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l'agonie du capitalisme les tâches de law e
transition
Classique «Rouge» N° 5
L’agonie du capitalisme et les tâches de la IV® Internationale
(Programme de Transition)
Traduction nouvelle
FRANÇOIS MASPERO 1, place Paul-Painlevé - 5e PARIS
DANS LES LIVRES ROUGES Renaissance du bolchevisme en U.R.S.S.. Mémoires d'un bolchevik-léniniste. Ernest Mannez, Contrôle ouvrier, conseils ouvriers, autogestion. Jacob Monera, La politique coloniale du P.CF. JEDERMAN, La « Bolchevisation » du P.C.F. Livio MalrAN, L'Armée, le parti et les masses dans la révolution culturelle chinoise. Tariq ALt, Dictature militaire ou pouvoir populaire au Pakistan. TROTSKY, PRÉOBRAJENSKY, Rakovsky : De la bureaucratie. Louis COoUTURIER, Les grandes affaires du P.CF. Pierre Rousser, Le parti communiste vietnamien.
DANS LES CAHIERS ROUGES DOCUMENTS DE FORMATION COMMUNISTE . Eléments de théorie économique marxiste . La médecine confisquée . De la bureaucratie . K. MopZELEWSKY, J. KURON : Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais . L'Intervention en Tchécoslovaquie, Pourquoi ? Construire le parti révolutionnaire Construire l'Internationale 67. I. Théorie et système d'organisation 89. II. De l'internationalisme à l'Internationale 10-11. III. Dialectique des secteurs d'intervention 12. Le Deuxième souffle. Problèmes du mouvement étudiant 13. Pédagogie et crise de la bourgeoisie 14. Vietnam, Laos, Cambodge, un même combat Spécial : « Le complot frotskyste » en Tchécoslovaquie 15. Proche-Orient : de la résistance palestinienne à la révolution socialiste
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SÉRIE INTERNATIONALE U.R.S.S. et pays de l'Est : capitalisme ou socialisme ? . Réformisme militaire et lutte armée en Amérique latine . Pologne : le crépuscule des bureaucrates . La Deuxième Guerre d'Indochine . Afrique noire, impérialisme et révolution . Révolution permanente en Amérique latine
CAHIERS DE LA IV® INTERNATIONALE La guerre d'Espagne (1936-1939). Témoignage d'un combattant trotkyste dans les Brigades internationales . Sur la révolution cubaine SÉRIE « CLASSIQUE »
. Léon TrotskY, La Révolution permanente en Russie . Léon Trorsky, Nature de l'Etat soviétique Crosse en l'air. Le mouvement ouvrier et l'armée: 1900-1914 . Léon Trorsky, Classe ouvrière, parti et syndicat L'agonie du capitalisme et les tâches de la IV Internationale (Programme de transition 1938) . L'ernemi est dans notre pays (l'antimilitarisme révolutionnaire après 1918) . Léon Trorsky, Les Leçons d'Octobre . LÉNINE et TROTSKY, Sur la Commune de Paris : Lénine contre Staline . Les Etats-Unis socialistes d'Europe . Léon TrorskY, Discussion sur le programme de transition
SÉRIE « MARX OÙ CRÈVE » . Marxisme et petite-bourgeoisi . Denise AVENAS, Trotsky marxiste 3, « Lutte Ouvrière» et la révolution mondiale 4, « Lutte Ouvrière » ou la tendance prolétarienne 5, Qu'est-ce que l'AS,
Lion DE POCHE ROUGE Ce que veut la Ligue communiste HORS COLLICTION
Pour lire « La Révolte de la mer Noire». André Marty révolutionnaire
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Préface
Le Programme de Transition, que nous rééditons aujourd'hui fut rédigé par Léon Trotsky pour préparer le Congrès de fondation de la ÎV* Internationale, en 1938. Le congrès adopla ce texte, écril en vue des siluations révolutionnaires imminentes, comine une des bases programinatiques de la IV® Internationale. IL devait permettre aux militants marxistes-révolutionnaires de faire progresser l'unité, la conscience, la mobilisation et la combativité des masses, pour les mener à la lutie frontale contre le capitalisme el son élal, en vue de la conquête révolutionnaire du pouvoir.
L'origine de la conception d'un tel programme remonte au Manifeste Communiste de 1848. À la fin du chapitre « Prolétaires el Communistes », Marx et Engels proposaient un programme en dix points, visant essentiellement à rassembler les travailleurs dans la lutte pour la conquête du pouvoir. Mais c’est plus précisément dans l'expérience des bolchéviks entre février et octobre 1917 que l'on trouve, pour la première fois, la mise en œuvre consciente et organisée d'un Système de revendications transiloires, tenant cornpte des conditions objectives et de la conscience des masses (qui gardaient encore leurs illusions sur les menchéviks et les Socialistes-révolutionnaires), pour les amener à comprendre la nécessité de la prise du pouvoir, et à se préparer à l'insurrection. C'est ainsi que dans La Catastrophe Imminente, en septembre 1917, Lénine part des besoins des masses Pour présenter lout un corps de mots d'ordre organiquement liés, dont la réalisation, profondément anticapitaliste et révolutionnaire, dépend de la mobilisation et de l'organisation des masses, el qui sont de nature à élever, en retour, celte mobilisalion et cette organisation — Lénine montre ainsi très concrète ment que seule la prise en main de l’économie au bord de l'abime par les masses exploitées elles-mêmes, et pour elles-mêmes, pourra les préserver de la catastrophe où les entraînent les capilalistes, leurs ministres et leur état, qu’il faudra balayer.
Ce faisant, Lénine rompait avec la division classique opérée par la Il° Internationale, dans ses textes Programmaliques (le brogramme d'Erfurt étant parmi les plus connus, entre un programme « minimum » d'action réformatrice immédiate et un programme « maximum » de passage au socialisme, remettant à une date indéterminée, mais en tous cas lointaine, la prise du pouvoir par le prolétariat. Troisky a montré, notamment dans les pages absolument magistrales et fondamentales consacrées à «la stralégie et la tactique à l'époque de l'impérialisme », publiées dans l'Internationale Communiste après Lénine, comment une telle division correspondait à l'époque de développement et d'expansion organiques du capitalisme à l'échelle mondiale, où n'était pas posé le problème de l'actualité de la révolution prolétarienne. Mais, avec le développement de l'impérialisme et la révolution
de 1905, le tournant du siècle, ouvrant l'ère des révolutions et des guerres, mettait à l'ordre du jour le problème d'une stratégie de conquête révolutionnaire du pouvoir, et la nécessité d'un « pont » entre les 2 programmes,
Parallèlement à Lénine, quoique de façon plus confuse, quel que peu unilatérale et maximaliste, et beaucoup moins géniale. ment pratique que lui, Rosa Luxemburg arrivait à une concep. lion voisine, et déclarait en 1918, dans son Discours sur le Programme du Parti Communiste d'Allemagne :
Notre programme est en opposition consciente avec le point de vue sur lequel reposait jusqu'alors le programme d’Erfurt, en opposition consciente avec la séparation des revendications immédiates, dites minima, pour la lutte économique et politique, du but socialiste final comme programme maximum. En opposition consciente à cela, nous dressons le bilan des résultats des soixante-dix dernières années de développement et notamment de leur produit direct, la guerre mondiale, en disant : pour nous, il ny a pas un programme minimum et un programme maxi mum ; le socialisme est un; le socialisme, c'est le minimum que nous devons aujourd’hui réaliser. »
L'Internationale Communiste principalement au 3% et au 4 Congrès, revient longuement sur ce problème, le précisant et le systémalisant :
«À la place du programme minimum des réformistes et des centristes, l’Internationale Communiste met la lutte pour les besoins concrets du prolétariat, pour un système de revendications qui dans leur ensemble démolissent la puissance de la bourgeoisie, organisent le prolétariat et constituent les étapes de la lutte pour la dictature prolétarienne et donc chacune en particulier donne son expression à un besoin des larges masses, même si ces masses ne se placent pas encore consciemment sur le terrain de la dictature du prolétariat.
Dans la mesure où la lutte pour ces revendications embrasse et mobilise des masses de plus en plus grandes, dans la mesure où cette lutte oppose les besoins vitaux des masses aux besoins vitaux de la société capitaliste, la classe ouvrière prendra conscience de cette vérité que si elle veut vivre, le capitalisme doit mourir.» (Quatre premiers congrès mondiaux de l'Internationale Communiste. 3 Congrès, 1921, Thèses sur la tactique, pp. 99-100.)
3. Dans le programme des sections nationales, la néce de la lutte pour les revendications transitoires doit être motivée avec précision et netteté; les réserves sur les rapports de ces revendications avec les conditions concrètes de temps et de lieu doivent être mentionnées,
4, Les fondements théoriques de toutes les revendications transitoires et partielles doivent absolument être formulées dans le programme général, Le IV' Congrès se prononce tout aussi résolument contre In tentative de représenter l'introduction de re-
vendications transitoires dans le programme comme de l'opportunisme, que contre toute tentative d’atténuer ou de remplacer les objectifs révolutionnaires fondamentaux par des revendications partielles.
5. Dans le programme général doivent être nettement énoncés les types historiques fondamentaux entre lesquels se divisent les revendications transitoires des sections nationales, conformément aux différences essentielles de structure économique et politique des divers pays, comme par exemple : l'Angleterre d'une part, l'Inde de l’autre, etc. (idem. p. 165. Résolution sur le programme de l’Internationale Communiste.)
Les staliniens se hâtèrent « d'oublier » toute référence à des revendications transitoires. Le programme «maximum» frelaté de la % période suffisait à leurs cabrioles ultra-gauches, jusqu’à ce que leur « droitisation» constante après 1936 puisse se satisfaire amplement du programme minimum. Il appartenait à la IV° Internationale de maintenir et de développer cet acquis du bolchévisme sur le plan de la stratégie de mobilisation révolutionnaire des masses.
Depuis 1938, le programme de transition est un acquis inséparable de la IV° Internationale. Il n'est pas à lui seul le « programme fondamental» de notre organisation, mais il en fait partie. Notre programme, l'ensemble de nos principes de référence, sont contenus dans les textes fondamentaux du marxismerévolutionnaire, dans les Quatre premiers congrès de L’Internationale Communiste, dans les congrès de la IV* Internationale... Mais le Programme de Transition est une partie essentielle de ce programme de principe. Outre les acquis théoriques de l'ensemble du mouvement ouvrier révolutionnaire, culminant dans la Révolution d'Octobre, il synthétisait les enseignements théoriques et pratiques des luttes déjà menées par l'opposition de gauche au stalinisme. Il était, sur le plan programmatiaue, l'aboutissement d'un travail de clarification dans l'opposition internationale marqué notamment l'élaboration, en 1934, du Programme d'Action des Bolcheviks-léninistes de France, comme la proclamation de la IV* Internationale l'était sur le plan organisationnel, et il reste une arme essentielle pour les militants marxistes-révolutionnaires. Mais le Programme de Transition n’est pas une panacée. Il est historiquement daté, il n'est pas définitif, et, au premier chef, il n'est pas complet.
Trotsky, préfaçant le Manifeste Communiste, insiste sur la nécessité d'y apporter «rectifications et compléments», car, dit-il, «la pensée révolutionnaire n'a rien de commun avec l'i dotâtrie ». Quant au Programme de Transition, Trotsky ne prétendait pas avoir produit un texte sacré. Il déclarait lui-même :
«Le programme n'est qu'une première approximation. Il est trop général de la façon dont il est présenté pour la prochaine
conférence internationale. Il exprime la tendance générale du développement mondial. »
Et il écrivait, dans l'Internationale Communiste après Lénine :
«Un programme d’action révolutionnaire ne peut être regardé comme un recueil de thèses abstraites, indépendantes de tout ce qui s’est passé durant des années historiques. Certes, un programme ne peut décrire ce qui s’est produit, mais il doit en faire son point de départ et d'appui, il doit embrasser tous ces événements et s'y référer. »
Enfin, reprenant l'expression de Lénine selon qui le programme doit « enregistrer ce qui est conquis », il ajoute que : « l'avantgarde du prolétariat a besoin d'un manuel d'action.»
C’est dire qu'un programme doit tenir compte des développements de la situation objective, des modifications du rapport des forces, des bouleversements du monde et des expériences nou: velles faites par les masses.
Tout le monde n'est pas de cet avis. Le groupe Lambert, exclu de la IV* Internationale en 1952, et qui persiste à se réclamer du
trotskysme, explique doctement, de toute la hauteur de son incapacité sectaire, que :
« Ceux qui ignorent tout de ce qu'est un programme, le programme d'un parti mondial, s'étonneront sans doute si nous affirmons catégoriquement que le Programme de Transition n’a besoin, à l'heure actuelle. d'aucune sorte de modification. »
nous n'ignorons pas que cette secte s'est constamment caracté: risée par son incompréhension de la situation et des tâches des révolutionnaires. Rappelons que, pendant des années, ces curieux «trotskystes » sont restés complétement aveugles sur la situation de crise dans les états ouvriers. Leur refus de voir que l’évolution de la situation en U.RSS. n'annonçait pas un renforcement de la dictature stalinienne mais présentait déjà (depuis la vicloire de la révolution chinoise et l'affaire yougoslave), les prémisses d'un processus antibureaucratique, que la situation n'évoluait pas en U.R.S.S. vers un Thermidor mais vers un début de révolution politique, leur a fait prendre l'exécution de Béria pour “utie provocation au prolétariat soviétique» et le 20° Congrès pour une «victoire de la bureaucratie ».
Quant à la révolution coloniale, ils ont fait preuve de la même clairvoyance, Après s'être lancés, pendant la guerre d'Algérie, dans le soutien inconditionnel au M.N.A. de Messali Hadj, qui devait devenir un pur et simple instrument de l'impérialisme français contre la révolution algérienne, ils jurèrent qu'on ne les y prendrait plus, et entreprirent de cultiver leur jardin : les luttes du tiers monde ne méritaient pas leur attention. Cuba resta pour eux un état bourgeois, sous la direction des « petits-
Nous nous étonnons d'une affirmation si « catégorique ». Mais
bourgeois Castro-Guevara», mis sur le même plan que Batista. Quand le «petit bourgeois» Guevara tomba au combat en Bolivie, ils condamnèrent une fois de plus son aventurisme avant de calomnier nos camarades boliviens dans la meilleure tradition stalinienne, allant jusqu'à les traiter de flics au moment où la répression s'abattait sur eux.
Dans le même temps, ils se tenaient à l'écart de toute activité de soutien à la révolution vietnamienne, étant en cela logiues avec leur appréciation du FE.N.L. « poignardant dans le dos a révolution vietnamienne ».
En Mai 1968, ils se considérèrent de façon indélébile en venant faire un cours magistral aux défenseurs des barricades, dénonçant leur « aventurisme » avant d'aller se coucher. Nous manquons de place, ici, pour dresser un bilan de faillite à peu près complet de ce groupe, qui n’a d'importance que par la façon dont il peut encore parvenir à déconsidérer le trotskysme, dont il ose toujours se réclamer.
Ce qui est sûr, c'est qu'un tel groupe n'a pas besoin d'un « manuel d'action ». Son seul avenir politique étant de s'auto-reproduire, un texte sacré y suffit.
Pour nous, le Programme de Transition est trop important pour que nous le laissions se rouïiller, sans veiller à lui garder, à lui rendre si nécessaire, son tranchant et son mordant.
Dans quelle situation fut écrit le Programme de Transition ?
La «crise historique de l'humanité», après 1933, a pris des formes catastrophiques et cataclysmiques. De 1917 à 1920, les défaites étaient restées limitées, essentiellement grâce à la victoire des Bolchéviks en Russie. Le mouvement révolutionnaire ascendant n'avait pas connu de coup d'arrêt catastrophique. Entre 1923 et 1927, se produisent les premières grandes défaites, graves et lourdes de conséquences. Les meilleurs éléments du mouvement. ouvrier international sont décimés, et, sur la base de ces premiers reculs, du désarroi et de la démoralisation qui gagnent dans les rangs ouvriers, commence la dégénérescence stalinienne en U.R. S.S. De 1929 à 1933, la faillite de l’Internationale stalinisée devient évidente. Quinze années de défaites accumulées entraînent, après la capitulation sans combat de ses directions, l'écrasement du prolétariat allemand, le plus puissant, le plus organisé, le plus avancé, celui qui occupait la position stratégique décisive dans la révolution mondiale. Trotsky met alors à l’ordre du jour la construction de la IV*° Internationale. Mais en 1938, l'organisation internationale ne compte encore qu'une poignée de militants, alors que l'échec prévu de longue date des « Fronts populaires » et la défaite de la révolution espagnole confirment la débâcle des organisations staliniennes et social-démocrates. Et c'est ce mouvement ouvrier exsangue, terriblement affaibli par quinze ans de défaites et de trahisons, qui est confronté à une société capitaliste en pleine putréfaction, économiquement au bord du gouffre, incapable de résoudre ses contradictions, fût-ce par le fascisme qui se généralise. Et les terribles conditions d'existence — de survie — que cette décadence impérialiste, dans une nhase catastrophique, impose aux dizaines de millions de chômeurs, mais aussi à tout le prolétariat, débilite et démoralise ce qu'il reste de forces révolutionnaires dans le mouvement ouvrier international. Il semble que la bourgeoisie, dans la guerre qui vient, doive entraîner avec elle le prolétariat, seule force désormais
créatrice de l'humanité, dans une barbarie indéfinie, que seule peut conjurer, et {ce à très bref délai, la révolution socialiste.
