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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

Quelques réponses aux camarades de l'ex-tendance B du PSU

· Critique communiste (1re série), n° 16, juin 1977 · p. 101-111 · 4 598 mots

1. Mouvement étudiant et mouvement ouvrier

Les camarades de l'ex-tendance B du PSU nous reprochent de faire de « la question classique de la «jonction » du mouvement étudiant et du mouvement ouvrier ... la question essentielle du mouvement étudiant, (car) il ne saurait être question de situer le mouvement étudiant dans une quelconque soumission envers le mouvement ouvrier, d'entraver par quelque moyen que ce soit ce qui fait pour nous sa force principale : son autonomie ». Il faudrait préciser, et, pour le faire distinguer deux niveaux dans les rapports du mouvement étudiant et du mouvement ouvrier, ce qui relève des perspectives générales que nous pouvons avancer pour lier le combat des étudiants à celui de la classe ouvrière et les problèmes tactiques que peut poser l'unité du mouvement étudiant et du mouvement · ouvrier dans une conjoncture et des rapports de forces donnés (notamment lorsque les réformistes sont encore largement majoritaire chez les travailleurs).

La) Une nouvelle force sociale. La crise de l'institution univers!taire, provoquée par la contradiction entre le développement des forces productives et le maintien des rapports de production capitaliste, est la racine profonde qui explique la permanence des mobilisations étudiantes, l'apparition d'une nouvelle force sociale : le mouvement étudiant. C'est l.à la conséquence des contra-

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dictions du « troisième âge du capitalisme » qui se voit obligé de développer massivement une force de travail intellectuellement très qualifiée, mais le fait selon ses besoins, ses critères, c'est-à--dire en subordonnant << la production de la qualification intellectuelle aux besoins de mise en valeur du capital, au moyen d'une réforme technocratiquede l'enseignement supérieur )) (Mandel). Cela se traduit aussi par « une explosion universitaire », le développement massif du milieu étudiant comme d'ailleurs de l'ensemble de la jeunesse scolarisée.

Nous serons donc d'accord avec les camarades pour considérer le mouvement étudiant comme produit des contradictions spécifiques (et nouvelles) du troisième âge du capitalisme et pour dire qu'il traduit l'inadéquation totale des rapports de production capitaliste, de la division du travail qu'ils instaurent, etc. par rapport aux besoins nés du développement des forces productives. De ce point de vue, la racine de la révolte des étudiants a de profonds fondements anticapitalistes ; c'est de plus en plus concrètement -et pas comme une perspective historique quelque peu abstraite- que la classe ouvrière lui apparaît comme susceptible de donner à tous une formation correspondant « aux développements des sciences et des techniques »et de construire une société débarassée de toutes les irrationnalités produites par le système capitaliste.

C'est là une tendance générale mais que les camarades traitent de façon quelque peu unilatérale en écrivant par exemple: « La jeunesse scolarisée, devenue une force de travail en formation, rejette tout simplement l'ordre, les valeurs, le système capitaliste ... et aspire à une autre formation, ouverte à tous les travailleurs, permanente et critique. » Une force de travail en formation? Certes, mais encore une fois il faut distinguer. Car la formation de cette force de travail se fait dans le cadre de la division capitaliste du travail, profondément marquée par elle. On ne peut tracer un trait d'égalité entre les étudiants, les lycéens et les apprentis : tous sont pourtant une force de travail en formation. Mais, dans sa masse, l'origine sociale de ces milieux est différente, surtout leur devenir social et en conséquence, le type de formation à laquelle ils sont confrontés.

