La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Cahiers rouges, série Marx ou crève

Sur le centrisme

Cahiers rouges, série Marx ou crève, n° 6, janvier 1974 · 34 474 mots

Sommaire (d'après RaDAR)
  • Introduction
  • histoire est caractéristique du centrisme
  • centrisme et stalinisme
  • le centrisme et l’internationale
  • l’État
  • les problèmes du centrisme aujourd’hui Karl Kautsky et le « centre orthodoxe » avant 1914 L’ILP et la quatrième internationale
  • A mi-chemin
  • les diverses catégories de grève générale
  • la grève générale comme moyen « d’arrêter la guerre »
  • L’ILP et l’Internationale
  • le « bureau international de l’unité socialiste révolutionnaire »
  • L’ILP et l’internationale communiste
  • les « conseille de délégués ouvriers » et la nouvelle internationale
  • la supériorité de la prévision sur l’étonnement Documents du PSOP et du POUM
  • la politique générale du parti ouvrier d’unification marxiste
  • résolution du comité central du POUM sur la situation politique actuelle
  • dissolution du comité central des milices antifascistes
  • pour mémoire : ce qu’était la plate-forme constitutive de la gauche révolutionnaire Qu’est-ce que le PSOP ? Une interview de Pierre Frank D’où vient le PSU ?
  • Les origines
  • de 1962 à 1968
  • le PSU en mai 1968
  • du congrès de Dijon (1969) au congrès de Lille (1971)

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Cahiers Rouges Série «Marx ou crève»

N° 6

Sur le centrisme

FRANÇOIS MASPERO 1, place Paul-Painlevé, V: PARIS

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DANS LES LIVRES ROUGES

Renaissance du bolchevisme en U.R.S.S. Mémoires d'un bolchevik-léniniste.

Jacob Moxera, La politique coloniale du P.C.F.

JEDERMAN, La « Bolchevisation » du P.C.F.

Livio MaiTax, L'Armée, le parti et les masses dans la révolu‘ion culturelle chinoise.

Tariq AL, Dictature militaire ou pouvoir populaire au Pakistan.

TROTSKY, PRÉOBRAJENSKY, Rakovsky, De la bureaucratie.

Louis COUTURIER, Les grandes affaires du P.CF.

Pierre RoUSsET, Le parti communiste vietnamien.

DANS LES CAHIERS ROUGES

DOCUMENTS DE FORMATION COMMUNISTE

1. Eléments de théorie économique marxiste 2. La médecine confisquée 3. De la bureaucratie 4. K. MODZELEWSKY, J. KURON : Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais 5. L'Intervention en Tchécoslovaquie, Pourquoi ? Construire le parti révolutionnaire Construire l'Internationale 67. I. Théorie et système d'organisation 89. 11. De l’internationalisme à l'Internationale 10-11. III. Dialectique des secteurs d'intervention 12. Le Deuxième souffle. Problèmes du mouvement étudiant 13. Pédagogie et crise de la bourgeoisie 14. Vietnam, Laos, Cambodge, un même combat Spécial : « Le complot trotskyste » en Tchécoslovaquie 15. Proche-Orient : de la résistance palestinienne à la révolution socialiste 16. Fascisme et démocratie

SÉRIE INTERNATIONALE

U.R.S.S. et pays de l'Est : capitalisme ou socialisme ? Réformisme militaire et lutte armée en Amérique latine . Pologne : le crépuscule des bureaucrates

La Deuxième Guerre d'Indochine

. Afrique noire, impérialisme et révolution

Révolution permanente en Amérique latine

puewDE

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CAHIERS DE LA 1V* INTERNATIONALE

1. La guerre d'Espagne (1936-1939). Témoignage d'un combattant up dans les Brigades internationales 2. Sur fa révolution cubaine

SÉRIE « CLASSIQUE »

1. Léon Trorsky, La Révolution permanente en Russie

2. Léon Trorsky, Nature de l'Etat soviétique

3. Crosse en l'air. Le mouvement ouvrier et l'armée 1900-1914

4. Léon Trorsky, Classe ouvrière, parti et syndicat

5. L'agonie du capitalisme et les tâches de la IV* Internationale (Programme de transition 1938)

6. L'ennemi est dans notre pays (l'antimilitarisme révolutionnaire

après 1918)

7. Léon TRoTSKY, Les Leçons d'Octobre

8. LÉNINE et TRoTSkY, Sur la Commune de Paris

9. Lénine contre Staline

10. Les Etats-Unis socialistes d'Europe

11. Léon TRorSskY, Discussion sur le programme de transition

SÉRIE « MARX OU CRÈVE »

1. Marxisme et petite-bourgeoisie

2. Denise AVENAS, Trotsky marxiste

3. « Lutte Ouvrière » et la révolution mondiale

4. « Lutte Ouvrière» ou la tendance prolétarienne

5. Qu'est-ce que l'AJ.S. ?

vË La uestie coloniale et la section française de la IV* Interna tionale.

8. Francis JOUCELAIN, Le P.C.F. et la première guerre d'Indochine.

LIVRE DE POCHE ROUGE

1. Ce que veut la Ligue communiste 2-3. Léon Trorsky, Les Crimes de Staline. 4-56. Ernest MANvEL, Contrôle ouvrier, conseils ouvriers, autogestion. HORS COLLECTION

Pour lire « La Révolte de la mer Noire ». André Marty révolutionnaire

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Introduction

Qu'est-ce que le centrisme en général et le centrisme de gauche en particulier ? Cette définition politique est d'autant plus nécessaire qu'elle est difficile à réaliser, car il est toujours délicat d'attribuer une couleur au caméléon. Pourtant la dialectique de la révolution nous oblige à saisir les réalités les plus déroutantes si l'on veut saisir plus qu'un aspect de la réalité. Pourquoi étudier les aspects historiques c'u centrisme ? Simplement parce que le centrisme réapparaît comme réalité politique à mesure que se développe le processus révolutionnaire, On aurait pu croire le centrisme historique disparu, celui du bureau de Londres, du P.S.O.P., du P.O.U.M. du S.A.P., celui combattu par Trotsky dans de nombreux textes qui n'intéressaient que quelques archivistes politiques.

Comme le disait Marx, l'ignorance ne mène jamais à rien de bon, aussi est-il utile d'avoir une ‘vue historique du centrisme, afin de saisir l'unité dans la diversité et les lignes de force sous les filets de camouflage. Avec le développement de la révolution et la réapparition du marxisme révolutionnaire comme force politique effective et non plus simplement propagandiste, apparaissent ou se développent aussi d'autres forces qui ne combattent pas pour la construction d'une internationale révolutionnaire, ni même un parti, pour qui la rigueur programmatique et organisationnelle est un obstacle plutôt qu'une arme décisive. Ces courants, de par leurs rapports hésitants entre le marxisme révolutionnaire et le stalinisme ou le réformisme sont qualifiés de centrisme une moue péjorative et un haussement d'épaules méprisant suffiront à les jeter à tout jamais dans les oubliettes de la révolution. [ls n’en prospèrent pas moins, aussi les éléments pour une polémique argumentée sont-ils nécessaires.

Si l'on définit le centrisme comme se situant entre le marxisme ‘révolutionnaire et le réformisme, cela implique ipso facto une réalité : que la classe ouvrière et les organisations qui s'en réclament sont divisées, que la coupure entre les réformistes et les révolutionnaires s'est faite, et ce, non,seulement en paroles mais en fait, En tant que réalité politique, le centrisme est déterminé aujourd'hui par la révo-

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lution d'Octobre, par la révolution prolétarienne effective. Ce n'est qu'à partir d'Octobre 1917 que les classifications politiques se sont faites et jouent encore maintenant : on sait qui sont les réformistes, qui sont les révolutionnaires, car ils sont déterminés pratiquement, à la baïonnette pourraiton dire. Entre Noske et Rosa Luxemburg en 1919, il y a plus que des divergences théoriques. Le centrisme politique est le produit de cette époque : ce sont ceux qui ne peuvent, ne veulent ou ne savent choisir entre le camp du réformisme qui regroupe une part considérable du mouvement ouvrier organisé et celui de la révolution dont on sait bien qu'il existe, mais qui est trop sectaire, trop systématique, trop dogmatique. Le centrisme est une idéologie spécifique de l'époque de la décadence impérialiste, de l’époque de la révolution prolétarienne.

Histoire et caractéristiques du centrisme

D'où à la fois la vivacité et l'instabilité des organisations centristes. Nées à une époque de conflits gigantesques, elles expriment la poussée révolutionnaire en même temps que les obstacles subjectifs à la compréhension de cette époque. Les conflits de classes éliminent d'ailleurs rapidement les organisations centristes :

— la crise de 1918-1921 à fait disparaître politiquement les premiers centristes, ceux qui hésitaient entre la II: et la III Internationale : les maximalistes italiens, l'U.S.PD. allemande. Les grosses organisations centristes n'ont pu continuer la politique kautskiste du fatalisme révolutionnaire ; bolchevisme ou révisionnisme, pas de milieu.

— les petites formations centristes qui vivotaient entre les réformistes, les staliniens et la IV° Internationale ne se sont pas remises de la tourmente de 1939-1945, ni le S.A.P., ni le P.S.O.P. n'ont survécu et ceux qui ont résisté formellement comme l'I.L.P. ou le P.O.U.M. ne sont plus que de (glorieux ?) vestiges.

Et on peut prévoir que les prochains affrontements balaieront les groupes centristes actuels ; les « vieilles » organisations centristes se ressentent déjà des contrecoups de la remontée des luttes de classe en Europe : disparition du P.S.L.U.P. difficultés du P.S.U...

D'où proviennent ces courants centristes ? Ils ne tombent pas du ciel, même si quelques-uns viennent des bénitiers. Classiquement, leurs origines viennent de deux sources : des éléments de la social-démocratie qui se radicalisent, le

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P.S.O.P. provenant de la gauche de la S.F.I.C., le P.S.A. ancêtre du P.S.U. le S.A.P. issu du parti social-démocrate allemand, ou bien des organisations staliniennes : groupe de Lovestone aux Etats-Unis, fédération catalane de Maurin, une des composantes du P.O.U.M. Le mélange des sociaux-démocrates « de gauche » et d'ex-staliniens « de droite » entraîne en général une volonté de « dépassement » du stalinisme et de la social-démocratie : fusionner « l'efficacité » stalinienne et la « liberté » social-démocrate, refuser les compromissions des socialistes et le dogmatisme des partis communistes.

L'ambiguité est une constante de ces organisations : ayant rompu avec la maison mère, non sur une critique marxiste du programme qui mènerait à plus ou moins long terme au marxisme révolutionnaire, mais sur un point de désaccord : guerre d'Algérie pour le P.S.A., Front unique pour le S.AP., la confusion politique est l'issue logique de ce genre de rupture tactique souvent non préparée, menée en outre dans des organisations qui ne se prêtent pas au débat politique formateur.

L'éclectisme est une seconde conséquence inévitable : sorti de la maison mère, sans ligne politique déterminée, le champ est ouvert pour que toutes les idéologies vacantes investissent cette nouvelle création. Les exemples les plus marquants en sont : le P.S.O.P. pendant ses quelques années d'existence, qui accueillera tout ce que la gauche et l'extrême gauche auront d'idées : pacifisme, trotskysme, luxemburgisme, francmaçonnerie, etc. Aujourd'hui (ou plutôt hier) le P.S.U. qui permet à chaque tendance de l'extrême gauche d'avoir son reflet (en plus flou, car le P.S.U. loin d'être un foyer de convergence, était plutôt une mosaïque en verre dépoli).

Enfin, le centrisme est dépolitisant : refusant les grandes organisations traditionnelles, il n'en est pas moins hostile au marxisme révolutionnaire organisé qui est sectaire, dogmatique, figé, archaïque (voir votre Tribune socialiste hebdomadaire). De sorte que de nombreux militants, attirés par la liberté d'idée et de propos qu'on y trouve, s'en vont soit à cause de l'inefficacité réelle, soit plus souvent parce que l'échéance de la guerre, du fascisme ou de la révolution fait voler en éclats le rassemblement hétéroclite. Faute de référence commune, d'éducation marxiste, les leçons ne peuvent pas être tirées, comme Lénine a (presque seul) tiré les leçons de l'effondrement de la II‘ Internationale.

On commence à voir dès lors pourquoi il est difficile de cerner théoriquement une telle réalité si mouvante, si instable. (Il en est de même, fait remarquer Trotsky, de la petite bourgeoisie, ce qui ne peut nous dispenser de l'utiliser comme concept. D'ailleurs les deux phénomènes ont des liens.) « Le centrisme au sein du mouvement ouvrier joue, en un certain sens, le même rôle que l'idéologie petitebourgeoise de toute sorte par rapport à la société bourgeoi-

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se dans son ensemble'. » [l est extrêmement difficile de définir la ligne politique du centrisme, même le terme de zigzag peut ne pas être opérant, il est des centrismes orthodoxes qui tiennent la balance égale entre les extrêmes, sans jamais dévier d'un pouce, véritables Salomon de la lutte des classes. Le seul centrisme théorique que l'ont peut dégager est celui de Kautsky «le marxisme orthodoxe », mais c'est une exception par deux facteurs : ce centrisme orthodoxe a pris naissance dans les polémiques de la social-démocratie allemande avant la guerre, mais ne correspond pas à une réalité organisationnelle, il lui manque donc les deux caractéristiques du centrisme « moderne » : se situer par rapport à la révolution d'Octobre, se situer dans un mouvement ouvrier divisé et non unifié (même formellement).

Centrisme et stalinisme

Un autre problème qui vient obscurcir la notion de centrisme, c'est le fait que l'opposition de gauche et Trotsky en particulier ont qualifié jusqu'en 1933 le stalinisme de centrisme bureaucratique. Non pas n'importe quel centrisme, mais un centrisme appuyé sur une couche sociale réelle, vivante : la bureaucratie stalinienne, les fonctionnaires de l'Etat soviétique. Cette caractéristique tenait à des motifs politiques : jusqu'en 1933 on pouvait penser que le pouvoir de la bureaucratie était enrayable, qu'elle n'avait pas la haute main sur l'instrument du prolétariat mondial : la III: Internationale. La victoire de Hitler, avalée sans problème, mon tra que cette espérance était fausse : le stalinisme de courant centriste, donc zigzagant, évoluant est devenu une force conservatrice, contre-révolutionnaire, qui s'oriente de plus en plus à droite, ayant abandonné toute velleité « de gauche ». Le centrisme stalinien avait vécu ; dès lors apparaissait le stalinisme et corollairement la nécessité de construire la IV: Internationale, puisque l'Internationale communiste avait failli.

Le centrisme peut évoluer vers le marxisme révolutionnaire, le stalinisme non. En 1932, Trotsky pouvait encore écrire : « Non, les chefs sociaux-démocrates représentent l'agence de l'ennemi de classe dans le prolétariat. Les chefs communistes sont des révolutionnaires confus, mauvais, maladroits, fourvoyés. Ce n’est pas la même chose. La social-dé-

1. Léon Trotsky, Et maintenant ?

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mocratie est à détruire, le Parti communiste est à corriger”. » Il n'en sera pas de même par la suite. Le stalinisme, expression politique de l'Etat ouvrier dégénéré, devient une réalité spécifique qui nécessite une étude théorique particulière, qui, seule, peut donner la clé de la révolution prolétarienne.

Jusqu'à l'effondrement du mouvement ouvrier allemand, sous les coups du fascisme, la politique de la direction stalinienne oscillait entre les orientations droitières (Bloc des quatre classes en Chine, le comité anglo-russe) et des orientations ultra-gauche (la fameuse troisième période, celle de l'effondrement imminent du capitalisme). À partir de la tactique des fronts populaires, la direction stalinienne s’orientera constamment vers une politique faite de pressions sur les gouvernements capitalistes et d'accords avec les mêmes gouvernements (depuis l'accord Laval-Staline ert 1935 jusqu'au pacte germano-soviétique de 1939, pas de contradictions : jouer des contradictions interimpérialistes pour assurer le pouvoir de la bureaucratie, museler les mouvements révolutionnaires par la stratégie des fronts populaires). Depuis 1935, la beaucratie stalinienne suit une ligne rigide de recherches d'accords avec les différents impérialismes et de stricte utilisation du mouvement ouvrier à des fins diplomatiques.

Dès lors, le stalinisme est plus qu’un simple courant du mouvement ouvrier, plus un courant définissable uniquement en termes politiques, il est l'expression d’une force sociale particulière : la bureaucratie soviétique russe. Ceux qui ont commis et commettent encore l'erreur de définir les partis staliniens à partir de leurs attitudes politiques, de leur réalité sociale font une erreur grossière : la clé du comportement des organisations staliniennes est à chercher ailleurs, dans les forces sociales qui modèlent l'Etat ouvrier dégénéré. On voit donc que le terme de centrisme est politiquement inadéquat pour décrire un courant politique qui est l'expression et le garant d'une couche sociale parasitaire dans un Etat non capitaliste. Ce qui vaut pour l'URSS. vaut pour la Chine, s'il est tentant de décrire le comportement politique de la direction maoïste et termes de zigzags centristes, cette bureaucratie chinoise est la clé du comportement des maoïstes (du moins ceux qui se réfèrent encore au grand Timonier).

Donc, le stalinisme et ses diverses variantes, même s'ils peuvent à un moment présenter l'image d'un comportement politique de type centriste, sont justiciables d’une autre analyse. Les points de convergence théoriques du stalinisme et du menchevisme ou du kautskysme, pour être marquants, ne sont pas seuls en cause. Citons :

2. Ibid.

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— la théorie de la révolution par étapes ;

— la croyance en l'effondrement interne du capitalisme {la rivalité économique théorisée par Khrouchtchev n'étant qu'une variante de cette croyance en l'effondrement du capitalisme sans effort conscient de la classe ouvrière mondiale) ;

— la construction de partis de masse peu éduqués, dominés par un appareil tout-puissant, aux antipodes de la sélection de militants révolutionnaires conscients prônée par le bolchevisme ;

— l'économisme, le dogmatisme et en général la sousestimation de l'élément conscient dans le processus révolutionnaire.

Si l’on considère l'évolution historique, on s'aperçoit que les petites crganisations centristes d’avant-guerre, oscillantes entre la social-démocratie et le stalinisme et révulsées par lhydre du trotskysme, ont disparu pendant la guerre. Une deuxième génération centriste est née en Europe avec le début de ia remontée révolutionnaire, à la fin des années cinquante, issues pour la plupart des vieux partis sociauxdémocrates (P.S.U. en France ; P.S.I.U.P. en Italie ; P.W.T. en Beigique ; les partis socialistes de gauche au Danemark et en Norvège, etc.). Cette deuxième génération centriste connaît aujourd'hui ses limites. Peut-on dire que le développement de l'avant-garde révolutionnaire va éliminer le centrisme de la scène politique ? Il semble que non car dn voit se profiler dans ies pays capitalistes avancés de nouveaux courants qui hésitent entre l'uitra-gauche et le réformisme, qui manifestent pciitiquement la plupart des stigmates centristes, mais

ui ne se retrouvent pas au sein ou autour d’une organisa-

tion, qui se contentent de regroupements plus larges et plus conjoncturels. Cette moindre disponibilité à l'organisation est vraisemblablement à mettre en relation avec ce phénomène nouveau que constitue l'apparition comme force sociale relativement autonome de la petite bourgeoisie intellectuelle (étudiants, cols blancs, etc.).

On peut dire qu'un nouveau centrisme est né depuis quelque années, centrisme qui est le produit de la radicalisation

lu mouvement étudiant, puis de son éclatement et du vide politique laissé à la gauche des appareils sociaux-démocrates et staliniens. Ce qu'on appelle la « nouvelle gauche » aux Etats-Unis a ses équivalents en Europe occidentale et la nouveauté qu'elle brandit agressivement trouve ses sources dans les courants politiques faillis du vieux mouvement ouvrier, d'où la nécessité de les connaître.

Le centrisme à la différence des courants politiques principaux de la classe ouvrière, que ce soit le stalinisme ou la social-démocratie, n’a pas d'existence stable et ne peut en

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avoir, car il ne dispose pas de bases matérielles qui soutiennent et perpétuent les courants dominants du mouvement ouvrier : la bureaucratie soviétique d'une part, les mille et une ressources des institutions bourgeoises. Donc le centrisme est par essence instable et provisoire, mais sa résurgence permanente n'en est pas moins inévitable, car il est le produit (mort-né ?) de la crise des principaux courants ouvriers, du stalinisme et de la social-démocratie. Périodiquement, les bureaucraties ouvrières voient leur équilibre instable basculer sous la pression des circonstances et de la classe ouvrière, d'où crise, scission et surgissement d'un courant qui s'oriente plus ou moins vers des positions révolutionnaires.

Le centrisme et l'Internationale

Peut-on faire une typologie politique du centrisme, une analyse théorique d’un phénomène conjoncturel ? En dehors de la description ci-dessus, quelque peu historique, il semble délicat de vouloir caractériser politiquement des courants qui sont déterminés surtout en fonction des questions poli tiques de l'heure et qui n'ont jamais accordé aux questions de principe une importance exagérée. Pourtant Trotsky et le courant bolchevique léniniste ont été obligé de se livrer à une polémique féroce contre les centristes de tout poil afin de pouvoir jeter les bases de la IV: Internationale. Cette polémique peut apparaître à la lecture peu théorique, quelquefois même formulée en des termes psychologiques : on vitupère les hésitations, la mauvaise volonté, l'instabilité, l'éclectisme, etc. de tel ou tel centriste ou centrisme. Il faut voir que cette polémique de circonstance se comprend dans une situation très particulière qui était celle de l'avantgarde marxiste des années trente. Après l'effondrement de la classe ouvrière allemande, la faillite de l’Internationale communiste est évidente pour la poignée de militants lucides pour qui, dès lors, la tâche est de reconstruire une nouvelle Internationale. Une première rencontre internationale de tous les courants oppositionnels se termine par un appel à la construction d’une internationale révolutionnaire, appel signé par seulement quatre organisations dont l'Opposition de gauche internationale. Parmi ces quatre organisations seule l'Opposition de gauche mettra réellement en œuvre ces décisions et parviendra à fonder la IV Internationale en 1938. La montée du fascisme et la politique nationaliste et patriotique dite de Front populaire que mènera l’Internationale communiste à partir de 1935 va introduire une confusion gigantesque dans les milieux d'avant-garde. La création de l'Internationale devient une nécessité urgente non pour ame-

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ner le prolétariat à une victoire immédiate, mais simplement pour sauvegarder les acquis du bolchevisme face à la guerre Qui vient et qui permettra une reprise de l'activité révolutionnaire du prolétariat. Mais cette perspective n'est guère partagée que par les trotskystes et pour la plupart des révolutionnnaires qui se détachent du stalinisme et de la socialdémocratie, la création d’une nouvelle internationale est souhaitable, mais dans des délais raisonnables et à condition qu'elle existe réellement et ne soit pas fantomatique ou « autoproclamée » comme on dirait aujourd'hui.

C'est là la première différence entre les conditions politiques de l’avant-guerre et celles d'aujourd'hui : à l'époque, les milieux d'avant-garde n'avaient pas encore complètement äbandonné l'idée de l’Internationale, corollaire indispensable de tous les moments du mouvement ouvrier. Dès lors la

litique des marxistes révolutionnaires était de pousser ces ndividus ou ces courants à mettre leurs actes en rapport avec ieurs paroles, donc une polémique ad hominem qui en dernière analyse était centrée sur la nécessité d'une Internationale, quelle que soit son implantation de masse, la clar té politique passait avant le nombre, le regroupement flou pouvait faire illusion, mais, soumis au feu de la lutte des classes il s'effriterait. D'ailleurs les courants centristes opéraierit plus ou moins des regroupements internationaux, tel le bureau de Londres, objet de nombreux sarcasmes de Trotsky. Ses prophéties se révèlent d’ailleurs justifiées : le bureau de Londres et la plupart des courants centristes ne survécurent pas à la guerre. A partir de la Seconde Guerre mondiale le panorama politique se révèle différent : le mythe de l'union antifasciste s'effondre, la guerre froide :se développe et scinde le monde et le mouvement ouvrier en deux camps. L'échec de la vague révolutionnaire dans les pays avancés décourage l'avant-garde révolutionnaire, la IV® internationale, elle-même, péniblement construite, en subit le contrecoup. Les scissions achèveront de l’affaiblir. Dès lors, l’idée même d'une Internationale disparaît des esprits : le mouvement ouvrier est totalement méséduqué sur cette question. L'internationalisme n'est au mieux que la fidélité inconditionnelle à Moscou ou un sentiment abstrait. L'internationalisme n'existe plus qu'à sens unique sauf chez des minorités restreintes et étouffées. La faiblesse organisationnelle n’est pas faite non plus pour convaincre les hésitants des vertus de l'internationalisme de fait. Bref, la question de l’Internationale devient une lubie trotskyste propagée par quelques marginaux.

Pour le centrisme moderne, à la différence du centrisme d'avant-guerre élevé dans la tradition déformée mais réelle des internationales ouvrières jaunes ou rouges, la question de l’Internationale n'est même pas un point de désaccord ou de discussion avec les marxistes révolutionnaires, elle n'existe pas : l'Internationale est un moment de l'histoire du

il

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mouvement ouvrier, comme le socialisme utopique ou la grève générale, on ne saurait maintenant, à l'heure des ordinateurs et des nouvelles classes ouvrières, jouer avec des idées aussi archaïques.

En fait, les soi-disant marxistes modernes ne font que suivre les attitudes des principaux courants du mouvement ouvrier : la social-démocratie, en loyale gérante du capitalisme, a perdu ses dernières velleités internationalistes et les réunioris de la Il° Internationale (qui existe encore formellement) voient se presser les anciens, actuels ou futurs ministres des gouvernements capitalistes. Quant à la III° Internationale elle a été dissoute officiellement en 1943 pour satisfaire aux besoins de la lutte des démocraties contre le nazisrne, et après la fin de la guerre froide s'est développé de fait le polycentrisme c'est-à-dire l'adaptation des P.C. aux conditions spécifiques de leurs pays, l'atténuation des liens officiels avec l'U.R.S.S., sans que cela remette profondément en cause leurs liens avec la bureaucratie soviétique, à quelques exceptions près.