Or le développement historique a montré que ces appréciations tendanciellement justes, et fondées sur la situation objective en 1938, ont été infirmées quant au rythme du développement par un certain nombre de bouleversements alors imprévisibles et
ui se dessinèrent nettement, pour l'essentiel, seulement dans ’après-guerre. On peut «grosso modo» caractériser ces bouleversements comme suit :
— une énorme modification du rapport global des forces, à l'échelle internationale, en faveur du prolétariat ;
— un essor prodigieux de la révolution coloniale, principaleinent après la victoire de la Révolution chinoise en 1949 ;
. — une extension de plus en plus marquée de la crise du stalinisme.
Pour nous, la mise en œuvre du programme de transition doit tenir compte des données de lieu et de temps. Nous devons nous donner les moyens non seulement de rendre compte de ces bouleversements, ainsi que des éléments nouveaux apportés par le développement du «néo-capitalisme » et du « néo-colonialisme », mais aussi, par l'actualisation du programme de transition, de répondre aux problèmes stratégiques posés dans les trois secteurs de la révolution mondiale, dans les pays capitalistes déve. loppés, dans les états ouvriers, dans le tiers monde. Dans ces trois secteurs reste plus fondée que jamais la nécessité du programme de transition, nécessité liée à l'actualité de la Révolulion, dans une situation de «crise historique de l'humanité» où la société a perdu sa stabilité à l'échelle historique — ce qui ne signifie pas à tout moment et dans tous les pays à la fois, et n'est pas essentiellement lié à une perspective catastrophiste.
Mais si nous voulons avoir effectivement prise sur la réalité pour la transformer, nous devons enregistrer ses transformations et les nouvelles expériences, sur la base desquelles la conscience des masses s'est modifiée. De ce point de vue, c'est surtout en ce qui concerne les pays capitalistes développés que le Programme de Transition doit être actualisé, ses mots d'ordres développés en fonction des données nouvelles : par exemple, un chômage beaucoup plus limité qu'alors, faisant suite à une longue période de plein emploi et de stabilisation relative du capitalisme, au lieu de la terrible crise chronique qui avait précédé 1938. Par exemple aussi, le fait que, à la menace directe du fascisme classique, pur et simple, à laquelle était alors confronté physiquement le mouvement ouvrier organisé, s'est substituée la menace, ou !a mise en place effective, d'un Etat fort beaucoup plus complexe et insidieux, tendant à l'intégration du mouvement ouvrier plu- 1ôt qu'à son écrasement.
Mais même dans les autres secteurs, une certaine actualisation est nécessaire. Ainsi, le développement de la lutte armée, corollaire des mouvements révolutionnaires du tiers-monde, doit être envisagé en fonction de la problématique de transition, non seulement au niveau stratégique (problème de la liaison avec le mouvement des masses), mais même tactiquement (songer à
« l'ouverture des livres de comptes » telle que la pratiquent les Tupamaros...). Ce n'est là qu'un exemple.
Evoquant le problème de la Révolution politique en U.RS.S. Trotsky écrivait en 1936, dans La Révolution Trahie :
«Le programme de cette révolution dépendra du moment où elle éclatera, du niveau que le pays aura atteint et, dans une mesure très appréciable, de la situation internationale. »
Nous ne pensons pas avoir trahi le trotskysme en entreprenant dès 1957, au V*° Congrès mondial, l'ébauche d'un programme de revendications transitoires pour la révolution politique dans les états ouvriers. Nous pensons que le rôle des marxistes-révolutionnaires est, comme le fit Trotsky, de maintenir et développer, de façon créatrice et militante, les acquis théoriques et pratiques du mouvement ouvrier.
Par ailleurs, le Programme de Transition n’est pas un programme complet. Comme le disait Trotsky dans la Discussion sur le Programme, « Nous n'y parlons pas de la révolution sociale, de la prise du pouvoir à travers l'insurrection, de la transformation de la société capitaliste en dictature, et de la dictature en société socialiste. Cela ne mène le lecteur que sur le pas de la porte. C'est un programme d'action d'aujourd'hui jusqu'au début de la Révolution socialiste. »
Dans la mesure où le Programme est ainsi limité,.il peut donner lieu plus facilement qu'un programme complet et clos à des dévoiements réformistes. Cela n'a pas manqué. Partout où se sont produits des développements révolutionnaires, les directions réformistes du mouvement ouvrier ont été, à un moment ou à un autre, amenées à mettre en avant des revendications du type de celles que propose le Programme de Transition, comme les nationalisations, l'échelle mobile des salaires. mais en s'efforçant de les limiter, de les priver de leur dynamique révolutionnaire anticapitaliste. Ainsi, quand les réformistes parlent de nationalisations, ils se gardent bien de préciser «sans indemnités ni rachat» — quand ils parlent d'échelle mobile, ils ne songent à aucun moment à engager une réelle lutte de masse à ce sujet. Enfin, plus récemment, certains courants, dans le Parti Communiste ltalien ou dans le P.S.U. ont présenté des versions typiquement réformistes de « programmes de transition » qui se proposent de remplacer la prise révolutionnaire du pouvoir par une «transition» pacifique au socialisme par la «conquête», petit à petit, de «pouvoirs» dispersés, dans l'usine, les «centres de décision »… administratifs, etc. Nous ne saurions nous attarder à l'analyse de ces singuliers «programmes de transition» qui supposent un «oubli» complet de la théorie marxiste de l'Etat, et ne sont guère qu'un révisionnisme bernsteinien réchauffé à la sauce technocratique.
De tels dévoiements ne sont possibles que si l'on considère le Programme de Transition de façon isolée, en le coupant de sa
double continuité historique et théorique, en séparant les reven dications qui le composent les unes des autres, cassant ainsi sa dynamique révolutionnaire : en les séparant, enfin, des luttes de masse qui doivent les défendre. :
Or il est clair qu'un « programme de transition» digne de ce nom, s'inscrit dans cette double continuité, et doit être conçu de façon dynamique, lié indissolublement à la mobilisation des masses.
Le Programme de Transition, d'abord, est inséparable de la fondation de la IV° Internationale, c'est-à-dire qu'il se situe dans la continuité du Bolchévisme. La fondation de la IV° Internationale, l'élaboration du Programme de Transition, visaient à assurer le maintien, la continuité, de la perspective révolutionnaire contre la réaction stalinienne et contre la bourgeoisie. Il s'agissait, à la veille de terribles épreuves, de renforcer en l'armant politiquement et organisationnellement une avant-garde numériquement très faible, pour lui permettre de résister aux pressions, aux diverses forces centrifuges, et de maintenir, à travers les épreuves, l'intégrité du marxisme-révolutionnaire, pour lui permettre de proposer aux masses une issue prolétarienne à la crise dans ces luttes transitoires renouant avec Octobre. Dans cette perspective historique, le Programme de Transition ne saurait être dissocié de toute la pratique du Bolchévisme : il ne s'agit pas de faire l'économie de la révolution, mais d'y conduire les plus larges masses. ;
C'est dire aussi que le Programme de Transition s’insère dans une continuité politique et théorique, qui va des plus petits problèmes de tactique, des plus infimes revendications élémentaires des masses, jusqu'à la dictature du prolétariat. S'il est vrai que le Programme de Transition n'est pas intangible, que les revendications qu'il comporte doivent être adaptées, monnayées de diverses manières, s'il est vrai que leur enchaînement lui-même n'a rien de mécanique, il n'en reste pas moîns que le principe qui l'anime reste lui-même intangible. Les marxistes révolutionnaires doivent mobiliser les masses dans l'action, en fonction de leur niveau de conscience et des données objectives, pour faire progresser leur éducation et leur mobilisation, en insérant les besoins vitaux des travailleurs dans la logique de la lutte des classes. Pour ce faire, ils doivent disposer d'un système de revendications à dynamique anticapitaliste et révolutionnaire, dont le caractère transitoire vient de ce qu'il lie organiquement les revendications minimales des masses au programme de la révolution socialiste, et de ce que, à la différence des « programmes » variés des s0ciaux-démocrates et des staliniens, il conduit les masses à dépasser dans l'action les cadres de la légalité bourgeoise.
Une telle conception nous différencie d'ailleurs des divers courants ultra-gauches, qui se limitent à la propagande plus ou moins systématique de mots d'ordre maximalistes, sans jamais parvenir, voire seulement songer, à développer des mots d'ordre à caractère stratégique. Le problème est qu'il leur est alors impossible d'avoir sérieusement prise sur la conscience des masses qui, à la différence d'une avant-garde capable de saisir théoriquement l'ensemble du processus historique, n'apprennent et ne progressent que dans la mesure où notre critique et notre propasande sont confirmées par leur propre expérience, acquise dans le développement des luttes.
Les plus conséquents, parmi les ultra-gauches, en viennent
d'ailleurs à considérer que «l'initiative des masses» peut fort bien pallier l'absence de tout programme. Ce qui est tout de même singulier, c'est qu'ils se plaisent à répéter, pour se justifier, la célèbre formule de Marx, dans la Critique du Programme de Gotha, selon laquelle «tout pas en avant d'un mouvement réel est plus important qu'une douzaine de programmes », en oubliant que, pour Marx, il s'agit expressément de défendre le programme révolutionnaire contre tout abâtardissement lié à un compromis unitariste….
Un autre aspect, non moins important, de cette notion de continuité, est que chaque phase ne correspond qu'à un. intérêt partiel et passager des masses, qui ne trouve sa pleine raison que dans une phase supérieure, et, en dernière analyse, dans la mesure où il prépare les masses à la suppression violente des deux bases du pouvoir du capitalisme : la propriété privée des moyens de production, et l'Etat bourgeois, « bande de gens armés» qui est aussi le « verrou des rapports de production ».
Le Programme de Transition ne fait que préparer la lutte fi hale pour la dictature du prolétariat. Même quand il en vient à combiner l'étatisation sans compensation d'aucune sorte au contrôle ouvrier, même quand il culmine logiquement dans le mot d'ordre de « gouvernement ouvrier et Paysan », ou « gouvernement des travailleurs», il ne mène encore que «sur le pas de la porte».
Plutôt que comme «une dénomination populaire de la dic tature du prolétariat », ou un mot d'ordre général de propagande, le gouvernement ouvrier et paysan, dans le Programme de Transition comme dans les % et 4 congrès de l'I.C., est un mot d'ordre de lutte, préparatoire à la mise en place de la démocratie soviétique. Et préparatoire à double titre, comme les autres mots d’ordre transitoires car il doit à la fois faire progresser la conscience des masses et leur fournir une nouvelle arme pour aller plus loin dans leur offensive. Point culminant du Programme de transition, il doit éduquer et mobiliser les masses en leur roposant un objectif de lutte. De ce point de vue, il s'est concr tisé, dans la révolution russe, par les mots d'ordre «Tout le pouvoir aux soviets !» et « À bas les ministres capitalistes », et par l'injonction Joe aux mencheviks et socialistes-révolutionnaires de « rompre la coalition et de prendre en mains le pouvoir ».
Le gouvernement des travailleurs ainsi conçu constitue la ré ponse prolélarienne et révolutionnaire à une situation dans laquelle le rapport des forces bourgeoisie-prolétariat «met la solution de la question du gouvernement ouvrier à l'ordre du jour comme une nécessité politique ». (IV* Congrès de l'IC., souligné par nous.)
De ce point de vue, la lutte pour ce mot d'ordre est assez analogue à la pratique du Front Unique, mais à un haut niveau politique. Il ne s'agit pas seulement de demander la rupture avec la bourgeoisie pour le plaisir de dénoncer les directions-traîtres, mais de fournir concrètement aux masses les critères pratiques d'appréciation de ce qu'est rompre effectivement avec la bourgeoisie, pour les souder, les unifier, selon l'expression de Rosa Luxemburg, en un poing armé prêt à s'abattre sur la nuque du capitalisme.
La Résolution sur la Tactique au IV* Congrès de l'IC. disait, à propos du gouvernement ouvrier et paysan :
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«A la coalition ouverte ou masquée bourgeoise et socialdémocrate, les communistes opposent le front unique de tous les ouvriers et la coalition politique et économique de tous les partis ouvriers contre le pouvoir bourgeois pour le renversement définitif de ce dernier. Dans la lutte commune de tous les ouvriers contre la bourgeoisie, tout l'appareil d'Etat devra tomber dans les mains du gouvernement ouvrier et les positions de la classe ouvrière en seront renforcées. »
C'est que sa réalisation par les masses doit aussi permettre d'aller plus loin, il constitue un instrument de combat, Il doit être très précisément ce que Lénine, dans La Crise Politique et la Faillite de la Tactique Opportuniste, appelait «un gouvernement vraiment révolutionnaire, qui soit un moyen d'insurrection ». C'est-à-dire que ce mot d'ordre final du programme de transition est luimême provisoire, et n'a rien d'une institution.
Il en va de même, à plus forte raison, du Contrôle ouvrier où les travailleurs ne font que «contrôler» alors que les capitalistes conservent leur propriété et, si limité soit-il dans les faits, leur droit de commandement. Le contrôle ouvrier, comme le dit Trotsky (in Ecrits, III, p. 49), est «un interrègne économique ». Il est un pas, seulement un pas, vers la gestion ouvrière. Il ne saurait être durable, à moins d'être dégradé, aux mains des capitalistes et des bureaucrates, en une pure et simple forme de collaboration de classe, sanctionnant la «domestication de la bureaucratie ouvrière par le capital ». Dans la perspective transitoire, il correspond à la période d'ébranlement de l'Etat bourgeois, son développement va de Pair, quoique de façon non mécanique, avec la généralisation des formes de double pouvoir, et il devra faire place, après la prise du pouvoir, au contrôle centralisé de l'Etat ouvrier sur la production, parallèle à la gestion ouvrière.
C'est-à-dire, en définitive, qu'à chaque moment de développement de la dynamique transitoire, les militants marxistes-révolutionnaires doivent garder en vue la totalité du processus et la faire apparaître dans leur propagande.
Toute organisation communiste digne de ce nom doit se livrer à une propagande systématique en faveur de la dictature du pro: létariat, dont elle doit faire aussi l'horizon ultime de toutes les luttes qu'elle mène.
Laissons crier à la « phrase gauchiste» les crétins parlementaires qu croient voir dans leurs défaites électorales la « preuve » que la lutte pour le socialisme n'est pas à l'ordre du jour, et considèrent que parler de l'actualité de la révolution relève de l'utopie. Les dirigeants réformistes ont beau jeu de répéter que la révolution sociaiste est impossible, quand ils ne lèvent pas le petit doigt pour la préparer effectivement.
Nous savons quel est le poids de l'idéologie dominante. Nous savons que même en Mai 1968, il n'y avait probablement pas «une majorité prête à lutter pour le socialisme », d'autant qu'il est encore trop souvent confondu avec le stalinisme. Mais nous
ne partageons pas le fatalisme de ces nouveaux menchéviks, qui attendent que le prolétariat « mûrisse » en même temps que les conditions objectives. Nous partageons d'autant moins ce fatalisme qu'il est, lui, effectivement utopique : car, si longtemps qu'on attende, la révolution ne mûrit pas seule, sans l'intervenfion consciente et organisatrice du Parti révolutionnaire.
La lutte pour le pouvoir pose un problème qui dépasse le niveau de la simple propagande. Un grand nombre de travailleurs n'acceptent pas l'idée d'une dictature du prolétariat. En fait, la plus grande partie de la classe ouvrière ellemême ne peut commencer à lulter consciemment ou à accepter la nécessité d'une telle solution qu'au travers d'une série de luttes de masses, lui montrant l'impossibilité de toute autre issue. Le problème est double pour l'avant-garde révolutionnaire : d'une part, définir un ensemble de revendications susceptibles par leur nature très large d'entraîner immédiatement la grande masse des exploités ; d'autre part, faire en sorte que la lutte pour ces revendications aboutisse dans la conscience des travailleurs et dans la pratique des combats, au stade de la lutte pour le pouvoir. Pour cela il faut définir un programme dont chaque mot d'ordre, répondant à ces deux exigences, assure la transition pratique entre les luttes quotidiennes et le combat général pour le pouvoir. Un programme qui soit capable, par la médiation de l'avant-garde or. ganisée, de transformer les masses, d'objet qu'elles sont, en sujet de leur propre histoire. Dans le Programme de Transition, Trotsky a donné la ligne générale d’un tel ensemble de revendi. cations qu'il importe de repréciser concrètement à chaque étape, en raison des conditions particulières à Chaque mouvement ouvrier. Sans un programme de transition, soigneusement élaboré, le problème des voies du socialisme ne peut être résolu correctement.
Le problème d'une étude sérieuse des modes de lutte pour la dictature du prolétariat est posé aujourd'hui de façon très actuelle à l'avant-garde. Il ne peut être résolu que par une réaffirmation intransigeante des principes fondamentaux du léninisme, accompagnée d'une étude concrète des conditions propres à chaque pays, déterminant les formes particulières de transition des combats actuels à la lutte révolutionnaire pour le pouvoir.
Mais comme nous l'avons déjà signalé, il ne suffit pas que les revendications transitoires correspondent aux besoins vitaux des masses. Même si elles visent à développer l'auto-activité des masses elles doivent, pour être opérantes, être portées par une solide organisation marxiste-révolutionnaire, trempée dans la lutte, et déjà reconnue par l'avant-garde des travailleurs. Il est vrai que le programme a une efficacité propre. Cela apparaît netlement si l'on songe à la faiblesse numérique des Bolchéviks. Mais encore faut-il que, dans chaque pays, et au niveau international, les marxistes-révolutonnaires approfondissent le sens ré. volutionnaire du programme de transition, et se donnent les moyens théoriques et pratiques de le faire pénétrer dans le mouvement des masses.
Après le tournant de la situation mondiale en 1968, marqué par la victoire de la révolution vietnamienne, le nouvel essor de la révolution politique anti-bureaucratique et le nouveau dévelop-
pement des luttes révolutionnaires dans les pays capitalistes développés, de nouveaux problèmes stratégiques se posent à l'avant-
garde. Le Programme de Transition est la seule voie pour leur résolution.
