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Documents Rouge

La guerre du lait

Documents Rouge, n° 19, 10 juin 1972 · 12 727 mots

Sommaire (d'après RaDAR)
  • Les facteurs de la crise
  • La lutte au jour le jour
  • Un premier bilan

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a auerre ET | ait

La grève du lait marque une étape importante dans le processus de radicalisation de certaines couches de la paysannerie française. Au moment où nous mettons sous presse, ce mouvement, laminé pour l’instant dans l'Ouest se déclenche dans d’autres régions.

Le but de cette première brochure paysanne n’est pas bien entendu de tirer des conclusions définitives. Au contraire, l’analyse et les perspectives que l’on trouvera cijointes sont soumises à la discussion de tous ceux pour qui le combat socialiste est d'actualité.

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les facteurs de a Crise

Il ne saurait être question ici d'analyser en détail la crise de l’agriculture et les diverses mesures de restructuration qu'a suscitées la bourgeoisie pour apporter à cette crise des solutions qui correspondent à ses intérêts, Nous nous contenterons d'indiquer plus particulièrement pour la Bretagne les grandes tendances d’une évolution socioéconomique qui permet de saisir les racines du mécontentement actuel, ainsi que les facteurs qui ont rendu possible l’éclatement d’un tel mouvement de grève,

1) La baisse du pouvoir d'achat

Alors que la seconde guerre mondiale avait suscité une pénurie de produits alimentaires propice à une flambée des prix agricoles, la situation se stabilise très nettement à partir de 1949, année où les revenus agricoles ont retrouvé leur niveau d’avant guerre. Dès cette époque, les prix à la production ne progressent plus qu’à un niveau légèrement supérieur à celui des charges d'exploitation (énergie, engrais, machines, etc..), À partir de 1958, cette tendance est nettement et définitivement confirmée : les charges d’exploitation progressent plus rapidement que les prix à la production : cela se traduit par une baisse continue des revenus agricoles. Encore faut-il voir que cette évolution d’ensemble cache de profondes disparités entre des régions riches telles que le bassin parisien et les départements de polyculture et d’élevage traditionnels, et aussi entre ’exploitants d’une même région. Parmi celles-ci, la Bretagne occupe une place particulière en raison de l’étroitesse de ses structures de production, liée à l’abondance de la population agricole. Un chiffre est particulièrement significatif à cet égard : c’est le rapport entre le revenu par actif agricole et la moyenne agricole française. Pour une moyenne de 100, le revenu moyen d’un actif breton est de 77 en 1955, contre 186 pour la moyenne du Nord, 162 pour celle du bassin parisien, et 145 pour celle de la Haute Normandie.

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La dégradation importante du revenu agricole entraîne, dès 1955 une recrudesence de l’exode rural sur le plan national. Dans les dix années suivantes, ce mouvement se traduit dans l’Ouest par un départ des salariés d’abord, des aides familiaux ensuite, ce qui n’affecte pas fondamentalement les structures d'exploitation. Celles-ci restent très étroites : en 1963, 70 % des exploitations bretonnes ont entre 5 et 20 hectares ; les autres n’atteignent pas 50 hectares.

2) Un endettement croissant

ne

Comme il est impossible d’accroître les surfaces cultivées, on va assister, en Bretagne, à la recherche d’une meilleure productivité à l’hectare, rendue possible par l’utilisation de techniques modernes de production (intensification fourragère).

Ceci correspond alors à une tentative de la bourgeoisie de régler le problème de l’approvisionnement en produits alimentaires et de poser les bases d’une future restructuration tout en ménageant l'électorat paysan et en paraissant lui apporter une issue à court terme. C’est l’époque du « Investissez et vous améliorerez votre revenu ». Cette démagogie permet de continuer à entretenir dans les campagnes le mythe de l'exploitation familiale, en laissant entendre que les possibilités nouvelles offertes par la CEE ouvrent des marchés illimités aux petites exploitations familiales.

Ces illusions modernistes sont véhiculées dans le monde paysan par le CNJA et une fraction de la FNSEA que représente Debatisse. On assiste alors à la montée d’un nouveau corporatisme paysan fondé sur l’amélioration progressive de la condition de tous les agriculteurs par lutilisation des techniques modernes et le contrôle de la commercialisation par le biais des coopératives. Celles-ci vont de plus en plus jouer un rôle moteur dans l’orientation de la production,

Dans l'Ouest où il n’existe alors qu’un nombre infime d'exploitations hautement mécanisées et rentables, on assiste, à la fin des années 50 à une première différenciation :

— il y a ceux qui commencent à investir (parfois en empruntant la quasi totalité du capital) et s’assurant une meilleure productivité

— et ceux qui continuent à utiliser les techniques culturales anciennes. t

Les premiers s’endettent lourdement en espérant re-

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cueillir les fruits de leurs investissements. Les seconds n’ont pas de charges nouvelles, mais leur revenu baisse continuellement ; il leur permet de vivre sans éclat mais sans dette ; ils acceptent d'autant mieux leur sort qu’ils sont le plus souvent incultes et soumis à l’emprise des notables réactionnaires (notaires, marchands de bestiaux).

C’est dans le premier groupe que s’opérera une première radicalisation qui, du reste, s'explique aussi par des facteurs d’ordre idéologique et politique.

Pour pouvoir investir dans de bonnes conditions, ces agriculteurs, jeunes pour la plupart, vont se spécialiser en liquidant la polyculture traditionnelle. Certains optent pour le porc, d’autres, plus nombreux, pour la production laitière.

Comme la plupart ne dispose pas de ressources propres, ils sont contraints d'emprunter au Crédit Agricole en s’engageant à rembourser des annuités de 5 à 10.000 F nouveaux. Certains d’entre eux doivent en outre, au cours des dernières années, acheter leur ferme mise en vente par le propriétaire, pour ne pas se retrouver au chômage avec de lourdes dettes. Ils se couvrent donc de nombreux emprunts (de 5.000 à 12.000 F l’hectare).

Si la productivité des exploitations varie parfois du simple au double en une dizaine d'années, cela ne se traduit pas pour autant par un meilleur revenu de l’exploitant. L'augmentation du résultat brut d’exploitation est tempérée par une baisse continue des prix par rapport aux charges. La plupart du temps, les gains obtenus sont transformés aussitôt en remboursements d'emprunts.

Le matériel s’amortit d’autant plus difficilement qu'il est utilisé dans des unités de production trop étroites : un tracteur se rentabilise difficilement sur des parcelles d’un demi à un hectare ; il faut deux fois plus de capitaux à l’hectare, en production laitière, selon que l’on se trouve sur une exploitation de 15 ou de 80 ha.

On assiste donc, par surinvestissement forcé, à une énorme concentration de capitaux sur des petites exploitations. Pis encore, à peine la matériel est-il payé qu'il faut déjà le remplacer, parce qu’il est déjà techniquement dépassé, et ceci, bien sûr, sans auto-financement.

Mis à part les quelques privilégiés qui disposaient au départ de structures plus favorables (30 à 50 ha), et peuvent espérer s’agrandir encore, cette course à la productivité conduit l’exploitant à rogner de plus en plus sur son salaire pour rembourser ses dettes.

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3) Le poids des I.A.A. (1) PR RS

L’accroissement de la productivité supposait la spécialisation. Elle entraîne également une division du travail qui, peu à peu, transforme les agriculteurs en travailleurs à façon, qui fourniront les matières premières. Les divers stades de la production sont de plus en plus distincts : production d’herbe, puis de lait et de veaux, enfin de produits finis. Dans ces différents stades, seule est entièrement mécanisable et indéfiniment extensible (2), la production de marchandises destinées directement à la consommation. C’est pourquoi on a assisté durant ces quinze dernières années en -Bretagne à des investissements énormes de capitaux de la part de firmes nationales ou internationales dans la transformation des produits laitiers (Perrier — Sapiem — Nestlé — Unilever). Parallèlement, les coopératives de distribution ont du, pour ne pas disparaître complètement, opérer un relèvement substantiel des parts sociales (Landernau, en 1971, relèvement des parts de 2 centimes par litre de lait livré en 1970), pour soutenir la concurrence avec le secteur privé. Comme cela ne suffit pas, une nouvelle loi sur le statut de la coopération vise à favoriser l’interpénétration entre les capitaux privés et coopératifs. \

La concurrence qui s’est exercée pendant des années pour la recherche des matières premières s’est maintenant stabilisée et se joue presque uniquement sur les marchés. Cela se traduit souvent par un bradage des prix au niveau des supermarchés dont on fait supporter le poids au producteur de lait. Par ailleurs, les [.A.A. s'efforcent par diverses incitations où même par le chantage à l’exclusion, d’oriehter la production des matières premières et de forcer les producteurs à investir dans le sens qui leur convient.

Par leur poids économique, elles sont aujourd’hui devenues les centres de décision par rapport auxquels le producteur, même s’il est baptisé chef d’entreprise, ne dispose plus d’aucune autonomie. Les coopératives ne font pas exception à la règle : leur comportement est. dicté par les seules lois de la concurrence capitaliste faute de quoi elles sont condamnées à la faillite. Dans ce cadre, les administrateurs paysans ne peuvent que se conformer-à des décisions qui n’ont rien à voir avec les intérêts des producteurs qu'ils sont censés représenter. C’est pourquoi la défiance devient générale à leur égard dans les campagnes.

