Le texte que nous publions ci-dessous a été élaboré après une conférence nationale de débat entre militants de la LCR et militants des ex-courants de l'OCT des villes concernées.
Il a été ensuite ratzfié par le comité central de la LCR et les directions des ex-courants de l'OCT rendant la fusion effective à dater de décembre 1979.
Une double préoccupation nous a guidés au long du processus de confrontation entre nos deux courants : la rigueur contre les fusions bâclées qui ne durent pas et l'esprit de responsabilité pour ne pas mêler à l'infini divergences principielles et divergences tactiques, qui multiplient les divisions.
Le texte ci-dessous ne constitue pas un nouveau programme de l'organisation umfiée, mais un constat des points d'accords atteints et des désaccords maintenus au terme de la discussion. C'est au vu de ce constat que les militants de part et d'autre auront à ratifier les conditions de fusion.
Nous estimons aujourd'huz~ même si les divergences subsistent, qu'elles peuvent être résolues par le débat et la pratique commune dans le cadre d'une organisation fusionnée qui sera la LCR (SFQI).
1. La période ouverte par la révolution d'octobre 1917 est celle de l'actualité de la révolution prolétarienne, y compris dans les pays dominés par l'impérialisme, où le prolétariat est numériquement minoritaire. La théorie de la révolution permanente constitue le cadre global de la stratégie révolutionnaire à l'époque de l'impérialisme contre les théories staliniennes de la révolution par étapes et du socialisme dans un seul pays. Elle s'oppose à toutes les politiques étapistes que les réformistes avancent dans les pays dominants comme dans les pays dominés pour justifier leur refus de toute perspective révolutionnaire.
2. La révolution socialiste passe par la destruction violente de la machine étatique bourgeoise et de l'instauration de la dictature du prolétariat comme transition au communisme. La dictature du prolétariat signifie en même temps un pouvoir de coercition contre les anciens exploiteurs de défense internationale de la révolution, et la démocratie la plus large pour les travailleurs et les opprimés. C'est en quoi elle doit amorcer dès l'origine le processus de dépérissement de l'Etat. Dans la lutte pour le renversement de l'État bourgeois, cette perspective implique le rejet de l'électoralisme et du légalisme au profit d'une lutte pour l'auto-organisation des masses et le développement de la démocratie ouvrière. Dans le cadre de la dictature du prolétariat elle-même, elle implique une ferme défense de la souveraineté des structures d'auto-organisation (conseils, comités ou soviets) contre toute tentative eurocommuniste ou rocardienne d'articulation entre démocratie directe et démocratie parlementaire, la reconnaissance du pluripartisme et de l'indépendance des syndicats par rapport aux partis et à l'État. La dictature du prolétariat implique également l'appropriation collective des grands moyens de production, le monopole du commerce extérieur, la planification démocratique de l'économie en fonction des besoins et priorités collectivement définis par l'ensemble des travailleurs, un bouleversement du procès de travail dans le cadre de l'appropriation concrète des moyens de production par les travailleurs ouvrant la voie à l'extinction des bases de la division du travail, du salariat et de la reproduction des classes sociales.
3. La préparation de la conquête révolutionnaire du pouvoir passe par la mise en œuvre systématique d'une politique d'unité et d'indépendance de la classe ouvrière prioritaire à une politique d'alliance de classe ou soubassement de celle-ci.
Cette bataille signifie le refus de toute alliance politique avec la bourgeoisie et ses représentants, en même temps que la défense des mots d'ordre et formes d'organisation susceptibles d'unir les exploités à travers leurs luttes; cette bataille s'oppose aux politiques de collaboration de classe, stalinienne ou social-démocrate, qui, sous des formes diverses et sous prétexte d'alliances, divisent le prolétariat et soumettent les travailleurs aux intérêts de la bourgeoisie.
Nous défendons un programme de revendications immédiates, démocratiques et transitoires, qui jettent un pont entre le niveau de conscience et d'organisation immédiat des masses, et le but final du renversement de l'ordre bourgeois. Dans ce cadre, nous défendons les mots d'ordre de contrôle ouvrier sur la production et la distribution, contre toute forme de cogestion, de participation, ou toute autre formule de collaboration de classe. Cette démarche s'oppose aussi bien aux politiques gradualistes qui prétendent grignoter insensiblement le pouvoir bourgeois, qu'aux visions ultra-gauches qui prétendent sauter par-dessus l'état réel de la classe ouvrière telle qu'elle est dominée sous le capitalisme.
