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Documents Rouge

Les lycéens et la grève du Joint

Documents Rouge, 6 mai 1972 · 7 062 mots

Sommaire (d'après RaDAR)
  • Pourquoi cette brochure ?
  • La grève
  • solidarité !
  • interview d’une lycéenne
  • interview d’un gréviste
  • en guise de conclusion
  • annexe : tracts distribués par les lycéens pendant la grève

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POURQUOI

CETTE BROCHURE ?

Cette brochure ne prétend pas retracer en détail la grève des ouvriers du Joint Français. Ce travail fera l'objet d'une autre brochure. Y sera analysé ici l’un des aspects les plus intéressants qui auront entouré cette grève : la solidarité ‘active des lycéens avec la classe ouvrière en lutte.

La radicalisation de la jeunesse lycéenne ne se manifeste pas seulement lorsque l'arbitraire policier touche un jeune lycéen, arrêté et maintenu en prison injustement (affaire Guiot), ou lorsque le pouvoir tente de limiter la liberté d'expression dans les établissements (circulaire Guichard). L'une de ses autres manifestations se jévèle dans la solidarité effective des lycéens avec les luttes de la classe ouvrière : c'est moins spectaculaire qu'une manifestation de rue ou qu'une grève de lycée, on en parle moins, mais la signification de tels gestes est énorme et revêt un intérêt politique considérable.

Lors de l'affaire Guiot, cette solidarité s'était manifestée de façon éclatante : la coordination des comités de grève, après une collecte effectuée sur tous les lycées parisiens, récoltait plusieurs centaines de milliers de francs, somme qu'une délégation apportait aux grévistes des Batignolles.

Ce geste prouvait que le mouvement lycéen, en pleine lutte, était conscient qu'il ne se battait pas seul, pour ses propres intérêts, mais que, sous d'autres formes, pour d'autres objectifs, c'était en définitive le même combat que menaient les ouvriers ASS des Batignolles et les lycéens parisiens.

Aujourd'hui, la solidarité lycéenne s'est organisée localement avec les ouvriers grévistes du Joint Français.

Cette solidarité a joué un rôle très important : — pour briser l'isolement de la grève, isolement dont le patronat ne pouvait que tirer profit, — pour organiser le soutien financier aux grévistes (collecte dans les lycées, sur les marchés, chez les enseignants), — pour participer massivement aux manifestations ouvrières en Milenent les mots d'ordre les plus combatifs et les plus dynamiques, le tout étant de créer un rapport de force qui soit favorable à la lutte et puisse lui permettre de résister au chantage du patronat.

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DEVANT L'INTRANSIGEANCE PATRONALE, RIPOSTE OUVRIERE !

L'usine du Joint Français qui emploie un millier d'ouvriers (dont 60 % de femmes) et fabrique des joints en caoutchouc, fait partie du trust CGE (Compagnie Générale d'Electricité), sixième groupe industriel français par le chiffre d'affaire.

Dans cette usine, les ouvriers subissent une exploitation qui prend des proportions effarantes : 47 heures de travail par semaine pour 850 F par mois, des salaires différents pour le même boulot. Par rapport à l'autre usine du Joint Français, l’usine-mère de Bezons, dans le Val d'Oise, les salaires sont inférieurs de 13 à 14 % en moyenne, le personnel respire du matin au soir des produits toxiques, dans des conditions de travail très dures.

Devant cette situation, les mouvements revendicatifs se sont développés et se sont heurtés à l'intransigeance de Donnat, le patron de la boite.

Comble du cynisme, Donnat affirme, sanglots dans la voix, que s'il accepte les 70 centimes de l'heure d'augmentation que réclament les ouvriers, son entreprise fera faillite, qu'elle est déjà au bord du gouffre, etc. Autant de mensonges quand on sait que la CGE a vu son chiffre d'affaire dépasser 10 milliards de francs et que son PDG, Ambroise Roux, est viceprésident du Conseil National du Patronat Français qui n'a pas l'habitude de nommer à sa tête des grands patrons de boites « au bord de la faillite » !..

LA RIPOSTE

Le vendredi 10 mars, les ouvriers du Joint Français votent à bulletins secrets LA GREVE ILLIMITEE AVEC OCCUPATION, sur les revendications suivantes :

— 0,70 F de l'heure pour tous — une heure de travail en moins sans perte de salaire — une prime de transports de 30 F pour tous.

