La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Etre militante révolutionnaire féministe

· Critique communiste (1re série), n° 4, novembre 1975 · p. 75-81 · 3 332 mots

A propos de "Quand les femmes se disent< 1 > « Livrer la parole des femmes rencontrées, sans censures, sans entrelardage, sans commentaire », au « hasard du déroulement normal de la vie ''• au hasard de dix jours de séjour à New-York, avec « I'objectif d'y rencontrer des femmes qui voudraient bien parler d'elles». Le refus du style académique traditionnel - car le prétexte du livre est le mémoire que Malka Wecksler et Evelyne Guedj ont préparé ensemble; la conviction affirmée en conclusion que « reproduire cette parole est la seule contribution que nous estimions juste pour le mqment » : voilà comment Malka et Evelyne situent elles-mêmes leur travail commun qui va bien au-delà d'une thèse universitaire: «contribuer à abattre collectivement ce qui relève des formes d'aliénation liées à la condition de classe, de femmes. Mettre en évidence les différences de mode de fonctionnement affectif. Attaquer le doute, le manque de confiance. Prendre confiance de nos compétences, de nos forces, les développepr, les affirmer, les faire reconnaître ... » ». » C'est un peu des débats des groupes de femmes jusque-là silencieux «aux autres» que Malka et Evelyne livrent ici. Un peu aussi d'elles-mêmes, car Malka et Evelyne se sont impliquées volontairement dans ce livre. Leur démarche n'était pas de «donner» la parole aux femmes rencontrées, mais de la prendre avec elles, d'expliquer aussi leur propre évolution avant et pendant ce travai,l commun. Malka et Evelyne nous transcrivent là des morceaux de vie, des remarques, des cheminements et des conflits où l'on se reconnaît ici ou là. La richesse même de ce vécu se prend, se lit d'une seule traite, avec beaucoup d'intérêt. Pourtant le livre ne correspond pas exactement à son ütre. Ce ne sont pas vraiment « les femmes », « au hasard de la vie », qui s'y disent. Ce

(1) «Quand J.es .femmes se disent» de Mal!ka Wec!ksler et Evelyne Guedj, Erl. Seuil.

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sont des femmes pour la plupart déjà féministes conscientes, souvent militantes, pour la majorité d'entre elles non organisées dans un parti, toutes de gauche. Mais puisque les femmes qui se disent dans ce livre sont souvent des féministes convaincues, il faut prendre à bras le corps, parce qu'il est très important, un point noir de leurs débats : chaque fois que les femmes interrogées parlent des militantes révolutionnaires présentes dans les groupes de femmes, c'est en termes négatifs ( « leurs bla-bla-bla politiques ... » ). Un passage de l'introduction illustre le même · problème; Malka et Evelyne y transcrivent leurs «notes prises au cours de l'exposé d'une militante de l'ex-Ligue communiste responsable du travail « femmes». La présentation de cette entrevue est parlante : << Cette camarade (K), très occupée, est venue chez Malka entre deux réunions >>. << Lorsqu'elle sut les raisons de notre voyage, que nous allions rencontrer les femmes du SWP, elle commença à parler. EHe décida des points à exposer, sans nous questionner, sans même soupçonner que nous pouvions aussi avoir quelque connaissance des problèmes politiques américains un avis critique, même ... Nous aurions pu interrompre son discours -son cours ... » K << ne posait pas de questions, nulle curiosité envers nous » ... << à aucun moment elle n'est " descendue " de son ton de dirigeant. Elle nous déversait un certain savoir sans permettre un échange à égalité. Elle nous a ôté tout désir de communiquer » ... << K >> c'est moi (2). En lisant l'introduction me concernant, j'ai simultanément ressenti : une gifle (avec le sentiment de l'avoir méritée) ; une grande peine (et donc le sentiment de ne pas l'avoir méritée) ; doublées de colère. Colère d'abord, même si c'est secondaire, quant au procédé employé: car, comme l'indiquent Malka et Evelyne, elles ont changé de projet en cours de route. Avant de décider << que les femmes se disent», elles voulaient faire une thèse sur le SWP (3) et les femmes. D'où première ambiguïté : l'<< entrevue» n'aurait pas été la même s'il s'agissait de <<se dire ». Ensuite, il y avait l'ambiguïté des rapports de Malka à l'ex-Ligue. Evelyne parle fort bien de son malaise quand elle sentait que nous l'assimilions à Malka. Et Malka elle-même, qui était-elle pour nous ? Notre ex-camarade que nous revoyions après bien des années << comme si de rien n'était » avec des rapports complexes de complicité partagée due à un passé commun sur lequel on ne cherche pourtant pas à revenir pour comprendre ce qui s'est passé alors et depuis. Et l'entrevue s'est déroulée comme si de rien n'était...: une camarade vous dit qu'elle part dans quelques jours pour faire un travail sur le SWP. Vous voulez l'aider. Vous lui parlez du SWP, pas de vous, ni d'elle, et vous le faites de façon abrupte pour lui transmettre le maximum d'informations (pas pour << donnér des leçons ... , même si je reconnaissais que cela avait toutes les chances d'être reçu ainsi, j'y reviendrai). S'y combine la 3e ambiguïté : il n'a jamais été question que cette entrevue soit reproduite telle que. Et je pensais que Malka connaissait nos coutumes : nous n'engageons pas publiquement de débats critiques avec des camarades ou organisations sœurs sans qu'ils en soient prévenus, qu'ils aient pu relire leurs propos et qu'ils puissent répondre. En outre, ~l n'y a jamais eu de débat de l'ex-Ligue en tant que telle sur le travail des camarades américains et je n'ai jamais présenté mes positions comme celles de la Ligue. Tout ceci étant brièvement noté, ce n'est pas l'essentiel. Et ma colère (2) En réalité, ce sont Malka et Evelyne qui m'ont appelée << K ». Je suis << C ». Evidemment, << K », ça fait plus dur!.. .