L'invocation rituelle et incantatoire des sectaires n'y suffit pas. Contre le schématisme, il faut, parallèlement à l'édification des sections de la IV Internationale, savoir adapter les principes du Programme de Transition aux conditions de temps et de lieu. Ce qui était vrai en 1938, alors qu'il était « minuit dans le siècle », reste vrai aujourd'hui, à l'aube de nouvelles luttes révolutionnaires : La lutte pour la révolution socialiste est inséparagle de la lutte pour le gramme de Transition ; elle est inséparable par là même de la lutte pour le renforcement quantitatif et qualitatif de la IV* Internationale.
Les prémices objectives de la Révolution Socialiste
La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat.
Les prémices économiques de la révolution prolétarienne ont déjà atteint en général le point le plus élevé de maturité qui puisse être atteint sous le capitalisme. Les forces productives de l'humanité ont cessé de croître. Les nouvelles inventions et les nouveaux progrès techniques ne conduisent plus à un accroisse- ° ment de la richesse matérielle. Les crises conjoncturelles, dans les conditions de la crise sociale de tout le système capitaliste infligent aux masses des privations et des souffrances toujours plus grandes. La croissance du chômage approfondit, à son tour, les crises financières de l'Etat et sape les systèmes monétaires ébranlés. Les gouvernements, tant démocratiques que fascistes, titubent d'une banqueroute à l'autre.
La bourgeoisie, elle-même, ne voit pas d’issue. Dans les pays où elle s’est déjà trouvée contrainte de miser son dernier enjeu sur la carte du fascisme, elle se précipite maintenant les yeux fermés à la catastrophe économique et militaire. Dans les pays historiquement privilégiés, c'est-à-dire ceux où elle peut encore se permettre, pendant quelque temps, le luxe de la démocratie aux dépens de l'accumulation nationale (Grande-Bretagne, France, Etats- Unis, etc.), tous les partis traditionnels du capital se trouvent dans une situation de désarroi qui frise, par moment, la paralysie de la volonté. Le New Deal, malgré le caractère résolu dont il faisait étalage dans la première période, ne représente qu’une forme particulière de désarroi, possible seulement dans un pays où la bourgeoisie a réussi à accumuler des richesses sans nombre. La crise actuelle, qui est encore loin d’avoir dit son dernier mot, a pu déjà montrer que la politique du New Deal aux Etats-Unis, tout comme la politique du Front Populaire en France, n'ouvre aucune issue dans l’impasse économique.
Le tableau des relations internationales n’a pas meilleur aspect. Sous la pression croissante du déclin capitaliste, les anta, nismes impérialistes ont atteint la limite au delà de laquelle les divers conflits et explosions sanglantes (Ethiopie, Espagne, Extrême-Orient, Europe Centrale.) doivent infailliblement se confondre en un conflit mondial. Bien entendu, la bourgeoisie se rend compte du danger mortel qu’une nouvelle guerre repré-
sente pour sa domination. Mais elle est actuellement infiniment moins capable de prévenir la guerre qu'à la veille de 1914.
Les bavardages de toutes sortes, selon lesquels les conditions historiques ne seraient pas encore « mûres» pour le socialisme, ne sont que le produit de l'ignorance ou d'une tromperie consciente, Les prémices objectives de la révolution prolétarienne ne sont pas seulement mûres, mais ont même commencé à pourrir. Sans révolution sociale, et, cela, dans la prochaine période historique, toute la civilisation de l'humanité est menacée d'être emportée dans une catastrophe. Tout dépend du prolétariat, c’està-dire au premier chef de son avant-garde révolutionnaire. La crise historique de l'humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire.
Le prolétariat et sa direction
L'économie, l'Etat, la politique de la bourgeoisie et ses relations internationales sont profondément atteintes par la crise sociale qui caractérise la situation pré-révolutionnaire de la société. Le principal obstacle dans la voie de la transformation de la situation pré-révolutionnaire en situation révolutionnaire, c'est le caractère opportuniste de la direction du prolétariat, sa couardise petite bourgeoise devant la grande bourgeoisie, le lien traître qu'elle maintient avec celle-ci, même dans son agonie.
Dans tous les pays, le prolétariat est saisi d'une profonde angoisse. Des masses de millions d'hommes prennent toujours de nouveau la voie de la révolution. Mais chaque fois, elles se heurtent à leurs propres appareils bureaucratiques conservateurs.
Le prolétariat espagnol a fait, depuis avril 1931, une série de tentatives héroïques pour se saisir du pouvoir et guider les destinées de la société, Cependant, ses propres partis — social-démocrate, stalinien, anarchiste et P.O.U.M. — chacun à sa manière, one joué le rôle de frein et ont ainsi préparé le triomphe de
ranco.
En France, la puissante vague de grèves avec occupation des usines, particulièrement en Juin 1936, montra bien que le prolétariat était complètement prêt à renverser le système capitaliste. Cependant, les organisations dirigeantes, socialistes, staliniennes et syndicalistes, ont réussi, sous l'étiquette du Front Populaire, à canaliser et à arrêter, au moins momentanément, le torrent révolutionnaire.
La vague sans précédent de grèves avec occupation des usines et la croissance prodigieusement rapide des syndicats industriels aux Etats-Unis (C.I.O.), sont l'expression la plus indiscutable de l’aspiration instinctive des ouvriers américains à s'élever au niveau des tâches que l'histoire leur a assignées. Cependant, ici aussi, les organisations dirigeantes, y compris la C.I.O., nouvellement créée, font tout ce qu’elles peuvent pour contenir et paralyser l'offensive révolutionnaire des masses.
Le passage définitif de l’Internationale Communiste du côté de l'ordre bourgeois, son rôle cyniquement contre-révolutionnaire dans le monde entier, particulièrement en Espagne, en France, aux Etats-Unis et dans les autres pays « démocratiques », a créé d’'extraordinaires difficultés supplémentaires au prolétariat mondial. Usurpant le drapeau de la Révolution d'Octobre, le Komintern, par la politique conciliatrice des « Fronts Populaires », voue la classe ouvrière à l'impuissance et fraie la voie au fascisme
Les « Fronts Populaires » d'une part, le fascisme de l'autre, sont les dernières ressources politiques de l'impérialisme dans la lutte contre la révolution prolétarienne. Du point de vue ñistorique, ces deux ressources ne sont cependant que des fictions. La punsenon du capitalisme continue aussi bien sous le signe du bonnet phrygien en France que sous le signe de la swastika en Allemagne. Seul, le renversement de la bourgeoisie peut ouvrir une issue.
L'orientation des masses est déterminée, d’une part, par les conditions objectives du capitalisme pourrissant; d’autre part, par la politique de trahison des vieilles organisations ouvrières. De ces deux facteurs, le facteur décisif est, bien entendu, le premier : les lois de l’histoire sont plus puissantes que les appareils bureaucratiques. Quelle que soit la diversité des méthodes des social-traîtres — de la législation «sociale» de Léon Blum aux falsifications judiciaires de Staline — ils ne réussiront jamais à briser la volonté révolutionnaire du prolétariat. De plus en plus, leurs efforts désespérés pour arrêter la roue de l’histoire démontreront aux masses que la crise de la direction du prolétariat, qui est devenue la crise de la civilisation humaine, ne peut être résolue que par la IV* Internationale.
Programme minimum et programme de transition
La tâche stratégique de la prochaine période — période prérévolutionnaire d'agitation, de propagande et d'organisation — consiste à surmonter la contradiction entre la maturité des conditions objectives de la révolution et la non-maturité du prolétariat et de son avant-garde (désarroi et découragement de la vieille génération, manque d'expérience de la jeune). Il faut aider les masses dans le processus de leur lutte quotidienne à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de RE- VENDICATIONS TRANSITOIRES, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat.
La social-démocratie classique, qui déploya son action à l'époque du capitalisme progressif, divisait son programme en deux parties indépendantes l'une de l’autre : le programme minimum, qui se limitait à des réformes dans le cadre de la société bourgeoise, et le programme maximum, qui promettait pour un avenir indéterminé le remplacement du capitalisme par le socialisme. Entre le programme minimum et le programme maximum, il n'y avait aucun pont. La social-démocratie n'avait pas besoin de ce pont, car de socialisme elle ne parlait que les jours de fête.
L'Internationale Communiste est entrée dans la voie de la social-démocratie à l'époque du capitalisme pourrissant, alors qu'il ne peut plus être question de réformes sociales systématiques, ni de l'élévation du niveau de vie des masses ; alors que la bourgcoisie reprend chaque fois de la main droite le double de ce qu'elle a donné de la main gauche (impôts, droits de douane, inflation, « déflation », vie chère, chômage, réglementation policière des grèves, etc.); alors que chaque revendication sérieuse du prolétariat et même chaque revendication progressive de la petite bourgeoisie conduisent inévitablement au delà des limites de la propriété capitaliste et de l'Etat bourgeois.
La tâche stratégique de la IV° Internationale ne consiste pas à réformer le capitalisme, mais à le renverser. Son but politique est la conquête du pouvoir par le prolétariat pour réaliser l'expropriation de la bourgeoisie. Cependant, l'accomplissement de cette tâche stratégique est inconcevable sans l'attitude la plus attentive envers toutes les questions de tactique, même petites et partielles.
Toutes les fractions du prolétariat, toutes ses couches, pro-
tessions et groupes doivent être entraînés dans le mouvement révolutionnaire. Ce qui distingue l'époque actuelle, ce n'est pas uu‘eute affranchit le parti révolutionnaire du travail prosaïque ae tous les jours, mais qu'elle vermet de mener cette lutte en liaison indissoluble avec 1es tâches de la révolution. ” La IV° Intwrnationale ne repousse pas les revendications du vieux programme « minimum», dans la mesure où elles ont conservé quelque force de vie. Elle défend inlassablement les droits démocratiques des ouvriers et Jeurs conquêtes sociales. Mais elle mène ce travail de tous les jours dans le cadre d'une perspective correcte, réelle, c'est-à-dire révolutionnaire. Dans la mesure où les vieilles revendications partielles « minimum» des masses se heurtent aux tendances destructives et dégradantes du capitalisme décadent — et cela se produit à chaque pas — la IV° Internationale met en avant un système de REVENDICA- TIONS TRANSITOIRES dont le sens est de se diriger de plus en plus ouvertement et résolument contre les bases mêmes du ré gime bourgeois. Le vieux « programme minimum » est constam ment dépassé par le PROGRAMME DE TRANSITION dont la tâche consiste en une mobilisation systématique des masses pour la révolution prolétarienne.
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Echelle mobile des salaires et échelle mobile des heures de travail
Dans les conditions du capitalisme en décomposition, les masses continuent à vivre la morne vie d'opprimés qui, maintenant plus que jamais, sont menacés du danger d’être jetés dans l’'abîme du paupérisme. Elles sont contraintes de défendre leur morceau de pain, à défaut de pouvoir l’augmenter ou l’'amé liorer. Il n’est ni nécessaire ni possible d'énumérer ici les diverses revendications partielles qui surgissent chaque fois des circonstances concrètes, nationales, locales, professionnelles. Mais deux maux économiques fondamentaux dans lesquels se résume l’absurdité croissante du système capitaliste, savoir le chômage et la cherté de la vie, exigent des mots d'ordre et des méthodes de lutte généralisés. °
La IV* Internationale déclare une guerre implacable à la politique des capitalistes qui, pour une part considérable, est celle de leurs agents, les réformistes, tendant à faire retomber sur les travailleurs tout le fardeau du militarisme, de la crise, du désordre des systèmes monétaires et tous les autres maux de l’agonie capitaliste, Elle revendique du TRAVAIL et une EXISTENCE DIGNE pour tous.
Ni l'inflation monétaire, ni la stabilisation ne peuvent servir de mots d'ordre au prolétariat, car ce sont les deux bouts d’un même bâton. Contre la cherté de la vie, qui, au fur et à mesure que la guerre se rapprochera prendra un caractère de plus en plus débridé, on ne peut lutter qu'avec le mot d'ordre de l'E- CHELLE MOBILE DES SALAIRES. Des contrats collectifs doivent assurer l’augmentation automatique des salaires, corrélativement à la montée du prix des articles de consommation.
Sous peine de se vouer lui-même à la dégénérescence, le prolétariat ne peut tolérer la transformation d’une partie croissante des ouvriers en chômeurs chroniques, en miséreux vivant des miettes d’une société en décomposition. Le droit au travail est le seul droit sérieux qui reste à l'ouvrier dans une société fondée sur l'exploitation. Cependant, ce droit lui est retiré à chaque instant. Contre le chômage, tant de « structure » que « conjoncturel », il est temps de lancer en même temps que le mot d'ordre de «travaux d'intérêt public», celui de l'ECHELLE MOBILE DES HEURES DE TRAVAIL. Les syndicats et autres organisations de masses doivent lier ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas par les engagements mutuels de la solidarité. Le travail disponible serait réparti entre tous les travailleurs existants, et
c'est ainsi que serait déterminée la longueur de la semaine de travail le salaire de chaque ouvrier restant le même qu’avec l’ancienne semaine de travail. Le salaire, avec un minimum strictement assuré suivrait le mouvement des prix. Aucun autre programme ne peut être accepté pour la période catastrophique actuelle. 5
Les propriétaires et leurs avocats démontreront « l'impossibilité de réaliser » ces revendications. Les capitalistes de moindre taille, surtout ceux qui marchent à la ruine, invoqueront, en outre, leurs livres de comptabilité. Les ouvriers rejetteront catégoriquement ces arguments et ces références. Il ne s'agit pas du heurt « normal» d'intérêts matériels opposés. Il s’agit de préserver le prostaner de la décadence, de la démoralisation et de la ruine. Il s’agit de la vie et de la mort de la seule classe créatrice et progressive et, par là même, de l'avenir de l'humanité. Si le capitalisme est incapable de satisfaire les revendications qui surgissent infailliblement des maux qu'il a lui-même engendrés, il ne lui reste qu’à périr. La « possibilité» ou « l’impossibilité » de réaliser les revendications est dans le cas présent, une question de rapport des forces qui ne peut être résolue que par la lutte. Par cette lutte, quels que soïent ses succès pratiques immédiats, les ouvriers comprendront de la meilleure façon la nécessité de liquider l'esclavage capitaliste.
Les syndicats dans l’époque de transition
Dans la lutte pour les revendications partielles et transitoires, les ouvriers ont actuellement plus besoin que jamais d'organisations de masse, avant tout de syndicats. La puissante montée des syndicats en France et aux Etats-Unis est la meilleure réponse aux doctrines ultra-gauches qui ont prêché que les syndicats « avaient fait leur temps ».
Les bolcheviks-léninistes se battent en première ligne dans toutes les formes de lutte, même là où il s’agit des intérêts matériels ou des droits démocratiques le plus élémentaires de la classe ouvrière. Ils prennent une part active à la vie des syndicats de masse, se préoccupant de les renforcer et d'accroître leur combativité. Ils luttent sans compromis contre toutes les tentatives de soumettre les syndicats à l'Etat bourgeois et de lier le prolétariat par « l'arbitrage obligatoire » et toutes les autres formes d'intervention policière, non seulement fascistes mais aussi « démocratiques ». C'est seulement sur la base de ce travail qu’il est possible de lutter avec succès à l’intérieur des syndicats contre les réformistes, y compris ceux qui appartiennent à la bureaucratie stalinienne. Les tentatives sectaires d'édifier ou de maintenir de petits syndicats « révolutionnaires » comme une seconde édition du parti, signifient, en fait, le renoncement à la lutte pour la direction de la classe ouvrière. Il faut poser ici comme un principe inébranlable : l'auto-isolement capitulard hors des syndicats de masses, équivalent à la trahison de la révolution, est incompatible avec l'appartenance à la IV° Internationale.
.En même temps, la IV° Internationale rejette et condamne résolument tout fétichisme des syndicats, également propre aux trade-unionistes et aux syndicalistes.
a) Les syndicats n'ont pas et, vu leurs tâches, leur composition et le caractère de leur recrutement, ne peuvent avoir de programme révolutionnaire achevé; c'est pourquoi ils ne peuvent remplacer le parti. L'édification de partis révolutionnaires nationaux, sections de la IV*° Internationale, est la tâche centrale de l'époque de transition.
b) Les syndicats, même les plus puissants, n'embrassent pas lus de 20 à 25 % de la classe ouvrière et, d’ailleurs, ses couches es plus qualifiées et les mieux payées. La majorité la plus or-
primée de la classe ouvrière n'est entraînée dans la lutte qu'é-
pisodiquement, dans les périodes d’essor exceptionnel du mouvement ouvrier. À ces moments-là, il est nécessaire de créer des organisations ad hoc, qui embrassent toute la masse en lutte : les COMITES DE GRÈVE, les COMITES D’USINES, et, enfin, les SOVIETS.
c) En tant qu'organisations des couches supérieures du prolétariat, les syndicats, comme en témoigne toute l'expérience historique, y compris l'expérience toute fraîche des syndicats anarcho-syndicalistes d'Espagne, développent de puissantes tendances à la conciliation avec le régime démocratique bourgeois. Dans les périodes de luttes de classes aiguës, les appareils dirigeants des syndicats s'efforcent de se rendre maître du mouvement des masses pour le domestiquer. Cela se produit déjà lors de simples grèves, surtout lors des grèves de masse avec occupation des usines, qui ébranlent les principes de la propriété bourgeoise, En temps de guerre, ou de révolution, quand la situation de la bourgeoisie devient particulièrement difficile, les chefs des syndicats
eviennent ordinairement des ministres bourgeois.