Quand Donnat arrive le lundi matin, il retrouve « son » usine occupée par les travailleurs.

Aux grandes causes les grands remèdes : Donnat assigne devant le tribunal les délégués syndicaux et obtient d'un jugement en référé l'évacuation de l'usine,

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Le vendredi 17 mars, LES FLICS, armés, bottés, casqués, envahissent l’usine et en expulsent les travailleurs.

Détail pittoresque : d'où viennentils, ces vaillants défenseurs de l'ordre? Ils arrivent tout droit de Vannes, ville dont le maire est un certain MARCELLIN, grand pourfendeur de subversion mondiale, nationale et. locale ! Que ne ferait-on pas pour sauver l'Occident chrétien ? !

DE NOUVEAUX ETUDIANTS

D'autre part, il y a peu, le Syndicat National Autonome des profs d'extrême-droite se plaignait que les écoles et les lycées soient aux mains des gauchistes, qui en font des lieux privilégiés de politisation.

Mais il y a au moins une exception en France, c'est l'Ecole d’Horticulture de Saint Ilan, à Langueux (tout près de St Brieuc) où se sont installés les potaches à matraque de Marcellin !

L'école a tout simplement été réquisitionnée : empêchant le « fonctionnement normal d'un service public » et « empêchant par la force les cours de se tenir » Marcellin et ses CRS, Debré et ses gardes mobiles devraient, en toute logique, voir s'appliquer sur eux la loi anti-casseurs et la circulaire Guichard ! On attend...

DEVANT LES BANDES ARMEES DU CAPITAL, AUTODEFENSE OUVRIERE !

Le lundi 20 mars, les grévistes présents voient sortir les flics pour préparer une éventuelle rentrée des jaunes. Îls s'organisent alors : des chaines sont constituées devant les flics, des prises de parole de militants expliquent aux flics le rôle de briseurs de grèves que leur font jouer le pouvoir et le patronat, montrent aux travailleurs comment la classe ouvrière ‘doit s'organiser pour ne pas laisser chaque ouvrier, individuellement, fragile devant la répression.

Les slogans fusent alors :

« On ne travaille pas avec un fusil dans le dos ! » « Le Joint St Brieuc, c'est l'Espagne ! » à

Mais les « travailleuts à godasses cloutées » semblent mal supporter l'usine. Ou parce qu'ils s'ennuient de ne rien faire, ou parce que ce sont vraiment des assassins en puissance, ils commencent à s'amuser avec leurs lance-grenades : ils touchent en plein front une gréviste qui sortira de l'hôpital avec 7 points de suture sur le visage ! (vendredi 7 avril).

UN GROS PAVE DANS LA MARE

Même si les soudards de Marcellin ont la gâchette facile, cela ne veut pas dire que patronat et pouvoir sont prêts à faire n'importe quoi : en effet, cette grève tombe juste dans la campagne du referendum, et cela n'est pas indifférent.

Pour le pouvoir, il s'agit d'éviter les fausses manœuvres qui seraient susceptibles de faire perdre des OUI à Pompidou. Or les gaffes se sont accumulées : le tir de grenades sur les ouvriers, l'occupation de l'usine par

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les flics indignent la population, ainsi que la brutale réquisition de l’école libre de St Ilan qui heurte toute une frange de la population catholique.

Ainsi, progressivement, le pouvoir va tenter de marquer ses distances par rapport au patronat du Joint Français : un tract UDR, juste un peu opportuniste, mais referendum oblige, estime justifiées les revendications des ouvriers et un éditorial de La Nation (journal de l'UDR) taxera d'inadmissible l'attitude du patronat...

Ces déclarations prouvent la profonde sympathie de toute la population de St Brieuc avec les grévistes, qui force l'UDR à prendre de telles positions, sous peine de se retrouver toute seule à soutenir les flics quand toute la population soutiendrait les grévistes.

Mais ce que la démagogie de ces crapules oublie, ou essaie de faire oublier, c'est que les flics, à St Brieuc, ils ne sont pas venus tous seuls. Ils sont disciplinés, ces gens là. On leur a ordonné. Et ce « on », c'est Marcellin ! Et c'est Debré !