Les centristes, issus politiquement et organisationnellement au stalinisme et de la social-démocratie, ont repris avec eux l'absence d'éducation internationaliste en s'en parant comme d'une vertu. Bien sûr, au niveau du sentiment et de l’action ponctuelle, les centristes ont eu des positions plus avancées que les organisations traditionnelles Il n'empêche que nulle part ces prises de position n'ont débouché sur leur conciusion logique : la tentative de construction d'une Internationale qui assure pratiquement la liaison entre les luttes des prolétaires des différents pays. Le centrisme va dans le sens de l'internationalisme sans cependant se décider à franchir le Rubicon, sans aller jusqu'aux conséquences organisationnelles. Pourquoi cette répulsion devant l'Internationale ?

D'abord et en premier lieu l'internationalisme est une attitude consciente, qui va à l'encontre des préjugés et des attitudes nationalistes localistes ou régionales. Le poids de l’idéologie bourgeoise qui emprisonne les masses dans un faisceau d'idées reçues se répercute sous une forme plus raffinée chez les militants d'avant-garde : « Les masses ne comprendraient pas que. » En effet, les conséquences pratiques de l'internationalisme de fait sont sérieuses : elles vont jusqu’à aider matériellement le F.L.N. pendant la guerre d'Algérie; en Angleterre elles vont jusqu’à soutenir l'IR.A, etc. Le défaitisme révolutionnaire est une attitude que quarante ans d'éducation social-démocrate et stalini-nne ont cffacé de la mémoire ouvrière. Le patriotisme ravivé par la résistance apparaît aujourd'hui comme allant de soi pour le mouvement ouvrier, même pour ceux qui se détachent des organisations traditionnelles. L'internationalisme conséquent, organisé est foncièrement opposé au social-patriotisme : par exemple, la

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IV: Internationale a jugé qu'en Europe son devoir prioritaire était de soutenir politiquement la révolution algérienne, dès lors toutes ses sections, y compris et surtout la section fran- Gaise, se sont lancées dans cette tâche, dans ia mesure de leurs moyens. L'appartenance à une organisation internatiomale est contraignante dans la mesure où elle ne permet pas à ses membres le moindre accommodement avec les préjugés patriotiques ; les positions ambiguës, humanistes, pacifistes ne sont plus tenables, on est d'un côté ou d’un autre.

Une deuxième cause à cette réticence des centristes à l'égard de l'Internationale tient à une donnée politique de fond : c’est l'incompatibilité entre le centrisme et le centralisme démocratique, au niveau national ou international. Les réticences à l'égard du léninisme se comprennent aisément : Sous le manteau de Lénine, les staliniens ont imposé un ré- Fe intérieur dictatorial aux partis de ia Iil° Internationale.

vocable de centralisme démocratique a donc quelque chose de repoussant, car il a été dans le mouvement ouvrier un Synonyme d'étouffement et de sclérose. Il n'empêche que les

ticences des centristes devant le centralisme démocratique ont d'autres causes : c’est que le fonctionnement du centralisme démocratique à la mode léniniste (et non stalinienne) suppose un mode d'organisation du parti fondamentalement opposé au modèle centriste. Pour que le centralisme démocratique, fondé sur la discussion la plus large quant aux décisions à prendre, la soumission de la minorité à la majorité et la discipline dans l’action, puisse fonctionner, il faut qu’un pot commun réunisse les membres de l'organisation, il aut donc que les critères d'adhésion soient telativement Stricts ; il faut que, par ailleurs, soit poursuivi l'effort d'éducation afin que la discipline librement consentie et la démocratie la plus large ne dégénèrent pas l'une en obéissance aveugle, l'autre en anarchie organisationnelle. C'est dire qu'on en revient à ce qui est au centre de Que Faire ?, qu'est-ce qu'un militant politique, qu'est-ce qu'un militant révolutionmaire ? Et c'est là qu'est le désaccord fondamental entre les révolutionnaires et les centristes : pour les centristes, ce qui compte, c'est de rallier à une activité politique tout ceux qui sont repoussés par les organisations traditionnelles, d'où le Caractère souvent incroyablement éclectique des organisations centristes qui regroupent des militants de toute sorte ‘+ se réunissent par détermination négative : ils sont déta-

és des idéologies réformistes et staliniennes, mais sans être soudés entre eux par un projet commun, sinon une utopique tentative de concilier les inconciliables et de dépas ser les vieilles orientations du mouvement ouvier. Ce refus de détermination positive, ce laxisme en matière de recrutement et d'éducation entraînent fatalement un régime intérieur fait de confusion et de compromis, ou de tendances inconciliables ne s’affrontant pas sur des orientations pré-

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cises, mais sur des points de tactique ou de personne. Les décisions prises sont souvent le fruit de compromis ou bien ne sont pas appliquées. Bref, il s'agit d'un régime intérieur parfaitement social-démocrate, d'où l'inefficacité et la paralysie à long terme du centrisme. A la différence de la socialdémocratie qui assure sa clientèle par les miettes du capital, le centrisme ne peut obtenir de succès que par son action propre, ce qui demande une claire décision énergique a application rapide, ce que justement le mode de fonctionnement ne permet pas d'obtenir.

Les problèmes organisationnels sont en dernière analyse politiques : c’est parce qu'il n'y a pas de plate-forme politique correcte chez les centristes qu'il ne peut y avoir de courants centristes stables. Or, à l'échelle historique qui est celle de l'existence du capitalisme il n'y a pas trente-six orientations possibles : ou bien l'on prône la collaboration de classe, ou bien la coexistence de classe comme les staliniens, ou bien la lutte de classe, l'internationalisme, la révolution. Une plate-forme politique implique un combat délibéré contre les autres orientations et renvoie les rêves de dépassement ou de synthèse à ce qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être : des méditations métaphysiques. Quelles que soient les raisons de circonstance qui paraissent justifier une « redéfinition » du marxisme-léninisme : montée du fascisme révolution coloniale, conflit sino-soviétique, etc., en dernière analyse les trois orientations demeurent : réformisme, stalinisme, marxisme révolutionnaire.

L'Etat

De tout cela que résulte-t-il ? Bien des choses mais notamment ce fait qu'en dépit de ses éventuelles proclamations théoriques, le centrisme mis au pied du mur se conduit comme un vulgaire réformisme. Quelle que soit sa coloration marxiste, face au problème de l'Etat, les incertitudes, les ambiguïtés, les accommodements, la compromission théorique se traduit par une attitude fort contestable : la participation aux gouvernements bourgeois pourvu qu'ils soient dotés d'une rutilante façade populaire. Deux exemples illustres : en France et en Espagne. En France, la gauche révolutionnaire, ancêtre du P.S.O.P., malgré ses déclarations « gauche» non seulement soutient (de façon critique) le Front populaire, mais encore un de ses leaders Marceau Pivert a des fonctions officielles dans le cabinet de Léon Blum. D. Guérin dans ses souvenirs (Front populaire, révolution manquée) souligne le malaise qui l'envahissait lorsque, d'un côté, il faisait des déclarations en faveur du Front popu-

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laire, à la radio et, de l’autre, luttait dans la S.F.I.O. contre ia politique bourgeoise de ce même gouvernement. Il n'empêche que les déclarations de la gauche révolutionnaire servaient ôbjectivement de façade révolutionnaire du Front populaire, Même si par ailleurs ses militants se faisaient assassiner par la police dudit Front (Clichy, 1937).

En Espagne, le problème fut identique : le P.O.U.M. face au fascisme crut de son devoir d'entrer dans le gouvernement catalan, prétextant du caractère avancé de la dynamique ouvrière, mais sans renverser ni détruire l’ancien Etat bourgeois. Il fut ainsi victime de ses erreurs théoriques puisque, paralysé par sa participation au gouvernement, il ne put ou ne voulut soutenir une politique révolutionnaire. Et fapidement les bourgeois et les staliniens du Front populaire lécrasèrent ainsi que les milieux anarchistes de Barcelone. Cette politique erronée à l'égard de la nature de l'Etat bour-

is, même paré d'une étiquette populaire, se retrouve dans

courants centristes modernes, pour qui l'Etat certes doit être détruit, mais on peut le détruire de l'intérieur, petit à petit, par des actions de masse. Cette politique mène tout droit à la paralysie, à la capitulation et, comme la plupart des attitudes politiques des centristes, elle a sa source dans une absence de principe : face aux forces dévoyées du mouwement ouvrier traditionnel, le centrisme hésite à s'en couper, à s'en désolidariser, à être « sectaire », même si ses hésitations et ses compromis l'entraînent à sa perte.

Les problèmes du centrisme aujourd’hui —— ——

Vu le caractère éphémère des organisations centristes, on né peut aller au-delà d'une description historique quelque superficielle. Pourtant, cette description n'est pas inutile ên ce sens qu'elle fait ressortir négativement les phénomènes | je irréductibles que l'on voit s'épanouir au sein organisations baptisées centristes. Sous nos yeux intéressés, se manifestent au sein du bouillon de culture qu'est 1é P.S.U., des formes politiques et sociales particulièrement précieuses pour un observateur qui se veut quelque peu ena é dans la lutte des classes. En dehors des particularités élicieuses du fonctionnement du P.S.U., qui font la joie des sectaires, il est d'autres symptômes extrêmement important à analyser pour un marxiste : on peut les réduire à deux :

1. L'investisse.nent politique d’une série de couches péri- Phériques au prolétariat qui voient dans le P.S.U. leur porte- Parole « naturel », que ce soient les éléments avancés provehant des paysans prolétarisés ou les couches les plus radi-

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cales des travailleurs technico-scientifiques, le centrisme moderne sert pour le moment d'expression politique à un certain nombre de couches.

2. La radicalisation du courant chrétien qui entraîne vers l'extrême gauche un nombre de plus en plus important des militants des organisations chrétiennes. Particularité qui donne au P.S.U. un visage tout à fait spécifique : la gauche du Christ serait-elle la nouvelle base du centrisme ? D'où l'équilibrisme de quelques dirigeants...

a) Le courant chrétien

Qu'un certain nombre de catholiques n'aient plus le Vatican comme terre promise est un fait qu'on ne saurait nier, encore faut-il le saisir correctement. Il ne suffit pas de leur tendre la main ou le petit doigt pour que le Saint-Esprit marxiste révolutionnaire leur révèle immédiatement les arcanes de la révolution socialiste. Le passage du côté de la classe ouvrière de militants chrétiens radicalisés, compte tenu de l’omniprésence du stalinisme, fait que cette politisation suit des voies étroites et tortueuses.

Une remarque essentielle : l'Eglise catholique en tant que force sociale est non seulement contre-révolutionnaire, mais anachronique depuis la fin du Moyen Age et la naissance du capitalisme. Si elle s'est maintenue comme réalité sociale dans un certain nombre de pays, c'est à cause du caractère économiquement arriéré de ces pays et, en ce qui concerne la France, à la décision politique de la grande bourgeoisie française de soutenir le catholicisme le plus féodal face à la montée du mouvement ouvrier. Le retard de la révolution mondiale explique le maintien apparent de cette institution et aussi sa crise : l'Eglise, ayant une fonction mystificatrice nettement moindre que le suffrage universel ou les moyens d'information, voit la nécessité de son rôle social décroître même aux yeux de la bourgeoisie, d'où la crise de l'Eglise qui tient essentiellement à ce que le capitalisme décadent n'en a plus besoin, sous cette forme-là du moins (la question se posant autrement pour le christianisme protestant’).

Cette crise qui devint perceptible en France à partir de la Seconde Guerre mondiale se traduit par deux phénomènes concomittants : une crise de l'institution proprement dite qui engendra les pittoresques querelles de la messe en latin ou

3. Le problème de la morale religieuse posé par Reich et ses successeurs est justifiable d’une analyse particulière. Disons provisoirement ue la morale religieuse n'est pas indissolublement liée à l'existence lune Eglise, ce qui justifie l'étude de l'évolution de l'Eglise au seul niveau politique et donc la caractérisation de l'Eglise catholique comme institution contre-révolutionraire anachronique.

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En français, le mariage du prêtre et l'utilité de la soutane, Grise qui n'est que de peu d'intérêt ; mais on vit apparaître aussi une modification du comportement politique des catholiques : jusqu'alors, à quelques alibis près, le catholique se recrutait dans les couches de la paysannerie arriérée, des Éléments attardés de la classe ouvrière et dans les couches les plus férocement réactionnaires de la bourgeoisie. Peu à peu, dans son désir de garder une place qu'eile ne méritait ps historiquement, la hiérarchie se tourna vers les ferments

ancipateurs de la classe ouvrière et d'autres couches, d'abord pour les dévoyer ; mais elle subit bientôt les pres- Sions de classe qui donnèrent naissance à une série de milifants d'origine catholique, ayant rompu ou non avec l'Eglise, Mais qui donnèrent une coloration particulière à la C.F.D.T. Æbau P.S.U. (sans compter ceux qui rejoignirent la hiérarchie Concurrente du P.C.F.).

S'il est bien sûr évident que l'Eglise reste indissoluble- Ment attachée aux classes possédantes, sa démagogie qui es- Sayait de compenser son inutilité historique a égaré beau- Coup de militants catholiques qui, au lieu de défendre Subtilement le grand capital, ce qui aurait été leur tâche historique, se sont mis à adopter les intérêts de la classe ouwrière. Cette aberration historique, toute positive qu'elle soit, fe doit pas nous faire oublier une particularité essentielle : C'est que leur venue à la politique a été médiée, à la difféfénce du militant ordinaire, par une tradition particulière : l'idéologie chrétienne. C’est cette tradition politique parti- Culière qui explique le comportement politique de militants Venus du catholicisme, ayant rompu ou non avec lui.

Cette tradition politique a sa source dans les éléments “de gauche » de l'Évangile et cet évangélisme entretient des réflexes curieux qui expliquent beaucoup de comportements autrement irrationnels.

D'abord, la rédemption par la souffrance : dans un certain putisme présent au P.S.U. comme dans les courants mao, prolétariat n'est révolutionnaire que parce qu'il souffre Plus que la bourgeoisie et la petite bourgeoisie : heureux les uvres car le royaume du socialisme leur appartiendra. où la prédilection pour les travailleurs immigrés, d'où la févélation devant les OS. fer de lance de la révolution sans €ompter l'aspect charitable de nombres d'activités populistes à prétention politique.

Cette attention portée aux couches les plus exploitées du yes s'explique fondamentalement non par une anayse du poids social et spécifique de ces classes (il faudrait prouver en quoi l'OS. est plus révolutionnaire que l'O.P. : il &st moins organisé, moins soumis à l'influence stalinienne donc plus disponible aux actions dures, il ne s'ensuit pas pour autant que la conscience politique soit plus élevée chez

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les O.S.) ou du rôle politique générale que cela peut jouer, mais par une attirance spontanée vers les pauvres.

Une seconde constante de l'éducation catholique, c'est l'ahistorisme, le refus de l'histoire. L'histoire est le monde des péripéties sans importance face à l'être immuable. Ces conceptions sont passées dans l'inconscient politique des militants d'origine catholique : le passé, c’est le passé ; ce qui compte c'est ce qui se passe maintenant et mieux ce qu'il faudrait qu'il se passe. L'idée que la conscience de classe ait pu être modelée par des périodes historiques, que des organisations ou des courants aient pu laisser des traces profondes, que l'histoire a joué un rôle déterminant dans le comportement politique des masses, ces conceptions-là sont étrangères au militant chrétien qui, ayant rompu avec sa sainte mère l'Eglise, estime que tout le monde est dans un état de disponibilité identique. D'où la naïveté souvent des réactions politiques de ce courant pour qui l'histoire ne veut rien dire, dans la mesure où leur propre histoire est ahistorique.

Ce ne serait pas bien grave s'il n'y avait un corollaire à cet antihistoricisme : le refus des acquis historiques. Cette tendance commune à toute une série de couches qui viennent d'entrer dans la lutte des classes est particulièrement évicente chez le militant chrétien : le « dogmatisme » des textes Jui rappelle fâcheusement le dogme de l'Eglise et la croyance sur parole ou sur texte, le temps où il était enfant de chœur. On comprend la confusion politique d'un grand nombre de courants chrétiens : faute d'outils marxistes pour saisir la situation actuelle, ils se condamnent à l'empirisme et au subjectivisme. L'expérience historique, décisive pour la classe ouvrière, n'existe pas pour eux, le monde d'où ils viennent est en dehors de l'histoire.

b) Les nouvelles couches moyennes

Nous écrivions en 1968-1969* : « De fait on peut conclure que la petite bourgeoisie urbaine, en s'intégrant dans le processus de production de façon spécifique, doit à plus ou moins long terme élaborer une idéologie qui reflétera sa situation au sein de la société. On peut dire que Mai a entamé confusément ce processus. Il se poursuivra sans doute et modifiera considérablement les perspectives politiques dans la mesure où le prolétariat aura à ses côtés une couche relativement homogène, vraisemblablement antagoniste à la bourgeoisie, mais n'ayant pas forcément des intérêts identiques à ceux du prolétariat. Ce sera donc aux marxistes révolutionnaires d'en tirer les leçons politiques. » Aussi modestes que nous soyons, il faut bien dire que nous ne nous sommes

4. « Marxisme et petite bourgeuisie », Marx ou Creve, n 1.

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int trompés : on a vu apparaître à l'état presque pur l'idéo- #4 de ces nouvelles couches : les ouvrages de Bon et Burhier tendant à déposséder le prolétariat traditionnel de son Tôle révolutionnaire au profit des « nouveaux intellectuels ». On a vu se développer également un courant politique s’arti- Culant autour de certains secteurs de la C.F.D.T., s'exprimant Par un organe comme Politique Hebdo qui serait en partie la Manifestation de la radicalisation de ces couches. Il reste Maintenant aux marxistes à en tirer les leçons.

Pour tirer des leçons, il faut avoir des instruments, et C'est là que nous retombons sur le concept de centrisme : Cette définition strictement politique est-elle opératoire pour &ndre compte de cette réalité nouvelle ? Avant de répondre,

faudrait voir à quoi sert une définition politique. Essentielent à armer les militants ; une définition politique n'est l'8 une classification zoologique, mais un instrument d’acin. Selon que l'on qualifie un courant politique de bourfeois, petit-bourgeois, ouvrier. les attitudes politiques que fous avons par rapport à lui changent. En conséquence, le rôle de la définition politique est en dernière analyse pratique. Si nous admettons cela, le terme de centrisme, utilisé Le pour désigner la radicalisation de nouvelles couches dés travailleurs des superstructures), est impropre. Un coufant socio-politique, issu d’une couche sociale et qui ne se fattache au mouvement ouvrier que par des liens particuliers (Ce qui ne veut pas dire forcément plus faibles), ne peut être comparé avec une tendance du mouvement ouvrier, issue des partis sociaux-démocrates ou staliniens, qui se situe sur un plan directement politique. Les marxistes font évoluer un Courant ou une organisation centriste. Peuvent-ils faire évoluer ce qui n'est peut-être même pas créé, ce qui n’est que partiellement organisé, ce que l'on discerne à peine. En ce Sens, les caractéristiques politiques de ces nouvelles couches sont trop complexes et confuses pour qu'une définition simple soit pertinente.

Il convient d'abord d'analyser historiquement ces nouwelles couches (techniciens, enseignants, travailleurs des superstructures). On ne saurait en rendre compte à l'aide des Concepts de division technique et division sociale du travail, dans la mesure où ces notions renvoient à un modèle achevé de société socialiste qui n'existe pas (à moins de considérer les pays prétendus « socialistes » comme des exemples) pour les pays industriellement avancés. Il serait plus opératoire d'utiliser l'idée suivante : celle de retard de la révolution. Dans les pays capitalistes avancés, les circonstances et les Staliniens ont voulu que l'ordre bourgeois se maintienne, se renforce au prix de désastres sans nom et de certaines corrections internes. Ce paradoxe : la croissance des forces productives dans le cadre des rapports de production bourgeois éntraîne une aggravation des contradictions à tous les plans

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et à tous les niveaux. Parmi ceux-là, un accroissement de la division du travail et la création de couches puremenñt parasitaires dues aux formes qu'a dû prendre le capitalisme développé pour survivre. Exemples les plus immédiats : les secteurs publicitaires, les moniteurs d’auto-école, les visiteurs médicaux... Ceux-ci ne posent pas de problème, l'analyse de classe peut être rapidement faite. Par contre, le développement capitaliste a créé une série de couches qui sont parasitaires en tant que couches, non par la fonction qu'elles remplissent. Le développement technique exige par éxemple un grand nombre de techniciens remplissant des tâches spécialisées diverses, mais nécessaires au processus de production : ce qui est parasitaire, ce ne sont pas ces tâches qui sont en ellès-mêmes nécessaires, c'est le fait qu'elles soient remplies par des travailleurs spécialisés, distincts des opérateurs ordinaires. En fait, le déveoppement de ces mêmes forces de production dans des rapports de production socialistes auraient conduit à l'accomplissement de ces mêmes tâches, mais par les ouvriers qui auraient commencé eux-mêmes le dépassement de la division du travail, du moins à l’intérieur de l'entreprise. Des exemples parcellaires en sont donnés en Chine, où dans les comptes rendus idolâtrés de Pékin-Information sont citées quelques expériences intéressantes qui montrent par exemple que l'existence d'un bureau d'études n'est pas une nécessité technique dans tous les cas.

Dès lors on peut voir que dans l'univers capitaliste une série de gens se débattent dans une contradicton apparemment sans issue : ils sont des parasites remplissant une fonction utile. D'où le malheur de l'enseignant, du médecin, oscillant entre la dénonciation de son rôle social et l'espoir vague d'une reconnaissance future de son rôle technique débarrassé des oripeaux du grand capital.

Inutile de dire que la confusion régnant sur le mode de socialisme possible aujourd'hui, les conceptions politiques de ces couches sont des plus confuses. Une des marques de cette confusion, c'est de ne pouvoir s'arracher à la contradiction vivante qui se matérialise par le lieu de travail ; celui-ci est soit nié magiquement : destruction de l'hôpital, de l'école, du labo, par les courants ultra-gauches ; soit réformé plus ou moins démocratiquement grâce à l'autogestion, panacée d’autant plus universelle qu’elle est plus imprécise. Cette continuité entre le réformisme et l’ultra-gauche se révèle par le fait que l'institution, le lieu de travail ne sont jamais compris comme un phénomène historique, transitoire, lié à l’ultime étape (artificiellement prolongée) de la domination de la bourgeoisie, mais comme une nécessité éternelle ou un instrument d'oppression pur et simple. En fait, il est l’un et l’autre, ce qui veut dire qu'il est autre chose. Il s’agit d'une fonction technique remplie pour les besoins de la bourgeoisie, ce qui signifie que la société de transition ne saurait ni sup-

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primer complètement cette fonction ni la garder telle quelle, Rappelons-nous ce qui disait Trotsky de la famille, cette autre superspructure : on ne peut la supprimer que si l'on offre quelque chose de supérieur à la place. IT en est de même de toutes les superstructures, de tout ce qui existe sous le capitalisme (et qui n'est pas parasitisme pur et simple. Loin de nous l'idée de vouloir remplacer les curés et les militaires par leurs équivalents socialistes).

Il est facile de l’admettre abstraitement lorsqu'on se pla ce dans la perspective d'une société de transition fondée sur le pouvoir des conseils ouvriers. Mais la radicalisation de ces couches nouvelles ne s'est pas faite sous l'égide du mouvement ouvrier, au contraire. Souvent la sclérose des organisations officielles a fait que les problèmes de ces couches périphériques se sont exprimés en vase clos, avec les théorisations abusives et les erreurs de perspective que cela entraîne. Les enseignants, les médecins, les techniciens, etc., se sont radicalisés à partir d'un point de vue qui n'était pas celui du prolétariat; dès lors le produit de cette radicalisation ne pouvait qu'être une surestimation de leur situation propre dans le processus révolutionnaire. Dès lors on entend rapidement dire que l'hôpital, l'école, le labo sont les principaux obstacles à la révolution, et l'on fait des victimes de ces institutions les porteurs de la révolution : l'élève, le malade, le garçon de lobaratoire passent au rang de sujet de la révolution, par un simple processus d'inversion : les derniers seront les premiers. La classe ouvrière organisée sur les lieux de travail ne devient guère qu'une force d'appoint, dont on se rappelle vaguement l'existence grâce à de bonnes lectures. Il faut dire que la politique du mouvement ouvrier traditionnel n'incite pas à voir en elle la porteuse des valeurs futures qui bouleverseront la société, dans la mesure où les idéologues staliniens ont à cœur de conserver pieusement les moindres formes de la division du travail héritée des capitalistes. Cela explique qu'une vision globale de la société à venir ne peut sortir de ces couches périphériques à la classe ouvrière, dans la mesure où leur place dans le processus de production leur donne une vision faussée de la société et de la révolution.

Comme le petit bourgeois ou le bourgeois, les individus issus de ces couches ne peuvent venir sur les positions du prolétariat qu'en tant qu'individu. Mais en revanche, en tant que couche, leur aspiration à un changement révolutionnaire est réelle quoique confuse, à la différence de la petite bourgeoisie commerçante ou paysanne qui n'agit que contre le sens de l’histoire. Dès lors la tâche des révolutionnaires est des plus complexes : il s'agit de tenir compte du potentiel révolutionnaire de ces couches tout en luttant contre leur vision décentrée de la lutte de classe. Dès lors la notion de conscience décentrée caractériserait beaucoup mieux la

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eomplexe réalité socio-politique de ces courants : il ne s’agit pas que d'une politique fausse, il y a aussi et constamment erreur d'appréciation sur les contradictions sociales, le point nodal de la lutte des classes. A la limite, ce décentrisme évite le champ politique pour se réfugier sur le terrain fructueux qui lui a donné naissance : les secteurs superstructurels ou périphériques de l'appareil de production. La politique des marxistes révolutionnaires se doit d'en tenir compte et trouver les formes tactiques pour lier le combat de ces couches à celui de la classe ouvrière.

E. ABRAHAMOVICI, 15 octobre 1972.

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. «Je connais ton œuvre, tu n'es ni froid ni chaud; je voudrais que tu sois froid ou chaud. Or, puisque tu es morne, et ni froid

L LA ni chaud, je te crache de ma bouche.» ee

Citation biblique, épigraphe d'un article de Rosa Luxemburg contre Kautsky en 1915.

Karl Kautsky, le « pape du marxisme » de la II‘ Internale, aurait-il été un révolutionnaire prolétarien avant de nir, après 1914, le renégat foudroyé par Lénine ?