C'est pourquoi les sections de la IV° Internationale doivent constamment s'efforcer, non seulement de renouveler l'appareil des syndicats en proposant hardiment et résolument dans les moments critiques de nouveaux leaders prêts à la lutte au lieu des fonctionnaires routiniers carriéristes, mais encore de créer dans tous les cas où c’est possible des organisations de combat autonomes qui répondent mieux aux tâches de la lutte des masses contre la société bourgeoise, sans même s'arrêter, si c’est nécessaire, devant une rupture ouverte avec l'appareil conservateur des syndicats. S'il est criminel de tourner le dos aux organisations de masse pour se contenter de fictions sectaires, il n'est pas moins criminel de tolérer passivement la subordination du mouvement révolutionnaire des masses au contrôle de cliques bureaucratiques ouvertement réactionnaires ou conservatrices masquées (« progressistes »). Le syndicat n’est pas un but en soi, mais seulement un des moyens à employer dans la marche à la révolution prolétarienne,
Les comités d’usine
Le mouvement ouvrier de l'époque de transition n’a pas un caractère régulier et égal, mais fiévreux et explosif. Les mots d'ordre, de même que les formes d'organisation, doivent être subordonnés à ce caractère du mouvement. Rejetant la routine comme la peste, la direction doit prêter attentivement l'oreille à l'initiative des masses elles-mêmes.
Les grèves avec occupation des usines, une des plus récentes manifestations de cette initiative, sortent des limites du régime capitaliste normal. Indépendamment des revendications des grévistes, l'occupation temporaire des entreprises porte un coup à l'idole de la propriété capitaliste. Toute grève d'occupation pose praduement la question de savoir qui est le maître dans l'usine : e capitaliste ou les ouvriers.
Si l'occupation soulève cette question épisodiquement, le CO. MITE D'USINE donne à cette même question une expression organisée, Elu par tous les ouvriers et employés de l'entreprise, le Comité d'usine crée d'un coup un contre-poids à la volonté de l'administration.
À la critique que font les réformistes des patrons de l’ancien type, ceux qu'on appelle les « patrons de droit divin», du genre de Ford, en face des « bons » exploiteurs « démocratiques », nous opposons le mot d'ordre des comités d'usine comme centres de lutte contre les uns et les autres.
Les bureaucrates des syndicats s'opposeront, en règle générale, à la création de comités, de même qu'ils s'opposent à tout pas hardi dans la voie de la mobilisation des masses. Il sera, cependant, d'autant plus facile de briser leur opposition que le mouvement aura une étendue plus large. Là où les ouvriers de l'entreprise sont, déjà dans les périodes « calmes », tous syndiqués (closed shop), le comité coïncidera formellement avec l'organe du syndicat, mais il renouvellera sa composition et élargira ses fonctions. Cependant, la principale signification des comités est de devenir des Etatsmajors pour les couches ouvrières que le syndicat n'est, en général, pas capable de mettre en action. C'est d’ailleurs précisément de ces couches les plus exploitées que sortiront les détachements les plus dévoués de la révolution.
Dès le moment de l'apparition du comité dans l'usine, il s'établit en fait une DUALITE DE POUVOIR. Par son essence même, elle est quelque chose de transitoire, car elle renferme en soi deux régimes inconciliables : Je régime capitaliste et le régime prolétarien, L'importance principale des comités d'usine
consiste- précisément à ouvrir une période pré-révolutionnaire, sinon directement révolutionnaire, entre le régime bourgeois et le régime prolétarien. Que la propagande pour les comités d'usine ne soit ni prématurée, ni artificielle, est attesté de la meilleure façon par la vague d'occupations d'usines qui a dé ferlé sur un certain nombre de pays. De nouvelles vagues de ce genre sont inévitables dans un prochain avenir. Il est nécessaire d'ouvrir à temps une campagne en faveur des comités d'usine pour ne pas se trouver pris à l’improviste.
Le ‘“sectet commercial” et le contrôle ouvrier de l’industrie
Le capitalisme libéral, fondé sur la concurrence et la liberté du commerce, a disparu bien loin dans le passé. Le capitalisme monopolisateur, qui l'a remplacé sur la scène, non seulement n'a pas réduit l'anarchie du marché mais lui a donné, au contraire, un caractère particulièrement convulsif. La nécessité d'un «contrôle» sur l'économie, d'une « direction» étatique, d'une « planification » est maintenant reconnue — au moins en paroles — par presque tous les courants de la pensée bourgeoise et petite bourgeoise, du fascisme à la social-démocratie. Pour les fascistes, il s'agit surtout d’un pillage « planifié » du peuple pour des fins militaires. Les social-démocrates se préparent à vider l'océan de l'anarchie avec la cuiller d'une « planification » bureaucratique. Les ingénieurs et les professeurs écrivent des articles sur la « technocratie ». Les gouvernements démocratiques se heurtent dans leurs tentatives timides de « réglementation » au sabotage insurmontable du grand capital.
Le véritable rapport entre exploiteurs et « contrôleurs» dé mocratiques est caractérisé de la meilleure façon par le fait que messieurs les « réformateurs », saisis d’une sainte émotion, s’arrêtent au seuil des trusts, avec leurs « secrets» industriels et commerciaux. Ici règne le principe de la « non-intervention ». Les comptes entre le capitaliste isolé et la société constituent un secret du capitaliste : la société n'a rien à y voir. Le « secret » commercial est toujours justifié, comme à l'époque du capitalisme libéral, par les intérêts de la « concurrence». En fait, les trusts n'ont pas de secrets l’un pour l'autre. Le secret commercial de l'époque actuelle est un complot constant du capital monopolisateur contre la société. Les projets de limitation de l'absolutisme des «patrons de droit divin» restent de famentables farces tant que les propriétés privées des moyens sociaux de production peuvent cacher aux producteurs et aux consommateurs la mécanique de l'exploitation, du pillage, de la tromperie. L'abolition du « secret commercial » est Je premier pas vers un véritable contrôle de l’industrie.
Les ouvriers n’ont pas moins de droits que les capitalistes à connaître les « secrets» de l’entreprise, du trust, de la branche d'industrie, de toute l’économie nationale dans son ensemble. Les banques, l'industrie lourde et les transports, centralisés, doivent être placés les premiers sous la cloche d'observation.
Les premières tâches du contrôle ouvrier consistent à éclaircir
quels sont les revenus et les dépenses de la société, à commencer par l'entreprise isolée ; à déterminer la véritable part du capitaliste individuel et de tous les exploiteurs ensemble dans le revenu national ; à dévoiler les combinaisons de coulisses et les escroqueries des banques et des trusts ; à révéler enfin, devant toute la société, le gaspillage effroyable de travail humain qui est le résultat de l'anarchie capitaliste et de la pure chasse au profit.
Aucun fonctionnaire de l'Etat bourgeois ne peut mener à bout ce travail, quels que soient les pouvoirs dont on peut l'investir. Le monde entier a observé l'impuissance du président Roosevelt et du président du Conseil Léon Blum en face du complot des « 60» ou des « 200 familles ». Pour briser la résistance des exploiteurs, il faut la pression du prolétariat. Les comités d'usines, et seulement eux, peuvent assurer un véritable contrôle sur la production, en faisant appel — en tant que conseillers et non comme « technocrates » — aux spécialistes sincèrement dévoués au peuple : comptables, statisticiens, ingénieurs, savants, etc. etc.
En particulier, la lutte contre Je chômage est inconcevable sans une large et hardie organisation de GRANDS TRAVAUX PUBLICS. Mais les grands travaux ne peuvent avoir une importance durable et progressive, tant pour la société que pour les chômeurs eux-mêmes, que s'ils font partie d'un plan général, conçu pour un grand nombre d'années. Dans le cadre d’un tel plan, les ouvriers revendiqueront la reprise du travail, au compte de la société, dans les entreprises privées fermées par suite de la crise. Le contrôle ouvrier fera place, dans ces cas, à une administration directe par les ouvriers.
L'élaboration d'un plan économique, même le plus élémentaire — du point de vue des intérêts des exploités, et non de ceux des exploiteurs — est inconcevable sans contrôle ouvrier, sans l'intervention du regard ouvrier dans tous les ressorts apparents et cachés de l'économie capitaliste. Les comités des diverses entreprises doivent élire à des conférences correspondantes, des comités de trusts, de branches d'industrie, de régions économiques, enfin, de toute l’industrie nationale dans son ensemble. Ainsi, le contrôle ouvrier deviendra l'ECOLE DE L'E- CONOMIE PLANIFIEF. Par l'expérience du contrôle, le prolétariat se préparera à diriger directement l’industrie nationalisée, quand l'heure en aura sonné.
Aux capitalistes, surtout de petite et moyenne taille, qui proposent parfois eux-mêmes d'ouvrir leurs livres de comptes devant les ouvriers — surtout pour leur démontrer la nécessité de diminuer les salaires — les ouvriers répondront que ce qui les in. téresse ce n'est pas Ja comptabilité de banqueroutiers ou de semi-banqueroutiers isolés, mais la comptabilité de tous les exploiteurs. Les ouvriers ne peuvent ni ne veulent adapter leur niveau de vie aux intérêts de capitalistes isolés devenus victimes de leur propre régime. La tâche consiste à reconstruire tout le système de production et de répartition sur des principes plus rationnels et plus dignes. Si l'abolition du secret commercial est la condition nécessaire du contrôle ouvrier, ce contrôle est le premier pas dans la voie de la direction socialiste de l'économie.
L’expropriation de certains groupes de capitalistes
Le programme socialiste de l'expropriation, c'est-à-dire du renversement politique de la bourgeoisie et de la liquidation de sa domination économique, ne doit, en aucun cas, faire obstacle, dans la présente période de transition, sous différents prétextes, à la revendication de l'expropriation de certaines branches de l'industrie parmi les plus importantes pour l'existence nationale ou de certains groupes de la “bourgeoisie parmi les plus parasitaires.
Ainsi, aux prêches geignards de messieurs les démocrates sur la dictature des « 60 familles » aux Etats-Unis ou des « 200 familles » en France, nous opposons la revendication de l'expropriation de ces 60 ou 200 féodaux capitalistes.
Exactement de même nous revendiquons l'expropriation des compagnies monopoleuses de l'industrie de guerre, des chemins de fer, des plus importantes sources de matières premières, etc.
La différence entre ces revendications et le mot d'ordre réformiste bien vague de « nationalisation » consiste en ce que :
1) Nous repoussons le rachat ;
2) Nous prévenons les masses contre les démagogues du Front Populaire qui, proposant la nationalisation en paroles, restent en faits les agents du capital ;
3) Nous appelons les masses à ne compter que sur leur force révolutionnaire ;
4) Nous relions le problème de l'expropriation à la question du pouvoir ouvrier et paysan.
La nécessité de lancer le mot d'ordre de l'expropriation dans l'agitation quotidienne, par conséquent d’une manière fractionnée, et non pas seulement d’un point de vue propagandiste, sous sa forme générale, est provoquée par le fait que les diverses branches de l’industrie se trouvent P divers niveaux de développement, occupent des places différentes dans la vie de la société et passent par divers stades de la lutte des classes. Seule, la montée révolutionnaire générale du prolétariat peut mettre l’'expropriation générale de Ja bourgeoisie à l'ordre du jour, L'obiet de revendications transitoires est de préparer le prolétariat à la résolution de cette tâche.
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L’expropriation des banques privées et l’étatisation du système de crédit
L'impérialisme signifie la domination du capital financier. À côté des consortiums et des trusts, et souvent au-dessus d'eux. les banques concentrent dans leurs mains le commandement réel de l'économie. Dans leur structure, les banques reflètent, sous une forme concentrée, toute la structure du capitalisme contemporain : elles combinent les tendances du monopole aux tendances de l'anarchie. Elles organisent des miracles de technique, des entreprises gigantesques, des trusts puissants, et elles organisent aussi la vie chère, les crises et le chômage. Impossible de faire aucun pas sérieux en avant dans la lutte contre l'arbitraire monopolisateur et l'anarchie capitaliste si on laisse les leviers de commande des banques dans les mains des grands financiers.
Afin de réaliser un système unique d'investissement et de crédit, selon un plan rationnel qui corresponde aux intérêts de toute la nation, il faut unifier toutes les banques dans une institution nationale unique. Seule, l'expropriation des banques privées et la concentration de tout le système de crédit dans les mains de l’Etat mettront dans les mains de celui-ci les moyens nécessaires réels, c'est-à-dire matériels, et non pas seulement fictifs et bureaucratiques, pour la planification économique.
L'expropriation des banques ne signifie, en aucun cas, l’expropriation des petits dépôts bancaires. Au contraire : pour les petits déposants, la BANQUE ETATIQUE UNIQUE pourra créer des conditions plus favorables que les banques privées. De la même façon, seule, la Banque Etatique pourra établir pour les paysans, les artisans et les petits commerçants des conditions de crédit privilégiées, c'est-à-dire à bon marché. Cependant, il est encore plus important que toute l'économie, avant tout l'industrie lourde et les transports, dirigée par un Etat-major financier unique, serve les intérêts vitaux des ouvriers et de tous les autres travailleurs.
Cependant, l'ETATISATION DES BANQUES ne donnera ces résultats favorables que si le pouvoir étatique lui-même passe des mains des exploiteurs aux mains des travailleurs.
Les piquets de grève, les détachements de combat, la milice ouvrière, l'armement du prolétariat
Les grèves avec occupation des usines sont un très sérieux avertissement de la part des masses à l'adresse non seulement de la bourgeoisie mais, aussi, des organisations ouvrières, y compris la IV° Internationale. En 1919-20, les ouvriers italiens occupèrent les entreprises, sur leur propre initiative, signalant ainsi à leurs propres « chefs » l’arrivée de la révolution sociale. Les « chefs » ne tinrent pas compte du signal. Le résultat fut la victoire du fascisme.
Les grèves avec occupation ne sont pas encore la prise des usines, à la manière italienne; mais c'est un pas décisif dans cette voie. La crise actuelle peut exacerber extrêmement la marche de la lutte des classes et précipiter le dénouement. Il ne faut cependant pas croire qu’une situation révolutionnaire surgit d'un seul coup. En réalité, son approche sera marquée par toute une série de convulsions. La vague de grèves avec occupation des usines en est précisément une. La tâche des sections de la IV° Internationale est d'aider l'avant-garde prolétarienne à comprendre le caractère général et les rythmes de notre époque et de féconder à temps la lutte des masses par des mots d'ordre de plus @. plus résolus et par des mesures organisationnelles de combat.
L'exacerbation de la lutte du prolétariat signifie l'exacerbation des méthodes de résistance de la part du capital. Les nouvelles vagues de grèves avec occupation des usines peuvent provoquer et provoqueront infailliblement d'énergiques mesures de réaction de la part de la bourgeoisie. Le travail préparatoire se mène dès maintenant dans le secret des Etats-majors des trusts. Malheur aux organisations révolutionnaires, malheur au prolétariat s'ils se trouvent de nouveau pris à l'improviste !
La bourgeoïisie ne se contente nulle part de la police et de l'armée officielles. Aux Etats-Unis, même dans les périodes « calmes », elle entretient des détachements militarisés de jaunes et des bandes armées privées dans les usines. Il faut y ajouter maintenant les bandes de nazis américains. La bourgeoisie française, à la première approche du danger, a mobilisé les détachements fascistes semi-légaux et illégaux jusqu’à l'intérieur de l'armée officielle. I1 suffira que les ouvriers anglais augmentent de nouveau leur poussée pour qu'immédiatement les bandes fascistes doublent, triplent, décuplent en nombre et entrent en croisade sanglante contre les ouvriers. La bourgeoisie se rend
clairement compte qu'à l'époque actuelle la lutte des classes tend infailliblement à se {transformer en guerre civile, Les exemples de l'Italie, de l'Allemagne, de l'Autriche, de l'Espagne et d'autres pays ont appris beaucoup plus aux magnats et aux laquais du capital qu'aux chefs officiels du prolétariat
Les politiciens de la Iϰ et de la ITI° Internationales, de même que les bureaucrates des syndicats ferment consciemment les yeux sur l’armée privée de la bourgeoisie; sinon, ils ne pourraient maintenir vingt-quatre heures leur alliance avec elle, Les réformistes inculquent systématiquement aux ouvriers l’idée que la sacro-sainte démocratie est assurée au mieux là où la bourgeoisie est armée jusqu'aux dents et les ouvriers désarmés.
Le devoir de la IV° Internationale est d’en finir, une fois pour toutes, avec cette politique servile. Les démocrates petits bourgeois — y compris les social-démocrates, les staliniens, les anarchistes — noussent des cris d'autant plus forts sur la lutte contre le fascisme qu'ils capitulent plus lâchement devant lui en fait. Aux bandes du fascisme, seuls peuvent s'opposer avec succès des détachements ouvriers armés qui sentent derrière leur dos le soutien de dizaines de millions de travailleurs. La lutte contre le fascisme commence non pas dans la rédaction d'une feuille libérale, mais dans l'usine, et finit dans la rue. Les jaunes et les gendarmes privés dans les usines sont les cellules fondamentales de l'armée du fascisme. Les PIQUETS DE GRE- VE sont les cellules fondamentales de l’armée du prolétariat. C'est de là qu'il faut partir. A l'occasion de chaque grève et de chaque manifestation de rue, il faut propager l’idée de la nécessité de la création de DETACHEMENTS OUVRIERS D'AUTO- DEFENSE. Il faut inscrire ce mot d'ordre dans le programme de l'aile révolutionnaire des syndicats. Il faut former pratiquement des détachements d’auto-défense partout où c'est possible, à commencer par les organisations de jeunes, et les entraîner au maniement des armes.