Ainsi l'UDR se trouve dans la difficile situation de faire croire que le pouvoir n'est pour rien dans la grève et même qu'à la limite il serait plutôt favorable aux grévistes, quand ce même pouvoir envoie ses flics occuper l'usine et tirer sur les ouvriers. A part çà, « le gouvernement n'est pas responsable » !

Pour les dirigeants du PCF, la chose est entendue depuis longtemps.: c'est dans les urnes que se joue le sort des travailleurs, c'est en votant qu'ils feront la preuve de leur force.

Pour mener à bien les campagnes électorales, il leur faut un « climat de paix sociale », susceptible de ne pas effrayer les électeurs hésitants.

La grève du Joint tombe donc comme un cheveu sur la soupe électorale, et les militants du PCF dans la CGT mettront perpétuellement en garde les ouvriers « contre les provocations ».

« Nous ne mobiliserons pas pour n'importe quoi » « Il ne faut pas mettre d'illusions dans la tête des gens », déclare Robert Daniel (CGT).

Le «n'importe quoi» en question, c'est seulement faire reculer le pouvoir |

Pour les révolutionnaires, la grève du Joint prend une signification symbolique :

— symbole de la lutte de classes qu'aucun marchandage électoral ne saurait arrêter,

— symbole d'une combativité ouvrière nouvelle qui se moque bien du referendum-bidon et arrive à forger une solidarité militante avec l'ensemble de la population laborieuse.

Les révolutionnaires sur l’entreprise, les lycées, les marchés de la ville, organisent, semaine après semaine, la solidarité politique et financière sans laquelle, à coup sûr, le patronat aurait pu gagner l'épreuve de force qu'il avait engagée. ’

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Il. SOLEDARITE !

jeudi 16 mars

Une coordination des lycéens décide la constitution d'un comité de soutien des lycéens.

Le soir, sur initiative de la Ligue Communiste, un comité de soutien sur la ville se constitue. Il regroupe : la Ligue, le Parti Socialiste, le PSU, le CDJA et la FNSEA (organisations paysannes), les Amis de Politique- Hebdo, les comités lycéens, le Foyer des Jeunes Travailleurs de Paul Bert. Quant au PCF de St Brieuc, il refuse de s'associer au comité de soutien et « appelle les travailleurs à la plus grande vigilance, à rejeter toutes les tentatives de substituer à leurs revendications les mots d'ordre et les formes d'action à caractère aventuriste qui riqueraient de les diviser et de les isoler face à l'opinion publique, à faire preuve de sang-froid et de calme dans la poursuite de leur action ».

Un tract sort dans les lycées. Une Taupe Rouge fait le point de la situation sur le Joint. vendredi 18 mars

Un tract sort, accompagné d'affiches. Des collectes sont prévues pour le week-end : elles rapporteront 300.000 AF. lundi 20 mars

Une vingtaine de voitures arrivait avec une première livraison gratuite de produits agricoles. André Etevve, de la FNSEA, apporte le soutien des paysans. mardi 21 mars

Des débrayages massifs se produisent dans toutes les entreprises de la région. Une manifestation de 6000 participants marque sa solidarité avec les grévistes devant le siège du CNPF. A la fin de cettè manifestation, 250 lycéens de Vau Meno rentrent jé a au lycée pour protéger les internes de la répression.

Les collectes se poursuivent, l'argent afflue, recueilli par le comité de soutien et par l'Intersyndicale (CGT-CFDT-FO-FEN).

La mairie PSU procure aux grévistes des bons d'alimentation. jeudi 30 mars

Démonstration de plusieurs centaines de grévistes dans les rues de St Brieuc. 3

Pendant les fêtes de Pâques, PAS DE TREVE PASCALE ! mardi 4 avril

6 heures pour le Joint avec Paco Ibanez : près-de 700 personnes y assistent malaré la date peu favorable après 3 jours chômés.

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jeudi 13 avril

Après la nuit de séquestration ue: + . 12-6 avril) et les graves incidents avec les flics (là où une gréviste recevra une grenade dans la figure), le mouvement de solidarité s'accentue.

Au lycée Vau Meno , c'est l'opération «l'heure de salaire pour le Joint » : profs et pions décident de verser 10F par jour aux qrévistes.