Sans vouloir nier la réalité du tournant de 1914, nous es-

ns de montrer qu'il s'agissait d’un « changement dans Continuité » : l'idéologie centriste de Kautsky, la doctrine célèbre « centre orthodoxe » de la social-démocratie allede, était en vérité un morne marxisme édulcoré, édenté, ssé et châtré, jouant objettivement le rôle de feuille de é «révolutionnaire » couvrant la nudité réfoniniste du D. (Sozialdemokratische Partei Deutschland). Quel était le fondement nr RARE du centrisme tskyen ? Une combinaison remarquablement agencée entre olutionnisme social-darwiniste et un déterminisme éconoue prétendument « marxiste orthodoxe », le tout assai- Onné par une métaphysique illuministe du progrès. Pour Kautsky, la révolution socialiste est le fruit inévitadu développement de l'économie capitaliste, le produit essaire des conditions économiques objectives, le résultat ésistible d'une loi naturelle de l'évolution sociale. Les mots

“inévitable », «irrésistible », « nécessaire» qui reviennent

Constamment sous sa plume, sont le schiboleth, le symptôme

terminologique du déterminisme mécaniciste, prédialectique,

de Kautsky. Voici quelques passages typiques, extraits de son

Ouvrage considéré le plus « révolutionnaire », Le Chemin du

Pouvoir (1909) :

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« Marx et Engels [..] reconnurent qu'une révolution ne se fait pas à volonté, mais qu'elle se produit nécessairement dans des conditions déterminées et qu'elle est impossible tant que ces conditions, qui ne s'élaborent que peu à peu, ne se trouvent pas réunies. Ce n'est que là où le système de production capitaliste a atteint un haut degré de développement que les conditions économiques permettent la transformation par le pouvoir public de la propriété capitaliste des moyens de production en propriété sociale. [...]

«Or ces conditions se sont réalisées de jour en jour davantage, par suite du développement du système de production capitaliste et des luttes de classes qui résultent entre le capital et le travail; aussi inévitable, aussi irrésistible que le développement incessant du capitalisme l’est aussi la réaction finale contre ce développement, c'est-à-dire la révolution prolétarienne!. » -

Le premier paragraphe cité nous montre les prémisses méthodologiques du futur refus de la Révolution d'Octobre par Kautsky : pour lui, comme pour les mencheviks, la Russie tsariste arriérée et semi-féodale n'était pas un de ces pays où «le capitalisme a atteint un haut degré de développement » et donc n'était pas mûre pour le socialisme.

Le deuxième paragraphe est caractéristique du fatalisme optimiste de Kautsky (« inéluctabilité de la révolution ») qui se trouve, on le verra, à la source de toute sa pensée politique.

Un disciple allemand de Kautsky a défini son maître comme un « matérialiste historico-biologique’ ». En effet, Kautsky a toujours essayé d’« améliorer » et « compléter » la pensée de Marx par un mariage avec Darwin — mariage contre nature dont le produit était inévitablement bâtard. Le darwinisme est le point de départ idéologique de Kautsky, dont les premiers articles, publiés en 1875-1876, étaient dédiés à « Darwin et le socialisme’ ». Dans son dernier grand écrit, La Conception matérialiste de l'histoire (1927), Kautsky explique que son but est de trouver la loi commune « qui détermine l'évolution aussi bien des hommes que des animaux et des plantes ». Par cette métaphysique évolutionniste, pseudoscientifico-naturaliste, Kautsky présente le processus historique comme régi par des lois naturelles nécessaires, objectives et indépendantes de la volonté des hommes. On voit tout de suite l'affinité élective entre ce social-darwinisme (qui polluait toute l'atmosphère idéologique de la fin du x1x° siècle) et le déterminisme économique fataliste, prétendument

1. Kautsky, Le Chemin du pouvoir, éd. Anthropos, 1969, p. 3.

2. H. Brill, « K. Kautsky... », Zeitschrift f. Politik, 1 Jg. 1954, p. 240.

3. Cf. Lelio Basso, « Introduzione » à R. Luxemburg, Leïtere ai Kautsky, ed. Riuniti. Rome, 1971, p. 18.

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« orthodoxe », idéologiquement hégémonique au sein de la II Internationale.

La politique qui découlait avec rigueur et cohérence de cette doctrine était le « radicalisme passif » (Pannekoek dixit) de Kautsky, cette stratégie quiétiste d'attente de l'écroulement révolutionnaire « inévitable » du capitalisme. Un exemple merveilleux de la conception kautskyenne de la révolution est le passage suivant du Catéchisme socialiste, article de 1893, republié par Kautsky comme chapitre de son livre Le Chemin du pouvoir (1909) :

« Le parti socialiste est un parti révolutionnaire ; il n'est

s un parti qui fait des révolutions. Nous savons que notre

ut ne peut être atteint que par une révolution, mais nous

savons aussi qu'il ne dépend pas de nous de faire cette

révolution, ni de nos adversaires de l'empêcher. Nous ne son-

geons donc nullement à provoquer ou à préparer une révolution‘. »

Cet attentisme, cette dualité entre la révolution future et la passivité présente, est étroitement lié à un autre aspect de l'idéologie kautskyenne : la dualité entre le programme maximal et le programme minimal, entre la théorie révolutionnaire et la pratique réformiste, dont l'expression la plus accomplie est le programme d’Erfurt (1891) de la S.P.D. Dans la première partie, théorique, marxiste et « révolutionnaire » du Programme, Kautsky écrit que «la société bourgeoise conduit, avec la nécessité des lois de la nature, à la ruine de la petite exploitation », donc à la croissance du nombre des prolétaires, donc à la lutte de la classe ouvrière pour atteindre le socialisme, ce « but résultant de la nécessité des lois de la nature » (Naturnotwendiges Ziel).

Dans la deuxième partie du programme se trouvent des revendications immédiates comme le suffrage universel et secret, l'école laïque, impôts proportionnels à la fortune, limite de huit heures de travail, etc., qui deviendront le contenu réel de la pratique (réformiste) de la S.P.D.

Toute l’histoire de la social-démocratie allemande de 1891 à 1914 va être celle de la lutte entre deux ailes qui veulent instaurer l'unité entre la théorie et la pratique dans le parti : la droite révisionniste (Bernstein) qui veut l'adéquation de la théorie à la pratique réelle de la S.P.D. et la gauche radicale (Rosa Luxemburg) qui exige une pratique correspondante à la théorie révolutionnaire marxiste. Le centre kautskyen, par contre, essaye de conserver, contre vents et marées, la « synthèse erfurtienne » et de maintenir l'unité du parti à

. Le Chemin du pouvoir, p. 61. . Cf. Programme d'Erfurt, annexe, in K. Marx, Kritik des Gothaer Programms, Verbe Neur Weg, Berlin, 1946, p. 153, 155.

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travers l'idéologie de la «révolution passive». Contre la droite, il défend « l’orthodoxie » marxiste et refuse les compromis avec la bourgeoisie (gouvernement de coalition) ; contre la gauche il rejette toute initiative révolutionnaire concrète, pour arriver finalement à une «voie moyenne » caractérisée par la routine de la « vieille tactique éprouvée » : organiser la classe, renforcer le parti, garder sa pureté idéologique et oppositionnelle, ne pas accepter le régime bourgeois et ne rien faire pour le renverser. C'était moins une synthèse qu'une impasse‘...

Jusqu'à 1905, Kautsky va mener, ensemble avec la gauche, la lutte contre le révisionnisme bernsteinien ; après 1905, il commence” à se séparer de plus en plus de l'aile révolutionnaire, pour aboutir en 1909-1910 à la rupture ouverte et à la constitution formelle du «centre orthodoxe ». Le thème qui fait l'unité des deux étapes est précisément celui de la crise révolutionnaire inévitable du capitalisme, le but « déterminé avec la nécessité des lois de la nature », qui est opposé à la fois à «l'impatience d'hommes d'Etat» de la droite et à «l'impatience de rebelle » de Rosa Luxemburg. Kautsky proclame dans un article de 1910 de la Neue Zeit la naissance du «centre marxiste », en employant une analogie géographique : « Quand nous regardons les grands duchés de Baden (bastion des révisionnistes — C.R.) et de Luxemburg dans la carte, nous trouvons qu'entre les deux se trouve Trèves, la ville de Karl Marx. Si, à partir de cette ville, vous traversez la frontière à gauche, vous arrivez au Luxemburg. Si par contre vous tournez fortement à droite, en traversant le Rhin vous arrivez à Baden. La situation dans la carte est le symbole de la situation de la social-démocratie allemande aujourd’hui.» Sur la carte, Trèves est beaucoup plus proche de Luxemburg que de Baden, mais dans la réalité l'évolution politique de Kautsky va le mener plutôt vers l'autre côté du Rhin...

Le problème qui a cristallisé le «centre orthodoxe » kautskyen en opposition à la gauche a été le débat de 1910 sur la grève générale. L'année 1910 a connu des grandes grèves et démonstrations de masse pour le suffrage universel en Prusse. Dans un article intitulé « Où allons-nous ? » Rosa Luxemburg propose au parti une stratégie offensive d'encouragement des grèves démonstratives et envisage la possibilité d’une extension des luttes débouchant sur la grève générale. Kautsky refuse de publier cet article dans la Neue Zeit et écrit une réponse (Et maintenant ?) qui oppose à l'« impatience » de Rosa une «stratégie d'usure » inspirée

6. Cf. Carl E. Schorske, German Social-Democracy, 1905-1917, John Wiley and Sons, New York, 1965, p. 115.

7. ee «Zwischen Baden und Luxemburg », Neue Zeit, n° 28, IX, 1910, p.

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par la tactique militaire du célèbre général romain Fabius Cunctator, «le Temporisateur » (dont se réclament par ailleurs les fabiens anglais). Pour Kautsky, la tâche essentielle est de renforcer le parti, le garder d'aventures irréfléchies, et de diriger tous les efforts vers. les élections de 1912 qui pourraient donner à la S.P.D. une victoire écrasante — ce qui signifierait « la catastrophe de tout le système de gouvernement au pouvoir » (toute ressemblance avec le P.C.F. en mai 1968 est pure coïncidence...). Au fond, Kautsky voyait depuis toujours dans la croissance régulière et « irrésistible » du nombre d'adhérents et d'électeurs de la S.P.D. l'expression politique visible de l'évolution économique profonde qui conduit « avec la nécessité des lois de la nature », à la prise du pouvoir par le prolétariat. La polémique de Kautsky contre Rosa — qui deviendra de plus en plus violente, Kautsky accusant son adversaire d’« anarcho-syndicalisme », « putschisme », « menées tortueuses » et « gymnastique révolutionnaire » — découle de manière rigoureusement cohérente de ses prémisses théoriques et méthodologiques. Si la victoire du prolétariat est inévitable, si la conquête du pouvoir par la social-démocratie est inscrite dans la logique de l'évolution « naturelle » des choses, la stratégie d'initiative révolutionnaire prônée par Rosa ne peut être attribuée qu'à un navrant manque de patience.

Cette merveilleuse cohérence interne n'était pas un des moindres attraits du kautskysme et explique, en partie l’extraordinaire succès, qu’il a connu avant 1914.

On voit donc qu’à partir de 1910 Ja révolution prolétarienne s'identifie de plus en plus pour Kautsky avec la victoire électorale parlementaire de la S.P.D. et la «conquête du pouvoir » avec la conquête des institutions de l'Etat bour-

is existant, considéré comme instrument neutre capable

'être utilisé par la classe ouvrière.

Dans sa polémique avec Pannekoek en 1912 (qui sera sévèrement critiquée par Lénine en 1917 dans L'Etat et la Révolution), Kautsky écrit : « Le but de notre lutte politique reste le même qu'il a toujours été : conquête du pouvoir d'Etat

ar la conquête de la majorité dans le Parlement, et transormation du Parlement en maître du gouvernement. Mais non la destruction du pouvoir d'Etat'.» L'ambiguité de la démarche de Kautsky est évidente : prétendant rejeter les thèses semi-anarchistes de Pannekoek sur la destruction de tout pouvoir d'Etat, il glisse son refus opportuniste d’envisa- À la destruction de cet Etat, du pouvoir d'Etat bourgeois et impérial !) existant en Allemagne.

Le rôle historique objectif du kautskysme a été, en der-

8. Kautsky, « Die Neue Taktik», 1912, in Die Massenstreikdebate, Eurvopaische Verlangsanstalt, 1970, p. 333.

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nière analyse, de fournir un éclat pseudo-révolutionnaire à ta politique d'adaptation passive, d'intégration graduelle de la social-démocratie allemande au système monarchico-parlementaire de l'Allemagne impériale : «Le kautskysme était devenu un facteur de stabilité de l’ordre établi dans l'Etat et la société’. » L'idéologie « révolutionnaire » représentée par Kautsky était un élément indispensable pour assurer le soutien des masses ouvrières à la S.P.D. et le maintien du délicat équilibre interne du parti. « Cela se fait, mais ne se dit pas », écrivait Ignaz Auer, secrétaire de la S.P.D., dans une lettre à Bernstein. L'adoption par le parti des thèses révisionnistes avant 1914 aurait provoqué une scission et la constitution, à sa gauche, d'une force. «x incontrôlable » et « rebelle ». Il semble que Kautsky en était dans une certaine mesure conscient : dans un passage fort révélateur du Catéchisme socialiste (1893) inclu dans Le Chemin du pouvoir (1909) il écrivait : « On peut donc dire qu'il n'y a plus aujourd’hui qu'une circonstance qui pourrait décider les masses prolétariennes à renoncer volontairement aux méthodes ’pacifiques’ de lutte exposées ci-dessus : c’est si elles cessaient de croire au caractère révolutionnaire de notre Parti. Nous ne pourrions que compromettre l'évolution pacifique par notre grand amour de la paix". »

La remarquable efficacité de l'équivoque idéologique kautskyenne est démontrée non seulement pas son succès auprès de la base du S.P.D. mais aussi par sa capacité à illusionner la gauche révolutionnaire du mouvement ouvrier international : au cours de la polémique entre Kautsky et Rosa Luxemburg sur la grève générale en 1910, Lénine et Trotsky se sont plus ou moins rangés du côté du « pape du marxisme »". Ce n'est qu’en 1912 que Lénine commence à prendre conscience du problème, en écrivant dans une lettre à Kamenev : « Kautsky a répondu de façon archi-opportunniste aux questions les plus importantes" » ; finalement, en 1914, il reconnaît dans une lettre à Chliapnikov du 27 octobre 1914 : « Rosa Luxemburg avait raison, elle qui comprit il y a longtemps que Kautsky était un [..] serviteur de la majorité du parti, de l'’opportunisme. »

C'est à partir d'août 1914 que Kautsky va se « démasquer », et que l'équilibre merveilleux mais fragile que représente son idéologie de la « révolution passive » va se rompre. Voici les étapes successives de la longue marche vers la droi-

9.E. Mahias, «Kautsky und cer Kautskyanismus», Marxismus studien, J.C.B. Mohn, Tubingen, 1957, p. 197.

10. Le Chemin du Pouvoir, p. 81. |

11. Cf. E. Mandel, « Rosa et la social-démocratie allemande », Quatrième Internationale, n° 48, mars 1971, p. 13.

12. Lénine, Œuvres, éd. de Moscou, t. 43, p. 292. Lénine se réfère à la polémique de Kautsky contre Pannekoek.

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pr

te de Kautsky, qui vont aboutir à sa capitulation finale et à sa disparition de la scène politique :

— Soutien de Kautsky à la « défense nationale » de l'Empire allemand en août 1914 et proclamation que l’Internationale n'était un instrument valable que pour les temps de paix.

— Critique « modérée » et « social-pacifiste » de la politique de guerre annexionniste de l'impérialisme allemand (1915).

— Réconciliation avec Bernstein (lui aussi « social-pacifiste ») et alliance politique permanente avec son ex-adver- Saire. Dans un discours de 1924 Kautsky souligne : « Au cours de la guerre Bernstein et moi nous nous sommes réconciliés, Chacun de nous gardait sa particularité théorique, mais dans notre activité pratique nous étions presque toujours d'accord. Et ainsi nous sommes restés jusqu'aujourd'hui”. » Cette phrase révélatrice et frappante n'est-elle pas dans une large mesure valable aussi pour la période d’avant-guerre 2...

— Opposition de type menchevique à la Révolution d'Octobre : le pouvoir des bolcheviks est «en contradiction avec l'enseignement du marxisme » sur les étapes du développement historique“,

Cependant, on ne joue pas impunément avec l'idéologie révolutionnaire : en octobre 1920, le parti social-démocrate indépendant (U.S.P.D.), parti centriste de masse (800 000 adhérents) dont Kautsky avait été un des fondateurs en 1917, décide, dans son congrès de Halle, d'adhérer à la III: Inter. nationale. Tandis que la majorité des militants de l’'U.S.P.D. passe ainsi dans les rangs du Komintern, Kautsky et autres dirigeants centristes reviennent à la « vieille maison », à la S.P.D. contre-révolutionnaire révisionniste et pourrie d’Ebert et Scheidemann.… Donc, d’une part, rien ne séparera plus le «centriste » Kautsky de la social-démocratie réformiste et droitière (sinon «quelques particularités théoriques » dépourvues de signification politique) ; d'autre part, la base de masse du mouvement centriste fusionne avec le Parti commuinste (K.P.D.) fondé par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. La boucle est bouclée...

CarLos Rossi.

13. Cf. Lukacs, « Der Trimph Bernstein », Früschriften, t. 2, Luchter- Hand, 1968, p. 592 14. Cf. Kautsky, La Dictature du prolétariat, 1918.

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L’I.L.P. et la IV° Internationale

[Le texte qui suit, inédit en français, a été écrit par Trotsky en 1935. 11 s'agit d'une analyse critique des orientations politiques du regroupement centriste qu'était l'Independant Labour Party (I.L.P.).}

A mi-chemin

Si on laissait de côté le Parti socialiste révolutionnaire de Hollande, qui agit sous le drapeau de la IV* Internationale, on pourrait dire à coup sûr que l'I.L.P. (Independant Labour Party) se situe à la gauche des partis appartenant au Bureau de Londres et Amsterdam. Contrairement au S.A.P. qui a récemment glissé vers la droite, vers le pacifisme petit-bourgeois le plus crasse, l'I.L.P. a indubitablement entrepris une nette évolution vers la gauche. Cela s’est définitivement révélé à l'occasion de l'agression sauvage de Mussolini contre l'Ethiopie. Sur la Société des Nations, sur le rôle joué par l'impérialisme et sur la politique « de paix » du parti travailliste, le « New Leader » a publié les meilleurs articles peutêtre de toute la presse ouvrière. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps, et quelques excellents articles ne déterminent pas encore la politique d'un parti. Il est relativement facile de prendre une position « révolutionnaire » sur le problème de la guerre; mais il est extrêmement difficile d'en tirer toutes les conclusions théoriques et pratiques nécessaires. C'est pourtant là la tâche de l'heure.

Compromis par l'expérience de la guerre de 1914-1918, le social-patriotisme a trouvé aujourd’hui un nouvel aliment dans le stalinisme. Grâce à cela, le chauvinisme bourgeois a l'occasion de lancer des attaques féroces contre les internationalistes révolutionnaires. Les éléments hésitants, les centristes, capituleront fatalement devant la pression du chauvinisme à la veille de la guerre, au moment où elle éclatera.

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Ils s'abriteront à coup sûr derrière la nécessité de sauvegarder l'«unité», de ne pas se couper des organisations de masse, et ainsi de suite. Les formules hypocrites sont très variées, qui offrent aux centristes un écran pour leur lâcheté face à l'opinion publique bourgeoise, mais toutes servent le même but : couvrir la capitulation. L'« unité > avec les Social-chauvins — non pas une coexistence temporaire dans une même organisation pour lutter contre eux, mais l'unité par principe —, c'est l'unité avec son propre impérialisme et, en conséquence, la rupture ouverte avec le prolétariat des autres pays. Le principe centriste de l'unité à tout prix prépare l'éclatement le plus désastreux, selon les lignes de force des contradictions impérialistes. Déjà aujourd’hui, on peut voir en France le groupe Spartacus traduire en français les idées du S.A.P. et préconiser, au nom de l’« unité » avec les masses, la capitulation politique devant Blum, qui fut et reste le principal agent de l'impérialisme français au sein de la classe ouvrière.

Après avoir scisionné du Parti travailliste, l'I.L.P. entra en contact étroit avec le Parti communiste britannique et, par son intermédiaire, avec l'Internationale communiste. Les difficutés financières que connaît aujourd'hui le «New Leader» montrent que l'IL.P. a su préserver son indépendance financière totale par rapport à la bureaucratie soviétique et ses méthodes de corruption. Cela ne peut être que source de satisfaction. Néanmoins le contact avec le Parti communiste ne peut pas ne pas laisser de traces ; malgré son nom, l'IL.P. ne devint pas vraiment indépendant, mais se transforma en une sorte d’appendice de l’Internationale communiste. Il n'accorda pas assez d'attention au travail de masse, qui ne peut être mené en dehors des syndicats et du Parti travailliste; au lieu de cela, il se laissa séduire par la mascarade d'Amsterdam-Pleyel, la Ligue antiimpérialiste, et autres succédanés d'activité révolutionnaire. Aussi apparaît-il aux travailleurs comme un parti communiste de seconde zone. Une situation aussi désavantageuse pour l'IL.P. n'est pas née accidentellement ; elle est issue d'un manque de bases principielles solides. Ce n'est un secret pour personne que le stalinisme a longtemps entretenu les dirigeants de l’I.L.P. dans le respect des formules de béni-oui-oui qui constituent la misérable falsification bureaucratique du léninisme.

Il y a plus de deux ans, l’auteur de cet article chercha à parvenir à un accord avec les dirigeants de l'I.L.P., au moyen de plusieurs articles et lettres; en vain : à cette époque, notre critique de l’Internationale communiste leur semblait inspirée par des motifs « préconçus », « fractionnels », voire même « personnels ». Il ne serait qu'à laisser agir le temps. Pour l'I.L.P., les deux dernières années ont été Pauvres en succès, mais riches en expériences. La dégénéres-

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cence social-chauvine de l’Internationale communiste, les conséquences directes de la théorie et de la pratique du « socialisme dans un seul pays », de prévisions se transformèrent en faits réels, incontestables. Les dirigeants de l’I.L.P. en ontils pleinement saisi la signification ? Sont-ils prêts et capables d'en tirer toutes les conclusions nécessaires ? L'avenir de l'I.L.P. dépend de la réponse à ces questions.

Du pacifisme à la révolution prolétarienne, telle a été, c'est indubitable, la tendance générale d'évolution de l'I.L.P. Mais cette évolution est encore loin d'avoir atteint un programme achevé. Pis : influencés, dans une certaine mesure,

ar les vieilles combines opportunistes des spécialistes du .A.P. allemand, les dirigeants de l’I.L.P. se sont apparemment arrêtés à mi-chemin, et piétinent sur place.

Dans la critique qui suit, nous voulons insister tout d’abord sur deux questions : l’attitude de l'I.L.P. par rapport à la grève générale, en liaison avec la lutte contre la guerre, et sa position sur le problème de l’Internationale. Sur le second comme sur le premier point, on trouvera les éléments d'une attitude centriste : sur la grève générale, elle prend la forme d'une phraséologie radicale irresponsable ; sur l’Internationale, elle recule devant une décision radicale. Et pourtant le marxisme et le léninisme, comme prolongement direct de sa doctrine, sont absolument inconciliables aussi bien avec le goût pour la phraséologie radicale qu'avec la peur des décisions radicales.

Les diverses catégories de grève générale RS ot Rd mr

Le problème de la grève générale a une longue et riche histoire, en théorie comme en pratique. Pourtant les di geants de l'I.L.P. se conduisent comme s'ils étaient les premiers à penser à la grève générale comme moyen d'arrêter la guerre. Là est leur grave erreur. C'est justement sur la

rève générale que toute improvisation est impardonnable. ’expérience mondiale de lutte des quarante dernières années confirme fondamentalement ce que pouvait dire Engels sur la grève générale à la fin du siècle dernier, principalement à partir de l'expérience des Chartistes et secondairement des Belges. Soutenant les sociaux-démocrates autrichiens contre une attitude légère à propos de la grève générale, Engels écrivait ce qui suit à Kautsky, le 3 novembre 1893 : « Vous remarquez vous-même que les barricades sont devenues périmées (elles peuvent néanmoins être encore utiles si l'armée devenait socialiste au tiers ou aux deux cinquièmes, et que le problème se pose de lui donner l'occasion de retourner ses fusils), mais la grève politique peut soit

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remporter une victoire immédiate sous la seule menace (comme en Belgique, où l'armée était très faible), soit se terminer en fiasco complet, soit, enfin, mener directement aux barricades.» Ces quelques lignes donnent, incidemment, un remarquable résumé des positions d'Engels sur un certain nombre de questions. Des controverses sans fin ont fait rage autour de la fameuse introduction d'Engels aux Luttes de classes en France de Marx (1895), introduction qui fut à l'époque modifiée et coupée en Allemagne pour les besoins de la censure. Les philistins de tous bords ont affirmé des centaines et des milliers de fois au cours des quarante dernières années qu’« Engels lui-même » avait manifestement abandonné une fois pour toutes les vieilles méthodes « romantiques » du combat de rue. Maïs il est inutile de remonter très loin dans le passé ; il suffit de lire les discours actuels, particulièrement ignorants et insipides, de Paul Faure, Lebas et autres sur le sujet, pour lesquels le seul fait de poser le problème de l'insurrection armée est du « blanquisme ». En fait, si Engels a rejeté quelque chose, c'était tout d'abord les puisches, c'est-à-dire le soulèment prématuré d'une petite minorité ; c'était en second lieu les méthodes périmées, c'est-à-dire des formes de combat de rue ne correspondant pas aux nouvelles conditions techniques. Dans la lettre citée ci-dessus, Engels corrige Kautsky, en passant, comme s'il parlait de quelque chose d'évident : les barricades sont devenues « périmées » seulement en ce sens que la révolution bourgeoise appartient au passé, et que le temps des barricades socialistes n'est pas encore arrivé. Il faut que l'armée, au tiers ou, encore mieux, aux deux cinquièmes (ces chiffres ne sont évidemment donnés que pour l'exemple) ait des sympathies socialistes pour que l'insurrection ne soit pas un « putsch », et qu'alors les barricades retrouvent un rôle, pas les barricades de 1848 bien sûr, mais les nouvelles barricades, servant cependant le même but : briser l'offensive de l’armée contre les travailleurs, donner aux soldats le temps de sentir la puissance du soulèvement, et créer ainsi les meilleures conditions pour le passage de l’armée du côté des insurgés. Comme ces lignes d'Engels — pas le jeune homme, mais l'homme de 73 ans — sont éloignées de l'attitude réactionnaire et imbécile envers la barricade considérée comme un morceau de « romantisme » ! Kautsky n'a trouvé le temps de publier cette lettre remarquable que récemment, en 1935 ! Sans s'engager dans une polémique directe avec Engels, qu'il n'a jamais vraiment compris, Kautsky nous apprend, dans une note pleine de suffisance, que vers la fin de 1893 il avait luimême publié un article dans lequel il « développait les avantages de la méthode démocratique-prolétarienne de lutte, dans les pays démocratiques, par rapport aux méthodes violentes ». Ces remarques à propos des « avantages » (comme si le prolétariat avait le choix !) rendent un son bien particulier après que la politique des démocrates de Weimar, non sans

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collaboration de Kautsky, a révélé tous ses. inconvénients. Pour ne laisser aucun doute sur sa propre attitude face aux positions d'Engels, Kautsky ajoute : « Je défendais alors la même politique que je défends maintenant. » Afin de défendre «la même politique », Kautsky n'a eu besoin que de devenir citoyen tchécoslovaque ; excepté le passeport, rien n'a changé.