La nouvelle vague du mouvement des masses doit servir non seulement à accroître le nombre de ces détachements, maïs encore à les unifier — par quartiers, par villes, par régions. — :1 faut donner à la haine Jégitime des ouvriers pour les jaunes, les bandes de gangsters et de fascistes, une expression organisée. 11 faut lancer le mot d'ordre de la MILICE OUVRIERE, comme seule garantie sérieuse de l'inviolabilité des organisations, des réunions et de la presse ouvrières. :
C'est seulement grâce à un travail svstématique, constant, inlassable, courageux, dans l'agitation et la propagande, toujours en relation avec l'expérience de la masse elle-même, qu’on peut extirper de sa conscience les traditions de docilité et de passivité; éduquer des détachements de combattants héroïques, capables de donner l'exemple à tous les travailleurs; porter une série de défaites tactiques aux bandes de la contre-révolution ; accroître la confiance des exploités en eux-mêmes; discréditer le fascisme aux veux de la petite bourgeoisie et frayer la voie à la conquête du pouvoir par le prolétariat.
Engels définissait l'Etat comme des « détachements de gens armés ». L'ARMEMENT DU PROLETARIAT est un élément constituant indispensable de sa lutte émancipatrice. Quand le prolétariat le voudra, il trouvera les voies et les moyens de s’armer. La direction. dans ce domaine aussi, incombe naturellement aux sections de la IV* Internationale.
L'alliance des ouvriers et des paysans
L'ouvrier agricole est au village le frère d'armes et l'équivalent de l’ouvrier de l'industrie. Ce sont deux parties d’une seule et même classe. Leurs intérêts sont inséparables. Le programme des revendications transitoires des ouvriers industriels est aussi, moyennant tels ou tels changements, le programme du prolétariat agricole.
Les paysans (fermiers) représentent une autre classe : c'est la petite bourgeoisie du village. La petite bourgeoisie se compose de couches différentes, depuis les semi-prolétaires jusqu'aux exploiteurs. C'est pourquoi, la tâche politique du prolétariat industriel consiste à faire pénétrer la lutte de classes au village : c'est seulement ainsi qu'il pourra séparer ses alliés de ses ennemis.
Les particularités du développement national de chaque pays trouvent leur expression la plus vive dans la situation des paysans et partiellement de la petite bourgeoisie citadine (artisans et commerçants), car ces classes, quelque nombreuses qu'elles soient, représentent au fond des survivances de formes pré-capitalistes de production. Les sections de la IV° Internationale doivent, sous la forme la plus concrète possible, élaborer des programmes de revendications transitoires pour les paysans (fermiers) et la petite bourgeoisie citadine, correspondant aux conditions de chaque pays. Les ouvriers avancés doivent apprendre à donner des réponses claires et concrètes aux questions de leurs futurs alliés.
Tant que le paysan reste un petit producteur « indépendant », il a besoin de crédit bon marché, de prix accessibles pour les machines agricoles et les engrais, de conditions favorables de transport, d'une organisation honnête d'écoulement des produits agricoles. Cependant, les banques, les trusts, les commerçants pillent le paysan de tous côtés. Seuls, les paysans eux-mêmes peuvent réprimer ce pillage, avec l'aide des ouvriers. Il est nécessaire qu'entrent en scène des COMITES DE PETITS FER- MIERS qui, en commun avec les comités ouvriers et les comités d'employés de banque, prendront en mains le contrôle des opérations de transport, de crédit et de commerce qui intéressent l'agriculture.
Invoquant mensongèrement les exigences « excessives» des ouvriers, la grande bourgeoisie fait artificiellement de la question des PRIX DES MARCHANDISES un coin qu'elle introduit ensuite entre les ouvriers et les paysans, entre les ouvriers et la
petite bourgeoisie des villes. Les paysans, l'artisan, le petit com-
merçant, à la différence de l'ouvrier, de l'employé, du netit fonc-
tionnaire, ne peuvent revendiquer une augmentation de salaire
arallèle à l'augmentation des prix. La lutte bureaucratique of- Écielle contre la vie chère ne sert qu'à tromper les masses. Les paysans, les artisans, les commerçants doivent cependant, en tant que consommateurs, s’immiscer activement, la main dans la main avec les ouvriers, dans la politique des prix. Aux lamentations des capitalistes sur les frais Ê production, de transport et de commerce, les consommateurs répondront : « Montreznous vos livres, nous exigeons le contrôle sur la politique des prix.» Les organes de ce contrôle doivent être des COMITES DE SURVEIL. LANCE DES PRIX, formés de délégués d'usines, de syndicats, de coopératives, d'organisations de paysans, de petites gens des villes, de ménagères, etc. Dans cette voie, les ouvriers sauront montrer aux paysans que la cause des prix élevés n'est pas dans les hauts salaires, mais dans les profits excessifs des capitalistes et les faux frais de l'anarchie capitaliste.
Le programme de NATIONALISATION de la terre et de la COLLECTIVISATION DE L'AGRICULTURE doit être construit de façon à exclure radicalement l'idée de l'expropriation des petits paysans ou de leur collectivisation forcée. Le paysan restera le propriétaire de son lot de terre tant qu'il le trouvera luimême nécessaire et possible. Pour réhabiliter aux yeux des paysans le programme socialiste, il faut démasquer impitoyablement les méthodes staliniennes de collectivisation, dictées par les intérêts de la bureaucratie et non par les intérêts des paysans et des ouvriers.
L'expropriation des expropriateurs ne signifie pas non plus la dépossession forcée des PETITS ARTISANS et des PETITS COMMERÇANTS. Au contraire, le contrôle ouvrier sur les banques et les trusts, à plus forte raison la nationalisation de ces entreprises, peuvent créer pour la petite bourgeoisie citadine des conditions incomparablement plus favorables de crédit d'achat et de vente, que sous la domination illimitée des monopoles, La dépendance envers le capital privé fera place à la dépendance envers l'Etat, qui sera d'autant plus attentif pour ses petits collaborateurs et agents que les travailleurs eux-mêmes tiendront plus fermement l'Etat dans leurs mains.
La participation pratique des paysans exploités au contrôle des divers domaines de l'économie permettra aux paysans euxmêmes de décider s’il convient ou non de passer au travail collectif de la terre, dans quels délais et à quelle échelle. Les ouvriers de l’industrie s'engagent à apporter dans cette voie toute leur collaboration aux paysans : par l'intermédiaire des syndicats, des comités d'usine et, surtout, du gouvernement ouvrier et paysan.
L'alliance que le prolétariat propose non pas aux classes moyennes en général, mais aux couches exploitées de la ville et du village, contre tous les exploiteurs, y compris les exploiteurs « moyens», ne peut être fondée sur la contrainte, mais seulement sur un accord libre qui doit être consolidé dans un « pacte» spécial. Ce « pacte », c'est précisément le programme de revendications de transition, librement accepté par les deux parties.
La lutte contre l’impérialisme et contre la guerre
Toute la situation mondiale et, par conséquent, aussi la vie politique intérieure des divers pays, se trouvent sous la menace de la guerre mondiale. La catastrophe imminente pénètre d'angoisse, dès maintenant, les masses les plus larges de l’humanité.
La II° Internationale répète sa politique de trahison de 1914 avec d'autant plus de conviction que l’Internationale « Communiste» joue maintenant le premier violon du chauvinisme. Dès que le danger de la guérre a pris un aspect concret, les staliniens distançant de loin les pacifistes bourgeois et petits bourgeois, sont devenus les champions de la prétendue « défense nationale». La lutte révolutionnaire contre la guerre retombe ainsi entièrement sur les épaules de la IV* Internationale.
La politique des bolcheviks-léninistes dans cette question a été formulée dans les thèses programmatiques du Secrétariat International qui gardent encore maintenant toute leur valeur (« LA QUATRIEME INTERNATIONALE ET LA GUERRE », 17 Mai 1934). Le succès du parti révolutionnaire dans la prochaine période dépendra, avant tout, de sa politique dans la auestion de la guerre. Une politique correcte comprend deux éléments : une attitude intransigeante envers l'impérialisme et sa guerre, et l'aptitude à s'appuyer sur l'expérience des masses elles-mêmes.
Dans la question de la guerre, plus que dans toute autre question, la bourgeoisie et ses agents trompent le peuple par des abstractions, des formules générales, une phraséologie boïteuse : « neutralité », « sécurité collective », « armement pour la défense de la paix», « défense nationale», « lutte contre le fascisme », etc., etc. Toutes ces formules se réduisent en fin de compte, à ce que la question de la guerre, c’est-à-dire du sort des peuples, doit rester dans les mains des impérialistes, de leurs gouvernements, de leur diplomatie, de leurs Etats-majors, avec toutes leurs intrigues et tous leurs complots contre les peuples.
La IV* Internationale rejette avec indignation toutes ces abstractions, qui jouent chez les démocrates le même rôle que chez les fascistes : « honneur», « sang», « race». Mais l'indignation ne suffit pas. Il faut aider les masses, à l’aide de critères, de mots d'ordre et de revendications à faire apparaître la réalité, à distinguer ce qu’il y a concrètement au fond des abstractions frauduleuses.
« DESARMEMENT » ? Mais toute la question est de savoir qui désarmera et qui sera désarmé. Le seul désarmement qui puisse prévenir ou arrêter la guerre c'est le désarmement de la bourgcoisie par les ouvriers. Mais pour désarmer la bourgeoisie, il faut que les ouvriers eux-mêmes soient armés.
« NEUTRALITE » ? Mais le prolétariat n'est nullement neutre dans une guerre entre le Japon et la Chine, ou entre l'Allemagne et l’'UR.S.S. Cela signifie-t-il la défense de la Chine et de l'ÜR. S.S.? Evidemment, mais pas par l'intermédiaire des impérialistes, qui étrangleront la Chine et l'URSS.
« DEFENSE DE LA PATRIE »? Mais sous cette abstraction, la bourgeoisie entend la défense de ses profits et de ses pillages. Nous sommes prêts à défendre la Patrie contre les capitalistes étrangers, si nous garrottons nos propres capitalistes et les empêchons de s'attaquer à la patrie d'autrui; si les ouvriers et les paysans de notre pays deviennent ses véritables maîtres ; si les richesses du pays passent des mains d’une infime minorité dans les mains du peuple : si l’armée, d'un instrument des exploiteurs, devient un instrument des exploités.
11 faut savoir traduire ces idées fondamentales en des idées plus particulières et plus concrètes, selon la marche des événements et l'orientation de l’état d'esprit des masses. Il faut, en outre, distinguer strictement entre le pacifisme du diplomate, du professeur, du journaliste, et le pacifisme du menuisier, de l’ouvrier agricole où de la blanchisseuse. Dans le premier de ces cas, le pacifisme est la couverture de l’impérialisme, Dans le second, l'expression confuse de la défiance envers l'impérialisme.
Quand le petit paysan ou l'ouvrier parlent de la défense de la Patrie, ils se représentent la défense de leur maison, de leur famille et de familles comme la leur contre l'invasion de l'ennemi, contre les bombes, contre les gaz asphyxiants. Le capitaliste et son journaliste entendent par défense de la Patrie la conquête de colonies et de marchés, l'accroissement par le pillage de la part « nationale » dans le revenu mondial. Le pacifisme et le patriotisme bourgeois sont des mensonges complets, Dans le pacifisme et même dans le patriotisme des opprimés, il y a des éléments qui reflètent, d'une part, la haïne contre la guerre destructrice et, d'autre part, l'attachement à ce qu'ils croient être leur bien, qu'il faut savoir saisir pour en tirer les conclusions révolution. naires qui s'imposent. I] faut savoir opposer hostilement l'une à l’autre ces deux formes de pacifisme et de patriotisme.
Partant de ces considérations, la IV* Internationale appuie toute revendication, même insuffisante, si elle est capable d’'entraîner quelque peu les masses dans la politique active, d’éveiller leur critique, de renforcer leur contrôle sur les machinations de la bourgeoisie.
C'est de ce point de vue que notre section américaine, par exemple, soutient, en la critiquant, la proposition de l'institution d'un référendum sur la question de la déclaration de la guerre. Aucune réforme démocratique ne peut, bien entendu, empêcher par elle-même les dirigeants de provoquer la guerre quand ils le voudront. I] faut en donner ouvertement l’avertissement, Mais, quelles que puissent être les illusions des masses quant au réfé rendum, cette revendication reflète la défiance des ouvriers et
des paysans pour le gouvernement et le parlement de la bourgeoïisie. Sans soutenir ni épargner les illusions, il faut appuyer de toutes ses forces la défiance progressive des opprimés à l'égard des oppresseurs. Plus croîtra le mouvement pour le référendum. plus tôt les pacifistes bourgeois s'en sépareront, plus profondément se trouveront discrédités les traîtres de l’Internationale « Communiste », plus vive deviendra la défiance des travailleurs envers les impérialistes.
C'est du même point de vue qu'il faut mettre en avant la revendication du droit de vote à dix-huit ans, pour les hommes et pour les femmes. Celui qui, demain, sera appelé à mourir pour la « Patrie» doit avoir le droit de faire entendre sa voix aujourd’hui. La lutte contre la guerre doit devenir avant tout la MOBILISATION REVOLUTIONNAIRE DE LA JEUNESSE.
Il faut faire pleine lumière, de tous les côtés, sur le problème de la guerre, tout en tenant compte du côté qu’il présente aux inasses à un moment donné.
La guerre est une gigantesque entreprise commerciale, surtout pour l'industrie de guerre, C’est pourquoi les « 200 familles » sont les premiers patriotes et-les principaux fauteurs de guerre. Le contrôle ouvrier sur l'industrie de guerre est le premier pas dans la lutte contre les fabricants de guerres.
Au mot d'ordre des réformistes : impôt sur les bénéfices de Hucrre, nous opposons le mot d'ordre : CONFISCATION DES BENEFICES DE GUERRE et EXPROPRIATION DES ENTRE- PRISES TRAVAILLANT POUR LA GUERRE. Là où l’industrie de kucrre est « nationalisée », comme en France le mot d'ordre du contrôle ouvrier conserve toute sa valeur : le prolétariat fait aussi peu confiance à l'Etat de la bourgeoisie qu’au bourgeois individuel.
Pas un homme, pas un sou pour le gouvernement bourgeois !
Pas de programmes d'armements, mais un programme de travaux d'utilité publique !
Indépendañce complète des organisations ouvrières du contrôle Militaire et policier !
Il faut arracher, une fois pour toutes, la libre disposition du destin des peuples des mains des cliques impérialistes avides et impitoyables qui agissent derrière leur dos. En accord avec cela nous revendiquons :
— Abolition complète de la diplomatie secrète; tous les lraités et accords doivent être accessibles à chaque ouvrier et pavsan ;
- Instruction militaire et armement des ouvriers et des paysans sous le contrôle immédiat des Comités ouvriers 2t paysans ;
Création d'écoles militaires pour la formation d'officiers venus des rangs des travailleurs, choisis par les organisations ouvrières ; 5
Substitution à l'armée permanente, c’est-à-dire de caserne, ‘d'une milice populaire en liaison indissoluble avec les usines, les inlnes, les fermes, etc.
La guerre impérialiste est la continuation et l’exacerbation de
la politique de pillage de la bourgeoisie ; la lutte du prolétariat contre la guerre est la continuation et l'exacerbation de sa lutte de classe, L'apparition de la guerre change la situation et partiellement les procédés de lutte entre les classes, mais ne change ni les buts ni la direction fondamentale de celle-ci.
La bourgeoisie impérialiste domine le monde. C'est pourquoi la prochaine guerre, par son caractère fondamental, sera une guerre impérialiste. Le contenu fondamental de la politique du prolétariat international sera, par conséquent, la lutte contre l'impérialisme et sa guerre. Le principe fondamental de cette lutte sera : « L'ennemi principal est dans notre PROPRE pays », ou « La défaite de notre propre gouvernement (impérialiste) est le moindre mal ».
Mais tous les pays du monde ne sont pas des pays impérialistes. Au contraire, la majorité des pays sont les victimes de l'impérialisme. Certains pays coloniaux ou semi-coloniaux tenteront, sans aucun doute, d'utiliser la guerre pour rejeter le joug de l'esclavage. De leur part, la guerre ne sera pas impérialiste, mais émancipatrice. Le devoir du prolétariat international sera d'aider les pays opprimés en guerre contre les oppresseurs. Ce même devoir s'étend aussi à J'U.R.S.S. ou à tout autre Etat ouvrier qui peut surgir avant la guerre ou durant la guerre. La dé faite de {out gouvernement impérialiste dans la lutte contre un Etat ouvrier où un pays colonial est le moindre mal.
Les ouvriers d'un pays impérialiste ne peuvent cependant pas aider un pays anti-impérialiste par l'intermédiaire de leur pouvenément quelles que soient, à un moment donné, les reations diplomatiques et militaires entre les deux pays. Si Jes gouvernements se trouvent en alliance temporaire, et au fond incertaine, le prolétariat du pays impérialiste continue à rester en opposition de classe en face de son gouvernement et apporte un appui à son « allié » non-impérialiste par ses méthodes, c'està-dire par les méthodes de la lutte de classes internationale (agitation en faveur de l'Etat ouvrier ou du pays colonial non seulement contre ses ennemis, mais aussi contre ses alliés perfides : boycott et grève dans certains cas, renoncement au boycott et à la grève dans d'autres, etc.).
Tout en soutenant un pays colonial ou l'U.R.S.S. dans la guerre, le prolétariat ne se solidarise pas le moins du monde avec le gouvernement bourgeois du pays colonial ni avec la bureaucratie thermidorienne de l'U.R.S.S. Au contraire, il maintient sa complète indépendance politique aussi bien envers l’un qu'envers l'autre. En aidant une guerre juste et progressive, le prolétariat révolutionnaire conquiert les sympathies des travailleurs des colonies et de l'U-R.S.$., affermit ainsi l'autorité et l'influence de la IV* Internationale et peut aider d'autant mieux le renversement du gouvernement bourgeois dans le pays colonial, de la bureaucratie réactionnaire en U.R.S.S.
