Sommaire (d'après RaDAR)
- Table En guise de justification 1. DE L’I.C. A LA IVe I. Des fondements théoriques de la question coloniale II. De l’opposition de gauche à la IV Internationale 2. LE P.C.I. ET LA MONTEE DES LUTTES DE LIBERATION NATIONALE I. Nouvelles données : premières explosions
- répression accrue II. L’Indochine vers la révolution III. L’Afrique du Nord et la répression 3. LA GUERRE D’ALGERIE I. L’insurrection II. Les manifestations de rappelés III. Rivalités F.L.N.-M.N.A IV. Le soutien aux combattants algériens
- Les réseaux V. Radicalisation de la jeunesse
- Vers l’Indépendance VI. L’Afrique noire et la décolonisation 4. QUEL BILAN ? Documents
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ONALE À LA GUERRE D’ALG
LGÉRIE "7
«Marx ou crève» N° 7
La question coloniale et la section française
de
la IV° Internationale
FRANÇOIS MASPERO 1, place Paul-Painlevé V* PARIS
DANS LES LIVRES ROUGES
Renaissance du bolchevisme en U.R.S.S. Mémoires d'un bolchevik-léniniste. Jacob Mongra, La politique coloniale du P.C.F. JEDERMAN, La « Bolchevisation » du P.C.F. Livio Marran, L'Armée, le parti et les masses dans la révolution culturelle chinoise. Tariq ALt, Dictature militaire ou pouvoir populaire au Pakistan. TROTSKY, PRÉOBRAJENSKY, RAKOVSKY, De la bureaucratie. Louis CoUTURIER, Les grandes affaires du P.C.F. Pierre Rousser, Le parti communiste vietnamien. DANS LES CAHIERS ROUGES DOCUMENTS DE FORMATION COMMUNISTE 1. Eléments de théorie économique marxiste 2. La médecine confisquée 3. De la bureaucratie 4. K. MoDZELEWSKY, J. KURON : Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais 5. L'Intervention en Tchécoslovaquie, Pourquoi ? Construire le parti révolutionnaire Construire l'Internationale 6-7. I. Théorie et système d'organisation 89. II. De l'internationalisme à l'Internationale 10-11. III. Dialectique des secteurs d'intervention 12. Le Deuxième souffle. Problèmes du mouvement étudiant 13. Pédagogie et crise de la bourgeoisie 14. Vietnam, Laos, Cambodge, un même combat Spécial : « Le complot trotskyste» en Tchécoslovaquie 15. Proche-Orient : de la résistance palestinienne à la révolution socialiste 16. Fascisme et démocratie SÉRIE INTERNATIONALE 1. URSS. et pays de l'Est : capitalisme ou socialisme ? 2. Réformisme militaire et lutte armée en Amérique latine 3. Pologne : le crépuscule des bureaucrates 4. La Deuxième Guerre d'Indochine 5. Afrique noire, impérialisme et révolution 6. Révolution permanente en Amérique latine CAHIERS DE LA IV° INTERNATIONALE 1. La guerre SES (1936-1939). Témoignage d’un combattant trotkyste dans les Brigades internationales 2. Sur Îa révolution cubaine SÉRIE « CLASSIQUE » 1. Léon Trorsky, La Révolution permanente en Russie 2. Léon TrorskY, Nature de l'Etat soviétique 3. Crosse en l'air. Le mouvement ouvrier et l'armée 1900-1914 4. Léon Trorsky, Classe ouvrière, parti et syndicat 5. L'agonie du capitalisme et les tâches de la IV° Internationale Dose de transition 1938) 6. L'ennemi est dans notre pays (l'antimilitarisme révolutionnaire après 1918) 7. Léon Trorsky, Les Leçons d'Octobre 8. LÉNINE et TroTsky, Sur la Commune de Paris 9. Lénine contre Staline 10. Les Etats-Unis socialistes d'Europe 11. Léon Trorsky, Discussion sur le programme de transition SÉRIE « MARX OU CRÈVE » 1. Marxisme et petite-bourgeoisie 2. Denise AVENAS, Trotsky marxiste 3. « Lutte Ouvrière » et la révolution mondiale 4. « Lutte Ouvrière» ou la tendance prolétarienne 5, Qu'est-ce que l'AJ.S. ? LIVRE DE POCHE ROUGE 1. Ce que veut la Ligue communiste 2-3. Léon Trorsky, Les Crimes de Staline. 4-56. Ernest ManNDEL, Contrôle ouvrier, conseils ouvriers, autogestion] HORS COLLECTION Pour lire « La Révolte de la mer Noire». André Marty révolutionnaire
«La IV° Internationale [...] n'a pas besoin d'être "proclamée". Elle existe et elle lutte. Elle est faible. Oui, ses rangs sont encore peu nombreux, car elle est jeune. Ce sont jusqu'à maintenant, surtout des cadres. Mais ces cadres sont le seul gage de l'avenir révolutionnaire qui mérite réellement ce nom. Si notre Internationale est encore faible en nombre, elle est forte par la doctrine, le programme, la tradition, la trempe incomparable de ses cadres. Que celui qui ne voit pas cela aujourd'hui, reste encore à l'écart, Demain, ce sera plus visible. »
L'agonie du capitalisme et les tâches de la IV° Internationale Léon TROTSkY, Programme de transition, 1938.
Abréviations utilisées :
P.C.IL. : Parti Communiste Internationaliste ;
P.C.F. : Parti Communiste Français ;
I.C. : Internationale Communiste ;
QI. : Quatrième Internationale ;
— M.T.LD. : Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques ;
— E.LN. : Front de Libération Nationale :
— F.U.A. : Front Universitaire Antifasciste.
III
En guise de justification
À l'énoncé du sujet, une double question vient à l'esprit; tout d'abord : pourquoi la question coloniale et ensuite pourquoi la IV° Internationale, Nous pourrions certes répondre pourquoi pas, mais ce serait simplifier les problèmes.
En 1919, Leroy-Beaulieu, théoricien de l’expansionnisme colonial déclarait : « Le x1x° a été l’âge héroïque de la colonisation, ii se pourrait que le xx° en fut l’âge critique.» Ce qui à l'époque fut considéré comme une boutade peut apparaître avec le recul de l'histoire comme une vision prophétique. Le x1x° avait vu la constitution de vastes empires coloniaux, le xx° a été marqué par le problème de la décolonisation et ses luttes. Plus particulièrement après la Seconde Guerre mondiale. La France fut certainement, avec la Grande-Bretagne mais avec un degré moindre, le pays pour lequel la question fut d'une actualité des plus brûantes.
Dans le processus révolutionnaire mondial, les mouvements coloniaux ont constitué une étape importante. En effet le début de ce siècle et l'immédiat après-guerre se caractérisèrent par une montée générale de la révolution dont le symbole fut la victoire des bolcheviks en 1917. Mais la période de l'entre-deux-guerres marqua la stagnation et parfois l'écrasement physique du mouvement révolutionnaire ; mais aussi l'apparition des premiers mouvements importants dans les colonies. Les changements qui suivirent le second conflit mondial marquèrent un nouvel essor révolutionnaire, se traduisant par l'émergence du « problème » colonial dans le sillage de la révolution chinoise de 1949. Le tiers monde fut projeté à l'avant-scène de l'actualité ; les empires se disloquaient aussi bien en Asie (Inde, Indonésie, Indochine) qu'en Afrique (Afrique du Nord, Afrique noire) souvent sous la pression de violentes luttes.
La constitution par la France d’un empire colonial se heurta à l'opposition du mouvement ouvrier : celui-ci fut à la tête des luttes contre les expéditions coloniales. Les socialistes les dénoncèrent, tel Jaurès, avec cependant des nuances, allant jusqu’à l'ambiguïté.
La lutte des peuples coloniaux affaiblissait le capitalisme mondial et ainsi aidait les travailleurs des métropoles coloniales. Mais la réciproque, c’est-à-dire le soutien aux luttes des peuples colonisés, fut très insuffisante, la cause en est la politique des partis se réclamant de la classe ouvrière. La S.F.I.0. se situa au niveau des déclarations humanitaires, tout en fournissant, comme ministres, de vaillants défenseurs des intérêts du capitalisme colonial. L'étude de Jacob Monéta! sur la politique du P.C-F. et la question
1. Jacob Monéra, Le P.C.F, et la question coloniale.
coloniale est révélatrice d'une pratique chauvine à quelques exceptions près. Environ cinquante années de luttes violentes permettent de dégager les lignes dominantes de la politique d’un parti, sans ambiguïtés.
Pour beaucoup de gens, le mouvement trotskyste a semblé dérisoire. Il n'a joué qu'un faible rôle dans le cours des événements, vu ses faibles effectifs, jusqu’à une période récente. Ses crises peuvent apparaître aujourd'hui comme des tempêtes dans un verre d’eau, il en fut cependant de même pour beaucoup de mouvements ouvriers à leurs débuts.
Le mouvement trotskyste a une importance historique et ce, pas seulement de par la personnalité de Léon Trotsky, mais aussi par l'action de ses militants contre lesquels la répression fut acharnée. Il ne s'agit pas pour nous de réécrire l’histoire mais d'étudier les positions et la pratique de la IV° Internationale face à la question coloniale. Elle a su rester fidèle à l’internationalisme prolétarien surmontant ses propres limites, en outre sa faiblesse numérique.
De l’Internationale communiste à la Quatrième internationale
1. DES FONDEMENTS THEORIQUES DE LA QUESTION COLONIALE
Le mouvement trotskyste, tout au long des luttes qui ont marqué les cinquante dernières années, a défendu et enrichi le marxisme révolutionnaire tel qu’il fut formulé par Marx jusqu'aux premiers congrès de l’Internationale communiste. Ces derniers constituent en quelque sorte la base théorique de la IV: Internationale, précisément au sujet de la question coloniale, Le premier congrès, tenu en mars 1919, se termina par un manifeste au prolétariat du monde entier, rédigé par Trotsky. Il déclarait entre autres? : « La dernière guerre qui a été dans une large mesure une guerre pour la conquête des colonies, fut en même temps une guerre faite avec l'aide des colonies. Dans des proportions jusqu'alors inconnues, les peuples coloniaux ont été entraînés dans la guerre européenne. Les Hindous, les Nègres, les Arabes, les Malgaches se sont battus sur la terre d'Europe au nom de quoi ? Au nom de leurs droits à demeurer plus longtemps esclaves de l'Angleterre et de la France. Jamais encore le spectacle de la malhonnêteté de l'Etat capitaliste n'avait été aussi édifiant dans les colonies ; jamais le problème de l'esclavage colonial n'avait été posé avec une pareille acuité.
De là une série de révoltes ou de mouvements révolutionnaires dans toutes les colonies. En Europe même l'Irlande a rappelé par de sanglants combats de rues qu’elle était encore et qu'elle avait conscience d’être un pays asservi. À Madagascar, à Annam, en d'autres lieux, les troupes de la république bourgeoise ont eu plus d'une fois, au cours de la guerre, à mater des insurrections d'esclaves coloniaux. Dans l’Inde, le mouvement révolutionnaire n'a pas cessé un seul jour. Il a abouti en ces derniers temps à des grèves ouvrières grandioses, auxquelles le gouvernement britannique a répondu en faisant intervenir à Bombay les automobiles blindées.
22e Quatre Premiers Congrès de l'Internationale communiste, p. 22,
« Ainsi la question coloniale est posée dans toute son ampleur, non seulement sur le tapis vert du congrès de Paris, mais dans les colonies mêmes. Le programme de Wilson a pour but, dans l'interprétation la plus favorable, de changer l'étiquette de l'esclavage colonial. L'affranchissement des colonies n’est concevable que s’il s'accomplit en même temps que celui de la classe ouvrière des métropoles. Les ouvriers et les paysans non seulement de l'Annam, de l'Algérie ou du Bengale, mais encore de Perse et d'Arménie, ne pourront jouir d’une existence indépendante que le jour où les ouvriers de France et d'Angleterre, après avoir renversé Llyod George et Clemenceau, prendront entre leurs mains le pouvoir gouvernemental. Dès à présent dans les colonies les plus développées, la lutte n'est plus engagée seulement sous le seul étendard de l’affranchissement national, elle prend de suite un caractère social plus ou moins nettement accusé. Si l'Europe capitaliste a entraîné malgré elles les parties les plus arriérées du monde dans le tourbillon des relations capitalistes, l'Europe socialiste à son tour viendra secourir les colonies libérées avec sa technique, son organisation, son influence morale, afin de hâter leur passage à la vie économique régulièrement organisée par le socialisme.
« Esclaves d'Afrique et d'Asie : "L'heure de la dictature prolétarienne en Europe sonnera pour vous comme l'heure de la délivrance.” Les préambules aux statuts de l’Internationale communiste déclarent : "L'internationale communiste rompt pour tout jamais avec la tradition de la IT Internationale pour laquelle n’existaient en fait que les peuples de race blanche. L'Internationale communiste fraternise avec les hommes de race blanche. L'Internationale fraternise aussi avec les hommes de race jaune, noire, les travailleurs de toute la terre’, » :
Les 21 conditions d'admission à l’Internationale communiste furent définies à son deuxième congrès (juillet 1920); deux abordent la question coloniale : la quatrième : « Le devoir de propager les idées communistes implique la nécessité absolue de mener une propagande et une agitation systématique et persévérante parmi les troupes. Là où la propagande ouverte est difficile par suite de lois d’exceptions, elle doit être menée illégalement ; s'y refuser serait une trahison à l'égard du devoir révolutionnaire et par conséquent incompatible avec l'affiliation à la III° Internationale*. » Cela concernait aussi bien les troupes coloniales engagées en Europe que les soldats français qu'on engageait pour réprimer les mouvements coloniaux.
La huitième condition était la suivante : « Dans la question des colonies et des nationalités opprimées, les Partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations, doivent avoir une ligne de conduite particulièrement claire et nette. Tout parti appartenant à la III° Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de ’ses” impérialistes dans leurs colonies, d'exiger l'expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et de nationalités opprimées et d’en-
3. Ibid., p. 31. 4. Ibid., p. 39.
tretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux. »
Le II° congrès de l'Internationale communiste ne se contenta pas seulement d'énoncer les 21 conditions d'admission, il adopta un certain nombre de thèses et d’additions constituant les directives de travail pour le mouvement communiste. C'est ainsi que les thèses et additions sur les questions nationale et coloniale* délimitent le cadre théorique dégageant ainsi les problèmes liés à la question coloniale. Il est tout d'abord rappelé le rôle que doivent jouer les travailleurs des pays impérialistes, en premier lieu la subordination des intérêts de la lutte prolétarienne dans un pays à l'intérêt de cette lutte dans le monde entier. Cette importance du mouvement révolutionnaire aux colonies pour la révolution prolétarienne internationale entraîne comme conséquences pratiques une action intensive aux colonies de la part des P.C. des puissances impérialistes. C'est-à-dire que « chacun des P.C. des pays possédant un domaine colonial doit se charger d'organiser systématiquement une aide matérielle et morale au mouvement ouvrier des colonies’ ».
Mais les points les plus importants, déterminants pour le travail communiste sont la question agraire et les rapports avec les mouvements nationalistes bourgeois; ils constituent d’ailleurs dans le mouvement communiste les principaux sujets de discus- Sion sur la question coloniale et nous aurons à y revenir.
Pour l’Internationale communiste ce serait une erreur d’appliquer des principes communistes à la question agraire dans les pays coloniaux, en effet « dans son premier stade, la révolution dans les colonies doit avoir un programme comportant des réformes petites-bourgeoises telles que la répartition des terres‘ ».
Vis-à-vis du mouvement démocratique bourgeois et nationaliste, les rapports ne peuvent être que temporaires et excluent toute fusion, le mouvement communiste même embryonnaire doit conserver son indépendance.
Lors du IV*° congrès (novembre 1922) les problèmes du travail avec les mouvements nationalistes bourgeois furent de nouveau abordé dans Les Thèses sur la question d'Orient : « l’'Internationale Communiste soutient le mouvement national-révolutionnaire dirigé contre l'impérialisme tout en sachant qu'une victoire des masses opprimées n'est possible que par leur participation à la lutte active sur une ligne révolutionnaire conséquente. L'Internationale Communiste lança le mot d'ordre du front anti-impérialiste unique qui doit permettre la mobilisation de toutes les forces révolutionnaires dans la perspective d'une lutte de longue haleine mais aussi contribuer à « démasquer les hésitations et les incertitudes des divers groupes du nationalisme bourgeois. » 11 y a là un travail de clarification à effectuer" pour la conscience de classe des travailleurs afin que ceux-ci comprennent que « les
5. Ibid., p. 40.
6. Ibid., p. 57 à 60. 7. Ibid., p. 178.
8. Ibid., p. 60.
9. Ibid., p. 174.
10. Zbid., p. 1717.
tâches objectives de la révolution coloniale dépassent le cadre de la démocratie bourgeoise!! ».
La mise en pratique des thèses théoriques ne se fit pas toujours sans mal; l'Internationale Communiste constata d’ailleurs que «la création aux colonies (Egypte et Algérie) d'organisations communistes européennes isolées n'est qu'une forme déguisée de la tendance colonisatrice et un soutien des intérêts impérialistes"? ». Si le II° congrès de l’Internationale Communiste dénonça l'internationalisme en paroles de la II° Internationale, il déclara également que « cela aussi se voit parmi les partis qui s'intitulent communistes». Ces dénonciations visaient divers partis, mais plus particulièrement le P.C.F. qui posait d’ailleurs d’autres problèmes.
Lors du IV* congrès fut adoptée une résolution sur la question française. Trotsky qui en était le rapporteur dénonça comme un grand scandale la résolution de la section de Sidibel-Abbes (Algérie) qualifiée de point de vue esclavagiste sous une phraséologie pseudo-marxiste et il déclara qu'on ne pouvait « tolérer deux heures ou deux minutes des camarades qui ont la mentalité de possesseurs d'esclaves“ ». Le point 9 du programme de travail et d'action du P.C.F. déterminé par le IV° congrès énonce que « le parti doit prendre en main la cause des populations coloniales exploitées et opprimées par l'impérialisme français, soutenir leurs revendications nationales constituant des étapes vers leur libération du joug capitaliste étranger, défendre sans réserve leur droit à l'autonomie ou à l'indépendance, lutter pour leurs libertés politiques et syndicales sans restrictions, contre la conscription des indigènes, pour les revendications des soldats indigènes ; telle est la tâche immédiate du parti” ».
La question coloniale se situa encore au cœur des débats du Congrès des Peuples d'Orient tenu à Bakou en 1920 dont les participants déclaraient : « Nous ne voulons pas ressembler à la II° Internationale. Nous disons qu’il n'y a pas seulement au monde des hommes de race blanche, qu’il n'y a pas que les Européens dont la IT° Internationale se préoccupait exclusivement.
« Nous sommes convaincus que nous ne pouvons abolir définitivement l'exploitation de l'homme par l’homme que si nous allumons l'incendie révolutionnaire non seulement en Europe et en Amérique, mais dans le monde entier, si nous sommes suivis par cette portion de l'humanité qui peuple l'Asie et l'Afrique. »
Mais cet appel à un embrasement révolutionnaire à l'échelle mondiale ne répôndit pas à l'espoir de ceux qui le lancèrent ; bien que se produisirent un certain nombre de révoltes coloniales, tels les soulèvements du Rif et de Syrie contre la domination colonialiste française dans les années 1924-25 et qu'apparut la montée d'un esprit de lutte dans les masses algériennes, tunisiennes et aussi indochinoïises.
11. Jbid., p. 176.
12. Ibid, p. 178.
13. Ibid., p. 58.
14. Cf. MonérA, Bulletin communiste n° 2-3, p. 28. 15. Quatre Premiers Congrès de l'I.C., p. bi. 16. Congrès des Peuples d'Orient, Maspero.
II. DE L'OPPOSITION DE GAUCHE À LA IVe INTERNATIONALE
C'est dans cette même période, à partir de 1923, que naît le mouvement « trotskyste » lorsque commença la dégénérescence stalinienne. A travers les luttes dans la III° Internationale, marquées par des exclusions, se dégagèrent divers courants centrifuges. L'opposition de gauche en fut le plus important et le plus cohérent avec Léon Trotsky en figure de proue, défendant la lutte pour la révolution permanente contre la théorie du « socialisme en un seul pays », « la lutte pour le maintien d'une politique révolutionnaire mondiale du prolétariat contre la politique nationaliste-réactionnaire de la bureaucratie soviétique” ». En France dans ces dernières années apparurent divers groupes oppositionnels au P.C.F., mais souvent hétérogènes. C'est alors que se constitua le groupe (onze membres dont A. Rosmer, P. Frank, R. Molinier) qui faisait paraître le 15 août 1929 La Vérité, hebdomadaire de l'opposition de gauche en France.
En avril 1930, la plupart des membres se retrouvèrent dans la création de la Ligue Communiste devant constituer une fraction solide de l'opposition de gauche ; le même mois se réunit la première conférence internationale des bolcheviks-léninistes, donnant ainsi naissance à un centre international très faible à l'époque. 2 S
La période a été marquée par une série de grèves en Tunisie, Algérie, Indochine, par la répression à Madagascar. Face à cette situation, les militants de la Ligue Communiste était partie prenante du combat anticolonialiste, À ce sujet Yvan Craipeau écrit" : « De plus presque tous les ouvriers de la région parisienne se trouvaient être des militants immigrés. Non par hasard. Chassés de leur pays, par la réaction, ils constituaient une avantgarde particulièrement combative; ils ne bornaient pas leurs préoccupations à leurs problèmes nationaux. Ils étaient portés vers une vision plus large, plus internationaliste des problèmes ; ils avaient davantage tendance à approfondir les questions. Cette forte proportion d'étrangers comportait ses avantages, elle garantissait le caractère profondément internationaliste de la Ligue, la portée internationale de ses préoccupations. C'est ainsi que la Ligue fut toujours au premier rang dans la lutte anticolonialiste ; une de ses premières manifestations publiques (mai 1930) fut la démonstration d'une centaine de manifestants indochinois et français devant l'Elysée pour protester contre l'assassinat des révoltés de Yen Bay”. Parmi les manifestants indochinois, certains allaient être renvoyés dans leur pays et allaient y jouer un rôle de premier plan dans le réveil des masses populaires : au premier rang Ta-Tu-Thau”. »
17. P. FRANK, La IV* Internationale, p. 20.
18. Le Mouvement trotskyste en France.
19. Yen Bay : Insurrection le 10 février 1930 préparé par le V.N.O.D.D.
parti nationaliste. Son échec fut suivi d’une répression féroce.
20. Ta-Thu-Thau : militant trotskyste vietnamien. Fonda en 1928 le arti annamite de l'indépendance aussitôt dissous. Sa participation à a manifestation de mai 1930 lui valut son expulsion par le gouvernement Tardieu. En 1931 fonde à Saigon le groupe «La Lutte». Elu conseiller municipal, fut l'âme du mouvement de libération de la ville,
Certes une centaine de manifestants, au rang desquels militants trotskystes et autres anticolonialistes, cela pouvait paraître dérisoire surtout si l’on songe à la puissance de l'empire colonial français. Mais il faut aussi se rappeler que dans la période de l'entre-deux-guerres les questions coloniales ne concernaient qu'une infime partie de l'opinion publique et que si les militants anticolonialistes semblaient prêcher dans le désert, les colonialistes n'avaient quant à eux guère plus d'audience.
Le combat anticolonialiste des militants trotskystes était malheureusement limité du fait de leurs faibles forces numériques, et de plus ils ne disposaient d'aucun militant dans les pays coloniaux, sauf dans l’Annam. Leur travail se traduisait la plupart du temps par des articles de journaux popularisant les luttes dans les pays coloniaux, dénonçant la répression de l'impérialisme français ; il y avait également le travail dans le cadre syndical aux côtés des travailleurs immigrés pour l'éducation de la classe ouvrière contre le chauvinisme, tentant d’impulser si possible des mobilisations de soutien. Des liens s'étaient aussi créés entre le mouvement trotskyste et les autres groupes anticolonialistes et les divers mouvements luttant dans les colonies, tels l'Etoile Nord-Africaine ( en Algérie, créée en 1924), le Néo-Destour (en Tunisie), les groupes indochinoïis ; ils se traduisaient parfois par une participation commune à des meetings.
Ces liens ne signifiaient pas cependant un soutien total à ces divers mouvements nationalistes bourgeois (seule l'Etoile Nord- Africaine avait une base sociale prolétarienne).
Fidèle aux quatre premiers congrès de l’Internationale Communiste, le mouvement trotskyste gardait son entière autonomie, ne se faisant pas faute de critiquer ces divers mouvements, défendant les thèses de la révolution permanente que venait de formuler Trotsky. Ainsi la seconde déclare que : « Pour tout pays à développement bourgeois retardataire et en particulier pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la théorie de la révolution pernente signifie que la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de libération nationale ne peut être que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes’!. »
Dans la onzième il est notamment dit : « Le schéma du développement de la révolution mondiale tracé plus haut élimine la question des pays ’müûürs ou non mûrs” pour le socialisme, selon cette classification pédante et figée que le programme actuel de l'Internationale Communiste a établie Les différents pays y arriveront avec des rythmes différents. Dans certaines conditions, des pays arriérés peuvent arriver à la dictature du prolétariat plus rapidement que les pays avancés, mais ils parviendront au socialisme plus tard que ceux-ci”, »
La décennie de 1929 à 1939 fut fertile en événements déterminants pour le mouvement ouvrier international. Dans ce contexte,
Plusieurs fois condamné, même sous le Front Populaire. Arrêté en mai 1937, pour avoir proclamé sa solidarité avec le mouvement de grève de l'hiver 1936-1937 en Indochine. Condamné en juillet à 2 ans de prison et 5 d'interdiction de séjour. Arrêté le 21 août 1945, acquitté par le tribunal populaire. Assassiné le 31 août lors de son transfert de prison par son geôlier stalinien. (Voir document N° 20),
21. Léon Trorsky, La révolution permanente, p, 228.
22. Op: cit., p. 233,
ni
bien qu’à une moindre mesure, la période fut capitale pour l'opposition de gauche, ses analyses et sa pratique: la situation coloniale se caractérisait par l'essor des luttes auxquelles répondait une accentuation de la répression.