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4) La politique de la bourgeoisie CE

Peu soucieuse de saper elle-même l'alliance de classes qui, depuis la Commune, permet à ses défenseurs de disposer d’une base électorale importante, la bourgeoisie a longtemps pratiqué le «laisser faire ». Cependant, l’archaïsme des structures de production a trop longtemps entraîné, pour les produits alimentaires, des prix trop élevés qui sont pour elle une perte sèche au niveau des salaires versés à la classe ouvrière, tout en n’apportant pas aux agriculteurs un revenu suffisant. Les soulèvements paysans de 59-60 contraignirent le pouvoir gaulliste à adopter un certain nombre de mesures de restructuration. Celles-ci étaient axées autour de deux pivots :

— soutien des marchés

— politique des structures

La première, sans garantir aux petits paysans un revenu suffisant, n’en permit pas moins aux agriculteurs mieux placés de se ménager des marges d’autofinancement permettant d'investir et de redémarrer la production à un niveau supérieur. Le second pivot visait à favoriser les départs et mises à la retraite (IVD etc) et à permettre aux agriculteurs « compétents » (bénéficiaires du soutien des marchés) de s’agrandir en récupérant les terres libérées.

Pour des raisons trop longues à expliquer ici, cette politique n’a pas donné les résultats escomptés. Elle a certes encouragé l'exode agricole, mais sans améliorer notablement les structures de production.

La bourgeoisie a pendant cette période contribué, par des aides diverses (prêts à taux bonifiés, ete) à développer des productions excédentaires alors qu’elle devait ensuite, pour compenser la baisse des cours, verser un complément de prix par le biais du soutien des marchés. Il y avait là une perte sèche à laquelle Vedel, et, au niveau européen Mansholt, tentèrent d'apporter des solutions à long terme.

Ces solutions visent à apporter sur le marché des produits alimentaires à bas prix, tout en stabilisant une couche d’agriculteurs qui trouveraient dans ces spéculations un revenu correct. Mansholt et Vedel n’ont pu que souligner, pour atteindre ces objectifs, la nécessité de limiter strictement les aides aux agriculteurs compétitifs, ou en voie de l’être, ce qui entraïînerait inéluctablement l’élimination ou la redistribution des exploitations les moins rentables.

Selon les calculs des organisations agricoles de l’Ouest,

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ces mesures devraient bénéficier, dans cette région, à 10 ou 15 % des agriculteurs. Ceux-ci seraient évidemment prioritaires dans la répartition des terres libérées par les départs d’exploitants. Il s’agit donc bel et bien d’accélérer l’élimination des petits paysans en les condamnant à partir ou à végéter sur leurs structures dépassées, tandis qu’une minorité de privilégiés s’approprie le reste de la S.A.U. (3).

Ces mesures ont suscité moins de remous que le plan Mansholt ou le rapport Vedel dans la mesure où elles ont été avalisées par la plupart des organisations corporatistes (sauf la FDSEA du Finistère et dans une moindre mesure celle de Loire Atlantique). Mais les paysans travailleurs se sont efforcés de les dénoncer, et elles n’ont pas peu contribué au mécontentement et à la radicalisation actuelle.

5) Les paysans travailleurs

Parmi ceux qui se sont lancés dans la course à la productivité, beaucoup ont vu leur revenu stagner en raison d’un endettement important. Chez les plus jeunes en particulier, membres du CRJA de l’Ouest, le désenchantement a anncédé à l’antimisme des années 60,

Contrairement aux traditions du milieu, beaucoup d’entre eux ont suivi des stages de formation, voire des études secondaires. Ils ont ainsi pu acquérir un esprit d'autant plus critique que, militants de la JAC, ils vivent la désintégration des valeurs et de l'idéologie bourgeoises dans un contexte de montée des luttes révolutionnaires. Les journées de mai-juin 68 ont laissé chez eux le sentiment qu’il est possible de se battre pour le renversement de l’ordre bourgeois. Leur formation politique se résume cependant en un ouvriérisme (sentiment d’admiration devant la puissance de la classe ouvrière) doublé d’une certaine sympathie pour les groupes révolutionnaires, sans distinction de stratégie et de ligne politique.

Portés par la radicalisation de la jeunésse à la tête du CRJAO, ou regroupés dans les cercles «Paysans en Lutte », ces militants se considèrent exploités par les LA.A. au même titre que les salariés de l’entreprise. Ils se savent condamnés, au pire au chômage, au mieux à survivre sur leurs petites exploitations, ou à s’embaucher comme OS dans les « Joint Français de la Bretagne ». Ils refusent donc de lier leur sort aux gros agriculteurs du Bassin Parisien, ou même aux modernistes du CNJA. Ils veulent avant tout être rémunérés pour leur travail et non plus. faire les frais d’une capitalisation forcée (d’où le qualificatif de Paysans Travailleurs)."

g

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Ces militants, regroupés dans les CDJA et les cercles, plus restreints, de «paysans en lutte », se sont, pour l'instant, définis davantage par une somme de refus que par l'élaboration d’une stratégie précise, au demeurant difficile à dégager dans un cadre organisationnel qui demeure professionnel, de plus très flou et largement décentralisé. Leur niveau de conscience est donc très inégal, et certains groupes sont souvent réduits, par manque de perspectives politiques, à jouer le rôle de gauche critique par rapport aux organisations corporatistes.

Cependant, les groupes du Finistère en particulier ont commencé à mettre sur pied, autour des entreprises de transformations, des comités de producteurs dont le rôle serait comparable à celui des sections syndicales de salariés. C’est affirmer là, d’une manière concrète, un début de rupture organisationnelle avec les structures corporatistes. Ces comités, qui peuvent être l’ébauche d’un courant paysan de masse anti-capitaliste, ont joué, avec les sections lait des FDSEA, un rôle capital dans la grève du lait.

Globalement, les paysans travailleurs constituent donc une force en évolution qui, par son refus du capitalisme et sa volonté de lutte, a contribué en maintes occasions à débloquer un mécontentement paysan que la FNSEA essayait d’étouffer ou de canaliser dans des barrages de route ou des manifestations-pressions vers les préfectures, qui lui permettaient d’affirmer sa représentativité pour discuter avec le pouvoir.

Parallèlement à ces grandes manœuvres sans lendemain, on a donc assisté, ces dernières années, au développement de nouvelles formes de lutte dont la triple caractéristique était d’échapper au contrôle des bureaucrates, et de se soucier fort peu de légalité, tout en suscitant une dynamique de lutte de classes à la campagne :

— séquestration de Guichard en 1969 par trois militants CDJA de Loire Atlantique

— blocage des ventes de terre aux enchères par de nombreux jeunes agriculteurs (Gourmelon)

— guerre du lait (et livraisons à des coopératives voisines) dans les Vosges en 70 et 71.

— occupation ou labour des terres appartenant à des cumulards, ‘tel Ameteau dans les Deux-Sèvres, ou Tri-

bondeau en Mayenne.

: — vidage d’un camion de lait de la SAPTEM par un commando de producteurs en 1971 (affaire Carel)

— occupations de laiteries ; séquestrations de directeurs.

Toutes menées par des militants CDJA ou « Paysans en Lutte », ces actions ont la plupart du temps été con-

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damnées par les FDSEA, moins pour leurs objectifs — limités — que par la dynamique de lutte de classes qu’elles mettaient en œuvre.

Parfois minoritaires, mais bénéficiant souvent d’une certaine audience dans le mileu, ces luttes traduisaient la montée d’un nouveau mouvement paysan pour lequel les luttes dures de la classe ouvrière constituaient un phare évident.

A cet égard, la lutte des travailleurs du Joint Français, efficacement et massivement soutenue par les paysans, a constitué un pôle d’attraction considérable en Bretagne. Les conditions particulières de la création du Joint ont en outre mis en œuvre, autour des salariés exploités, une alliance de classe qui a soudé tous les travailleurs bretons en une même unité d'action. ;

Les travailleurs du Joint ont montré la voie, et le succès de leur lutte a contribué pour beaucoup au saut qualitatif accompli par le mouvement paysan dans cette guerre du

lait.

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la. lutte au our le jour

1) Actions tous azimuths Lo Msn ardent ct

En avril déjà, le prix du lait avait accusé, à la production, une baisse de 1 à 2 centimes. Baisse saisonnière certes, mais les producteurs n’entendaient pas se laisser grignoter leur revenu.

Début mai, le bruit court que, malgré les augmentations à la consommation, le prix du litre baissera encore à la production. En Normandie, région réputée calme, le mécontentement amène les producteurs à manifester devant une laiterie Gloria. La Loire-Atlantique voit fleurir des affiches : « Halte à la baisse ». Les 3 et 4 Mai, les camions de la CANA, de la COLARENA (4) et de la Société ATLA- LAIT sont bloqués pendant quelques heures. Le 10 mai, une action est concertée par des producteurs de l’Ile-et- Vilaine, du Morbihan, et de Loire-Atlantique : on bloque un camion de la Société Négobeureuf pour réclamer la suppression des primes (quantité — précocité) qui favorisent les gros producteurs. Cette guérilla n’a pas encore atteint la Bretagne, mais FER de LANCE, journal de la FDSEA du Finistère (5), titre : « Vers une nouvelle bataille du lait ».

Le 15 mai, les producteurs de lait reçoivent leur fiche de paie : 4 centimes de moins au litre en moyenne.

Mercredi 17 mai

Sans qu'aucun mot d'ordre n'ait été lancé par les organisations syndicales, 500 producteurs investissent la coopérative de Landernau. Quatre membres de la direction sont invités, par téléphone, à venir s’expliquer sur les raisons de cette baisse et répondre aux exigences des producteurs. Ceux-ci exigent un retour aux prix de mars, c’est-à-dire 60 centimes.

La discussion dure de 23 h à 2h 3 Cdu matin. Les arguments de la direction sont ceux que l’on entendra constamment au cours de la grêve. Industriels et coopératives se sont de toute évidence concertés pour fixer leurs prix :

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« Oui, certains prix ont augmenté à la consommation, mais la situation des marchés interdit de payer davantage à la production ; quant à la baisse saisonnière, elle est nécessitée par la péréquation été—hiver ». Les dirigeants de la coopérative refusent d'augmenter leur prix.

