdre . . \NNEXE A la deuxième fois où un camarade n'a pas assisté à sa réunion de cellule. il n'est plus compté comme membre de l'OC!.
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Sa radiation est mise à l'ordre du jour de la cellule suivante pour être étudiée en présence de l'intéressé.
Pour ces «cas», comme pour les camarades en congé, un texte de quelques ligne.<> doit parvenir à la direction régionale immédiatement Féline dit : 11 Je savais qa 'il fallait traiter par écrit les radiations pour le dossier régional, mais pas ces 11 cas )), ni les congés ! ! )) Or c 'est précisément ces cas qu'il .faut traiter avec le plus de soin. ))
** Notons en passant 1 'aveu de la crise qui traverse l'organisation et qui se réfracte très vivement en particulier sur le milieu étudiant.« Nous sommes neuf mais nous pouvions et re cinq ... )) Mais examinons comment fonctionne le discours de la direction dans la relation aux camarades Toriles et Desaix. Avec Toriles, on nous annonce une « discussion n. Mais où donc s'exprime Toril es ? Nulle part. .. C'est que précisément. 11 discuter avec lui )) signifie lui interdire d'apoir son propre point de vue : il s'agit de l'engloutir dans un discours qui se donne pour absolu (et qui , à le lire. est complètement incohérent dans sa série d' identifications) et pour générique: le militant est d'autant plus violenté que le discours affirme que seuls l'OC! est révolutionnaire -entend-il bien ? Seule (cf. supra)- il ne peut donc se dérober : la moindre de ses faiblesses. une défaillance , un désaccord affirmé avec la ligne politique globale et ses particularisations et c'est la brèche ouverte par lui à la contre-révolution massive et englobant tous les autres courants politiques. Toriles. comme les autres, ne peut que s'incliner.
Selon la représentation qu'en donne l'écriture du « chef» et qui est conforme à la pratique d'organisation comment apparaît Desaix qui est un militant qui a vingt ans d'organisation. Comme un pauvre être falot. une «créature » aux mains de son démiurge ; il ne sait pas ce qu'il veut. il est incapable de penser avec cohérence la mission historique dans laquelle il se trouve engagé, incapable d'assumer jusqu'au bout la négation de soi dans l'organisation. Mais le chef le reprend, le chef veille. Il lui parle. Desaix bafouille puis se rend, tout de suite ... Une fois de plus le militant OC! n'a pas accès à la parole. Il récidivera bien sûr, mais le chef ne se lasse pas. Il est infatigable car il sait. Le chef trempé dans l'acier reprend sa matière spongieuse inlassablement. Gorki. le chantre stalinien , le disait déjà : « La matière première humaine est incommensurablement plus difficile à travailler que le bois. »
Le langage qui vient sous la plume du chef est celui du tribunal; le militant-créature, le militant-coupable ... Et comme on le réduit à n'êtrE: que cela, comme son organisation elle-même· lui échappe tout comme lui échappe le contrôle des marchandises qu'il produit et qui se retournent contre lui, il la craint et« n'ose pas» lui dire. Pour cela, l'organisation le
trouve 11 infanfile )). L'organisation. toujours vigilante. monstre froid qui surplombe l'histoire. met au jour ses petites veuleries. son « lamentable petit tas de secrets », et le maîtrise, sans le broyer : il ne faut pas gâcher le matériau. si défectueux soit-il. quand il est rare ... Et le langage du tribunal à nouveau : « Etant donné le bien fondé ... n l'organisation se dresse comme une force supplémentaire d'oppression d'autant plus puissante qu'elle rappelle sans cesse à son militant que c'est lui qui l'a voulue. Mais faible est la créature, défaillante à assumer les « lois » de l'histoire.
Ah ! comme nous sommes loin -aux antipodes- de« l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ! »
Quant à Grégoire, il pose directement (mais oui ! quelle audace ... ) ses désaccords quand il en a . Cela mérite d'être relevé. c'est si rare ! C'est qu'il «a rejoint l'OC/ cette année)). Enfin, rassurons-nous, il vient régulièrement à ses réunions, oh ! pardon. pas « régulièrement » mais avec une 11 rigoureuse régularité )). La régularité ne suffit pas, il y faut de la rigueur. Masochisme, quand tu nous tiens ...
Jamais les notions théoriques évoquées : programme, principes, dictature du prolétariat ne le sont autrement que sur le mode du leitmotiv et de la litanie. Jamais, elles ne sont explicitées, ouvertes. débattues . Elles fonctionnent à titre de fétiches que l'on agite devant les « possédés » pour les ramener à la ... déraison. Jamais le débat politique n'est ouvert entre partenaires égaux. Le démiurge profère, ses créatures gémissent. Actif/passifs.