En juillet 1933, fait important, Trotsky arrivait en France bénéficiant d'un visa de séjour ; et malgré une surveillance policière, il militait à nouveau, participant à plusieurs reprises à des réunions de la direction de la Ligue et contribuant à la création de la Ligue Communiste Internationaliste, fin août, qui marquait la rupture avec la IIT° Internationale. Cependant les forces du mouvement restaient dérisoires pour les tâches de la période, Trotsky parevent la situation révolutionnaire mûrissant dans le pays. La
igue comptait une centaine de militants présents partout, mais peu insérés dans le mouvement ouvrier, et disposait de La Vérité tirant à environ 3000 exemplaires avec beaucoup de difficultés.
L'année 1934 fut déterminante pour le mouvement trotskyste français avec l'adoption malgré de nombreuses réticences, le 29 août, de l'entrisme à la SFI.O., c'est-à-dire de l'entrée des militants trotskystes avec « leur programme et leurs idées ». Les premières conséquences pratiques en furent la disparition de la Ligue Communiste au bénéfice du « groupe bolchevik-léniniste » (G.BL.) de la SFIO., La Vérité en devenant l'organe. Mais le passage fut bref, les premières sanctions vinrent frapper les dirigeants des Jeunesses de la Seine pour trotskysme : les vénérables dirigeants de la S.FI.O récompensant ainsi leur militantisme. Fin 1935 sonnait l’heure de la sortie pour le G.B.L. de la S.F.I.O., sans les résultats escomptés et qui plus est, avec de nombreuses dissensions dans l'organisation. Pour le mouvement commençait une période de crise se traduisant par la création de divers groupes très faibles ayant leurs propres journaux, « frères ennemis ».
Mais la pression des événements (victoire électorale du Front populaire) et les sévères avertissements de Trotsky allaient permettre une unification le 2 juin 1936 avec la constitution du Parti Ouvrier Internationaliste (P.O.I.) avec pour journal La Lutte ouvrière aussitôt saisi par le gouvernement Blum.
Le calme n'était pas revenu dans les territoires coloniaux, où d'intenses luttes se déroulaient, exacerbées par les répercussions de la crise économique. Les principaux foyers d'agitation restaient l'Afrique du Nord et l’Indochine. De nombreuses grèves éclataient prenant parfois un caractère insurrectionnel : ainsi en Indochine où se produisirent des révoltes paysannes au cours des années 1930-1931, se combinant avec des grèves ouvrières ; la répression brutale décapita le mouvement nationaliste par de nombreuses arrestations, et il y eut treize condamnations après l'insurrection de Yen-Bay.
En Tunisie éclatait une grève générale du 2 au 9 septembre 1934, le bilan en fut plusieurs morts et de multiples arrestations. La même année, l'Algérie fut troublée par des manifestations et des grèves dans les grands centres. Au Maroc, en 1934, se constitua un « Comité d'action marocain ».
La victoire aux élections d’avril-mai 1936 du Front populaire eut un grand retentissement pour les masses coloniales soumises à la domination de l'impérialisme français, Ce fut une caisse de résonance pour les luttes : en Algérie les travailleurs indigènes
participèrent en nombre aux grèves, se heurtant parfois à la police et à la troupe.
Le Front populaire libéra un certain nombre de détenus politiques et permit l'existence d'organisations légales. Cependant tout était relatif, on se contenta de faire permuter les gouverneurs des colonies ; quant au militant trotskyste vietnamien Ta- Thu-Thau arrêté par le gouvernement Blum, il ne fut mis en liberté provisoire qu'après une grève de la faim.
Dans le domaine colonial, comme ailleurs, le Front populaire se montra fort prudent, proposant aux masses algériennes le projet connu sous le nom de Blum-Violette, devant donner le droit de vote à quelques milliers d’indigènes « les plus évolués » ; projet sans suite d’ailleurs, car jamais adopté et ne répondant en rien aux espérances des masses des pays coloniaux.
Le reflux qui suivit l'explosion révolutionnaire allait se traduire par de nouvelles dissensions dans le mouvement trotskyste entre les fractions rivales dont les résultats furent un affaiblissement au moment où l'impérialisme frappait dans les colonies. Ainsi le gouvernement du Front populaire décréta, le 26 janvier 1937, la dissolution de l'Etoile nord-africaine (qui avait demandé son adhésion au Rassemblement populaire), la raison donnée : elle était « une organisation séparatiste dont l'action est nettement dirigée contre la France ».
Le Néo-Destour fut également dissous à la suite de l’'émeute qui éclata le 8 avril 1938, aux cris de « La Tunisie aux Tunisiens » : lourd bilan de vingt morts et de nombreux blessés, auquel il faut njouter l'habituel cortège d'arrestations (dont Bourguiba).
C'est dans le contexte politique marqué par les accords de Munich que Trotsky posa à nouveau le problème de la création
de la IV* Internationale qui devait assurer la continuité historique du mouvement révolutionnaire au moment où selon Trotsky s'ouviait une période extrêmement difficile pour le mouvement ouvrier, Lors de cette conférence de fondation du 3 septembre 1938, Trotsky soumit à l'assemblée le programme de transition devant servir de base à l'activité de la ÎV*° Internationale
pour toute une période, programme qui était le résultat du travail de clarification mené dans l'opposition internationale. Le chapitre 15 est intitulé « Les pays arriérés et le programme de revendications transitoires », il détermine le rôle du prolétariat des pays arriérés qui « est contraint de combiner la lutte pour les tâches les plus élémentaires de l'indépendance nationale et de la démocratie bourgeoise avec la lutte socialiste contre l'impérialisme mondial” »… et précise que : « Les problèmes centraux :s pays coloniaux et semi-coloniaux sont : la révolution agraire, à-dire la liquidation de l'héritage féodal et l'indépendance ationale, c’est-à-dire le renversement du joug de l'impérialisme. Ces deux tâches sont étroitement liées l’une à l’autre, »
En application de ce programme, la presse du mouvement trotskyste continuait son patient travail de taupe, dénonçant l’impérialisme et plaçant la lutte anticolonialiste dans le cadre de la révolution permanente, Nous pouvons prendre pour exemple le numéro 156 (décembre 1938) de La Commune dans lequel parut
23. TROTSKY, Programme de transition, p. 45. 24. Ibid.
un article intitulé : « Âvec les peuples coloniaux contre l'impérialisme français. »
« Echanges d’imprécations entre patriotes français et italiens. La Tunisie, la Corse, Djibouti sont convoités par l'impérialisme italien affamé. Chacun invoque ‘des droits” qu'il affirme légitimes et imprescriptibles.
« Ces droits se sont acquis par les pillages, les tortures et les assassinats de milliers d'être humains nés sur les terres d'Asie et d'Afrique. Les populations indigènes ont été exploitées de façon beaucoup plus odieuse que ne le sont les travailleurs européens. Les impérialismes se disputent le droit d'exploiter les peuples coloniaux, leur sol et leur sous-sol.
« Aucun prolétaire ne prendra le parti de son impérialisme. Nous ne voulons pas défendre les rapines de nos exploiteurs en Algérie, en Indochine, etc. Nous ne pouvons pas être libres tant que ces peuples seront exploités.
« Nous n'implorerons pas non plus les brigands impérialistes français à se montrer plus ”’compréhensifs” envers les exploités des colonies pour les intéresser à se faire tuer au profit du drapeau tricolore contre les prétentions d’autres exploiteurs. Nous ne sommes pas partisans de donner comme le fait El Ouma journal du Parti populaire algérien succédant à l'Etoile nord africaine dissoute, des conseils à la démocratie française pour, déjouer les ambitions fascistes.
« Nous faisons la guerre à l'impérialisme français. Nous sommes avec les Nord-Africains qui veulent le chasser, avec les Indochinois qui veulent le chasser, avec tous les peuples coloniaux qu'il opprime. Nous sommes avec les Alsaciens-Lorrains qui veulent être autonomes, nous sommes avec les autonomistes bretons qui viennent d'être condamnés.
« Bolcheviks-léninistes, nous continuons la tradition de l'Internationale communiste du vivant de Lénine. Nous sommes aux côtés des peuples coloniaux qui luttent pour leur émancipation. La Tunisie aux Tunisiens ! le Maroc aux Marocains! À la porte les exploiteurs !
« Les soulèvements des peuples coloniaux ne pourront triompher (et non être utilisés comme ils le sont actuellement par les impérialistes fascistes) que si le prolétariat révolutionnaire intervient indépendamment avec son programme, en mettant sur son drapeau les mots d'ordre démocratiques du problème agraire. Cette politique les bolcheviks-léninistes l'avaient défendue en Chine dès 1926 contre la participation stalinienne au Kuomintang, le premier front populaire, qui entraîna l'écrasement de la révolution chinoise. Au moment où les staliniens ont sombré dans le service le plus complet de l'impérialiste, plus que jamais nous disons aux travailleurs que pourrait troubler dans la rivalité franco-italienne, l'argument ‘démocratie contre fascisme” : non il n’y a pas de démocratie aux colonies. Notre ennemi est chez nous ; pour le battre, soyons solidaires des esclaves qui se soulèvent contre lui.»
A la veille de la guerre, la situation des pays coloniaux avait beaucoup évolué : en effet au lendemain du premier conflit mondial, les puissances colonialistes, quoique affaiblies, n’en avaient pas moins conservé leur domaine impérial et s'étaient même partagé l'empire colonial allemand.
Mais l'agitation permanente, malgré la répression, avait contri-
bué à éveiller la conscience nationale des peuples coloniaux et leur esprit de résistance à l'impérialisme. La période de l'entredeux-guerres fut une phase de préparation avant l'explosion, la révolte de Yen-Bay, une organisation comme l'Etoile nord-africaine avec toutes ses faiblesses et ses limites étaient les signes annonciateurs des mouvements de l’après-deuxième-guerre.
Face à cette situation, il faut constater que pour l'opinion publique métropolitaine, le problème colonial n'était pas au premier plan de la scène politique marquée par la montée du fascisme, la guerre d’Espagne, le Front populaire. Le réveil n’en fut que plus brutal. Pour le P.C.F., la question coloniale était passée à l'arrière-plan des congrès et il en vint à privilégier son propre impérialisme face aux autres (ce tournant fut une des raisons de l'exclusion d'A. Ferrat, expert des questions coloniales). La IV' Internationale, fidèle à l’internationalisme prolétarien, continuait, certes le plus souvent à travers sa presse, le combat anticolonialiste luttant ainsi contre le chauvinisme et l'opportunisme.
Le P.C.I. face à la montée des luttes de libération nationale
I. NOUVELLES DONNEES : PREMIERES EXPLOSIONS, REPRESSION ACCRUE
La Seconde Guerre mondiale eut pour conséquences de grands bouleversements dans tous les domaines, en particulier le domaine colonial, où elle eut un grand retentissement.
En effet la période d'avant-guerre se caractérisait dans la men:talité indigène par une sorte de crainte respectueuse à l'égard de l'Européen, ce complexe d'infériorité se traduisant parfois dans le domaine politique par le refus de la revendication d’indépendance. Les désastres de l’année 1940 mirent à nu les rivalités entre les pays capitalistes européens et influèrent sur les mentalités indigènes, faisant perdre aux pays impérialistes (la France en particulier) cette espèce d’auréole de supériorité. Cela fut surtout sensible dans l'Asie du Sud-Est avec le rôle joué par le Japon, l’Asiatique assurant la relève de l’Européen. L’effondrement du Japon à la fin de la guerre fut alors mis à profit par les divers nationalismes pour occuper la place vide, avant le retour des colonialistes alliés. Ainsi, le 2 septembre 1945, était proclamée la république démocratique du Viet-Nam indépendante.
Le conflit mondial a, d'autre part, permis aux nationalismes de s'affirmer au moment où les pays colonialistes étaient divisés.
Cela fut sensible en Afrique du Nord, tirant profit de la situation de malaise créée par le dualisme politique. Au Maroc les diverses tendances nationalistes s'unissaient en janvier 1944 pour fonder le parti de l’Istiqlal (Indépendance). En Algérie Ferhat Abbas publiait en 1943 le Manifeste algérien, réclamant un Etat algérien autonome lié à la France par une structure fédérale. L'Afrique noire restait un lieu de calme servant de fournisseur de matières premières et produits alimentaires, cependant qu'apparaissaient les nouvelles élites se substituant aux chefs traditionnels.
Pour leur part, les puissances coloniales avaient pris conscience de l'évolution des mentalités dans les pays coloniaux. Afin de préserver leur domination, elles envisagèrent alors un certain nombre de concessions leur permettant de mieux distinguer les
luttes coloniales. C'est dans cette perspective que s'était tenue ia conférence de Brazzaville (en l'absence de toute participation indigène) au début de l’année 1944, pour l'élaboration de la nouvelle formule coloniale écartant « toute idée d'autonomie, toute possibilité d'évolution hors du bloc français de l'Empire», La suite logique de cette mansuétude pour les peuples coloniaux se traduisit dans la formulation de l’Union française évoquée tout panord ca eats 1945 et qui fut adoptée par le parlement le 28 septembre À
L'épreuve de la guerre vit les militants trotskystes combattre une fois de plus à contre-courant en luttant pour le défaitisme révolutionnaire contre le chauvinisme qui emportait tout le mouvement ouvrier traditionnel, Au moment où les groupes « centristes » (tel le P.S.O.P.) se dispersaient, les trotskystes déployaient une activité considérable, compte tenu de leurs effectifs, éditant clandestinement journaux et publications, organisant des groupes de soldats allemands révolutionnaires. .
Certes la pression des classes ennemies se reflétait aussi sur les «divers groupes trotskystes entraînant des déviations, que la lutie politique cependant permit de surmonter. L'aboutissement de ce travail fut marqué en février 1944 par la réunion d’une conférence européenne de la IV° Internationale, dont l’un des premiers résultats fut la fusion du POI, du C.C.I. (Comité communiste internationaliste) et du groupe Octobre, formant le P.C.I, section française.
Algérie : 1945
Dès ln libération, In question coloniale, sous la pression des dvénements, se trouva à l'ordre du jour de la section française réunitiée, En effet le 8 mai 1945 (jour de la libération) éclataient de violentes émeutes en Algérie, principalement dans les villes de Sétif et de Guelma, dues au mécontentement populaire, causé pur In pénurie alimentaire et reprenant la revendication d’indépendance, mot d'ordre du Manifeste du peuple algérien, adopté ar le Parti populaire algérien. Si la « France libre » avait donné un citoyenneté française à quelques dizaines de milliers de musulmans, elle retrouva très vite son vrai visage car la répression fut très féroce, menée par la police et l’armée et avec le concours de l'aviation. On dénombra plus de 40000 victimes indigènes et environ une centaine d’Européens. Pour le P.C.F. qui faisait alors partie du gouvernement, il s'agissait d’une provocation, résultat du «complot fasciste en Afrique du Nord» (L'Humanité, 10 juin 1945); le Comité central du P.C.F. publiait d'ailleurs, le 12 mai 1945, un communiqué indiquant : « Il faut tout de suite châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l'émeute. » Cependant on peut noter que dans l'Histoire du P.C.F. (Editions Sociales 1964), celui-ci a donné une autre version, oubliant sa théorie du complot et rectifiant sa position. :
Tout autre fut la position du P.C.I, cornme en témoigné sa presse, apportant son soutien total aux revendicatioris démocräliques des masses algériennes, dénonçant la duperie de l'Union lrançaise, réclamant l'indépendance immédiate de l'Algérie, au contraire du Parti communiste algérien qui « lutte nour le ren-
forcement de l'union du peuple algérien avec le peuple de France. pour une démocratie véritable» (L'Humanité, 30 juin 1945). Le P.C.I. se trouvait aux côtés des travailleurs algériens en lutté contre l'impérialisme comme en témoigne sa participation a! meeting du Comité provisoire de défense des libertés démocra tiques en Algérie du 4 avril 1946 (voir Document n° 1).
Face à la montée des luttes dans les pays coloniaux. le P.C. se situait à un double niveau : tout d'abord soutien matériel et moral contre la répression et également au niveau théorique c'est-à-dire l'analyse marxiste des divers mouvements et leurs directions, des conditions spécifiques de chaque pays, le tou replacé dans le contexte économique et politique de la période! Dans cette perspective, la section française publia deux numéros spéciaux de la revue Quatrième Internationale en juin et sep tembre 1945 consacrés à la question coloniale. Dans le numérd de septembre, une citation de Lénine placée en exergue rappelail que : « L'éducation internationaliste des ouvriers dans les pay: urs doit se ramener fatalement à l’enseignement et à 14 du droit des nations opprimées à s'émanciper sans quoi il n'y a pas d'internationalisme. Nous avons le droit de traiter eñ impérialiste et en vaurien le social-démocrate d’une nation oppres seuse qui ne ferait pas cette propagande.» L'éditorial soulignaïif que : « La lutte émancipatrice des peuples coloniaux s'attaque aux bases mêmes de l'impérialisme. Elle constitue le meilleur app: de ln lutte du prolétariat métropolitain et particulièrement l'étape actuelle, elle peut devenir par son ampleur et par sd puissance, un facteur important de propulsion du mouvemen révolutionnaire en Europe. La dégénérescence opportuniste el chauvine des partis socialistes et communistes se manifeste entré autres par leur position actuelle envers les mouvements natio naux émancipateurs des pays coloniaux. »
Seule la IV* Internationale exerce une activité conforme au exigences primordiales de l'internationalisme prolétarien, à savoir : « La subordination des intérêts de la lutte prolétarienné dans un pays à l'intérêt de cette lutte dans le monde entier. ) (Thèses coloniales du II congrès de l’Internationale commu niste).
Le comité exécutif européen de la IV° Internationale lançaï aux travailleurs d'Europe un appel :
« Pour la défense des peuples coloniaux
— Appel aux dockers de Marseille et aux cheminots français de refuser le transport de matériel de guerre vers l’Extrême Orient (entre autres).
— Pas un soldat, pas un fusil contre les peuples coloniau
— À bas l'impérialisme! Vive la révolution coloniale!
— Indépendance totale et immédiate de toutes les colonies
— Vive la solidarité internationale des travailleurs ! »
Le même numéro publiait aussi des informations sur là situation en Algérie après les événements de maï et la répres: sion; un militant indochinois apportait des précisions sur 1a révolution indochinoise en marche, la constitution et la naturg du Viet-Minh et sur la nécessité de la solidarité internationalé
prolétarienne face aux intrigues des divers impérialismes. D'autre part, un article était consacré à un aperçu des événe ments du Levant où s'opposaient les impérialistes français ef
[L)
anglais pour la possession du Liban, et de la Syrie, ce qui eut pour conséquences pratiques des bombardements sur Damas, dont les victimes furent les populations autochtones, et aussi l'arrestation du gouvernement libanais.
n avril 1946, se tint une conférence internationale de la IV' Internationale qui adopta un certain nombre de résolutions dont l’une précisait les tâches aux colonies : « Nos sections duns les pays impérialistes métropolitains et dans tous les pays capi
listes ont le devoir de défendre activement la lutte émanvipatrice des peuples coloniaux contre l'impérialisme, même ans le cas où cette lutte est dirigée par des éléments nationalistes et démocrates-bourgeois. Elles revendiqueront les droits des peuples coloniaux à disposer d'eux-mêmes immédiatement #ans aucune limitation et s’opposeront énergiquement en faisant appel à l'action de solidarité internationale de la classe ouvrière, h lout envoi de troupe et d'armes aux colonies pour écraser leur révolution.» (Quatrième Internationale, avril-mai 1946.)
Madagascar : 1947
La période ouverte par l'émeute de Sétif fut d'une instahilité constante dans les colonies françaises, une révolte latente vouvait, elle éclatait parfois au grand jour comme à Sétif ou à Madagascar, la réponse étant toujours l'usage de la force. Cet de résistance, cette prise de conscience nationale se traent également dans les élections, malgré les pressions et lex fraudes caractéristiques des autorités (élevées d’ailleurs au niveau de l'institution avec le gouverneur socialiste Naegelen, ve qui donnait une assemblée beni-oui-oui). Ainsi lors du vote lu deuxième collège algérien (le premier étant réservé aux clioyens français) en juin 1946, sur 13 députés, onze appartennlent au Manifeste algérien; à Madagascar les deux députés élus étaient deux membres du Mouvement démocratique de la Rénovation malgache : Ravoahangy et Raseta; ceci au grand dam de l'administration qui soutenait un parti favorable à l'Union française, et qu'elle avait créé de toutes pièces.
Le M.D.R.M. avait été constitué en février 1946 et sa principale revendication était l'indépendance. La période de la guerre avait été durement ressentie par les masses sous le contrôle de Vichy, elles avaient fait face à la pénurie alimentaire, à l'exploitation des colons et elles avaient servi de réservoir pour les troupes. La « France libre» avait soulevé de l'espoir dans Ja population indigène par l'application de mesures libérales, mais les concessions n'allèrent guère loin. Dès le début de 1947 des imesu de rigueur étaient prises, les colons et l'administration n'appliquaient pas les nouvelles réglementations et multipliaient tracasseries et provocations.
Dans la nuit du 29 au 30 mars 1947, des éléments nationalisles attaquaient un camp militaire, coupaient une voie ferrée et massacraient quelques colons. Face à cette flambée, la répression fut l'une des plus sanguinaires du colonialisme français ; celui-ci utilisant d'ailleurs pour réprimer l'insurrection, des troupes sénégalaises selon le vieil adage : « diviser pour régner ». Elles furent aidées en cela par la police et les civils européens jouant les justiciers et multipliant les exécutions sommaires.
Selon un chiffre officiel, le bilan de la répression [ut de 89000 victimes.
Cela dut paraître d'ailleurs insuffisant à l'administration coloniale, qui afin de désarmer toute opposition légale, monta une provocation contre le M.D.R.M. et ses dirigeants qu'elle fit emprisonner. À la suite d'un procès dont la régularité fut des plus douteuses, furent condamnés à mort, les deux députés Raseta et Ravoahangy. Ils furent sauvés de l'exécution par la mobilisation de l'opinion publique métropolitaine, pour laquelle Madagascar était devenu «l'île des aveux spontanés», selon l'expression de La Vérité. L'impérialisme fran avait cependant atteint son but car le mouvement nationaliste malgache était décapité et ne devait plus inquiéter la domination coloniale.
II. L'INDOCHINE VERS LA REVOLUTION
La manière forte avait pu résoudre pour un temps les problèmes en Algérie et à Madagascar. Mais en Indochine l'impérialisme français s’enlisait dans une réalité qui s'appelait guerre coloniale ; sa réponse fut l'envoi d’un corps expéditionnaire pour enrayer la révolution en marche, ce qui traduisait de façon éclatante l'échec de l’Union française. On se rappelle que l’administration française avait été balayée en mars 1945 par l'avance japonaise. Mais l'effondrement japonais en août 1945 avait été mis à profit par le Viet-Minh pour déclencher l'insurrection générale : « la révolution d'août » éliminant le pouvoir militaire japonais et les restes de l'administration de l’Empire. L'aboutissement fut la proclamation, le 2 septembre 1945, sous l’impulsion d'Ho Chi Minh, de la république démocratique du Viet- Nam et la restauration de l'indépendance vietnamienne après quatre-vingt ans d'occupation étrangère. La France, en dépit des positions douteuses de certains alliés (particulièrement la Grande-Bretagne), entendait reprendre sa domination au plus vite sur la totalité de son empire colonial, Dès le mois de septembre, les troupes françaises réoccupaient Saigon et la Cochinchine sous la direction de l'amiral d'Argenlieu, le « moine soldat » nommé haut commissaire en Indochine. Au nord, les Vietnamiens devaient faire face aux visées de la Chine de Tchang- Kaï-Chek. Les premières actions armées éclataient.
Le P.CI. engageait aussitôt l’action, La Vérité du 4 octobre 1945 titrait : « Solidarité totale avec le peuple indochinois en lutte contre l'impérialisme français. Vive l’Indochine libre et indépendante. » Il appelait à une action de classe pour arrêter la querre; La Vérité du 9 novembre apportait des précisions sur les « Oradours» au Vietnam et remarquait « sans doute n'avions-nous pas compris la présence civilisatrice ».
La situation précaire de la R.D.V. amena son gouvernement à passer un compromis avec la France, en mars 1946 des accords furent signés entre Leclerc et Ho Chi Minh reconnaissant la république du Vietnam Etat libre associé, faisant partie de la Fédération Indochinoïise dans l'Union française. La Vérité mettait en garde contre les accords signés, les formules trompeuses de l'Union française qui permettaient le débarquement
du matériel et de troupes; elle notait que : «Le massacre continue en Indochine : la répression n'a pas cessé en France ! Au secours du Vietnam! Retrait immédiat du corps expéditionnaire !» (numéro du 3 mai 1946).
L'amiral D'’Argenlieu, défendant les intérêts des gros planteurs, favorisait la proclamation en juin 1946 d'une république de Cochinchine. Pendant l'été (du 6 juillet au 14 septembre) se déroula la conférence de Fontainebleau avec Ho Chi Minh, elle se termina par la constatation de l'impossibilité d'une base d'accord. Le climat n'y était d’ailleurs pas favorable, du fait de la politique colonialiste du M.R.P. et de la campagne de presse organisée contre «la politique d'abandon» à l'instigation du « moine soldat » et des milieux coloniaux.
Très rapidement la politique de compromis prit fin, ouvrant la voie à la reconquête militaire. Les chefs militaires français désiraient donner une « dure leçon » aux Vietnamiens : le 23 novembre ils firent attaquer la ville de Haïphong avec l'aide de l'artillerie du croiseur Suffren, faisant plus de 6000 morts. Le 19 décembre, dans des conditions encore mal éclaircies, des éléments vietnamiens attaquaient les quartiers européens d’Hanoï, tuant plusieurs dizaines de personnes et enlevant deux cents otages. La rupture était consommée, la guérilla s'étendit à l’ensemble du pays, le gouvernement Ho Chi Minh prit le maquis. Pour l'opinion publique métropolitaine la guerre commençait réellement.
Le P.C.I. dénonçait alors violemment la provocation de Haïphong; en décembre il organisait un meeting de protestation à la salle Wagram, qui fut interdit par le ministre « socialiste » de l'Intérieur E. Depreux. Passant outre l'interdiction, les militants du P.CI. se rassemblèrent ils furent alors violemment matraqués par la police, trois d’entre eux furent blessés; La Vérité fut poursuivie. Les Jeunesses communistes internationalistes se trouvaient à l'avant-garde de la lutte contre la guerre (voir Document n° 2). Malgré la répression, certes moins sanglante qu’en Indochine, le P.C.I. intensifiait sa campagne de soutien à la révolution indochinoïse en marche rappelant que «les prolétaires français et du monde entier doivent comprendre que leur rôle est décisif, nécessaire et suffisant pour assurer la victoire des opprimés d’Indochine.