Les producteurs, quant à eux, ne l’entendent pas de cette oreille : « la situation des marchés, on s’en fout. Ce qui nous intéresse, c’est que le lait soit payé à son prix de revient pour nous assurer un revenu égal au SMIC. Quant à la péréquation, elle ne nous intéresse pas. C’est du vol pur et simple ».

C’est là un langage nouveau, que les organisations corporatistes en particulier, n’ont pas l’habitude de tenir.

A 2h 30 du matin, les producteurs quittent les lieux en emmenant, pour leur faire connaître la situation concrète des agriculteurs, les 4 dirigeants de la coopérative ; ils les relâcheront à 6 h du matin.

Le même soir, à Plouvien (Finistère), une autre laiterie est investie par une centaine de producteurs,

Péréquation : cette mesure est destinée à encourager la production de lait en hiver, période où elle est déficitaire, afin de rentabiliser au maximum les investissements des laiteries. Cela se traduit par une ponction sur le prix payé en été, ponction qui est restituée en hiver sous forme de prime. Cette prime n’est attribuée qu'aux producteurs d’hiver , c ’est-à-dire ceux qui sont suffisamment spécialisés et disposent de réserves de nourriture à cette époque de l’année.

La péréquation est donc payée par la majorité des producteurs tout en ne profitant qu’à une partie. d’entre eux, qui souvent, sont les plus gros livreurs, De plus, cette « réserve » de péréquation n’est absolument pas contrôlée par les producteurs, elle sert de fond de roulement aux entreprises qui peuvent facilement prendre davantage en été qu’elles ne restituent en hiver, dans la mesure où les livraisons sont moins importantes à à cete époque.

Jeudi 18 mai

La réaction des dirigeants de Coopagri (Landernau) ne se fait pas attendre. Ils portent plainte contre x et excluent sept producteurs aui avaient participé à l’action de la veille.

uette mesure répressive ne pouvait en rien altérer la volonté de lutte des agriculteurs. Elle ne fera que confirmer, à céux qui refusaient encore de l’admettre, que la couperative n’est pas la propriété des producteurs, puisque ses diri-

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sus ont les mêmes objectifs et utilisent les mêmes méhodes que les industriels.

La FDSEA du Finistère réagit aussitôt en exigeant la réintégration des militants exclus. Mais elle n’apporte aucune perspective de lutte et laisse les producteurs réagir isolément.

Dès lors, durant les 8 jours qui suivent, on assiste à une succession d’actions, locales, souvent sans lien entre elles, sans perspective précise, mais qui traduisent une indéniable volonté de lutte. À

le 18 mai, une centaine de producteurs occupent temporairement une usine Entremont à Quimper. A Plouigneau, dans le Finistère, cent producteurs se rassemblent devant la Société Négobeureuf et tracent des inscriptions à la peinture.

le 23 mai, 1 500 manifestants (en majorité des femmes) entrent de force dans l’usine Entremont de Quimper. Elles y resteront de 14 h 30 à 19 h et occupent ensuite la laiterie Le Gall. :

A Landernau, de nouveau, on occupe la laiterie : 600 femmes s’y rassemblent et... déposent une motion affirmant leurs revendications.

Dans le Morbihan, le même jour, la laiterie Préval est bloquée de 10 h à 13 h par 400 producteurs en colère.

Mais l’action décisive se déroule dans le canton du Faouët (Morbihan) où 250 producteurs interceptent tous les camions de lait en circulation et les conduisent sur la place de Guiscriff, petit bourg de 3 000 habitants.

Ces camions appartiennent à 4 laiteries : Landernau, Entremont, Négobeureuf, Derrien.

Contrairement à tout ce qui s'était passé jusqu’à présent, les producteurs décident de ne pas les libérer, mais d'établir un tour de garde pour maintenir un piquet de surveillance. Sans qu’ils en aient parfaitement conscience, ces 250 producteurs viennent de trouver une nouvelle forme de lutte qui, dès cet instant, fera tache d’huile dans toute la Bretagne.

LA POSITION DU MODEF

Les délégués régionaux du MODEF se trouvaient, à : ce moment, en réunion ordinaire à Laval. Bien que ..… peu implanté en Bretagne, le MODEF ne peut ignorer

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le mécontentement des producteurs de lait. L’organisation paysanne du PC se soucie-t-elle d’apporter des perspectives aux producteurs en lutte? Qu'on en juge :

« Cette baisse (du prix du lait — NDLR) est la conséquence de l’augmentation insuffisante du prix du lait décidée le 24 Mars à Bruxelles alors que le MODEF avait réclamé une augmentation moyenne de 15 %...

… Les délégués des producteurs de lait du MODEF de l’Ouest soulignent en outre l'injustice que constituent les primes attribuées aux plus gros livreurs et : le scandale de la tentative d’une laiterie de l’Eure de refuser de ramasser le lait des livreurs de moins de 100 litres par jour, tentative qui si elle était mise à exécution entraînerait une énergique riposte du MODEF et des exploitants familiaux.

Les délégués appellent en conséquence, les producteurs de lait

— à demander aux dirigeants de laiterie des comptes sur leur récent paiement

— à organiser de puissants mouvements de protes- . tation en direction des préfets et des parlementaires

de la majorité, pour exiger la révision et la mise en . place d’une garantie effective de ce prix, la suppression d’urgence de la taxe à l’exportation de poudre de lait, la prise de mesures d’urgence permettant le retour aux prix du lait d’hiver pour le reste de la période été ».

Alors que se dessine un mouvement paysan qui remet en cause la gestion capitaliste des entreprises laitières, le MODEF se contente de flatter les petits paysans en les prenant « tels qu’ils sont » pour les entraîner dans une opération à but électoral. Ceci correspond à une stratégie bien précise : en laissant croire aux « exploitants familiaux » que leur survie est compatible avec le fonctionnement du système

| capitaliste, le PC ouvre la voie à la démocratie avan-

cée. Il espère rallier les petits paysans à la classe ouvrière sur la base de leurs intérêts immédiats de petits producteurs. Ce genre d'illusions lui côute cher. Car chaque jour, de petits paysans de l’Ouest doivent quitter la terre et l’incompatibilité entre leur maintien à la terre et l’existence de la Société capitaliste risque + alors de détourner les autres vers les illusions réactionnaires d’un retour au passé, à la société corporatiste.

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2) L'extension du mouvement mm

— Le 24 Mai, alors que d’autres manifestations ont lieu dans la Manche, 600 producteurs du Finistère opèrent, à Guiscriff, leur jonction avec les paysans morbihanais. Trois autres camions sont amenés sur la place auxquels s’ajouteront bientôt des dizaines d’autres, tandis que les voies d’accès sont bloquées par des tracteurs et que le piquet de grève se trouve renforcé.

«160 000 litres de lait bloqués», annonce alors la presse bourgeoise qui se déchaîne contre le mouvement.

La combativité des producteurs est d'autant plus grande qu’ils découvrent dans l'enthousiasme l'efficacité de la grève. Deux exemples : k

— À Guiscriff, la Société Entremont envoie un huissier pour faire constater le blocage des camions. L’huissier n’arrivera jamais jusqu’à ceux-ci. Il est bloqué par des manifestants et relâché quelques heures plus tard.

— Le Guern, délégué cantonal de la FDSEA du Morbihan déclare : « le Joint Français a tenu deux mois, nous pouvons bien tenir huit jours ».

Le mouvement s’étend un peu partout dans le Finistère et le Morbihan, à tel point que l’Union Bretonne des Industriels laitiers agite la menace du lock out :

« Des camions sont bloqués en campagne par des commandos, empêchant la collecte du lait, entravant son acheminement normal vers les usines et rendant le lait inutilisable.

« Devant de tels faits, les industriels laitiers considèrent être mis dans l'impossibilité de faire fonctionner normalement les usines. à

« Si une telle situation se poursuit, ils seront contraints de fermer les laiteries et d’arrêter le ramassage, laissant la responsabilité de cette grave décision aux organisateurs de ces actions ».

Pendant ce temps, la FDSEA applaudit au numéro d’esbrouffe de Chaban à l’assemblée :

«La FNSEA 5e félicite de voir officiellement reconnu le rôle croissant de l’agriculture en tant qu’activité exportatrice.…»

Ni la FRSEAO, ni les FDSEA concernées n’ont larcé de mot d'ordre d’action, bien que les dirigeants finistériens s'engagent à fond du côté des grévistes.

— Le jeudi 25 mai : les industriels n’auront pas à fermer leurs laïteries ; les producteurs s’en chargeront, mais en

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ayant pris soin de laisser un important piquet de grève devant chaque entreprise.

Le mouvement couvre maintenant toute la Bretagne.

Un article du Journal local, Ouest France, décrit parfaitement l’impuissance du pouvoir et des industriels :

« Jamais sans doute la guerre du lait n’aura pris une telle forme dans le Morbihan : aux grands rassemblements qui aboutissent parfois à des heurts avec les forces de police, a succédé une véritable guérilla : hier, la moitié Ouest du Département était paralysée par cette lutte incessante. Il est probable que le mouvement va gagner l’autre partie du Département si les négociations n’aboutissent pas.

«Depuis le 9 Mai, des embuscades qui ont rassemblé plusieurs centaines de producteurs se sont multipliées, de jour et de nuit, pour intercepter les camions de collecte : ainsi à Pontivy, à Pont Scorff, au Faouët, à Pluvignen, à Auray, à Pluherlin, à Malestroit, à Plouay ».