Dans les facultés même, on ne peut parler d'une couche sociale homogène. Entre les étudiants d'IUT, ceux de médecine et de facs de lettres il y a des différences : certains feront partie des couches supérieures de la classe ouvrière, d'autres de la« nouvelle petite bourgeoisie». Si dans leur grande masse, ils ne sont pas de simples futurs laquais de la bourgeoisie, ils occuperont une place privilégiée dans la division du travail et on ne peut sous le vocable de « travailleurs en formation » les ranger dans la classe ouvrière. Ce que ne font pas, malgré leurs équivoques, les camarades. Mais, eux qui ai~ent citer les analyses du Troisième Age du capitalisme de Mandel devraient aussi relire les passages (T. 2, p. 1 02) où ce dernier explique que, en raison des fonctions de reproduction par l'université de la division du travail capitaliste, le milieu étudiant n'est pas un

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milieu homogène et qu'une fraction de celui-ci peut être intégrée, vu sa future fonction sociale, par la bourgeoisie : pour peu qu'elle réussisse quelque peu à rationaliser son enseignement.

Il ne s'agit pas là d'un débat académique, mais d'établir des perspectives politiques que les camarades évitent justement de poser en s'en tenant à la description (unilatérale) de tendances générales. Certes le mouvement étudiant que nous connaissons dans les pays capitalistes avancés n'a rien à voir avec celui dont parlait Lénine et Trotsky (même si l'on peut retrouver des analogies dans la fonction politique de « détonateur » qu'il a par exemple joué en mai 68 et la fonction qu'il a pu jouer dans les périodes passées). Sa nature sociale est différente et on ne peut le traiter comme un « mouvement démocratique petit-bourgeois » simple allié tactique du prolétariat. Les contradictions qui traversent l'université, l'évolution sociale de la fonction du milieu étudiant font qu 'une masse d 'étudiants peuvent être gagnés au combat de la classe ouvrière non sur la simple base d'une « alliance » conjoncturelle mais d'une intégration profonde au combat pour le socialisme. Voilà pourquoi nous préférons parler d 'intégration du mouvement étudiant au combat de la classe ouvrière plutôt que d'alliance entre le mouvement étudiant et la classe ouvrière (pour plus de détails, voir notre brochure Problèmes du mouvement étudiant).

C'est là une différence radicale par rapport, par exemple,. au PC qui cherche à constituer le milieu étudiant en force sociale autonome autour de la défense de ses « intérêts » pour le ranger ensuite dans « l'Union du peuple de France ». En se gardant bien - comme par exemple pour les cadres - de remettre en question la place privilégiée des étudiants dans la division capitaliste du travail.

Cette perspective générale d'intégration du mouvement étudiant au .combat de la classe ouvrière a des conséquences directes sur la nature du mouvement étudiant que nous voulons construire et le programme que nous défendons en son sein. Nous y reviendrons, mais traitons avant de la tactique concrète : des rapports entre mouvement étudiant et mouvement ouvrier qui sont actuellement déterminés par le poids des réformistes.

Mb) L'autonomie ? Il ne peut donc être question pour nous d'autonomie du mouvement étudiant par rapport à la classe ouvrière. Au contraire la liaison du mouvement étudiant avec les travailleurs est une bataille politique à gagner. Car il ne suffit pas de décrire les contradictions du système pour expliquer que la révolte étudiante le remet en cause, il faut définir les médiations organisationnelles et les objectifs de lutte par lesquels cette révolte peut devenir une force, partie prenante du combat pour le socialisme. L'histoire du mouvement étudiant, c'est bien sûr l'histoire des luttes d'une couche sociale qui produit ses propres formes de mobilisations,

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mais aussi l'histoire de ses liens (possibles ou non) avec la classe ouvrière : il suffit de faire le bilan des luttes en France depuis 1968 pour y voir toujours ce même problème.

Si par autonomie les camarades entendent indépendance politique par rapport aux directions réformistes, on ne peut être que d'accord.

L'an passé, si nous nous sommes battus durant la grève étudiante pour que le mouvement recherche l'unité d'action avec les syndicats enseignants et ouvriers, nous ne l'avons pas fait en aplatisssant les perspectives que nous avancions : la bataille pour l'abrogation de la réforme par la grève générale de l'université. Nous étions d'ailleurs d'accord là-dessus avec les camarades, contre les partisans de la majorité du PSU qui ne voyaient dans ce mot d'ordre qu'une astuce pour mettre au pied du mur les directions syndicales et étaient prêts à le passer sous la table.