« En particulier les dockers et les marins soutenus par l'ensemble de la classe ouvrière doivent organiser et internationaliser le boycott de l'expédition .impérialiste français en Indochine pour imposer :
« La cessation immédiate des hostilités.
Le retrait des troupes françaises de toute l’Indochine.
La reconnaissance de l'indépendance totale du Viet-Nam. » (R. Dassac, Quatrième Internationale, janvier 1947.)
L'organisation de la lutte fit l’objet d'une résolution du Comité central de février 1947 (voir Document n° 3), l'axe fondamental étant la défaite de l'impérialisme et la victoire des peuples colonisés, cependant « cette lutte ne signifie nullement le silence ou la complicité à l'égard des partis nationalistes (que nous soutenons quand ils luttent contre l'impérialisme), ni des trahisons et des crises contre-révolutionnaires du stalinisme aux colonies » (Bulletin intérieur, n° 46).
Cette propagande défaitiste révolutionnaire pour l'indépendance du Vietnam fut loin de plaire à l'Etat colonial qui fit poursuivre par sa justice des secrétaires du P.C.I., amenés le 28 avril devant la brigade criminelle, ils furent inculpés d'atteinte au moral de l’armée et de la nation à propos d'une affiche du P.C.I. intitulée : « À bas la guerre d'Indochine.» Le jugement rendu le 23 avril 1948 se traduisait par de lourdes amendes à payer, l'Etat frappant au point faible : les finances,
Sur le terrain la guerre s'était installée, le gouvernement français refusant toute ouverture de paix au Viet-Minh, demandant une capitulation pure et simple, Il avait trouvé une solution, c'était le retour à l'institution monarchique ; pour cela le nouveau haut commissaire Bollaert prenait contact avec le « fantoche » Bao-Daï en baie d’Along, ils aboutirent à la signature des accords Auriol-Bao-Daï le 8 mars 1949, Bao-Daï rentrant alors au Vietnam (24 avril) où il eut une audience pratiquement nulle.
En métropole l’action contre la guerre se menait à tous les niveaux; les militants révolutionnaires dans les syndicats intervenaient dans les congrès nationaux de la C.G.T. (ainsi en septembre 1948 Dumont du syndicat des employés) pour demander l'organisation du boycott et exiger le retrait des troupes d'occupation, propositions repoussées par la majorité réformiste et stalinienne. En 1949, la fédération de l’enseignement de l'Hérault, dirigée par l'Ecole émancipée, tendance révolutionnaire de la F.E.N., appelait au Front unique des organisations ouvrières pour organiser la lutte contre la guerre coloniale. La propaande du P.C.I. chez les dockers portait ses fruits, ceux de Brest, d'Alger, boycottaient les navires du Vietnam, ceux de Marseille refusèrent de charger du matériel militaire sur le Capitaine Touraine en partance pour l’Indochine.
Les militants trotskystes vietnamiens tombaient sous les balles de l'impérialisme (voir Document n° 4). La répression touchait d'ailleurs tous les pays coloniaux, les divers mouvements nationalistes révolutionnaires mettaient en pratique l'esprit internationaliste dans leur lutte contre le colonialisme. Ainsi à l'appel du congrès des peuples coloniaux, ils organisèrent un grand meeting contre la guerre d’Indochine, le jeudi 14 avril 1949, au cours duquel le P.C.I. apporta son soutien (voir Document n° 5).
L'événement dominant de l’année 1949 fut la proclamation le premier octobre de la République populaire de Chine. Elle constitua un stimulant formidable au combat des peuples coloniaux en lutte nour leur émancipation nationale et sociale, son impact fut considérable à une période où l’on assistait à un nouveau partage colonial. Le deuxième congrès mondial de la IV* Internationale d'avril 1948 avait noté à ce sujet que les Etats-Unis commençaient à prendre la relève des anciens impérialistes affaiblis en livrant du matériel, d'autre part ces derniers préféraient parfois s’effacer, instaurant la politique de « néo-colonialisme», ne s'engageant dans la guerre coloniale seulement lorsque leurs intérêts stratégiques vitaux étaient remis en cause, comme c'était le cas en Indochine.
Les conséquences pratiques de la révolution chinoise furent la fin de l’encerclement impérialiste et le soutien matériel chinois aux combattants vietnamiens. Ces nouvelles données allaient se
concrétiser en 1950 avec les premières défaites retentissantes de l'Etat colonialiste: le Viet-Minh liquidait les postes militaires français (Lang-Son, Lao Kay) de la frontière de Chine et la prise de Cao-Bang en octobre traduisait la défaite du corps expéditionnaire dans le Nord-Tonkin.
La Vérité intensifiait sa campagne pour le retrait du corps expéditionnaire dans le cadre général de la lutte contre le colonialisme tel qu'il avait été défini par le Comité central des 3 et 4 juin 1950 (voir Document n°*° 6 et 7).
Afin de parer à l'effondrement de la présence française, le gouvernement dut envoyer de nouvelles troupes commandées par le général De Lattre de Tassigny qui s’efforça de fortifier le Tonkin, annonçant en 1951 que le delta était désormais « scellé ». La France se voyait de plus en plus obligée de tendre la main aux Etats-Unis afin de demander un soutien matériel; depuis la victoire de la révolution chinoise, l’Indochine était devenue l'un des fronts de lutte du « monde libre» contre le communisme. C'était l'époque où la guerre froide devenait des plus brülantes avec l'affrontement en Corée. Le P.C.I, notait que : « En Indochine la bourgeoisie française est en train de payer très cher le dernier acte de 90 ans de colonisation. Son effort de guerre désormais insuffisant pour faire face à la nouvelle situation militaire, après avoir freiné le redressement économique de la métropole, entre maintenant en contradiction avec les plans de la défense atlantique. »
La publicité donnée aux revers de l’armée colonialiste peut comporter un dernier chantage pour obtenir de Washington les fournitures massives d'armes modernes qu'il s'obstine à refuser, spécialement le transfert d’une partie du matériel américain utilisé en Corée. La France revendique le droit de battre elle-même « l'impérialisme rouge dans sa colonie » (Comité central du 23 décembre 1950).
En 1951 on pouvait constater une certaine stabilisation des opérations militaires, le Viet-Minh continuait son implantation en profondeur dans les masses.
En métropole, l’action contre la guerre s’amplifiait, les dockers refusaient de plus en plus nombreux de charger du matériel militaire pour l’Indochine, les gestes de résistance se multipliaient. Ainsi l'exemple d'Henri Martin, militant du P.C.F., qui fut condamné à cinq ans de réclusion pour son action contre la guerre; de nombreux comités pour sa libération furent mis, dans lesquels militèrent les membres du P.CI. Sa défense était liée à la campagne antimilitariste révolutionnaire développée dans La Vérité sur le thème : « L'ouvrier sous l'uniforme reste un prolétaire » (voir Documents n°° 8 et 9).
En Indochine la situation politique, sous l'impact de l'emprise grandissante du Viet-Minh, devenait de plus en plus confuse, Bao Daï essayant de louvoyer à travers le statut de l'Union française, cependant que des forces centrifuges autour de Ngo-Dinh-Diem s'appliquaient avec l'encouragement américain à liquider l'influence française. Dans le domaine militaire, la guerre s'étendait et devenait de plus en plus âpre, il ne s’agissait plus de la reconquête coloniale mais de la lutte contre le communisme. Rapidement la situation se dégrada, les événements se précipitèrent ; les forces du Viet-Minh avec Giap passaient partout à l'offensive; pour les 230000 soldats du corps
expéditionnaire français, le début de la fin était proche et c'est dans la cuvette de Dien-Bien-Phu, position choisie par l'étatmajor que se joua le dénouement. Le Viet-Minh mit toutes ses forces en action contre le camp retranché qui tomba le 7 mai 1954 : la guerre est perdue pour le colonialisme français.
La conférence de Genève ouverte en mai aboutit à la signature des accords du 20 juillet : ils prévoyaient le cessez-le-feu, le regroupement des forces en présence de part et d'autre d’une ligne correspondant au 17° parallèle : au nord celles de la R.D.V. au sud celles de l'Union française; des élections devaient se dérouler en juillet 1956. Les Etats-Unis refusaient de signer les accords, déjà se profilait un nouvel affrontement que le P.C.I. avait pressenti avec l'aide militaire américaine. Après avoir mené campagne pour l'évacuation de l’'Indochine, La Vérité publiait un entretien de militants trotskystes vietnamiens sur les conséquences des accords de Genève et les tâches des révolutionnaires (voir Documents n°* 10 et 11).
III. L'AFRIQUE DU NORD ET LA REPRESSION
La présence française prenait fin en Indochine après plus de quatre-vingt-dix années d'occupation, une partie de l'empire colonial s'était effondrée sous l'assaut des forces révolutionnaires, L'Indochine avait occupé l’avant-scène de la lutte contre le colonialisme français dans la période de l'après-guerre, Mais comme nous avons pu le noter, la situation avait été troublée dans les autres colonies, les luttes étant d’ailleurs liées de façon dialectique.
Ainsi en Afrique du Nord, le retour au calme ne s'était pas SEAT après la répression de 1945 en Algérie. Celle-ci avait certes affaibli le mouvement nationaliste, mais ne l'avait pas détruit. Un facteur supplémentaire accentuait l'importance du problème, c'était la présence en métropole même d'une forte colonie de travailleurs nord-africains (environ un demi-million) chez lesquels se trouvaient de nombreux militants pour l'indépendance. Le mouvement nationaliste, algérien particulièrement, avait de plus un déjà long passé de lutte et un caractère prolétarien marqué. Il était essentiellement représenté par le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques avec à sa tête Messali Hadj; la force du mouvement avait pour corollaire d'attirer la répression de l'Etat colonialiste interdisant de séjour Messali pad Jets les principales villes d'Algérie à la suite de l’émeute
e Sétif.
L'Algérie fut l’objet d'un débat à l'assemblée constituante. La Vérité écrivait : « Travailleurs coloniaux vos chaînes s'appelleront désormais Union française. Le peuple algérien a versé son sang pour défendre ses droits et conquérir sa liberté. Il ne peut considérer comme ses amis que ceux qui sont décidés à verser leur sang pour l'émancipation des peuples opprimés, pour l’indépendance de l'Algérie.
«La seule alliance possible entre le peuple algérien et la classe ouvrière de la métropole est une alliance révolutionnaire contre l'impérialisme français.
« La IV* Internationale est la seule organisation, le P.C.I, sa section française, est le seul parti ici qui se prononce pour le droit du peuple algérien à disposer de lui-même et qui mène le combat pour la reconnaissance de ce droit.» (La Vérité, 30 août 1946).
Le 20 septembre 1947 était votée par l'assemblée la loi dite statut de l'Algérie qui déclarait : « Tous les ressortissants français sans distinction d'origine vivant en Algérie jouissent des droits attachés à la qualité de citoyens français »; l'assemblée algérienne était composée de cent vingt membres divisés en deux collèges de soixante députés chacun : le premier, celui des Européens et des musulmans hors du statut, représentait 520 000 électeurs ; le second, celui des musulmans de statut coranique 1 400 000 électeurs. Les privilèges de la minorité européenne étaient donc bien protégés ; des règlements particuliers limitaient de plus les pouvoirs des députés du second collège. Malgré tout l'octroi du droit de vote aux « indigènes » lui paraissait dangereux et avec l’aide de l'administration elle participa aux trucages des élections, le gouverneur général Léonard parvenant en 1951 à éliminer les nationalistes de l'assemblée.
Pour les militants algériens, leur combat était lié à la lutte des Vietnamiens, ils dénonçaient l'envoi des spahis en Indochine. Ils étaient soumis à de nombreuses pressions des autorités. Au cours de l’année 1950 la répression du M.T.L.D. en France s'accentua, plus d'une soixantaine furent arrêtés, le journal L'Algérie libre était saisi perpétuellement, ses vendeurs pourchassés.
La puissance du mouvement nationaliste algérien s'exprima de façon éclatante lors des manifestations du 1° mai 1950 où les travailleurs algériens défilèrent au nombre de 15000, groupés derrière le cortège P.C.-C.G.T. avec leurs propres slogans :
« Indépendance-Liberté-Paix au Vietnam.»
« Libérez les Malgaches. »
« Libérez les détenus politiques. »
« Libérez Messali. »
« L'indépendance des peuples colonisés, c'est la paix.»
« Peuple de France, assez de belles paroles, des actes pour soutenir le peuple algérien. »
« Ceux à qui l'impérialisme a volé leur pays, qu’il a amenés en France pour leur faire faire les travaux les plus pénibles à des salaires de famine, les soumettre dans des conditions épouvantables, tous ces parias pourchassés jusqu'alors par une police de mentalité raciste, avaient pris conscience de leur force. La manifestation nord-africaine du 1* mai est l'écho de la colère grondante du peuple algérien. Rien ne pourra arrêter l'immense aspiration des Algériens et de toute l'Afrique du Nord à l'indépendance. » (La Vérité, 1® quinzaine, mai 1950.)
Le comité central du P.C.I. des 3-4 juin notait : « La bourgeoisie française a vu aussi au cours de ces dernières années grandir ses difficultés en Afrique du Nord. Nous devons comprendre que celle-ci est à la merci de soulèvements dans ce secteur colonial. La violente répression qu'elle a engagée en Algérie, tout comme les discussions autour de l'Etat associé en Tunisie, ne pourront redonner à la domination française la stabilité qu’elle a perdue dans ce pays.» (La Vérité, n° 255.)
Devant cette démonstration de puissance, le gouvernement multipliait les arrestations en Algérie, la terreur policière s'instaurait, elle s'attaqua au M.T.L.D. accusé de complot : mais rapidement cette thèse s'effondra de l'aveu même de Naegelen pour lequel «il n'y a pas plus de complot qu’il n’y en avait il y a dixhuit mois». Pour La Vérité, c'était l'aveu que la campagne de nresse orchestrée autour du prétendu complot n'était qu'un prétexte supplémentaire pour justifier la répression contre les militants algériens. Le gouvernement choisit alors de paralyser l'action du M.T.L.D, en faisant saisir systématiquement sa presse. Le P.C.I. aux côtés du M.TL.D. fit une intense campagne pour la libre parution de L'Algérie libre : « Ses militants et sympathisants sont et seront dans les entreprises et les universités à l'avant-garde de ce combat. Ils se feront un devoir de faire remplir par le maximum de travailleurs les listes de pétitions exigeant la reparution de L'Algérie libre et la cessation de toute répression policière contre les travailleurs nord-africains. » (Voir Document n° 12.) (La Vérité, 1" quinzaine octobre 1950.)
Pour le P.C.I. la meilleure façon d'exprimer sa solidarité aux militants du M.T.L.D. victimes de la répression, tels les anciens députés Khider et Mostefaï Chawki, était de soutenir les revendications légitimes du peuple algérien, au premier lieu l'indépendance.
Les possibilités d'expression des mouvements nationalistes étaient de plus en plus réduites ; ainsi le gouvernement fit interdire le 1% avril 1951 un meeting commun à l'Istiqlal, le Néo- Destour, le M.T.L.D. organisé à la Mutualité, la police se livrant à cette occasion (les exemples allaient se renouveler) à une véritable chasse aux militants nord-africains se trouvant dans le quartier. Lors du défilé du 1 Mai, afin d'empêcher le renouvellement des démonstrations de l’année précédente, « la police a violemment chargé contre les travailleurs nord-africains qui participaient aux défilés des organisations ouvrières. Comme il pouvait être difficilement question d'interdire aux travailleurs algériens de défiler ce jour-là au milieu des travailleurs français, leurs frères de classe, le gouvernement des Queuille, Thomas et Cie a cru que la manière forte, habituelle à la flicaille suffirait. Cela ne s’est pas vu à Paris — où la police a connu un cuisant échec — mais aussi à Argenteuil, à Mézières, Longwy, Arras, Maubeuge. » (La Vérité, 17 mai 1951.) Les provocations prenaient des formes diverses, comme le procès des quatorze Algériens de Lyon, qui après trois mois de prison préventive, furent condamnés à des peines très légères. Le verdict constituait un aveu pour le public, plus d'un millier de personnes se rendent alors en manifestation au Palais de Justice (voir Document n° 13). En Algérie, de 1948 à 1953, les condamnations se chiffrèrent à 1025 années de prison, 570 d'interdiction de séjour, 1 210 de privations de droits civiques et 24 millions de francs d'amendes.
Les deux autres pays maghrebins, la Tunisie et le Maroc, avaient le statut de protectorats. La pénétration du nationalisme dans les masses se développait sous l'impulsion du Néo-Destour avec Bourguiba, et l'Union générale des travailleurs tunisiens de Fehrat Hached en Tunisie ; au Maroc, l’Istiglal était à la tête du mouvement nationaliste, s'appuyant sur le prolétariat urbain. Face à cette situation, la Françe envoya des résidents énergiques
tels Juin au Maroc et de Hautecloque en Tunisie. La manière forte se traduisit par des troubles graves :
— émeutes d'Enfidaville (25 novembre 1950) en Tunisie; — ratissage ;
— arrestation de Bourguiba (1952) ;
— assassinats ;
— provocations de la Main rouge ;
au Maroc, la manifestation de protestation contre le meurtre de Fehrat Hached servit de prétexte à une répression sauvage qui fit plusieurs centaines de victimes à Casablanca, de nombreux militants politiques et syndicaux furent arrêtés.
Le P.C.I. appelait ses militants à soutenir le peuple tunisien et demandait l'envoi d'une commission d'enquête.
Au Maroc, le sultan Mohamed Ben Youssef était arrêté le 20 août 1953 et envoyé en exil à Madagascar. Son remplaçant était Moulay Arafa, le candidat du Glaoui, ce qui eut pour conséquence de créer le vide politique et des troubles (faisant plus de 400 morts, des centaines de blessés, plus de 5 000 arrestations).
Le huitième congrès du P.C.I. (juillet 1952) analysait ainsi la situation en Afrique du Nord :
« La crise de l'Afrique du Nord, latente depuis 1945, a été ouverte à la suite des défaites de l'impérialisme au Vietnam et de l'élargissement de la révolution coloniale dans le Moyen- Orient (Iran-Egypte). Les organisations nationalistes dirigeant le mouvement d'émancipation en Tunisie et au Maroc — et dont la nature de classe particulière correspond à la structure sociale de chacun des pays (semi-féodal pour l'Istiglal, Néo-Destour, parti démocrate bourgeois) — se sont efforcées d'exploiter les difficultés croissantes de l'impérialisme français pour obtenir, par la voie des réformes, un degré d'autonomie croissant par rapport à la “rance.
« Elles ont cherché à exploiter dans ce but les rivalités interimpérialistes, avant tout d'obtenir l'appui de l'impérialisme américain qui veut faire du Maroc une pièce maîtresse de son dispositif militaire en Afrique. Le M.T.LD. qui dirige le mouvement d'émancipation en Algérie et possède un caractère plébéien de masse, a suivi une orientation anti-impérialiste beaucoup plus nette par une opposition constante à l’Union Française et la constitution du Front national algérien.
« L'impérialisme français, incapable d'accorder des réformes substantielles par suite des caractéristiques en Afrique du Nord (rôle des grands colons français) et incapable de réprimer complètement le mouvement nationaliste qui s'appuie sur l'écrasante majorité de la population, se voit obligé de suivre une politique d'interventions brutales périodiques qu'il ne peut poursuivre et qui ne fait qu'accentuer les sentiments de révolte de masse, obligeant d'autre part les organisations nationalistes à s'appuyer sur ce mouvement de masses. Ainsi se prépare l'explosion générale du Maghreb... »
Sous la pression des événements d’Indochine, la situation évolua rapidement. Le 31 juillet Mendès-France se rendit à Carthage, accompagné de Juin et Fouchet, jouant le rôle de caution de la droite. Cette opération éclair avait pour but de promettre l'autonomie interne à la Tunisie ; l'impérialisme fran-
çais se voyait contraint de lâcher du lest pour mieux contenir la poussée nationaliste en s'appuyant sur la bourgeoisie indigène. L'autonomie fut réalisée en 1955, première étape sur le chemin de l'indépendance accordée en 1956, avec Bourguiba et le Néo- Destour.
Le Maroc était depuis longtemps le domaine réservé des militaires, pratiquant une politique de fermeté. Mais devant l'impasse politique constituée par l'exil du sultan et la poussée des masses, le gouvernement dut se résoudre au retour de Mohamed V et à la signature d'accords le 2 novembre octroyant « l'indépendance dans l’interdépendance » selon la formule d'Edgar Faure, Devant les manifestations dans les grandes villes et l'ambiance de meeting permanent, l'autonomie fut transformée en indépendance réelle en mars 1956.
L'Etat colonial était débarrassé d’un double fardeau, au moment où il était confronté à la guerre coloniale en Algérie.
La guerre d’Algérie
[. L'INSURRECTION
L'année 1952 avait été un tournant très important dans l’histoire du mouvement trotskyste français : en effet, la majorité de l'Internationale décida l'adoption de la tactique entriste dans le P.C.F., mais face à cette décision, la section française se trouva divisée, la majorité avec en particulier les camarades Bleibtreu et Lambert y étant opposée, leur refus entraîna leur exclusion de la IV° Internationale. L'ex-majorité du P.C.I. était elle-même hétérogène; certains militants tels Bleibtreu, J.-M. Vincent, M. Lequenne rejoignent la Nouvelle Gauche, d’autres avec Lambert le groupe qui, plus tard, constituera l'O.C.I'. Les camarades restant au P.C.I. entrèrent dans le P.C.F. conformément à la résolution du secrétariat international pour y développer un courant oppositionnel. Cette scission du P.C.I. eut des répercussions au niveau international en 1954, mais la première conséquence était un nouvel affaiblissement important au moment où se préparait l'insurrection algérienne,
Le 1* novembre 1954 éclatait dans toute l'Algérie et plus particulièrement dans l’Aurès, une série d’actions armées. te protagonistes en étaient un tout petit groupe de militants issus pour la plupart de l'Organisation Spéciale du M.T.L.D., ayant rompu avec lui devant son inactivité et ses dissensions, et habitués à la clandestinité. Ils constituèrent le CRUA (Comité Révolutionnaire d'Unité et d’Action).'
Le même jour les «chefs historiques» de l'insurrection publiaient une déclaration annonçant la création du Front de Libération Nationale.
Face à l'insurrection se manifestait la perplexité de la « gauche française », accentuée de plus par le fait que l’on ne connaissait pour ainsi dire rien de l'organisation qui avait déclenché le combat ; les buts affirmés du F.L.N. semblaient disproportionnés par rapport aux moyens. Le P.C.F., tout en dénonçant la politique colonialiste, soulignait cependant : « Qu'il ne saurait approuver le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des
1. O.C.I. : Organisation Communiste Internationaliste. Veut reconstruire la IV* Internationale qu'elle estime détruite,
pires colonialistes, si même ils n'étaient pas fomentés par eux » (déclaration du 8-11-1954) et il se prononçait pour une « solution assurant la défense des intérêts de la France», le tout dans le cadre de la dénonciation du militarisme allemand®, Cette position entraîna des rapports assez froids entre le P.C.F. et le FLN. pendant toute la durée de la guerre.
Les militants trotskystes ne furent pas surpris par les actions armées du 1 novembre, ils prévoyaient depuis plusieurs années limminence d'un soulèvement dans le Maghreb. À. Duret dans un article de la revue Quatrième Internationale d'octobre 1955 remarquait que «l'Afrique du Nord devient la préoccupation numéro un de la bourgeoisie française et n'est pas près de quitter ce rang... » car « l’enjeu est plus important en Algérie que partout ailleurs et que l'impasse y est ainsi la plus profonde... ».
Cependant, «l'Algérie devra patienter encore pas mal de temps » et « elle doit se préparer à une lutte longue et difficile », ceci en prévision d'un pourrissement accentué de la situation.
Sur la nature de classe du mouvement : il s’agit d’« un mouvement plébéien où domine l'élément paysan pauvre » (Quatrième Internationale, juin 1955), au caractère plus organisé dans la lutte et plus radical dans ses aspirations que les autres mouvements du Maghreb; « Son problème est de combiner action militaire proprement dite à un programme politique ». À propos de la tactique adoptée, Duret constatait que « la recherche d'une action efficace par ces militants les poussa à choisir le combat par les armes», assimilant les leçons des révolutions chinoise et vietnamienne, adaptées aux conditions concrètes du pays. Cette pratique de la lutte armée était d’ailleurs en réaction contre l'adoption du Il° congrès du MT.L.D. d’une ligne nationaliste, accusant une orientation réactionnaire. L'impact des actions se traduisit par un renouveau du mouvement nationaliste, « J'entrée en action des maquis algériens a fait plus que l'activité du MTL.D. depuis un certain nombre d'années pour sortir l'Algérie de l'impasse ».
Cependant malgré une relative composition prolétarienne prononcée, la nouvelle organisation avait des limites, du fait même de l'absence d'une véritable direction révolutionnaire. Ces limites étaient accentuées par le fait que « l'opportunisme des grandes organisations se révèle notamment par leur soutien dérisoire du mouvement d'émancipation nord-africain. Cette trahison est le grand facteur négatif qui retarde et rend malaisée la formation d'une véritable direction révolutionnaire en Afrique du Nord ».
« Il ne dépendait que d'une juste politique des grands partis ouvriers métropolitains que ce mouvement s'inspire aussi dans son idéologie, son programme et ses moyens de lutte d'une conception prolétarienne nettement définie, proche du marxisme. » (Quatrième Internationale, octobre 1955.)
Devant cette situation, les tâches de l'avant-garde révolutionnaire de la métropole étaient considérables, pour un soutien effectif de la cause algérienne. C’est à ce travail que s’attelèrent dès le début, dans la mesure de leurs moyens, les militants du P.C.I.; lors du XI° congrès en décembre 1955, (en présence d’observateurs des mouvements d'émancipation d'Afrique du Nord,
2. C'est l’époque des querelles à propos de la C.E.D.
la révolution nord-africaine constituait je point 2 de l'ordre du jour : « Le congrès s'est particulièrement attaché à examiner les moyens d'aider la révolution en Afrique du Nord et plus particulièrement les tâches dans la jeunesse comme couche la plus directement intéressée à la lutte contre la guerre contre-révolutionnaire en Afrique du Nord» (Vérité des travailleurs, janvier 1956).