Dans le Finistère, tandis que se multiplient les occupations de laiteries, 35 camions sont gardés à Pont l’Abbé par 300 producteurs. Les industriels bretons demandent la protection dela police. Marcellin n’en a cure : il songe à sauvegarder son siège de député.

Les formes de lutte adoptées révèlent un premier clivage avec les notables des syndicats corporatistes : Joseph André, président: de l’Union Cantonale des syndicats agricoles de Gourin (Finistère) se plaint d’avoir été soigneusement tenu à l’écart de toute décision d'action, démissionne de son mandat syndical et quitte la FDSEA.

D'autres préfèrent suivre le mouvement en espérant pouvoir l’étouffer ensuite. C’est le cas pour les bureaucrates du Morbihan.

La totalité des actions engagées, l’interception des camions, l’organisation des piquets de grève, sont laissées à Pinitiative de la base. Certes, elles sont le plus souvent dirigées par les « Paysans en lutte » dont certains sont administrateurs de FDSEA, mais à aucun moment, on ne voit se dégager une direction du mouvement, capable de le structurer et de le consolider. C’est là une des premières faiblesses du mouvement, qui n'apparaîtra pas immédiatement, mais se révèlera importante quand s’amorcera la stabilisation.

— Les 26 - 27 - 28 Mai constituent l’apogée du mouvement.

Plusieurs meetings ont lieu en différents points du département, où les producteurs affirment leur volonté de continuer la lutte pour :

Lil

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— 60 centimes le litre en qualité C (6)

— suppression de la péréquation.

La grève est totale dans le Finistère, les laiteries sont fermées, les quelques camions restant en circulation sont poursuivis par les grévistes pour éviter toute manœuvre de la part des industriels.

Dans le Morbihan, la paralysie est quasi totale. Le blocus des camions levé deux jours dans la région de Questembert, est repris aussitôt après.

Les Côtes du Nord sont à leur tour paralysées. Plusieurs laiteries sont bloquées et occupées à l’initiative du CDJA et des « Paysans en lutte ».

En Loire Atlantique, alors que la FDSEA n'avait prévu de passer à l’action que le lundi, trente camions sont bloqués à Pontchateau dans la nuit de samedi à dimanche.

L'Ile et Vilaine est à son tour touchée par le conflit. Certes, le département est bien tenu en main par les notables corporatistes, en particulier Daunay, à la fois président de la FDSEA et de la coopérative laitière, cependant, plusieurs centaines de producteurs manifestent devant la literie. Une contre manifestation suscitée par Daunay ne rassemble que 100 personnes. Un conseil fédéral permettra à Daunay de louvoyer et de garder la situation en main.

Devant l’ampleur de la grève, les prises de position se multiplient : Le PC. demande... une réunion extraordinaire des conseils généraux de Bretagne.

Le MODEF rappelle qu’il a toujours demandé une revalorisation de 15 % du prix du lait et qu’il pense que cette augmentation est possible sans répercussion à la consommation par le biais de la suppression des taxes sur le lait, notamment celles de la TVA. Il rappelle qu’il est « contre la violence ». C’est sans doute pour cette raison qu’on ne voit pas le MODEF aux piquets de grève ?

Le CRJA : « Nous intensifierons l’action et souhaitons qu’elle se prolonge dans les départements et régions voisines. Il s’agit pour nous, agriculteurs, comme pour les ouvriers, d'obtenir que notre travail soit rémunéré ». Seule organisation paysanne, avec la FDSEA du Finistère, à avoir soutenu sans réserve l’action engagée, le CRJA ne peut cependant lui apporter de perspectives par rapport à la stabilisation qui va s’amorcer. De plus, ses dirigeants continuent à répandre les illusions qu’une politique agricole satisfaisante pour les petits producteurs puisse être appliquée dans le cadre du régime, puisque le communiqué déclare :

« Cette action remet fondamentalement en cause l’ac-

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tuelle politique agricole. Celle ci doit garantir un revenu aux travailleurs en tant que tels, et non plus seulement à quelques chefs d’entreprises capitalistes. Il appartient aux pouvoirs publics de décider une réorganisation fondamentale de type soutien des marchés, qui soit assortie d’une limitation des aides par producteur ».

Quant au pouvoir, il a très vite saisi la dimension de la grève et comprend qu’il est impossible de la réprimer comme les actions des années précédentes. Plusieurs ministres ont été élus députés en Bretagne : Pleven, Cointat, et. Marcellin. Ce dernier tremble tout particulièrement pour son siège de Vannes. C’est pourquoi le conseil général du Morbihan, qu’il préside, adopte une motion déclarant qu’il « serait nécessaire d’annoncer un certain nombre de mesures pour calmer les inquiétudes. » Marcellin annonce d’autre part qu’il a préconisé à son collègue Cointat un système de contrats de progrès. Cointat, de son côté, avance timidement que « ce n’est quand même pas des méthodes recommandables d'arrêter les bidons de lait au détriment des producteurs de lait de la région bretonne ». Sans blague ! Mais qui sont donc les grévistes ? Des gauchistes déguisés en producteurs sans doute? Mais Cointat n'ose pas encore aller jusque là. Chaban, quant à lui, préfère penser que c’est un problème « purement professionnel » et «spécifiquement breton » ; en conséquence, il s’en lave les mains et refuse même de recevoir Debatisse. En d’autres termes, le gouvernement n’avait pas besoin de ça...

Debatisse, lui, exprime sa « préoccupation devant l’évolution de la situation ». On le comprend !

Les jaunes (la FFA) n’osent pas encore se montrer.

Les industriels persistent à ne pas vouloir payer plus de 56 centimes en mai. La grève continuera donc.

3) Un long face à face

Lundi 29 Mai:

Si la combativité des grévistes demeure très forte, on sent que le mouvement aurait bien besoin d’un second souffle. D'autant que le mouvement ne s’est pas étendu à tous les départements de l'Ouest, comme les paysans bretons pouvaient s’y attendre.

Certes, 30 camions de la société Nestlé sont bloqués dans l’Aisne ; mais dans l’Ouest, rien de nouveau : même si les laiteries des Côtes du Nord sont fermées, les producteurs ne participent pas massivement à l’action. En Loire Atlantique, les grévistes de Pontchateau sont relativement

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isolés ; la CANA est occupée par 1500 producteurs, mais il n’y a pas de perspective de grève.

Dans le Maine et Loire, « la FDSEA exprime sa solidarité avec les producteurs bretons, demande 15 % d’augmentation pour 72-73, et. la mise en application des mesures socio structurelles telles que la propagande pour la consommation des produits laitiers et la lute contre la concurrence déloyale. »

Par delà ses aspects folkloriques, cette prise de position est typique des organisations corporatistes de la paysannerie : c’est l’utilisation d’un mouvement de mécontentement massif pour faire appliquer des mesures favorables aux gros producteurs (on sait que les mesures sociostructurelles en question visent à favoriser quelques exploitants privilégiés). Les bureaucrates de la FDSEA de Vendée, quant à eux, semblent redouter particulièrement la dynamique du mouvement : tout en notant que les revendications des producteurs bretons sont justifiées, ils «rejettent par avance toute action démagogique qui ne serait pas coordonnée par la FDSEA ou sa section lait. « Ils apportent de plus leur soutien aux coopératives, « outils des producteurs ».

De même, la FNSEA craint une extension du conflit et regrette que Chaban ait refusé de recevoir Debatisse et. Lepatre, président des industriels laitiers. La main dans la main !

Mais, tandis que le pouvoir essaie de détourner l’attention des producteurs bretons vers la réunion qui doit rassembler à Bruxelles les ministres de l’agriculture des Six, le mouvement souffre tragiquement d’une absence de perspectives.

La liaison avec les organisations ouvrières qui serait maintenant déterminante ne se fait pas. Certes, la solidarité de la population est-acquise par des distributions gratuites de lait qui ont lieu un peu partout. A Brest, un comité de soutien animé par la Ligue, le PSU et des militants du CDJA, se crée pour populariser la lutte des paysans et impulser la solidarité active.

Mais ce n’est manifestement pas suffisant. Seule la jonction effective, dans la rue, avec la classe ouvrière, pourrait, quelques mois avant les législatives, contraindre le pouvoir et les industriels à céder rapidement.

La jonction n’aura pas lieu, en partie parce que la CFDT se méfie du mouvement sans comprendre l’enjeu de la lutte, parce que la CGT, elle, a tout à perdre dans cette dynamique. Mais à côté des paysans, Possémé, dirigeant de

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la FRSEAO et de la FDSEA du Morbihan se soucie fort peu de réaliser la jonction sur un terrain aussi brûlant, tandis que ni le CRJA ni les paysans en lutte ne sont capables de liquider le corporatisme dans les faits, submergés qu'ils. sont par un mouvement auquel ils n'étaient pas prêts. Les groupes agissent isolément à la base, sans comprendre même qu’une structuration des grévistes en un Comité Central de grève est nécessaire pour éviter que le mouvement ne soit dévoyé !

Dès lors le mouvement ne pourra plus progresser, et les grévistes ne devront qu’à leur seule combativité de tenir dans un face à face épuisant avec les industriels et le pouvoir, tandis que se manigancent, en coulisse, toutes les intrigues des organisations corporatistes.

Mardi 30 Mai

La réunion de Bruxelles n’a évidemment rien apporté. Le pouvoir s'efforce de jouer la lassitude des grévistes. Il accepte une table ronde pour le vendredi, à l'initiative des industriels, des coopératives et de la FNPL.

Sur le terrain, on note une stabilisation du mouvement. Dans le Finistère, les jeunes s’efforcent de faire rouvrir la coopérative de Ploudaniel, où un accord semble se dessiner. Les CRS chargent le piquet de grève qui se défend vigoureusement et parvient à faire respecter la volonté des producteurs.