Le jeudi, les lycéens organisent une journée de solidarité. Ils lancent une opération de « cartes de soutien » en ville, qui rencontre un large écho dans la population. 500 F sont collectés en deux heures malgré l'opposition des lycéens maoistes qui ont refusé de participer à la coilecte « parce que c'est un truc organisé par la Ligue »

Quand la collecte est finie, les lycéens des Cercles Rouges décident d'aller récolter de l'argent à « la grande boum » organisée par l'UNCAL à la salle des Fêtes de la place Robien. .

Les lycéens des Cercles Rouges arrivent et cela crée une certaine gêne. D'abord, parce qu'en fait de grande boum, il n'y a qu'une vingtaine de participants qui n'ont pas l'air spécialement pleins d'entrair ns doute les lycéens avaient-ils d'autres préoccupations ce jeudi après-midi que d'aller danser autour d’une bouteille de Coca-Cola ! Ensuite parce que nos camarades parlent à la JC de l'attitude du PCF et de la direction de la CGT de St Brieuc. Les JC ne répondent qu'un piteux « on n'est pas au Courant » qui détermine un de nos camarades à prendre le micro et : expliquer le sens de la grève. Finalement, les militants de la JC et de l'UNCAI diffuseront dans la salle la carte de soutien. mardi 18 avril

Manifestation de plus de 12.000 participants

Il y aura 1500 lycéens de St Brieuc, regroupes derrière les ‘inderies «1 comité de soutien : 650 derrière celle de Vau Meno , 250 d: ‘1ère celle di Rabelais, 300 avec Chaptal, le reste avec Renan et ie CET des Villages.

Un fait à noter : les grévistes du Joint, partis de l'entreprise, prennent au passage les lycéens en grève de Rabelais et de Renan et ar'ivent avec eux sur la place Robien qui est déjà noire de monde.

Différentes autres initiatives suivront, parmi lesquelles on peut noter une compétition de hand-ball, un match de football payarts, en faveur du Joint, un meeting lycéen des comités profs-élèves le jeudi 27 avril.

Enumérer toutes ces initiatives donne déjà un aperçu de l'ampleur du mouvement de solidarité. Sur sa réelle signification, deux nilitants nous ont expliqué ce qu'il fallait en penser.

Leurs explications ont été données à St Brieuc le dimancl # 29 avril sous forme d'interview | re vairi

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111. INTERVIEW

D ’ UNE LYCEENNE

M., militante de la Ligue Communiste au lycée Vau Meno

Q.— Peux-tu présenter rapidement les lycéens de St Brieuc et dire la nature des luttes lycéennes qui ont précédé la campagne de solidarité avec le Joint Français ?

R.— || y a quatre lycées à St Brieuc : deux lycées techniques, Vau Meno et Chaptal, et deux lycées classiques, Renan et Rabelais. || y a aussi un CET, le CET des Villages.

En gros, deux forces politiques principales interviennent sur ces lycées : a Ligue et les Cercles Rouges, d’une part (il y a un Comité Rouge à Vau Meno et un à Renan) et les GAL d'autre part ; les GAL, ce sont les Groupes d'Action Lycéens, animés par les maoistes de l'Humanité Rouge. Sur Renan, il y a aussi une apparition de la GR (Gauche Révolutionnaire, tendance maoisante du PSU), mais elle suit les GAL...

Il n'y a pas eu de mobilisation sur l'affaire Guiot. Mais, à peu près en même temps, une mobilisation importante a éclaté sur Vau Meno avec grève totale. Des gars avaient été surpris en train de faire le mur, et avaient été exclus. Le Comité Rouge avait développé une campagne sur, le thème «s'ils ont fait le mur, c'est parce que les conditions d'internat sont inadmissibles, etc», campagne qui avait rencontré un large écho, puisque tous les lycéens de St Brieuc avaient débrayé.

Je crois qu'on peut dire que cette lutte-là constitue les prémisses de la mobilisation d'aujourd'hui.

Il y a eu cette année une autre grève au CET des Villages qui a démarré sur les problèmes de la bouffe. Le CET a été fermé et, en solidarité, Vau

Meno s'est mis en grève. C'est important à noter, parce qu'oh peut voir qu’à plusieurs reprises la solidarité a joué à plein entre les lycéens. Il n'y avait pas de raisons pour qu'elle ne joue pas avec les grévistes du Joint.