On pourrait discuter également du contenu des compromis que le mouvement étudiant a tenté de passer avec les directions syndicales pour trouver un terrain d'unité d'action. Mais, là non plus, nous n'avons pas eu de gros désaccord avec les camarades de l'ex-tendance B du PSU. Sinon parfois pour critiquer un certain opportunisme de leur part par rapport à la direction de la CFDT qui n'a pas eu, durant cette grève, une attitude différente sur le fond de la direction de la CGT.

Mais pour aùtant, même à ce niveau, le terme d'autonomie du mouvement étudiant est des plus ambigu : il permet d'ouvrir la porte à n'importe quel suivisme opportuniste par rapport aux divers courants qui sous-estiment, voire rejettent la bataille pour l'unité avec le mouvement ouvrier. Et si les camarades disent qu'ils sont « globalement » d'accord avec la tactique de front unique ouvrier, cela apparaît davantage dans leur texte comme un coup de chapeau donné à« l'orthodoxie » que comme une pe:-spective concrète dont ils essaieraient de préciser le contenu. D'autant que - et nous y reviendrons - ces camarades sous-estiment les batailles politiques centrales que doit mener le mouvement étudiant et donc les rapports de force à tenter d'établir dans l'unité avec l'ensemble du mouvement ouvrier.

Car on ne peut se contenter d'une perspective générale de liaison avec la classe ouvrière sans se frotter avec la classe ouvrière comme elle est, avec le mouvement ouvrier actuel. Sinon on se retrouve vite dans des impa8ses : celles par exemple des courants spontanéistes qui toutefois cherchaient la jonction avec la classe ouvrière, même si c'était une classe ouvrière mythique. Mais l'exemple italien montre autre chose : face aux blocages des directions ouvrières des courants de masse peuvent confondre rejet des appareils réformistes et rejet de la classe ouvrière. On peut comprendre les racines politiques de ces phénomènes par le rôle joué par le PC italien, mais il faut le combattre et non aller dans le sens du poil.

Ce que ne font pas les camarades en écrivant a propos des dernières luttes étudiantes en Italie : « Les « indiens métropolitains >> c'est « la tri~

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bu »qui a cristallisé le moment actuel. Les indiens sont sortis des « réserves >>. dépotoirs à marginaux construits par les maitres communistes et démocrates -chrétiens et se sont décidés à conquérir des « territoires >> en particulier l'université. Ils veulen(dans la lutte créer des «espaces libres >> pour une subjectivité libérée. La force immédiate des indiens, c'est la rupture avec la politique classique, la pratique militante traditionnelle (y compris celle de l'extrême gauche). Les indiens sont nés du mouvement mème, de l'intérieur de celui-ci comme son expression «naturelle >>. Leur gestuel, leur langage, leur accoutrement rompent avec les « vestons cravates >> du PDUP, les << langues fourchues » du PC/ et « le langage de bois >> de AO ... >> ( 1 ). Et après ce passage, qui sent quelque peu sa littérature, les camarades exploitent : « Le « mouvement des exclus >> indique avec éclat une partie des tendances que prendra, dans des conditions différentes, le mouvement de la jeunesse dans les pays capitalistes avancés: un type d'organisation autonome, indépendante des partis politiques adultes, l'expression de besoins radicaux, d'objectifs immédiats allant dans le sens de l'autogestion. >>

Cela ferait sourire de retrouver l'autogestion à toute les sauces, si ces phrases n'apparaissaient pas comme la vérité des discours généraux que ces camarades tiennent dans la première partie de leur brochure sur « l'autonomie » du mouvement étudiant. 2. Et le programme ?

Les contradictions qui traversent l'institution universitaire libèrent ia force du mouvement étudiant, ses aspirations à une autre formation et, au-delà, à un changement de société. Reste à savoir de quel point de vue nous nous situons pour reprendre en charge ces aspirations ; ce qui détermine le programme que nous défendons à l'université. Et,si l'on veut employer des formules rigoureuses, il faut clairement affirmer que notre intervention dans le milieu étudiant se fait du point de vue des intérêts de la classe ouvrière et non des (pseudo) intérêts des étudiants.