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venait plus profondément du sentiment que quelque chose d'important était derrière cette entrevue et son échec. Il ne s'agissait pas seulement . d'une fausse note dans l'introduction, mais d'une série de problèmes très importants du point de vue de la libération des femmes, que j'aurais voulu discuter avec Malka et Evelyne. Ces questions, par ma faute, par celle des circonstances de l'entrevue et par celle de l'état d'esprit de Malka et d'Evelyne, l'entrevue ne permettait pas de les aborder. Or, elles figurent en creux et de façon discutable dans 'l e livre: pour résumer, disons que « ça >> a à voir avec les rapports du mouvement de femmes et de la politique, mais aussi du rôle du mouvement de femmes, de ses effets au sein des organisations politiques elles-mêmes (au sein de la mienne en tout cas, et c'est bien), et plus particulièrement de la prise de conscience féministe chez les militantes révolutionnaires. Je ne représente aucunement un «cas>> isolé de militantes qui se sont politisées (apparemment) sur de toutes autres questions que leur oppression comme femmes. La guerre d'Algérie, le Vietnam, Cuba, la remontée des luttes ouvrières en Europe occidentale ... Mai 68 et l'aspiration à changer de vie. Certes la lutte contre l'oppression des femmes était présente à notre programme : du Manifeste communiste à la lutte contre le stalinisme, le rejet de la famille et du mariage bourgeois faisait partie de nos acquis, de notre éducation, même si elle était superficielle. L'origine de la famille... d'Engels fournissait les bases méthodologiques pour une remise en cause radicale de la place des femmes dans la société. Mais finalement tout cela restait bien abstrait. Comme on savait que la situation des femmes ne changerait fondamentalement qu'après la révolution ... il fallait passer outre les « problèmes personnels ». En réalité, nous fonctionnions sur un mode foncièrement individualiste. Dès lors, la division des tâches s'opérait selon le critère de la «rentabilité>> maximum, en fonction de «mécanismes naturels>> : à chacun de faire ses preuves. Mais comme chacun n'a pas les mêmes conditions de départ, ou les mêmes tâches familiales (car à l'époque on ne cherchait guère à savoir ce que devenaient les militant(e)s une fois chez eux), ou la même formation, etc., la <<vie>>, comme on dit, tranchait. Tant qu'on ne se préoccupe pas de ces inégalités et des moyens collectifs de les surmonter, inévitablement tend alors à se développer un climat de suffisance de la part des << meilleurs >>, ou plus largement de ceux (celles) dont l'expérience est la plus avancée, ou encore de ceux (celles) qui ont le plus d'aplomb. Ces mécanismes-là ne jouent pas seulement en défaveur des femmes en général, bien que dans tous les milieux (ouvriers, intellectuels, lycéensCET) on retrouve l'inégalité hommes/femmes. Ils jouent aussi entre non militants et militants, entre militants stagiaires et ceux qui sont des cadres expérimentés, mais aussi entre femmes (j'y reviendrai) : celles qui ont des responsabilités et celles qui n'en ont pas, et encore les militantes et les autres. Tant qu'il n'y a pas une prise de conscience collective de ces problèmes posés par les inégalités (d'histoire, de développement, de culture, etc.), alors on tombe très vite, sans le vouloir, en général, dans des rapports de domination, d'oppression. Au nom de l'efficacité immédiate, on ne cherche pas à contrecarrer les inégalités en en (3) Socialist Workers Party, organisation trotskyste américaine liée à la rv• Internationale sans lui Hre a.ffiliée pour des raisons de législation réactionnaire aux U.S.A.