Des affrontements ont lieu également dans les Côtes du Nord où CDJA et Paysans en Lutte s'efforcent de maintenir la grève.

En Loire-Atlantique, les administrateurs de la CANA sont libérés sans que les producteurs aient obtenu satisfaction. »

En Ile et Vilaine, 150 agricultrices occupent brièvement la Coopérative de Vitré.

La FRSEAO se décide à attaquer le mouvement. Tout en demandant un prix de base de 60 centimes, elle déclare que «les actions engagées ne doivent à aucun moment mettre en péril les outils économiques que se sont donnés les agriculteurs. Le bureau ne peut admettre des actions qui porteraient atteinte à la liberté, à la dignité, et à la sécurité des personnes ».

Heureusement, les producteurs ne lui ont pas demandé son avis !

Mercredi 31 Mai La lassitude commence à se faire jour de part et d’autre. Tout se joue sur la détermination des piquets de grève qui

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est toujours très grande : dans le Morbihan, un commando de la FFA en fait l’expérience.

Dans le Finistère, un accord partiel est signé avec la coopérative de Ploudaniel : 60 centimes et diminution de moitié des primes de quantité.

Dans les côtes du Nord, les coopératives s’engagent également à payer 60 centimes en Mai.

Un autre encouragement : dans la Sarthe, 25 camions laitiers sont arrêtés par des producteurs. Mais, tandis que le mouvement s'étend dans les Vosges, la Dordogne, le Nord et le Pas de Calais, la FNSEA se décide à sortir le grand jeu :

— défense de la péréquation

— les entreprises laitières ne doivent pas être mises en péril.

Mais ce n’est plus l’attitude de la seule FNSEA qui peut désormais arrêter les grévistes.

Jeudi ler Juin

Certains grévistes mettent leur espoir dans la table ronde qui doit se tenir le lendemain à Rennes. Mais celle-ci n’est qu'un moyen de gagner du temps pour les industriels. Ceux-ci essaient de faire débloquer la sortie des usines par les jaunes et les flics.

Plusieurs affrontements ont lieu avec les CRS et les gardes mobiles à St-Renan, à Plounevezel et à Douarnenez dans le Finistère, Les piquets de grève tiennent bon et sont renforcés. ! d

Tandis que la collecte reprend dans les Côtes du Nord, la FFA du Morbihan tente de forcer le piquet de grève de Pontivy avec l'aide des gendarmes. Après quelques affrontements, le piquet fera respecter la grève. Une fois de plus c’est un échec pour les industriels.

Dans le Morbihan, 6 meetings rassemblent 11 000 producteurs décidés à tenir bon.

Vendredi 2 Juin

Un simulacre de négociation a lieu à Rennes. Les industriels veulent bien discuter... Pour montrer qu'ils ne peuvent apporter plus de 56 centimes. Toute l’attention des grévistes se porte sur les discussions qui, au bout d’une dizaine d’heures, n’ont rien apporté de plus. De guerre lasse, les dirigeants du Finistère annoncent leur volonté de retourner devant les grévistes, conscients qu'ils viennent, une fois de plus, de se faire piéger.

Les dirigeants de la coopération présents autour de la table comprennent alors les risques qu'ils courent. Ils

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savent pour les avoir souvent manipulés, que les producteurs peuvent réagir d’autant plus violemment qu’on les pousse dans une impasse. Deneux, dirigeant de la FNPL craint également pour son poste. Et, coup de théâtre, les coopératives proposent de payer 59 centimes en Mai, c’est-à-dire presque le prix indicatif.

Samedi 3 Juin

Lors des négociations qui s’engagent ensuite entreprise par entreprise, les producteurs, qui tiennent bon, obtiennent 60 centimes, moyennant la suppression partielle de certaines primes.

Les industriels, malgré quelques velléités jusqu’auboutistes, comprennent qu’ils risquent, en faisant cavalier seul, de perdre un bon nombre de producteurs.

” Dimanche 4 Juin, les derniers camions de la S.A. Entremont peuvent quitter la place de Guiscriff.

Mais sur le résultat même de la grève, bien des ambiguïtés surgissent.

Victoire incontestable pour les producteurs, les 60 centimes ne coûteront cependant pas très cher aux industriels, dans la mesure où ils seront compensés par la suppression ou la diminution de certaines primes (principalement primes de quantité).

Face à ces mesures, les producteurs étaient désarmés. Fallait-il défendre les avantages des gros producteurs ? En fait, seule l’intégration des primes dans le prix de base pouvait, en plus de l’augmentation de ce prix de base, constituer une réponse correcte aux manœuvres des industriels.

mais, quelques Jours plus tard, les transtormateurs laissent entendre que le prix payé en mai sera exceptionnel. Il faudra très vite en revenir à 59 centimes. Les industriels sont inquiets : ils avaient l’habitude de négocier des grilles de prix à l’année, comme les contrats que l’on veut imposer à la classe ouvrière, mais les paysans ne sont pas d’accord. Ils ont signé un armistice, mais la guerre du lait ne pourra que reprendre, et plus rapidement peut être que ne l’espèrent les industriels, car aucune des difficultés fondamentales des petits paysans n’a évidemment été réglée par ces accords.

LE RAS LE BOL DES FEMMES

… En beaucoup d’endroits, les femmes ont joué un . rôle important, parfois même à l’avant garde du mou-

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vement. Pour beaucoup, ce fut le premier geste de révolte, la manifestation d’un ras l’bol plusieurs fois . justifié.

En effet, les exploitants agricoles constituent sans doute la catégorie la plus exploitée de tous les travail leurs.

— Exploitées d’abord comme travailleuses :

Sur l’exploitation, elles sont souvent levées à 6 H. du matin pour s'occuper de la traite, ce sont elles aussi qui travaillent le plus tard le soir pour faire la comptabilité de l'exploitation. Sans oublier que nombre d’entre elles. participent aux travaux des champs. Elles ne sont évidemment pas payées, et reçoivent, pour le budget de la famille, ce qui reste après les investissements et les achats courants destinés à l’exploitation.

— Exploitées, doublement exploitées même, en tant que femmes-travaillant-à-la-campagne. Entre les travaux sur l'exploitation, les petits élevages aussi (lapins, poules) destinés plus spécialement au budget familial, il y a encore le ménage à faire, la cuisine à préparer, les enfants à soigner. Tout cela sans salaire, bien que ce soit souvent les maigres allocations familiales qui constituent le budget de base de la famille.

Mais la femme d’exploitant ne bénéficie même pas de la protection sociale qui est une conquête des autres travailleurs : pas de dimanche, pas de congés, pas de de congés maternité non plus. La médecine du travail passe bien une fois par an, en principe. C’est souvent la seule visite médicale de l’année. Ne parlons pas d’utilisation des méthode contraceptives : ce n’est pas la propagande qui leur est faite qui les fera pénétrer dans les campagnes.

Pourtant, les mentalités évoluent. Cette grève en est aussi le révélateur. Autrefois, quand les hommes manifestaient, les femmes restaient à la maison, de même, qu’à la cuisine, elles mangeaient debout pour mieux servir le mari, chef dé la famille. Aujourd’hui, les femmes participent à la lutte, et ce fait témoigne aussi à*s4manière d’une rupture avec les traditions corporatistes où seul compte l’avis du « chef d’exploi- : tation » (7).

AS)

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1e ier bilan

Aujourd’hui, ce ne sont plus trente militants qui s’attaquent à un camion de lait, mais plusieurs dizaines de milliers de producteurs qui bloquent le fonctionnement des entreprises. La taupe a fait son chemin. Mais surtout, la jonction s’est réalisée entre les éléments radicalisés issus des couches moyennes de la paysannerie, et les petits producteurs, ceux qui subissent de plein fouet la restructuration de l’agriculture, mais qui restaient hier encore sous la coupe des notables réactionnaires englués dans le corporatisme le plus étroit.

Le premier résultat de cette jonction, réside dans l’isolement complet des dirigeants corporatistes et de la FFA qui, faisant le plein de ses troupes, n’a pu durant le conflit, briser la grève dans aucun endroit. Pour les révolutionnaires, cette jonction entre radicalisés et paysans pauvres

voués à la disparition est importante dans la mesure où précisément, c’est sur cette dernière couche que s'appuient traditionnellement toutes les forces réactionnaires.

1) Un nouveau mouvement de paysans a

Pourquoi les dirigeants corporatistes de la FNSEA ou même de la FRSEAO ont-ils si violemment condamné la grève, au risque de voir s’opérer la scission de leurs organisations ? Certes, le mouvement a adopté dès le départ des formes d’action directe qui tranchent avec le ronron des manifestations traditionnelles.

Mais cette violence n'est pàs un élément déterminant. Après tout, et quoiqu’en pense le PC, les classes moyennes et en particulier les petits paysans n’ont jamais eu peur de l’action violente. Et n'est-ce pas Gourvennec, maintenant notable du Finistère, dirigeant de l’'UGEA, qui, en 1961, prenait d’assaut la sous-préfecture de Morlaix ?

Ce qui, incontestablement, a entraîné l’opposition des notables corporatistes c’est la forme de lutte utilisée , c’est la jonction de fait opérée avec la classe ouvrière par le biais de ces formes de lutte : la grève de la production, l’arrêt

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des profits.

Pour opérer ce saut qualitatif, le mouvement paysan a rompu avec toutes ses traditions et ses tendances spontanées.

Pendant huit jours en effet, on a d’abord assisté à une sorte de guérilla, où furent mis en œuvre les moyens utilisés en 1970 et 71 par les paysans pour faire pression sur les entreprises de transformation : occupation des laiteries, séquestrations, blocage temporaire des camions : le mouvement cherchait sa voie. Mais dès que la première laiterie du Morbihan eut été complètement bloquée, le mouvement s’est étendu à travers toute la Bretagne.