Cela rejoint le débat sur la. nature du mouvement étudiant que nous voulons construire : il ne s'agit pas d'un mouvement démocratique allié tactique du prolétariat avec lequel -comme les bolcheviques avec la paysannerie - les travailleurs passeraient un compromis autour de la défense d'intérêts immédiats contradictoires à terme avec le programme du prolétariat. Il s'agit d'organiser le mouvement étudiant comme force (1) Nous citons longuement ce passage tiré d'une annexe à la brochure intitulé « Le mouvement des exclus contre le compromis historique >>.

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sociale, partie prenante du programme de la révolution socialiste, autour de la lutté pour un système de formation au service des travailleurs. Cela est possible car l'évolution de la fonction sociale de l'université fait naître chez une masse d'étudiants des aspirations qui ne sont pas du tout contradictoires aux intérêts fondamentaux des travailleurs en matière de formation. Mais cette démarche implique aussi une critique radicale de l'université comme instrument de reproduction de la force de travail au profit de la division capitaliste du travail et des réactions corporatistes que cela peut faire naître dans des fractions du milieu étudiant.

La) « Les pratiques autogestionnaires . » Les camarades de l'ex-minorité du PSU noient un peu tout cela dans leur discours sur l'autogestion et le contrôle. Il opposent superbement, à la vision tacticienne de la Ligue, la stratégie de l'autogestion. Disons clairement notre sentiment : jamais la notion d'autogestion n'a -chez les camarades de ce courant- recouvert autant de vide et de manque de rigueur dans la définition des différents niveaux de lutte.

Premier niveau : « Les meilleurs mots d'ordre ne peuvent suffire à la victoire >>, la polarisation « sur les formes de la lutte au détriment de son contenu réel (qu'est-ce qui ne va pas dans les facs et comment essayer d'y remédier collectivement sans attendre de l'Etat ou de tout autre pouvoir qu'il accorde ce qu'il ne peut ni comprendre ni donner, parce que ce serait sa propre négation) a donné des résultats désolants ... >> Certes les mots d'ordre ne suffisent pas, et, si l'on veut éviter toute attitude de secte proclamatoire jugeant l'histoire une fois qu'elle est faite, il faut savoir compter avec les rapports de force et la tactique politique. Le mouvement étudiant connaît cette question, lui qui s'est retrouvé tant de fois « coincé » entre l'intransigeance du gouvernement et la politique d'isolement développé à son égard par les directions réformistes ! Reste que la solution que donnent les camarades est bien aléatoire.

Nous l'avons expliqué dans notre brochure au travers d'un bilan critique de la dernière grève - une des questions est l'introduction, par les étudiants en lutte, de pratiques politiques et sociales nouvelles au sein de l'institution. La grève active dans une université, ce n'est pas ·ta remise en route de la production, mais l'établissement de nouveaux rapports entre profs et étudiants, les facultés ouvertes aux travailleurs, les contre-cours, etc. Autant de chose qui indiquent ce qui pourrait être une nouvelle relation de l'université à la société. Mais les camarades vont plus loin : il s'agit de tenter de remédier collectivement dans les facs à ce qui ne va pas, sans attendre l'Etat.

Drôle de glissements de plume pour des gens qui se piquent de rigueur programmatique ! A la gestion sage des réformistes va-t-on opposer « la gestion sauvage » dans les périodes de lutte ? De l'autogestion à la gestion?

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On voit le souci des camarades : faire que le mouvement étudiant développe en s'appuyant sur les mobilisations « une critique pratique » de l'université, renoue avec le slogan de mai 68 (« université critique ») qui traduisait cette préoccupation. Le mouvement étudiant doit donc réapprendre à s'ancrer dans une pratique quotidienne de contestation du fonctionnement de l'université : mais sans illusion sur les possibilités de mettre d'ores et déjà en place d'autres formes d'enseignement, même de façon expérimentale. En évitant tous les pièges de renfermement gestionnaire, coupé de toute articulation avec les mobilisations nationales et les luttes revendicatives de masse qui traverse le milieu et, fondamentalement, le mobilisent. Elémentaire va-t-on nous dire. Alors il ne faut pas opposer aux batailles centrales trop « politistes », « l'aspiration collective à contràler, à «autogérer »nos propres conditions de vie et d'études . )) Formulation à nouveau équivoque.