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comprenant .. les racines. Tout le monde est mis sur le même pied. Ce qui est catastrophique pour les derniers arrivés, les moins formés, etc. Leur manque de confiance en eux-mêmes ne fait que s'accroître. La spontanéité de ceux (celles) qui ont de l'assurance devient bloquante pour les autres. Tel est le creuset fondamental d'une subtile (pas toujours subtile) misogynie ambiante: la fausse égalité a pour contrepartie un mépris dilué à l'égard de ceux (celles, donc) qui ne parviennent pas à s'affirmer. D'ailleurs certaines femmes ne démontraient-elles pas que c'était possible ... Et si une femme ne sait pas bien exprimer des idées, n'est-ce pas parce qu'elle a les idées moins claires que d'autres ? ... Mais quand on ne se pose pas la question de savoir d'où vient 1a difficulté d'expression, le cercle est vite bouclé. La prise de conscience féministe de militantes révolutionnaire est à la fois plus facile et plus difficile que pour d'autres femmes, surtout quand on a des responsabilités. Car on a à la fois une optique politique qui devrait permettre de comprendre l'oppression des femmes, mais en même temps, l'idéologie dominante porte à se refuser comme femme et le militantisme peut, un moment, donner l'illusion que nous avons surmonté bien des problèmes. Pour reprendre l'exemple de « K » ... que je connais un peu : c'est fondamentalement le mouvement de femmes qui a stimulé ma propre prise de conscience. J'avais eu mon lot de « problèmes personnels >> ; mais jusqu'alors je ne les avais jamais vécus comme problèmes de femmes. Je n'aimais pas les femmes. Je n'aimais pas leurs «défauts>>. J'étais dure et je ne faisais pas attention à l'effet négatif que ma relative assurance provoquait dans les débats. Je dis «relative>> assurance, car, en réalité, elle tenait au fait que je milite depuis l'âge de 15 ans; cela est fort loin de signifier confiance en moi. Le traumatisme que l'on ressent quand on doit intervenir, je l'éprouve selon le milieu où j'interviens : d'autant plus que je suis face à des camarades que j'estime et dont je pense qu'ils n'ont pas confiance en moi ... Et d'autant moins que je suis dans une assemblée plus anonyme. J'ai été très vite propulsée à des postes de direction à une période où nous étions peu nombreux dans l'organisation. Cela a été à la fois formateur et traumatisant. Et plus la taille de l'organisation a grossi, plus j'ai pris des tâches techniques et de trésorerie dans les directions où j'étais ... Mon comportement a changé avec ma prise de conscience féministe . Un des premiers effets en a été la modification de mes rapports avec les femmes (c'est aussi pourquoi j'étais si furieuse contre moi-même de l'échec de l'entrevue avec Malka et Evelyne). Jusqu'alors je cumulais tous les défauts des dirigeants hommes (sans en avoir les avantages ... ) et des problèmes supplémentaires comme femme : une sorte de monstre à la fois plein d'épines à l'égard des hommes (aux yeux desquels je n'étais sans doute pas exactement comme les autres femmes, ni comme .... les «autres>> hommes!) et vécue par les femmes comme une «non-femme>> de qui elles exigeaient encore plus que des hommes. Allez vous sentir bien dans votre peau avec tout ça! Commencer à faire du « travail femme >>, comme on dit chez nous, exigeait et permettait de remettre en cause beaucoùp de choses. En prenant conscience de ma propre oppression, de celle des autres femmes, je prenais aussi conscience de mes défauts. S'agit-il, comme le disent certaines femmes , de «comportements mâles>> ? Je ne trouve pas que la formule soit juste car elle suggère l'idée d'une nature << mâle >> parallèle à la soi-disant nature féminine. . Mais il est vrai, par contre, que dans une société - dans une. orga~Isation- où l'individualisme, la domination de l'homme et la m1sogyme