En trois jours, l’ensemble des entreprises était asséché, comme si la masse des producteurs avait enfin trouvé la forme d’action qu'ils pressentaient sans pouvoir spontanément la mettre en œuvre.

Cette appropriation des formes de lutte de la classe ouvrière, s’est faite à un niveau élevé, ce qui montre la combativité des producteurs : l’organisation des piquets de grève en témoigne. Aux lieux de rassemblement des camions, à l’entrée des laiteries, des groupes de 50 à 200 producteurs veillaient en permanence pour faire respecter leur grève. Tous les deux ou trois jours, une liste des tours de garde était établie, ce qui a permis à la masse des agriculteurs de participer à tour de rôle aux piquets.

Si, en certains endroits, cette présence était quasiment symbolique, en d’autres endroits au contraire, les paysans se préparaient à recevoir d'éventuels commandos de jaunes ou de gardes mobiles. Certes, les affrontements furent rares, mais ils le furent d'autant plus que les piquets y étaient prêts.

Encore une fois, nous ne nous extasions pas sur les possibilités qu’à le mouvement paysan d'utiliser la violence. Ce qui est en cause ici, ce n’est pas la violence spontanée de groupes révoltés mais impuissants, c’est la compréhension (au moins confuse) que le mouvement devrait peut être, pour vaincre, s'affronter physiquement aux forces de répression et dépasser le cadre de la légalité bourgeoise. Les leçons des luttes de ces dernières années ont été assimilées.

Même si elle ne s’est pas terminée par une victoire sans bavure, la grève des producteurs bretons a payé. Les paysans en tireront la leçon qui s'impose.

Et c’est bien cela finalement qui fait peur à nos bureaucrates : la forme de lutte utilisée par les paysans rompt avec les bases du corporatisme dans la mesure où elle pré-

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figure l’unité des travailleurs : paysans exploités avec la classe ouvrière. En faisant la grève de la production, les paysans ont frappé au cœur du système : ils ont supprimé les profits non seulement des industriels, mais aussi des gros producteurs pour qui (voir page ) un litre de lait payé 60 ou 70 centimes, toutes primes comprises, laisse un surprofit de 20 ou 25 centimes. Et cette fois, c’est dans leur masse que les producteurs bretons ont refusé de fait de laisser défendre leurs intérêts par les gros producteurs (il s’en est trouvé plus d’un pour dire que cette grève était « injustifiée »).

2) Les Coopératives démystifiées

Alors queles dirigeants modernistes du CNJA vantent la prise du pouvoir économique des paysans par le biais des coopératives, alors que l’on voudrait à tout prix persuader les paysans que les coopératives sont leurs outils, les producteurs bretons n’ont pas une seconde fait de distinction entre les laiteries privées et celles qui sont censées leur appartenir. Mieux, c’est à Coopagri (Landernau) que le mécontentement a éclaté de la façon la plus violente. Et c'est là aussi que la rupture avec le corporatisme de la FNSEA est la plus évidente. Tandis que Debatisse envoie un télégramme de soutien au Conseil d'Administration de Coopagri qui vient d’exclure 7 militants paysans, la masse dee nrodnetenre aecânha la laiterie.

A cela il y a des raisons bien simples. Si les directeurs de coopératives paient le lait de la même façon que les industriels, utilisent les mêmes méthodes pour orienter la production dans un sens qui s’oppose parfois à la volonté des producteurs, ce n’est pas forcément parce qu'il est assoiffé de pouvoir ou incapable. Ce n’est pas non plus parce qu'il met le fric dans sa poche, comme le disent certains maos. Certes, leur fonction bureaucratique leur apporte bien des privilèges qu’ils ont à cœur de défendre, mais par delà cet aspect secondaire, ils cherchent avant tout à gérer la coopérative en fonction des impératifs du marché. Car celles-ci n’évoluent pas dans un contexte vierge de toute contrainte, mais sont soumises aux lois de la concurrence qui les opposent aux trusts muüiunationaux. Cette concurrence n’est pas le fait de quelques mauvais plaisants, mais le ressort du système capitaliste lui-même.

Evacuer cette contingence fondamentale, c’est £videmment ouvrir la voie à toutes les pratiques réformistes et ce qui est le plus grave, à la démobilisation des producteurs.

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Les paysans — travailleurs de Loire-Atlantique affirment depuis longtemps que les coopératives sont soumises aux lois du capitalisme. Un certain nombre est cependant entré, (par tactique disent-ils) au Conseil d'Administration de la CANA pour se faire les porte paroles des producteurs tout en cogérant la coopérative.

Cette illusion a coûté cher aux paysans de Loire- Atlantique.

Ce n’est pas un hasard si les producteurs de ce département, depuis quelques années à l'avant garde des luttes paysannes, sont restés quasiment à l’écart du mouvement de grève. Car lorsque 1500 producteurs asslégealent ia CANA pour obtenir un minimum de 60 centunes, es paysans travailleurs, présents au conseil d’administration, continuaient à se faire caution du Système en défendant la proposition de 57,5 centimes le litre. On voit comment une succession d’actes tactiques se traduit bel et bien par une stratégie réformiste et démobilisatrice.

Alors que plusieurs dizaines de producteurs, délégués communaux de la CANA démissionnaient de leur poste, des paysans travailleurs restaient au conseil d’administration.

Le bilan de cette faillite doit être tiré dans le CDJA et les cercles « Paysans en Lutte ».

Ajoutons que le PSU et Lambert, influents parmi les militants de ce département, portent une lourde part dans la démobilisation, dans la mesure. où les militants paysans du PSU n'ont fait que réintroduire au sein de leur organisation, toutes les illusions véhiculées dans certains cercles «Paysans en Lutte» de Loire- Atlantique (8). Â Par contre a Quimper les militants PSU ont pris efficacement en charge le soutien aux producteurs de;lait en assurant la popularisation de la lutte ainsi qu'en aidant à la distribution de lait au prix coûtant.

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3) ,Dépasser les illusions corpor:

La grève des producteurs de lait bretons a certes rompu avec les pratiques corporatistes des organisations paysannes, elle a brisé le carcan qui enfermait les petits producteurs dans une voie sans issue, elle a ouvert une dynamique de lutte qui permet de réaliser la jonction avec la classe ouvrière mais elle n’en a pas pour autant balayé à tout jamais les illusions corporatistes. Il y aura

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encore des reculs, des retours en arrière. Car cette dynamique n’a pas été assimilée de façon consciente par tous les grévistes ! Et personne ne songera à avancer que la masse des producteurs était entrée en lutte contre le capitalisme.

. Mais si le corporatisme constitue pourrait-on dire, le niveau de conscience spontané des petits producteurs agricoles il importe maintenant que les militants qui se réclament du socialisme tirent les leçons de la grève pour éliminer toutes les illusions qui existent encore parmi eux et qui auraient pu, pendant la lutte, compromettre la victoire du mouvement.

a) L’ambiguïté du prix de revient

L'an dernier, le CEPLO (Comité spécialisé de la FRSEAO qui regroupe les producteurs de lait) avait établi le prix de revient (toutes charges, salaire égal au SMIC inclus) d’un litre de lait sur une exploitation de moyenne productivité (9) et avait ainsi avancé le chiffre de 62 centimes (10), actualisé cette année à 67, 73 centimes. C’est sur ce chiffre que se sont déroulées toutes les campagnes de mobilisation, aussi bien des FDSEA que du CRJA ou des Paysans Travailleurs.

C’est également sur cet objectif de 67,73 centimes que les paysans bretons se sont mis en lutte, au delà même des 60 centimes revendiqués en mai.

Mais que signifie donc ce chiffre pour les paysans ? Pour tenter d'y répondre précisément, il faut comprendre les diffiérenciations qui s’opèrent actuellement dans l’agriculture bretonne : grosso modo, on peut distinguer 3 couches :

— à la base, tous ceux qui n’ont pas (pour diverses raisons) amélioré leur productivité et continuent les anciennes techniques. Certes, ils n’ont pas beaucoup d'emprunts sur le dos, mais ils ne disposent en moyenne que de 5 à 10 vaches et atteignent rarement les 3 000 litres par vache. Le prix de revient ne signifie pas grand chose, dans la mesure où ils ne sont pas spécialisés, et produisent finalement peu. Leur niveau de vie baisse sans cesse et on voit mal comment ils trouveraient les capitaux nécessaires soit pour s’agrandir, soit pour améliorer leur productivité par Ha.

— à l'opposé, il y a les gros producteurs, qui ont pu investir dans de bonnes conditions, à la fin des années 50. Ils disposent de structures correctes : 50 — 100 Ha et peuvent espérer s’agrandir. Leur atelier « lait » compte de 40 à 80 vaches. La moyenne économique peut atteindre

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chez eux 5000 litres de lait par vache, avec 2 UGB/Ha ne prix de revient se situe donc davantage autour de 45 que de 67 centimes: Ce sont eux qui profitent de la restructuration de l’agriculture. L'’augmentation de leurs profits leur permettra, en particulier, d’accaparer les terres au détriment des petits producteurs.

— entre les deux, il y a effectivement la couche d'agriculteurs qui constitue l'échantillon du prix de revient. Mais à l’intérieur même de cette couche, de producteurs spécialisés, dont les structures varient entre 15 et 40 Ha, des différenciations commencent à s’opérer. Si certains ont effectivement un prix de revient voisin de 67 centimes, d’autres atteignent des moyennes économiques supérieures à celles de l'échantillon, où bien ont bénéficié de rente de situation, tandis que les autres n'atteignent pas non plus les 3500 litres, pour 1 UGB/Ha. Bien que l'avenir de ces exploitants, pris globalement, soit relativement sombre, en raison des dettes contractées, des emprunts à renouveler fréquemment, et de l'impossibilité de rentabiliser à plein les capitaux engagés, les plus favorisés d’entre eux peuvent espérer rejoindre peu à peu les couches supérieures.