Q.— Justement, cette solidarité prend des proportions énormes à St Brieuc et parmi les autres couches de la population les lycéens ont joué un grand rôle dedans. Quelles ont été les principales initiatives sur les lycées ?

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R.— Dès la première semaine, la Ligue et les Comités Rouges prennent l'initiative de créer des comités de soutien sur les lycées, en même temps que le comité de soutien s'organise au niveau de la ville. D'ailleurs, dans le comité de soutien de la ville, les comités lycéens sont représentés. Ils vont commencer une information sur la grève, préparant la mobilisation et la manifestation du mardi 21 mars : il y aura des affiches de collées, des AG réunies, des collectes organisées.

Le mardi 21 mars, la manif réunit 6000 participants, il y a 500 lycéens, surtout venus de Vau Meno

Ensuite, il y a les vacances scolaires. 11 y aura quelques lycéens lors de la mobilisation qui entoure la séquestration de la direction, mais la plupart ne seront pas là. Ceci dit, ils l'apprennent par la presse et la télé et quand ils rentrent ils sont bien décidés à poursuivre et à accentuer la solidarité. Loin d'avoir cassé la mobilisation, les vacances ont permis aux lycéens de se rendre compte de la portée nationale de la grève. ls rentrent et dès le jeudi

4 13 avril de grandes collectes sont organisées, on vend la carte de solidarité : 500 F nouveaux seront récoltés.

Cette collecte n'est pas assurée par l'ensemble des Run de soutien lycéens : les maos ont refusé au dernier moment d'y participer sous prétexte qu'il s'agissait « d'un truc fait par la Ligue ». Elle sera assurée par les Comités Rouges et quelques membres des comités de soutien qui n'ont pas suivi les maos.

C'est à peu près à ce moment là que vont se créer d'abord à Rabelais, puis à VauMeno des comités de soutien profs-élèves, alors qu'avant chacun faisait son boulot dans son coin.

Le mardi 18 avril, à la manif, il y a 12.000 participants et 1500 lycéens. Il y aura des débrayages massifs pour laisser les mecs aller manifester.

La propagande se poursuit. Jeudi 27 avril, il y aura un meeting des comités de soutien profs-élèves. On continue.

Q.— Quelle a été l'intervention spécifique des lycéens de la Ligue et des Cercles Rouges dans ces initiatives ?

R.— On a distribué plusieurs numéros de notre bulletin L'Antidote dans

lequel on exposait notre explication politique de la grève, ce qu'elle boule-

versait dans le contexte politique, etc. Et on appelait à renforcer les

comités de soutien. La Ligue a pris une part très active dans l’animation

des comités de soutien. Certains d'entre nous sont venus aider les copaire ; à distribuer la Taupe Rouge sur le Joint.

OQ.— Justement, quel a été l'accueil des travailleurs aux lycéens au cours des manifestations nar exemple ?

R.— Très favorable. A la première manifestation (21 mars), le cortège des lycéens a été très applaudi par les travailleurs, qui lançaient le slogan « les lycéens avec nous » ou « ouvriers, paysans, lycéens, même combat ».

Pour te donner un exemple encore plus probant, à la deuxième mani- ; festation, celle du 18 avrii, les travailleurs du Joint ont fait faire un détour à la manifestation pour passer devant Rabelais et prendre les lycéens au passage. C'est très significatif.

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‘ U+ Qu'est-ce que tu tires comme bilan de cette lutte et de la solidarité qui s'est fait jour dans les lycées ?

R- Je crois qu'il y a eu une élévation du niveau de conscience politique pour le mouvement lycéen local tout à fait extraordinaire, et avec lequel il faudra compter désormais.

C'est la première fois qu'une telle liaison s'opère avec les luttes ouvrières avec si forte participation.

Même s'ils n’expliquent pas tout, les lycéens se rendent compte que les problèmes qu'ils rencontrent, que les questions qu'ils se posent, les gens du Joint les posent aussi — autrement, évidemment, mais quand même.

Ils s'aperçoivent qu'ils ne sont pas tout seuls à lutter.

Et puis, tu sais dans la région les lycéens ne seront plus pris pour des petits rigolos qui sèchent les cours.

Le truc qu'on entend le plus souvent au Joint c’est « les jeunes sont avec nous ». Ça, c'est vraiment important politiquement.