Il y a en plus dans cette insistance une sous-estimation des batailles centrales qu'est contraint de mener le mouvement étudiant. A la lecture de la brochure, on en vient presque à oublier qu'on était l'an passé dans une quasi situation de grève générale de l'université et dans une épreuve de force avec le pouvoir sans que pour autant le mouvement étudiant réussisse à trouver les moyens de débloquer en sa faveur cet affrontement. Dans cette situation, la bataille pour l'unité avec les syndicats était donc décisive et pas une simple obsession de front unique. C'est contourner la gestion que de ne pas décrire cette situation contradictoire qui fondamentalement explique l'échec de la grève et les « tentations » de repli localiste qui sont apparus essayant de contourner cette bataille politique centrale. Que ce soit par les illusions répandues, par exemple par les courants maoïstes, de maintien prolongé d'un rapport de force local en lien avec la constitution d'une « alliance populaire » au niveau régional. Que ce soit par un enfermement dans les facultés en vue « d'expériences autogestionnaires » qui, si elles ne sont pas en lien avec la mobilisation de masse, finissent vite... dans la gestion où les pratiques ultra-gauches s'enlisent dans une situation de «pourrissement». Une grève étudiante n'est pas une grève ouvrière et ne peut maintenir un rapport de forces sans démonstration de force dans la rue et l'élargissement vers le mouvement ouvrier. Les meilleurs mots d'ordre ne peuvent certes seuls- sans les rapports de forces - conduire à la victoire, pas plus que les « nouvelles pratiques autogestionnaires >> !

Mb) Contrôle étudiant ? Sous le titre « Une stratégie de contrôle» les camarades écrivent: << Pour le mouvement étudiant aussi, la stratégie correcte est celle de l'autogestion, celle qui met en avant son aspiration collective au controle sur les conditions de vie et de formation. )) Stratégie de contrôle, stratégie de l'autogestion ? Encore deux niveaux qui sont allégrement confondus

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(la perspective de l'autogestion, l'axe du contrôle) révélateurs des équivoques et du peu de rigueur des camarades. Mais passons.

L'ex-AMR parlait de« controle étudiant n. Il ne s'agissait pas à l'époque de prendre en compte simplement des « aspirations » des étudiants à contrôler leur vie mais d'établir une perspective programmatique: au contrôle étudiant (et lycéen). Nous avons, dans notre brochure, critiqué cette perspective qui dilue la notion programmatique de contrôle ouvrier dans la multiplication des contrôles. Cela ne peut qu'amener à un démembrement des perspectives transitoires en développant un programme transitoire pour la jeunesse, un programme transitoire pour les femmes, un programme transitoire pour la classe ouvrière en éclatant de fait la démarche stratégique qui consiste à intégrer les luttes de ces couches au combat de la classe ouvrière, sur la base du programme de la révolution socialiste.

A l'université, nous nous situons du point de vue du controle ouvrier sur la formation et dans ce cadre là, il faut prendre en charge les « aspirations au contrôle des étudiants sur leur vie et leur formation. » Plus généralement la question est de savoir comment des pratiques de controle de l'ensemble des usagers de l'université peuvent s'articuler avec notre perspective de contrôle ouvrier sur la formation. De la même façon quand nous parlons (pour la société de transition au socialisme) d'autogestion de l'institution scolaire - en voie de dépérissement - par ses usagers, nous la situons dans le cadre de l'autogestion socialiste au moyen d'un plan démocratiquement élaboré par les conseils ouvriers.