Mais revenons à Engels. Comme on l'a vu, il distingue trois possibilités, en cas de grève politique :

1. Le gouvernement prend peur devant la grève générale et dès le début, sans qu'on en arrive à un affrontement ouvert, fait des concessions. Engels parle de la « faiblesse » de l'armée belge comme condition fondamentale du succès de la grève générale belge. Une situation assez semblable, mais à une échelle incomparablement supérieure, se produisit en Russie en octobre 1905. Après l'issue catastrophique de la guerre russo-japonaise, l’armée tsariste était, ou en tout cas semblait, extrêmement peu sûre. Le gouvernement de Pétersboug, jeté par la grève dans une panique mortelle, fit les premières concessions constitutionnelles (Manifeste, 17 octobre 1905).

11 est néanmoins évident que, sans batailles décisives, la classe dirigeante ne fera des concessions que dans la mesure où elles ne touchent pas les bases de sa domination. C'est précisément ainsi que cela se passa en Belgique et en Russie. De telles situations peuvent-elles se produire dans l'avenir ? Elles sont inévitables dans les pays d'Orient. Elles sont, d'une manière générale, moins probables en Occident, bien que là aussi elles soient tout à fait possibles, en tant qu'épisodes dans le cours de la révolution.

2. Si l'armée est suffisamment sûre, et que le gouvernement, lui, se sent sûr de lui; si une grève politique est lancée du sommet non pas en vue de batailles décisives, mais pour «effrayer » l'ennemi, elle peut facilement tourner à l'aventure pure et simple et révéler sa complète impuissance. À cela il faudrait ajouter que depuis les premières expériences de grève générale, qui par leur nouveauté frappèrent l'imagination des masses populaires aussi bien que des gouvernements, plusieurs décennies ont passé — sans compter les Chartistes à moitié oubliés —, au cours desquelles les stratèges du capital ont ‘accumulé une énorme expérience. C'est pourquoi une grève générale, en particulier dans les vieux pays capitalistes, exige une analyse marxiste sérieuse de toutes les conditions concrètes.

3. Il reste enfin la grève générale qui, comme l'a dit Engels, « mène directement aux barricades ». Une grève de ce

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genre ne peut se terminer que par la victoire totale ou la défaite totale. Mais fuir le combat, quand la situation objective l'exige, ne peut que conduire à la plus fatale et démoralisante des défaites. L'éclatement d'une grève générale insurrectionnelle, révolutionnaire, dépend naturellement du rapport de forces, c’est-à-dire d'un grand nombre de facteurs : la différenciation des classes dans la société, le poids spécifique du prolétariat, l’état d'esprit des couches inférieures de la petite bourgeoisie, la composition sociale et l'état d’esprit politique de l'armée, etc. Néanmoins, parmi les conditions de la victoire, une place non négligeable est occupée par une direction révolutionnaire correcte, une claire compréhension des conditions et méthodes de la grève générale et de son passage à la lutte révolutionnaire ouverte.

La clarification d'Engels ne doit évidemment pas être prise dogmatiquement. Dans la France actuelle, ce ne sont pas des concessions partielles mais le pouvoir lui-même qui est, à n'en pas douter,.en question : le prolétariat révolutionnaire ou le fascisme — qui l'emportera ? Les masses ouvrières veulent se battre. Mias la direction freine, trompe et démoralise les travailleurs. Une grève générale peut éclater comme ont éclaté les mouvements de Toulon et de Brest. Dans ces conditions, indépendamment de ses résultats immédiats, une grève générale ne serait évidemment pas un « putsch », mais. une étape nécessaire dans la lutte de masse, le moyen de dévoiler la perfidie de la direction et de créer au sein même de la classe ouvrière les conditions préalables d'un soulèvement victorieux. En ce sens, la politique des bolcheviks-léninistes français est entièrement correcte, qui ont avancé le mot d'ordre de grève générale et expliquent les conditions de sa victoire. Les cousins français du S.A.P. les spartakistes, se prononcent contre ce mot d'ordre et jouent dès le début de la lutte le rôle de briseurs de grève.

Il faudrait également ajouter qu'Engels ne parle pas d’une autre « catégorie » de grève générale, dont des exemples ont été fournis en Angleterre, en Belgique, en France et dans

uelques autres pays : je veux parler des cas où la direction

le la grève conclut préalablement, c'est-à-dire sans lutte, un accord avec l'ennemi de classe sur le cours et l'issue de la

ève. Les parlementaires et les dirigeants syndicaux sentent Le moment donné la nécessité de fournir une issue à la colère accumulée des masses, ou bien ils sont tout simplement obligés de monter en marche dans un mouvement qui a éclaté sans eux. Dans de tels cas, ils courent voir le gouvermement par l'escalier de service, et en obtiennent la permis- Sion de diriger la grève générale, étant bien entendu qu'ils s'engagent à y mettre fin le plus rapidement possible, et Sans qu'il soit fait de mal à l'appareil d'Etat. Quelquefois, mais c'est loin d'être la règle générale, ils s'arrangent pour marchander préalablement quelques infimes concessions, qui

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leur serviront de feuille de vigne. C'est ainsi qu'agit le Conseil général des trade-unions britanniques (T.U.C.) en 1926. C'est ce que fit Jouhaux en 1934. C'est ainsi également qu'ils agiront à l'avenir. La description de ces combines méprisables dans le dos du prolétariat en lutte fait partie de la préparation d'une grève générale.

La grève générale comme moyen d'« arrêter la guerie » EE ——— —

A que} type appartient une grève générale qui pour l'I.L.P. aurait comme but, en cas de mobilisation, d'arrêter la guerre à son début ? Disons-le tout de suite : elle appartient au plus irréfléchi et malencontreux de tous les types possibles. Cela ne veut pas dire que la révolution ne peut coïncider avec la mobilisation ou l'éclatement de la guerre. Si un ample mouvement révolutionnaire se développe dans un pays, si à sa tête se trouve un parti révolutionnaire ayant la confiance des masses et capable d'aller jusqu'au bout ; si le gouvernement, perdant la tête, malgré la crise révolutionnaire ou plutôt à cause d'elle, s'engouffre la tête la première dans une aventure militaire — alors la mobilisation peut être un puissant stimulant pour les masses, provoquer une grève générale des cheminots, la fraternisation entre mobilisés et travailleurs, la prise de secteurs clés importants, des affrontements entre les insurgés, la police et les secteurs réactionnaires de l’armée, l'apparition de conseils locaux d'ouvriers et de soldat:, en fin de compte le renversement total du gouvernement et, en conséquence, la fin de la guerre. Un tel cas est théoriquement possible. Si, selon les termes de Clausewitz, « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens », alors la lutte contre la guerre est également la continuation de toute la politique antérieure d’une classe révolutionnaire et de son parti. Il s'ensuit qu'une grève générale ne peut être mise à l'ordre du jour comme moyen de lutter contre la mobilisation et la guerre que si l'ensemble de la situation antérieure du pays a mis la révolution et l'insurrection armée à l'ordre du jour. Néanmoins, comme méthode « spéciale » de lutte contre la mobilisation, une grève générale serait une pure et simple aventure. Si l'on exclut le cas, possible mais malgré tout exceptionnel, d'un gouvernement se plongeant dans la guerre pour éviter une révolution qui le menace directement, on peut teni: en règle générale que c'est précisément avant, pendant et après une mobilisation que le gouvernement se sent le plus fort, et est en conséquence le moins enclin à se laisser intimider par une grève générale. L'état d'esprit patriotique qui accompagne une mobilisation en même temps que la terreur

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de la guerre rendent en général impossible la simple exécution d'une grève générale. Les éléments les plus courageux qui, sans prendre en considération les circonstances, se lanceraient dans la lutte, seraient écrasés. La défaite et l'écrasement partiel de l'avant-garde rendraient difficile pendant longtemps le travail révolutionnaire, dans le climat de mécontentement que crée la guerre. Une grève lancée artificiellement tourne inévitablement au putsch et devient un obstacle sur la voie de la révolution.

Dans ses thèses votées en avril 1935, l'I.L.P. écrit : « La politique du parti vise à l'utilisation d'une grève générale pour arrêter la guerre et à la révolution sociale si la guerre se produit néanmoins.» Voilà une obligation étonnamment précise mais, c'est triste à dire, complètement imaginaire. La 48 générale n'est pas seulement séparée, ici, de la révoution sociale, elle lui est opposée comme méthode spécifique pour « arrêter la guerre ». C'est là une vieille conception des anarchistes que la vie s’est chargée il y a longtemps de balayer. Une grève générale sans insurrection victorieuse ne peut pas «arrêter la guerre ». Si, dans les conditions de la mobilisation, l'insurrection est impossible, une grève générale l’est tout autant.

Dans un paragraphe ultérieur, on lit : « L’I.L.P. lancera une grève générale contre le gouvernement britannique, si le pays est, de quelque manière que ce soit, engagé dans une attaque contre l’Union soviétique [..].» S'il est possible d'empêcher toute guerre par une grève générale, il est bien sûr d'autant plus nécessaire d'arrêter une guerre contre l'U.R.S.S. Mais nous entrons là dans le domaine de l'illusion : inscrire dans les thèses la grève générale comme punition pour un crime capital du gouvernement, c'est commettre le péché de phraséologie révolutionnaire. S'il était possible de lancer une grève générale à volonté, il serait bon d'en lancer une dès aujourd’hui pour empêcher le gouvernement britannique d’étrangler l'Inde et de collaborer avec le Japon pour étrangler la Chine. Les dirigeants de l'I.L.P. nous dirons évidemment qu'ils n’en ont pas le pouvoir. Mais rien ne leur permet de promettre qu'ils auront celui de lancer une grève générale le jour de la mobilisation. Et s'ils en sont capables, pourquoi se limiter à une grève ? En fait, la conduite du parti pendant la mobilisation découlera de ses succès

édents et de la situation d'ensemble du pays. Mais l'ob-

tif d'une politique révolutionnaire ne devrait pas être une

grève générale isolée comme moyen spécifique d’« arrêter la

guerre», mais la révolution prolétarienne dont la grève Eénérale sera un épisode inévitable ou très probable.

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L'I.L.P. et l’Internationale

L'I.L.P. a scissionné du Labour Party principalement pour garder l'indépendance de son groupe parlementaire. Nous ne voulons pas discuter ici pour savoir si la scission était opportune à ce moment précis et si l'I.L.P. en a retiré tous les avantages escomptés. Nous ne le pensons pas. Mais il reste que, pour toute organisation révolutionnaire en Angleterre, l'attitude envers les masses et la classe coïncide presque avec celle envers lé Labour Party, qui s'appuie sur les syndicats. En ce moment, la question de savoir s’il faut agir à l'intérieur ou à l'extérieur du Labour Party n'est pas une question de principe, mais dépend des possibilités réelles. En tout cas, sans fraction solide dans les syndicats et par conséquent dans le Labour Party lui-même, l'I.L.P. est voué à l'impuissance même aujourd'hui. Et pourtant, pendant longtemps, l’I.L.P. a attaché beaucoup plus d'importance au « front uni» avec un parti communiste insignifiant qu'avec les organisations ouvrières de masse. Les dirigeants de l’IL.P. considéraient la politique de l'Opposition (de gauche) au sein du Labour Party comme incorrecte, selon des critères absolument inattendus : « Bien qu'elle (l'opposition) critique la direction et la politique du Parti, elle ne peut, en raison du vote bloqué et de la structure organisationnelle du Parti, changer le personnel et la politique de direction et du groupe parlementaire du Parti à temps pour résister à la réaction capitaliste, au fascisme et à la guerre. » (P. 8.) La politique de l’Opposition dans le Labour Party est incroyablement mauvaise. Mais cela veut dire qu'il faut lui opposer, au sein du Labour Party, une autre politique, une ligne marxiste correcte. Cela n’est pas si facile ? Bien sûr que non! Mais on doit savoir dissimuler ses activités à l’inquisition policière de Sir Walter Citrine et de ses agents, jusqu'au moment opportun. Mais n'est-il pas vrai qu'une fraction marxiste ne réussira pas à changer la structure et la politique du Labour Party ? Certes, nous sommes entièrement d’accord : la bureaucratie ne se rendra pas. Mais les révolutionnaires, agissant à l'intérieur et à l'extérieur, peuvent et doivent arriver à gagner des dizaines et des centaines de milliers de travailleurs. La critique que l’I.L.P. adresse à la fraction de gauche dans le Labour Party est complètement artificielle. On aurait beaucoup plus de raisons de dire que le minuscule I.L.P., en se liant à un parti communiste compromis et en s'écartant ainsi des organisation de n.asse, n'a aucune chance de devenir un parti de masse « dans le temps nécessaire pour résister à la réaction capitaliste, au fascisme et à la guerre ».

Ainsi, l'I.L.P. pense qu'il est nécessaire, pour une organisation révolutionnaire, même maintenant, d'avoir une existence indépendante dans le cadre national. La logique marxiste semblerait exiger que cela s'applique aussi à l'échelle in-

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ternationale. La lutte contre la guerre et pour la révolution est impensable sans Internationale. L'I.L.P. juge nécessaire d'exister à côté du parti communiste, et par conséquent contre le parti communiste ; par ce fait même il reconnaît la nécessité de construire, contre l’Internationale communiste, une nouvelle Internationale. Et pourtant l'I.L.P. n'ose pas tirer cette conclusion. Pourquoi ?

Si l'IL.P. pensait que le Komintern puisse être réformé, ce serait son devoir de le rejoindre et de travailler à cette réforme. Si, au contraire, l'I.L.P. est convaincu que le Komintern est irredressable, c’est son devoir de se joindre à nous dans la lutte pour la IV* Internationale. L'IL.P. ne fait ni l’un ni l'autre. Il reste à mi-chemin. Il tient à maintenir une «collaboration fraternelle » avec l'Internationale communiste. S'il est invité au prochain congrès de l'Internationale communiste — ce sont là les termes exacts de ses thèses d'avril 1935 ! —, il y luttera pour ses positions et dans l'intérêt de l’« unité du socialisme-révolutionnaire ». Evidemment, l'I.L.P. pensait être « invité » au Congrès. Cela signifie que son attitude envers l'Internationale est celle d'un inwité, et non d'un hôte. Mais le Komintern n'a pas invité VI-L.P. Que faire maintenant ?

Il faut compendre tout d'abord que des partis ouvriers vraiment indépendants — indépendants non seulement de la bourgeoisie, mais aussi des deux Internationales faillies — ne peuvent se construire sans qu'existe entre eux un lien international étroit, sur la base des mêmes principes, qui permette une échange incessant d'expériences et un contrôle mutuel vigilant. L'idée qu'il faut d'abord construire des partis nationaux (lesquels ? sur quelles bases ?), et après seulement les réunir en une nouvelle Internationale (comment une base de principes communs sera-t-elle alors garantie ?) est un rappel caricatural de l’histoire de la seconde Internationale ; la Première et la Troisième Internationales ont toutes deux été construites différemment. Et aujourd'hui, à l'époque impérialiste, après que l'avant-garde ouvrière de tous les pays du monde est passée par des décennies d’ex-

riences communes extraordinaires, dont celle de la fail-

te de deux Internationales, il est absolument impossible de “construire de nouveaux partis marxistes-révolutionnaires, sans contact direct avec le même travail dans les autres pays. Et cela signifie construire la Quatrième Internationale, p

x

Le « Bureau international

“de l'Umite socianste reolutionnaire » (I.A.C.) te tt,

«… Bien sûr, l'IL.P. a en réserve une certaine association

internationale, à savoir le Bureau de Londres (I.A.G.). Est-ce

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le début d'une nouvelle Internationale ? La réponse est un non catégorique ! L'I.L.P. s'est prononté contre la « scission » plus que tout autre participant : ce n'est pas pour rien que le bureau de ces organisations, qui pour leur part ont scissionné, a inscrit sur son drapeau. « Unité». L'unité avec qui ? L'IL.P. pour sa part brûle ardemment de voir toutes les organisations socialistes-révolutionnaires et toutes les sections de l'Internationale communiste réunies dans une seule Internationale, qui ait un bon programme. L'enfer est pavé de bonnes intentions. La position de l'I.L.P. est d'autant plus désespérée que personne d'autre ne la partage au sein du Bureau de Londres lui-même. D'un autre côté, l'Internationale communiste, qui a tiré les conclusions social-chauvines de la théorie du socialisme dans un seul pays, cherche aujourd'hui à s’allier à de puissantes organisations réformistes, et pas du tout avec de faibles groupes révolutionnaires. Les thèses d'avril de l'I.L.P. nous consolent : «[..] mais elles (c'est-à-dire les autres organisations du Bureau de Londres) sont d'accord pour dire que la question d'une nouvelle Internationale est pour l'instant théorique (!), et que la forme (!) que prendra l'Internationale reconstruite dépendra des événements historiques (!) et du développement des luttes réelles de la classe ouvrière (p. 20) ». Remarquable raisonnement ! L’I.L.P. pousse à l'unité des « organisations socialistes-révolutionnaires » avec les sections de l’Internationale communiste ; mais il n'y a et il ne peut y avoir de désir d'unification de la part des deux parties. Pourtant, se console l’I.L.P. les organisations socialistes-révolutionnaires sont d'accord sur. quoi ? Sur le fait qu’il est encore impossible de prévoir aujourd'hui quelle « forme » prendra l’Internationale reconstruite. Pour cette raison, la question de l’Internationale (« Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! ») est jugée « théorique ». On pourrait tout aussi bien proclamer que la question du socialisme est théorique, puisqu'on ne sait quelle 1ormic il prendra ; en outre il est impossible de faire la révolution socialiste avec une Internationale « théorique ».

Pour l’I.L.P., la question d’un parti national et celle de l'Internationale sont sur deux plans différents. Le danger de guerre et de fascisme exige, comme on nous l'a dit, de travailler dans l'immédiat à construire un parti national. En ce qui concerne l’Internationale, ce problème est. « théorique ». L'opportunisme ne se révèle jamais aussi clairement et indéniablement que dans cette opposition de principe entre parti national et Internationale. Le drapeau de l'« un té socialiste-révolutionnaire » ne sert qu'à couvrir le fossé béant dans la politique de l'I.L.P. Ne pourrait-on dire que le Bureau de Londres est un refuge temporaire pour les hésitants, les abandonnés et ceux qui espèrent être « invités » par une des Internationales existantes ?

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L'ILL.P. et l'Internationale communiste "Re

Tout en reconnaissant que le Parti communiste à des “bases révolutionnaires et théoriques », l'IL.P. croit discerner du « sectarisme » dans sa conduite. Cette caractérisation est superficielle, unilatérale, et fondamentalement fausse. À quelles « bases théoriques » pense l’L.L.P. ? Au Capital

Marx, aux Œuvres de Lénine, aux résolutions des premiers Congrès de l'Internationale communiste ? Ou au pro-

me éclectique de l'Internationale communiste adopté en 1928, à la misérable théorie de la « troisième période », du « sociai-fascisme » et, en fin de compte, aux récentes dé- £larations social-chauvines ?

Les dirigeants de l'L.L.P. font croire (du moins c'était le £as jusqu'à hier) que l’Internationale communiste a préservé les bases théoriques léguées par Lénine. Autrement dit, ils identifient léninisme et stalinisme. Bien sûr, ils ne peuvent se décider à le dire ainsi. Mais, par leur silence sur l'intense lutte critique qui s'est déroulée d'abord au sein de l’Interhätionaie communiste, puis à l'extérieur ; par leur refus de prendre en compte la lutte engagée par l’« Oppositon de gauche» (ies bolcheviks-léninistes) et de fixer leur attifude à son égard, les dirigeants de l'I.L.P. se transforment en provinciaux arriérés sur les problèmes du mouvement Ouvrier mondial. Ils paient en cela un tribut aux pires traditions du mouvement ouvrier britannique. En fait, lInterhationaie communiste n’a aucune base théorique. Et d'ailleurs, quelle sorte de base théorique pourrait-elle avoir, quand les dirigeants d'hier, tel Boukharine, sont qualifiés de « libéfaux bourgeois », quand ceux d'avant-hier, tel Zinoviev, sont emprisonnés comme « contre-révolutionnaires », alors que les Manouilsky, les Lozovsky, les Dimitrov, de même que Staline lui-même, ne se sont en général jamais beaucoup préoc- £upés de questions thévriques.

La remarque sur le « sectarisme » est tout aussi fausse. Le centrisme bureaucratique qui cherche à dominer la classe Ouvrière n'est pas du sectarisme, mais un reflet spécifique de la domination autocratique de la bureaucratie soviétique.

létant brûlé les doigts, ces messieurs s'aplatissent aujour- Mhui de façon abjecte devant le réformisme et le patriotis- Les dirigeants de l'I.L.P. prennent pour parole d'évangile affirmation des dirigeants du S.A.P. (pauvres conseillers !) n lesquels le Komintern serait au pinacle, si ce n'était

« sectarisme ultra-gauche ». Depuis, le septième Congrès rejeté les derniers vestiges d'« ultra-gauchisme »; mais le

ltat n'en a pas été que l’Internationale s'2st redressée ;

est au contraire tombée encore plus bas, perdant tout it à une existence politique indépendante. Les partis de Il: Internationale sont en effet plus propres aux coalitions

Ê

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avec la bourgcoisie et à la corruption patriotique des travailleurs : ils ont derrière eux un imposant passé d'opportunisme et soulèvent moins de réticences chez les alliés bourgeois.

Les dirigeants de l'I.L.P. pensent-ils qu'après le septième Congrès ils devraient reconsidérer complètement leur attitude envers l'Internationale communiste ? S'il est impossible de redresser le Labour Party, il y a incomparablement moins de chances de redresser l’Internationale communiste. Il ne reste qu’à construire la nouvelle Internationale. If est vrai qu'on peut encore trouver quelques ouvriers révolutionnaires honnêtes dans les rangs des partis communistes. Mais il faut les arracher au marécage du Komintern et les remettre sur la voie révolutionnaire.

Les « Conseils de délégués ouvriers »

et la nouvelle Internationale

Tant la conquête révolutionnaire du pouvoir que la dictature du prolétariat figurent dans le programme de l'I.L.P. Après les événements d'Allemagne, d'Autriche et d'Espagne ces mots d'ordre sont devenus obligatoires. Mais cela ne signifie pas du tout que, dans chaque cas, ils sont investis d’un contenu vraiment révolutionnaire. Les Zyromski de tous les pays ne se gênent pas pour associer la « dictature du prolétariat » au patriotisme le plus vulgaire ; ce genre de mascarade est d’ailleurs de plus en plus à la mode. Certes, les dirigeants de l'I.L.P. ne sont pas des social-chauvins. Mais tant qu'ils n'auront pas rompu les ponts avec le stalinisme, leur internationalisme gardera un caractère à demi platonique.

Les thèses d'avril de l'I.L.P. nous permettent d'aborder la même question sous un autre point de vue. Dans ces thèses deux paragraphes spécifiques (27 et 28) sont consacrés aux futurs conseils britanniques des délégués ouvriers. Ils ne contiennent rien de faux. Mais il faut insister sur le fait que les conseils (soviets) en tant que tels ne sont qu'une forme organisationnelle et pas du tout une sorte de principe immuable. Marx et Engels nous ont donné la théorie de la révolution prolétarienne, notamment dans l'analyse qu'ils ont faite de la Commune de Paris, mais ils n'ont pas dit un seul mot à propos des conseils. Eu Russie, il y eut des conseils (soviets) socialistes-révolutionnaires et mencheviques, c'està-dire des soviets opnosés à la révolution. En Allemagne et en Autriche, les conseils de 1918 étaient sous la direction des réformistes et des chauvins et jouèrent un rôle contre-révolutionnaire. À l'automne 1923, en Allemagne, le rôle des conseils fut dans les faits assumé par les comités d'usine qui auraient pu assurer pleinement la victoire de la révolu-

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tion, si ce n'avait été la politique lâche du Parti communiste dirigé par Brandler et Cie. C'est pourquoi le mot d'ordre des conseils, en tant que forme organisationnelle, n'a pas en lui-même un caractère de principe. Nous n'avons évidemment aucune objection à ce que les conseils soient inclus, en tant qu'« organisations globales », dans le programme de WMI.L.P. Mais ce mot d'ordre ne doit pas se transformer en fétiche, ou pis encore, en phrase sacrée, comme c'est le cas ur les staliniens français (« Daladier au pouvoir » — « Des oviets partout »).