Je crois qu'on vient de franchir une étape très importante dans la situation politique de la région, dans les rapports entre les différentes couches de la population, et en particulier entre ouvriers et lycéens.

Enfin, c’est pas fini : il faut continuer jusqu'à ce que le patronat cède. | est encore trop tôt pour tirer un bilan.

Saint-Brieuc Le 30 avril 1972

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IV. INTERVIEW

D’UN GREVISTE

R., ouvrier au Joint Français.

Q.- Peux-tu expliquer comment le mouvement a démarré ?

R.- Le début de la grève a été précédé de trois semaines de débrayage, une demi-heure par jour. La direction ne cédant pas, on a décidé la grève avec occupation le vendredi 10 mars, et la constitution immédiate d'un piquet de grève. Il y eut à peu près une trentaine de gars en permanence pour assurer la défense de la boîte.

Quand les flics se sont ramenés, vendredi 17, il n’y avait que 15 types. On. ne pouvait rien faire. Il n'y a pas eu de casse puisqu'il n'y a pas eu de résistance.

Après, tous les matins, on s’est retrouvés devant la boîte.

Q.- Que penses-tu de la solidarité de la population avec vous ?

R.-— Tu sais, on a surtout été très contents quand les paysans sont arrivés avec leurs camions. Et puis l’action des commerçants aussi. Et puis les lycéens. J'avoue n'avoir pas très bien suivi ce que les lycéens ont fait.

Q.- Tu les a vus aux manifestations ?

R.-Ah oui ! Les gars étaient d'accord, à la fin de la première manifestation, pour admettre que c'est les jeunes qui ont donné le ton au cortège. Ils étaient très dynamiques. À aucun moment il n‘y a eu d'opposition entre les ouvriers et les lycéens.

Q- Et le référendum, comment s'est-il passé ici ?

R.- Les ouvriers du Joint Français ne se sont absolument pas sentis concernés par le référendum. Nous c'est à l'usine qu'on se battait.

Q.- Que penses-tu de l'attitude de l'UDR par rapport à vous ? R.- C'est de la connerie ! Comme par hasard, une semaine avant le réfé-

rendum …

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Q.- Tu crois que ce qui s’est passé a changé profondément les choses dans la région ?

R. Oh là là, oui ! les relations seront toutes différentes.

D'abord entre les ouvriers. On ne se connaissait pas avant. prtnt, tu sais, quand on se bat ensemble !

Et puis, si on obtient gain de cause, on sera plus forts dès le dépait la

prochaine fois.

Tu sais, il faut pas seulement voir les problèmes du Joint. 11 y a les problèmes du chômage, il y le manque d'industrie.

Si les paysans sont venus avec nous, c'est parce qu'ils savent qu'ils seront nombreux à abandonner leur terre, et à affronter les problèmes des ouvriers. Cette liaison là elle est vraiment très importante.

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A l'heure où nous écrivons, la grève n'est pas terminée: Néanmoins, elle a déjà prouvé qu'une lutte ouvrière pouvait victorieusement faire face à une intransigeance patronale et gouvernementale si elle était soutenue par les différentes couches de la population, arrivant ainsi à rompre l'isolement, danger fatal pour toute lutte.

Dans cette mobilisation, la j jeunesse lycéenne a rempli le rôle qu'on était en droit d'attendre d'elle. Qu'un cortège lycéen soit acclamé par des ouvriers en lutte, voilà qui montre le succès de la solidarité lycéenne.

Evidemment, il ne s'agit pas pour nous de donner aux lycéens comme seul axe de lutte « servir le peuple ».

D'autres thèmes doivent être et sont abordés dans les lycées : de l'Indochine à la discipline intérieure, de la répression à la lutte anti-fasciste et anti-militariste,

Mais quand une lutte éclate, qu'elle prend valeur de symbole pour la classe ouvrière, qui lutte, comme pour le patronat, qui refuse de céder, alors, la tâche des lycéens est de montrer aux ouvriers en lutte que le terme solidarité n’est pas vide de sens.

Les lycéens de Saint-Brieuc l'ont fait avec le Joint Français,

partout où il le faudra, nous aurons à suivre leur exemple !