II. LES MANIFESTATIONS DE RAPPELES
La question se posait avec une urgence accrue à la suite des premières manifestations des rappelés. Celles-ci éclatèrent dans une période (août 1955) marquée par une très forte combativité ouvrière (affrontements violents à Nantes), et par l'extension de l'insurrection à tout le Constantinois. En Algérie, les forces de répression avaient été renforcées quelques mois avant le déclenchement de l'insurrection, cependant elles n'arrivaient pas à faire face à la guérilla ; c'est ainsi que le gouvernement Edgar Faure dans un décret du 24 août 1955 rappela 60 000 disponibles libérés entre janvier et avril, et Bourgès-Manoury demandait, lui, l'envoi immédiat de six bataillons et l'extension de l'état d'urgence à toute l'Algérie. Les protestations du P.C.F. devant cette décision entraînèrent la saisie de L'Humanité.
Le combat contre le rappel prit une autre dimension avec l'entrée en lutte des rappelés ; ainsi le 1% septembre 2 000 d'entre eux manifestèrent à la Gare de l'Est, se heurtant à la police en tentant de sortir de la gare. Le même scénario se reproduisit à la Gare Montparnasse, à Valence, au Fort de Vincennes. Le 11 septembre, 600 rappelés manifestèrent à la Gare de Lyon aux cris de : « Nous ne voulons pas partir, les civils avec nous »; on dut appeler des renforts pour finalement les ramener à la caserne de Reuilly (voir Documents n° 14-15). Le 29 du même mois, 300 soldats de tendance catholique réunis en l'église Saint- Séverin de Paris, lancèrent un appel à l'opinion publique déclarant : « Cette guerre... contre nos frères musulmans... est contraire à tous les principes chrétiens.» Le mouvement s'amplifia : Toulon, Saint-Etienne, le fort de Nogent furent le théâtre de manifestations qui prirent parfois l'allure de véritables émeutes, comme à Rouen où les 7 et 8 octobre 600 rappelés aidés par la population s'emparèrent de la caserne Richepanse. Le 23 novembre une centaine de soldats maintenus casernés à Courbevoie défilèrent sur les Champs-Elysées contre la politique militaire du gouvernement et réclamant l'appui des civils; par le lieu choisi ils donnèrent un caractère publicitaire à leur geste.
Face à cette situation, les militants du P.C.I, de la Nouvelle- Gauche, du M.L.P. des anarchistes préconisaient une action réelle pour soutenir les rappelés et maintenus dans leur refus de la guerre. Cependant leur audience était limitée et la responsabilité de la lutte contre l'envoi des rappelés en Algérie incombaïit en fait aux grands partis et organisations de la classe ouvrière, Mais le parti socialiste en restait aux protestations verbales les plus platoniques. Le P.C.F, prônait la lutte « sous toutes ses formes » en précisant cependant le cadre : « délégations, signatures, résolu-
tions. » (L'Humanité, 139). On était loin de la campagne contre la guerre du Rif, le P.C.F. avait pour objectif « une véritable Union Française ».
Les militants trotskystes appelèrent à la constitution d'un vaste front anti-impérialiste de résistance à la guerre coloniale et à toutes ses implications, se battant pour l'arrêt des opérations de guerre, le retrait du contingent, le droit des peuples d'Afrique du Nord à disposer démocratiquement de leur sort.
Une ébauche de front se constitua début septembre au niveau des organisations de jeunesse par la création du « Comité des organisations de jeunesse contre l’utilisation du contingent » à l'initiative des jeunes de la nouvelle gauche. Mais très vite l'U.J.R.F. (Union des Jeunes Républicains de France), organisation de jeunesse du P.C.F. après avoir participé aux premières discussions, s'en retira, motivant sa décision par la présence « d'éléments policiers trotskystes ou libertaires ». La participation d'éléments «provocateurs» devint un leitmotiv pour le P.CF. pour refuser toute action unitaire, se coupant ainsi pratiquement de l’ensemble des mouvements de jeunes hostiles à la guerre d'Algérie. Cette pratique se révéla pleinement à l'occasion du meeting et du rassemblement du 13 octobre à la Mutualité (voir Document n° 16).
Une certaine accalmie se fit jour avec la chute du gouvernement et la campagne du Front républicain. Les élections du 2 janvier 1956 donnèrent la majorité à ceux qui proclamaient vouloir en finir avec la guerre d'Algérie par la négociation : Guy Mollet déclarant le 15 janvier qu'il fallait fixer le sort des Algériens par « une libre discussion entre eux et nous ». Cependant après les tomates ultras d'Alger le 6 février, il demanda les pouvoirs spéciaux pour rétablir l’ordre, pouvoirs que le P.CF. vota au nom de l'unité de la gauche; le contingent se trouvait ainsi progressivement enfoncé dans la guerre coloniale.
Le mouvement des rappelés renaissait alors un peu partout : ils arrêtaient les trains qui les emportaient à La Rochelle, Villeneuve-Saint-Georges, Lyon, Nantes, Nice... les rails étaient déboulonnés ou bloqués.
Des manifestations de femmes se déroulèrent à Caen, à Nîmes à l'occasion de départs : la population se joignit aux soldats à Lezignan, Le Havre, Dijon et surtout à Grenoble. Dans cette ville, le 18 mai des centaines de personnes s'opposèrent au départ d'un train de rappelés en coulant du béton dans les aiguillages, affrontant les C.RS. : bilan d’une cinquantaine de blessés dans les deux camps et 51 arrestations.
Dans les casernes régnait une ambiance extraordinaire, les soldats refusant d’obéir à leurs officiers. Des comités de lutte de soldats se créaient un peu partout, impulsés par des militants révolutionnaires (peu nombreux, il est vrai), par des membres d'organisations de jeunesse. Mais leurs faïblesses ne permirent pas d'unifier ce mouvement en lui proposant des perspectives centrales.
Le mouvement retomba devant la carence des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier ; elle entraîna cependant une première crise dans les mouvements des jeunes (l’'U.J.R.F. se transformant en J.C.). Les rappelés furent abandonnés à leur sort et partirent la mort dans l’âme et la rage au cœur.
Devant cette situation, la position du gouvernement se trouva
renforcée, ce qui se traduisit par une répression accrue : journaux saisis (France-Observateur, L'Humanité, La Vérité des Travailleurs), manifestants arrêtés et condamnés. Ainsi furent arrêtés et détenus pendant plusieurs semaines Minguet, Bouvet, Frank du P.C.I. et Weiïll de la Nouvelle Gauche pour atteinte à la sécurité de l'Etat et entreprise de démoralisation de l’armeé (voir Documents n° 17-18). Ces mesures inaugurées par l'arrestation de C. Bourdet, responsable de France-Observateur, visaient à faire le silence sur la guerre coloniale menée en Algérie.
Elles étaient destinées à réprimer la lutte de ceux qui prônaient une action de masse contre la guerre, apportant un soutien effectif sous toutes ses formes aux combattants des maquis algériens, défendant l'idée de l'indépendance de l'Algérie.
Cependant l’inconsistance du dossier obligea le ministre de l'Intérieur Bourgès Maunoury à relâcher les militants arrêtés ; mais afin de ne pas s'avouer vaincu il inculpa aussitôt P, Frank et J. Privas pour des articles parus dans La Vérité des Travailleurs. Pour les militants trotskystes, ce fut l’occasion de transformer la cour d'appel en chambre d'accusation du colonialisme et de faire un virulent plaidoyer pour l'indépendance algérienne (voir Document n°19).
La justice colonialiste leur infligea 6 mois de prison avec sursis, montrant ainsi son vrai visage et ses craintes au moment où les travailleurs nord-africains en France s’engageaient de plus cn plus dans le soutien à ceux que l'on appela les « fellaghas », faisant grève et manifestant à plus de 10 000 à Paris.
III. RIVALITES F.L.N-MN.A.
La question algérienne occupait une part de plus en plus importante dans l’activité du P.C.I. et de l’Internationale tout entière. Dans son rapport au XII° congrès, À. Duret écrivait : « La révolution coloniale à été au cours des dix dernières années l'élément moteur de la Révolution mondiale. Par suite de la politique des partis réformistes et staliniens, la révolution coloniale a dû se frayer sa propre voie, a dû se développer par sa seule force.» Le manifeste adopté par le congrés adressait « son salut aux masses des pays colonisés» apportant « sa solidarité totale aux masses algériennes ».
Un important problème se posait au P.C.I. et à l'ensemble de l'avant-garde révolutionnaire, il s'agissait des rivalités entre le FLN. et le M.N.A. de Messali-Hadj (nouveau sigle du M.T.LD.), la position adoptée vis-à-vis des deux mouvements rivaux constitua une ligne de clivage dans le soutien à la révolution algérienne. Ainsi la future O.C.I. (« groupe Lambert » issu de la scission de 1952) se fit pendant plusieurs années le champion du M.N.A, le considérant comme quasi bolchevique, lui attribuant le contrôle de la majeure partie des maquis du pays algérien, pourfendant ceux qui osaient prétendre le contraire et vouant les « tueurs » du FLN. aux injures.
Cette position, plus nuancée dans la forme, était partagée par une partie de la gauche française, des personnes comme
D. Guérin ne voyaient pas l'évolution du M.N.A. et lui attribuaient encore ses mérites d'antan. Pour le P.C.I, la question était d'importance.
Vu les allusions aux conseillers « trotskystes » du M.N.A. dans le livre de Colette et Francis Jeanson L'Algérie hors-la-loi, le bureau politique du P.C.I. définit sa position dans La Vérité des Travailleurs de janvier 1956 : « Notre devoir est de servir le mouvement algérien et non de s'en servir... Il ne nous appartient pas de nous livrer à des attaques contre Messali Hadj, En tant que parti métropolitain, nous nous inclinons devant son passé de combattant anti-impérialiste et nous sommes solidaires de tous les Algériens en butte à l'impérialisme. Ce sont naturellement ceux qui se trouvent à la pointe du combat qui bénéficient au maximum de notre sympathie et de notre soutien... Il ne peut y avoir de fraction algérienne plus révolutionnaire aujourd'hui que celle qui combat dans le maquis. »
Les rivalités entre les deux organisations prirent un caractère sanglant avec la multiplication d’attentats, touchant surtout les militants du Front au début ; pour l’année 1956 le bilan se chiffra à environ 80 morts. Face à cette situation s'organisa une campagne de presse qualifiant les militants du Front de « tueurs» et de « gangsters ».
J. Privas faisait le point dans un article intitulé : « Où en est le MNA. ? » (Quatrième Internationale, janvier 1958) : « La vérité est que le M.N.A. a cessé d'être une organisation dirigeante ou organisatrice de la révolution algérienne qu'il n’a pas déclenchée. Celui qui ne voit pas cela ne voit pas la révolution telle qu'elle est et s'en fabrique une dans son imagination. Il ne s'agit pas du tout pour nous d'idéaliser le F.L.N., de voir en lui le parti bolchevik. Mais c'est un fait fondamental de la situation de l'Afrique du Nord et de la Révolution, le F.L.N. qui a pris l’initiative de la lutte armée, est l'organisateur et le dirigeant du peuple algérien à l'étape présente.
Le MNA, d'une part n'occupe pas une telle place dans le mouvement des masses et d'autre part par ses positions « plus réalistes » se trouve à la droite du FLN.
Le dernier épisode se joua à l'issue de « l'affaire Bellonnis » ; celui-ci, un des principaux lieutenant de Messali, était manipulé par l'armée française et avec l’aide de celle-ci il avait monté l'unique maquis du M.N.A. en vue de contribuer à l'anéantissement du F.L.N. Le pot aux roses fut définitivement révélé en décembre 1957 lorsque fut rendu public l’accord signé entre Bellonnis et l'armée française. Le maquis M.N.A., pourtant très bien équipé par la France, se rallia en partie au Front, le reste étant anéanti (massacre de Mellouza). Dès mars 1956 un éditorial Quatrième Internationale avait souligné : « Il n’est pas impossible qu'en haut lieu certains aient songé à utiliser à cet effet la rivalité qui oppose Messali Hadj, dirigeant du M.N.A. au FLN.»
Pour Pierre Frank, lors du cercle Karl Marx, le 28 mars 1958, consacré au livre de Jeanson, répondant au point de vue de Daniel Guérin : « À présent il est incontestable que la Révolution Algérienne est dirigée par le F.L.N. et que le M.NA. est en dehors de la lutte armée en Algérie. Pis encore, il n’a pas dénoncé publiquement Bellonnis. Ni le passé de Messali Hadj, ni les amitiés anciennes ne peuvent se situer au-dessus de ces faits. »
Devant les révélations au sujet de Bellonnis, le M.N.A. s’effon-
dra, au grand dam de ses supporters les plus enragés, une seule organisation dirigeait la lutte : le F.L.N.
Messali Hadj devait ensuite soutenir le général de Gaulle lors de son arrivée au pouvoir. La logique des positions anti-F.L.N. de certains devait les amener, dans les années 60 jusqu’à participer à certaines opérations « spéciales » de l'O.AS,
IV. LE SOUTIEN AUX COMBATTANTS ALGERIENS LES RESEAUX
Une première page de la lutte contre la guerre avait été tournée, c'était celle des manifestations de rappelés. Ceux-ci furent abandonnés à leur sort au printemps 56, du fait de la carence des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier.
Devant les premiers témoignages sur les atrocités de la guerre coloniale, se développa une campagne humaniste et pacifique (contre la torture); cette tentative d'opposition légale ne fut pas tolérée par le gouvernement « socialiste» : celui-ci inaugura le chapitre de la piraterie aérienne en concevant le 12 octobre 1956, le détournement de l'avion de Ben Bella et ses compagnons.
En Algérie, sur le terrain, la guerre s'intensifiait, se déplaçant des campagnes vers les villes. Plus que jamais les combattants algériens avaient besoin de soutien. Pour les militants anticolonialistes, était venu le moment nécessaire de rompre définitivement avec tous les mythes légalistes et chauvins (y compris le facile et confortable : « d’abord faire la révolution en France »). Ils étaient confrontés à la masse des travailleurs nord-africains en France, importante force de soutien aux combattants des willayas.
Peu à peu s'organisèrent des réseaux clandestins, animés par les premiers réfractaires et déserteurs, rejoints par des militants de la gauche révolutionnaire (anarchistes, militants de la Voie Communiste et du P.C.I.), également pour certains militants du P.C.F, en rupture de ban, des chrétiens, des ajistes (membres des auberges de jeunesse).
Ainsi l'on vit côte à côte des syndicalistes, solidaires des travailleurs algériens en France, des chrétiens révoltés par les atrocités, deS non-violents même devenant des internationalistes militants : organisant l'hébergement, puis le passage de frontière pour les déserteurs et bientôt pour les militants algériens pourchassés, ensuite pour les militants en mission ; ils passèrent ainsi de l’aide morale à l'aide matérielle, puis à l’aide politico-matérielle, apprenant souvent à leurs dépens les dures lois de la clandestinité. Afin d’avoir plus d'efficacité, les réseaux s’unifièrent à travers le mouvement « Jeune Résistance», dans lequel se dissout le Front de Libération Socialiste, organisation d'aide au FLN, créé par le P.C.I. Collectant des fonds, les transportant («les porteurs de valise») ainsi que des armes, recherchant et procurant des planques, imprimant des tracts et des journaux, ébauchant une intervention politique par tracts, brochures, affichettes, une petite avant-garde totalement isolée à ses débuts, sauvait l'honneur du prolétariat français au moment où celui-ci était au creux de la vague.
Le travail des réseaux s’amplifiait, les cas d’objection de conscience et de désertions se multipliaient dans l’armée (ils furent évalués à environ 4000). Un travail semi-légal apparaissait avec la publication des livres et articles interdits par le pouvoir, gens les deux mensuels : Témoignages et Documents et Vérité-
iberté.
Ce rôle des réseaux apparut au grand jour en 1960, bien involontairement d'ailleurs, avec les arrestations de certains militants, et les procès qui en résultèrent.
Le plus connu fut celui de Francis Jeanson, l’un des principaux animateurs de « Jeune Résistance » et promoteurs de Vérité pour, organe clandestin de soutien à la Révolution Algérienne (devenu en octobre 1960 Vérité anticolonialiste, condamné à dix ans de réclusion par contumace).
Les réseaux regroupant des militants de diverses origines et formations, aussi différentes positions y apparurent, Certains devinrent en fait de véritables militants du F.L.N. pour d’autres leurs actions se traduisaient en simple opposition à la guerre.
Pour les militants du P.CI, il fallait dépasser le problème du refus de la guerre pour avancer vers l'indépendance et le socialisme, Les positions du mouvement trotskyste avaient été rappelées lors du V° congrès mondial de la IV° Internationale : soutien inconditionnel à toutes les luttes des peuples colonisés contre l'impérialisme, indépendamment de leur direction. Le XV: congrès du P.C.I. précisait : « Nous soutiendrons toutes les formes et manifestations de lutte, qui sont engagées à présent, même si elles sont déterminées par des conceptions erronées. » Au-delà des divergences politiques, la tâche essentielle était de développer l’action de masse contre la guerre et pour le soutien à la lutte du peuple algérien.
Devant la situation des détenus algériens en France (mort de Aïssa Idir : 1° secrétaire de l'Union Générale des Travailleurs Algériens ; état de santé d’Ali Yahia Majid) et lors de leur grève de la faim, la IV° Internationale lançait un appel à la classe ouvrière (Quatrième Internationale, septembre 1959) :
« Au moment où les ouvriers de France partent en vacances à la mer, dans les montagnes, vers le soleil et la joie, des milliers d'Algériens, pour la plupart des ouvriers, combattants de la grande révolution algérienne, pourrissent dans les prisons de France.
« Ouvriers de France, d'Europe et du monde entier :
« Venez vite à l'aide des Algériens grévistes de la faim, martyrisés dans les geôles de la dictature gaulliste.
« Chaque jour qui passe met en danger la vie de centaines et bientôt de milliers de courageux combattants de la Révolution Algérienne.
Demandez à vos organisations syndicales et politiques d'intervenir d'urgence, demandez à la presse ouvrière de faire de la publicité sur cette grève...
« Exigez des droits et un statut politique pour les vrisonniers algériens en France. Exigez le droit d'autodétermination et d'indépendance pour le peuple d'Algérie.
« Agissez avec force et urgence | »
Indépendamment de leur action dans les réseaux, les trotskystes développent un travail de soutien engageant toutes les sections de la IV° Internationale, prenant les formes les plus
diverses. Les militants des différentes sections participaient à l'impression de journaux (comme Æ! Moujahid), éditaient des revues en langues (ainsi en Allemagne : Freies Algerien ou Algérie libre). La IV* Internationale créa même de toutes pièces au Maroc une fabrique clandestine d'armes destinées aux combattants algériens.
Malgré leurs précautions, les trotskystes n’échappèrent pas à la répression. Ainsi à la suite d'une perquisition dans ses locaux, le P.C.I. publiait le 21 mars 1960 le communiqué suivant : « Sous des prétextes fallacieux (hébergement d’Algériens), la police a perquisitionné dans un local servant au travail courant de l'administration du journal La Vérité des Travailleurs.
« Le bureau politique du P.C.I, proteste avec indignation contre les procédés d'un régime qui fait intervenir arbitrairement la police dans les locaux d'organisations et de journaux ouvriers. »
Au début de l'été 1960 furent arrêtés et emprisonnés en Hollande les camarades Sal Santen et Michel Raptis (Pablo) sous l’inculpation de fabrication de faux papiers et fausse monnaie pour les combattants algériens : «Les camarades Santen et Raptis ont été emprisonnés en tant que combattants pour la révolution mondiale et pour lutte en aide de la Révolution algérienne et comme tels, ils ont droit au soutien complet et à la solidarité des organisations ouvrières et anti-impérialistes et de tous les militants anti-impérialistes. »
La IV° engagea alors une vaste campagne pour leur libération ; des centaines d’intellectuels, de parlementaires, de dirigeants ouvriers, politiques de tous les continents envoyèrent des messages de solidarité aux militants trotskystes emprisonnés (voir Document n° 20). Après de nombreux reports le procès se déroula à Amsterdam en juin 1961, ce fut en fait une démonstration de soutien à la révolution algérienne et le procès du colonialisme. Le verdict (15 mois de prison) fut en quelque sorte une « justification » de la détention préventive.
Au travers de ce soutien aux combattants algériens se posait pour une organisation marxiste révolutionnaire le problème de la nature de sa direction et de son programme. C'est à cette question que répondirent une série d'articles parus dans la presse du mouvement trotskyste. Ainsi R. Leblond, dans une polémique avec G. Martinet, écrivait (La Vérité des Travailleurs, janvier 1958) : « Pour les marxistes-révolutionnaires qui se placent sur le terrain de l’internationalisme prolétarien…., l'indépendance est une condition suffisante pour justifier le soutien inconditionnel du peuple algérien. Le fait que le peuple combat pour s'affranchir du joug impérialiste se suffit en lui-même, quelle que soit la direction du combat — füt-ce le Négus, le pape ou le diable. Il n’y a pas d'autres anticolonialisme véritable que celui-ci. Il n'y a pas d'autre anti-impérialisme que celui qui concourt à hâter la victoire complète de la juste cause des peuples opprimés. Le défaitisme révolutionnaire de Lénine conserve toute sa valeur.»
La question se trouvait au centre des débats des congrès du P.C.I.; pour P. Frank dans son rapport au XIV* congrès (avril 59) : « Il va de soi que le soutien de la révolution algérienne est une tâche impérieuse de notre mouvement... » Sur la nature du FLN, un numéro de la revue (Quatrième Internationale, 5 juillet 1958) distinguait les différentes tendances : la direction appartenant
aux « militaires », à base sociale paysanne; des éléments franchement pro-bourgeois tel Fehrat Abbas; à gauche la tendance des éléments plus prolétariens, de la campagne, des villes et de l'émigration en France. De l'isolement de la révolution algérienne, il résultait pour le P.C.I. des dangers de différenciation politique au sein du F.L.N, favorable à l'aile nationaliste droitière.
Cette préoccupation était apparente dans l'éditorial «La Révolution algérienne au tournant » de la revue Quatrième Internationale (novembre 1958) : « Elle est actuellement soumise à la pression conjointe de l'impérialisme français, de la bourgeoisie bourguibiste pro-occidentale de la Tunisie et même du Maroc et des éléments pro-bourgeois à la Fehrat Abbas du FLN. D'autre part la défaite subie par le mouvement prolétarien en France pèse également sur son évolution.
« Il est maintenant plus urgent de définir un audacieux programme social de la révolution... d'ouvrir largement et clairement les perspectives de transformations sociales profondes qui accompagneront sa victoire sur l'impérialisme et les colons à commencer par un minimum; la terre aux paysans qui la travaillent, émancipation de la femme, industrialisation et économie planifiée du pays.
« Plus urgente encore est la démocratisation réelle du F.L.N. de son armée, de son organisation politique, de son administration, afin d'élever constamment la politisation des masses et les associer consciemment dans la conduite de la révolution sur tous les plans... »
V. RADICALISATION DE LA JEUNESSE VERS L’'INDEPENDANCE
Le poids de la question algérienne dans la vie politique intérieure française était apparu en mai 1958 avec la venue de De Gaulle au pouvoir ; le problème algérien provoquant la chute de la IV* République. Dès juin 1956, cette perspective était envisagée : « La solution au cas algérien risque fort de porter la crise intérieure en France à un point culminant, polarisant davantage les forces de droite et de la gauche et les opposant dans un conflit violent. La droite chercherait dans un tel cas à en tirer parti pour un régime "fort” que seule la riposte énergique des masses serait capable de mettre en échec» (Quatrième Internationale, juin 1958). Et même pointaient dans certains milieux d’autres solutions car «la continuation pure et simple de la guerre en Algérie n’est concevable que sous un régime politique d'aventure qui prendrait la forme d'une dictature militaire et fascisante. Que des milieux importants de la bourgeoisie coloniale, de l'armée et de la bourgeoisie métropolitaine pensent et agissent dans les coulisses dans une telle direction, cela ne fait pas de doute» (Quatrième Internationale, juin 1957). Mais la mobilisation des masses ne vint pas, le P.C.F. et la S.F.I.O. craignant d'engager une telle dynamique, et ce fut le 13 mai.
Tirant les leçons d'une défaite, l'éditorial du numéro de juillet 1958 de la revue Quatrième Internationale affirmait : « La révolution coloniale est un processus irréversible et invincible,
au bout duquel il y aura inexorablement l'indépendance de toutes les colonies. Dans ces conditions, la bourgeoisie métropolitaine s’efforcera de compenser les concessions et les pertes dans le domaine colonial par l'exploitation des masses métropolitaines. L'opération de Gaulle va dans ce sens. Sa politique coloniale pourrait s'avérer en fin de compte plus libérale” que celle du socialiste Lacoste. »
Face à la politique du pouvoir et à sa répression, la seule action efficace restait clandestine, ainsi se développèrent les réseaux de soutien. L'année 1960 a été marquée par la radicalisation de la jeunesse universitaire et par l'entrée en lutte des intellectuels. Cette prise de conscience eut un caractère spectaculaire et un retentissement international avec le manifeste des 121 : « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d'Algérie (août 1960) ; rapidement, le nombre des signatures s’éleva d’ailleurs à deux cent cinquante : artistes, écrivains, savants, universitaires… (parmi ceux-ci, des militants trotskystes). Pour le P.C.I. : « Il n’y a pas à discuter telle ou telle idée de la déclaration des 121 : ce qu'ils ont fait, devant la carence des dirigeants révolutionnaires, est un acte hautement courageux que tout révolutionnaire doit soutenir» (Quatrième Internationale, octobre 1960).
Ce manifeste provoqua de nombreuses réactions vu la personnalité des signataires et les mesures répressives prises par le pouvoir à leur égard : inculpations, perquisitions au siège de revues (Esprit, Les Temps Modernes, Vérité-Liberté) suspensions de professeurs, interdiction de paraître à lORTE. et sur les scènes de théâtre subventionnées.
La lutte contre la guerre s'intensifia avec l'entrée en action de la jeunesse estudiantine, surtout après l'échec du putsch du 24 janvier 1960. Il s’agit d’un véritable tournant dans la vie politique française depuis 1958 et pour P. Frank d’une véritable réanimation politique des masses : « Un nouveau phénomène s'est manifesté en France, tout comme en bien d’autres régions du monde : l'entrée dans un mouvement politique de la jeunesse universitaire et des manifestations politiques des organisations de jeunesse contre la guerre d'Algérie.
« Des avant-gardes se tournent vers des formes de lutte diverses, allant de la non-violence jusqu'à l’aide à la Révolution algérienne et au refus de servir dans l’armée.