Mais un autre aspect de la question nous intéresse. Le Paragraphe 28 des thèses dit : « Les conseils ouvriers ap- Paraîtront sous leur forme finale au cours de la crise révolufionnaire, mais le Parti doit préparer sérieusement leur or-

isation.» (C'est nous qui soulignons.) Comparons cela Mcitude de l'IL.P. envers la future Internationale ; le garactère erroné de sa position nous apparaîtra alors en toute clarté. Sur l'Internationale, on nous sert des généralités dans l'esprit du S.A.P. : « La forme que prendra l'Internationale reconstruite dépendra des événements historiques et du développement des luttes réelles de la classe ouvrière. » L'ILLP. en tire la conclusion que le problème de l'Internationale est purement « théorique », c'est-à-dire, dans le langage des empiristes, irréel. Dans le même temps, on nous dit

ue «les conseils ouvriers apparaîtront sous leur forme e au cours de la crise révolutionnaire, mais le Parti Préparer sérieusement leur organisation ». Il est dif trouver plus confus. Sur l'Internationale, l'I.L.P. raisonne de manière tout à fait opposée. Dans quel cas se trompe-t-il ? Dans les deux. Les thèses mettent sens dessus dessous les tâches réelles du parti. Les conseils représentent une forme Organisationnelle, et seulement une forme. Il n'est pas pos- Sible de « préparer » les conseils, sinon par une politique révolutionnaire correcte dans tous les secteurs du mouvement ouvrier ; il n’y a pas de « préparation » spécifique aux conseils. Il en est tout autrement pour l'Internationale, Alors que les conseils ne peuvent apparaître que un ferment révolutionnaire travaille des masses de plusieurs millions, Mnternationale est toujours nécessaire : aussi bien pendant les vacances, dans les périodes d'offensive que dans le reflux, €n temps de paix comme en temps de guerre. L'Internatio- Male n'est pas du tout une « forme », selon la formule complètement fausse de l'I.L.P. L'Internationale est tout d'abord un Programme, et un ensemble de méthodes stratégiques, tacties et organisationnelles qui en découlent. Les conditions oriques font que la question des conseils britanniques st repoussée dans un futur indéterminé. La question de l’Internationale au contraire, comme celle des partis nationaux, da être repoussée même d'une heure : ce sont là en fait aspects d'une seule et même question. Sans une Inter-

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nationale marxiste, les organisations nationales, mêmes les plus avancées, sont condamnées à l'étroitesse, aux hésitations et à la faiblesse ; les ouvriers avancés sont obligés de se contenter de substituts d'internationalisme. Affirmer comme «purement théorique », c'est-à-dire sans nécessité, la construction de la Quatrième Internationale, c'est renoncer lâchement à la tâche fondamentale de notre époque. Dans ce cas, les mots d'ordre de révolution, de dictature du prolétariat, de conseils, etc. —, perdent les neuf dixièmes de leur signification.

La supériorité de la prévision sur l'étonnement

Le numéro du 30 août du New Leader publie un excellent article intitulé : « Ne faisons pas confiance au gouvernement ! » L'article fait remarquer que le danger d’«unité nationale » augmente avec l'approche du danger de guerre. Au moment où les malheureux dirigeants du S.A.P. font appel à l'émulation — littéralement ! — des pacifistes britanniques, le New Leader écrit : « Il [le gouvernement] utilise en fait l'enthousiasme pour la paix en vue de préparer le peuple britannique à la guerre impérialiste. » Ces lignes, imprimées en italiques, décrivent avec la plus grande précision la fonction politique du pacifisme petit-bourgeois : en fournissant une issue platonique à l'horreur des masses pour la guerre, le pacifisme permet d'autant mieux à l'impérialisme de transformer ces masses en chair à canon. Le New Leader fustige la position patriotique de Citrine et autres sociaux-impérialistes qui (avec des citations de Staline) montent sur le dos de Lansbury et autres pacifistes. Mais le même article poursuit en « s'étonnant » du fait que les communistes britanniques soutiennent la politique de Citrine à propos de la Société des Nations et des «sanctions» contre l'Italie (le «soutien étonnant à la ligne du Labour »). L'« étonnement » exprimé par l’article est le talon d'Achille de toute la politique de l'I.L.P. Quand un individu nous « étonne » par une conduite à laquelle nous ne nous attendions pas, cela signifie seulement que nous connaissions mal le caractère réel de cet individu. C'est bien pis quand un homme politique est obligé d'avouer son « étonnement » devant les actes d’un parti politique, et, bien plus, de toute une Internationale. Car les communistes britanniques ne font qu'appliquer les 4écisions du septième Congrès de l’Internationale communiste. Les dirigeants de l’I.L.P. ne sont « étonnés » que parce qu'ils ont échoué jusqu'à maintenant à saisir la nature réelle de l’Internationale communiste et de ses sections. Et pourtant l'histoire de la critique marxiste de l'Internationale communiste

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a déjà douze ans. Depuis que la bureaucratie soviétique a pris comme emblème la théorie du « socialisme dans un seul

ys » (1924), les bolcheviks-léninistes ont considéré comme latale la dégénérescence nationaliste et patriotique des sections de l'Internationale communiste, et à partir de là ils ont Suivi et critiqué ce processus à travers toutes ses étapes. Les dirigeants de l’IL.P. ont été pris de court par les événements parce qu'ils avaient ignoré les critiques de notre Courant. Le privilège d'être « étonné » par les grands événements est la prérogative du petit-bourgeois réformiste et pacifiste. Les marxistes, en particulier ceux qui revendiquent un rôle de direction, doivent être capables non d’étonnement mais de prévision. Et l'on peut remarquer en passant que ce n'est pas la première fois dans l'histoire que le doute marxiste se révèle plus pénétrant que la crédulité centriste.

L'I.L.P. a rompu avec le puissant parti travailliste en raison du réformisme et du chauvinisme de ce dernier. Et auourd’hui, répondant à Wilkinson, le New Leader écrit que l'indépendance de l'IL.P. se justifie pleinement par la position chauvine du Labour Party. Que dire alors du long ilirt de l'I.L.P. avec le Parti communiste britannique, qui court derrière le Labour Party ? Que dire de l’impatience de lI.L.P. à fusionner avec la Troisième Internationale qui joue maintenant les premiers violons dans le concert social-chauvin ? Etes-vous « étonnés », camarades Maxton, Fenner Brockway €t autres ? Cela ne suffit pas pour une direction de parti. Pour ne plus être étonné, il faut juger de façon critique le chemin parcouru et en tirer les conclusions pour l'avenir.

En août 1933, la délégation bolchevique-léniniste publia une déclaration spéciale proposant officiellement à tous les participants du Bureau de Londres, et parmi eux l'IL.P. d'étudier avec nous les problèmes stratégiques fondamentaux de notre époque, et en particulier de définir leur attitude envers nos documents programmatiques. Mais les dirigeants de l'I.L.P. estimèrent contraire à leur dignité de s'occuper de tels sujets. En outre, ils eurent peur de se compromettre en fréquentant une organisation qui fait l'objet d'une persé- Qution particulièrement vile et féroce de la part de la bu- Yeaucratie moscovite ; nous ne saurions oublier que pendant fout ce temps les dirigeants de l'I.L.P. attendaient une « invitation» de l'Internationale communiste. Ils ont attendu, Mais rien n'est venu...

Est-il concevable que même après le septième Congrès, les dirigeants de l’1.L.P. aient l'audace de présenter les choses Comme si les staliniens britanniques se transformaient en acolytes du peu honorable Sir Walter Citrine uniquement Sous l'effet d'un malentendu et pour très peu de temps ? Un tel artifice serait indigne d'un parti révolutionnaire. Nous Woudrions espérer que les dirigeants de l'I.L.P. comprendront enfin la faillite totale et irrémédiable de l'Internationale

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communiste comme organisation révolutionnaire, et qu'ils en tireront toutes les conclusions nécessaires. Elles sont très simples :

— élaborer un programme marxiste ;

— se détourner des dirigeants du Parti communiste et se tourner vers. les organisations de masse ;

— se ranger sous le drapeau de la Quatrième Internationale,

Sur ce chemin, nous sommes prêts à marcher épaule çontre épaule avec l'I.L.P.

18 septembre 1935.

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Documents du P.S.O.P. et du P.O.U.M.

Nous reproduisons ci-après trois documents issus du Parti ouvrier d'unification marxiste (P.O.U.M.) et datés de septembre-octobre 1936, c'est-dire au moment même où ce parti entre au conseil de la généralité de Catalogne, dans le cadre d'un gouvernement de Front populaire.

Le P.O.U.M. naît en septembre 1935 de la fusion du Bloc ouvrier paysan (organisation issue en 1930 de la fédération Catalane du Parti communiste espagnol et dirigé par Joaquin Maurin) et de la Gauche communiste (organisation es- | did pour la IV* Internationale dirigée par Andres Nin).

première de ces organisations représente un courant pro: che de l'opposition de droite internationale, c'est-à-dire de la tendance boukharinienne ; en clair, ses divergences avec le Cours stalinien portent moins sur une critique théorique du menchevisme inhérent à la théorie du « socialisme duns un Seul pays » que sur l'absence de démocratie interne et sur le sectarisme des P.C. vis-à-vis des partis sociaux-démocrates. Pour la Gauche communiste, elle a déjà connu, avant la fusion, de nombreuses divergences avec la direction de l'op- Position de gauche : en effet, confrontée nationalement à une situation spécifique (faiblesse du P.C.E., ralliement de « pans entiers » du mouvement ouvrier à l'opposition...) elle @ théorisé le rapport de forces particuliers qu'elle connaît en Espagne : ce qui l'a conduit à refuser la perspective d'un travail à l'intérieur du P.C., puis la nécessité d'entrer dans les partis ouvriers de masse.

L'organisation ainsi constituée (le P.O.U.M.) connaît un Certain nombre de particularités dont la principale — et c'est là l'intérêt des documents publiés — est, que parmi l'ensemble des groupes ou partis centristes, le P.O.U.M. est le seul Doroir obtenu une audience de masse qui l'a amené, notam-

ent en Catalogne, à diriger pratiquement les luttes de la Classe ouvrière. De ce point de vue, la contradiction entre L'analyse souvent juste (partant de la théorie de la révolution Permanente), la phrase gauche, les références au marxisme

ÿ

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révolutionnaire d'une part, et l'activité pratique d'autre part est frappante.

La résolution du Comité central du P.O.U.M. par exemple est un brillant témoignage de cette contradiction. À l'inverse des staliniens, voire des sociaux-démocrates qui « justifient » théoriquement la participation de leurs partis à des gouvernements bourgeois, le P.O.U.M. ne peut expliquer son accord avec le Front populaire (accord matérialisé par la nomination de Nin comme ministre de la Justice du gouvernement bourgeois Companys-Terradellas), mais accord nié en théorie (cf. le premier article publié ci-dessous) que par une série d'à peu près opportunistes (la force du P.O.U.M. changera le caractère du Front populaire, le « mouvement républicain de gauche (entendons les partis politiques bourgeois tels l'Esquerra..) a un caractère profondément populaire ».….)

L'exemple le plus évident de ce caractère sans principe et en dernière analvse opportuniste se retrouve dans la phrase suivante :

« Le Comité central [...] estime que ce gouvernement devra être composé exclusivement de représentants des partis ouvriers et des organisations syndicales, mais si ce point de vue n'est pas partagé par les autres organisations ouvrières, nous ne l'imposerons pas. »

Les autres textes reproduits (et notamment celui sur la dissolution du Comité central des milices antifascistes) révèlent les mêmes hésitations, les mêmes demi-mesures, la méme absence d'alternative à la politique des organisations réformistes.

Quel qu'ait été le courage des militants du PO.UM., quelle qu'ait été la dureté de la répression qui s'abattit sur eux (aussi bien de la part des fascistes espagnols que des guepeoutistes staliniens) on ne peut que souscrire au jugement formulé sur eux par Trotsky en 1937 :

« Au lieu de mobiliser les masses contre les chefs réformistes y compris les anarchistes, le P.O.U.M. cherchait à convaincre ces messieurs de l'avantage du socialisme sur le capitalisme [..] politiquement le P.O.U.M. est resté incomparablement plus près du Front populaire, dont il couvrait l'aile gauche, que du bolchevisme. » (Leçon d'Espagne. Dernier avertissement.)

La politique générale du Parti ouvrier d'unification marxiste (P.O.U.M.)'

Le parti ouvrier d'unification marxiste, qui représente en

1. La Révolution espagnole, éd. française hebdomadaire du P.O.U.M. n° 1, 3 septembre 1936.

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Catalogne surtout, une importante fraction du mouvement ouvrier, décide de créer ce « Bulletin d’information » tant pour réfuter les légendes plus ou moins intéressées sur les événements d'Espagne que pour préciser devant ces événements sa position politique.

Il est impossible de comprendre la guerre civile qui se déroule aujourd'hui si on ne remonte pas jusqu’à la révolution du 14 avril 1931 qui précipita la chute de la monarchie.

La «République du 14 avril» ne fut qu'une monarchie Sans monarque. Elle proclama bien la nécessité d'une réforme agraire et la séparation de l'Eglise et de l'Etat mais ne fit rien pour réaliser les grandes réformes démocratiques et laïques attendues par le peuple. Ne touchant en rien aux cadres militaires et civils de l’État monarchique, mécontentant Ouvriers et paysans, les partis démocratiques se divisèrent et furent écrasés aux élections de novembre 1933. De 1933 à 1936 c'est le bloc des droites qui gouverne sous la direction réelle de Gil Roblès. Ce bloc représente les intérêts de l'Eglise et de la grande propriété foncière, intimement liés à la haute finance espagnole et internationale. Son but est la fascisation progressive de l'Espagne, la création d'un Etat clérical et Corporatif à la manière de l'Autriche. En octobre 1934, la classe ouvrière se lève contre les clérico-fascistes ; mais sauf dans les Asturies qui résistent quinze jours et où l'unité totale du prolétariat se trouve réalisée, le prolétariat affaibli Fe l'abstention des anarchistes et la pusillanimité des répulicains catalans est écrasé rapidement.

Bien que battue, l'insurrection d'octobre 1934, réalise dans les Asturies les formes d'un nouveau pouvoir révolutionnaire. Sa base se trouve dans les comités d'alliance ouvrière où se réunissent les délégués des partis prolétariens et des organisations syndicales, comités délibérant et exécutant à la fois. Dans l'insurrection asturienne se construit, pour la première fois en Espagne, une armée composée exclusivement de milices ouvrières.

Avec le Front populaire, gagnant tous les partis antifascistes prolétariens ou bourgeois, va se renouveler en 1936, dans le même cadre constitutionnel et administratif, l’expérience républicaine de 1931.

Le gouvernement de Front populaire est entre les mains de la gauche républicaine de Azaña et le programme rédigé par tous les partis ne dépasse pas les aspirations de ce parti réformiste bourgeois. Cette nouvelle expérience du libéralisme bourgeois n’aboutit qu'à la catastrophe. Respectueux de la propriété privée, il est dans l'impossibilité de satisfaire les revendications des paysans travailleurs ; il se refuse à confisquer les richesses féodales et cléricales, il ne se porte aucune attaque à la toute-puissance des banques. Politiquement, il évite de frapper les éléments réactionnaires, qui préparent avec une science consommée la vaste rébellion d'aujourd'hui.

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Les cinq mois de gouvernement de Front populaire suffisent pour démontrer l'incapacité de la démocratie bourgeoise à assurer le pain des travailleurs aussi bien qu’à défendre leur liberté. Le régime capitaliste en Espagne ne pourrait être garanti que par l'établissement d'une dictature militaire à la Franco.

La bourgeoisie républicaine est abandonnée par SON armée par sA bureaucratie. Seule la classe ouvrière armée sauve aujourd'hui la liberté du peuple d'Espagne.

Les ouvriers, paysans et marins ne se battent pas pour défendre la vieille République bourgeoise qui ne leur a rien apporté, mais pour établir le régime futur : la République des travailleurs. Cela ils le savent malgré la propagande des partis du Front populaire qui prétendent que les milices ouvrières détendent la constitution actuelle. Si à Madrid la classe ouvrière sous la conduite des partis socialiste et de l'U.G.T. et des communistes officiels suit eneore les directives du Front populaire, à Barcelone, le gouvernement de la Généralité ne représente plus qu'une façade officielle, sans pouvoir aucun. La véritable autorité y est exercée par le Comité central des milices antifascistes composé en majorité par les délégués des organisations ouvrières. À côté de lui le conseil économique a la mission de réorganiser l'économie catalane dans le sens du socialisme. Les gouvernements des provinces de Lerida, Gerona, Tarragona sont entre les mains des ouvriers. Notre P.O.U.M. y a l'influence prépondérante. Il n'existe donc pas, ce qu'on appelle « dualité de pouvoir » en Catalogne ; la classe ouvrière y contrôle effectivement toute la société. Par le canal des syndicats, le prolétariat assure la gestion de tous les services publics et de nombreuses entreprises privées. Le clergé et les réactionnaires sont expropriés, les maisons des riches et les couvents transformés en centres d'éducation ou en sanatoria. Il se forme des comités dans les entreprises et dans les villages, parmi les marins et les troupes républicaines. Notre P.O.U.M., qui fait tout ce qui est possible pour en créer d'autres et les lier entre eux, voit dans ces comités, la base même de la République ouvrière et paysanne en gestation. Nous voyons chaque jour que la vieille démocratie bourgeoise est morte en Espagne. Aussi le mot d'ordre du P.O.U.M. est-il la création d'un gouvernement d'alliance ouvrière appuyé d'une part sur les organisations normales du prolétariat et des petits paysans, d'autre pärt sur les comités locaux. Un tel gouvernement aurait le maximum d'autorité et d'initiative pour écraser le fascisme et accélérer la transformation de l'Espagne dans un sens socialiste. Une Assemblée constituante formée par les délégués des comités d'ouvriers, de paysans, de combattants donnerait à l'Espagne ouvrière sa constitution définitive.

Mais pour arriver à ce but suprême de sa lutte, le prolé-

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tariat doit veiller à remplir les deux conditions suivantes :

La première est de ne pas désarmer ; de ne pas rendre ses armes à la bourgeoisie ; c'est d'autant plus nécessaire que de nombreux éléments de la bourgeoisie républicaine cherchent à réaliser des compromis avec les militaires fascistes, compromis qui seraient une trahison à l'égard du peuple espagnol. Nous déclarons que quiconque cherchera un compromis avec nos ennemis sera traité de la même façon qu'eux, quiconque cherchera à désarmer le prolétariat sera considéré comme un complice de nos ennemis.

La deuxième condition est le maintien et le renforcement de l'unité d'action entre les travailleurs. L'unité d’action s'est scellée dans le sang de milliers de combattants morts pour la cause du prolétariat. Elle doit être indestructible et ne pas permettre à nouveau que la classe ouvrière se mette à la remorque de la bourgeoisie républicaine pour la défense du régime capitaliste.

Aujourd'hui, dans cette lutte pénible et inexorable, la classe ouvrière d'Espagne, de larges couches de la paysannerie, des classes moyennes, des intellectuels et techniciens ont pris conscience de la malfaisance du capitalisme et des horreurs auxquelles il aboutit. Notre parti aspire à les guider vers l'Union des Républiques socialistes ibériques, nouvelle étape de la Révolution socialiste mondiale.

P.O.UM. sur la situation politique actuelle’

L'impérieuse nécessité de mener la guerre jusqu'au bout, jusqu'à l'extermination totale de la canaïille fasciste, de conduire l'économie du pays jusqu’au socialisme, unique moyen de reconstituer cette économie détruite par la guerre civile et de transformer radicalement la structure politique et sociale de la République, impose la formation d'un Gouvernement ouvrier. Celui-ci devant rompre absolument avec la légalité républicaine-bourgeoise d'avant, procédant à la convocation immédiate de Cortes Constituantes, élues par les Comités d'ouvriers, de paysans et de soldats et qui élaborent la constitution du nouveau régime sorti de la révolution.

En Catalogne, grâce à l'existence, d’une part de notre Parti qui a maintenu en tous temps son orientation fidèle aux principes du marxisme révolutionnaire, et d'autre part de la C.N.T. et de la F.A.I. qui, malgré leur confusionnisme idéologique et leurs erreurs de tactique représentent une puissante impulsion révolutionnaire des masses ouvrières, la

2. La Révolution espagnole, 7 octobre 1936.

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politique du Front populaire n’a pas causé, les mêmes dégâts que dans le reste de l'Espagne où le Parti socialiste qui détient la direction du. mouvement et le Parti communiste se sont convertis en appendices des partis républicano-bourgeois et s'efforcent de contenir l'avance de la révolution prolétarienne. Grâce aux circonstances ci-dessus, en Catalogne, la petite bourgeoisie républicaine s'est sentie entraînée par l'impétueux courant révolutionnaire jusqu’au point que, d’accord avec l'orientation et les objectifs du mouvement, elle à adopté des positions plus avancées que les socialistes et les stalinistes.

Dès les premiers moments, la révolution prit en Catalogne un caractère prolétarien et la classe ouvrière se rendit maî-" tre absolu de la situation. Les organes normaux de gouverne: ment continuent à exister normalement, mais l'apparition d'organismes parallèles comme le Comité central des milices et le Conseil de l'Economie a réduit ceux-ci à une pure fiction. Cet état de choses compréhensible au début du mouvement ne correspond déjà plus à la situation. La constitution d'un pouvoir fort s'impose, qui soit capable de reprendre les désirs d'émancipation du prolétariat et de créer la nouvelle légalité révolutionnaire, basée sur l'expropriation de la bourgeoisie et sur l'établissement des bases d’une économie socialiste. Cette mission, seul un Gouvernement ouvrier peut l’accomplir. Dans ce sens, le Comité central estime, aujourd'hui comme hier, que ce gouvernement devra être composé exclusivement de représentants des partis ouvriers et des organisations syndicales ; mais si ce point de vue n'est pas partagé par les autres organisations ouvrières, nous ne j'imposerons pas, d'autant plus que le mouvement républicain de gauche en Catalogne a un caractère profondément populaire — qui le distingue radicalement du républicanisme de gauche espagnol, essentiellement bourgeois — et que les masses paysannes, les secteurs ouvriers qui constituent sa base, s'orientent décidément dans la voie de la révolution et sont fortement influencés par les partis et les organisations prolétariennes. L'important est le programme et l'hégémonie garantie du prolétariat. Dans cette voie, il ne peut subsister de doute : le nouveau gouvernement qui se forme doit faire une déclaration de principes sans équivoque, affirmant sa volonté de traduire en légalité révolutionnaire l'impulsion des masses, s'orientant vers la révolution socialiste. Quant à l’hégémonie prolétarienne, la majorité absolue des représentants ouvriers l'assurera pleinement.

Un gouvernement de ce caractère imprimera une grande accélération à la révolution sur toute la péninsule. L'exemple de la Catalogne enhardira la classe travailleuse de tout le pays et cet exemple sera suivi avec enthousiasme, malgré les tentatives des partis traditionnels de la classe ouvrière espagnole pour contenir la révolution. En conclusion, le Comité

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central estime que le Parti doit donner tout son appui à Ja formation de ce Gouvernement et accepter d'en faire partie.

Cette collaboration pourrait échouer seulement dans le cas où toutes les organisations de la classe ouvrière n'entreraient pas dans le nouvel organisme et en premier lieu la C.N.T. et la F.A.I. Si pour obtenir cette collaboration, il est nécessaire de renoncer au nom de gouvernement, notre parti n'y voit aucun inconvénient. Qu'on l'appelle Gouvernement, Junte ou Conseil, l'essentiel est que se constitue immédiatement cet organisme que les circonstances exigent impérieusement.

Dissolution du Comité central des milices antifascistes

Les camarades qui lisent La Révolution espagnole connaissent le fonctionnement du Comité central des milices antifascistes de Catalogne. Ce Comité fut formé dès les premiers instants de la lutte des ouvriers contre le soulèvement fasciste pour assurer la liaison entre tous les secteurs ouvriers et antifascistes de Catalogne. Les formes qu'il avait prises, l'animation qui régnait autour de ses services ont été maintes fois décrites. On sait que le Comité central des milices était, en fait, le seul pouvoir réel en Catalogne, depuis les événements du 19 juillet. Alors que toutes les tentatives qui avaient été faites de constituer des ministères de la Généralité, suivant les vieux principes de l'équilibre petit-bourgeois — et nous ne citerons que l'essai d'un gouvernement Esquerra-Parti communiste suivi de celui du gouvernement Casanova — avaient échoué, le Comité central des milices, pendant ce temps, n'avait pas cessé de connaître la vie la plus trépidante, réglant sans exception toutes les questions politiques, économiques et militaires à Barcelone et dans l'ensemble de la Catalogne. Tandis que les ministères de la Généralité ne pouvaient pas faire le moindre pas sans en référer à cette autorité supérieure qui était le pouvoir ouvrier, le Comité des milices, lui, gérait réellement l'Etat calalan. Il organisait à l'aide des syndicats le ravitaillement de Barcelone et des fronts, il levait des corps d'armée, il assurait la police.

Qu'on ne croie pas cependant que ce fut sans difficulté aucune. Les organisations qui composaient ce Comité s'étaient, jusqu'au soulèvement fasciste, regardées comme des ennemies. Les anarchistes et derrière eux la C.N.T. considéraient comme des adversaires les hommes de la U.G.T. qui s'étaient conduits comme de purs réformistes ou bien

s'étaient simplement opposés à leur tactique de la « grévi-

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culture » ; ils méprisaient les hommes du P.O.U.M. comme un petit parti «sans avenir ». Les dirigeants de la U.G.T. craignaient la F.A.I. et la considéraient comme une organisation sans foi ni loi, dont on pouvait tout attendre, même le pire. Le P.S.U.C. cataloguait le P.O.U.M. dans les partis de « traîtres contre-révolutionnaires ». Mais, si ces préventions et ces appréhensions ne disparurent pas, du moins la nécessité de la lutte commune imposa l'union à toutes les organisations ouvrières. Deux remarques pouvaient dès le début, être faites : le Comité central des milices était le seul à détenir le pouvoir et il s'imposait un programme révolutionnaire. La Catalogne, réservoir d'hommes, chassait le fascisme sur le front d'Aragon et organisait un régime prolétarien à tendances socialistes à l'arrière. Il faut avouer que la recherche de l'équilibre entre toutes les organisations ouvrières était facilitée en Catalogne par rapport aux autres provinces de l'Espagne : la gauche républicaine (Esquerra) est une formation petite-bourgeoise encadrant même des secteurs ouvriers ; les organisations anarcho-syndicalistes sont très fortes ; le parti communiste stalinien ne contrôle qu'un secteur déterminé des masses ouvrières ; le P.O.U.M. n’est pas une simple opposition « antistalinienne », il est surtout le stade supérieur du développement du Parti que créa, il y a longtemps, le regretté Maurin.