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sont largemept répandus, ce sont les caractéristiques - défauts et qualités - dominantes chez l'homme de cette société-là qui l'emportent. Que dans la période de crise actuelle des vai.eurs dominantes, un nombre croissant d'hommes ne se reconnaissent plus dans de telles valeurs n'est pas étonnant et n'est pas un effet secondaire des luttes de femmes. Ce qui est vrai également, c'est que derrière les qualités actuelles des hommés se mêle l'aspect dominateur et en tout cas les mécanismes de la domination : c'est l'homme qui est généralement théoricien- et c'est une qualité que nous devons revendiquer pour les femmes (j'y reviendrai). Mais derrière le théoricien, il y a aujourd'hui bien souvent celui qui écrase, et cela nous n'en voulons pas. Nous ne voulons pas non plus de l'appropriation individualiste de la théorie; nous ne voulons pas de la compétition, souvent mêlée de bluff. Nous ne voulons pas enfin derrière l'organisateur, le bureaucrate. Il est vrai enfin que, parce que les femmes sont opprimées, parce qu'on les a faites passives, timides, peu confiantes en elles, etc., elles ont un besoin vital de surmonter la compétition, l'individualisme et l'ensemble des mécanismes et valeurs qui perpétuent l'oppression. Il est donc normal que ce soit en tout premier lieu des femmes qui, dans l'organisation même, posent ces problèmes. La modification de comportement des organisations révolutionnaires (du moins de certaines d'entre elles) à l'égard de l'oppression des femmes a été souvent perçue par le mouvement de .femmes comme une << récupération». Alors que c'est une de ses victoires. Une victoire possible précisément parce qu'il n'y a pas d'antagonisme de classe entre hommes et femmes. Parce que si les hommes ont de réelles satisfactions immédiates à ne pas s'occuper de tâches ménagères ingrates ou à dominer les femmes, il s'agit là de bien pauvres plaisirs dont la contrepartie se paie. Elle se paie par des rapports aliénés et médiocres. Dans l'organisation elle-même elle se paie par les effets négatifs de •t endances bureaucratiques (car quand on ne lutte pas contre l'oppression des femmes, on passe aussi à côté de tous les autres rapports inégalitaires). Dans la lutte révolutionnaire, elle se paie par un appauvrissement du potentiel militant lui-même (qu'il s'agisse de la passivi.t é des femmes, ou, quand elles entrent en grève, de l'opposition qu'eiles rencontrent de la part de leurs maris, de leurs pères ... on se souvient de ce que racontent les femmes de Lip ... ). Et surtout elle se paie par une faillite possible de l'organisation d'avant-garde elle-même, si elle n'est pas capable de comprendre et de répondre aux aspirations les plus radicales que la société capitaliste pourrissante a fait exploser, si elle n'est pas capable non plus de montrer en pratique pour quel socialisme elle se bat, et de combattre sur tous les terrains la société capitaliste. C'est pourquoi l'organisation révolutionnaire peut changer, pourquoi elle est perméable à l'impact des idées et des luttes du mouvement de libération des femmes. Ce n'est pas là une récupération. Mais ce n'est une victoire pour le mouvement de femmes qu'à la condition bien sûr que ces modifications s'accompagnent de la reconnaissance du mouvement de femmes, de sa nécessité. Ce qui est le cas de la Ligue : on ne peut pas reconnaître que nous avions la tendance fâcheuse de remettre aux lendemains chantants la lutte pour l'émancipation des femmes, qu'en outre nous véhiculions dans nos rangs l'idéologie dominante d'une part, admettre, d'un autre côté, que c'est le mouvement de femmes lui-même qui a stimulé cette compréhension et ne pas en conclure