Michel Beauchamp. 1 mai 1972

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ANNEXE: TRACTS DISTRIBUES PAR LES LYCEENS PENDANT LA GREVE

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L'AUFIPOTE

Ce n'est qu'un début. continuons le combat

A L'INTRANSIGEANCE DES PATRONS, OPPOSER LA SOLIDARITE

Devant l’intransigeance de Donnat, son recours aux tribunaux et à la police au service des patrons ; il devenait nécessaire de répondre par un large mouvement de solidarité. Les patrons en tentant de briser la grève du JOINT veulent faire un mple. Ils redoutent certaines formes de lutte : la grève avec occupation des locaux, bloquant production, stogks et profits les amène rapidement à plier les genoux. Aux Moteurs Baudouin de Marseille, à Pennaroya de Lyon, à Gir el au Bourget, à la SA Paris à Nantes, ils font donner la police. Il est déc: pour l'avenir des luttes et des revendications ouvrières que soit mis un terme à cette escalade patronale. Le développement de la solidarité s’imposait donc, alors que l’intersyndicale appelait au soutien financier puis à des débrayages, les organisations progressistes (PSU, PS, CDJA, FDSEA, Amis de Politique Hate constituaient un comité de soutien popularisant les luttes des travailleurs du Joint dans toutes les couches de la population briochine. Il était nécessaire que dans ce mouvement de solidarité les lycéens prennent leur place dans la constitution de Comités de soutien lycéens, structure uni par laquelle doit passer la mobilisation des lycéens pour le soutien au Joint.

UNE PREMIERE VICTOIRE

Le meeting et la manifestation de mardi ont montré par l'importance des débrayages dans les usines, par leur caractère massif, que les travailleurs de St Brieuc entendaient faire de la lutte du Joint, la lutte de tous les travailleurs. Dans cette manifestation, les lycéens ont montré par leur participation massive et dynamique à l'appel du Comité de Soutien, qu'ils entendaient soutenir la lutte des travailleurs, qu'ils refusaient de voir se poursuivri i

NE PAS RELACHER NOTRE EFFORT :

La manifestation de mardi n'a cependant pas suffi à faire céder les patrons. Ceux-ci espèrent sans doute qu'à la faveur des vacances de Pâques, le mouvement de solidarité faiblissant, les travailleurs du Joint se retrouveront isolés. Les grévistes du Joint restent déterminés à se battre jusqu'à satisfaction.

Le patron ne pourra persister longtemps dans son refus de prendre en considération les revendications des travailleurs si la population reste entièrement solidaire. 11 ne faut pas que nous relâchions notre effort, tenons-nous mobilisés auprès des travailleurs du Joint, pour leur victoire, pour notre victoire : nous devons nous tenir prêts à répondre aux initiatives du Comité de Soutien.

FORT DE NOTRE SOLIDARITE LE JOINT FRANCAIS VAINCRA !

Comités Rouges Lycéens St Brieuc

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les patrons

COonsruisons noire victoire Surla mobilisa- Horn: réaqionale

LE POUVOIR, l'UDR, CONTRAINTS DE LACHER LEURS ALLIES !

L'importance de notre lutte inquiète le pouvoir. Ses porte-paroles locaux si prompts à voler au secours des patrons se trouvent contraints face au large mouvement d'opinion favorable à notre lutte de camoufler leurs réflexes antiouvriers, obligés de se désolidariser de leurs alliés naturels de crainte de disparaître politiquement sur la place. Les déclarations hypocrites et démagogiques de l’'UDR, parti des exploiteurs, ne nous trompent pas. Ils n'ont pas changé de camp en dénonçant les positions insoutenables des patrons de la CGE. Tout simplement, ils sont paniqués devant le mouvement de masse dont nous, travailleurs de la région, avons pris la direction.

LE MOUVEMENT DE SOLIDARITE DEBORDE LA REGION

Ce sont les 10.000 boîtes de lait distribuées par le Secours Catholique, les prises de position du CDJA et de la FDSEA invitant leurs militants à manifester mardi avec les ouvriers de la région . Ce sont les prises de position des sections CDJA, affirmant que l'ennemi est le même pour les paysans comme pour les travailleurs. L'unité se réalise dans la lutte contre les patrons et les pouvoirs publics, la grève du JOINT de ce fait prend une dimension extraordinaire. Les enseignants Ecole Emancipée et Rénovation Syndicale de la FEN appellent leurs camarades à constituer des Comités de soutien par établissement, sur le plan académique et à verser chaque jour une fraction de leur salaire. Aujourd'hui 13 avril, les lycéens du Comité de Soutien ont vendu à la population briochine des cartes de soutien au JOINT, qui ont été très favorablement accueillies.