Au niveau organisationnel, la bataille pour l'unification de classe va de la lutte pour l'unification syndicale dans le cadre d'une centrale unique et démocratique des travailleurs à la lutte pour l'auto-organisation (assemblées souveraines, comités de grèves élus et révocables, conseils). La construction d'un mouvement autonome de femmes est partie prenante de la lutte pour le socialisme. Ainsi que la construction d'un mouvement de soldats indépendant de la hiérarchie militaire et lié au mouvement ouvrier (pour la LCR un syndicat de soldats). Le mot d'ordre de gouvernement des travailleurs couronne cette lutte.
4. La construction d'un parti révolutionnaire démocratiquement centralisé est nécessaire pour conduire le prolétariat. Le centralisme démocratique implique l'organisation démocratique des débats d'orientation (y compris le droit de tendance et de fraction), un système sélectif des directions à tous les niveaux, et la discipline dans l'action. Cette conception est contradictoire avec les positions spontanéistes qui estiment que le prolétariat crée les outils nécessaires au moment opportun de son propre mouvement et sans la lutte consciente d'une avant-garde organisée. Elle s'oppose aux illusions sur la possibilité de redresser de l'intérieur les appareils réformistes contre-révolutionnaires. Elle s'oppose enfin au centralisme bureaucratique, avec un centre dictatorial incontestable, solidaire face au parti, le refus du système électif des directions (même
quand les conditions de légalité le permettent), le rejet de la discussion contradictoire avec droit de tendance.
5. Les partis réformistes (en France le PC et le PS) relèvent de ce que l'analyse léniniste qualifie de «partis ouvriers-bourgeois», qui insèrent la classe ouvrière dans le cadre général de l'ordre bourgeois, mais en prenant appui sur elle et en défendant partiellement certains de ses intérêts. En ce sens, ces partis de collaboration de classe sont de nature qualitativement différente des partis bourgeois.
Ces caractéristiques générales valent pour le PC et le PS, bien que des différences significatives, importantes dans la pratique, distinguent les partis ouvriers bourgeois sociaux démocrates et les partis ouvriers bourgeois staliniens : - social-démocrate, le premier pratique de longue date une politique de collaboration de classe et joue le rôle d'agent de la bourgeoise impérialiste dans les rangs du mouvement ouvrier; - stalinien, le second défend de toute son énergie le statu quo international à travers les formes les plus variées de la collaboration de classe. Il organise la classe ouvrière de façon particulière, en alliance plus ou moins conflictuelle avec la diplomatie soviétique sur l'arène internationale.
6. La nature de ces partis fait que les rapports avec eux nécessitent une tactique particulière en vue de bâtir l'unité et l'indépendance de classe du prolétariat. A travers ses élaborations sur le front uni puis le front unique, l'Internationale communiste a jeté les bases d'une juste compréhension de cette tactique. • Sur le front unique a) Pour la LCR et le courant 3 de l'OCT
Notre but stratégique est donc bien l'unification de la classe. Dans le cadre d'un mouvement ouvrier profondément divisé et largement dominé par des organisations réformistes, la tactique de front unique est un moyen pour atteindre ce but. Cela signifie notamment que nous menons sytématiquement bataille pour l'auto-organisation et pour la souve-
raineté des organes unitaires et démocratiques que forgent les travailleurs dans leur lutte.
Il ne peut être question de réaliser la révolution socialiste au moyen du front unique avec les organisations réformistes. La tâche fondamentale du parti révolutionnaire consiste à affranchir la classe ouvrière de l'influence des réformistes. Cela découle du fait que nous ne considérons pas les partis réformistes comme des partis redressables, mais en dernière analyse comme des obstacles réactionnaires sur la voie de la révolution. Si nous comprenons que, dans une période de radicalisation initiale, de nouvelles couches de travailleurs commencent par renforcer ces organisations majoritaires, nous préparons les conditions, à travers la bataille pour le front unique et pour la construction d'instruments unitaires organiques à la base, de la rupture entre les masses et leurs directions à l'épreuve de la crise révolutionnaire.