Mais tous peuvent avoir cette illusion que contribuent à répandre les dirigeants corporatistes.

On ne peut prétendre que l'obtention des 67,73 centimes aurait le même effet pour tous les producteurs.

Or, axer toutes les batailles autour de cette notion de prix de revient, c’est faire croire que tous les producteurs et particulièrement ceux de cette couche de paysans moyens dont sont issus la plupart des paysans travailleurs, ont les mêmes intérêts et le même avenir. C’est oublier que la manipulation des prix n’est qu’un instrument d’une politique globale qui vise aujourd’hui à éliminer les 3/4 des agriculteurs.

Mais si leur avenir n’est pas toujours entièrement défini, les paysans moyens doivent choisir : opter pour les paysans pauvres, que la plupart d’entre eux finiront par rejoindre, ou se ranger du côté des gros producteurs. Il n'y a pas de voie intermédiaire.

Parce que cette revendication d’un prix de revient basé sur le SMIC a une certaine dynamique, les organisations corporatistes ont cependant hésité à le mettre en avant cette année. Les industriels l’ont bien compris aussi, qui parlent de « revendication politique ». Déjà l’an dernier, mais plus encore cette année, les 67,73centimes symbolisaient pour l’ensemble des producteurs le salaire que leur devaient les industriels. Les luttes actuelles ne sont

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que le prolongement de cette prise de conscience.

Il n’en reste pas moins que les paysans travailleurs n’ont pas à accepter cette notion de prix de revient qui réunirait tous les producteurs dans le même intérêt ; car cela signifierait un dangereux repli sur le ‘Corporatisme. Nous devons au contraire soutenir la revendication de 67,73 centimes, mais en montrant qu’il n’y a pas, qu'il ne peut y avoir là dessus solidarité de tous les producteurs. Ne serait-ce que parce que certains d’entre eux les ont déjà atteints dans les faits, grâce aux primes diverses 4 centimes pour la quantité, 1 centimes par gramme de matière grasse, 3 ou 4 centimes pour la qualité.

Face à cela, les paysans travailleurs doivent avancer les revendications qui permettront l’unité d’action sur la base des intérêts des petits producteurs ;

— L'INTEGRATION DES PRIMES DANS LE PRIX DE BASE

— LES PETITS PAYSANS NE DOIVENT PAS SE BATTRE POUR LES GROS PRODUCTEURS !

— UN MEME PRIX POUR TOUS LES PRO- DUCTEURS !

Ce mot d'ordre doit permettre de faire l’unité des petits paysans, traditionnellement divisés par la compétition économique.

b) Qui dirige la lutte ?

Tous les efforts des paysans travailleurs doivent (aussi bien dans un but d'efficacité immédiate que d'éducation à long terme) tendre à dissocier les intérêts des petits paysans, de ceux des gros producteurs, à faire éclater la lutte declasses qui divise et divisera de plus en plus les agriculteurs. C’est le sens des revendications définies ci-dessus. ;

Et le fait que les paysans travailleurs n’aient pas été prêts à ces affrontements aurait pu coûter cher au mouvement. En particulier sur le plan des structures de lutte. Car certains bureaucrates de la FRSEA qui défendent les intérêts des gros producteurs, n’ont pas hésité à se rallier au mouvement, pour mieux le canaliser ensuite, s'ils avaient pu, vers un contrat de progrès, comme le souhaitait Possémé, ou l’application de mesures socio-culturelles, comme le réclamaient les dirigeants: du Maine-et-Loire.

La question qui se pose est donc de savoir qui organise le mouvement et négocie en pareil cas. Les producteurs en lutte, ou les dirigeants qui se soucient parfois fort peu

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des petits paysans ?

Si les comités de défense des producteurs ont souvent impulsé la lutte, et ont essayé de l’organiser, à la base, au niveau des entreprises, ces comités n'existent pas partout. De plus, il est clair qu’eux-mêmes ont parfois été dépassés — et c’est normal — dans la mesure où ils n'étaient plus seuls à assumer la lutte, mais submergés par la masse des producteurs. Or, pendant ce temps, les bureaucrates de la fédération régionale, où même nationale, ne restaient pas inactifs. Debatisse n’a-t-il pas essayé de résoudre le problème à sa façon à Paris, avec Chaban et Cointat ?

Pour que les producteurs en lutte ne soient pas victimes de toutes ces manœuvres, il faudra donc, à l’avenir, et partout où cela sera possible créer des comités de grève au niveau de chaque entreprise. Ces comités, représentant tous les producteurs en lutte, doivent comprendre des militants élus, parmi les plus combatifs. Qu'ils soient inorganisés, membres de Comité de défense, ou même représentants du MODEF ou d’une U.C. de S.E.A. comme dans le Finistère, peu importe, pourvu qu’ils soient effectivement choisis combatifs, et qu'ils soient révocables au cas où ils ne seraient plus d’accord avec l’ensemble des grévistes. |

C’est notamment à ces comités qu'incomberait de diffuser l'information, d’impulser la solidarité, de l’organiser pour la rendre la plus efficace possible.

Maïs, aussi parfaitement organisée soit-elle à la base, l’action peut encore être dévoyée si un comité central de

grève n’est pas élu pour représenter tous les comités d'entreprise, coordonner leur lutte, et mener la négociation.

Ainsi seulement les luttes futures des paysans ne risqueront pas d’être dévoyées par des dirigeants qui jugent préférables de s’y rallier plutôt que de les combattre ouvertement.

c) La liaison paysans - ouvriers

Si l’on a vu, de ci, de là, s'organiser la solidarité, par des distributions de lait notamment, il est clair que cet aspect, pourtant essentiel de la lutte, n’a été développé que de façon embryonnaire.

Et pourtant, durant la deuxième semaine de grève, le mouvement à manqué d’un soutien que beaucoup de travailleurs étaient prêts à lui accorder et qui aurait sans aucun doute, contribué à instaurer vis-à-vis du pouvoir et des patrons, un rapport de forces bien supérieur, alors

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qu’à la fin de la 2ème semaine, tout le poids de la bataille avait tendance à reposer sur la seule détermination des piquets de grève.

Mais qui pouvait susciter cette solidarité active de tous les travailleurs ?

Certainement pas les bureaucrates corporatistes, puisqu’une unité ouvriers-paysans dans la lutte est sans doute ce qui sape le plus de leurs positions : leur pouvoir s'appuie au contraire sur l'alliance des petits et gros paysans.

Mais une perspective d'unité d’actionouvriers-paysans, même si elle s’était traduite par une simple manifestation commune, aurait eu, dans le contexte actuel breton, une dynamique politique telle que les organisations ouvrières aussi s’en méfiaient.

Du reste, les paysans travailleurs s'interrogent aujourd'hui sur l'attitude des centrales ouvrières qu'ils découvrent peu à peu à travers leurs luttes.

Et s'ils ont toujours nourri vis-a-vis des directions CGT une méfiance qui n'était pas dépourvue d’anticommunisme, ils ont constaté cette fois que la CFDT n'était pas non plus cette centrale révolutionnaire à laquelle certains ont cru ! Mais précisément ces découvertes ne doivent pas conduire le mouvement au repli sur ses propres forces qui signifierait un repli sur le corporatisme.

Aujourd’hui, il est clair que les paysans travailleurs du Finistère par exemple, ne peuvent plus progresser sans effectuer une analyse précise de ce que sont les organisations ouvrières et de ce qu’elles veulent. Mais ces analvses ne peuvent s'effectuer simplement à partir du cadre des groupes « paysans en lutte » qui demeure un cadre professionnel. Il est clair qu'elles supposent un cadre organisationnel qui embrasse tous les secteurs d'activité et qui ne peut être que directement politique. C’est pourquoi la Ligue, si faible que soit encore son développement a un rôle et des responsabilités croissants dans les luttes que mènent aujourd'hui les travailleurs bretons.

ans dans la lutte de classes

4) Resiluer les pa

a) pas des salariés La spécialisation poussée des paysans bretons, la division du travail qui s'est opérée ces dernières années dans la production laitière, ont créé les bases d'une concentration énorme de capitaux en aval des paysans,

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qui pour beaucoup, dépendent étroitement des entreprises de transformation. Ceci a conduit certains groupes de «Paysans en lutte» à théoriser abusivement cet aspect particulier de l'exploitation des paysans, en considérant ceux-ci comme des salariés d’entreprise. Plus justement, d'autres militants se considèrent comme travailleurs à façon, car s'il est vrai que de plus en plus, cerlains paysans sont dominés économiquement, dans la mesure où leur capital est fonction des prèts du Crédit Agricole, il n’en est pas moins vrai qu'ils mettent en œuvre des capitaux importants, qui leur seront acquis, une fois remboursés (12).

Ce qui, fondamentalement distingue la classe ouvrière. c'est la coupure définitive qui existe entre le travailleur et les moyens de production, privant par là même celui-ci de toute décision sur la destination de son travail. Or, très peu de paysans sont entièrement intégrés (en production de veaux, volailles où porcs) par les firmes dont ils utilisent le matériel. La plupart du temps, les agriculteurs restent maîtres d'effectuer telle ou telle spéculation qui leur paraît rentable et d’écouler leursproduitspar tel ou tel canal qu'ils jugent intéressant. Du reste. Un certain nombre de producteurs de lait, où dé pores. qui tra aillent étroitement avec une entreprise de transform sise ne se considèrent nullement comme des salariës, et pour cause ! Leur situation leur permet même d'effectuer de substantiels bénéfices pourvu qu'ils disposent d’une exploitation suffisamment vaste et rentable.