« Ainsi dans la jeunesse en France, on a pu relever, compte tenu des particularités de la situation dans le pays, un phénomène de type mondial, un mouvement dans la jeunesse universitaire, non encadré par les organisations traditionnelles, sans éducation politique prononcée, mais se tournant vers des solutions et des moyens radicaux. En France, c'est la révolution coloniale, sous la forme de la lutte du peuple algérien, qui a mis en branle la jeunesse universitaire et il est vraisemblable que la jeunesse ouvrière ne tardera pas à manifester elle aussi un éveil politique... » (Quatrième Internationale, juillet 1960) pour les militants trotskystes il s'agissait d'appuyer les actions des intellectuels et de la jeunesse et de les populariser dans la classe ouvrière.
Cette radicalisation du milieu étudiant se réduisit surtout au sein de J'U.N.E.F. (Union Nationale des Etudiants de France), forte de plus de cent mille adhérents, Sous les coups de boutoir de la
guerre coloniale et aiguillonnée par les militants révolutionnaires en son sein, l’U.N.E.F. évoluait vers des positions de gauche, renouant les relations avec l'U.G.E.M.A. (Etudiants algériens) dissoute, et ce au grand dam du pouvoir pour lui supprimer ses subventions. L'U.N.E.F. organisait les premières manifestations de masse contre la guerre, ainsi le 27 octobre 1960, à son initiative environ 20 000 personnes se rassemblèrent à la Mutualité, affrontant violemment la police.
Parallèlement au refus de la guerre, un autre aspect de la radicalisation étudiante apparut avec le développement à l'université et dans les lycées d’un mouvement de masse antifasciste : le Front Universitaire Antifasciste, Au départ existaient des comités d'action antifascistes à la Sorbonne fédérés dans un front étudiant qui se donnait comme objectif de nettoyer le Quartier latin des groupes O.A.S. et Jeune Nation : rapidement il regroupa plusieurs centaines de militants et s’étendit aux autres facultés et aux milieux intellectuels ; il prit alors le nom de F.U.A. Il s'agissait de regrouper sur une ligne claire — la lutte pour l'indépendance algérienne — et sur des méthodes d'action « dures» — l'affrontement physique avec les groupes fascistes — les éléments militants du Quartier latin, afin de constituer une force réelle capable de mobiliser le milieu étudiant. Le jour de la proclamation de l'indépendance algérienne, ses militants hissèrent le drapeau du F.L.N. sur la Sorbonne.
Le F.U.A. avait été lancé à l'origine par des militants révolutionnaires « travaillant » dans l’'U.E.C. (surtout le secteur lettres de la Sorbonne), les militants trotskystes y jouèrent un rôle prépondérant, parmi eux Alain Krivine, leader de la gauche de V'U.E.C, fondateur et dirigeant du F.U.A. Hors de l'Université, les trotskystes préconisaient la formation de groupes d’auto-défense, cette action étant indissociable de la lutte contre De Gaulle pour un gouvernement des travailleurs, contre la guerre pour une Algérie indépendante.
Cette volonté du milieu universitaire d’écraser le fascisme entraîna des représailles de l'O.AS. : plasticages d'appartements d'universitaires (Duverger, Kastler.…), de militants politiques (P. Frank).
Cette période marquée par les attentats O.AS. et la lutte contre le fascisme vit l'entrée massive dans lutte des travailleurs algériens. Ceux-ci organisèrent une importante manifestation pacifique avec femmes et enfants contre les discriminations dont ils étaient victimes, le 17 octobre 1961 à Paris, qui fut très durement réprimée par la police, donnant lieu à de véritables ratonnades.
Les manifestations contre la guerre s’amplifièrent, la répression policière faisant de même. Ainsi le 8 février 1962, des manifestants furent chassés par centaines vers la station de métro Charonne et matraqués sauvagement par une unité de police rappelée d'Algérie, faisant huit victimes. L'enterrement de ces victimes donna lieu à une importante manifestation des synidcats et organisations de gauche du centre de Paris au Père- Lachaise, rassemblant selon les organisateurs environ un million de personnes.
Ces manifestants n'étaient pas morts pour rien car le gouvernement et le pouvoir colonial furent contraints de négocier et de reconnaître l'indépendance de l'Algérie.
Les tâches des militants du P.C.I. étaient alors définies :
«1. En premier lieu la défense de la Révolution algérienne ;
2. La libération immédiate des détenus algériens est un mot d'ordre valable dans tous les milieux où nous militons ;
3. Les tâches propres à la classe ouvrière, les nôtres, par conséquent, dans tous les milieux où nous nous trouvons doivent également porter sur :
a) Le retrait complet et immédiat des troupes françaises, frein au développement de la Révolution Algérienne...
b) L'aide aux soldats du contingent dans leur révolte contre leurs officiers fascistes et la fraternisation avec le peuple algérien. »
À l'occasion du référendum sur les accords d’Evian, le P.C.I. distribua des bulletins portant les mots d'ordre suivants :
«— Oui à l'indépendance de l'Algérie,
— Libération de tous les révolutionnaires algériens,
— Amnistie aux Français qui les ont aidés,
— Non à l'O.AS.! Non au pouvoir gaulliste |! »
Avec l'indépendance de l'Algérie, une page de l'Histoire de France est tournée, mais pour la IV* Internationale se posait le problème de l'approfondissement de la Révolution algérienne, ce qui suscita des difficultés, y compris dans ses rangs.
VI. L'AFRIQUE NOÏRE ET LA DECOLONISATION
La fin de la guerre d'Algérie avait signifié l’écroulement du colonialisme français ; la notion d'empire colonial était reléguée au magasin des accessoires sauf en ce qui concerne les territoires d'Outre-Mer : Antilles - Guyane - Réunion. En Afrique Noire le gouvernement sous la pression des événements algériens avait préféré accorder l'indépendance afin d'éviter une nouvelle épreuve de force, tout en se gardant une porte de sortie : la « Communauté ». Pour les militants trotskystes, l'Afrique Noire se caractérisait par une radicalisation bien moins comparable à celle de l'Indochine ou de l'Algérie ; seul le mouvement malgache en 1947 avait eu une audience équivalente, mais la répression l'avait décapité.
L'action de la IV° Internationale se situait à un double niveau : la popularisation des luttes, la dénonciation du colonialisme (et de ses solutions de rechange telle la loi-cadre Defferre) et aussi le problème de la direction révolutionnaire dans des pays à majorité presque exclusivement paysanne. Le cinquième congrès de la IV: Internationale affirmait à ce sujet (Quatrième Internationale, décembre 1956) : « La question agraire est la question dominante dans les pays coloniaux. la révolution coloniale triomphante, c'est en résumé le soulèvement de la paysannerie dirigée par le prolétariat. »
À travers sa presse, le mouvement trotskyste analysa le rôle du R.D.A. : Rassemblement Démocratique Africain, créé en octobre 1946 à Bamako avec des sections dans chaque pays ; le R.D.A. fut à l'assemblée apparenté jusqu'en octobre 1950 au groupe communiste, évoluant ensuite en interlocuteur du colonialisme.
Seule l'U.P.C. (Union des Peuples du Cameroun), section came-
rounaise refusa cette politique de capitulation et engagea la lutte armée en 1955
L'instauration de la Communauté fut violemment dénoncée par la IV° Internationale, comme solution de domination néocoloniale.
Quel bilan ?
Le problème colonial a été l’un des éléments dominants de l'histoire de la première partie de ce siècle; ses implications, luttes de libération et décolonisation, ont marqué l'époque ouverte par la Seconde Guerre mondiale, où elles ont connu un essor prodigieux depuis un certain nombre de pays et pour ce qui est notre sujet, particulièrement dans l'empire colonial français. La vie politique française en a été profondément marquée, la question coloniale étant l’une des causes de la chute de la IV° République et de l'avènement de la Cinquième.
Ce rôle historique de la révolution coloniale, sa dynamique, mais aussi ses limites, ont été soulignés par la IV* Internationale, en particulier dans la charte de réunification du mouvement trotskyste de 1963 :
« Dans le processus de la révolution mondiale, la révolution coloniale — tout d'abord la révolution chinoise, ensuite toute la chaîne de soulèvements — a empêché que se produise une stabilisation temporaire du système impérialiste à l'échelle mondiale comme ce fut le cas après 1921. Elle a renversé le rapport des forces internationales aux dépens du capitalisme, obligé l'impérialisme à combattre, et dans la plupart des cas à perdre une série de luttes et de guerres défensives qu'il a déclenchées dans ses efforts pour arrêter la progression de la révolution dans le monde colonial. Elle a aussi une formidable impulsion aux forces anticapitalistes partout dans le monde.
« La révolution coloniale ne pouvait par ses seules forces provoquer la chute de l'impérialisme. Paradoxalement elle ne fut même pas capable de saper la stabilité économique relative des pays impérialistes…
« Parmi les multiples causes de ce paradoxe apparent, l’une est d'importance exceptionnelle, Aussi longtemps que les nouveaux Etats indépendants émergeant de la révolution coloniale sont maintenus par des directions bourgeoises ou petites-bourgeoïises dans les limites du mode de production capitaliste, la puissance réelle de l'impérialisme n'est pas détruite dans ces pays. Sa domination passe simplement de la forme directe à une forme indirecte. C’est seulement si les principaux pays semi-coloniaux venaient à se détacher du système capitaliste mondial en devenant des Etats ouvriers, que la révolution coloniale délivrerait des coups économiques de telles dimensions qu’elle provoquerait rapidement les plus graves crises économiques et sociales dans les centres impérialistes.… »
Pour le mouvement trotskyste, la question coloniale posait deux problèmes principaux; la revendication de l'indépendance et la question agraire. Nous avons essayé de montrer les réponses des marxistes révolutionnaires qui ont su renouer avec la tradition de l’internationalisme prolétaire, assumant les tâches définies lors des quatre premiers congrès de l’Internationale communiste. Application non dogmatique et tenant compte des conditions spécifiques de chaque situation.
Dans cette période, marquée par la double crise de l’impérialisme et du stalinisme, le P.C.I., section française, en dépit de ses forces très limitées (il faut encore le souligner) s’est constamment trouvé aux côtés des peuples coloniaux en lutte.
Son action fut le plus souvent propagandiste, mais le P.C.I. a su s'engager dans un soutien matériel, notamment lors de la guerre d'Algérie, tandis que publiquement, ses militants, dans le cadre, pour un temps encore, du mouvement ouvrier traditionnel, s'efforçaient d'impulser des actions de masse radicales.
Cet essor de la révolution coloniale a influencé la remontée générale des forces révolutionnaires et a favorisé l'émergence, au travers du soutien aux luttes de libération d’une jeune avantgarde. Ainsi parmi les simples militants d'hier, les porteurs de valise de la guerre d'Algérie, on retrouve aujourd'hui des cadres des organisations révolutionnaires, en particulier du mouvement trotskyste.
Aujourd'hui la révolution coloniale reste à l'ordre du jour à l'échelle mondiale : que ce soit dans les territoires sous domination portugaise, où que ce soit pour la France dans les TOM-DO.M. (départements et territoires), véritables flots d'archaïsme où apparaissent de profondes fissures dans la domination coloniale imposée à un million et demi de personnes.
Pour la IV° Internationale, la question coloniale, c'est aussi le soutien à la lutte des peuples d’Indochine dans lequel ses militants se sont engagés ces dix dernières années; c’est la dénonciation du néo-colonialisme instauré par l'Etat français dans ses anciennes colonies. Elle ne défend pas d'intérêts particuliers autres que ceux de la révolution socialiste.
Documents
Indochine
Assassinat de Tha-Thu-Thau.
I1 y a quelques semaines, la nouvelle tragique de la mort de notre camarade Tha-Thu-Thau, dirigeant du mouvement trotskyste en Indochine nous parvenait. Cependant, les circonstances de cette mort furent tellement mystérieuses, qu’un représentant du Secrétariat du Parti Communiste Internationaliste, section française de la IV* Internationale, s'est rendu auprès du délégué du gouvernement du Viet-Minh en France, afin de lui demander les éclaircissements nécessaires au sujet de cette mort. Il ne put obtenir du président Ho Chi Minh que des réponses évasives à ses questions, le président se bornant à déclarer « que Tha-Thu-Thau avait été un révolutionnaire irréprochable », ce qui était bien connu!
Nos camarades indochinois avaient de multiples et féroces ennemis : les colonialistes français qui, à maintes reprises, arrêtèrent Tha-Thu-Thau ; la bourgeoisie indigène « collaboratrice » ; les staliniens qui ne purent leur pardonner d'avoir maintenu bien haut le drapeau communiste de Lénine et de Trotsky, qu'ils avaient eux-mêmes abandonné depuis longtemps. Par ailleurs, la description de la mort de Tha-Thu-Thau devient encore plus douteuse devant le fait que nous avons appris depuis lors la mort de nos camarades Phan Van Hum et Nguyen Van Dat dans des endroits différents et en des circonstances tout aussi mystérieuses. Enfin, le camarade Nguyen Van Tao, ancien secrétaire général du P.C. d'Indochine qui se sépara de ce Parti sur une plate-forme progressive serait en fuite vers le Laos (ou le Siam), soit assassiné par un coup de couteau dans le dos durant un meeting.
Le journal « Thiet Thuc» de Hanoï, dont nous ignorons la couleur politique, a même prétendu que certains membres du Viet-Minh ont organisé l'assassinat des trotskystes sur le territoire du Vietnam.
Voilà pourquoi le Secrétariat du P.C.I. et le Secrétariat du Groupe Bolchevik-Léniniste Indochinois en émigration ont adressé un communiqué à la presse, dans lequel ils exigent que toute la lumière soit faite sur les circonstances dans lesquelles les leaders trotskystes ont trouvé leur mort. Ils ont également demandé aux représentants du Vieth-Minh à Paris une entrevue afin d'arranger les modalités pour la constitution d'une commission d'enquête composée de représentants du mouvement ouvrier français et
indochinoïs afin d'enquêter sur ces cas mystérieux. Ils concluent, en demandant que le P.C.I. soit immédiatement mis en rapport avec l'organisation trotskyste en Indochine, par la déclaration suivante :
« En France, les trotskystes ont été les seuls pour défendre l'indépendance totale du Vietnam. Îls ont rendu des services considérables au mouvement indochinois en France même. Tous les Indochinois en France savent cela. Ils demanderont avec nous que toute la lumière soit faite, et toute réponse évasive n'apparaîtra que comme un aveu de culpabilité ou comme une capitulation devant la pression des assassins et de leurs maîtres. »
(Quatrième Internationale, août 1946).
1. Compte rendu du meeting du Comité provisoire de défense des libertés démocratiques en Algérie
Le jeudi 4 avril 1946, le Comité Provisoire de Défense des Libertés en Algérie avait convoqué un meeting à Paris à la Maison des Syndicats rue de la Grange-aux-Belles. 1 800 Nord-Africains étaient rassemblés, en immense majorité des ouvriers, .
Deux Indochinois, un représentant du journal syndicaliste « Front Ouvrier», un représentant du P.C.I. sont appelés à la tribune et longuement applaudis. Un représentant du journal « Liberté» s'était fait excuser.
Deux Algériens du Comité exposent en arabe la situation en Algérie et les revendications démocratiques du peuple algérien :
— Droit syndical ;
— Suffrage universel ;
— Amnistie complète pour les emprisonnés politiques ; — Assemblée Nationale Constituante.
Puis notre camarade du C.C. du P.C.I. apporte le soutien de notre Parti dans les termes suivants :
« Camarades,
Le président a bien voulu me remercier tout à l'heure d'être présent à votre meeting. Vous n'avez pas à me remercier. C'est à moi d'être fier d'être appelé à faire la preuve devant vous que les travailleurs français ne doivent pas être tenus pour responsables des crimes que commettent les bourgeois et l'administration coloniale dans votre pays.
J'apporte dans ce meeting le salut fraternel du Parti Communiste Internationaliste et de la IV*° Internationale au peuple algérien.
J'apporte le soutien total et sans condition du Parti Communiste Internationaliste à vos revendications démocratiques.
Ce ne sont ni des ordres, ni des directives que nous avons à vous donner. Nous venons vous proposer une alliance des travailleurs français avec leurs frères algériens pour mener la lutte en commun contre un ennemi commun : la bourgeoisie impérialiste française. Car, malgré ce que peuvent dire aujourd’hui les
chefs de la classe ouvrière française, celle-ci n'a aucun intérêt à ce que le peuple algérien soit maintenu en esclavage pour le seul profit de ses propres ennemis.
Dans le monde, une main tient les chaînes du peuple algérien. Une autre main tient les chaînes du prolétariat français. Mais ces deux mains appartiennent au même corps : c’est celui de la bourgeoisie française.
Les trusts, les banques, les capitalistes qui sucent le sang et la sueur du paysan de l'Atlas, de l’ouvrier d'Alger, du débardeur de Bougie, sont ceux qui sucent le sang et la sueur du métallo de chez Renault et du paysan de la Bretagne.
Chaque coup porté par l'un des deux à cet ennemi commun est aussi au bénéfice de l’autre. S'ils frappent ensemble, ils écraseront leur commun exploiteur. C'est pourquoi nous vous proposons de frapper et de vaincre ensemble.
Les revendications démocratiques du peuple algérien.
Vous réclamez les libertés démocratiques pour le peuple algérien. Si la bourgeoisie française ne veut pas les accorder, et ne les accordera jamais, malgré toutes ses promesses, c’est pour pouvoir continuer à vous exploiter sans frein.
Nous sommes pour les libertés démocratiques en Algérie et nous lutterons pour elles. Parce que nous sommes contre la possibilité pour la bourgeoisie française de tirer des super-bénéfices du travail des peuples coloniaux grâce auxquels elle perfectionne sa domination sur le prolétariat français. Parce que nous sommes contre la possibilité pour la bourgeoisie française d'entraîner des troupes dans la répression contre vous, dont elle se servira pour briser nos grèves et nos libertés.
La duperie de l'Union Française
Certains vous proposent d'attendre calmement du bon vouloir de l'impérialisme la reconnaissance de vos droits et de vos libertés démocratiques. On vous dit que c’est au sein de l’Union Française que vous pourrez le mieux atteindre plus de bien-être et plus de liberté. Ceux qui croient ces promesses sont pour le moins des dupes, cent ans de colonialisme dans une égale misère et un égal esclavage, suffiraient à le prouver. Mais vous venez de vivre une tragique expérience qui ne peut que vous confirmer dans votre méfiance et votre incrédulité.
Si j'en parle ce soir, ce n'est pas pour vous informer, vous, travailleurs algériens, qui avez le triste privilège de savoir bien mieux que moi ce qui s'est passé le 8 mai dernier en Algérie. C'est pour en informer les travailleurs français qui sont systématiquement tenus dans l'ignorance.
La provocation montée par l'administration coloniale et qui coûta la vie à 80 Français fut payée par la mort de près de 40 000 Algériens ! 40 000 ! dont un très grand nombre de femmes, d'enfants, de vieillards puisqu'une grande partie des hommes pendant ce temps étaient mobilisés dans l’armée française.
Des tanks, des avions, des fours crématoires même furent utilisés à Héliopolis et à Kérata.
2. Pas un volontaire pour l’Indochine
De « séduisantes » affiches appellent les jeunes travailleurs à s'engager dans les troupes coloniales. Chaque jour, des tanks, des lance-flammes, des avions, sont envoyés à d’Argenlieu afin qu'on ne manque de rien pour écraser la liberté du peuple vietnamien. De plus, il demande des hommes.
Mais il n'y aura pas un seul jeune travailleur qui acceptera de se livrer à cette besogne d’assassin !
Le prolétariat tout entier se dressera et refusera de fabriquer, de convoyer, de charger le matériel à d'Argenlieu-le-moine-sanglant. La jeunesse travailleuse fera un barrage à la propagande chauvine et pas un jeune n’acceptera de partir.
Jeune ouvrier, jeune paysan, on tente de te saouler de boniments. Dans la presse, à la radio, à la caserne, on t'assourdit avec la « mission civilisatrice de la mère patrie», la « non-maturité de la race jaune ». On veut te faire avaler sous une autre forme les théories racistes de Hitler sur la race des seigneurs et les races inférieures. On ne te dit pas la vérité. On ne te dit pas que tu auras en face de toi des paysans, des coolies, des ouvriers encore plus misérables que toi. Un peuple qui depuis 80 ans connaît la dictature policière, les tortures des camps de la mort de Poulo-Condor, l'exploitation sauvage à la mine, à l'usine et aux champs. Un peuple que les colonialistes ont essayé d’abrutir, pour mieux l'opprimer, avec l'alcool, l’opium, la famine et la trique. Tu n'aurais pas en face de toi des rebelles, mais des hommes et des femmes qui luttent et qui meurent pour leur liberté et leur indépendance.
On te dit que tu vas combattre pour la grandeur de la France. Sache que la grandeur de la France c’est celle de la Banque d'Indochine et des trusts du caoutchouc. Accepteras-tu d’Oradouriser des villages vietnamiens pour que les capitalistes puissent engranger l'or récolté sur le cadavre de femmes et d'enfants qui veulent vivre libres ? Tu es prêt à souffrir et à te sacrifier, s’il le faut. Mais pour ta classe, pour le socialisme! Pas pour les dividendes des 200 familles.
N'oublie pas que tu es un travailleur, même lorsque tu es sous l'uniforme. Et si tu acceptes aujourd’hui de tirer sur tes frères, les travailleurs vietnamiens, les mêmes officiers, les mêmes d’Argenlieu t'ordonneront demain de tirer sur tes frères, les travailleurs français en grève et en révolte. Les chaînes des travailleurs français et celles des peuples coloniaux sont tenues par la même main : celle du capitalisme français. Renforcer les 200 familles en Asie, c'est aussi les renforcer en France. River les chaînes du peuple vietnamien, c’est forger celles du prolétariat français !
Une grande partie de l’armée française d’Indochine — peut-être la plus grande partie — est composée de S.S. de la légion étrangère qui ont été revêtus d’un nouvel uniforme, mais qui continuent leur métier d’assassins. Accepteras-tu d’être à leurs côtés ?
Tu sauveras l'honneur du prolétariat français, malgré la trahison des chefs ouvriers qui ont voté les crédits nécessaires à d’Argenlieu. Tu montreras à tes maîtres de l'usine et de la caserne que la solidarité internationale des travailleurs n’est pas un vain mot.
La Jeune Garde, n° 2, décembre-janvier 1947.
3. Résolution sur la Guerre d'Indochine Comité Central février 1947 présentée par le camarade Privat
1. Notre campagne sur la guerre d’Indochine doit avoir comme base politique l'appréciation fondamentale suivante :
En Indochine se déroule une guerre entre un impérialisme oppresseur et un peuple opprimé qui lutte pour son indépendance.
Le premier mène une guerre injuste, réactionnaire, le second mène une guerre juste, progressive, nationale-révolutionnaire.
De là découle notre ligne stratégique d'ensemble : nous sommes pour la défaite militaire de l'impérialisme français, pour la victoire du Vietnam. Cette position se trouve renforcée par le fait que dans le camp vietnamien la révolution prolétarienne se trouve imbriquée avec la lutte pour l'indépendance, Elle est liée à notre position générale. Sur la question des colonies affirmant notre volonté de DETRUIRE l'Union Française en rendant la liberté à tous les peuples qui s'y trouvent asservis, liée à notre objectif général de rendre la liberté à tous les peuples colonisés qui pour nous, prolétaires français, prend la forme de destruction révolutionnaire de l'impérialisme français et de son « Union Française ».
Notre agitation portera sur des mots d'ordre immédiatement accessibles : À bas la guerre, paix immédiate, retrait des troupes, reconnaissance de l'indépendance, Maïs ces mots d'ordre s'ils partent des sentiments pacifiques ou de justice abstraite doivent aboutir à la démonstration qu'aujourd'hui quiconque est réellement pour l'indépendance du Vietnam, doit, dans la guerre, être pour la défaite française. Sinon notre campagne aura un caractère sentimental pacifiste mais non révolutionnaire.
3. Partant de notre appréciation politique fondamentale notre campagne doit avoir comme objectif le sabotage de masse, de l'effort militaire français et l’aide directe au Vietnam, de la part des travailleurs français.
La comparaison la meïlleure pour indiquer le sens de cette campagne est celle que nous devons faire avec l'attitude du DRORRRE international vis-à-vis de la Révolution Espagnole en
4. Quelle que soit l’action de Front unique que nous puissions envisager sur vette question nous devons nous adresser directement aux travailleurs. Notre agitation centrale doit se faire autour de l'idée du boycott par les travailleurs de la production, du transport, du chargement du ravitaillement pour d'Argenlieu. C'est sur ce point que nous pouvons montrer le mieux l’aide que les travailleurs doivent apporter au Vietnam.
5. L'aide directe au Vietnam ne peut guère prendre un caracière symbolique, sur le plan civil, mais elle peut avoir une grande importance de propagande et d’agitation. Par exemple le parti doit reprendre la proposition faite par la « Jeune Garde » d'une caisse de solidarité ouvrière au peuple vietnamien et réaliser concrètement cette tâche. Les fonds seraient versés aux divers organismes et organisations vietnamiennes en France.
6. Sur le plan militaire, la propagande et l'agitation doivent garder comme axe l’aide au Vietnam, le défaitisme dans l'armée française,
La désagrégation morale des troupes par l'information sur le véritable caractère de la guerre et le rôle qu'elles y jouent est très important.
L'appel à passer en masse du côté du Vietnam est indispensable quelle que soit la forme légale que cet appel prendra.
Le fait qu'il y ait une forte proportion de volontaires (cette proportion va d’ailleurs en diminuant) n’infirme pas cette position ; parmi les volontaires il y a de nombreux travailleurs trompés ; nous devons les détromper.
7. En face de Ho Chi Minh nous affirmons notre soutien sans condition de la lutte contre l'impérialisme français, mais nous montrons en même temps concrètement que seule la Révolution prolétarienne peut réaliser l'indépendance nationale du Vietnam.
De ce point de vue nous critiquons Ho Chi Minh et le Viet-Minh. Nous pourrons le faire d'une façon d'autant plus compréhensible pour les travailleurs français que notre action réelle contre l'impérialisme français sera évidente et clairement menée.
8. La campagne du Parti dans La Vérité a manqué de netteté dans l'expression de notre politique, Elle est trop souvent apparue sous un angle uniquement pacifiste et sentimental et contenait des erreurs (commission d'enquête parlementaire ; Franc-Tireur seul quotidien à dénoncer la folie criminelle de cette guerre — on a caché à Moutet, etc.).
Elle doit désormais avoir une netteté beaucoup plus grande et frapper, en particulier, sur le sabotage de masse de l'effort militaire français par les travailleurs.