Nous ne nous contentons pas de prêcher l'unité pour l'unité. L'unité n'est solide et mobilisatrice qu'en fonction de son contenu et de ses objectifs. C 'est pourquoi la bataille sur les revendications et les formes d 'organisation sont une nécessité permanente pour féconder le front unique d'un contenu révolutionnaire. Malgré les conditions aujourd'hui défavorables du rapport de forces entre réformistes et révolutionnaires, nous nous efforçons de prendre place dans le front unique. Non nécessairement par un accord entre organisations, mais aussi par les propositions que nous avançons soit de façon indépendante, soit dans le cadre des organisations de masse dans lesquelles nous intervenons, et par les initiatives autonomes que nous pouvons prendre quand elles correspondent à la situation et aux besoins des travailleurs. Pour les ex-courants de l'OCT
La lutte pour l'unité et l'indépendance de classe du prolétariat est celle qui est stratégiquement décisive. Un de ses aspects est la mise en œuvre d'une tactique particulière face aux partis réformistes, car ces derniers comptent sur le réformisme spontané des masses en même temps qu'ils le renforcent. Suivant Lénine, nous pensons qu'il faut unifier la classe ouvrière par delà ses divisions sociales, philosophiques, religieuses, politiques. Cette nécessité stratégique est liée à celle de l'indépendance de classe du prolétariat, condition et conséquence de l'unité ouvrière. Les rapports avec les organisations réformistes sont un des aspects tactiques, c'est-à-dire variables, de cette stratégie; c'est une des dimensions de la lutte contre le réformisme. Il en est ainsi à cause du caractère spécifique
de la relation entre partis réformistes et réformisme spontané des masses. En ce sens, si la matérialisation d'une telle tactique dépend évidemment du rapport de forces et de la phase de lutte de classe, sa nécessité n'en est pas moins permanente. Enfin, sauf à nier entièrement ce raisonnement, il est absurde d'opposer la «base,, au «sommet"· Cette tactique s'adresse aux masses, aux militants, mais aussi aux partis et organisations réformistes en tant que telles. Tout ceci ressort très clairement de l'expérience du mouvement ouvrier révolutionnaire, en particulier celle des premières années de l'IC. Sur le mot d'ordre de gouvernement PS-PCF: a) Pour la LCR
Dans certaines conditions de développement impétueux du mouvement de masse, de crise politique ouverte par exemple, d'échéances électorales, nous pouvons être amenés à lancer le mot d'ordre d'un gouvernement des partis ouvriers majoritaires. Dans ce cas nous les mettons au défi de rompre avec la bourgeoisie et de prendre le pouvoir qu'ils refusent. Parallèlement, nous développons inlassablement l'intégralité de notre programme et nous revendiquons les mesures que devrait prendre un authentique gouvernement des travailleurs pour en finir avec l'exploitation capitaliste et ouvrir la voie à l'édification socialiste. b) Pour les courants trois et quatre de l'OCT
Le programme des révolutionnaires se fonde sur la perspective de lutte pour la révolution et, dans ce cadre, l'ouverture d'une crise révolutionnaire que le mot d'ordre de gouvernement PC-PS ne permettrait certainement pas d'ouvrir. Ainsi, bien loin d'être un mot d'ordre à caractère' transitoire, il ne peut être qu'un mot d'ordre conjoncturel à caractère tactique, selon la situation et les enjeux à un moment donné de la lutte des classes. Parce qu'il élimine toutes les données programmatiques, ce mot d'ordre cadré comme le fait la LCR est opportuniste et en contradiction avec les principes mêmes de l'IC. Ne peut s'inscrire de manière programmatique et transitoire qu'un mot d'ordre de gouvernement ouvrier que ne serait pas un gouvernement PC-PS.
7. Sur les grandes lignes de force de la période apparaissent des con-
vergences importantes. Après la Seconde Guerre mondiale, les victoires des révolutions yougoslave, chinoise, cubaine et vietnamienne, l'explosion des révolutions coloniales ont ébranlé le système impérialiste à la périphérie de son pouvoir dans un premier temps. Depuis la fin des années 60, nous sommes entrés dans une période de crise conjointe de l'impérialisme et du stalinisme, en leur centre et à leur périphérie. Cette tendance générale ne s'est pas démentie à travers les mouvements d'avancées et de reculs, de stabilisations partielles et de crises ouvertes. Elle ébranle la domination contre-révolutionnaire de l'impérialisme et du stalinisme à l'échelle mondiale, ainsi que l'hégémonie réformiste sur le mouvement ouvrier.