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à la nécessité d'un mouvement de femmes. La «récupération>> consisterait à s'opposer à l'auto-organisation des femmes. Ou encore à chercher à construire notre propre petite organisation de femmes, avec nos seules sympathisantes. Telle n'est pas notre orientation. Parce que nous reconnaissons avant tout le droit d'une couche sociale opprimée à s'auto-organiser pour lutter contre son oppression. Parce que l'auto-organisation des femmes est nécessaire pour qu'elles prennent la parole. Mais la parole est-elle suffisante? Pourquoi les femmes qui se disent dans le livre de Malka et Evelyne ne représentent-elle en réalité qu'une infime minorité de l'immensité féminine silencieuse, opprimée, surexploitée? Présenter la parole de ces femmes rencontrées comme la parole des femmes en général, n'est-ce pas là aussi l'illusion que toutes les autres bouches vont s'ouvrir progressivement et de la même façon? Lorsque Malka et Evelyne écrivent què « reproduire cette parole est la seule contribution que nous estimions juste pour le moment», que veulent-elles dire ? Elles complètent cette conclusion par une citation (tirée des Parleuses de Marguerite Duras (4)) à propos de mai 68: « Il faut que l'homme apprnne à se taire » »- Jusque-là d'accord ! -« Oui, ce bavard a encore fait des siennes en mai 68. C'est lui qui a recommencé à parler seul et pour tous et au nom de tous, comme ille dit» - Il est encore vrai que le point de vue des femmes n'était pas présent en mai 68, ni dans les théorisations qui en ont été faites ensuite. Mais quel homme a parlé au nom de tous ? << Immédiatement il a fait taire les femmes, les fous, il a embrayé sur le langage ancien, il a racolé la pratique théorique ancienne pour dire, pour raconter, expliquer ce fait neuf: mai 68 » (souligné dans le texte). << Il a fait taire les femmes » ? J'avais plutôt l'impression du contraire, à savoir que le mouvement de femmes a commencé à s'imposer après mai 68 en France et ce qui s'est passé dans notre organisation me semblait en être un exemple ... << Il a racolé la pratique théorique ancienne ... pour expliquer ce fait neuf » ••• ? S'agit-il seulement d'un fait neuf ? L'idée qui se dégage de ces conclusions n'est-elle pas que si les femmes se taisent, c'est << simplement » parce que ,l 'homme parle à leur place. Ce qui n'est qu'un infime maillon dans une chaîne bien plus lourde à briser: tout un système. Un système qui, précisément, fait que la masse des femmes devra se libérer de l'exploitation capitaliste pour commencer leur réelle libération. Un système qui fait que pour divorcer il faut avoir de l'argent et un métier. Que pour avoir de l'argent et un métier. .. etc. Bla-bla-bla politique tout ça ? Théorie ancienne ? La réalité est que les femmes doivent commencer à se réapproprier la théorie << ancienne », la tester et l'enrichir non seulement de leurs paroles, de leur langage, mais de leur lutte contre tous les aspects de leur oppression. Elles doivent contraindre tous ceux qui combattent le capitalisme à remettre en cause tous les maillons par lesquels passe l'exploitation et se maintiennent la propriété privée et ses valeurs ... même s'ils doivent remettre en cause un peu d'eux-mêmes là-dedans .. .

30 septembre 1975 Catherine VER!LA (4) M. Duras. in Suzanne Horer et .Jeanne Socquet, La Création étouffée, Ed. P. Horay.

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