Cette perspective ne peut se laisser enfermer dans un slogan que ce soit « autogestion » ou « contrôle étudiant >>. Là encore, il faut bien distinguer entre deux niveaux : celui de l'auto-organisation durant une grève et des nouvelles pratiques qui se construisent au sein de l'institution au travers cette auto-organisation, et celui des des conditions de participations des étudiants à la gestion quotidienne« des conditions de vie et d'études. » Distinction qu'avait par exemple su faire Piaget lorsqu'il exprimait que la lutte des Lip était de « l'autodéfense » et non de l'autogestion. Ce qui permettait une délimitation fondamentale avec les illusions sur les coopératives « autogestionnaires » possibles dans le système actuel. Du coup, les expériences des Lip- y compris au niveau de la production- étaient situées comme point d'appui à leur lutte ; démonstration aussi qu'autre chose était possible, sans développer des illusions gestionnaires au sein de cette société.

C'est pourquoi, il est dangereux de résumer l'axe de contestation de la sélection, des examens, des critères de notation, etc., sous le mot d'ordre: « Exigeons le controle des critères de notation. n Ce peut être compris comme la mise en avant d'une volonté de critique concrète du système actuel, mais aussi, tout simplement comme la volonté de définir collectivement avec les enseignants, d'ores et déjà, de nouveaux critères de notation. Alors que ce qu'il est possible de faire c'est, quand le rapport de force le permet et qu.'il peut y avoir une unité avec les enseignants, une perversion

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des critères actuels de sélection pour faire passer le maximun de monde.

De même s'il est juste de développer durant les grèves les expériences de contre-cours, se stimuler la critique des étudiants sur les programmes, dire que, dans l'université actuelle, ,c'est « aux principaux intéressés de discuter des programmes et d'en décider collectivement avec les enseignants » ne met pas des bornes très solides par rapport aux tentatives de « gestion gauche » de l'institution. Car entre la perspective générale- qui nous semble correcte, voir notre brochure- d'« unité de formation-production autogérées » et la réalité actuelle, il n'y a pas le seul . développement linéaire « d'un processus autogestionnaire » dans l'université, mais la question du passage révolutionnaire d'un système à un autre. Ce que les camarades ne contesteront jamais, mais dont rend très mal compte leur discours sur «la stratégie autogestionnaire» qui apparaît plus comme un slogan attrape-tout qu'une persj)ective politique rigoureuse permettant d'articuler les différents niveaux de lutte.

Quel mouvement étudiant ? La perspective avancée par les camarades est celle d'un syndicat « anticapitaliste et autogestionnaire». Nous sommes d'accord sur la perspective syndicale contre la conception du mouvement étudiant comme « mouvement politique de masse ». Perspective d'un syndicat non pas corporatiste -singeant le modèle des syndicats ouvriers-, mais un syndicat anticapitaliste, c'est à dire voulant intégrer la masse des étudiants au combat de la classe ouvrière. Le besoin de ce syndicat prenant racine dans la contradiction produite par le développement du capitalisme entre les besoins de formation exigés par le développement des forces productiveS et la politique que développe la bourgeoisie. Il est du coup possible d'articuler à partir des aspirations de la masse des étudiants un corps de revendications transitoires se situant dans la perspective d'un système de formation au service des travailleurs.

Reste à savoir comment articuler cette perspective générale d'un syndicat de masse étudiant avec la situation actuelle. L'essentiel nous semble effectivement de partir, non pas d'une conception bureaucratique d'unité réduite à celle des différents syndicats étudiants existant à l'heure actuelle, mais des besoins d'unité tels qu'ils expriment au travers de l'auto-organisation du mouvement dans ses diverses luttes. En proposant entre autre, à la discussion de l'ensemble des structures de lutte du mouvement étudiant une «plate forme syndicale d'unification du mouvement étudiant» qui corresponde aux besoins de la mobilisation du mouvement contre les différentes attaques de la bourgeoisie. Mais là encore il faut bien distinguer deux niveaux ; et la façon dont les camarades emploie le terme de « syndicat autQgestionnaire » laisse beaucoup de portes ouvertes.