Ceci se traduit par l'amorce d'une recomposition d'ensemble au sein du mouvement ouvrier, qui affecte les formes de lutte, de conscience et d'organisation de la classe ouvrière. Cette situation ne se sanctionne pas pour l'instant par des ruptures verticales de masse au sein des partis staliniens ou sociaux démocrates, comparables à celles qui secouèrent la social-démocratie après la Première Guerre mondiale. Elle peut même être marquée par la progression de leur influence politique et électorale, signe d'un processus de radicalisation de larges masses. En revanche, il ne fait pas de doute pour nous que la situation reste marquée par l'émergence de couches de travailleurs avancés, dans et hors la sphère d'influence réformiste, qui se développe et se transforme au cours des luttes et qui remet en cause le strict contrôle des appareils réformistes sur la classe.
Les différenciations de niveaux de conscience créent des conditions favorables à la construction de partis révolutionnaires implantés, renforcent leurs capacités d'initiative et d'action. Elles témoignent de la contradiction entre les besoins fondamentaux des masses et la politique des directions majoritaires. Elles sont propices à l'émergence de courants d'opposition dans les syndicats (tendance syndicale, regroupements oppositionnels) et à la manifestation de mouvements sociaux tels que le mouvement des femmes, des soldats, ou les luttes de masse de la jeunesse.
Les traits généraux de la période confirment l'actualité des solutions révolutionnaires, prolétariennes, communistes, à la crise de l'impérialisme et du stalinisme, ainsi que l'actualité de la construction de partis révolutionnaires de masse. Comme dans le cas du rapprochement entre nos deux courants, les regroupements et fusions intervenant dans le processus de construction du parti devront répondre à un triple accord : sur les bases programmatiques fondamentales, sur la pratique concrète et l'intervention courante dans la lutte de classe, sur le fonctionnement
démocratiquement centralisé d'une organisation communiste.
Des divergences subsistent sur l'appréciation de la situation présente de la lutte des classes en France, qui ne se traduisent pas par des désaccords majeurs sur les questions d'orientation. Elles font partie des débats normaux d'une organisation vivante.
8. Un désaccord d'analyse et de caractérisation demeure concernant la nature de l'URSS et des pays de l'Est. Pour la LCR, il s'agit, ainsi qu'en Chine, d'États ouvriers bureaucratiquement dégénérés ou déformés, où une révolution politique est nécessaire. Pour le courant 4 de l'OCT, ces régimes sont fondés sur un capitalisme bureaucratique monopoliste d'Etat. Pour le courant 3, bien que ces pays ne soient pas régis par des raports de production capitalistes, la chute de la dictature du prolétariat, la perte de tout pouvoir politique, économique et social par la classe ouvrière interdit de parler d'État ouvrier bureaucratiquement dégénéré; le terme d'État bureaucratique est le mieux à même de caractériser ces sociétés bloquées, le caractère hybride et spécifique des rapports de production, le pouvoir de la bureaucratie.
Sur le Vietnam, Cuba et la Chine, à partir de l'accord sur le fait que la révolution y a instauré des États ouvriers, le débat reste ouvert sur le développement actuel de ces États.
Par-delà ces désaccords importants, une série de convergences ont été dégagées sur les tâches : -Une nouvelle révolution violente est nécessaire pour renverser labourgeoisie, instaurer une authentique démocratie ouvrière (pluripartisme, indépendance des syndicats, conseils souverains), détruire les appareils de l'État, en finir avec les privilèges liés à la hiérarchie et à la division du travail, s'engager dans la voie du dépérissement de l'État et de l'extinction du salariat.
Les éléments programmatiques portés par l'expérience des masses au cours des mobilisations de Berlin (53), Pologne et Hongrie (56), Tchécoslovaquie (68), Pologne (71 et 76), de la révolution culturelle chinoise, fournissent des indications précieuses sur les grandes lignes d'une telle révolution.