9. L'ensemble de cette agitation et de cette propagande doit avoir un côté spectaculaire (meetings, même interdits, etc.).
Le B.P. peut même être amené à un certain moment à envisager d'attirer la répression pour un but de propagande.
Mais en même temps une part importante de nos moyens doivent être utilisés pour l'action effective même à une petite échelle (organisation de grèves de dockers, propagande sur une caserne) et aussi pour la publication d'un matériel propagandiste expliquant en détail et sous tous ses aspects la question d’Indochine aux travailleurs.
4. Un trotskyste vietnamien assassiné par les impérialistes
Nous venons d'apprendre que notre camarade Chu-Van-Binh, du groupe communiste internationaliste vietnamien en France, vient d'être assassiné par les troupes françaises dans le nord du Vietnam.
On se souvient que notre camarade Chu-Van-Binh a été arrêté l'an dernier au Camp de Bias (Lot-et-Garonne) par la Police de Jules Moch et transféré dans le camp de concentration de Haï-Phong. En compagnie de deux de ses compatriotes, notre camarade s'échappa du camp, afin de rejoindre la Résistance vietnamienne. Une patrouille française les ayant surpris, tira sans sommation sur eux. Tandis que ses compagnons parvenaient à continuer leur route, notre camarade tomba sous les balles des impérialistes.
Chu-Van-Binh était un des meilleurs militants du Groupe trotskyste vietnamien en France. Dès la Libération, Binh faisait partie du Groupe Tranh-Dau (la Lutte) qui rassemblait des nationalistes et des trotskystes. Dès la dissolution du groupe Tranh- Dau, Chu-Van-Binh adhéra spontanément au mouvement trotskyste. Il fut l’un des premiers à se rallier au groupe Vo-San (Les Prolétaires) qui devint bientôt Groupe trotskyste officiel de a IV® Internationale.
Chu-Van-Binh jouissait d'une très grande confiance auprès des travailleurs vietnamiens en France. Il fut successivement leur délégué à Paris, à Marseille, à Bergerac, à Bias, etc. Quand il fut arrêté par la Police de Jules Moch, il détenait une grande responsabilité dans le camp de Bias. Très fidèle à notre mouvement et conscient de sa tâche, notre camarade est mort en militant révolutionnaire.
(La Vérité, 2 quinzaine avril 1940.)
5. Le meeting du Congrès des peuples coloniaux appelle au boycott de la guerre d’Indochine
Après la Fédération de l'Enseignement de l'Hérault, c'est le Congrès des Enseignants de la Seine qui exige l'organisation, par tous les Syndicats, du boycott des envois d'armes et de munitions à destination d’Indochine.
Ouvriers syndiqués, faites adopter cette motion dans vos Assemblées.
Désignez une délégation pour la porter aux directions confédérales.
Le Congrès des peuples contre l'impérialisme qui rassemble un certain nombre de mouvements d’émancipation des Empires français et britannique avait convié, le jeudi 14, les travailleurs français et nord-africains à un meeting contre le colonialisme et la guerre au Vietnam. Des milliers de travailleurs remplirent la salle, les ouvriers algériens étaient les plus nombreux. Un service d'ordre important veilla avec vigilance sur la sécurité du meeting. S'appuyant et s'épaulant mutuellement, les militants algériens du MT.LD. et ceux du P.C.I. étaient prêts à répondre à toute provocation du R.P.F. Celui-ci s'est bien gardé de venir troubler le meeting et il a bien fait, car tous étaient fermement décidés à infliger une sévère correction aux bandes fascistes.
Et pourtant, cette manifestation bénéficia d’une publicité très réduite. À peine quelques milliers de tracts et de maigres annonces dans « Combat » et « Franc-Tireur ».
Il est évidemment plus commode d'étaler de longues litanies sentimentales sur la paix en général que d'indiquer une voie précise par laquelle les travailleurs peuvent mettre fin à celle du Vietnam. Pour une fois que des moyens concrets d'en finir avec la guerre furent indiqués, la grande presse pacifiste se tut. « Franc-Tireur » lui-même, dont l’éditorialiste présida pourtant le meeting, n’en publia qu'une relation chétive en deuxième page,
réservant la vedette, en première, à Garry Davis promenant son registre dans les quartiers du Trocadéro et de la Muette.
Que pèsent les mouvements anti-impérialistes pourchassés, persécutés qui se trouvaient au meeting de la Mutualité, que pèse le parti de Messali Hadj à côté de ce grand héros qui a nom Garry Davis ? L'Etat capitaliste qui frappe sauvagement les uns et étend une protection souriante sur l’activité de l’autre sait, quant à lui, à quoi s'en tenir.
Jean Rous, secrétaire du Congrès des Peuples, présida le meeting.
Le docteur Sambo, du Parti Socialiste hindou, déclara QU'IL N'Y AURA DE LIBERATION DE L'HOMME QUE QUAND L'IM- PERIALISME ET LE COLONIALISME SERONT DETRUITS. Au nom du parti de Destour tunisien, Fares porta la plus terrible accusation contre les soi-disant gouvernements de gauche qui appuient, participent, organisent la guerre et la répression colonialiste contre les masses opprimées. L'orateur du R.DR., Dechezelles, apporta à la tribune des précisions sur la répression sanglante à Madagascar.
L'alliance des peuples coloniaux et du prolétariat des métropoles sonnera le glas de l'impérialisme.
Notre camarade Colvin de Silva, fortement applaudi, déclara en substance : « Je parle comme trotskyste et comme leader de la fraction parlementaire du Bolchevik Samasamaja Party, Section de Ceylan de la IV° Internationale ». Que ce soit en Indonésie ou en Indochine, en Algérie, en Malaisie, à Madagascar ou au Maroc, une chose est claire : AUCUNE LUTTE COLONIALE NE PEUT TRIOMPHER SEULE ET ISOLEE. Mais nous ne devons pas nous contenter d'unifier les luttes des peuples coloniaux entre eux, nous devons frapper au cœur même de l'impérialisme mondial, dans ses centres métropolitains… L'indépendance ne peut pas signifier la simple substitution d'exploiteurs jaunes ou noirs aux exploiteurs blancs. Pour l'ouvrier et le paysan indigène, qu'il vive aux Indes, en Afrique ou dans l'Amérique latine, la liberté, c’est se libérer de l'exploitation capitaliste et pas simplement de l'exploitation capitaliste ETRANGERE. Ceux qui cherchent à réduire la lutte des ouvriers indigènes à une lutte seulement contre le capital étranger, tout en laissant intact le capital indigène, ceux-là désorientent et trompent les ouvriers.
CAR LES CAPITALISTES ET PROPRIETAIRES FONCIERS INDIGENES SE JOIGNENT AUX IMPERIALISTES ETRAN- GERS CONTRE LES OUVRIERS ET PAYSANS INDIGENES, c'est leur planche de salut.
Quand l'alliance révolutionnaire des ouvriers et des paysans des pays coloniaux aura été bâtie, quand la liaison entre les travailleurs des colonies et le prolétariat révolutionnaire des métropoles aura été forgée, quand, en un mot, la lutte pour le socialisme dans les métropoles sera reliée à la lutte pour l’indépendance dans les colonies, alors, sonnera le glas de l'impérialisme et du capitalisme et l'aube de la liberté se lèvera, Unis dans une Fédération de gouvernements ouvriers et paysans, les peuples du monde iront de l'avant dans la construction de la société socialiste.
P. LAMBERT.
Après Gorkin du P.O.U.M. et Ahmed Alaoui du parti de l'Istiglal marocain, le docteur Mestefaï, délégué à l'Assemblée algérienne, vint apporter le point de vue du mouvement de Messali Hadj. Il affirme que le peuple algérien est sans réserve aux côtés des Vietnamiens en lutte. C'est contraints et forcés, déclara-t-il, que les spahis algériens sont envoyés en Indochine. C'est le propre de l'impérialisme que d'utiliser les peuples opprimés les uns contre les autres, ainsi fit-il déjà à Sétif en mai 1945 en employant les soldats marocains contre leurs frères algériens.
Pour le boycott de la guerre d'Indochine.
Pierre Lambert apporta le salut du P.C.I. Tous les appels pacifistes resteront purs bavardages si les masses n’imposent pas par leur action la cessation des hostilités au Vietnam, La classe ouvrière française a intérêt à ce que cette guerre cesse :
— Parce qu'elle coûte chaque jour 300 millions au pays qui se traduisent par de lourds impôts, de bas salaires, par une production orientée vers la guerre alors que les ruines du dernier carnage mondial ne sont pas relevées ;
— parce que tout coup porté par l’héroïque résistance vietnamienne à la puissance de la Banque d’Indochine et des trusts du caoutchouc affaiblit l'impérialisme français et renforce la lutte des ouvriers chez Michelin, Renault, etc., contre leurs patrons.
Lambert cite la résolution adoptée par la Fédération de l'Enseignement de l'Hérault, qui demande à la C.G.T. et à la C.GT.F.0. d'organiser le boycott des envois d'armes et de munitions à destination de l’Indochine.
Les métallos, dans les usines et les arsenaux, fabriquent les armes et les munitions et les cheminots les transportent, les dockers les chargent, les marins les convoient. SI LES GRANDES ORGANISATIONS DE LA CLASSE OUVRIERE ET PARTICULIE- REMENT LES ORGANISATIONS SYNDICALES LE VEULENT, LA GUERRE D'INDOCHINE NE DURERA PAS LONGTEMPS. La responsabilité qui incombe à ces organisations est immense.
Vive l'indépendance totale du Vietnam!
Lé-Van, au nom des travailleurs vietnamiens en France, dénonce l'Empereur fantoche Bao-Daï, jouet de l'impérialisme. Les accords Auriol-Bao-Daï n'accordent pas une indépendance réelle au Vietnam ; la formule de l’Union Française — inventée par de Gaulle — n'est destinée qu’à couvrir un colonialisme plus rapace et sanglant que jamais, Lé-Van termine par un appel à la solidarité internationale des travailleurs pour aider le peuple vietnamien à conquérir son indépendance complète.
Le meeting se sépare après avoir adopté les mots d'ordre d'action sur lesquels les orateurs se sont fait applaudir.
(La Vérité, 2 quinzaine avril 1949.)
6. Comité Central, 3-4 juin 1950
17. Lutter contre le colonialisme, c'est non seulement aider les
peuples coloniaux à se libérer de la tutelle de l'impérialisme, mais c'est aussi contribuer à approfondir la crise du capitalisme et faire augmenter les chances de la révolution dans la métropole.
En ce qui concerne la guerre du Vietnam, nous devons continuer à lutter pour :
— le retrait immédiat du corps expéditionnaire ;
— l'indépendance totale ;
— le boycott des armes à destination du Vietnam.
La propagande du parti doit donner une place importante sur cette question aux jeunes travailleurs, particulièrement intéressés à la guerre du Vietnam :
— rapatriement des jeunes attirés en Indochine par une pro- | pagande mensongère ;
— défense des droits des jeunes soldats victimes de cette guerre ; |
— campagne contre le départ des volontaires. |
En ce qui concerne la lutte des peuples de l'Afrique du Nord 4 pour leur libération, nous devons exiger l'indépendance totale pour l'Algérie, la Tunisie et le Maroc et dénoncer les formules d'Etats associés qui s’insèrent dans la politique de « l’Union française ». Nous soutenons les demandes de discussion des leaders nationalistes avec la bourgeoisie française sans pour autant re- # prendre à notre compte l'ensemble de leur programme. Mais # nous donnons notre appui dans ce programme aux mots d'ordre # allant dans le sens de l'indépendance totale.
Nous dénonçons la féroce répression de la bourgeoisie française en Algérie et exigeons la mise en liberté de tous les militants arbitrairement arrêtés, le respect de la liberté d'expression et de | réunion. Nous appuyons la revendication de Constituante Algérienne Souveraine démocratiquement élue (ceci exige au premier chef l'indépendance totale) réclamée par l'immense masse du peuple algérien.
19. L'approfondissement de la crise révolutionnaire a fait reculer l'échéance de la guerre. | Nous devons tout d’abord dénoncer les staliniens qui font de ce danger un danger immédiat, masquant ainsi aux travailleurs # les immenses possibilités révolutionnaires de la période et les empêchant de lutter pour la défense de leurs revendications et de combattre la guerre de brigandage de l'impérialisme français # au Vietnam, mais la préparation de la guerre par l'impérialisme reste une réalité et c’est pourquoi la crainte de la guerre et en conséquence la propagande des staliniens trouve un écho dans les
masses ouvrières.
Lutter contre la guerre, c’est lutter pour la révolution; c'est pourquoi la meilleure façon de faire reculer le danger de guerre,
à l'étape actuelle, c'est combattre pour les revendications propres à la classe ouvrière et le droit du peuple vietnamien et des peuples de l’Afrique du Nord à disposer d'eux-mêmes. Les campagnes pour la paix, genre appel de Stockholm, ne s'inscrivent pas dans une perspective révolutionnaire, ont en fait pour résultat de désarmer la classe ouvrière dans sa lutte contre l'impérialisme. C'est pourquoi, tout en ne rejetant pas le principe de semblables formes de mobilisation internationale, nous en montrons le caractère illusoire et de collaboration de classe. Il est bien évident que nous dénonçons les campagnes sociales-démocrates « il n’y a pas de guerres justes, le prolétariat est contre toutes les guerres». Î
Toutes les guerres ne sont pas de même nature. Le prolétariat combat toutes les guerres de brigandages et de rapines, mais il soutient la lutte des peuples qui veulent se libérer de la domination capitaliste (pays coloniaux) ou celle des peuples qui veulent empêcher l'impérialisme de s'ouvrir des marchés qui lui ont échappé (défense de l'UR.S.S. en cas de guerre). La défense militaire de la révolution yougoslave contre l'impérialisme où contre l'armée russe serait une guerre juste.
20. En ce qui concerne l'action contre le déchargement, le transport et la fabrication des armes, nous devons comprendre que le problème se pose différemment suivant qu’il s’agit d'armes a la destination de l'Indochine ou d'armes devant servir à la préparation de la guerre impérialiste. La différence provient, non du matériel fabriqué ou transporté, mais du fait que la guerre du Vietnam est une réalité présente alors que le danger de la guerre impérialiste loin de se rapprocher s’est éloigné. La classe ouvrière d'ailleurs ne s’y trompe pas : les actions contre le transport ou la fabrication d'armes contre le Vietnam, trouvent non seulement un réel écho chez les travailleurs, mais ces actions sont susceptibles de devenir des actions de masse alors qu'il en est tout autrement pour le matériel devant servir à la préparation de la guerre impérialiste.
Nous soutenons et appelons les travailleurs à se mobiliser pour boycotter les armes destinées au Vietnam, Pour que l’action contre la guerre au Vietnam devienne une action de masse, il faut appeler l’ensemble de la classe ouvrière au soutien de chaque action contre un débarquement, un transport ou une fabrication d'armes. Ceci implique la réalisation du Front Unique de la base au sommet et entre toutes les grandes organisations ouvrières et la constitution dans les entreprises et les quartiers de comités d'action contre la guerre du Vietnam.
En ce qui concerne le transport des armes américaines, tout en ne rejetant pas principiellement de telles actions, nous dénonçons le caractère aventuriste, dangereux et illusoire de celles que mènent actuellement les staliniens. Si ces actions s’inscrivaient ans une perspective révolutionnaire et non dans une perspective d'indépendance nationale et de paix et si elles étaient faites d'une manière exceptionnellement démonstrative et non indéfiniment prolongées dans le temps, elles pourraient avoir une valeur de mobilisation des forces ouvrières. Mais dans la perspective et les formes où elles sont engagées, elles constituent en fait un élément de démoralisation pour la classe ouvrière et celles permettent à cause de l'isolement des travailleurs engagés dans ce combat, à la répression bourgeoise de s’abattre violemment sui eux. Notre arme pour empêcher les aventures staliniennes dans le cas du déchargement des armes américaines, c'est de lutter avec acharnement pour le respect intégral de la démocratie ouvrière et la possibilité pour chacun de pouvoir exprimer son opinion et la dénonciation impitoyable des manœuvres bureaucratiques.
Notre orientation générale n'est ni le sabotage, ni le mot d'ordre de désarmement, mais l’action pour la révolution prolétarienne. La politique du défaitisme révolutionnaire ne consiste pas dans le sabotage : « Il ne s’agit pas de faire sauter des ponis», mais de l'intensification de la lutte de classe pour la dictature du prolétariat. Dans le cadre d’une guerre déclarée de
l'impérialisme contre l’U.R.S.S. nous pourrions recourir au sabotage comme à un moyen accessoire qui demanderait à être utilisé avec discernement en vue d'élever la conscience et la combativité des masses. Mais l'agitation artificielle actuelle du P.CF. contre le débarquement des armes américaines — en période de paix — répond à la ligne stalinienne,
7. Retraït du Corps expéditionnaire
Aux annales du colonialisme, une sombre date s'est inscrite : Caobang-octobre 1950. La défaite du corps expéditionnaire dans le Nord-Tonkin a rempli de crainte et d'amertume, ministres, généraux et capitalistes. Le cœur des prolétaires ne saurait s’assombrir aux défaites du colonialisme. Les victoires de l’admirable peuple vietnamien sont les victoires de tous les travailleurs. Mais ceux-ci portent au compte des crimes colonialistes la mort dans le Nord-Tonkin de milliers de soldats victimes — tels ces Nord-Algériens razziés dans les villages d'Afrique — de la politique rapine de l'impérialisme français. (La Vérité, 2° quinzaine, octobre 1950.)
8. Libérez Henri Martin et Heimburger
L'immense majorité du pays est contre la guerre du caoutchouc, la guerre de la banque d’Indochine; la classe ouvrière, mais aussi des Français de conditions les plus diverses, d'opinions politiques et religieuses différentes. Dans le Corps expéditionnaire aussi, la sale guerre est de plus en plus impopulaire. Depuis l’agression contre le Vietnam on ne compte plus les désertions, les actes de désespoir : les suicides, les sabotages. Il ne faut jamais oublier que les premières recrues qui partirent au Vietnam étaient des jeunes, résistants pour nombre d’entre eux, qui dans l'enthousiasme de la libération s'engagèrent dans l'Armée d'Extrême-Orient et que l'on jeta contre d’autres résistants ceux du Vietnam.
Henri Martin comprit qu'il fallait tous ensemble s'organiser pour faire cesser la sale guerre. Tous ensemble, unis, sans se livrer à des actions de désespoir, à des gestes isolés, de révolte comme le fit son camarade Heimburger. Des deux gestes, des deux attitudes, la première est la seule efficace, C’est celle qui peut arrêter la sanglante aventure colonialiste. Mais nous devons aux deux condamnés sans distinction, à nos deux camarades, notre aide sans réserve, notre soutien sans condition.
Les juges militaires, en frappant plus fort Martin ont voulu atteindre le P.C.F. et à travers lui empêcher ce qu'ils craignent par dessus tout : l’action unie et unanime de tous contre la sale guerre.
La bourgeoisie veut identifier l'hostilité à la sale guerre à la propagande du seul P.C.F, Ce faux ne peut se développer que
grâce à la complicité de dirigeants sociaux-démocrates, mais il ne le pourra plus si tous s'unissent, si tous s'organisent.
Ce n’est pas aux seuls militants du P.C.F. qu'incombe la tâche de défendre Henri Martin et Heimburger ; c'est le devoir de tous. La lutte pour leur libération se confond avec la lutte contre la guerre du Vietnam. C'est l’action de masse contre la sale guerre qui fera casser l’infâme verdict de Brest et arrachera H. Martin et Heimburger à leur prison.
À BAS LA SALE GUERRE Résolution des Travailleurs vietnamiens
À l’occasion du 6° Anniversaire de l'insurrection et de la proclamation de l'Indépendance du peuple vietnamien, les travailleur vietnamiens de la Région Parisienne réunis en meeting le 2 septembre 1951.
Constatant :
Qu'en dépit du déploiement total de ses forces et de l'aide intensifiée de Wall Street, l'impérialisme français est toujours loin de venir à bout de la lutte du peuple vietnamien pour son indépendance.
Que le gouvernement Bao-Daï, malgré toutes propagandes, se démasque de jour en jour plus clairement dans les faits comme valet docile n'ayant qu'un rôle à jouer : servir les intérêts des impérialistes.
Déclarent :
— Soutenir de toutes ses forces la résistance du peuple vietnamien pour son indépendance totale.
— Défendre le gouvernement Ho Chi Minh devant les attaques de l'impérialisme.
— Lutter fermement contre Bao-Daï et sa clique.
— Faire appel au peuple de France pour mettre tout en œuvre afin d'arrêter cette odieuse guerre d'Indochine qui a coûté tant de vies de jeunes Français et imposé aux masses laborieuses tant de lourds sacrifices inutiles.
9. Le jeune soldat reste un prolétaire
Créez dans chaque usine, chaque chantier, chaque bureau, chaque quartier des Comités d'unité d'action contre le rabiot. Aidez les encasernés à se lier entre eux au moyen d’un journal qui popularisera les expériences faites dans les différents régiments et qui expliquera que la lutte à l'usine et à la caserne reste la même, sous des formes différentes, contre le même ennemi de classe : la bourgeoisie,
Avec ces Comités regroupant tous les ouvriers syndiqués ou non, les ménagères, assurez une liaison constante entre les prolétaires en bleu et ceux en uniforme. Luttez contre l'isolement dans lequel la bourgeoisie cherche à tenir les recrues.
Diffusez la littérature prolétarienne aux ouvriers en uniforme, contrôlez le fonctionnement des caisses du « Sou du soldat»,
suscitez le parrainage par les travailleurs des jeunes paysans en uniforme.
Pas une assemblée ouvrière, pas une délégation, pas une grève, pas une manifestation qui oublieraient vos frères des casernes |!
Dans les casernes, l'expérience a montré que lorsque les soldats prenaient en main la défense de leurs revendications, la caste militaire cédait, comme à l'usine le patron cède lorsque l’ensemble des ouvriers entrent en lutte.
Pour l'amélioration de l'ordinaire, pour l'octroi de permissions, pour la suppression des brimades, pour la levée des punitions, pour l'abolition de toutes ces pratiques médiévales comme la « pelote» (instruction militaire spéciale) ou le « tombeau» qui visent à briser la résistance morale de l’encaserné. Pour le droit de lire la presse ouvrière à la caserne, pour le droit aux encasernés de participer aux manifestations ouvrières, une telle lutte exige, au tout premier chef, la manifestation à la caserne de l'existence des organisations prolétariennes, partis, mouvements de jeunesses, syndicats, etc., auxquels appartenaient les jeunes ayant leur appel sous les drapeaux. La dénonciation classique des cliques réactionnaires planquées dans les bureaux de Compagnies, la mise en quarantaine des mouchards, le contact avec les organisations ouvrières, permettront de soutenir toutes les revendications des encasernés.
Ton premier contact avec l’armée sera déprimant. Dès ton arrivée, si tu es ouvrier, tu seras de prime abord suspect. Ta vie civile aura pu te faire croire à l'existence d’une certaine démocratie. À l’armée, tu verras que cette démocratie n'existe plus, on voudra te faire vénérer tes chefs comme des dieux. Le sous-off sera ton maître absolu.
Alors, avant toute chose, ne te laisse pas abattre, souviens-toi toujours que tu appartiens à une classe qui tient dans ses mains tout le poids de l'avenir de l'humanité. Que cette classe lutte et qu'il faut continuer à lutter avec elle, comme à l'usine.
Ne te laisse pas prendre aux provocations qui dès le premier jour vont t’assaillir, ne sois pas la « forte tête» promise à la « tôle». Sois même un bon soldat. Parce que ta classe aura un jour besoin de bons soldats et parce que ça te permettra d’être plus tranquille pour être un bon révolutionnaire.
Ne considère pas le jeune paysan pauvre, le jeune ouvrier agricole qui seront à tes côtés comme des « glaiseux», bons à supporter toutes les plaisanteries. Souviens-toi qu'ils sont parmi les premiers alliés de ta classe. Alors, sois pour eux l'éducateur, parle-leur des luttes de l'usine et sois avec eux tel qu’à la libération ils soient devenus capables de continuer le combat au village.
Et puis.
Si tu as entendu parler chez toi, ou si tu as de très anciens numéros de l’Avant-Garde ou de la Caserne, tu auras appris ce que fut la glorieuse lutte de la Jeunesse Communiste contre le militarisme au temps de la Ruhr, de la guerre du Maroc, au temps de Calvi et des Journées Rouges. Dans de prochains articles, nous te communiquerons ce que ces luttes peuvent t'apporter d'expériences utiles.
Aujourd’hui, les trotskystes qui ont ramassé le drapeau de l’'antimilitarisme révolutionnaire que le P.C.F. et l'UJR.F. ont laissé tomber, s'adressent à toi.
Tu les trouveras à tes côtés à la caserne comme tu les as trouvés à l'usine, combats avec eux. La lutte contre le rabiot et contre le militarisme ne peut être que révolutionnaire, (La Vérité, 13 septembre 1951.)
19. Evacuez l’Indochine
Le Comité Central du Parti Communiste Internationaliste (section française de la IV‘ Internationale) salue la lutte des peuples colonisés pour se libérer du joug de l'impérialisme français. Il dénonce la répression renforcée de celui-ci : truquage des élections, déportation du sultan du Maroc; déportation de Bourguiba, de Messali Hadj; assassinats policiers au Maroc. tandis que les assassins de Ferhat Hached sont toujours libres ; lent assassinat de Raseta et des autres élus malgaches.
IL FAUT METTRE AU PLUS TOT UN TERME À CES METHODES DE GESTAPO,
Pour y parvenir, il faut aujourd’hui concentrer toutes les forces des travailleurs contre lé point le plus faible de l'impérialisme français aux colonies : LA GUERRE AU VIETNAM, dont tout le pays est las. Imposer l'arrêt des hostilités contre le peuple vietnamien et le retrait du corps expéditionnaire, c’est porter un coup au colonialisme, aux méthodes infâmes, c’est ouvrir la voie à la libération de tous les peuples opprimés de l'Empire français.
Le Comité Central s'adresse à toutes les organisations ouvrières de masse (partis, syndicats) pour qu'elles réalisent leur front unique immédiat afin de stopper la guerre au peuple vietnamien qui ne veut pas de Bao-Daï et laisser ce peuple disposer librement de son sort. Il appelle tous les travailleurs à demander de leurs organisations un accord immédiat pour exiger — par voie de meetings, arrêts de travail, démonstrations de rue — l'arrêt des hostilités et l'ouverture de négociations, hors des pressions de l'impérialisme américain.