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Durant les grèves étudiantes nous menons une double bataille : - La bataille pour l'unité de toutes les composantes du mouvement étudiant dans le respect de la démocratie du mouvement (auto-organisation et droit d'expression des différentes tendances).

-La. bataille pour regrouper au sein de ces structures d'auto-organisation un courant autour de perspectives concrètes. Ainsi durant la dernière grève, dans les coordinations nous nous sommes très souvent retrouvés avec les camarades de 1 'ex tendance B du PSU pour proposer des motions communes face aux réformistes et aux ultra-gauches (autre chose bien sûr serait de faire le bilan critique de la façon dont ce courant s'est constitué quasi uniquement par des « accords de sommet »).

De même quand nous avançons la perspective d'un syndicat unitaire étudiant nous distinguons deux niveaux :

-Notre conception générale d'un syndicat étudiant démocratique qui regroupe l'ensemble des tendances du mouvement étudiant qui se réclament du combat de la classe ouvrière. N()us n'allons pas ici reprendre l'ensemble des arguments avancés dans notre brochure qui fondent notre perspective. Sont-ils, dans le cadre de la bataille générale des marxistes révolutionnaires, pour un syndicat unique de la classe ouvrière, pour une fédération étudiante unitaire de ce syndicat (comme nous pouvons être pour une fédération unitaire des enseignants) ? Ce serait, en répondant à cette question, un bon moyen d'expliciter ce qu'ils entendent par « autonomie » du mouvement étudiant.

- Le regroupement d'un courant qui d'ores et déjà avance des pespectives pour le mouvement étudiant. Ce courant pouvant se regrouper autour d'axes communs permettant d'aller de l'avant : auto-organisation, bataille pour l'unité du mouvement, plate-forme de lutte unitaire contre l'université bourgeoise. Il ne s'agit pas pour nous de regrouper dans un premier temps « la gauche » étudiante, les seuls révolutionnairs hors de toute perspective de travail de masse en direction du milieu. Il s'agit simplement de regrouper tout ceux qui sont prêts à engager la bataille contre la politique de la bourgeoisie sans opportunisme par rapport aux réformistes, mais sans non plus contourner la bataille nécéssaire vis à vis d'eux.

Car on ne peut prétendre construire un mouvement étudiant de masse en évitant de poser la question des rapports aux courants réformistes au sein de l'université. Ce dont ne parle pas les camarades. On peut bien sûr éviter la question en traitant l'UNEF-renouveau de « courant bourgeois ». Nous répondons plus longuement à cela dans notre brochure. Mais cela est peu sérieux. Dans la méthode d'analyse d'abord : si l'on veut éviter un «sociologisme» quelque peu mécaniste il faut bien caractériser l'UNEF-renouveau par la place qu'elle occupe dans le champ politique et ses liens au mouvement ouvrier. Cela est un plus peu sérieux dans l'analyse concrète: la polarisation d'étudiants et d'enseignants vers la classe ouvrière est aussi déterminée par le poids des réformistes au sein du mouvement

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ouvrier, par la réalité de la perspective qu'offre l'Union de la gauche. Au delà de la ligne « coorporatiste » des réformistes à l'université, ils polarisent la radicalisation d'étudiants (et d'enseignants) vers la classe ouvrière. Et si l'mi considère en plus les liens qu'ils ont avec les directions ouvrières, on voit mal comment ne pas développer une tactique de front unique vis à vis d'eux. Même si les rapports de force entre révolutionnaires et réformistes à l'université et la nature du milieu étudiant font que nous ne singeons pas mécaniquement cette tactique avec celle que nous développons dans les entreprises (pour plus de détails voir encore notre brochure.).

Et cette tactique, dont les camarades d'ailleurs se réclament, implique non seulement de batailler durant les mobilisations pour que l'UNEF-renouveau respecte l'auto-organisation, mais au-delà pour qu'elle soit partie prenante d'un syndicat unitaire et démocratique lié aux syndicats ouvriers.

A. Antoine. F. Ollivier. P. Rocky.

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