Pour mener à bien cette tâche, nous ne comptons ni sur le redressement des partis actuellement au pouvoir, ni sur la démocratisation des institutions existantes. Nous soutenons la construction de nouveaux partis communistes révolutionnaires.
Sans soutenir une quelconque fraction de la bureaucratie, nous nous opposons à toute tentative de rétablissement de la propriété privée dans ces pays, qu'elle vienne de l'extérieur ou de l'intérieur.
9. La construction d'une Internationale révolutionnaire est une tâche permanente, parce que sa nécessité s'enracine dans le caractère mondial de la domination capitaliste et impérialiste. Elle est une tâche programmatique indispensable à la révolution socialiste. La contre-révolution stalinienne a provoqué la dégénérescence de l'Internationale communiste. L'Internationale révolutionnaire doit donc nécessairement inclure dans ses bases constitutives la lutte intransigeante contre le stalinisme et ses conséquences. Pour mener ce combat à partir des fondements du marxisme révolutionnaire rappelés dans cette plate-forme et constitutifs du programme actuel de la IV• Internationale, l'organisation fusionnée sera section de la IV• Internationale, se conformera à ses règles de fonctionnement, œuvrera à sa construction. a) Pour les courants 3 et 4 de l'OCT
La fondation de la IV• Internationale en 1938 face à la dégénérescence de la l'IC était une décision juste. Elle s'est faite à partir de la juste compréhension d'une structure organisée (l'Internationale) pour défendre et développer le marxisme révolutionnaire, mais dans le cadre d'une politique de construction s'appuyant sur un pronostic erroné qui prévoyait l'effondrement du stalinisme au cours de la guerre qui venait. L'infirmation de ce pronostic de Trotsky et plus généralement les résultats de la Deuxième Guerre mondiale créaient une situation nouvelle. Celle-ci ne justifiait pas une dissolution de la IV•, encore moins la mise à l'ordre du jour de la construction d'une V• Internationale. Mais elle devait entraîner en revanche une modification substantielle de la tactique de construction qui tienne compte des conditions nouvelles de la crise du stalinisme et plus tard des phénomènes de plus en plus importants de recomposition du mouvement ouvrier. La perpétuation de l'illusion qu'il sera possible d'aboutir à une internationale sur la base du grossissement linéaire du noyau de la IV• est plus qu'une erreur de fond dont la conséquence est double: d'un côté surgissement régulier de tendances dogmatiques et sectaires dans ses rangs, en particulier face au cours concret de révolutions prolétariennes; de l'autre s'interdire de viser (et de chercher réellement à gagner) des courants proches du marxisme révolutionnaire ou en évolution vers lui, au profit d'un seul rassemblement des «trotskystes». C'est en ce sens que nous parlons et que nous luttons pour le dépassement de l'outil essentiel qu'est la IV• vers une Internationale révolutionnaire de masse.
Pour la LCR*
1. Les camarades de l'OCT enregistrent comme nous la nécessité permanente de construction d'une Internationale révolutionnaire comme question de principe stratégique. Pour nous, le programme actuel d'une telle Internationale réside dans les acquis du marxisme révolutionnaire, du manifeste communiste au programme de transition en passant par les quatre premiers congrès de l'IC. Le programme de transition ne constitue pas la simple répétition des congrès de l'IC. Il les développe et les enrichit à la lumière des faits majeurs dans la lutte de classe que constituent la contre-révolution stalinienne et l'avènement du nazisme sur des points aussi essentiels que : l'oposition d'une politique de FU aussi bien à la politique sectaire de la 3e période qu'aux politiques de front populaire, la question des revendications transitoires, la question de la révolution permanente contre la théorie du socialisme dans un seul pays et de la révolution par étape (théories officialisées par l'Internationale stalinisée), la démocratie ouvrière et le centralisme démocratique, les premiers éléments de la révolution politique, la défense de l'internationalisme et de l'Internationale contre la dégénérescence chauvine qui devait conduire logiquement en 1943 à la liquidation pure et simple du Komintern. C'est à la défense de ce programme que répond la création en 1938 de la IVe Internatiionale. Depuis, ce programme s'est enrichi au feu des leçons de la lutte des classes et à l'épreuve des révolutions qui se sont développées depuis. Le programme de la IVe réside dans l'acquis indissociable de son programme de fondation et des développements apportés par ces quarante ans d'histoire.