TRAVAILLEURS, DANS VOS PARTIS, DANS VOS SYNDI- CATS, EXIGEZ LE FRONT UNIQUE IMMEDIAT POUR ARRE- TER LA GUERRE AU PEUPLE VIETNAMIEN ! (La Vérité des Travailleurs, mars 1954.)
11. Le Viet Nam après le « cessez-le-feu »
Entretien avec les camarades HA CUONG NGAI et DO TINH
— Quelles conséquences aura l'accord de Genève sur le développement de la luite des classes vietnamiennes ?
Nghi — L'accord de Genève est avant tout la consécration de
la défaite de la politique de l'impérialisme. Après 8 ans de guerre, des milliers de morts et des milliards engloutis, l'impé-
rialisme a dû reculer laissant la moitié du pays entre les mains des forces de la Résistance vietnamienne.
Ceci dit, je pense qu'il serait erroné de sous-estimer le danger que comportent certaines clauses des accords.
Premièrement, c'est le problème du partage provisoire du Pays. L'impérialisme français, poussé et dominé par l'impérialisme américain, se lancera sûrement dans des manœuvres qui viseront à retarder ou empêcher l’organisation des élections générales prévues pour l’année 1956. Chacun sait que les élections, si elles peuvent se faire librement dans les conditions normales FF: démocratiques, apporteront la victoire complète de Ho Chi
inh.
Deuxièmement, la date des élections fixées dans un délai de 2 ans (au lieu de 6 mois comme le demandait le délégué Pham- Van-Dong) donnera le temps aux fantoches de déployer toutes leurs manœuvres d'’obstruction.
Troisièmement, la présence du corps expéditionnaire qui, selon les accords, se prolongera jusqu'au moment des élections et au-delà.
Les accords stipulent que les troupes françaises ne s’en iront que quand « le gouvernement du pays » en manifestera le désir. Cette présence pèsera lourdement sur la destinée du Vietnam.
Quatrièmement, c'est la possibilité pour les gouvernements royaux du Cambodge et du Laos de céder les bases aux impérialistes quand ils jugeront que «la sécurité de leur pays est menacée ».
Tous ces dangers, il faut en être conscient et il faut préparer les masses à les combattre et à les surmonter.
Tinh — L'idéal pour le gouvernement américain serait de hisser au pouvoir à Saigon une sorte de Syngman Rhee vietnamien. Mais la situation ne se prête point à une réédition de l'entreprise de la Corée du Sud. Chose d’abord très délicate : c'est à chaud qu'il faut opérer au Vietnam. Autre facteur d’importance : c'est le gouvernement Ho Chi Minh qui a conquis de haute lutte l'indépendance du Vietnam. Tout le personnel politique de la squelettique bourgeoisie vietnamienne se compose notoirement d'individus corrompus, tarés, vomis par tout le peuple. Enfin, les éléments bourgeois sont profondément divisés par des intérêts concurrents. Toutes les cliques possèdent leur fief, leur territoire, leur armée propre et constituent autant d'états dans l'Etat.
Le support de Ngo-Dinh-Diem, c'est purement et simplement l'ambassade américaine et les dollars qu’elle fait miroiter. La force du dollar n'est certes pas négligeable en ce monde, elle me paraît néanmoins notoirement insuffisante pour faire échec à l'immense élan révolutionnaire du peuple vietnamien qui vient de remporter d'éclatants succès.
L'effort américain sera, certes, important et redoutable au Sud-Vietnam. Il facilitera le jeu de la provocation et comporte de nouveaux risques de conflit armé. Dès à présent l’américanisation se manifeste sous des formes multiples. Toute une littérature riche en couleurs vante, en langue vietnamienne, les vertus de l’Amérique, championne de la liberté et des forces du « monde libre » face à « l’agresseur communiste ». Le marché de Saigon est inondé par les produits américains bien que ceux-ci se soient heurtés jusqu'ici à des tarifs douaniers assez
élevés. On a même assisté en dépit de risques de l'état de guerre à un petit effort d'investissement des capitaux américains. Enfin, la mission militaire américaine est commandée maintenant par un des généraux US. les plus en vue, l’ancien commandant en chef des troupes terrestres de l'Asie, le général O’Daniel. Il n'est pas douteux que les Américains finiront par faire la relève des instructeurs français dans la formation et l'entraînement de « l'armée nationale vietnamienne ».
Nghi — Les forces bourgeoises qui ont échoué lamentablement jusqu'ici dans la tentative d'instaurer un pouvoir tant soit peu viable et de se trouver une base populaire n'ont pas davantage de chance de parvenir à leurs fins aujourd'hui. Élles continueront à donner le spectacle de leur division et de leur décomposition. Il n’y aura, à mon avis, pas d'autres solutions pour les impérialistes que d'instaurer finalement un gouvernement fortement dictatorial pour surmonter toutes les difficultés. On tentera de pallier l'inconvénient que représente l'élimination des moyens démocratiques en faisant déferler le maximum de crédits américains et français destinés à améliorer la situation économique.
La ligne des révolutionnaires vietnamiens est toute tracée. Ils combattront toutes ces entreprises réactionnaires. Ils feront échec à toutes les tentatives destinées à éterniser la division du pays. Ils lutteront pour la libre expression des volontés du peuple vietnamien. Ils exigeront des élections immédiates dans le Sud en vue de la désignation d'un gouvernement conforme aux désirs populaires.
Ce gouvernement qui devra tout mettre en œuvre pour hâter la réunification devra entretenir dès maintenant des relations courtoises et suivies avec le gouvernement du Nord.
Sans plus attendre, les révolutionnaires œuvreront dans le Sud à développer le courant populaire et les organisations de masses favorables à la collaboration et à l'unification rapide avec le Nord. Ce combat ira de pair avec la lutte pour l’amélioration des conditions de vie des ouvriers et des paysans, et, plus spécialement, pour la réforme agraire, pour le développement des comités populaires et l'instauration de leur contrôle ds la production, dans la distribution et l'administration de
tat.
Tinh — Avec l'entrée de Ho Chi Minh à Hanoï, de nouvelles perspectives et nouvelles tâches s'ouvrent aux masses vietnamiennes du Nord qui se trouvent à l'avant-garde. La lutte armée est terminée quoiqu'il importe de demeurer vigilant. La lutte sociale et politique vient maintenant à l'avant-plan. Quittant le maquis et les régions montagnardes pour prendre possession des grandes villes et des régions les plus populeuses, le gouvernement Ho Chi Minh doit faire face à quantité de problèmes nouveaux, tels que la remise en route de la gestion des grandes entreprises et des moyens de communication, l’organisation d’une masse ouvrière, l'instauration d’une nouvelle administration, le choix de la structure du nouvel Etat, etc. L’unification du pays sera dans le Nord aussi le problème numéro 1. Le pays ne sera véritablement et entièrement indépendant que le jour où il sera unifié. Les ressources du Nord surpeuplé en denrées alimentaires, principalement en riz, sont insuffisantes. L'apport du Sud dans ce domaine revêt une réelle importance.
Le moyen décisif que possède le Nord pour rendre inéluctable l'unification du pays c'est de remplir pleinement son rôle de région pilote. Le Nord doit aller délibérément de l'avant dans la voie du progrès, dans la lutte pour une société meilleure, pour une société socialiste, La condition première, c’est l'établissement d'une démocratie ouvrière véritable, d'un authentique contrôle populaire dans tous les domaines de l'Etat. C’est le moyen radical pour couper court à toutes les campagnes de calomnies contre la « dictature» communiste.
. Le problème de réforme agraire doit enfin trouver sa solution en donnant la terre à ceux qui la travaillent et en extirpant toute forme d'usure. Les biens des traîtres, des mandarins féodaux doivent être confisqués; les grandes entreprises nationalisées et placées sous contrôle ouvrier. Il n'y a pas d’autres moyens pour œuvrer à l'unité et l'indépendance du Vietnam que de parachever la Révolution.
(La Vérité des Travailleurs, octobre 1954.)
12. Comme chez Renault luttons pour la parution de « l'Algérie Libre »
Pour exiger la parution de « L'Algérie Libre», les militants du P.CI. de chez Renault ont édité ce tract. En le diffusant aux portes de l'usine, ils faisaient signer les listes de pétition aux travailleurs de chez Renault.
Voilà du bon travail pour soutenir nos camarades algériens.
Par tous les moyens, patrons et gouvernement réunis tentent de nous exploiter autant qu'ils le peuvent en accélérant les cadences de fabrication, en augmentant les prix, en nous écrasant d'impôts. Mais cela n'est pas suffisant. La moindre manifestation de volonté de lutter contre ces mesures est l’objet de sanctions policière et judiciaire. La bourgeoisie voudrait nous écraser physiquement, matériellement et moralement sans que nous disions quoi que ce soit. Pour tenter de nous réduire à l'impuissance, la bourgeoisie commence son offensive sur les catégories de travailleurs plus vulnérables, c’est-à-dire les travailleurs étrangers. Espagnols, Nord-Africains et Vietnamiens connaissent aujourd’hui les perquisitions au petit jour, les rencontres brutales avec les flics dans les rues et souvent l’internement.
Depuis plusieurs mois déjà, « L'Algérie Libre», organe du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (M.TL.D.), qui lutte pour libérer le peuple algérien du joug du colonialisme français, est victime de la saisie sans motif plausible, pas plus que légal ; ce journal, qui explique les « beautés » du colonialisme en Afrique du Nord, se voit arrêté à peine sorti de l'imprimerie.
Chez Renault, 3000 Nord-Africains travaillent dans les conditions les plus dures, les plus malsaines et souvent les plus mal payées. Alléchés par des promesses de gros salaires, ils ont quitté leur pays pour essayer de gagner quelque argent en France pour rembourser quelque dette foncière qu'ils avaient
au pays. Ils sont des dizaines de milliers en France qui ont été trompés par les capitalistes. Ils sont des dizaines de milliers en France qui peuvent dire ce qu'est «l'œuvre civilisatrice» des colons dans leur pays.
Le gouvernement trouve cela intolérable et entend museler un de leurs moyens d'expression : leur journal « L'Algérie Libre ».
Nous, travailleurs français, devons comprendre que si aujourd'hui nous tolérons une telle chose, demain ce sera notre propre presse, nos propres revendications, nos propres droits démocratiques qui seront bafoués de la même façon.
Les travailleurs français et nord-africains ont les mêmes intérêts, car ils ont les mêmes exploiteurs. Aujourd’hui, la lutte pour empêcher la saisie de « L'Algérie Libre », c'est notre lutte à tous, les exploités du capital.
Contre ces mesures d'exception qui commencent à devenir une règle qui prépare le régime fasciste auquel aspirent les patrons, l'opinion ouvrière française doit se dresser d'un seul
oc.
D'une seule voix, les millions de travailleurs français doivent dire : non au régime du gouvernement.
D'un seul élan, les travailleurs signeront les listes de pétition qui leur seront présentées. Nous savons bien que ces listes de pétition ne peuvent rien régler par elles seules, mais nous montrerons, en les signant, que la lutte des travailleurs nordafricains est entourée, en France, de la sympathie de tous les travailleurs français ; que, dans l'avenir, les travailleurs français sauront aider leurs frères nord-africains à conquérir les droits qu'ils défendent aujourd’hui et l'indépendance de leur pays.
Signez tous les pétitions de protestation contre la saisie de « l'Algérie Libre ».
En Front Unique, toutes les organisations ouvrières élèveront la même voix. Elles se mettront d'accord sur les moyens d'action à employer.
Vive la lutte des peuples coloniaux contre l'Impérialisme français !
Vive l'indépendance totale et inconditionnelle de l'Algérie!
(La Vérité, 2 quinzaine octobre 1950.)
13. Libérons les quatorze Algériens de Lyon !
L'impérialisme français, sa police et sa justice multiplient vexations et répressions contre le peuple algérien.
En Algérie, 313 militants nationalistes sont emprisonnés. L'arbitraire, les violences, les amendes s’abattent sur les Algériens, qui manifestent leur volonté d'indépendance.
En France, mortellement effrayé par la puissance du mouvement national parmi les travailleurs algériens immigrés, l'impérialisme a monté de toutes pièces une provocation contre 14 travailleurs algériens de Lyon.
« L'Algérie Libre », organe du M.T.LD. publie les informations détaillées suivantes :
Au cours d'une grève déclenchée aux établissements Mandy, à Lyon, un provocateur et agent : double: du-patron et de la
police, nommé Youdjou, agressa publiquement à coups de couteau un groupe de grévistes algériens et en blessa six.
Le juge d'instruction convoqua alors plusieurs de nos compatriotes et, au mépris des règles de la justice les plus généralement acceptées, en écroua treize et fit procéder à l'arrestation d'un quatorzième en Algérie même où il était allé passer son congé. Depuis deux mois, nos quatorze frères, dont l'innocence et la bonne foi ne se discutent même plus, sont dans les geôles pour coups et blessures alors que le trublion Youdjou, l’agresseur, continue en liberté de narguer les démocrates.
Faut-il que par le plus sot et le plus gratuit des racismes, de dignes ouvriers à l'honnêteté reconnue soient emprisonnés pour le crime d'avoir la peau foncée ? Si c’est ce farouche courage qu'apportent les travailleurs algériens à défendre leur droit au bien-être et à l'indépendance nationale de leur pays qui leur vaut toutes ces persécutions, alors ils ont à juste titre le droit d'être fiers, l'arbitraire n’éclaboussant que ses propres auteurs, en FrETHER lieu le gouvernement colonialiste français et sa police.
Les Algériens de la région lyonnaise, groupés derrière le MIT.LD. et à leurs côtés les ouvriers et les démocrates français, se dressent résolument contre le racisme et entendent coûte que coûte arracher de la prison les quatorze travailleurs algériens scandaleusement arrêtés.
À Marseille, deux usines de produits chimiques ont déclenché une grève de protestation et adressé au préfet du Rhône une motion condamnant avec énergie l’inacceptable exclusive raciale systématiquement jetée sur les Nord-Africains en France, Pétitions, tracts, souscriptions déferlent sur Lyon où un Comité de défense a été constitué, unissant dans une volonté commune de mettre fin au scandale raciste : MT.LD. C.G.T. C.F.T.C, FO, MRAP, PCF, UDS. UFEF. ainsi que plusieurs personnalités de toutes tendances et de toutes professions.
Partout s'organise la protestation partout comme à Carvin, dans le Pas-de-Calais, se prépare la riposte ouvrière à la provocation destinée à abattre le magnifique moral et le mordant militant des travailleurs algériens émigrés en France.
Halte à la répression colonialiste !
Le racisme ne passera pas! Nous arracherons de la prison les quatorze de Lyon!
Le 28 septembre, les 14 de Lyon passeront devant le tribunal. La classe ouvrière française qui arracha des griffes de l'impérialisme les 16 Martiniquais de Basse-Pointe manifestera sa solidarité agissante en contraignant le tribunal à libérer les
14 Algériens de Lyon. (La Vérité, 27 septembre 1951.)
14. Arrachons à la justice militaire les rappelés de la gare de Lyon
Lettres de manifestants de la gare de Lyon
« Samedi, nous apprenions que nous étions envoyés en Afrique
du Nord et en même temps que nous étions consignés à la caserne, jusqu'au départ dimanche 10 heures.
À la Gare de Lyon, nous étions entre 6 et 700 qui devions partir par le train de 2 heures vers Marseille. Mais nous avons quitté le train et manifesté sur le quai contre le départ en Afrique du Nord et pour rentrer chez nous.
Des gardes mobiles en renfort sont arrivés et il y eñt quelques bagarres avec eux. Pour finir, ils nous embarquèrent dans des paniers à salade jusqu'à la caserne Reuilly où on nous mis dans des autocars pour Villacoublay.
Lundi à 10 heures on nous mit dans des avions pour Oran avec des C.RS. pour nous garder.
À Oran, c’est la police qui nous a reçus. Ils avaient des matraques, des mitraillettes et des chiens pour nous garder la nuit dans les hangars où nous étions consignés.
De là on nous a éparpillés avec d'autres avions dans tous les coins, sûrement pour que nous ne restions pas ensemble. »
« Un peu avant 14 heures, je pénètre sur le quai, une grande perse des copains sont dans les wagons. Les gendarmes de l'Air sont là.
Les gars se soulèvent. Les injures pleuvent de partout. Le train n'a pas pu partir.
Nous avons été conduits à la caserne de Reuilly dans des paniers à salade. Les gardes mobiles nous encadraient; un général était présent; il a voulu nous dire quelques mots, il n'a pas insisté.
Nous fûmes conduits en cars à Villacoublay. Derrière nous des camions de gardes républicains suivaient.
Des cris retentissaient à chaque passage où se trouvait de la foule. À Villacoublay nous avons été mis dans des baraques, gardés naturellement. Le lundi matin nous avons pris l'avion, mais quel accueil à Oran. Dès que l'avion fut au parking, nous fûmes encerclés par la police de l'Air avec mitraillette aux poings et matraques.
Nous fûmes conduits dans des baraques avec seulement de la paille comme lit. Nous étions 600 et un seul robinet pour se laver. Comme eau potable, c'était une citerne exposée au soleil. Nous sommes restés deux jours ainsi.
Pour manger, nous allons, encadrés de police.
Vous voyez les faits. Malheureusement, une dizaine de nos copains sont en prison pour un temps inconnu. »
La lutte en Bretagne « Une chose encore démontre la grande combativité des gars ; c'est la lutte contre le rappel des disponibles.
La lutte des soldats contre la guerre d'Afrique du Nord
Demandez donc aux jeunes rappelés embarqués à Brest à bord du transport de la marine nationale « Vire» et qui ont lacéré les bâches des camions qui les transportaient à quai, s'ils ne sont pas prêts à se battre; demandez donc à ceux embarqués sur le transport « Laita » qui sont entrés dans l'arsenal de Brest, tenant leur béret de marin à bout de bras et chantant <« l'Internationale », s'ils ne sont pas prêts pour se battre, et ceux embarqués par groupe de 20 dans les avions de la marine à la base de Lanvéoc-Poulmic et qui ont, avant de partir, littéralement
saccagé leurs baraquements et envoyé à l'hôpital un flic mari time qui voulait les faire monter trop vite dans l'avion ; demandez donc aux officiers mariniers de Cherbourg pourquoi ils n'osent plus sortir en ville lorsqu'ils savent que des groupes de rappelés s'y promènent. Tous sont prêts à se battre mais pas contre les travailleurs nord-africains.
Les rappelés, à l'encontre de toutes les traditions, gardent les vêtements qu'on leur distribue et se promènent avec; des grands avec des uniformes trop pelits, des petits avec des uniformes immenses.
Sur la question du soutien à la Révolution Nord-africaine, il faut aussi regretter l'absence totale de politique révolutionnaire de la part des organisations ouvrières. Sans doute quelques comités de lutte contre l'envoi des jeunes en Afrique du Nord ont-ils été mis en place, mais ils se cantonnent dans la collecte de signatures et réclament une politique de collaboration de classe ou protestent contre l'utilisation des jeunes travailleurs français en Algérie et au Maroc, mais au nom de l’« Esprit de Genève». L'Internationalisme prolétarien si cher à la classe ouvrière est totalement absent de la propagande du P.C.F., de la SF.I.O. de la C.G.T. Le soutien en faveur de la Révolution coloniale est passé sous silence. Où donc est la campagne contre la guerre du Maroc en 1925?»
Lettre d'un Camp
« Dans notre camp, il y a une assez grande proportion d'étudiants. Ce sont eux qui râlent le plus. Les ouvriers aussi, mais ils sont un peu paralysés par le manque de directive des syndicats et des partis. Tout le monde est écœuré pour toutes sortes de raisons mais qui arrivent toutes à la même conclusion. Les étudiants ont interrompu leurs études. On ne s'est pas occupé si les gars étaient mariés, s'ils avaient du boulot. Il y a des situations dramatiques.
L'atmosphère est indescriptible. Les gars ne demandent qu'à agir. Toutes les discussions portent sur la guerre.
«Ils ne pensent pas qu'ils vont nous faire casser la gueule pendant sept ans comme en Indochine! Avec en plus que pour finir ils devront mettre les pouces.»
« Et ceci ce sont les moins conscients qui le disent. Beaucoup ont bien compris ce que signifiait « l'Algérie quatre départements français ».
Des rumeurs circulent; il y aurait eu des sentinelles d'attaquées, alors on double et on triple les gardes. Ce qui n'empêche pas les gars de prendre quelques jours de « vacances ». Les officiers ne peuvent sévir, ils se sentent isolés dans l'hostilité. Parmi les officiers pas mal reviennent d'Indochine. Ils nous font des grands discours sur « l'Union française. Notre mission en Afrique du Nord, etc.». Mais ça tombe à plat. On nous laisse vaguement entendre que nous serons libérés dans trois mois, mais personne n'y croit.
Tout le boulot se fait dans la lenteur et la mauvaise volonté. Surtout il y a des manifestations à la soupe. Les adjudants ont été accueillis. par des hurlements. À la: suite. de quoi on .a été privés de ‘permission, Mais on nous a expliqué après ‘que: ce
n'était pas une sanction; c'était la « suppression d'une faveur ». Mais vous dehors, qu'est-ce que vous foutez ? »
Gloire aux jeunes soldats
Le premier « incident » de soldats contre la guerre d'Algérie, la magnifique manifestation des rappelés à la gare de Lyon, restera dans l'histoire du mouvement ouvrier français. Six cents jeunes soldats, bravant la machine militaire, ne se laissant intimider ni par les menaces, ni par les mousquetons des gardes mobiles, refusèrent de partir pour tuer et se faire tuer au profit des capitalistes.
Ils ont repris une des plus glorieuses traditions du mouvement ouvrier révolutionnaire international. Ils ont secoué toute la classe ouvrière française que les dirigeants tentent d’endormir par des belles phrases sur «l'intérêt national» des pétitions et la passivité la plus criminelle.
Depuis, des manifestations de soldats se produisent un peu partout, soigneusement étouffées par la presse, qui n'en parle que quand il est impossible de faire autrement.
Nous assistons à une large entrée en lutte de toute la jeunesse travailleuse. Dégoûtée par la platitude de la « politique nationale » du P.S. et du P.C.F. par leur manque d’élan révolutionnaire, elle a déserté les organisations de jeunesse. Maïs, par son action contre le rappel, contre la guerre colonialiste, elle montre qu'elle na rien perdu de sa combativité et de son esprit de sacrifice. Elle est prête à s'organiser à combattre et à vaincre pour ce qui en vaut la peine : pour abattre ses exploiteurs. Par son action clle montre la voie à toute la classe ouvrière,
Celle-ci doit prendre conscience que les jeunes sont aujourd'hui à l'avant-garde du combat contre le patronat et le Gouvernement.
Qu'ils vont être soumis à l'autorité sans contrôle des officiers, des flics et des juges, qu'on va tenter de les briser par une répression sans borne. Il faut les soutenir par tous les moyens, ne pas leur laisser même l'impression que l'appareil militaire a réussi à les couper de leur classe.
Dans chaque entreprise, un comité d'aide aux soldats doit être organisé. Des caisses du sou du soldat doivent les soutenir matériellement ainsi que leur famille. Une correspondance doit être établie (en veillant à ne pas attirer la répression sur le soldat). Les informations qu'ils envoient largement répandues en les envoyant à toute la presse.
Que les grévistes ajoutent partout à leurs revendications propres le rappel des jeunes soldats d'Afrique du Nord et la cessation immédiate des hostilités.
Que des manifestations s'organisent pour la libération des sotiais emprisonnés pour leur lutte contre l'envoi en Afrique du Nord!
Que des grandes organisations ouvrières organisent des meetings et des démonstrations contre la guerre coloniale (1), qu’elles
(1) Au moment où nous écrivons, pas un seul meeting ni une seule manifestation n'a été encore tenu par le PS. le P.C.F, ou les syndicats, contre la guerre d’Afrique du Nord et le rappel des jeunes soldats.
ne se contentent pas de larmes mais agissent — et la jeunesse travailleuse portera les coups les plus durs à l'oppresseur.
La guerre contre les peuples nord-africains est en même temps une guerre contre les travailleurs français ! Les premières victimes en sont les plus jeunes. Tous à leur côté!
— Libération des emprisonnés !
— Retrait des troupes d'Afrique du Nord.
— À bas la guerre colonialiste !
(La Vérité des Travailleurs, octobre 1955.)
15. Les premières manifestations ont freiné les rappels : à l’action pour le retrait des troupes d’Afrique du Nord !
Les organisations de jeunesse les plus différentes s'élèvent contre la nouvelle sale guerre. Par leur diversité même elles montrent que c'est l'ensemble des jeunes travailleurs de ce pays qui est opposé à faire le gendarme pour les colons.
Malgré le magnifique courage qu'ont montré les jeunes dans leur lutte contre la guerre, ils ont besoin pour faire reculer le gouvernement, de l'appui de toute la classe ouvrière, de toutes les organisations ouvrières. Déjà les manifestations de soldats à Paris, Rouen, Toulon, Nogent, etc., ont obligé le gouvernement à ralentir le rappel de nouveaux disponibles. C'est la preuve que l'action paye. Maintenant, il faut imposer la libération des soldats frappés par la justice militaire et le rappel des contingents et des rappelés d'Afrique du Nord. C'est un devoir des grandes organisations ouvrières d'organiser et d'amplifier l'action en appuyant les comités de jeunes contre la guerre qui se créent un peu partout. Sinon l'état-major imposera de nouveaux rappels, de nouveaux envois en Afrique du Nord.
Tous les travailleurs, sans attendre que leurs organisations sortent de la passivité, sans attendre qu’elles cessent de dénoncer toute action comme une provocation, apporteront leur soutien aux comités de jeunes, contre la guerre. Ils les aideront à organiser et à étendre la solidarité aux soldats, ils les aideront à organiser des manifestations, ils participeront pour faire front contre les brutalités policières et les interdictions gouvernementales. La lutte contre la guerre, la solidarité aux peuples nordafricains ne peuvent se borner à collecter des signatures.
LA JEUNESSE CONTRE LA GUERRE
Nous reproduisons des extraits de lettres, tracts, résolutions adoptées par des organisations de jeunesse ou des groupes de soldats. Bien que nous ne partagions pas toutes les raisons et tous les commentaires politiques de ces documents, nous les publions pour appeler au soutien de toutes les oppositions à la sale guerre.
Manifestation au quartier latin après l'interdiction du meeting organisé par le Comité des Organisations de Jeunesse (région Parisienne).