Au début de la guerre, les sections de la IV* Internationale se sentiront inévitablement isolées : chaque guerre prend les masses populaires à l'improviste et les pousse du côté de l'appareil gouvernemental. Les internationalistes devront aller contre le courant. Cependant, les dévastations et les maux de la nouvelle guerre qui, dès les premiers mois, laisseront loin en arrière les horreurs sanglantes de 1914-1918, auront tôt fait de dégriser les masses. Leur mécontentement et leur révolte croîtront par bonds. Les sections de la IV* Internationale se trouveront à la tête
du flux révolutionnaire. Le pro e de revendications transitoires prendra une actualité brûlante. Le problème de la conquête du pouvoir par le prolétariat se dressera de toute sa hauteur.
Âvant d'épuiser l'humanité ou de la noyer dans le sang, le capitalisme empoisonne l'atmosphère mondiale par les vapeurs dé létères de la haine nationale et raciale. L'antisémitisme est mainjenant une des convulsions les plus malignes de l'agonie capitaiste.
La divulgation impitoyable de tous les préjugés de race et de toutes les formes et nuances de l'arrogance nationale et du chauvinisme, en particulier de l'antisémitisme, doit entrer dans le travail quotidien de toutes les sections de la IV° Internationale comme le principal travail d'éducation dans la lutte contre l'impérialisme et la guerre. Notre mot d'ordre fondamental reste : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Le gouvernement ouvrier et paysan
La formule de « gouvernement ouvrier et paysan» apparut, pour la première fois, en 1917, dans l'agitation des bolcheviks et fut définitivement admise après l'insurrection d'Octobre. Elle ne représentait dans ce cas qu'une dénomination populaire de la dictature du prolétariat, déjà établie. L'importance de cette dénomination consistait surtout en ce qu’elle mettait au premier plan l'idée de l'ALLIANCE DU PROLETARIAT ET DE LA PAYSANNERIE, placée à la base du pouvoir soviétique.
Quand l’Internationale Communiste des épigones tenta de faire revivre la formule de « dictature démocratique des ouvriers et des paysans », enterrée par l’histoire, elle donna à la formule de « gouvernement ouvrier et paysan » un contenu complèternent différent, purement « démocratique» c’est-à-dire bourgeois, en l'opposant à la dictature du prolétariat. Les bolcheviks-léninistes rejetteront résolument le mot d'ordre de « gouvernement ouvrier et paysan » dans son interprétation démocratique et bourgeoise. Ils affirmaient et ils affirment que tant que le parti du prolétariat renoncera à sortir des cadres de Ja démocratie bourgeoise, son alliance avec la classe moyenne ne sera tout simplement qu’un appui au capital, comme il en fut avec les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires en 1917, comme il en fut avec le Parti Communiste Chinois en 1925-1927, comme cela se passe maintenant avec les « fronts populaires » d’Espagne, de France et d’autres pays.
D'avril à septembre 1917, les bolcheviks réclamaient que les socialistes révolutionnaires et les mencheviks rompent leur liaison avec la bourgeoisie libérale et prennent le pouvoir dans leurs propres mains. À cette condition, les bolcheviks promettaient aux mencheviks et aux socialistes révolutionnaires, représentants petits-bourgeois des ouvriers et des paysans leur aide révolutionnaire contre la bourgeoisie, et refusant cependant catégoriquement tant à entrer dans Je gouvernement des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires qu’à prendre une responsabilité politique pour lui. Si les mencheviks et les socialistes révolutionnaires avaient réellement rompu avec les cadets libéraux et avec l'impérialisme étranger, le «gouvernement ouvrier et paysan» créé par eux n'aurait pu qu'accélérer et faciliter l'instauration de la dictature du prolétariat. Mais c’est précisément pourquoi les sommets de la démocratie petite bourgeoise s’opposeront de toutes leurs forces à l'instauration de leur propre pouvoir. L'expérience de la Russie démontra, et l'expérience de l'Espagne et de la France le confirme de nouveau, que, même dans des condi-
tions très favorables les partis de la démocratie petite bourgeoisie (socialistes-révolutionnaires, social-démocrates, staliniens, anarchistes) sont incapables de créer un gouvernement ouvrier et paysan, c'est-à-dire un gouvernement indépendant de la bourgeoisie. x
Néanmoins, la revendication des bolcheviks, adressée aux mencheviks et aux socialistes-révolutionnaires : « Rompez avec la bourgeoisie, prenez dans vos mains le pouvoir ! », avait pour les masses une énorme valeur éducative. Le refus obstiné des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires de prendre le pouvoir, qui apparut si tragiquement dans les journées de juillet, les perdit définitivement dans l'esprit du peuple et prépara la victoire des bolcheviks.
La tâche centrale de la IV° Internationale consiste à affranchir le prolétariat de la vieille direction, dont le conservatisme se trouve en contradiction complète avec la situation catastrophique du capitalisme à son déclin et est le principal frein du progrès historique. L'accusation capitale que la IV* Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prolétariat, c'est qu'elles ne veulent pas se séparer du demi-cadavre politique de la bourgeoisie,
Dans ces conditions, la revendication adressée systématiquement à Ja vieille direction : « Rompez avec la bourgeoisie, prenez le pouvoir ! » est un instrument extrêmement important pour dévoiler le caractère traître des partis et organisations de la IT° et de la ITI° Internationales, ainsi que de l'Internationale d'Amsterdam.
Le mot d'ordre de « gouvernement ouvrier et paysan» est employé par nous uniquement dans le sens qu'il avait en 1917 dans la bouche des bolcheviks, c'est-à-dire comme un mot d'ordre anti-bourgeois et anti-capitaliste, mais, en aucun cas, dans le sens « démocratique » que lui ont donné plus tard les épigones, faisant de lui, alors qu'il était un pont vers la révolution socialiste, la principale barrière dans cette voie.
De tous les partis et organisations qui s'appuient sur les ouvriers et les paysans et parlent en leur nom, nous demandons qu'ils rompent politiquement avec la bourgeoisie et entrent dans la voie de la lutte pour le pouvoir des ouvriers et des paysans. Dans cette voie, nous leur promettons un soutien contre la réaction capitaliste. En même temps, nous déployons une agilation inlassable autour des revendications de transition qui devraient, à notre avis, constituer le programme du « gouvernement ouvrier et paysan ».
.La création d'un tel gouvernement par les organisations ouvrières traditionnelles est-elle possible ? L'expérience antérieure nous montre, comme nous l'avons déjà dit, que c'est pour le moins peu vraisemblable. Il est, cependant, impossible de nier catégoriquement par avance la possibilité théorique de ce que, sous l'influence d’une combinaison tout a fait exceptionnelle de circonstances (guerre, défaite, krach financier, offensive révolutionnaire des masses, etc.), des partis petits bourgeois, y compris les staliniens, puissent aller plus loin qu'ils ne le veulent euxmêmes dans la voie de la rupture avec la bourgeoisie. En tout cas, une chose cest hors de doute : si même cette variante, peu vraisemblable, se réalisait quelque part, et qu'un « gouvernement ouvrier et paysan » dans le sens indiqué plus haut, s’établis-
sait en fait, il ne représenterait qu'un court épisode dans la voie de la véritable dictature du prolétariat.
Il est, cependant, inutile de se perdre en conjectures. L'agitation, sous le mot d'ordre du « gouvernement ouvrier et paysan », garde dans toutes les conditions une énorme valeur éducative. Et ce n'est pas par hasard : ce mot d'ordre, tout à fait général, suit la ligne du développement politique de notre époque (banqueroute et désagrégation des vieux partis bourgeois, faillite de la démocratie, montée du facisme, aspiration croissante des travailleurs à une politique plus active et plus offensive). C’est pourquoi chacune de nos revendications transitoires doit conduire à une seule et même conclusion politique : les ouvriers doivent rompre avec tous les partis traditionnels de la bourgeoisie pour établir, en commun avec les paysans, leur propre pouvoir.
Il est impossible de prévoir quelles seront les étapes concrètes de la mobilisation révolutionnaire des masses. Les sections de la IV* Internationale doivent s'orienter de façon critique à chaque nouvelle étape et lancer les mots d'ordre qui appuient la tendance des ouvriers à une politique indépendante, approfondissent le caractère de classe de cette politique, détruisent les illusions réformsites et pacifistes, renforcent la liaison de l'avant-garde avec les masses et préparent la prise révolutionnaire du pouvoir.
I4 Les soviets
Les comités d'usine sont, comme il a été dit, un élément de dualité de pouvoir dans l’usine. C'est pourquoi leur existence n’est concevable que lors d’une pression croissante des masses. Il en est de même avec les groupements de masse pour la lutte contre la guerre, avec les comités de surveillance des prix et avec tous les autres nouveaux centres du mouvement, dont l'apparition même témoigne que la lutte des classes a dépassé les cadres des organisations traditionnelles du prolétariat.
Cependant, ces nouveaux organes et centres sentiront bientôt leur manque de cohésion et leur insuffisance. Aucune des revendicätions transitoires ne peut être complètement réalisée avec le maintien du régime bourgeois. Or, l’approfondissement de la crise sociale accroîtra non seulement les souffrances des masses, mais, aussi, leur impatience, leur fermeté, leur esprit d'of. fensive, Des couches toujours nouvelles d'opprimés relèveront la tête et lanceront leurs revendications. Des millions de besogneux, à qui les chefs réformistes ne pensent jamais, commenceront à frapper aux portes des organisations ouvrières. Les chômeurs entreront dans le mouvement. Les ouvriers agricoles, les paysans ruinés ou à demi-ruinés, les couches inférieures de la ville, les travailleuses, les ménagères, les couches prolétarisées de l’intelligentzia, tous chercheront un regroupement et une direction.
Comment accorder les ‘diverses revendications et formes de lutte, ne fût-ce que dans les limites d’une seule ville ? L'histoire a déjà répondu à cette question : grâce aux Soviets, qui réunissent les représentants de tous les groupes en lutte. Personne n’a proposé, jusqu'à maintenant, aucune autre forme d'organisation, et il est douteux qu'on puisse en inventer une. Les Soviets ne sont liés par aucun programme a priori. Ils ouvrent leurs portes à tous les exploités. Par cette porte passent les représentants des couches qui sont entraînées dans le torrent général de la lutte. L'organisation s'étend avec le mouvement et y puise continuellement son renouveau. Toutes les tendances politiques du prolétariat peuvent lutter pour la direction du Soviet sur Ja base de la plus large démocratie. C'est pourquoi le mot d'ordre des Soviets est le couronnement du programme des revendications transitoires.
Les Soviets ne peuvent naître que là où le mouvement des masses entre dans un stade ouvertement révolutionnaire. En tant que pivot autour duquel s'unissent des dizaines de millions de travailleurs dans leur lutte contre les exploiteurs, les Soviets,
dès le moment de leur apparition, deviennent les rivaux et les adversaires des autorités locales, et, ensuite, du gouvernement central Jui-même. Si le comité d'usine crée des éléments de dualité de pouvoir dans l’usine, les Soviets ouvrent une période de dualité de pouvoir dans le pays.
La dualité de pouvoir est, à son tour, le point culminant de la période de transition. Deux régimes : le régime bourgeois et le régime prolétarien s'opposent irréductiblement l'un à l’autre. La collision entre eux est inévitable. De l'issue de celle-ci dépend le sort de la société. En cas de défaite de la révolution, la dictature fasciste de la bourgeoisie. En cas de victoire, le pouvoir des Soviets, c'est-à-dire F dictature du prolétariat et la reconstruction socialiste de la société.
Les pays arriérés et le programme de revendications transitoires
Les pays coloniaux et semi-coloniaux sont, par leur nature même, des pays arriérés. Mais ces pays arriérés vivent dans les conditions de la dominations mondiale de l'impérialisme. C’est pourquoi leur développement a un caractère combiné : il réunit en lui les formes économiques les plus primitives et le dernier mot de la technique et de la civilisation capitalistes. C'est ce qui détermine la politique du prolétariat des pays arriérés : il est contraint de combiner la lutte pour les tâches les plus élémen: taires de l'indépendance nationale et de la démocratie bourgeoise avec la lutte socialiste contre l'impérialiste mondial. Les revendications de la démocratie, les revendications transitoires et les tâches de la révolution socialiste ne sont pas séparées dans la lutte par des époques historiques, mais découlent, immédiatement les unes des autres. Ayant à peine commencé à édifier des syndicats, le prolétariat chinois se trouvait déjà contraint de penser aux Soviets. C'est dans ce sens que le présent programme est pleinement applicable aux pays coloniaux et semi-coloniaux au moins à ceux où le prolétariat est déjà capable d’avoir une politique indépendante.
Les problèmes centraux des Rae coloniaux et semi-coloniaux sont : la REVOLUTION AGRAIRE, c'est-à-dire la liquidation de l'héritage féodal, et J'INDEPENDANCE NATIONALE, c'està-dire le renversement du joug de l'impérialisme. Ces deux tâches sont étroitement liées l’une à l’autre.
Il est impossible de rejeter purement et simplement le programme démocratique : il faut que les masses elles-mêmes dé passent ce programme dans la lutte. Le mot d'ordre de l'ASSEM- BLEE NATIONALE (ou Constituante) conserve toute sa valeur dans des pays comme la Chine ou l'Inde. Il faut lier indissolublement ce mot d'ordre aux tâches de l'émancipation nationale et de la réforme agraire. Il faut, avant tout, armer les ouvriers de ce programme démocratique. Eux seuls peuvent soulever et rassembler les paysans. Sur la base du programme démocratique révolutionnaire, il faut opposer les ouvriers à la bourgeoisie « nationale ». À une certaine étape de la mobilisation des masses sous les mots d'ordre de la démocratie révolutionnaire, les Soviets peuvent et devraient surgir. Leur rôle historique dans chaque période donnée, en particulier leur rapport avec l’Assemblée Nationale, est déterminé par le niveau politique du prolétariat par la liaison entre celui-ci et la classe paysanne, par le caractère
de la politique du parti prolétarien. Tôt ou tard, les Soviets doivent renverser la démocratie bourgeoise. Eux seuls sont capables de mener la révolution démocratique jusqu’au bout et d'ouvrir ainsi l'ère de la révolution socialiste. k
Le poids spécifique des diverses revendications démocratiques et transitoires dans la lutte du prolétariat, leur liaison réciproque, leur ordre de succession sont déterminés par les particularités et les conditions propres de chaque pays arriéré et pour une part, considérable par le degré de son retard. Cependant, la direction générale du développement révolutionnaire peut être dé: terminée par la formule de Ja REVOLUTION PERMANENTE, dans le sens qui a été définitivement donné à cette formule par trois révolutions en Russie (1905, Février 1917, Octobre 1917).
L'Internationale « Communiste» a donné aux pays arriérés l'exemple classique de la manière dont on peut causer la ruine d’une révolution pleine de forces et de promesses. Lors de l'impétueuse montée du mouvement des masses en Chine en 1925- 1927, l'I.C. ne lança pas le mot d'ordre d'Assemblée Nationale et, en même temps, interdit la formation de Soviets. Le parti bourgeois du Kuomintang devait, selon le plan de Staline, « remplacer» à la fois l'Assemblée Nationale et les Soviets, Après l'écrasement des masses par le Kuomintang, l'IC. organisa, à Canton, une caricature de soviet. Après l'effondrement inévitable de l'insurrection de Canton, l'I.C. entra dans la voie de la guerre de partisans et des Soviets paysans, avec une complète passivité du prolétariat industriel. Conduite dans cette voie à une impasse, l'I.C. profita de la guerre sino-japonaise pour liquider d’un trait de plume la « Chine soviétique» en subordonnant non seulement « l'Armée Rouge» paysanne mais aussi le parti dit communiste au Kuomintang lui-même, c'est-à-dire à la bourgeoisie.
Après avoir trahi la révolution prolétarienne internationale au nom de l'amitié avec des esclavagistes démocratiques, le Komintern ne pouvait manquer de trahir également la lutte émancipatrice des peuples coloniaux, avec d'ailleurs un cynisme encore plus grand que ne l'avait fait avant lui la Il° Internationale, Une des tâches de la politique des Fronts Populaires et de la « défense nationale » est de transformer des centaines de millions d'hommes de la population coloniale en chair à canon pour l'impérialisme « démocratique ». Le drapeau de la lutte émancipatrice des peuples coloniaux et semi-coloniaux, c’est-à-dire de plus de la moitié de l'humanité, est passé définitivement aux mains de la IV Internationale.
Le programme de revendications transitoires dans les pays fascistes
Les jours où les stratèges de l'I.C. ont proclamé que la victoire de Hitler n'était qu'un pas vers la victoire de Thaelmann sont bien loin. Thaelmann n'est pas sorti des prisons de Hitler depuis plus de cinq ans. Mussolini maintient l'Italie dans les chaînes du fascisme depuis plus de seize ans. Durant toutes ces années, les partis de la Iϰ et de la III° Internationales se sont trouvés impuissants, non seulement à provoquer un mouvement des masses, mais à créer une organisation illégale sérieuse qui puisse être tant soit peu comparable aux partis révolutionnaires russes de l'époque du tzarisme.
Il n'y a pas la moindre raison de voir la cause de ces échecs dans la puissance de l'idéologie fasciste. Mussolini n'a jamais, au fond, proposé d'idéologie. « L'idéologie » de Hitler n'a jamais été prise au sérieux par les ouvriers. Les couches de la population dont le fascisme a, à un moment donné, tourné la tête, c’estdire avant tout les classes moyennes, ont eu le temps de se dégriser. Si, néanmoins, une opposition tant soit peu notable se limite aux milieux cléricaux, protestants et catholiques, la cause n’en est pas dans la puissance des théories semi-délirantes semi-charlatanesques de la « race» et du « sang», mais dans la faillite effroyable des idéologies de la démocratie, de la social-démocratie et du Komintern.