Et ceci montre bien que si les FAX svmbolisent aux yeux des producteurs Pezploitation capitaliste ,ulles ne sont effectivement que lux des lieux où les paysans sont confrontés à l’ensemble du système capitaliste (par le biais des lois du marché).

Cec: doit être souligné, car certaines analyses développées par des paysans travailleurs, qui s'efforcent de

montrer et même de chiffrer «la régression de l'agriculture » au miveau de ses rapports avec les I. . Ont un contenu politique bien précis: de la bataille sur le Fe du lai objectif à court terme) à la nationalisation des ?.4.A.. elles induisent une stratégie réformiste qui risque dé masquer :

d'une part les oppositions de classe qui existent au sein de la paysannerie elle-même (y compris des régions d'élevage) - d'autre part, le fait que ces IL.A.A. ne constituent pas une excroissance de la soci industrielle qui

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vient «pomper » l’agriculture, mais une des expressions du système, qui, tout entier, organise l’exploitation des petits paysans en suscitant la promotion des gros producteurs.

b) Une lutie directement politique

Ce qui fonde, aujourd'hui, l'exploitation d’une majorité de petits paysans, c'est la possibilité qu'a la bourgeoisie, de limiter le nombre des agriculleurs sans que diminue pour autant la production agricole, qui, dans bien des secteurs a atteint un stade de surproduction relative, par rapport aux besoins solvables.

Ce n'est pas pour elle un choix entre plusieurs voies

possibles. Ce sont ses intér

poussent : — nécessité de limiter des crédits qui constituaient autant de capitaux indisponibles pour l’industrie — nécessité d'obtenir des produits alimentaires à meilleur marché pour limiter d'autant la hausse des salaires ou faire consommer davantage de produits industriels par les salariés.

ts les plus pressants qui. lv

Ainsi, après avoir assis pendant longtemps son pouvoir sur la misère des paysans que l’on encourageait à rester à la terre, voilà maintenant que la bourgeoisie, délibérément, vide les campagnes, sans plus se soucier d'assurer aux « mutants » une reconversion acceptable. A dire vrai, elle ne le peut, ni ne le veut, car ces nouveaux chômeurs constituent une masse de manœuvre intéressante pour peser sur les salaires de la classe ouvrière.

Il est par conséquent utopique de croire aujourd” hui que

l'on pourra, par des pressions ou même des manifestations massives, obtenir de la bourgeoisie une meilleure organisation des marchés, un soutien hiérarchisé pour les productions animales ou auires choses de ce genre, car ces revendications heurtent de plein fouet une politique bien définie et quoi qu'en disent les dirigeants corporatistes, très cohérente. Ainsi, toute lutte des producteurs pour améliorer leur sort, toute lutte de survie se heurte non pas à quelques industriels, mais à l’ensemble du capitalisme européen. C'est en particulier ce qui explique que la grève des producteurs de lait, aussi massive, aussi déterminée fut-elle, ne pouvait, seule, aboutir à des résultats importants, car elle constituait de fait une remise en cause de cette politique.

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La bourgeoisie n'abandonnera pas d'elle-même une politique qu'elle a, de son propre intérêt, déjà trop tardé à appliquer, sans y être contrainte d’une façon décisive. Seule la crainte de perdre le pouvoir peut lui faire renoncer à ses objectifs. C'est pourquoi, plus que jamais, l’unité d'action de tous les travailleurs est nécessaire pour la faire reculer d'abord, pour l’abattre ensuite.

en . guise de conclusion

VERS

UN MOUVEMENT PAYSAN ANTICAPITALISTE DE MASSE !

Pour toutes les raisons que nous venons de voir, il serait vain et néfaste de laisser croire aux petits paysans qu’une augmentation des prix suffira à garantir leur survie en tant que petits producteurs indépendants.

Nous ne croyons pas pour autant que les paysans se mettront spontanément en lutte pour le renversement de la bourgeoisie. Il est fort probable au contraire que les futures luttes paysannes seront à l’image de cette grève du lait et démarreront sur des objectifs limités qui traduisent la volonté de survie des petits paysans. Mais ces mouvements, s’ils sont menés de façon conséquente, constitueront de fait une remise en cause des plans de la bourgeoisie.

C’est pourquoi, il serait vain.de laisser s’enfermer les actions dans un jusqu’au boutisme corporatiste qui ne peut aboutir qu’à une impasse, et laisserait les petits paysans profondément désemparés et disponibles pour toutes les tentatives poujadistes.

Les paysans travailleurs devront au contraire se saisir de ces actions pour éduquer, faire progresser le niveau de conscience des paysans en leur montrant la nécessité de l'unité d'action avec la classe ouvrière. Cela pourra se faire d’abord à travers les formes de lutte qu'ils préconiseront et

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éventuellement à travers des revendications autonomes qui couperont la masse des petits paysans, des gros producteurs.

Mais cela ne sera possible qu’à la condition de mener conjointement la construction d’un mouvement paysan de classe, qui rompe organisationnellement avec toutes les structures corporatistes. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faut, dès aujourd'hui, abandonner tout travail dans les unions cantonales de S.E.A. Mais cette présence elle-même doit être subordonnée aux objectifs à plus long terme. Par les perspectives qu'ils apportent, les comités de défense des producteurs éliminent d’entrée leur prise en charge par les gros producteurs. {ls constituent d'ores et déjà un des moyens de construction de ce futur mouvement anticapitaliste de masse. C'esl pourquoi la tâche prioritaire, aujourd'hui, est de créer, autour de chaque entreprise, coopérative ou privée, de tels comités de producteurs.

Renforcer, structurer, coordonner ces comités, telle est la tâche de l'heure.

notes

(1} Industriels Agro Alimentaires : ici, les industries de transformation.

(2) Dans la limite imposée par la fourniture des matières premières évidemment, comme pour toute production industrielle.

{3) Surface Agricole Utile

(4) Coopératives laitières

(5) Fédération depuis plusieurs années opposée à Debatisse ; animée par les Paysans en Lutte.

(6) Dans certains départements, le lait est payé en fonction de la qualité bactériologique. La qualité C correspond au plus grand nombre de germes

(7) Sclon les statuts mêmes de la FNSEA

(8) Cette pratique, courante au PSU, en raison, de l'inexistence d'une stratégie cohérente de ce parti, s'est récemment traduite par un affrontement entre une majorité de la DPN et Lambert, celui-ci voulant laisser le pouvoir de décider des orientations à la commission agricole (« les spécialistes ») et non à la DPN.

(3) 25 ha, dont 17,6 de surface fourragère ; 29 vaches donnant 3.500 L. de lait/an

(19) primes exclues

(11) Unité Gros Bovin

(12) Un des dictons les plus connus en agriculture, c'est « Vivre pauvre, pour mourir riche ».

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Un comité de soutien à Brest

| à comité de soutien aux cultivateurs en lute s'est constitué avec des militants du CDJA, du PSU, de la Ligue Communiste et de nombreux inorganisés. || assure des distributions de tracts expliquant la grève des petits producteurs de lait. II aide à la distribution de lait au prix coûtant dans les cités ouvrières et il prépare un meeting.

Nous publions ci-dessous un de ses communiqués.

« L'action des paysans ces jours derniers bloquant toute la production du lait a des répercussions sur l’approvisionnement de la ville. Du même coup, les citadins sont directement concernés. Nous ne revenons pas à l'analyse de la situation faite notamment par les tracts paysans et la presse. Nous lançons un appel à la création d'un comité de soutien des paysans, car la lutte qu'ils mänent est aussi importante pour l'avenir de la région que la récente grève du Joint-Français, à St Brieuc. Le poids de la solidarité sera aussi important pour leur victoire.

Depuis un certain temps, les paysans soutiennent les actions ouvrières (prises de positions et distributions de produits). De plus, ils supportent les conséquences des luttes ouvrières (coupure de courant interdisant la traite électrique, arrêt du téléphone freinant les liaisons entre paysans dans l'action). À leur tour, ils ont besoin de l'appui des travailleurs de la ville. Les prix du lait et des produits laitiers augmentant à la consommation et le prix du lait baissant à la production, la différence va aux in: dustries de transformation et de distribution qu'elles soient privées ou coopératives. Les paysans et les travailleurs des entreprises sont exploités ensemble, ils doivent lutter ensemble. 4

Le comité de soutien dont nous prenons l'initiative regroupera tous ceux membres d'organisations ou non qui désirent apporter leur aide concrète. Les organisations familiales, de jeunes, culturelles, syndicales ou politiques qui veulent manifester leur accord avec les paysans en

lutte peuvent apporter leur soutien à la constitution du.

comité. »

« Réunion de constitution du comité de soutien aux Paysans, aujourd‘hui lundi 29, à 18 h 30 à l'OJC, rue Lamotte-Piquet.

Nota.— une garderie d'enfants est prévue ».

Signataires : Jeanne Roudaut, mère au foyer : Francis Marc, salarié de l'arsenal ; René Corre, aumônier ; Angèle Gasparuto, mère chef de famille ; Jacques Pouliquen, employé au port de commerce ; Michel Le Signur, salarié Cabasse } Pierre Raoul, salarié Thomson CSF ; Jean-Louis Ée Bars, salarié Thomson CSF; Jean-Yves Lucas, étu-

liant.

(ealso/s) 091] u ana supp vmro

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document rouge n' 19

ligue communiste |

10, Impasse Guémémée, Paris 4e

prix 2f Supplément à Rouge n*161 Typofset

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