Cette physionomie des partis et des organisations en Catalogne a maintenu, pendant un temps, le pouvoir prolétarien dans les lois d’un équilibre momentané. Nul ne pouvait prétendre à l'hégémonie de la direction révolutionnaire. Mais le rapport des forces qui existait avant le soulèvement fasciste se modifia, bien entendu, dans le tourbillon révolutionnaire. Il se modifia aussi, naturellement, au profit des partis les plus révolutionnaires. Il est impossible d'en indiquer la valeur quantitative; l'action dans la rue, l'activité formelle des organisations cachent les vrais rapports. Cependant des partis comme le P.O.U.M. firent en deux mois des bonds formidables dans le domaine de l'accroissement de leurs forces. L'Esquerra, par ailleurs, mit peu de résistance à suivre la marche ascendante de la révolution. Et celles des organisations ouvrières qui voulaient freiner la révolution, au nom d'une accélération nécessairement égale de la marche de la révolution dans les différentes régions de l'Espagne, durent bientôt se mettre au pas craignant de perdre leur influence. Les programmes qui furent adoptés par le Comité central des milices sont ceux que proposèrent les fractions les plus avancées de la classe ouvrière et le P.O.U.M. joua dans cette élaboration un très grand rôle. Les initiatives que la classe ouvrière prit sur le terrain économique et politique reçurent une consécration légale. De nouvelles directives furent données pour orienter et coordonner les collectivisations, réparant en même temps certaines décisions de la

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« base » qui étaient préjudiciables aux buts que l'on recherchait.

Pendant tout ce temps où le Comité central des milices exerçait le pouvoir, le rôle du gouvernement petit-bourgeois se faisait de jour en jour plus réduit. La dualité de pouvoir se résolvait en définitive au profit du second pouvoir. Soumise aux délibérations du Comité cette situation fut réglée par l'élimination du gouvernement Casanova et par la constitution d'un Conseil de la Généralité. Les événements de la guerre et la participation enfin acceptée par les anarchosyndicalistes accélérent cette formation. Aujourd'hui la Catalogne possède un pouvoir de composition nettement prolétarienne, malgré la présence de la gauche républicaine et de l'action catalane. L'opinion du P.O.U.M. sur ce Conseil est reproduite dans cé numéro de La Révolution espagnole. La répartition des sièges dans ce Conseil (terme exigé par les anarchistes) ne donne pas encore une place suffisante au P.O.U.M. et en donne trop à des formations aujourd'hui désuètes. Le programme, par ailleurs, sera déterminé par la pression des éléments les plus avancés. Les anarchistes, retenus par deux craintes : la protestation possible de leurs éléments antiparlementaires et les difficultés que peut connaître un tel Conseil, n'y ont délégué qu'un de leurs hommes de tête. Il est à prévoir que, sous la pression des événements, le Conseil de la Généralité sera l'objet de modifications ultérieures.

En tout cas, dès la constitution de ce nouveau gouvernement le Comité central des milices avait vécu. Auprès de chacun des «commissariats » agiront d'ailleurs des comités formés de la même manière que le défunt Comité des milices. Dans sa dernière réunion, le premier octobre, le Comité a décidé sa dissolution, y joignant la déclaration de son appui au Conseil de la Généralité.

Il ne reste plus qu’à attendre les actes de ce pouvoir nouveau. Les révolutionnaires ont maintenant pour tâche de conduire les pas de ce Conseil dans la voie de la révolution prolétarienne. C'est là que le rôle dirigeant du Parti révolutionnaire doit se montrer pour assurer à la classe ouvrière la totalité du pouvoir.

Le texte qui suit synthétise parfaitement les différents aspects du centrisme de gauche de l'immédiat avant-guerre : refus de poser le problème de la construction du parti révolutionnaire (aussi bien à l'échelle nationale qu'internationale), idéalisation du Parti socialiste (dans une lettre ouver te à Trotsky, Marceau Pivert, principal dirigeant de la « Gauche révolutionnaire », affirmait, à la même époque, que « rien ue prouve qu'il (le Parti socialiste) soit incapable de s'adapter à un niveau supérieur de la lutte des classes »), absence

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d'analvse de la nature des composantes ouvrières (S.F.I.0. et P.C.F.) du Front populaire, ce qui permet de poser le problème de l'intervention des révolutionnaires comme simple « gauchissement » (« Pour un Front populaire de combat ») de la politique des directions, voire de lutter pour « l'unité organique nationale et internationale» sans dénoncer en même temps la pratique politique réformiste des internationales ouvrières.

Outre ces caractères particuliers, il est nécessaire de préciser dans quel contexte cette plate-forme a été élaborée et qu'elles furent ses conséquences. Les nécessités de la lutte contre la montée du fascisme, concrétisée par l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933 en Allemagne, la remontée des luttes ouvrières, la nécessité du front unique de classe, voilà les trois éléments essentiels qui expliquent que se soit constituée au début des années trente une tendance de gauche dans la social-démocratie française (comme dans la plupart des autres pays européens), contre la politique réformiste traditionnelle de Blum et consorts. Cette tendance regroupée autour du journal La Bataille socialiste, dirigé par des militants comme J. Zyromski, M. Pivert, devait rapidement éclater : en effet, elle fut confrontée à une série de problèmes politiques majeurs (la politique de Front populaire, la question de la guerre et du défaitisme révolutionnaire, l'organisation de la lutte antifasciste.….) auxquels elle ne put qu'apporter des réponses divergentes. D'autant que les clivages pertinents sur ces questions avaient été introduits par le passage, en 1934-1935, des trotskystes dans la S.F.I.O. L'influence que les « bolcheviks-léninistes » acquirent dans le Parti socialiste (notamment dans les Jeunesses et dans la fédération de la Seine) entraîna une partie importante de la « bataille socialiste » à rompre avec le pro-stalinisme de certains de ses dirigeants. Il s'agissait non seulement d'un choix politique, mais autant d'une opération tactique visant à empêcher que, lors de l'exclusion des trotskystes de la S.F.1.O., ceux-ci n'entraînent avec eux un trop grand nombre de militants. Il est significatif de ce point de vue que cette tendance la «gauche révolutionnaire» se soit créée peu de temps après le congrès de Mulhouse (juin 1935) qui vit les débuts de la campagne d'exclusion des trotskystes de la S.F.1.0.

La « Gauche révolutionnaire », dont nous publions la plateforme constitutive allait être de sa création (octobre 1935) à son interdiction (avril 1937) la couverture de « gauche» de la politique de la direction Blum : Marceau Pivert L:'-même affirmera jusqu'à son exclusion de la S.F.I.O. (juin 1938) sa conviction que «le parti révolutionnaire est tout construit : c'est le Parti socialiste », il participera pendant un temps au cabinet de Léon Blum. La création d'un parti indépendant (le Parti socialiste ouvrier et paysan) ne sera nullement voulu

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par les dirigeants de la « Gauche révolutionnaire », mais deviendra inéluctable lorsque, malgré tous leurs efforts, ils seront exclus du Parti socialiste.

L'organisation ainsi créée allait remplir toutes les fonctions d'une organisation centriste, en ayant toutes les caractéristiques. La guerre impérialiste allait épargner au P.S.O.P. les douleurs d'une longue agonie : son organe Juin 36 cesse de paraître le 20 décembre 1939.

Ses différents militants allaient rejoindre qui le P.S. (M. Pivert), qui le P.C., qui le mouvement trotskyste, ou encore pour un nombre appréciable d'entre eux participer aux différentes «opérations» centristes de l'après-guerre (R.D.R. UGS, SU.)

Pour mémoire : ’ a plate-!

Ce qu'était la plate-forme constitutive de la Gauche révolutionnaire (oct. 1935)

1. De la défensive anti-fasciste à l'offensive contre le capitalisme

Les forces productives développées par le régime capitaliste se heurtent de plus en plus aux obstacles dressés par leur propre exploitation.

Pour parer à ces difficultés croissantes, le capitalisme est forcé de s'imposer des formes planifiées.

Mais comme à l’époque du capitalisme de libre concurrence, puis du capitalisme monopoleur, le capitalisme étatitique reste soumis à la loi du profit et son évolution l’entraine vers la généralisation de la misère.

En même temps se transforme la superstructure politi- ‘4 et la démocratie bourgeoise devient un système périmé

e domination capitaliste : ELLE TEND A SE TRANSFOR- MER EN ETAT AUTORITAIRE.

L'alternative qui se pose est donc : dictature autoritaire du grand capital contre l'ensemble des masses laborieuses ou dictature du prolétariat, représentée, par un gouvernement ouvrier et paysan, issu de la révolution, substituant à l'appareil étatique de la bourgeoisie des organismes démocratiques des masses laborieuses et construisant le socialisme.

Si les partis ouvriers se bornent à défendre la démocratie bourgeoise périmée, ils ne montreront pas d'issue réelle aux masses souffrantes, ils permettront aux démagogues fascistes d'identifier les partis ouvriers avec la démocratie capi-

3. Publié dans « Quatre discours et un programme », supplément au n° 1 des Cahiers rouges, directeur Marceau Pivert, mai 1937.

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taliste et de conquérir ainsi de larges couches désespérée: pour les buts fascistes. C'est pourquoi le P.S. doit transfoi mer la défensive anti-fasciste en offensive contre le capital: me et rassembler les masses laborieuses sous son drapea en prenant comme points de départ aussi bien leurs besoin économiques que la défense des libertés démocratiques, co: quises de haute lutte par nos aînés.

2. Pour un Front populaire de combat

Le Front populaire actuel est un rassemblement des m: ses contre la menace fasciste. Les aspirations de ces masse ne peuvent être réalisées désormais que par des combat: avec le grand capital et ne devraient avoir comme issue qui la chute de la domination bourgeoise. Mais la politique tuelle de ses dirigeants freine les possibilités révolutio: naires.

Un gouvernement du Front populaire rencontrera d qu'il essaiera de satisfaire même aux plus modestes aspir. tions des masses la plus farouche résistance extra-parleme taire des forces capitalistes. Il lui faudra alors ou bien trahi ces masses et capituler honteusement, ou bien se jeter sous la pression des masses — dans un combat en directio du socialisme. Seul un gouvernement qui s'appuiera sur 1 volonté de masses organisées, résolues à la lutte et au moin partiellement équipées pour le combat pourra se transforme en gouvernement ouvrier et paysan et mener à son terme s: tâche révolutionnaire.

La tactique du Parti socialiste doit découler de ces cons dérations.

Il doit préparer les masses à l'action directe, à la lutt sous toutes ses formes (depuis les meetings et démonstr. tions de rue jusqu'à la grève générale en accord avec le: syndicats). L'amoindrissement continu de l'importance di parlementarisme impose au parti le passage à l'action extra parlementaire et la dénonciation des illusions électoralistes Toute l’activité du Parti doit lui être dictée non par la légalit de son ennemi de classe, mais par la volonté des masses ti vailleuses et par les nécessités de la lutte révolutionnaire.

3. Pour une milice populaire et des comités de salut publi

Des mots d'ordre concrets, adoptés à la situation et pe ceptibles par les masses en mouvement augmentent le: capacité offensive.

Ainsi, en présence des provocations fascistes qui se multi plient nous lançons le mot d'ordre de la MILICE OUVRIER ET PAYSANNE ; ce mot d'ordre implique la création imm

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diate des organismes de défense active destinés à l'encadrement des masses. Le développement de la milice sera déterminé par le processus révolutionnaire et contribuera à la désagrégation du moral de l'ennemi fasciste.

D'autre part, dans chaque localité, dans chaque quartier, un COMITE de salut public (COMMUNE) doit se constituer à la faveur des luttes : les paysans seront appelés à contrôler eux-mêmes les prix de vente de leurs produits et les COMI- TES PAYSANS se prépareront à prendre en mains la gestion des minoteries et des grands domaines. Des COMITES POPU- LAIRES contrôleront les prix dans les vills; d’autres, en accord avec les syndicats, contrôleront la fabrication et le transport des armements. Partout, les travailleurs constitueront, à côté du pouvoir officiel de la bourgeoisie, les éléments du POUVOIR POPULAIRE. Les délégués de tous les Comités populaires locaux se réuniront pour constituer les ETATS GENERAUX DES MASSES TRAVAILLEUSES.

En même temps, une propagande active et une pénétration méthodique s'exerceront parmi les forces coercitives de la bourgeoisie.

Une révolution ne s’'improvise pas. Le Parti doit donc la préparer et envisager l'action révolutionnaire sous toutes ses formes et dans tous ses moyens.

4. Contre la guerre et l'union sacrée

Le prolétariat doit se dresser de toutes ses forces contre la guerre menaçante.

Les techniques modernes de guerre font de la prétendue « défense nationale » en régime capitaliste une expression vide de sens et une duperie sanglante.

En aucun cas le prolétariat ne saurait s'associer à une guerre menée par ses exploiteurs.

Ni au nom de la « démocratie » contre le fascisme extérieur. On ne porte pas la liberté à un peuple à la pointe des baïonnettes et on ne lutte pas contre le fascisme d'autrui après avoir accepté dans son propre pays un régime équivalent (état de siège, censure, suppression de toutes les libertés, destruction physique et morale du peuple, ctc.).

Ni au nom de la défense de l'U.R.S.S. car la seule défense efficace des conquêtes de la première Révolution prolétarienne victorieuse, c'est son extension vers la Révolution mondiale.

Ni, à plus forte raison, au nom de considérations diplomatiques quelconques.

Il ne peut faire confiance, pour l'empêcher, à un organisme international quelconque des états impérialistes (comme la S.D.N.). De même, il ne peut raisonnablement attendre que le capitalisme consente à se désarmer lui-même.

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Le prolétariat trahirait sa mission s'il marchait sous un prétexte quelconque à la remorque d'un impérialisme contre un autre.

Toute lutte contre la guerre doit être menée d'une manière autonome et avec tous les moyens d'action directe de classe. Le danger de guerre ne peut disparaître que par le renversement du capitalisme.

Notre mot d'ordre essentiel de lutte contre la guerre est :

« SI TU VEUX LA PAIX, PREPARE LA REVOLUTION. »

Nous ne l’abandonnerons sous aucun prétexte. 4

Si, malgré nos efforts, la guerre éclate, les socialistes utiliseront les difficultés créées par les hostilités pour renverser leur propre bourgeoisie par les moyens révolutionnaires. Ils tendront à transformer la guerre impérialiste en guerre CI vile. Ils doivent être convaincus que la défaite de la bourgeoisie de leur pays sera le levier de leur victoire et la seule aide véritable à la révolution russe.

5. Pour la libération des peuples coloniaux

Les socialistes ont le devoir de soutenir les mouvements des peuples coloniaux en faveur de leur libération. Toutefois, dans ces luttes ils doivent conserver leur propre organisa tion et leur politique socialiste en face des éléments indigènes féodaux, capitalistes et petits-bourgeois.

6. Pour l'unité organique et révolutionnaire

La politique actuelle de chacune des deux Internationales, ne traduit pas la volonté révolutionnaire des masses.

L'unité ne saurait être seule la garanñtie de la victoire, car le parti unifié groupera les courants les plus contradictoires.M

Mais c'est de l'intérieur du mouvement prolétarien unifié que nous voulons rechercher les possibilités de redressement" révolutionnaire. Car la fusion des deux partis attirera nécessairement des milliers de prolétaires inorganisés aujourd'hui, contribuera à élever la volonté combative de la classe ouvriè= re et donnera de nouvelles possibilités à l’action révolution naire.

D'où : NECESSITE URGENTE DE LA RECONSTITU: TION DE L'UNITE ORGANIQUE NATIONALE ET INTER- NATIONALE et de la plus large DEMOCRATIE INTERIEU: RE pour que les différentes tendances puissent gagner les militants à leurs conceptions.

7. NOTRE BUT est de gagner la majorité des militants di la S.F.I.O. à ces points de vue.

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Qu'est-ce que le P.S.O.P, ? Une interview de Pierre Frank:

— Quelles sont les origines du courant pivertiste ?

PIERRE FRANK : Je te présente l'ensemble de la tendance Pivert. Quand nous sommes entrés dans la S.F.I.0. (octobrenovembre 1934), la gauche était constituée dans la Bataille Socialiste : Zyromski, Pivert’, d'autres.

D'une façon générale, Pivert semblait se situer à la gauche de cette tendance ; il dirigeait la fédération de la Seine. Il avait été pour le Front unique avec les trotskystes ; d'une façon générale il semblait plus militant. Quand nous avons commencé à nous développer dans la S.F.I.O., à faire un recrutement certain dans la jeunesse, nous avons amené à ce moment-là la jeunesse de la Seine, il y avait une partie de sa tendance qui se tournait vers nous, en particulier les T.P.P.S. (toujours prêts pour servir), sorte de milice. Quand il a su que nous attirions ces gens, il s'est séparé de Zyromski pour former la gauche révolutionnaire En réalité, il a ouvert la porte pour que nous sortions et l’a refermée pour que d’autres ne sortent pas, Ça a été cela l'opération. Ça se passait au moment où s'organisait le Front populaire. Je n'ai pas souvenir, au congrès de Mulhouse’ je crois qu'il était encore avec Zyromski, lorsque la direction de la S.F.I.O. en train de réaliser le Front populaire nous a exclus, je passe sur les

1. Jean Zyromski, représentant de la tendance « guesdiste », resté u P.S. après le Congrès de Tours. Animäteur de la tendance « Bataille ocialiste », partisan d'une politique pro-stalinienne qui l'amènera à rejoindre le P.C. en 1945.

2. Marceau Pivert (1895-1958). Dirigeant de la fédération de la Seine de la S.F.I.O. dirigeant de la tendance « Gauche révolutionnaire » peu après son exclusion (1938) du P.S.OP. Revient au PS. après la guerre.

3. Congrès de Mulhouse (1934) où le G.B.L. (Groupe bolcheviqueléniniste) fit bataille sur les thèmes du Front unique et de l'Allliance

“ie Jean Rous et Pierre Frank y furent élus à la C.AP. de la

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détails. Nous avons été maladroiïits dans ce domaine, c'est un autre aspect des choses.

Sa tendance cherchait à se placer dans la S.F.I.0. à y rester. Il y eut au fur et à mesure du Front populaire des difficultés, encore qu'au début il a été dans le cabinet de Léon Blum. Finalement, Pivert n'a pas créé le P.S.O.P., c'est Léon Blum qui l'a créé en mettant Pivert à la porte. l'ivert au congrès de Royan‘ se traînait presque à plat ventre pour être réintégré : c'est une première chose qui est la caractéristique de Pivert. C'est qu'il n'avait même pas sur le marxisme la clarté austro-marxiste d’un Zyromski; Pivert sur le marxisme ne s'est jamais prononcé. C'était un franc-maçon, il avait comme ça des idées sur la fraternité, des choses de ce genre, il ne voulait pas quitter la S.F.I.O. il a été chassé par Blum, et il a créé le P.S.O.P. et après la guerre, il est retourné dans la vieille maison et il y est resté jusqu’au bout.

Entre nous, il y avait un gars avec lui, qui était très ieune à l'époque, mais on ne peut le lui reprocher, c'est J.-J. Marie, il est resté avec Pivert jusqu'en 1956. Personne n'est né trostkyste..

Le fonds du P.S.O.P. c'est qu'il a ramassé toutes sortes de gars, absolument confus, il y avait de tout. Il y avait des gens comme Pivert, gauches, qui étaient repoussés par la politique du Front populaire, par les capitulations, etc. —, qui étaient aussi antistaliniens ou anticommunistes, la limite pour eux était très difficile. Ils ont eu aussi une partie de gens qui étaient des pacifistes. Certains d'entre eux, je crois, ont sombré dans la guerre. C'était un mélange ; il y avait aussi une série de militants. Pour les trotskystes s'est posé le problème. Nous étions divisés en deux groupes : P.O.L. et P.C.IL. Dans le P.C.I. la majorité (nous étions très peu nombreux), s'est prononcée pour l'entrée. Dans le P.O.I. ils se sont divisés : il y avait un groupe pour l'entrée (Craipeau, J. Rous'), et il y avait le groupe de Naville, D. Rousset’ qui ne sont pas rentrés, il y avait un groupe qui a disparu, un groupe syndica= liste : Boitel, etc. Eux aussi ne sont pas rentrés, ils ont som

4. Congrès de Royan (1938) où les « pivertistes » furent exclus d 4 la S.F.IL.O.

P.O.I. pour entrer au P.S.O.P. en 1939. Dirige le P.O.I. puis, après l'unifis cation des groupes trotskystes français, le P.C.I. Quitte le P.C.I. en: 1946. Milite au P.S.U.

Jcan Rous. Dans l'opposition depuis 1932. Dirigeant du P.O.I. ju: qu'en 1939. Adhère à la S.F.I.0. en 1945. Militc au P.S.U. puis devient consciller politique du gouvernement Senghor.

6. Pierre Naville. Exclu du P.C. en 1928, fondateur de La Vériti Dirigeant international de la Q.I. Membre de la direction du P.S.U. de puis sa fondation.

David Rousset. Depuis 1934 dans l'opposition, dirigeant du P.O.I; déporté pendant la guerre. Fondateur du R.D.R. en 1946, depuis. gaulliste.

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bré et disparu. Donc, pour les trotskystes une partie est rentrée, une autre n'est pas rentrée. Pivert était absolument contre les trotskystes ; il voulait avoir les trotskystes pour, disons, donner un peu de piment à son truc, mais pas pour faire de la politique révolutionnaire et lutter contre le centrisme.

Voilà comment se posait la chose. Pendant la guerre, ça a disparu à peu près complètement, je ne me souviens pas dans quelles circonstances.

— D'après Guérin le P.S.O.P. a éclaté entre une aile paciféste intégrale et une aile révolutionnaire.

P. F. : Oui. Enfin le P.S.O.P. a disparu pendant la guerre, il n’en est rien ressorti. Il y avait Dardel dans le P.S.O.P. l'ancien maire de Puteaux. Il y avait de tout là-dedans. Moi, je crois que c'était une erreur pour nous d'y être entrés. Je ne juge pas forcément par le résultat une tactique quoique l'entrisme a donné en général des résultats, Dans la S.F.I.0. en 1934-1935, dans le P.C. elle nous a donné ne serait-ce que la J.C.R. Cette chose-là ne nous a rien donné, mais elle ne pouvait rien donner. Les temps étaient beaucoup trop courts. C'est vrai que le reflux a joué : de ce point de vue, Guérin fait une critique qui me paraît juste. Dans un certain sens, Trotsky, de loin, avait peut-être certaines illusions sur Pivert, d'ailleurs on le sent dans sa correspondance, il a fait une erreur sur le bonhomme, ça je le crois. Trotsky s’est exprimé sur l'entrisme dans la S.F.L.O, il dit qu'il a renouvelé l'organisation, donné du sang de la jeunesse et que c’est elle qui permettra de passer la grande épreuve de la guerre et là-dessus il a eu cent fois et mille fois raison.

Mais sur le P.S.O.P. le résultat tout compte fait était assez faible. L'entrisme en général suppose un courant assez sinon fort, du moins homogène qu'on ne peut faire évoluer. Là, dans le P.S.O.P., il n'y avait aucun de ces courants. Une deuxième condition de l'entrisme, c'est de la part des trotskystes une direction ferme. Or, là, on est entré en petits morceaux. De ce point de vue, je considère que c'était une erreur, pas catastrophique, nous n’aurions pas fait grand-chose de plus, ce que nous aurions pu faire de mieux, je parle pour le P.C.I., c'est de se préparer à la guerre. Ceux qui ont été pris dans le P.S.O.P. se sont livrés à une vaine agitation qui ñe pouvait rien donner.

Le P.S.O.P. n’a donné aucun texte un tant soit peu substantiel. Si tu prends la Bataille Socialiste, Bracke, Zyromski étaient des types qui avaient une formation marxiste. Ils se reconnaissaient comme marxistes. En réalité, ils avaient une formation austro-marxiste, menchevique et ce n'est pas par hasard que Zyromski est entré au P.C., ce n'est pas lui qui

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x changé, c'est le P.C. qui a changé. Il est toujours sur positions.

— En ce qui concerne la gauche révolutionnaire et P.S.O.P., quels étaient leur fonctionnement et l'origine ciale des militants, etc. ? On a très peu de renseignements.

P. F. : Dans la Gauche révolutionnaire, le P.S. vers la des années vingt et le début des années trente avait r gné un certain nombre d'ouvriers. On peut dire que, dan: l'histoire du mouvement ouvrier français, les ouvriers n'ont pas adhéré au PS. entre Tours et l’année 1930, les jeunes no: plus. Après 1930, ça a changé : les jeunes ne savaient plu où aller : P.C., P.S.,? Surtout après la période de folie di la troisième période. Il y avait donc dans le P.S. quand no: sommes entrés une base ouvrière. Les sections socialisti étaient dominées par tous ces bavards, ces avocats, fonctions naires, ce qu'il y a encore. Il y avait de vieux socialistes par tradition, il y avait aussi une série d'ouvriers qu'on ne trouve. plus maintenant, mais qui étaient des ouvriers qu'on peut dire socialistes et réactionnaires en même temps. Ils avaient une conception du socialisme qui était celle du socialisme parlementaire. C'étaient en général des ouvriers très qualifiés qui défendaient leurs revendications économiques, ‘mais surtout ils avaient une haine du bolchevisme qui venait troubler tout ça, c'était extraordinaire.

Il y avait aussi dans le P.S., comme maintenant, des pros létaires qui étaient des ouvriers des municipalités ; y avait aussi des ouvriers, des employés, des techniciens déjà qui avaient une conception de combat. Certains étaient assez ri marquables, des types tout à fait gonflés : j'ai connu pa exemple un nommé Serre, un aviateur de l'Aéropostale qj était extraordinaire. On retrouve aujourd’hui, dans l'extrêmi gauche, des types de cette sorte, gonflés, aventuriers un peus Ïls avaient peu, très peu de connaissances. Les gens les plus: intéressants, nous les avons trouvés dans la jeunesse, des éléments qui pouvaient évoluer. La direction qui a remonti le mouvement pendant la guerre était originaire de là. Très. peu venaient des J.C., la génération plus âgée venait des J.S* ou des Faucons Rouges. Ceux-là ont reconstruit la directio pendant la guerre. Ils ont reconstruit le mouvement avec Te: qualités de la jeunesse et aussi les défauts de la jeuness: socialiste, ce qui explique pourquoi nous avons eu un for! courant droitier au lendemain de la guerre. 3

— Si la partie la plus dynamique de la J.S. avait rejoin le courant trotskyste, ce qui restait de la gauche révolutior naire était composé de quoi? Le même genre ou autri chose ?

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P. F.: Ils avaient une base importante dans le P.S. Pivert était le secrétaire de la fédération de la Seine. Il avait contre lui une ou deux municipalités comme celles de Drancy ou de Puteaux, dirigées par des forbans qui y avaient leur mafia. Ailleurs il y avait des bases (dans le II° et le XIX°). C'était un mélange, il y avait des ouvriers, des employés, des ouvriers en général qualifiés, très qualifiés, des techniciens, des petits commerçants. Un peu comme il y en a dans toutes les organisations de la région parisienne.