Plusieurs centaines de jeunes, protestant contre la sale guerre, furent pourchassés par la police le 13 octobre. Plus de 60 furent arrêtés. Le comité distribuait un tract dont nous extrayÿons : « Nous ne nous tairons pas!
On ne peut étouffer notre opinion; elle est celle de toute la Jeunesse.
Nous élevons une véhémente protestation contre les mesures arbitraires.
Nous réaffirmons notre volonté de lutte ; contre l'utilisation du contingent dans la guerre d'Afrique du Nord,
— pour l'arrêt de la politique de force et une solution négociée en Afrique du Nord.»
D'une lettre, à la presse, d'un groupe de soldats des 9% R.I. 1e R.A.G. 40° R.A.A. et 1* Train.
« Mais notre devoir est-il vraiment de prendre part à des opérations de répression collective et qui sont celles-là mêmes que les pays démocratiques et civilisés n'ont pas cessé de dénoncer et de combattre au cours de la dernière guerre ? »
Les Jeunes Gardes Socialistes belges, modèles de clarté politique pour toutes les organisations.
« La FNJ.GS. réunie en congrès statutaire, les 24 et 25 septembre 1955, à Pont-à-Lesse,
Réaffirme les positions adoptées au congrès politique du 10 octobre 1954 en matière de politique coloniale ;
Rappelle la position de soutien inconditionnel à la lutte des peuples coloniaux pour leur indépendance ;
Salue le geste courageux des 400 soldats français qui ont refusé de partir en Afrique du Nord et d'y faire la répression ;
Demande à toutes les Jeunesses Socialistes du monde de mener une campagne en faveur de l'indépendance totale et sans condition de tous ces peuples ;
Marque son entière solidarité avec la lutte des peuples de l'Afrique du Nord pour leur indépendance et apporte son salut le plus fraternel aux combattants ouvriers luttant pour leur libération. »
300 soldats du 401° Régiment d’Artillerie réunis à l’église Saint- Séverin.
« C'est parce que cette guerre est contraire à tous les enseignements que nous avons pu tirer pendant notre jeunesse, qui s'est déroulée sous une occupation étrangère, que nous avons appris le dégoût d'une armée installée chez un peuple étranger. »
Un ancien du corps expéditionnaire en Indochine écrit au « Monde ».
« Ajouterai-je qu'en tant qu'ancien du corps expéditionnaire d’Indochine, instruit par l'expérience des 28 mois que dura ma « croisade d'Asie» je comprends les doutes et les refus de tant de mes camarades « disponibles » devant la mauvaise orientation d'une politique coloniale que récusent de plus en plus les jeunes Français lucides ? »
G. CHAFFARD, ancien du C.E.F.E.O.
D'un tract d'un Comité des officiers, sous-officiers, soldats, marins, aviateurs de la région Parisienne.
« UNISSONS-NOUS POUR PROTESTER SOUS TOUTES LES FORMES ! Il faut que nos parents, nos femmes, nos amis manifestent à nos côtés, contre les deux ans, contre le rappel des disponibles et le maintien de la 54-1, POUR LA PAIX EN AFRI- QUE DU NORD!»
Beftre du Conseil français des Mouvements de Jeunesse à Edgar aure.
« … Certains d’entre eux qui participent à des opérations de répression collective se trouvent placés dans des situations inacceptables, qui sont incompatibles avec les exigences de leur conscience, les droits de la personne humaine et la formation même qu'ils ont reçue dans leur mouvement. »
(La Vérité des Travailleurs, novembre 1955.)
16. Combattants de la révolution vous êtes des « provocateurs »
De nombreuses organisations de jeunesse appelaient les jeunes à se rassembler le jeudi soir 13 octobre à la Mutualité pour protester contre la guerre en Afrique du Nord. Ni l'UJRF, ni les Jeunesses socialistes (seulement les Etudiants Socialistes) ne devaient participer à cette manifestation. Ces deux organisations s'étaient retirées quelques jours auparavant. L'UJR.F. prit d'abord comme prétexte le retrait des Jeunesses Socialistes qui aurait enlevé au meeting son caractère unitaire. Ce prétexte n'était en réalité qu'un mauvais prétexte car il restait les Etudiants Socialistes, les jeunes chrétiens et les jeunes de FO. les Auberges de la Jeunesse qui représentent de nombreux jeunes gens et jeunes filles. Mais on apprit, quelques jours plus tard, la véritable raison. Parmi les organisateurs du meeting, il y avait des « provocateurs », des éléments « troubles », des « policiers » comme l'écrit Christian Echard dans « L'Humanité», C'est de ces noms que Christian Echard ose désigner les communistes
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libertaires et les communistes internationalistes (trotskystes) qui participèrent à la manifestation du carrefour Cluny en réponse à l'interdiction du meeting de la Mutualité sans doute considéré plus dangereux que celui que le P.C.F. pouvait tenir la semaine suivante.
En se retirant d’une manifestation unitaire les membres du P.CF. dirigeants de l’'UJ.RF, ont pris une très lourde responsabilité. Et ce geste ne fut pas compris ni des militants, ni des sympathisants. Il convient d’ailleurs de féliciter les jeunes syndiqués C.G.T. qui sont restés dans le Comité d'organisation du rassemblement ; ce qui leur a valu un communiqué rageur de l’Union Départementale des Syndicats.
Ainsi, partout il y a des « provocateurs » et surtout à Nantes, à Rouen et à Paris. Comment s'explique ce foisonnement ? Les « provocateurs » étaient en nombre à Nantes, à Rouen, dans le 5° arrondissement et ailleurs. Ceux que l’on baptise ainsi, ce sont les travailleurs, les soldats, les jeunes que le P.C.F. l'UJ.R.F. et la direction de la C.G.T. désignent par leurs procédés, à la répression de la police.
Les travailleurs et les jeunes montrent, à l'heure actuelle, une volonté de lutte qui gêne la politique des dirigeants du P.C.F. dont militants et sympathisants pensent qu'elle n'est pas adaptée à la situation. Très justement, une institutrice de l'Ardèche dans une lettre publiée dans « L'Humanité » du 13 octobre (à laquelle Jeannette Vermeersch ne répond pas véritablement) reproche au P.C.F. de ne pas faire tout ce qu'il devrait pour lancer une grande campagne contre la guerre africaine, Comme pendant les grèves, la direction laisse les militants à leurs propres initiatives, ne fait rien pour organiser, coordonner les efforts de chacun. Pas de politique d'ensemble pour la création urgente de Comités de quartiers, d'entreprises et d'un Comité National. Le 22 octobre, l’'UJ.R.F. organisait une journée de lutte et de protestation. Qui s’en est aperçu ? Rien de sérieux n'a été fait, tant du point de vue de l'organisation et de la propagande, pour en assurer le succès. « L'Humanité », à part un article de Thomazo, est restée pratiquement muette pendant la période de « préparation » et n'a pas donné de compte rendu. Tous ceux qui verront là une carence du P.C.F. et de l’'UJ.RF., seront-ils aussi traités de « provocateurs » ?
Toute cette politique ne peut que porter préjudice aux travailleurs et aux soldats et encourager les visées des Poujade, Juin et autres.
Depuis longtemps déjà, hélas, c'est une habitude ; la calomnie remplace la discussion.
Mais, pourquoi toutes ces méthodes indignes du mouvement ouvrier ?
Présentement, les raisons en sont faciles à discerner. Il faut se reporter aux déclarations de Khrouchtchev, de Thorez, de Duclos, de Billoux et de Feix. L'orientation, c’est la politique de l'Union Française, cela au moment même où les peuples du Maghreb se mobilisent dans une lutte décisive pour obtenir leur liberté, non pas cette « liberté» dans le cadre de l’Union Française, naturellement désavantageuse pour eux; au moment même où des voix tunisiennes représentatives s'élèvent contre les conventions franco-tunisiennes.
Donner des perspectives, pratiquer une politique correcte
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de Front Unique, assurer une direction effective pour généraliser les mouvements de grèves, c'est s’aliéner une partie de la bourgeoisie française. Tenir compte de la dynamique profonde du mouvement en Afrique du Nord risque d’avoir le même résultat. La politique de «l’Union Française », la politique du morcellement des grèves, ne sont que deux aspects d’une seule et même politique, celle de tentatives pour aboutir à la collaboration avec une aile de la bourgeoisie au mépris des aspirations des travailleurs et des peuples coloniaux.
Bien que Pierre Courtade dans « L'Humanité » ait affirmé le contraire, la direction du P.C.F. considère que «l'esprit de Genève » doit s'étendre aux rapports entre les bourgeois et les prolétaires, entre l'impérialisme et les peuples asservis. Et voilà pourquoi « L'Humanité» sera obligée encore plus d’une fois de dénoncer comme des « provocateurs» chaque jour plus nombreux, ceux qui ne veulent pas pratiquer la « détente» et « l'esprit de Genève » à l'égard de la bourgeoisie de leur propre pays.
R. MERLIN. (La Vérité des Travailleurs, octobre 1955.)
17. Un communiqué que la Presse n’a pas publié
Les services de la D.S.T. viennent d'arrêter la camarade Simone Minguet, le camarade Raymond Bouvet, membres du Parti Communiste Internationaliste (section française de la IV* Internationale) ainsi que la camarade Janine Weil, aux adresses desquels était parvenu le journal du Front de Libération National Algérien « Résistance Algérienne» posté de Belgique. L'une de ces adresses est même une adresse officielle de la revue « Quatrième Internationale », organe du Comité Exécutif International, à laquelle parviennent des publications de toutes tendances du monde entier, et dont le responsable est le camarade Pierre Frank, membre du Secrétariat de la IV° Internationale et du Bureau Politique du P.C.I.
Ces camarades, accusés faussement d’avoir diffusé publiquement cette presse, ont été transférés devant le Tribunal Militaire et inculpés d'« entreprise de démoralisation ».
Le Bureau Politique du Parti Communiste Internationaliste élève la protestation la plus vigoureuse contre ces mesures qui, commencées avec l'arrestation de Claude Bourdet, s'étendent actuellement aux milieux de la gauche communiste du mouvement ouvrier français et aux militants des mouvements nationaux algériens dans la métropole, afin d’accentuer le climat de réaction et de terreur propice au développement de la guerre totale en Algérie.
I1 appelle les travailleurs de France, les membres du P.C. et du PS. à lutter contre ces mesures qui, laissées sans riposte, ne pourraient que s'étendre bientôt à l'ensemble du mouvement ouvrier français.
Le Bureau Politique du P.CI. le 8 avril 1956. (Quatrième Internationale, juin 1956.)
La libération de Frank, Minguet, Bouvet, Weil
En ces temps de folie guerrière et de reconquête coloniale l'arbitraire devient, certes, monnaie courante, Il prend toutefois dans le cas de l'emprisonnement des militants du P.C.I, des proportions alarmantes qui ne peuvent laisser indifférente l'opinion publique ouvrière et démocratique.
La justice militaire met en prison le dirigeant d'une aile politique de la classe ouvrière et trois autres militants chevronnés, sans posséder la cause légale d'un délit caractérisé. Elle prolonge la détention de ces camarades en laissant sans réponse une demande de mise en liberté provisoire.
Il est vrai que l’inculpation « d'entreprise de démoralisation de l’armée» permet de mettre à l'ombre quiconque n'applaudit pas des deux mains à la politique gouvernementale. ÂAppliqué à la lettre il ne resterait pas grand monde en liberté ces jours-ci. Aussi, à défaut de mesures aussi radicales, s'acharne-t-on sur les secteurs anticolonialistes et révolutionnaires de pointe.
Mais qu’on ne s'y trompe pas, c'est tout le mouvement ouvrier, ce sont les libertés démocratiques essentielles qui sont menacés.
Il y a peut-être aussi une raison particulière qui s'oppose à la prompte libération de nos camarades. Il est permis de penser que M. Bourgès-Maunoury ne tient pas à l'élargissement de nos camarades, après avoir osé soutenir devant une assemblée radicale que les perquisitions lui avaient permis de saisir l'essentiel de la presse du FLN.
M. Bourgès-Maunoury est pris dans son propre mensonge. Relächant les 4 militants incarcérés il oppose un démenti cinglant à ses déclarations téméraires destinées à impressionner la galerie radicale.
Le tirage de notre journal est commencé au moment où nous apprenons la libération de nos camarades, dans la soirée du 9.
Nous saluons ces militants courageux qui retrouvent leur liberté et reprennent leur place dans la lutte. Nous nous réjouissons de leur retour parmi nous.
Leur détention arbitraire pendant 5 semaines n'en demeure pas moins un scandale. Ils doivent leur libération aux nombreuses protestations qu'ont soulevées leurs arrestations, au redoublement des manifestations des masses à travers le pays contre la guerre en Algérie.
La répression, loin de s'apaiser, s'accentue ces jours-ci. Nos camarades Frank et Privas sont sous le coup de nouvelles inculpations. Un instituteur vient d'être arrêté dans la Creuse par les autorités militaires. Julien Rouzier, directeur du quotidien du PCF. « L'Echo du Centre » est condamné à un an de prison. Ce journal est suspendu pendant quinze jours.
Il ne doit pas y avoir de relâche dans la lutte contre cette répression menée sous l'égide d’un ministère à direction socialiste. Le combat contre l'arbitraire et les atteintes aux libertés démocratiques doit être intensifié et doit trouver une forme organisée.
(La Vérité des Travailleurs, mai 1956.)
18. L'action des masses doit être coordonnée, pour imposer la fin de la guerre
Le moment approche où la bourgeoisie française pour continuer, non pas Pour gagner, mais pour continuer à mener la guerre à la Révolution algérienne, devra ouvrir en quelque sorte la guerre contre les travailleurs de France.
Elle a essayé de mener la guerre sous le gouvernement de droite et cela a produit les mutineries de la gare de Lyon, de Rouen et de Courbevoie, Alors, elle a confié la direction à la « gauche». Et cela donne des grèves dans des dizaines d’entreprises et des manifestations de soldats dans l'Isère, le Morbihan, l'Aude, à La Rochelle, à Marseille, à Dijon, à Nevers, à Bourges, à Besançon, à Versailles, à Tours, à Villeneuve-St-Georges, à Metz, à Evreux, etc. Les travailleurs ne veulent pas de cette guerre ! Le gouvernement aura beau emprisonner ceux qui le disent nettement, ça ne changera rien à ce fait qui pèse de plus en plus lourdement sur le parlement, les partis et le gouvernement.
L'instant approche où il faudra choisir : ou bien étendre la guerre et pour cela ouvrir une action de répression de grande envergure contre les travailleurs, ou bien y renoncer.
La perspective de ce choix crée les conditions d’une crise politique au sein des partis. Après la très courte période d'union sacrée qui a suivi le vote des pouvoirs spéciaux, les partis, et les fractions au sein des partis, commencent à proposer chacun sa « solution » au grand capital, Mendès France a donné un délai d'un mois à Guy Mollet. Dans le parti radical les « durs » et les « mous » s'affrontent à coup de manifestes. La droite prépare la retraite derrière Pinay qui déclare qu'il est pour la paix. Ministres et parlementaires socialistes se déchirent de plus en plus.
19. Poursuites contre les trotskystes
Nous publions la déclaration des camarades Pierre Frank et Jacques Privas devant la cour d'appel de Paris dans le procès contre eux en raison d'articles de «La Vérité des Travail. leurs » sur l'Algérie. Le jugement ne sera prononcé qu'après la parution de ce numéro de notre revue.
Nous sommes poursuivis, mon camarade Jacques Privas et moi, pour des articles parus dans la « Vérité des Travailleurs » en vertu de l’article 80 du Code Pénal pour atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat,
Il s'agit d'articles relatifs à l'Algérie dans lesquels nous défendions le droit à l'indépendance de cette nation,
Etant donné qu'il s’agit du problème n° 1 de la vie politique actuelle en France, nous n’avons pas cru nécessaire de faire citer des témoins devant vous. Car toutes les données du problème, ‘ous les arguments sont chaque jour débattus devant l’ensemble
u pays,
Pour éviter toute confusion, nous voulons avant de répondre aux questions que le Tribunal voudra nous poser, définir en quelques mots les principes fondamentaux qui déterminent la position du P.C.I. (section française de la IV° Internationale) que nous avons exposée dans les articles poursuivis.
Le problème de l'Algérie se pose après plusieurs autres — notamment ceux du Vietnam, de la Tunisie, du Maroc — pour lesquels d'ailleurs des militants de notre mouvement ont connu des poursuites du même ordre, en vertu des mêmes dispositions du Code Pénal. È
C'est que le problème de l'Algérie est, à l'échelle mondiale, un des secteurs du grand mouvement révolutionnaire d'émancipation des peuples colonisés et de couleur pour leur indépendance. Mouvements qui se développent avec une ampleur grandiose dans cette moitié du xx° siècle. Mouvements qui ont, pour l'avenir de l'humanité, une importance plus grande encore que les mouvements de libération et d'unification nationales qui traversèrent l'Europe du xix° siècle,
En face de ces mouvements des peuples colonisés, nous avons adopté une position de solidarité, conforme aux positions traditionnelles du marxisme-léninisme. Positions que nous sommes fiers d'avoir défendues en chaque occasion depuis la guerre du Maroc en 1925.
Nous, marxistes révolutionnaires, soutenons les luttes des peuples coloniaux contre leurs maîtres impérialistes.
a) Parce qu'il ne peut être question pour ces peuples de démocratie s'ils ne disposent pas de leur indépendance nationale et s'ils sont opprimés par l'Etat d'un autre peuple.
b) Parce que cette lutte des peuples coloniaux affaiblit, mine, détruit les positions de notre propre ennemi, le capitalisme des métropoles.
c) Parce que cette lutte des peuples coloniaux pour leur indépendance nationale — indépendamment de ses formes et de ses directions actuelles — est, par sa logique même, une partie de la lutte pour la création du monde socialiste.
Nous avons toujours affirmé notre solidarité totale, sans réserve, avec tous les peuples colonisés dans leur lutte émancipatrice contre notre propre ennemi, le capitalisme français. Nous la réaffirmons — quoi qu'il puisse advenir — à l'égard de la révolution du peuple algérien,
Sur le plan juridique de l'inculpation dont nous sommes l'objet, nous faisons confiance à nos avocats.
Quant au plan politique, qui passionne tout le pays, si au moment où furent écrits les articles poursuivis, il y avait encore bien des gens pour croire au slogan « l'Algérie, c'est la France », nous en sommes déjà au point où pratiquement, même dans de larges milieux dirigeants du capitalisme français, on cherche une autre solution. Car le peuple algérien, par le seul moyen démocratique actuellement à sa disposition, c'est-à-dire par l'insurrection, a affirmé qu'il était une nation aspirant à son indépendance. Aucune force du monde ne pourra désormais l'empêcher d'y parvenir.
Nous lui affirmons notre solidarité totale, non seulement contre les tenants ouverts et francs du colonialisme, mais contre ses autres serviteurs.
Contre les dirigeants socialistes comme Guy Mollet qui vient
de déclarer que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes lui paraît un slogan dangereux. Contre le ministre Defferre qui repousse l’idée d'élections libres en Algérie de peur que ceux qui seraient ainsi élus ne s’affirment pour l'indépendance de leur pays.
Nous combattons également la politique de la direction du P.CF. parce qu’elle s'est associée aux pouvoirs spéciaux et qu'en rusant avec le problème de l'indépendance de l'Algérie, elle porte les plus lourdes responsabilités quant à la très faible action des travailleurs de France contre la guerre d'Algérie.
Nous prenons la pleine responsabilité des articles que nous avons publiés.
Nous les avons écrits pour alerter les travailleurs de France afin qu'ils apportent leur aide à la révolution des masses d'Algérie. Leur combat est notre combat. Leur libération contribuera à notre libération.
Par ce procès, comme ce fut toujours le cas dans les procès politiques, les pouvoirs publics pensent pouvoir renverser la marche de l’histoire, Ils ne peuvent même plus la freiner. Le peuple algérien se libérera et, en se libérant, il aidera le prolétariat de France à se libérer de ses propres chaînes.
5 juin 1957.
(Quatrième Internationale, juin 1956.)
20. Dans le monde entier, l'opinion publique ouvrière et démocratique s’est émue
Depuis l'arrestation de Michel Raptis et de Sal Santen dont l’activité de militants ouvriers irréprochables est bien connue de cercles étendus dans le monde entier, un grand nombre de protestations et de demandes de mise en liberté sont parvenues de partout au Ministre de la Justice de Hollande, provenant de personnalités et d'organisations ouvrières et démocratiques de tous les pays.
Nous donnons ci-après un résumé d'ensemble de cette action
internationale pour la libération de Michel Raptis (Pablo) et Sal Santen.
EN FRANCE
Dès que furent connues les arrestations de nombreuses lettres étaient envoyées au Ministre de la Justice de Hollande. Nous en citons quelques extraits :
De Claude BOURDET, le 23 juillet 1960 : «Je ne connais pas, autrement que par la presse, les détails
de l'affaire mais je connais M. Michel Raptis de longue date et si ses idées politiques sont différentes des miennes, je le tiens
pour un homme parfaitement honnête et incapable de tremper dans une affaire de droit commun...»
De Michel LEIRIS, le 5 août 1960 :
« … Il y a plusieurs années que je connais personnellement M. Michel Raptis et je n'ai eu qu'à me louer de l'excellence de nos rapports. Les relations privées et les conversations que nous avons eues — sur des thèmes politiques, littéraires et, plus largement, culturels, m'ont permis de reconnaître en lui un homme extrêmement fin et cultivé, d'une grande probité intellectuelle et d'une parfaite courtoisie Quels que soient les actes dont il est accusé, je ne croirai jamais qu'il a pu se départir de son habituelle délicatesse, dans l'appui qu'il a estimé juste de donner à une cause dont le soutien représente pour lui un impératif moral autant qu'un choix politique.»
De Jean-Jacques MAYOUX, le 18 août 1960 :
«… Tout ce que je sais de M. Michel Raptis rend parfaitement invraisemblable à mes yeux qu'il se soit comporté en fauxmonnayeur. En vérité il me paraît moins capable de tels délits que sans doute beaucoup de ceux qu'on trouverait dans le camp de ses accusateurs, je veux dire de ces complices criminels de l'impérialisme français qui font alterner dans leurs complots les machinations et les machines infernales.. »
De Maurice NADEAU, le 19 août 1960 :
« … Je connais Raptis depuis quinze ans, sa vie irréprochable de militant ouvrier, son passé de révolutionnaire dévoué à une cause pour laquelle il a été et est toujours prêt à sacrifier sa vie. Raptis n'a pu agir pour des motifs qui entacheraient son honneur ou qui supposeraient un quelconque intérêt personnel. Je suis persuadé — par la seule lecture des journaux — qu'il a été victime d'une machination montée par ses ennemis politiques. En tout état de cause, je me porte garant de sa parfaite moralité et de son absolu désintéressement. Je me permets, d'autre part, d'attirer votre attention sur le fait qu'atteint d'une maladie grave contractée au cours d'une vie de lutte pour son idéal, Raptis risque de voir sa santé définitivement compromise par un séjour en prison... »
De Laurent SCHWARTZ, le 25 octobre 1960 :
« … J'ai été douloureusement surpris de l'arrestation de Sal Santen et de Michel Raptis. Il s'agit de deux militants d'une grande intelligence et d'une activité irréprochable. J'ai connu il y a plusieurs années Michel Raptis qui m'a beaucoup impressionné par la sûreté de son jugement et par son dévouement à toute épreuve à la cause qu'il défendait. Ces deux militants luttent depuis des années contre la guerre d'Algérie et contre le colonialisme et je saisis mal pourquoi on leur retirerait la liberté d'ex-
primer leurs idées et de lutter pour elles en France et à l'Etranger.
Il est bien possible qu'une intervention du Gouvernement français soit pour quelque chose dans leur arrestation; mais je voudrais que vous sachiez que la majorité du peuple français, principalement de ses intellectuels et de ses universitaires, condamne aujourd'hui la guerre d'Algérie et désire la paix. La politique coloniale de notre Gouvernement n'est pas la nôtre...»
D'autres interventions auprès du Ministre de la Justice de
Hollande étaient faites, notamment par J.-M. Domenach, J. Guéhenno, P. Naville, etc,
Ouvrages - Documents - Journaux consultés
Les Quatre premiers congrès de l'I.C., Maspero.
J. MoxérA, Le P.C.F. et la question coloniale, Maspero. Y. CRAIPEAU, Le mouvement trotskyste en France, Syros. D. GUÉRIN, Au service des colonisés, Editions de Minuit.
J. Rousse, Histoire du mouvement trotskyste en France, Spartacus.
P. FRANK, La IV* Internationale, Maspero.
: L TROTSKY, Le mouvement communiste en France, Editions de Minuit.
L. TRoTsky, Programme de transition, Maspero (classique rouge).
H. GrimaL, La décolonisation, À. Colin. U.
Journaux
La Commune (1936-1939).
La Vérité (1945-1952),
La Vérité des Travailleurs.
La Jeune Garde (journal des J.C.I. : 1946-1947), Revue : Quatrième Internationale.
Bulletins intérieurs du P.CI,
Mulhouse,
CLERMONT
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Bi MANIFESTATIONS LOCALES $ ACTIONS DANS LES ENTREPRISES
Macrious DE DockERS LA LUTTE CONTRE
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OUVRIERS DES ARSENAUX A949 z 4950
Table
En guise de justification .................................... 4 DEVEGC:A LAVE sa 5 5 RS ss NGRNTe on 55 16 Rene 6 I. Des fondements théoriques de la question coloniale .. 6 II. De l'opposition de gauche à la IV° Internationale .... 10
2. LE P.C.I. ET LA MONTEE DES LUTTES DE LIBERATION
NATIONALE: nomme nee ans ste SUR SIDe 5 8e LES ATUNNN TE 16
I. Nouvelles données : premières explosions — répression accrue 16 II. L'Indochine vers la révolution .. 20 III. L'Afrique du Nord et la répression .................. 24 3: LA: GUERRE" D'ALGERIE: E nnenecosee ea se 24 sémsemee 29 L ÉANSURLECHONS LS gun sance 6 2e RTS DNS 29 II. Les manifestations de rappelés ........................ 31 III. Rivalités F.L.N-MNA. .......... 33 IV. Le soutien aux combattants algériens — Les réseaux .. 35 V. Radicalisation de la jeunesse — Vers l'Indépendance .. 38 VI. L'Afrique noire et la décolonisation .................. 41 4 QUEL BILAN sas ss n6 Et comes nemannn e Spaeeos 43
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