Passons sur sa très étonnante conception du travail syndical où se révèle d'ailleurs toute la morgue bureaucratique : « L'activité syndicale peut ètre mise au compte de la marche de la lutte des classes à la dictature du prolétariat si -et seulement si- (?)elle est l'œuvre d'un trotskyste )). Ecoutons-le à l'apogée de son délire : « En bref quand un camarade est membre de 1 'OC/, il est membre à vie )). En elle-même, cette phrase est privée de sen:>. L'organisation révolutionnaire n'est-elle pas l'œuvre d'hommes s'associant librement pour leur émancipation et celle de tous les travailleurs ? Et s'ils sont libres, ne sont-ils pas libres de réaffirmer leur engagement dans le chemin qu'ils ont choisi et ne doivent-ils pas sans cesse le vouloir à nouveau ? Et leur liberté n'implique-t-elle pas la liberté de rompre avec ce qu'ils ont été? Mais, pour Yvan, signataire de la note interne, il faut le croire, la révolution, c'est plutôt le produit du bagne : l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre du travail forcé. Vraiment, le fantasme du despote asiatique n'est pas loin. Il s'agit de rompre le militant, de l'encaserner dans un « nous » fantasmatique, de le river à sa chaîne, de lui imprimer cette idée que sa vie, avant même qu'il soit mort, est un destin. Il s'agit de lui retirer toute parole propre, de l'engloutir dans l'appareil.
Drri/e de houlot 1
Dois-.ie dire que Je ne reconnais ras lù l'activité révolutionnaire. mais snn cnntraire ., Dans ArKtllll<'llfs kr. 10/1 X tome 1). Fdgar \1orin dit : " L ·l;llergie de l 'appareil se 1/llllli/i•IN de lct("0/1 militaire ldiscipli11e ahsolue J. policiàe (mlltrrile total!. religieuse ({ill. ahsolue au dogme): c'est le gra11d pmhh;111e des appareils totalitaires do111 011 Il<' peur re11dre Clll/1/)le que par rupporr 1i la gm11de criw• du XX~' siecle 111/l'c'rfc' c'/1 1 1) 14. crise gl;ll<;rale du capilali.lïll('. <{IIi est hie11 plus el/elire. m/1111/t' l'aruil dit Trnlskr. cri11' du pmgres de 1 illtiiiWiife. "
On le voit. cette anal~·se touche également les "appareillons"· Et ajoutnns: l'appareil tire son L;nergie. sa créativité industrielle de la destruction méme de ses militant.s en wnt que sujets particuliers." L'engagement dans le grand wstéme est une f'ascination de la mon .. , (Jean Duvig neaud . ('a perche J
Tout cela culmine. comme il fallait s 'y attendre. dans la police: " Je 17 'ai pas la pré/el/lion de dire des choses originales. Ce qui est ori!(inal el qui doit dew•11ir la ré!( le est de traiter tous ces ws par écrit el d 'échan!(er ces cicrits au sein de toute l'or!(illlisation . " Et vient cet étonnant mot d'ordre : r< Plus 1111 seul cas fra!(ile sans <;lude écrite éc/wn!(ée â l'échelle de toute la région. ''
Il s'agit en lieu et place , de la parole et du débat politiques - ramenés à zéro- d'instaurer une surveillance permanente de tous sur chacun pour épier la «créature» qui faiblirait. Chacun est mis sous le regard de tous les autres et chacun peut faire l'objet d'une« étude» dans le genre de celle qu'a subie Desaix. pour interdire les départs. Mieux. un 11 dossier régional>> est créé. Pour une si petite organisation. déjà la police politique! On bâtit un mirador et on met des fils de fer pour que personne ne s'échappe du camp retranché. retranché au double sens du terme: contre l'extérieur et. .. contre ses propres défenseurs.
Quelle leçon de chose sur le totalitarisme et le bureaucratisme dans I'OCI !
Ce texte contient beaucoup d'autres choses mais sous peine d'être trop long nous devons renoncer à les analyser : du moins. devons-nous relever une magnifique parenthèse: <r (/a révolution est œuvre humaine)» ... Qu'on se reporte à la totalité du texte où à ce passage, l'« humain » est le côté faible de la révolution. L'humain c'est la veulerie. la lâcheté. la faiblesse. Pour Marx, l'humain dans la révolution ne se mettait pas entre parenthèses et n'intervenait pas comme pur synonyme de faiblesse. li était au contraire son côté fort. Magnifique parenthèse qui indique et la logique des
rapports -.;ociaux internes ct - c'est étroitement lié - lès fant;t->mcs Je l'ègocratc local : magnifique parenthèse qui fonctionne cPmmc un a1·eu.
Elit• Carasso Anciens militants Je I'OCI. avec ct Jan-> laquelle JHlliS ~~~ ,lih milité Je façon continue ct active - n'en déplaise aux calomniateur-.; - .:t ,tctuellement memhres Ju Cercle J 'étude ct Je recilercile sPcialistc' ICTR LSl Je Clermont-Ferrand. nous aflirmons notre solidarité politique a1ec !·~mick Ju camarade Elie Carasso. cu égard a notre rèllexion C\li!CCiile . ->ur la hase de notre expérience propre.
Gilles Hui Xuan. Myriam Hui \uan. \1arc Guillancur. Jacques Halle. Jean-Jacques Regeral. .lcan-.l:lc:ques Raoux. Philippe Raoux.
Pour toute correspondance avec le CERES. <adresser a Llie Carasco. 21. rue St-Herem. 6:1000 Clermont - Ferrand