— Ÿ avait-il une différence significative entre la région parisienne qui était la base de la gauche révolutionnaire et le reste du P.S.?

P. F. : Certainement, d'abord le P.S. avait une base ouvrière qui n'était pas négligeable : le Nord, le Pas-de-Calais, une partie importante du Rhône, et toujours en Loire-Atlantique. Il y avait une base tout à fait pourrie à Marseille, avant Deferre, il y avait Tasso. C'est bien simple, à Marseille les maquereaux appartenaient à la bande Sabiani ou à la bande à Tasso. C'était une pourriture extraordinaire. En 1936, le P.S. avait deux fois plus d'ouvriers que le P.C. La région parisienne a été fermée au P.S. après Tours, là ils ont perdu. Il y a toute une étude à faire sur l'histoire du P.S.

La fédération de la Seine a toujours été une fédération à part. Il y avait comme ça ici ou là quelques fédérations, il y en avait une du côté de l'Est qui était un peu bizarre. Ça tenait à ce qu'il n'y avait pas d'appareil au P.S. avant Mollet, même du temps de Paul Faure’, même du temps de Blum. Quelques caïds locaux pouvaient avoir une fédération. J'ai bien connu Claude Just, le père de Stéphane Just, il était sûr d'avoir les votes d’une fédération, je crois que c'est les Vosges, parce que c'était un copain à lui. Cette tendance Claude Just, c'était une tendance un peu séparée : Just et d'autres se sont retrouvés au P.C.I. après la guerre avec une tendance où il y avait Dechezelles, l'avocat.

— Ÿ avait-il une corrélation entre la position sociale de la GR. et leur ligne politique ?

P. F. : Ce sont de trop petits courants, des cas individuels. Ce n'était pas un mouvement de masse, où il peut y avoir une telle corrélation. Contrairement à Guérin, j'ai une très mauvaise opinion de Pivert. C'était un homme qui avait

7. Paul Faure. D'origine guesdite, puis dirigeant du centre « longuettiste » pendant la première guerre impérialiste, secrétaire général de la S.F.1.O. après Tours. Rallié à Vichy. Exclu de la S.F.I.O. en 1944.

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un courage physique incontestable, qui avait des velléitéss mais intellectuellement il était trop élémentaire pour un diris geant. Je ne connais pas un dirigeant qui n'ait pas eu u

minimum d'idées générales, ça n'existe pas et chez lui il n°

avait pas Ça. Il était en admiration devant Blum, il y avai presque un culte de la personnalité de Blum. D'ailleurs, Blum a dominé le P.S. parce qu'il était le seul à avoir des idées générales dans cette S.F.I.0. Les autres étaient de pauvres cons, de vulgaires tripoteurs d'élections, des margoulins de congrès, Paul Faure et bien d’autres, Dormoy et compagnie.

— Comment était organisée la G.R. en tant que telle ?

P.F. : Probablement il y avait un noyau autour de Pivert, et des A.G. de temps en temps. Ce n'était pas une organisation comme nous, il y avait un vague réseau de correspondants comme toutes les tendances dans les P.S. Ce n'était pas structuré. Ce n'était pas une organisation qui fonctionnait démocratiquement. D'ailleurs, ils étaient très opposés au centralisme démocratique. C'est une chose difficile que de faire comprendre le centralisme démocratique, nous l'avons vu dans la Jeunesse socialiste.

— Dans le P.S.O.P. s'est retrouvé ce type d'organisation ?

P. F. : C'était la copie de la S.F.I.O,, il a pensé ajouter un ou deux trucs, des groupes d'entreprise et encore peut-être, comme d'ailleurs le P.S.U. l'a été pendant très longtemps. Maintenant c'est un petit peu autre chose, mais avant c'était le foutoir complet. Le P.S.O.P. était la structure de la S.F.I.0. : fédérations, un comité national, la liberté com- ! plète des gens de faire ce qu'ils voulaient, il y avait un journal Juin 36, je ne m'en souviens pas bien.

— Mais après la sortie de la S.F.I.O., il n'y a pas eu de remise en cause de la structure organisationnelle ? Peut-on dire que les conceptions d'organisations héritées de la socialdémocratie sont une des caractéristiques des organisations. centristes ?

P. F. : Plus ou moins. En tout cas, en France, cela a correspondu à ce qui est sorti de la S.D. Quant à ce qui est sorti du P.C. c'est autre chose : il n'en est pas sorti d'organisation. Tous ceux qui ont quitté le P.C. ont condamné la struc-# ture d'organisation léniniste, ou bien ils ont rejoint la socialdémocratie, ou bien ils sont restés dans leur travail syndical. « En France, il n'y a pas eu de courants de droite, les cou-

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rants de droite ont pris la voie du syndicalisme, c'est aussi un aspect du courant centriste.

— Dans une lettre de Trotsky à M. Pivert à propos du centralisme démocratique, était-ce Pivert personnellement qui était hostile au centralisme démocratique ou l'ensemble du P.S.O.P. partageait-il ses conclusions ?

P. F.. Il n'y avait pas de débat théorique. Les trotskystes ont tenté d’en lancer quelques-uns, mais d’une façon générale, c'était d'un niveau très bas. La plus grande partie était hostile au léninisme. Pendant cette période, nous n'avons fait évoluer que les jeunes, ceux qui ne sont pas cristallisés.

Même ceux qui se sont rapprochés de nous étaient bouchés. Dans les T.P.P.S., il y avait des gens remarquables, mais du point de vue de l'organisation... Ils étaient prêts à la châtaigne, mais au-delà...

Dans le P.S., il n'y a même pas eu l'école élémentaire qu'il y a dans le P.C. pour sélectionner les permanents. Je ne me suis pas senti bien à mon aise dans cette organisation; j'y suis rentré parce qu'il y avait un courant. Mais les réunions de section étaient abominables, c'était un club une fois par semaine, il y avait des sections de 150 ou 200 gars, le jour où il fallait désigner un candidat, tu en voyais 3 ou 400. C'était pas sérieux. Si tu les terrorisais un peu, tu faisais passer une motion de gauche; la fois d'après tu les voyais à droite. C'était une fausse apparence d'organisation démocratique ou autre. Il y a une série de gens qui faisaient la politique.

Avant les congrès, chaque fédération venait au congrès avec les textes et c'était à la commission des résolutions que se faisaient les magouilles. Il n’y a rien qui ressemble à un minimum de contrôle, à un minimum de discipline, même dans le P.C. il y a un minimum de contrôle. Nous, nous étions étrangers, mais même entre eux il n'y avait aucune affinité, c'était un conglomérat de comités électoraux. Entre ceux qui sont restés et ceux qui ont rejoint le P.S.O.P., en réalité, sur ce plan-là, c'était la même chose.

— Du point de vue politique, comment les courants du P.S.O.P. et de la G.R. envisageaient les problèmes de la révolution ?

P. F. : Ils avaient de belles idées sur la guerre, avec toute la confusion possible, il y avait des pacifistes, des partisans de la grève générale, toutes sortes de choses. Il y a eu des résolutions extraordinaires de la G.R. sur la guerre. Je me souviens de bulletins, il y avait trois, quatre, cinq positions

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aussi débiles les unes que les autres. Toute réflexion faite, j'ai l'impression qu'on a travaillé dans du vide, du vent. Dans la S.F.IL.O, il y a eu quelque chose, c'était autre chose.

— Les déclarations de Pivert ont l'air comme ça de partir d'une analyse élaborée, en fait lorsqu'on les lit dans le détail, c'est d'une abstraction remarquable.

P. F. : Je ne connais pas un seul texte tant soit peu théorique. Je n'ai pas le souvenir d'un seul débat sur une question de fond. C'était comme ça un brave type, sans plus.

Il y a une grande différence entre ce qui se passait alors et aujourd'hui avec l'extrême gauche actuelle : un recrutement intellectuel, universitaire, étudiant, enseignant et pas seulement enseignant primaire, enseignant secondaire et supérieur et aussi des lycéens. À ce moment-là, il y avait très peu d'universitaires. La partie politisée était minoritaire dans l'Université et dans la partie politisée, la grande majorité était à droite. En 1924, je n'ai pas l'impression qu'on devait être plus de 50 à 60 membres des étudiants communistes. Du point de vue de la formation marxiste : entre 1900 et 1925, y avait un trou, très peu de publications de Marx. Ce n'est qu'en 1925 que l'on a réédité Marx. Dans le P.S., Marx était un inconnu, à l'exception de quelques vieux guesdistes. Mais c'était l'ABC, très élémentaire. Vaïllant et Jaurès le connaissaient, mais parce qu'ils connaissaient l'allemand. Même ce que faisait le P.C. : des résolutions, des thèses, ils n'ont jamais fait ça. C'étaient des résolutions courtes, tout à fait superficielles.

— Ce n'est pas comparable au P.S.U. actuellement où il y a des courants, des polémiques ?

P. F. : Quand tu vois que par exemple S. Weil passait pour apporter quelque chose. C'est ce qui explique aussi nos difficultés et notre crise : un milieu très peu politisé, pas de culture. Nous, nous allions plus loin quand les autres réfléchissaient, le trou était absolument énorme.

— Les débats qui existent aujourd'hui dans le P.S.U. sur la notion de prise du pouvoir n'existaient pas ?

P.F. : Absolument pas. On luttait contre la guerre, contre les fascistes. Mais aujourd'hui, si on compare l'union de la gauche au F.P!, le F.P. luttait contre les fascistes. L'Union

8. Front Populaire.

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la Gauche est obligée de dire qu'elle veut aller au sociame, Qu'ils y aillent effectivement, c'est une autre aflaire.…

— A propos de la guerre d'Espagne, quelles étaient les Positions du P.S.O.P. à propos du Front populaire espagnol, u rôle du P.O.U.M., etc. ?

—…. P.F.: Le P.S.O.P. a soutenu le P.O.U.M. En vérité, Blum a “ütilisé les gars du P.S.O.P. pour faire des transports d'armes. Là aussi, c'était une aspiration d'aller au combat pour lutter “contre le fascisme, mais ce n'était pas approfondi théorique- “ment: la révolution permanente, le probième de l'Espagne, tout cela était inconnu.

Il y avait dans le P.S.O.P. un type qui était un antitrotskyste congénital : Lefeuvre des Cahiers Spartacus. Ce n'était pas un antistalinien mais un anticommuniste.

* Je ne me souviens pas s’il y a eu des relations d'organi-

tion à organisation avec le P.O.U.M.

” Le P.S.O.P. a soutenu la révolution espagnole, des gars et ie battre en Espagne, en général dans les milices

— Le mouvement troskyste avait critiqué le P.O.U.M. Est-ce que dans le P.S.O.P. le problème a été débattu ?

P. F. : Le problème du P.O.U.M. s'est posé en 1935 en ce sens que ceux qui formaient la section espagnole, Nin, Andrade, ont fusionné avec Maurin de la fédération catalane. Nous, au P.C.I., en Espagne on a condamné. Rous représentant en Espagne du P.O.I. et de la IV* n’a pas condamné. Ce n'est qu'après que Trotsky a critiqué. La rupture s’est faite - ensuite au moment de leur entrée dans le gouvernement de Front populaire. Ils ont fait un truc de margoulins invraisemblable. Ils sont rentrés dans le Front populaire, ils ont eu un élu et ils sont ressortis. C'est une chose énorme.

Le P.S.O.P. s’est formé plus tard, presque vers la fin. La Gauche révolutionnaire avait aidé le P.O.U.M. Le P.S.O.P. devait être au bureau de Londres, mais je ne sais pas s'il y avait une affiliation internationale.

— Comment le P.S.O.P. concevait-il ses relations internationales ?

P.F. : C'est comme le P.S.U. : le coup de chapeau ; l'idée d'une organisation centralisée internationale leur était totalement étrangère. Dans la correspondance Trotsky-Pivert-Guérin, cette question est soulevée par Trotsky, c'est le fond de

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l'histoire, Pivert est absolument hostile à tout ça, il faut d'abord construire les murs, les sections et ensuite le toit : l'Internationale. Sur cette question d'organisation nationale et internationale, il y avait une barrière, un fossé entre eux et nous. L'accord pouvait se faire sur des bases tactiques. Mais il n'y avait pas de théorie, ce qui était théorie était social-démocrate, très loin de nous.

— Si on peut caractériser ce centrisme, comment pourrait-on dire ?

P. F. : C'étaient des sociaux-démocrates de gauche. Ça n'avait rien à voir avec Guesde ou Jaurès. C'était un bouleversement complet.

— Sans tradition théorique ?

P.F. : Sans traditions théoriques. Nous avons pu avoir des discussions avec Zyromski. Je me souviens qu'au P.S. j'ai eu une controverse avec Dan, le menchevik. Ce n'était pas un type brillant, mais il connaissait le marxisme et on discutait sur une base théorique. En réalité, il a ressorti la théorie de la révolution par étapes et le capitalisme d'Etat. Avec Pivert, jamais ; il faut lire ses interventions dans les congrès socialistes.

— Leur attitude vis-à-vis du Front populaire ?

P. F. : Ils étaient pour, au début : le livre de Guérin est clair, c'est une apologie : Blum n’a pas utilisé les possibilités du Front populaire. Ils n'ont pas compris que le F.P. était un moyen d’endiguer le mouvement ouvrier.

— Front populaire : révolution manquée. Ils distinguaient le F.P. d'en haut et celui d'en bas. E

P.F.: Il n'a pas compris et les gens du P.S.O.P. ne l'ont pas compris. Après la guerre, on a retivuvé les gens du P.S.O.P. dans tous les azimuts. Ça aussi, c'est une leçon : un courant qui n'est pas sorti, qui s’est effondré. Pivert a essayé, après la débâcle, il était au Mexique, il a envoyé une lettre à De Gaulle pour que les avions français aillent faire de la propagande sur les Allemands, une sorte de propagande antifasciste, je me suis marré.

Interview recueillie par E. ABRAHAMOVICI.

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Poù vient le P.S.U. ?

1 . Depuis sa création en 1960, le P.S.U. a constamment offert double visage. D'un côté, c'étaient diverses variantes du rmisme illustrées le plus brillamment par Pierre Mendèsce. De l'autre, c'était l'insertion d'une part de ses milits dans les luttes de masse. La crise de 1968 a créé des leversements notables au sein du P.S.U. : elle n'a pas gé radicalement la nature du P.S.U. et son double \'isage. C'est pourquoi il n'est pas inutile de rechercher quels sont Je traits dominants qui donnent à l'expérience du P.S.U. de 1960 à 1972 sa cohérence et expliquent la part que ce parti prise dans le cours de la lutte des classes de cette période.

1. Les origines

La création du P.S.U. en 1960 s'effectue deux années après l'un des échecs les plus considérables qu'a rencontrés le mouvément ouvrier : celui-ci a accepté sans combattre le coup d'Etat d'Alger et l'instauration de l'Etat fort qui est encore en vigueur quatorze ans plus tard. La défaite, c'est la confirmation de la dégénérescence de la social-démocratie embourbée dans sa collusion avec les fascistes de l'Algérie française. C'est aussi la croyance en la dégénérescence rapide du P.C.F. qui vient de supporter coup sur coup la déstalinisation de Khrouchtchev et un échec électoral retentissant, marqué par la perte de près d'un quart de ses électeurs.

La défaite sans combat, c'est par contre la préservation d'une classe ouvrière qui n'est en aucune façon décimée comme les prolétariats espagnol et allemand lors de l’instauration du fascisme. C'est pourquoi les centrales syndicales semblent moins embarquées dans le naufrage que le P.C-F. et la S-F.I.O.

Face à cette impuissance qui semble frapper les organi-

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sations traditionelles de la classe ouvrière, la création du P.S.U. paraît modifier la situation politique de la gauche qui semble ainsi disposer d’une possible carte de rechange.

Le douloureux abcès que constituait la guerre d'Algérie complique singulièrement le tableau décrit précédemment. La nature profonde du gaullisme s'en trouve camouflée. De Gaulle semble être en place pour poursuivre la guerre à la place du personnel politique de la IV République défaillant. Ce sera le mérite de quelques dirigeants du P.C.F. comme Laurent Casanova et aussi d'hommes comme Serge Mallet d'avoir saisi dès le début les tâches historiques que la bourgeoisie française allait déléguer à De Gaulle. Mais le facteur dominant, c'est l'apparente précarité du pouvoir gaulliste : ce que les généraux d'Alger avaient fait, il pouvaient le défaire.

Ce sont ces facteurs combinés qui expliquent, somme toute, la relative facilité de la fusion entre une minorité de la S.F.LO. regroupée dans le P.S.A. et l'U.G.S., mouvement issu de la recontre entre quelques chrétiens de gauche et les produits les plus divers de la crise du stalinisme. L'urgence des tâches et la place vide sur le devant de la scène politique expliquent cette hâte. Mais aussi la confusion idéologique inhérente à ur tel regroupement.

Le P.S.U. est bien né au moment même où apparaissaient au grand jour et la crise du stalinisme et une crise de la social-démocratie européenne, à une époque où apparaissaient en Europe d’autres organisations de type centriste. Il n’est pas pour autant né directement de cette double crise. Il suffit, pour s'en convaincre d'examiner plus attentivement ses rameaux constitutifs, le P.S.A., l'U.G.S. et Tribune du Communisme.

Rupture avec la social-démocratie ? Mais les hommes qui composaient le P.S.A. n'avaient en rien rompu sur le fond, avec l'idéologie social-démocrate. La rupture de la minorité socialiste — avec laquelle flirtait à l'époque Gaston Defferre —, d'avec la S.F.I.O., s'est faite sur le double problème du colonialisme (opposition à la politique algérienne de Mollet et de Lacoste) et sur le refus du soutien au coup d'Etat gaulliste de 1958. Cette rupture réunissait donc deux éléments : des réactions « généreuses » et «humanistes » sur l'Algérie d'une part, et la « tripe républicaine » et anti-« pouvoir personnel » sur la question du gaullisme d'autre part. C'était la rupture de sociaux-démocrates honnêtes avec la crapulerie.

Une fois arrivés au P.S.U., Verdier, Savary, et Daniel Mayer, les leaders de ce courant, ne cessèrent d'expliquer qu'ils avaient avec Guy Mollet des désaccords sur les méthodes, non sur le fond.

Dans cette période précise, ils étaient bien plus proches de la tradition « blumiste » que des dernières racines ouvrières de la social-démocratie. A la seule exception de Michel Rocard, les gens qu'ils entraînaient n'ont fait que traverser

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le P.S.U. sans le marquer durablement. Les « leaders » sont vite revenus à la vieille maison.

Alors rupture d'avec le stalinisme ? Si l'on entend par là la dizaine de militants groupés autour de Jean Poperen et de Marcel Pénin, dans Tribune du Communisme (et gonflée pour les besoins de la fusion), la rupture était mince. Le retour quelques années plus tard de Marcel Pénin au PCF. en traçait les limites comme l'éclaire la politique que mène aujourd'hui Jean Poperen au Parti socialiste. Quant à l'U.GS., on pouvait certes parler, pour certains de ses leaders venant de la Nouvelle Gauche — ceux qui pouvaient tenter de donner à la nouvelle organisation une coloration marxiste : Craipeau, Filiatre, Naville, Vincent — de rupture avec le stalinisme. Mais elle était pour le moins déjà ancienne : il s'agissait, en fait, de cadres issus, à des titres divers du mouvement trotskyste.

Certes, la place politique qu'occupait à sa naissance le P.S.U. était une place laissée vacante par la double crise du Stalinisme et de la social-démocratie. Mais il n'est pas directement né de cette double crise, à l'exemple de ce qu'ont été en Italie la naissance du P.S.I.U.P. et celle du Manifesto, des pans entiers d'organisations social-démocrates ou staliniennes rompant avec leur idéologie d'origine. L'originalité du P.S.U, est à chercher dans le troisième rameau de la fusion, l'UGS., ou plus précisément à travers une de ses composantes le M.L.P. Car le M.L.P. traduisait un phénomène nouveau : l'accession à la prise de conscience politique la radicalisation d'une partie des milieux chrétiens à la vie politique hors des principaux courants du mouvement ouvrier (leur seule expérience s'était faite quand ils avaient suivi de près ou de loin l'itinéraire du M.R.P.). Ces militants n'avaient aucune rupture politique à effectuer. Ils arrivaient vierges, révoltés par les injustices sociales du capitalisme et par la manière dont le colonialisme français bafouait ouvertement les notions mêmes de fraternité et de dignité humaine. Férocement ouvriéristes, mais souvent dotés d'une réelle sensibilité populaire, réfractaires à la sclérose des partis traditionnels, voire méfiants à l'égard de l'action politique et de ses « magouilles », avides de tout ce qui était « nouveau » (c'est-à-dire de tout ce qui pouvait fonder théoriquement l'originalité de leur démarche historique) les militants du M.L.P. donnèrent au P.S.U. beaucoup de ses cadres locaux, d’une étonnante longévité si on les compare à ceux issus de la S.F.I.0. Le P.S.U. n'a donc pas eu à se développer parmi les couches du type chrétiens de gauche, comme certains d'entre nous l'ont jadis écrit : il y est né.

Un autre facteur marquait le. P.S.U. dès sa naissance : le choix fait par Pierre Mendès-France et la minorité radicale, à travers le Comité d'action démocratique (C.A.D.), d'adhérer au P.S.A. puis au P.S.U. Cette adhésion ne se fit pas sans

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problèmes : elle souleva en particulier de fortes objections du côté de l'U.G.S. et surtout de sa composante M.L.P.

Ceux-ci dénonçaient dans cette adhésion celle d’un « courant bourgeois ». Mais moins de dix-huit mois plus tard, ils apportaient leur voix à Pierre Mendès-France et contraignaient le parti à approuver le tour de France que celui-ci avait entrepris. Ainsi se préfaçait ce qui devait être une grande constante dans les débats du parti : l'humanitarisme chrétien et du modernisme de gauche. Ces débats s'ouvrirent après la fin de la guerre d'Algérie et tombèrent sur des militants ahuris. Le parti avait en effet beaucoup recruté dans la lutte contre la guerre d'Algérie, mais sur une base mi-sentimentale, mi-activiste. La génération de militants entrés au parti pendant cette période était là pour l'Algérie : elle ne comprit rien aux débats qui s'engagèrent après l'indépendance et partit sur la pointe des pieds, le Congrès d'Alfortville (dit Congrès des 7 tendances) achevant d'écœurer ceux qui étaient encore là.

Ainsi dans toute cette période de la naissance du P.S.U. le dynamisme du parti se substituait à la clarification politique.

Le rôle accordé pour les besoins de la cérémonie de fusion au petit groupe de Tribune du Communisme animé par Jean Poperen avait pour fonction d'accroître le caractère unitaire du parti qui récusait le choix entre S.F.IO. et P.C.F. pour les uns, social-démocratie et stalinisme pour les autres. Dès sa naissance, ce parti se vouait à la synthèse et au renouvellement.

De 1960 à 1962 le P.S.U. est en ascension : il fait ses preuves toutes relatives — à l'occasion de la guerre d'Algérie. Ainsi l'une des premières grandes démonstrations publiques du P.S.U. fut une des manifestations organisée par l'U.N.E.F. le 27 octobre 1960. Près de vingt mille personnes participèrent à ce qui fut l’une des plus grandes manifestations de rue organisées sur le seul thème de la solidarité anticolonialiste, alors que la menace fasciste n'était pas précise. À bien des égards, ce fut une manifestation de gauche par rapport au P.C.F. qui tonnait, par des articles de Maurice Thorez, contre la prétention de l’U.N.E-F. à s'ériger en donneur de leçon à la classe ouvrière.

Mais dans le même moment, c'était une démonstration typiquement de la gauche non-communiste puisque les trois unions départementales de la C.F.T.C., de F.0. et de la F.E.N. appelaient à ce même rassemblement. Le P.S.U. apparaissait ainsi comme une force capable de structurer la gauche non communiste et de se substituer à la social-démocratie faillie.

La S.F.I.0. vient de rompre avec De Gaulle pour enfourcher le cheval du cartel des non et le P.C.F. est contraint aux grandes manifestations de rue de décembre 1961 — février

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1962 par des initiatives imputables en grande part au P.S.U. Les militants étudiants du P.S.U. participent, non sans quelques difficultés, aux activités du F.U.A. Ce dynamisme militant est incontestable et déborde, sur sa gauche, la passivité du P.C.F. tout en ne se déployant que sur le terrain de la lutte anticolonialiste et antifasciste.

Sur le terrain de la lutte antifasciste et anticolonialiste, le dynamisme militant était incompatible avec les orientations les plus platement réformistes.

Mais dans la même période, le P.S.U. a un pied dans les grandes manœuvres politiques de la bourgeoisie. Pierre Mendès-France, militant du P.S.U. expérimente son numéro de sauveur bis pour le cas où De Gaulle serait incapable d'en finir — par la guerre ou la paix, mais d'en finir, avec la guerre d'Algérie.

Le champ politique du P.S.U. est donc très vaste : il a la prétention de représenter tous ceux qui refusent le stalinisme et une S.F.I.0. déconsidérée parmi les militants de gauche. Cette gageure sera tenue pendant la période de la guerre d'Algérie.

Mais un tel exercice d'équilibre est un terrain favorable à la méséducation politique.

Cette position occupée par le P.S.U. était en une certaine mesure, pour l’U.G.S. en particulier, le résultat d'un travail de décantation au sein du mouvement ouvrier, mais c'était surtout le résultat des modalités de l'instauration de l'Etat fort en 1958 qui semblait consacrer la faillite de la S.F.I.O. et du PCF.

Dans ces conditions les ambiguïtés de ligne du P.S.U. tiennent autant au caractère confus de chacune de ses multiples composantes qu'à la juxtaposition de courants divers réunis dans un même parti par le refus du P.C.F. et de la S.F.I.O.

Cette mosaïque ne saurait faire oublier quels étaient les facteurs dominants le trait fondamental commun des directions du parti socialiste autonome et l'union de la gauche socialiste était dès cette époque le réformisme.

Ce poids dominant induisait un comportement différent à l'égard de la social-démocratie et du stalinisme. Le P.C-F. était pris comme une force ayant largement épuisé toute capacité d'élaboration stratégique tout en conservant la direction des bastions de la classe ouvrière : il s'agissait de peser sur le P.C.F. de l'extérieur.

Quant à la social-démocratie, elle semblait definitivement faillie sous la forme de la S.F.I.0. Il s'agissait alors de prendre sa place en tant que force distincte du P.C.F. influençant la classe ouvrière : telles étaient les bases communes de ceux qui voulaient construire une social-démocratie ravalée comme de ceux qui voulaient construire une organisation plus ancrée dans les luttes de classe.