Après l'écrasement de la Commune de Paris, une réaction étouffante dura environ huit ans. Après la défaite de la révolution russe de 1905, les masses ouvrières restèrent dans la torpeur presque aussi longtemps. Cependant, dans ces deux cas, il ne s'agissait que de défaites physiques, déterminées par le rapport des forces. En Russie, il s'agissait, en outre, d’un prolétariat presque vierge. La fraction des bolcheviks ne comptait alors que trois ans d’âge. La situation était toute différente en Allemagne où la direction appartenait à de puissants partis, dont l'un comptait soixante-dix ans d'existence, l'autre presque quinze ans. Ces deux partis, qui avaient des millions d'électeurs, se sont trouvés moralement paralysés avant la Jutte et se sont rendus sans combat. Il n’y a jamais eu de catastrophe semblable dans l'Histoire. Le prolétariat allemand n’a pas été battu par l'ennemi dans un combat : il a été brisé par la couardise, l'abjection, la trahison de ses propres partis. Rien d'étonnant à ce qu’il ait perdu foi en tout ce qu'il était habitué à croire de-
puis presque trois générations. La victoire de Hitler, à son tour, a renforcé Mussolini.
L'insuccès réel du travail révolutionnaire en Italie et en Allemagne n'est rien d'autre que la rançon de la politique criminelle de la social-démocratie et du Komintern. Pour mener un travail illégal, il faut non seulement la sympathie des masses mais encore l'enthousiasme conscient de leurs couches avancées. Mais peut-on s'attendre à de l'enthousiasme pour des organisations historiquement banqueroutières ? Les chefs émigrés, ce sont surtout des agents du Kremlin et de la Guépéou démoralisés jusqu’à la moelle des os, où d'anciens ministres social-démocrates de la bourgeoisie, qui espèrent que, par quelque miracle, les ouvriers leur rendront leurs postes perdus. Peut-on s’imaginer un seul jnstant que ces messieurs deviendront les chefs de la future révolution anti-fasciste ?
Les événements sur l'arène mondiale n'ont pas non plus favorisé jusqu’à maintenant une montée révolutionnaire en Italie et en Allemagne : écrasement des ouvriers autrichiens, défaite de la révolution espagnole, dégénérescence de l'Etat soviétique. Dans la mesure où les ouvriers italiens et allemands dépendent, pour les informations politiques, de la radio on peut dire avec assurance que les émissions de Moscou, qui combinent le mensonge thermidorien à la stupidité et à l’impudence, sont devenues un puissant facteur de démoralisation des ouvriers dans les Etats totalitaires. Sous ce rapport, comme sous d’autres, Staline n'est qu'un auxiliaire de Gœbbels.
Cependant, les antagonismes de classes qui ont conduit à la victoire du fascisme poursuivent leur travail, même sous la domination du fascisme et le rongent peu à peu. Les masses sont de plus en plus mécontentes. Des centaines et des milliers d'ouvriers dévoués continuent, malgré tout, à mener un travail prudent de taupes révolutionnaires. De jeunes générations se jèvent, qui n'ont pas vécu directement l'effondrement des grandes traditions et des grands espoirs. La préparation moléculaire de la révolution est en marche, sous la lourde dalle du régime totalitaire. Mais pour que l'énergie cachée se transforme en mouvement apparent il faut que l'avant-garde du prolétariat ait trouvé une nouvelle perspective, un nouveau programme, un nouveau drapeau sans tache.
C'est ici la principale difficulté, Il est extrêmement malaisé pour les ouvriers des pays fascistes de s'orienter dans les nouveaux programmes. La vérification d'un programme se fait par l'expérience. Or, c’est précisément l'expérience du mouvement des masses qui manque dans les pays de despotisme totalitaire. I est fort possible qu'il faille un grand succès du prolétariat dans un des pays « démocratiques » pour donner une impulsion au mouvement révolutionnaire sur le territoire du fascisme. Une catastrophe financière ou militaire peut avoir la même action. 11 faut mener actuellement un travail préparatoire, surtout de propagande, qui n’apportera des fruits abondants qu’à l'avenir.
Dès maintenant, on peut dire ceci avec pleine certitude : une fois qu'il aura éclaté au grand jour, le mouvement révolutionnaire dans les pays fascistes prendra d'un seul coup une étendue grandiose et, en aucun cas, ne s'arrêtera à des tentatives de faire revivre quelque cadavre de Weimar.
C'est sur ce point que commence la divergence irréductible entre la IV* Internationale et les vieux partis qui survivent phy-
siquement à leur banqueroute. Le « Front Populaire» dans l'émigration est l'une-des variétés les plus néfastes et les plus traîtresses de tous les Fronts Populaires possibles. Il signifie, au fond, la nostalgie impuissante d’une coalition avec une bourgeoisie libérale inexistante. S'il avait quelque succès, il ne ferait que préparer une série de nouvelles faillites du prolétariat, à la manière espagnole. C'est pourquoi la divulgation impitoyable de la théorie et de la pratique du Front Populaire est la pre mière condition de la lutte révolutionnaire contre le fascisme.
Cela ne signifie évidemment pas que la IV*° Internationale rejette les mots d'ordre démocratiques comme moyen de mobilisation des masses contre le fascisme. Au contraire, ils peuvent à certains moments jouer un rôle énorme. Mais les formules de la démocratie (liberté d'association, de presse, etc.), ne sont pour nous que des mots d'ordre passagers ou épisodiques dans le inouvement indépendant du prolétariat, et non un nœud coulant démocratique passé autour du cou du prolétariat par les agents de la bourgeoisie (Espagne !). Que le mouvement prenne seulement quelque caractère de masses, et les mots d'ordre démocratiques se mêleront de mots d'ordre de transition : les comités ‘d'usine surgiront, on peut le penser, avant que les vieux bonzes routiniers ne se soient mis, de leurs bureaux, à l'édification de syndicats ; les Soviets couvriront l'Allemagne avant que ne se soit réunie à Weimar une nouvelle Assemblée Constituante. Il en sera de même pour l'Italie et les autres pays totalitaires et semitotalitaires.
Le fascisme a rejeté ces pays dans la barbarie politique. Mais il n'a pas changé leur structure sociale, Le fascisme est un instrument du capital financier, et non de la propriété foncière féodale. Le programme révolutionnaire doit s'appuyer sur la dialectique de la lutte des classes, qui vaut aussi pour les pays fascistes, et non sur la psychologie de banqueroutiers terrifiés. La IV® Internationale rejette avec dégoût les méthodes de mascarade politique auxquelles ont recours les staliniens, anciens héros de la «Troisième période », pour apparaître tour à tour avec des masques de catholiques, de protestants, de juifs, de nationalistes allemands, de libéraux — uniquement afin de cacher leur propre visage peu attrayant. La ÎV° Internationale apparaît toujours et partout sous son propre drapeau. Elle propose ouvertement son programme au prolétariat des pays fascistes. Dès maintenant, les ouvriers avancés du monde entier sont fermement convaincus que le renversement de Mussolini, de Hitler, de leurs agents et ïmitateurs se produira sous la direction de la Quatrième Internationale.
HN
La situation en U.R.S.S. et les tâches de l'époque de transition
L'Union Soviétique est sortie de la Révolution d'octobre comme un Etat ouvrier. L'étatisation des moyens de production, condition nécessaire du développement socialiste, a ouvert la possibilité d’une croissance rapide des forces productives. L'appareil de l'Etat ouvrier subit entre temps une dégénéres cence complète, se transformant d’instrument de la classe ouvrière en instrument de violence bureaucratique contre la classe ouvrière et, de plus en plus, en instrument du sabotage de l'économie. La bureaucratisation d’un Etat ouvrier arriéré et isolé de la transformation de la bureaucratie en caste privilégiée toutepuissante sont la réfutation la plus convaincante — non pas seulement théorique, mais pratique — de la théorie du socialisme en un seul pays.
Aïnsi, le régime de l'URSS. incarne des contradictions menaçantes. Mais il continue à rester un régime d'ETAT OUVRIER DEGENERE. Tel est le diagnostic social...
Le pronostic politique a un caractère alternatif : ou la bureaucratie, devenant de plus en plus l'organe de la bourgeoisie mondiale dans l'Etat ouvrier, renverse les nouvelles formes de propriété et rejette le pays vers le capitalisme: ou la classe ouvrière écrase la bureaucratie et ouvre une issue vers le socialisme.
Pour les sections de la IV* Internationale les procès de Moscou ne sont pas une surprise, ni le résultat de la démence personnelle du dictateur du Kremlin, mais les produits légitimes de Thermidor. Ils sont nés des frictions intolérables qui existent à l'intérieur de la bureaucratie soviétique, frictions qui, à leur tour reflètent les contradictions entre la bourgeoisie et le peuple et, aussi, les antagonismes qui s'approfondissent à lintérieur du «peuple» lui-même. Le « fantastique» sanglant des procès montre à quel point se sont aiguisées les contradictions et annonce ainsi l'approche du dénouement.
Les déclarations publiques d'anciens agents du Kremlin à l'étranger, qui ont refusé de rentrer à Moscou, ont irréfutablement confirmé à leur façon qu’au sein de la bureaucratie il y a toutes les nuances de la pensée politique : depuis le véritable bolchevisme (I. Reiss) jusqu’au fascisme achevé (Th. Boutenko). Les éléments révolutionnaires de la bureaucratie, qui constituent une infime minorité reflètent, passivement il est vrai, les intérêts socialistes du prolétariat. Les éléments fas-
cistes, contre-révolutionnaires, dont le nombre augmente sans cesse, expriment de façon de plus en plus conséquente les intérêts de l'impérialisme mondial. Ces candidats au rôle de compradores pensent non sans raison que la nouvelle couche dirigeante ne peut assurer ses positions privilégiées qu'en renonçant à la nationalisation, à la collectivisation et au monopole du commerce extérieur, au nom de l'assimilation de la « civilisation occidentale », c’est-à-dire du capitalisme. Entre ces deux pôles, se répartissent des tendances intermédiaires, plus ou moins vagues de caractère mencheviste, socialiste-révolutionnaire ou libéral, qui gravitent autour de la démocratie bourgeoise.
Dans la société dite « sans classe» ellemême, il y a, sans aucun doute, les mêmes groupements que dans la bureaucratie, mais avec une expression moins claire et dans une proportion inverse : les tendances capitalistes conscientes, propres surtout h la partie favorisée des kolkhoziens, sont le fait d'une infime minorité de la population. Mais elles se trouvent une large bnse dans les tendances petites bourgeoises à l'accumulation personnelle qui naissent de la misère générale et que la bureaucratie encourage consciemment.
Coïffant ce système d’antagonismes croissants, qui détruisent de plus en plus son équilibre social, cherche à se maintenir, par des méthodes de terreur, une oli archie thermidorienne qui, maintenant, se réduit surtout à la clique bonapartiste de Staline.
Les derniers procès ont été un coup contre la gauche. Ceci est vrai aussi de la répression contre les chefs de l'opposition de droite, car, du point de vue des intérêts et des tendances de la bureaucratie, le groupe de droite du vieux parti bolchevik représentait un danger à gauche. Le fait que la clique bonapartiste, qui craint aussi ses alliés de droite, du genre de Boutenko, se soit trouvée contrainte pour assurer son maintien de recourir à l'extermination presque générale de la vieille génération des bolcheviks, est la preuve indiscutable de la vitalité des traditions révolutionnaires dans Jes masses comme du mécontentement croissant de ces dernières.
Les démocrates petits bourgeois de l'Occident qui acceptaient hier encore les procès de Moscou pour argent comptant, répètent aujourd’hui avec insistance que en URSS. il n'y a ni trotskysme ni trotskystes ». Ils n’expliquent cependant pas pourquoi toute l'épuration se fait précisément sous le signe de la lutte contre ce danger. Si l’on prend le « trotskysme» comme un programme achevé, à plus forte raison comme une organisation, le « trotskysme » est certes extrêmement faible en URSS. Cependant, sa force invincible vient de ce qu’elle exprime non seulement la tradition révolutionnaire, mais aussi l'opposition actuelle de la classe ouvrière, russe. La haïne sociale des ouvriers pour la bureaucratie — c'est précisément cela qui est aux yeux de la clique du Kremlin le « trotskysme ». Elle craint mortellement, et avec pleine raison, la rencontre de la sourde soie des ouvriers et de l’organisation de la IV° Internationale.
L'extermination de la vieille génération des bolcheviks et des représentants révolutionnaires de la génération moyenne et jeune a détruit encore davantage l'équilibre politique en faveur de l'aile droite, bourgeoise, de la bureaucratie et de ses alliés dans le pays. C'est de là, c'est-à-dire de la droite, qu’on
si
peut s'attendre, dans la prochaine période, à des tentatives de plus en plus résolues de reconstruire Je régime social de l'UR. S.S. en le rapprochant de la «civilisation occidentale », SOUS Sa forme fasciste.
Cette perspective rend fort concrète la question de la « défense de l'UR.S.S.». Si demain le groupement bourgeois-fasciste ou, pour ainsi dire, la « fraction Boutenko », entre en lutte pour la conquête du pouvoir, la « fraction Reiss » prendra inévitablement sa place de l’autre côté de la barricade. Se trouvant momentanément l’alliée de Staline, elle défendra, bien entendu, non pas la clique bonapartiste de celui-ci, mais la base sociale de l'URSS. c'est-à-dire la propriété arrachée aux capitalistes ct étatisée. Si la «fraction Boutenko» se trouve en alliance avec Hitler, la «fraction Reiss» défendra l'URSS. contre l'intervention militaire, à l'intérieur de l'U.R.S.S. aussi bien que sur l'arène mondiale. Toute autre conduite serait une trahison.
Ainsi. s'il n'est pas possible de nier par avance la possibilité, dans des cas strictement déterminés, d'un « front unique » avec la partie thermidorienne de la bureaucratie contre l'offensive ouverte de la contre-révolution capitaliste, la principale tâche politique en URSS, reste le RENVERSEMENT DE LA BUREAT- CRATIE THERMIDORIENNE ELLE-MEME. Chaque jour de plus de sa domination ébranle davantage les éléments socialistes de l'économie et accroît les chances de restauration capitaliste. C’est dans le même sens qu'agit aussi l'Internationale « Communiste », agent et complice de la clique stalinienne dans l'étranglement de la révolution espagnole et Ja démoralisation du prolétariat international.
De même que dans les pays fascistes, la principale force de la bureaucratie n’est pas en ellemême, mais dans le découragement des masses, dans leur manque d’une perspective nouvelle. De même que dans les pays fascistes, dont l'appareil politique de Staline ne se distingue en rien, sinon par une plus grande frénésie, seul un travail préparatoire de propagande est actuellement possible en URSS. De même que dans les pays fascistes, l'impulsion pour le mouvement révolutionnaire des ouvriers so viétiques sera donnée, vraisemblablement, par les événements extérieurs. La lutte contre le Komintern sur l'arène mondiale est actuellement la plus importante partie de la lutte contre la dictature stalinienne. Bien des choses permettent de croire que la désagrégation du Komintern, qui n’a pas d'appui direct dans la Guépéou, précédera la chute de la clique bonapartiste et de toute la bureaucratie thermidorienne en général.
La nouvelle montée de la révolution en U.RSSS. commencera, sans aucun doute, sous le drapeau de la LUTTE CONTRE L'I- NEGALITE SOCIALE ET L'OPPRESSION POLITIQUE. À bas les privilèges de la bureaucratie. À bas le stakhanovisme! A bas l'aristocratie soviétique avec ses grades et ses décorations ! Une plus grande égalité dans le salaire de toutes les formes de travail !
La lutte pour la liberté des syndicats et des comités d'usines, pour la liberté de réunion et de presse, se développera en lutte pour la renaissance et l'épanouissement de la DEMOCRATIE SO. VIETIQUE.
La bureaucratie a remplacé les Soviets, en tant qu'organe de classe, par la fiction du suffrage universel, dans le style de Hitler-Gœbbels. I] faut rendre aux Soviets non seulement leur
libre forme démocratique, mais aussi leur contenu de classe. De ième qu'auparavant la bourgeoisie et les koulaks n'étaient pas admis dans lés Soviets, de même maintenant LA BUREAUCRA- TIE ET LA NOUVELLE ARISTOCRATIE DOIVENT ETRE CHASSES DES SOVIETS. Dans les Soviets, il n'y a place que pour les représentants des ouvriers, des kolkhoziens du rang, des paysans, des soldats rouges.
La démocratisation des Soviets est inconcevable sans la LE.
GALISATION DES PARTIS SOVIETIQUES. Les ouvriers et les paysans eux-mêmes, par leurs libres suffrages, montreront quels partis sont soviétiques. REVISION DE L'ECONOMIE PLANIFIEE de haut en bas, en ayant en vue les intérêts des producteurs et des consommaleurs ! Les comités d'usine doivent reprendre le droit de contrôle nur la production, La coopération de consommation, démocralijuement organisée, doit contrôler la qualité des produits et lours prix.
RIORGANISATION DES KOLKHOZES en accord avec la volonté des kolkhoziens et selon leurs intérêts !
Lu politique internationale conservatrice de la bureaucratie iloit l'aire place à la politique de l’internationalisme prolétarien. l'uute Ja correspondance diplomatique du Kremlin doit être pu: blide. À BAS LA DIPLOMATIE SECRETE !
l'ous les procès politiques montés par la bureaucratie theriidorienne doivent être revisés, dans les conditions d’une publivité complète et d'un libre examen. Les organisateurs des falsilications doivent en supporter le châtiment mérité.