2. Pour nous, les coordonnées qui ont'présidé à la naissance de l'Internationale n'ont pas programmatiquement changé. Les raisons de son existence et de son combat subsistent, bien que sa place et les conditions de sa construction aient profondément changé en fonction des grandes périodes internationales de la lutte de classe : la guerre, le contexte de la guerre froide, la montée révolutionnaire des années 60. Le test de la vitalité de l'Internationale réside principalement dans la réponse qu'elle a apportée face aux révolutions yougos~ave, chinoise, cubaine, vietnamienne et à la naissance de nouveaux Etats ouvriers. Un soutien à ces révolutions impliquant une analyse des développements de la crise du stalinisme et une indépendance critique envers des directions centristes bureaucratiques, programmatiquement limitées par leur origine stalinienne (théorie partagée du socialisme dans un seul pays, refus de la démocratie ouvrière).
3. Nous avons relevé dans la réponse des camarades de l'OCT la pers-
pective de dépassement de la IV•. Cette notion pouvait signifier deux choses distinctes : -soit que les camarades pensent qu'une nouvelle internationale sur la base d'un nouveau programme serait d'ores et déjà à l'ordre du jour; -soit qu'ils entendent par là seulement ouvrir un débat sur la tactique de construction de l'Internationale et les conditions de sa transformation d'internationale de cadres, minoritaire, en internationale de masse.
Les discussions ont fait apparaître selon nous que : a) Les camarades considèrent que la réponse de Trotsky à la faillite de la III• Internationale était correcte. b) Sans défendre que l'autodissolution de la IV• aurait été nécessaire après la guerre, ils contestent la façon dont la IV• a tiré du point de vue de sa construction les conséquences du changement de situation. c) Ils ne considèrent pas qu'il y ait de nouvel élément programmatique fondamental porté par un courant du mouvement ouvrier international qui mettrait à l'ordre du jour une nouvelle internationale.
Dans ces conditions, le débat et les divergences qui subsistent se concentrent autour des problème suivants : la place actuelle et la politique de construction de l'Internationale, le développement et l'enrichissement de son programme, le type de centralisme démocratique qui la régit. a) Sur le premier point : Les conditions de construction de la IV• se sont modifiées à plusieurs reprises en fonction des modifications des rapports de forces mondiaux. Une première fois à partir de l'échec de la vague révolutionnaire de l'après-guerre dans les pays capitalistes développés. Depuis 1968, la construction de la IV• a franchi un pas qualitatif, passant de groupes propagandistes à l'existence de petites sections jouant un rôle actif indépendant dans la lutte de classe. Le problème de la transcroissance de l'Internationale en internationale de masse reste entier. Il ne pourra être franchi que sur la base de modification substantielles dans les rapports de forces mondiaux. Le développement inégal de la situation dans les différents pays permettra des regroupements et fusions sur la base de la défense des bases programmatiques de la IV•. b) Le développement et l'enrichissement du programme ne dépendra pas principalement d'un effort intellectuel et théorique, mais des grands événements et expériences de la lutte de classe. C'est ainsi que la IV• discute dès à présent de l'enrichissement de son programme sur des questions clés comme la démocratie socialiste et la libération des femmes. c) Enfin, il est évident pour nous que le centralisme démocratique au niveau international et national ne saurait s'appliquer de la même façon. Il combine la centralisation politique de l'Internationale et la souverai-
neté des instances élues des sections. Ceci dit, nous concevons l'Internationale comme un parti et non comme une coordination et une fédération de sections nationales.
10. Sur le plan organisationnel, la fusion se traduira par : a) Le statut de membres titulaires pour tous les camarades répondant aux critères de militant titulaire. b) Une représentation proportionnelle à l'importance numérique au sein du comité central. c) Une commission de fusion étudiera les modalités de participation dans les commissions nationales et les modalités de fusion au niveau des villes concernées. * Pour la LCR, d'importantes divergences subsistent sur ce point. Mais dès lors qu'il y a accord sur l'essentiel des tâches, la poursuite du débat et l'épreuve de la pratique doivent permettre de les surmonter.