La proposition stratégique du Front socialiste constituait

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une tentative visant à modifier le rapport des forces au sein de la gauche au détriment du P.C.F. et en faveur d'une orientation réformiste. Le moyen proposé était l'insertion des syndicats dans la coalition et des centrales comme la C.F.T.C. et la F.E.N. devaient y constituer des forces vives autrement plus dynamiques que la S.F.I.0.

Face à cette proposition aucun courant de gauche ne se constitua. Pour les quelques militants formés par des courants révolutionnaires, le front socialiste apparaissait comme une modalité de réalisation du bloc ouvrier et paysan prôné en son temps par les marxistes révolutionnaires. Ainsi déjà, les militants de gauche du P.S.U. croyaient en l'évolution vers la gauche d'un parti qu'ils influenceraient. En fait, ils ont facilité la formation de militants qui ont transité par le P.S.U., mais ils ont surtout contribué à habiller aux couleurs gauchisantes une orientation fondamentalement réformiste.

C'est pourquoi les différentes images que le P.S.U. se donnait de lui-même ne peuvent faire oublier quel était le camp dans lequel, de façon dominante, le P.S.U. se situait : c'était celui du réformisme et de la gauche non communiste.

2. De 1962 à 1968

Il est traditionnel de considérer la fin de la guerre d'Algérie comme la cause de la crise qui allait embraser le P.S.U. Tant que se prolongeait la guerre, il était aisé de mobiliser les militants et de faire du P.S.U. une organisation attrayante pour des milliers et des milliers de travailleurs. Cette affirmation masque d'autres phénomènes. A la fin de la guerre d'Algérie est associée la consolidation du régime gaulliste. Celui-ci dévoile alors l'ampleur de la misson que la bourgeoisie lui a confiée. En même temps, l'origine du régime fondé sur un coup d'Etat militaire s'estompe. Les législatives de 1962 et l'écrasement définitif du cartel des non confèrent au régime gaulliste une stabilité reconnue.

Avec l'ouverture de cette nouvelle période, la S.F.I.0. commence à relever la tête ne serait-ce qu’en faisant remarquer qu'elle existe encore. Après la rupture avec De Gaulle et l'échec de l'alliance avec Paul Reynaud et consorts, c'est à « gauche que la S.F.I.0. quête sa survie.

Cette stabilité du régime gaulliste exigeait de la part du P.S.U. un effort d'élaboration autrement plus sérieux que la préparation de la riposte au prochain putsch. La place du P.S.U. devait s’en révéler plus clairement.

Ainsi le P.S.U. montrait comment il était soumis aux fluctuations de la social-démocratie : quand l’un est en ascension, c'est que l’autre est en crise et réciproquement.

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Si l’on essaie de caractériser la place occupée par le P.S.U., il faut retenir que les sept tendances du congrès d'Alfortville cédèrent la place à un débat réel opposant ceux qui mettaient l'accent sur le modernisme et ceux qui insistaient sur l'union de la gauche S.F.I.0.-P.C. Mais cette bataille se situait dans un même champ politique, celui du réformisme.

Deux grands courants s'étaient en effet formés au sein du parti : l’un scellait l'alliance de sa base chrétienne d'origine et de son recrutement technocratique, sur la base d'une fascination commune pour la nouveauté. Conduite par un homme politique de grand talent, Gilles Martinet, elle se bâtit à la fois sur la préservation de l'autonomie du parti par rapport aux organisations traditionnelles et sur des thèmes modernistes authentiquement révisionnistes (des couches nouvelles à la « conquête » des centres de décision). L'autre courant défendra à la fois un minimum de principes marxistes et l'unité à tout prix avec la S.F.1.0. et le P.C.F. I regroupait l'essentiel des cadres politiques de formation marxiste venus de l’U.G.S., une base très attachée à l'école laïque et aux souvenirs du Front populaire sous la direction d’un cadre politique, formé à l'école stalinienne, Jean Poperen.

Dans chacun des deux camps, les militants de gauche étaient en fait des otages de projets politiques visant à orienter l'ensemble du mouvement ouvrier autour d'objectifs réformistes et concernant principalement le secteur de la gauche non communiste.

L'itinéraire des principaux animateurs du courant unitaire vers le parti socialiste était d'ores et déjà tracé ; quant aux dirigeants du courant moderniste, ils commençaient eux aussi à participer au ravalement de la social-démocratie dans le cadre des colloques socialistes mis en œuvre par l'un des secrétaires adjoints de la S.F.I.O., Georges Brutelle.

Après une bataille homérique de plusieurs années, le courant moderniste finit pas l'emporter avec l'appui des éléments mendésistes. L'ensemble de ces débats avaient été en fait peu formateurs pour les militants, rien ne put faire que se rejoignent les militants attachés au marxisme et reticents à l'égard de l'Union de la Gauche.

La seule tentative en ce sens fut celle du petit courant socialiste révolutionnaire. Seulement ce courant abordait une série de problèmes (les conseils ouvriers, la grève générale, voire la dictature du prolétariat) qui, pour les militants P.S.U. de l'époque fanatiques de « concret », avaient un délicieux parfum « quarante-huitard ». La personnalité des dirigeants de ce courant renforçait elle-même cette impression : tous, de Bleibtreu à Pennetier, en passant par Lequenne, avaient rompu avec la Quatrième Internationale en gros à la même époque, mais chacun sur un point de désaccord spécifique. Pour le militant P.S.U. « moyen », ils incarnaient les vestiges d'un passé révolu : le courant socialiste-révolutionnaire ap-

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paraissait comme une relique un peu désuète en tout cas bien poussiéreuse. De plus, il recrutait davantage sur la base de l'activisme militant que sur une ligne politique donnée.

Aux plus grandes heures de sa gloire, il ne dépassa jamais les 10 % avant de s'effondrer naturellement.

Les lambertistes, quant à eux, n'avaient pas négligé l'entrisme au P.S.U. : Garabuau et Berg dirigeaient en fait les Jeunesses socialistes unifiées. Fidèles à eux-mêmes, il ne participèrent pas à la tendance « socialiste-révolutionnaire », mais parasitèrent le courant «unitaire » que dirigeait Jean Poperen.

La défaite du «courant unitaire » et le départ des plus authentiques sociaux-démocrates a certes modifié l'orientation du P.S.U. : il est très révélateur qu'elle n'ait pas modifié radicalement le type de place qu'il occupait.

Cette expérience montre aussi comment le P.S.U. reflète purement et simplement les données de la lutte des classes et leurs traductions auprès des pôles politiques extérieurs. Dans la crise des années 1962-1963, le P.S.U. s'est contenté de subir une situation politique sans qu'aucune orientation proposée ne tente de la maîtriser.

C'est ainsi qu'une très grande majorité du P.S.U. se prononça pour le soutien de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1965. Seule une faible minorité — environ 15 % — se prononça pour refuser ce soutien. C'était une minorité de rencontre qui n’a en aucune façon donné naissance à la structuration d'un courant politique. Que ce soutien ait été enthousiaste pour les uns et forcé pour les autres ne change rien à cette constatation : la grande majorité du P.S.U. s'est ralliée à une initiative qui allait marquer la gauche française pour une période durable ; elle n'était en rien capable d'inventer une autre solution que celle imposée par la facilité.

Se déployèrent alors les grandes orgues du modernisme. Un militant encore peu connu montra vite qu'il connaissait bien ce registre-là : l'élaboration du « contre-plan » puis les « colloques de Grenoble » marquèrent les premières appari- M tions importantes de Michel Rocard.

Ces colloques réalisèrent la rencontre des clubs et des syndicalistes qui entendent renouveler la gauche par la rigueur techniciste. Jamais le P.S.U. ne sera allé aussi loin dans ses tentatives modernistes et ses prétentions à jeter aux orties les principes élémentaires de la lutte des classes : il entend se présenter en concurrent direct de la S.F.L.O. et des clubs de François Mitterrand.

L'ardeur à la tâche du secrétaire à l'organisation, Marc Heurgon, ne suffit pas à homogénéiser le P.S.U. sur de telles bases : c'est aussi la période d'un repli basiste de nombreux militants qui demeurent au P.S.U. faute de mieux et d'autres organisations nationales.

Il faut situer les orientations du P.S.U. des années 1963-

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1968 dans les caractéristiques de cette période. La plupart des militants un peu teintés de marxisme vivaient en fait au rythme des débats de la gauche italienne de Basso à Magri, en passant par Ingrao et Foa. Pour le public français, le principal traducteur » de ces débats était André Gorz, qui développait à leur ombre la stratégie du « réformisme révolutionnaire.

Ces rappels ne sont pas des vieilleries inutiles pour les milants d'après mai 68. Ils montrent comment maints donneurs de leçons de révolution se sont laissés prendre en leur temps aux pièges de l'apparence de la stabilité du capitalisme des années 60. Les carences spécifiques du P.S.U. ont encore accentué cette tendance des courants centristes à prendre les données conjoncturelles de la lutte des classes pour des données permanentes.

Ainsi, le refuge du P.S.U. dans des propositions modernistes au cours des années 1963-1967 est directement le reflet de la fanière dont les couches influencées par celui-ci percevaient la lutte des classes dans ces mêmes années.

Le bouillonement de l'Union des étudiants communistes apparaissait alors loin des préoccupations des masses. Pourtant c'est ce débat-là qui était porteur de l'émergence des principales orientations qui existent aujourd'hui à la gauche du PCF.

Mais, s'il n'avait pas été possible de réunir les marxistes hostiles à l’Union de la Gauche, le rapprochement entre les «unitaires » et les modernistes se fit lui beaucoup plus rapidement : sur le choix de l'insertion du P.S.U. dans la socialdémocratie rénovée, dans un grand parti de la gauche non communiste. Le premier ballon d'essai avait eu lieu à l'occasion de l'élection présidentielle. A l'approche du V‘ Congrès, Jean Poperen et Gilles Martinet défendirent de concert J'«association » à la F.G.D.S. Ils recueillirent à peine 30 % des mandats. Mais la coalition qui s'était nouée contre eux était largement aussi ambiguë que les précédentes. Contrairement aux conclusions que tirèrent de ce vote certains militants, la réaction du parti tenait plus à l’aversion naturelle des milieux chrétiens pour le caractère « sclérosé » des appareils de la gauche traditionnelle qu'à un authentique gauchissement du parti.

La proposition d'adhésion à la F.G.D.S. laminée, c'est aussi la consécration de l'échec politique de l'ensemble des équipes dirigeantes du P-S.U. depuis sa création. Une nouvelle page de l’histoire du P.S.U. s'ouvre.

Le conglomérat qui a mis en place le nouveau bureau national sous la direction de Michel Rocard n'a guère de projet politique cohérent. Il y a ceux, tel le Secrétaire national, qui estiment qu'il est prématuré d'adhérer à la F.G.D.S. car le levain moderne que doit fournir le P.S.U. n'est pas encore suffisamment levé. Il y a ceux qui entendent construire une

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organisation autonome faisant preuve d’un grand activisme aisément monnavable le moment des marchandages politiques venus. Il y a les rescapés des divers courants qui s'étaient retrouvés dans le P.S.U. Et puis il y a les différentes strates historiques de militants qui ont résolu leurs problèmes politiques par le basisme et une présence effective dans les luttes, ce qui les écarte des tentations social-démocrates.

3. Le P.S.U. en mai 1968

Le P.S.U. n'était en rien préparé à cette épreuve : les 1e et 2 mai, la D.P.N. discutait gravement de la poursuite des « colloques » socialistes avec la F.G.DS.

Une fois les « événements » enclenchés, le P.S.U. s’y comporta pourtant mieux que l'on ne pouvait s'y attendre. Dans une certaine mesure, le fait que la crise s'ouvrit d'abord en milieu étudiant facilite son insertion. Non seulement parce que les liens bureaucratiques avec l'U.N.E.F.-Jacques Sauvageot étaient étroits, mais surtout parce qu'une partie des motivations de la révolte étudiante était compréhensible au militant P.S.U. moyen, lui aussi issu de la petite bourgeoisie. L'irruption dans la lutte des masses ouvrières introduisit un certain flottement : cependant, le P.S.U. disposant d'une image de marque moins « étudiante » que celle des « groupuscules » servit en partie de « passerelle », facilitant, par exemple, la participation d'une fraction de la classe ouvrière en grève aux manifestations étudiantes. Et ce, d'autant plus que spontanément bien des militants P.S.U. se révélaient dans les luttes comme de courageux animateurs, hommes de masse respectés et écoutés de leurs collègues. Cela restait cependant une somme de réactions individuelles que le parti ne contrariait pas. Cela dit, parti objet plus que sujet, le P.S.U. suivit le mouvement, mais jamais ne l'impulsa.

Et quand il se mêla de vouloir lui donner des perspectives celles-ci furent toujours largement erronées. Ainsi en alla-t-il de la mise en avant de la thèse des trois pouvoirs (pouvoir ouvrier, pouvoir étudiant, pouvoir paysan), éclatante démonstration de la méconnaissance des problèmes de la prise du pouvoir et de la nécessité de destruction de l'Etat bourgeois. Ainsi en alla-t-il de la conception de « l'opération Mendès-France », traduisant l'incompréhension des problèmes posés par une éventuelle période de transition et de double pouvoir. Ainsi en alla-t-il du refus de participer à la manifestation organisée par la C.G.T. le 29 juin. Depuis que Cohn-Bendit avait déclaré que «les crapules staliniennes étaient dans le fourgon de queue », la direction du P.S.U.

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avait chassé la domination stalinienne de sa tête : il était plus difficile de la chasser du mouvement ouvrier.

Cela dit, le P.S.U. avait été « dans le mouvement », et beaucoup de nouveaux adhérents le rejoignirent sur ces bases. Nombreux furent alors ceux qui pensèrent que ce type de recrutement allait changer fondamentalement la nature du P.S.U. Il n’en fut rien. Car si l'ardeur révolutionnaire des nouveaux adhérents était intacte, bien des préjugés existaient à l'intérieur même du mouvement de mai et ne les avaient pas épargnés. Les réticences par rapport à « l’organisation », les illusions sur le rôle dirigeant éventuel de couches petites-bourgeoises (lié à la place tenue en mai par le mouvement étudiant), les thèmes pseudo-autogestionnaires, libération individuelle, conquête des pouvoirs, etc. étaient fortement enracinés. L'une des caractéristiques que nous avions prêtées aux couches sociales-chrétiennes était pourtant absente chez la plupart de ces nouveaux militants : la nécessité de la violence révolutionnaire y était largement admise. Il appartenait au parti d'assumer les débats qui couvaient à travers le mouvement de mai. Comment le pouvaitil! Seule à l'époque, la J.C.R. eut le courage de le faire, avec ses faibles moyens.

4. Du Congrès de Dijon (1969) au Congrès de Lille (1971)

Lors de la crise de 1968, le P.S.U. a ainsi retrouvé quelques-unes de ses caractéristiques initiales. C'est d'une part un dynamisme militant incontestable qui révèle de nombreux animateurs de masse et en attire d’autres. C'est la tentation des raccourcis conduisant le P.S.U. à tremper dans des opérations politiques internes à la bourgeoisie, comme l'appel de Pierre Mendès-France, qui n'aura pas encore sauvé sa patrie cette fois-ci. Ce sont des propositions stratégiques bâclées et inspirées par le réformisme, comme le mot d'ordre des trois pouvoirs.

Cette similitude entre le comportement du P.S.U. de 1960 et celui de 1968 vaut la peine d'être notée car elle montre bien la continuité historique qui lie les différents P.S.U. qui semblent se succéder. La continuité semble s'arrêter à cette date car ensuite le cours du P.S.U. effleure des rivages jusqu'ici largement inconnus pour lui, ceux du mouvement révolutionnaire.

Cette mutation du P.S.U. est importante pour l'ensemble du mouvement ouvrier ét.les retours d'âge qui l'affectent aujourd’hui en remettant à jour ses caractéristiques constitutives ne sauraient le faire oublier.

C'est bien sûr le choix organisationnel refusant le nau-

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frage dans la F.G.D.S. qui a permis cette orientation nouvelle du P.S.U. Mais il faut souligner que c'est une cause passive, car les choix stratégiques de 1967 et la nature du conglomérat majoritaire ne créaient pas les conditions d'une progression politique faisant changer le P.S.U. de cap.

Par contre, les couches influencées et influençant le P.S.U. changèrent relativement de cap avec la remontée de la lutte de classe et leur traduction du plan politique.

La direction du parti était apparue unanime peräant toute cette période, il était difficile que des conflits apparaissent après. On s'achemina ainsi vers l’unanimisme au Congrès de Dijon à peine troublé par les remarques d'Alain Bagiou.

Les «17 thèses» de Dijon tentaient une synthèse entre technicisme moderniste et un marxisme révolutionnaire fortement teinté d'économisme. Elles entendaient cepeïdant se situer résolument à gauche du réformisme, mais sans aucune analyse sérieuse du stalinisme.

C'est ici, à vrai dire, que la « gauche officielle » du ?.S.U. commença à creuser sa tombe. Laisser à Badiou seul l’initiative du débat était une grave erreur.

Il était possible alors de faire apparaître deux lignes au sein du parti, de jeter les bases d'un puissant courant rmarxiste révolutionnaire. Car Rocard, dont le parti savait confusément qu'il n'avait pas joué un rôle très actif en mai 1968, n'était pas encore « indéracinable ». Et Badiou posait des questions réelles, même si les réponses apportées étaient erronées : l'itinéraire maoïste n'était pas inéluctable pour bien des militants qui se sentaient concernés par ces questions. Quelques mois plus tard, il était sans doute déjà bien tard.

Deux mois après, c'est en effet le départ de De Gaulle et l'élection présidentielle. Sans s’attarder sur les thèmes idéologiques véhiculés par Michel Rocard à cette occasion, il faut souligner que, pour lui, son concurrent principal face à la bourgeoisie est Gaston Deferre. Il suffit, pour s'en convaincre, de réécouter les déclarations qu'il faisait dans la nuit des résultats de l'élection présidentielle. C'est à celui de Gaston Defferre qu'il comparait son résultat électoral pour en conclure à la disparition de la social-démocratie et affirmer Ja prétention du P.S.U. à animer le courant socialiste. Quant à la candidature d'Alain Krivine, elle était prise comme fait négligeable.

L'introduction du thème de courant socialiste pendant l'année 1969 par un bureau national paraissant unanime en dit long sur certaines des constantes du P.S.U. Ce courant socialiste avait certes vocation à englober tout ce qui bouge à gauche du P.C.F., mais il avait pour fonction d'organiser tous les réformistes déçus par l'effondrement politique de la F.G-DS. Le P.S.U. entendait être présent pour organiser tout un secteur de la gauche non communiste.

Par ailleurs, les élections présidentielles avaient permis

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à Michel Rocard de cristalliser sur sa personne toute la fonction de représentation du parti. Cette situation devait commander l’évolution du parti dans les mois qui viennent. La « gauche » du parti avait choisi sa tactique : refuser tout débat de clarification politique, laisser croire aux militants que tout allait pour le mieux dans le meilleur des bureaux nationaux, abandonner à Rocard les tâches de représentation politique, investir sur la pointe des pieds (parfois chaussés de gros sabots) les secteurs décisifs pour la vie « réeile » du parti, miser sur la radicalisation spontanée des militants. Cette attitude eut plusieurs conséquences.

Faute d’un affrontement clair au sein de la direction du parti, personne n'était en mesure d'opérer ies synthèses et les compromis nécessaires. Bien plus que s'il y avait eu affrontement de ligne, le parti était en fait partagé entre toute une série de pratiques contradictoires.

— Au niveau de sa direction, la mode était à la « guerre des tranchées » feutrée. De sa bastille (de son secteur), chacun épiait l’autre. Tant que l'on ne pénétrait pas sur le territoire du voisin, tout allait bien.

— Au niveau des adhérents, c'était un recrutement « tous azimuts ». Le P.S.U. ne recrutait pas sur sa ligne — iaqueile ? —, mais sur son absence de ligne. À la limite, cette abserice sécurisait : l'adhésion était vécue comme peu contraignante. Du C.E.R.E.S. à La Cause du Peuple, en passant par l'A.J.S., toutes les lignes politiques pouvaient ainsi cohabiter. Quelle importance d’ailleurs, puisque le débat politique était proscrit, puisque le seul problème était de référence à la pratique, et que seuls quelques affreux idéologues osaient parfois insinuer que les lignes politiques pouvaient influer sur les pratiques politiques. Affronter ce problème eût crée des traumatismes : dans le merveilleux langage de notre parti, on parlait alors de « sensibilités ». Dans ce contexte, le rôle attribué à la formation était particulièrement significatif. Bien sûr, l'incapacité où se trouvait le P.S.U. de former ses militants tenait d'abord à son absence de ligne politique. Mais il y avait plus : c'est que toute formation était vécue comme « dogmatique ». D'où le mode de formation « réfléchissons sur les luttes » dans laquelle Dalbert est passé maître, et qui n'exclut bien entendu aucune manipulation.

Ce type de parti attirait un certain type de militants peu désireux, même s'ils partageaient peu ou prou les orientations (les sensibilités) de tel ou tel groupe, d'assurer les situations groupusculaires, soucieux au contraire de s'investir dans un parti ayant une réalité nationale.

Au niveau des sections et des fédérations, celles-ci s'engageaient dans les initiatives préconisées par la direction au gré de leur humeur. Les initiatives étaient en général prises

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sous la pression de l’un des courants : il se heurtait alors à l'indifférence, voire à l'hostilité d= ses autres composantes et à l'incapacité de la direction du parti à centraliser son activité. Très vite, sections et fédérations firent ce qu’elles voulaient. La plus éclatante démonstration de cette mosaïque fut sans contexte les élections municipales de 1970 : une fois rompues les négociations avec le P.C.F. le parti dans son ensemble prit à peu près toutes les positions possibles : listes communes avec les révolutionnaires (Paris et Région parisienne), P.S.U. seul (Rhône et Nord), Union de la gauche classique (Côtes-du-Nord, Gard), Union de la gauche non communiste (Drôme, Isère), boycott (Bouches-du-Rhône). À terme, cette situation devait entraîner un grand nombre de sections et de fédérations à théoriser le localisme et le willayisme. C'est le secrétaire de la Fédération de la Haute-Garonne qui s’étonnait, lors d'une réunion de la D.P.N. que l'on critique le Bureau national « alors qu'il nous laissait faire absolument ce que Fon voulait chez nous ».

Cette situation ne gênait guère Rocard — qui n'avait pas encore les moyens de lancer une offensive majoritaire. Elle lui permettait au contraire, de magnifiques numéros contre le monolithisme, pour la diversité, le tout sur le thème : « Voyez comme on est démocratique chez nous. »

Faute de clarification et d'orientation politique, la « gauche » de la direction était bien incapable de maîtriser ce qu'il pouvait y avoir de réel dans la radicalisation d’une partie des militants. Celle-ci, non maîtrisée, prit des visages extrêmement divers, fortement teintés d'ouvriérisme et de spontanéisme. Et, pour cette radicalisation, la « gauche » de la direction choisit alors de prendre appui sur le populisme au lieu de le combattre. Ainsi pu naître la « Gauche révolutionnaire » dont le maoïsme ne s’affichait guère, au départ puis le « courant 5 » curieux mélange de sensiblité populiste et d'intérêts bureaucratiques. Mais en choisissant aussi de flatter de manière ultra-démagogiq':e les pires travers des couches sociales-chrétiennes, (basisme, refus d'un parti centralisé, mépris des débats « théoriques », glorification des «luttes » et du « concret ») la gauche de la direction allait au-devant de sa perte. Elle bénéficiait d'un certain crédit tant qu'elle glorifiait les luttes à la base et encourageait toutes les velléités d'autonomie des secteurs et fédérations. Mais elle ne réussit évidemment pas à capitaliser ces sympathies au profit d'une bataille centralisée contre Rocard. Rocard lui-même pouvait en effet manier très allégrement le langage populiste. Et la base du texte 5 ne voyait clairement ni les divergences politiques, ni même l'enjeu que représentant la conquête de la direction (puisqu'on leur avait enseigné que tout se passait à la base). Elle eut tendance à ne voir dans l'affrontement que manœuvres bureaucratiques (en quoi elle n'avait pas totalement tort) et toutes les entreprises de « dépolitisation » du

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texte 5 se retournèrent contre lui, des A.O.P. à la motion préjudicielle du Congrès de Lille qui prévoyait que l'on ne débatte pas à partir des textes d'orientation.

Ce fut la débâcle : les tenants du texte 5, qui se voyaient encore majoritaires huit jour avant le Congrès, recueillirent à peine 20 % des mandats. Toute une partie de leur base vota massivement pour Rocard, parce que Rocard, c'était le parti, parce que Rocard, c'était quand même plus sécurisant et que jamais on n'avait tenté de les préparer politiquement à cet affrontement. Quant au courant marxiste-révolutionnaire, il ne joua au congrès de Lille qu'un rôle tout à fait secondaire. Il ne devait d’ailleurs se constituer qu'au lendemain de la victoire plébiscitaire de Michel Rocard*.

* Extraits de la brochure : Des militants du P.S.U. rejoignent la Ligue Communiste. Pourquoi? Un bilan du P.S.U. Paris, 1973, par D. Hué, J. KERGOAT, C. LEUCATTE...

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Table

1. Introduction (E. ABRAHAMOVICI) .................... 2. Karl Kautsky et le « Centre orthodoxe » avant 1914 (C. Rossi)

3. L'I.L.P. et la IV: Internationale (L. TROTSKY)

4. Documents du P.S.O.P. et du P.O.U.M. ..............

5. Qu'est-ce que le P.S.O.P.? Une interview de Pierre Frank

6. D'où vient le P.S.U. ?

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A cuvé D'IMPRIMER

EN JANVIER 1974 SUR LES PRESSES

DE L'IMPRIMERIE CH. CORLET, 22-26, RUE

DE VIRE, A 14110 CONDÉ-SUR-NOIREAU

DÉPÔT LÉGAL : 1" TRIMESTRE 1974

N° IMPRIMEUR : 10043 - N° ÉDITEUR : 637 TIRAGE : 3.500 EXEMPLAIRES

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brochure diffusée par:

la jeune garde socialiste / belgique

rouge / france

la ligue marxiste révolutionnaire / suisse

la ligue communiste révolutionnaire / luxembourg

François Maspero, éditeur 1, place Paul-Painlevé, Paris-V° 5,00 F

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