Il est impossible de réaliser ce programme sans le renverwent de la bureaucratie, qui se maintient par la violence ul la falsification, Seul, le soulèvement révolutionnaire victorieux ‘lon masses opprimées peut régénérer le régime soviétique et humurer la marche en avant vers le socialisme, Seul, le parti de la IV Internationale est capable de mener les masses soviétiques à l'insurrection.
À bas la clique bureaucratique de Caïn-Staline ! Vive la démocratie soviétique !
Vive la révolution socialiste internationale !
Contre l’opportunisme et le révisionnisme sans principes
La politique du parti de Léon Blum en France, démontre de nouveau que les réformistes sont incapables de rien apprendre des leçons les plus tragiques de l’histoire. La social-démocratie française copie servilement la politique de la social-démocratie allemande et marche à la même catastrophe. Durant des dizaines d'années, la Il° Internationale a grandi dans les cadres de la démocratie bourgeoise, en est devenue une partie inaliénable, et pourrit avec elle.
La III° Internationale est entrée dans la voie du réformisme, alors que la crise du capitalisme avait définitivement mis à l'ordre du jour la révolution prolétarienne. La politique actuelle du Komintern en Espagne et en Chine — politique qui consiste à ramper devant la bourgeoisie « démocratique» et « nationale » — démontre que le Komintern aussi n'est plus capable de rien apprendre ou de se transformer. La bureaucratie, qui est devenue une force réactionnaire en U.R.S.S., ne peut jouer un rôle révolutionnaire sur l'arène mondiale.
L'anarcho-syndicalisme a subi, dans l’ensemble, une évolution du même genre. En France, la bureaucratie syndicale de Léon Jouhaux est devenue depuis longtemps une agence de la bourgeoisie dans la classe ouvrière. En Espagne, l’anarcho-syndicalisme se débarrassa de son révolutionnarisme de façade dès qu’apparut la révolution et devint la cinquième roue du char de la démocratie bourgeoise.
Les organisations intermédiaires centristes, qui se groupent autour du Bureau de Londres, ne sont que des appendices « gauches » de la social-démocratie et du Komintern. Élles ont montré leur incapacité complète à s'orienter dans une situation historique et à en tirer les conclusions révolutionnaires. Leur point culminant fut atteint par le POUM espagnol qui, dans les condi. tions de la révolution, s'est trouvé absolument incapable d’avoir une politique révolutionnaire.
Les défaites tragiques du prolétariat mondial depuis une longue série d'années ont condamné les organisations officielles à un conservatisme encore plus grand et ont conduit en même temps les «révolutionnaires » petits bourgeois déçus à rechercher des «voies nouvelles ». Comme toujours dans les époques de réaction et de déclin, apparaissent de toutes parts les magiciens et les charlatans. Ils veulent reviser toute la marche de la pensée révolutionnaire. Au lieu d'apprendre du passé,
ils le « rejettent ». Les uns découvrent l’inconsistance du marxisinc, les autres proclament la faillitte du bolchevisme, Les uns lont retomber sur la doctrine révolutionnaire la responsabilité pour les erreurs et les crimes de ceux qui l'ont trahie, les autres maudissent la médecine parce qu'elle n’assure pas une guérison immédiate et miraculeuse. Les plus audacieux promettent de découvrir une panacée et, en attendant, recommandent d'arrêter la lutte des classes. De nombreux prophètes de la nouvelle morale se disposent à régénérer le mouvement ouvrier à l'aide d'une homéopathie éthique. La majorité de ces apôtres sont devenus eux-mêmes des invalides moraux sans ja- Mais avoir été sur le champ de bataille. Ainsi sous l'apparence de révélations nouvelles, on ne propose au prolétariat que de vieilles recettes, enterrées depuis longtemps dans les archives lu socialisme d'avant Marx.
La IV° Internationale déclare une guerre implacable à la bureaucratie de la II° et de la III‘ Internationales, de l’Internaunale d'Anisterdam et de l’Internationale anarcho-syndicaliste, il même qu'à leurs satellites centristes; au réformisme sans lulormes, au démocratisme allié de la Guépéou, au pacifisme bus paix, à l’anarchisme au service de la bourgeoisie, aux « révolutionnaires» qui craignent mortellement la révolution. luutes ces organisations ne sont pas le gage de l'avenir, mais des survivances pourrissantes du passé. L'époque des guerres et des révolutions ne laissera pas d'elles pierre sur pierre,
La IV' Internationale ne recherche ni n'invente aucune pa: nacce. Elle se tient entièrement sur le terrain du marxisme, soule doctrine révolutionnaire qui permette de comprendre ce qui est, de découvrir les causes des défaites et de préparer consciemment Ja victoire, La IV° Internationale continue la tradition du bolchevisme qui a montré pour la première fois au brolétariat comment conquérir le pouvoir. La IV° Internationale voarte les magiciens, les charlatans et les professeurs de morale importuns. Dans une société fondée sur l'exploitation, la morale suprême est la morale de la révolution socialiste, Bons sont les méthodes et moyens qui élèvent la conscience de classe des ouviiers, la confiance en leurs forces, leurs dispositions à se savrilier dans la lutte, Inadmissibles, sont les méthodes qui inspirent aux opprimés la crainte et la docilité devant les oppresseurs, ttouffent l'esprit de protestation et de révolte, ou substituent h la volonté des masses la volonté des chefs, à la persuasion la contrainte, à l'analyse de la réalité la démagogie et la falsification. Voilà pourquoi la social démocratie, qui a prostitué le inarxisme tout comme le stalinisme, antithèse du bolchevisme, “ont les ennemis mortels de la révolution prolétarienne et de sa morale.
Regarder face à face la réalité, ne pas chercher la ligne de moindre résistance, appeler les choses par leur nom, dire la vérité aux masses, quelque amère qu’elle soit, ne pas craindre les obstacles, être fidèle dans les petites choses, comme dans les grandes, fonder son programme sur la logique de la lutte des classes, oser, quand vient l'heure de l’action : telles sont les règles de la IV*° Internationale. Elle a montré qu'elle sait aller contre le courant. La prochaine vague historique la portera à son faîte.
Contre le sectarisme
Sous l'influence de la trahison des organisations historiques du prolétariat, à la périphérie de la IV° Internationale, naissent ou se régénèrent des groupements et des formations sectaires en tous genres. Ils ont à leur base le refus de lutter pour les revendications partielles ou transitoires, c'est-à-dire pour les intérêts et les besoins élémentaires des masses telles qu'elles sont. La préparation à la révolution signifie pour les sectaires se convaincre soi-même de la supériorité du socialisme. Ils proposent de tourner le dos aux « vieux » syndicats, c’est-à-dire à des dizaines de millions d'ouvriers organisés — comme si les masses pouvaient vivre en dehors des conditions de la lutte de classe réelle ! Ils restent indifférents à la lutte qui se déroule au sein des organisations réformistes — comme si on pouvait conquérir les masses sans intervenir dans cette lutte ! Ils se refusent à faire en pratique une différence entre la démocratie bourgeoise et le fascisme — comme si les masses pouvaient ne pas sentir cette différence à chaque pas !
Les sectaires ne sont capables de distinguer que deux couleurs : le blanc et le noir. Pour ne pas s’exposer à la tentation, ils simplifient la réalité. Ils se refusent à faire une différence entre les camps en lutte en Espagne pour la raison que les deux camps ont un caractère bourgeois. Îls pensent pour la même raison, qu'il est nécessaire de rester neutre dans la guerre entre le Japon et la Chine. Ils nient la différence essentielle entre l'URSS. et les pays bourgeois et se refusent, vu la politique réactionnaire de Ja bureaucratie soviétique, à défendre contre l'impérialisme les formes de propriété créées par la Révolution d'Octobre.
Ils ne sont pas capables de trouver accès aux masses, et c'est pourquoi ils accusent volontiers les masses d'être incapables de s'élever jusqu'aux idées révolutionnaires.
Un pont, sous la forme de revendications transitoires, n’est aucunement nécessaire à ces prophètes stériles, car ils ne se disposent nullement à passer sur l'autre rive. Ils piétinent sur place, se contentant de répéter des abstractions aussi creuses qu'eux-mêmes. Les événements politiques sont pour eux une occasion de faire des commentaires, mais non d'agir. Comme les sectaires, de même que les confusionnistes et les faiseurs de miracles de toute sorte se font à chaque instant bousculer par la réalité, ils vivent dans un état d'irritation continuel, se plaignant du «régime» et des « méthodes », et se livrant sans cesse aux petites intrigues. Dans leurs propres milieux, ils
exercent d'ordinaire un régime de despotisme. La prostration olitique du sectarisme ne fait que compléter, comme une om re, la prostration de l’opportunisme sans ouvrir de perspectives révolutionnaires. Dans la pratique politique les sectaires s'unissent à chaque pas aux opportunistes surtout aux centristes, pour lutter contre le marxisme.
La majorité des groupes et cliques sectaires de ce genre, qui se nourrissent de miettes tombées de la table de la IV* Internationale mènent une existence organisationnelle « indépendante », uvec de grandes prétentions, mais sans les moindres chances de succès. Les bolcheviks-léninistes peuvent, sans perdre leur temps, abandonner tranquillement ces groupes à leur propre sort.
Cependant des tendances sectaires se rencontrent aussi dans Nos propres rangs et exercent une influence funeste sur le travail de certaines sections. C’est une chose qu'il est impossible de
hupporter un seul jour de plus. Une politique juste, quant aux syndicats, est la condition fondamentale de l'appartenance à la IV® Internationale. Celui qui ne cherche ni ne trouve la voie
lu mouvement des masses, celui-là n'est pas un combattant, Mais un poids mort pour le parti. Un programme n'est pas créé hour une rédaction, une salle de lecture ou un club de discussion, Mais pour l'action révolutionnaire de millions d'hommes. L'éhuration des rangs de la IV* Internationale du sectarisme et des sectaires incorrigibles est Ja plus importante condition des succès révolutionnaires.
Place à la jeunesse ! Place aux femmes travailleuses !
La défaite de la Révolution espagnole, provoquée par ses « chefs », la banqueroute honteuse du Front Populaire en France et la divulgation des actes de banditisme judiciaire de Moscou, ces trois faits portent, dans leur ensemble, un coup irrémédiable au Komintern et, en passant, .de graves blessures à ses alliés, les sociaux-démocrates et les anarcho-syndicalistes. Cela ne signifie pas, bien entendu, que les membres de ces organisations se tourneront d’un seul coup vers la IV° Internationale, La génération la plus âgée qui a souffert une terrible défaite, quittera en grande partie le front de la bataille. D'ailleurs, la IV* Internationale ne demande nullement à devenir un refuge pour invalides révolutionnaires, bureaucrates et carriéristes déçus. Au contraire : contre l'afflux, chez nous, des éléments petits bourgeois qui dominent actuellement dans les appareils des vieilles organisations de strictes mesures préventives sont nécessaires : une longue épreuve préalable pour les candidats qui ne sont pas ouvriers, surtout si ce sont d'anciens bureaucrates ; l'interdiction pour eux d'occuper dans le parti des postes responsables durant les trois premières années, etc. Dans la IV* Internationale, il n'y a pas et il n’y aura pas de place pour le carriérisme, ce cancer des vieilles internationales. Ne trouveront accès à nous que ceux qui veulent vivre pour le mouvement et non en vivre. Les ouvriers révolutionnaires doivent se sentir les maîtres. À eux les portes de l'organisation sont largement ouvertes.
Bien entendu, il y a maintenant beaucoup d'ouvriers, même parmi ceux qui furent autrefois au premier rang, qui sont lassés et déçus. Ils resteront, au moins dans l& prochaine période, à l'écart, Quand s’use un programme ou une organisation, s'use aussi la génération qui les a portés sur ses épaules. La rénovation du mouvement se fait par la jeunesse, libre de toute responsabilité pour le passé. La IV*° Internationale prête une attention exceptionnelle à la jeune génération du prolétariat. Par toute sa politique, elle s'efforce d'inspirer à la jeunesse confiance dans ses propres forces et dans son avenir. Seuls, l’enthousiasme frais et l'esprit offensif de la jeunesse peuvent assurer les premiers succès de la lutte; seuls, ces succès feront revenir dans la voie de la révolution les meiïlleurs éléments de la vieille génération. Il en fut toujours aïnsi, il en sera ainsi.
Toutes les organisations opportunistes concentrent, par leur nature même, leur principale attention sur les couches supé-
rieures de la classe ouvrière et, par conséquent, ignorent aussi bien la jeunesse que les femmes travailleuses. Or, l'époque du déclin capitaliste porte les coups les plus durs à la femme, tant comme ouvrière que comme ménagère. Les sections de la IV: Internationale doivent chercher appui dans les couches les plus opprimées de la classe ouvrière et, par conséquent, chez les femmes travailleuses, Elles y trouveront des sources inépuisables de dévouement, d’abnégation et d'esprit de sacrifice.
A BAS LE BUREAUCRATISME ET LE CARRIERISME ! PLACE A LA JEUNESSE! PLACE AUX FEMMES TRAVAIL- LEUSES ! Ce sont là des mots d'ordre inscrits sur le drapeau ‘le la IV° Internationale.
Sous le drapeau de la IV° internationale
Des sceptiques demandent : mais le moment est-il venu de créer la IV° Internationale ? I1 est impossible, disent-ils de créer une Internationale «artificiellement»; seuls, de grands événements peuvent la faire surgir, etc. Toutes ces objections démontrent seulement que des sceptiques ne sont pas bons à créer une nouvelle Internationale. En général, ils ne sont bons à rien.
La IV° Internationale est déjà surgie de grands événements : les plus grandes défaites du prolétariat dans l'Histoire. La cause de ces défaites est la dégénérescence et la trahison de la vieille direction. La lutte des classes ne tolère pas d'interruption. La Troisième Internationale, après la Deuxième, est morte pour la révolution. Vive la IV* Internationale!
Mais les sceptiques ne se taisent pas : « Est-ce déjà le moment de la proclamer maintenant ?» «La IV° Internationale, répondrons-nous, n’a pas besoin d’être « proclamée». ELLE EXISTE ET ELLE LUTTE. Elle est faible. Oui, ses rangs sont encore peu nombreux, car elle est encore jeune. Ce sont jusqu’à maintenant, surtout des cadres. Mais ces cadres sont le seul gage de l'avenir révolutionnaire qui mérite réellement ce nom. Si notre Internationale est encore faible en nombre, elle est forte par la doctrine, le programme, la tradition, la trempe incomparable de ses cadres. Que celui qui ne voit pas cela aujourd’hui reste encore à l'écart. Demain, ce sera plus visible.
La IV: Internationale jouit dès maintenant de la haine méritée des staliniens, des sociaux-démocrates, des libéraux bourgeois et des fascistes. Elle n’a ni ne peut avoir place dans aucun des Fronts Populaires. Elle s'oppose irréductiblement à tous les groupements politiques accrochés aux basques de la bourgeoisie. Sa tâche, c'est de renverser la domination du capital. Son but, c’est le socialisme. Sa méthode, c'est la révolution prolétarienne.
Sans démocratie intérieure, il n'y a pas d'éducation révolutionnaire. Sans discipline, il n'y a pas d'action révolutionnaire. Le régime intérieur de la IV* Internationale est fondé sur les principes du centralisme démocratique : liberté complète dans la discussion, unité complète dans l’action.
La crise actuelle de la civilisation humaine est la crise de la direction prolétarienne. Les ouvriers avancés réunis autour de la IV* Internationale montrent à leur classe la voie pour sortir de la crise. Ils lui proposent un programme fondé sur l'expérience
internationale de la lutte émancipatrice du prolétariat et de tous les opprimés en général. Ils lui proposent un drapeau sans tache aucune.
Ouvriers et ouvrières de tous les pays : rangez-vous sous le lrapeau de la IV* Internationale. C'est le drapeau de votre vicloire prochaine !
él
Table
Préface ....... TL
À
Les prémices objectives de la révolution socialiste ...... Le prolétariat et sa direction .........................0.. Programme minimum et programme de transition ......
Michelle mobile des salaires et échelle mobile des heures OS
b, Les syndicats dans l'époque de transition ..............
il [L
x
. La situation en UR.
Len comItÉS d'USINEn.. ME soso ns ac st sun Le « secret commercial » et le contrôle ouvrier de l'indus- L'expropriation de certains groupes de capitalistes ......
L'expropriation des banques privées et l'étatisation du DST ROM OEM ER eee see at enein pue oi sue 2118 20015
Les piquets de grève, les détachements de combat, la milice ouvrière, l'armement du prolétariat .. L'alliance des ouvriers et des paysans La lutte contre l'impérialisme et contre la guerre ... s 8503 Le gouvernement ouvrier et paysan Les soviets Les pays arriérés et le programme de revendications transitoires
Le programme de revendications transitoires dans les DAYS FASCISTES sxscssmecen.se ss ne neemeatess oteememtaumersé Eee
sition Contre l'opportunisme et le révisionnisme sans principes Contre Te: sectarisme: .…....s. sosnemeneneninneenmens à vu Place à la jeunesse ! Place aux femmes travailleuses ....
. Sous le drapeau de la IV° Internationale ........ ma assise
À CHEVE D'IMPRIMER EN SEPTEMBRE 1973 SUR LES PRESSES DE .L'IMPRIMERIE CH. CORLET, 22-26, RUE VIRE. A 14110 CONDE-SUR-NOIREAU DEPOT LEGAL : 3° TRIME RE 1973 N° IMPRIMEUR : 103%, N° EDITEUR : 359 SECOND TIRAGE : 5.000 A 8.000 EXEMPLAIRES
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