POUR QUE CETTE SOLIDARITE MASSIVE DEBOUCHE SUR LA VICTOIRE, PREPARONS LA MOBILISATION DE MARDI 18 AVRIL

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Nous savoné que tout dépend la journée de mardi et de la façon dont nous la préparerons. Une conditi indispensable de la réussite, c'est avant tout l'unité syndicale appuyant la détermination des grévistes à voir aboutir leurs renvendications. Au moment où les perspectives de victoires apparaissent, nous devons nous efforcer de maintenir l'unité qui nous a gagné la solidarité de toute la population laborieuse.

D'autre part, un débrayage départemental à 16 heures mardi serait non seulement répétitif mais nous priverait de forces dont nous avons besoin pour faire de cette journée une démonstration de masse. Un grand nombre d'ouvriers, de paysans, de lycéens prêts à s'associer au mouvement en seront empêchés. En outre, si nous voulons que la panique du pouvoir et la peur des patrons débouchent sur une victoire pour le Joint, il faut donner à cette journée un caractère d'avertissement plus net. Frappons un grand coup. Nous avons réalisé autour du JOINT un tel mouvement de solidarité que la perspective d'une grève de 24h reconductible pourrait trouver certainement un

très large écho, auprès des ouvriers, des paysans, des enseignants, des lycéens et peut-être des quelques petits commerçants qui nous ont apporté leur soutien dans notre lutte. Le pouvoir recule face aux travailleurs et aux alliés qu'ils ont su gagner dans leur lutte. Le moment est venu d'opposer aux patrons le rapport de forces que nous avons créé pour assurer notre victoire. La solidarité ellent en Rp ares nous devons la concrétiser par une mobilisation régionale sans précédent, dans la journée de mardi qui devra être marquée par une grève de 24 h reconductible.

— LE POUVOIR AFFOLE LACHE LES PATRONS DE LA CGE !

— LES TRAVAILLEURS DE LA REGION REJOIGNENT PLUS NOMBREUX NOTRE LUTTE !

— MARDI 18 AVRIL, FAISONS DE CETTE MOBILISATION LA LUTTE D'ENSEMBLE DES TRAVAILLEURS ET DE LEURS

ALLIES. — PREPARONS LA GREVE DE 24 HEURES RECONDUCTIBLE !

Ligue Communiste Section de St-Brieuc

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6ème SEMAINE DE GREVE

Après cinq semaines de grève, la détermination des grévistes us intacte. Maigré l'intransigeance patronale, les tentatives d’intimidation (menaces de fermeture) et de division (lettres aux grévistes), les provocations policières, les travailleurs du JOINT tiennent bon, ce d'autant plus que la solidarité de la population de la région ne cesse de se renforcer, comme le prouve la multiplication des comités de soutien sur la région (Rennes, Brest, Morlaix, Lannion, Loudéac...). Même au niveau national, la solidarité se développe.

MARDI, UNE JOURNEE DECISIVE

La journée de mardi doit marquer un nouveau pas dans ia mobiisauui: ue la population :

— Toutes les entreprises de Saint-Brieuc et du département débrayeront — les paysans seront à, de nombreux cars sont prévus. — les enseignants manifesteront ; les militants des tendances révolution naires Ecole Emancipée et Rénovation syndicale au sein de la FEN on appelé les enseignants à développer la solidarité sur la région. — nous aussi nous prendrons une part active dans la mobili-ation.

RENFORCONS LES COMITES DE SOUTIEN LYCEENS

Les comités de soutien lycéens doivent dès aujourd’hui préparer la mobil: sation de demain, organiser des débrayages massifs, faire en sorte que la majorité des lycéens viennent à la manifestation apporter leur soutien aux travailleurs du JOINT. Les comités de soutien existent maintenant dans tous les établissements. Ils demandent cependant à être renforcés. Pour cela il importe qu'ils soient tous de véritables structures unitaires où tous ceux qui veulent soutenir le JOINT se retrouvent. Certes les me reg des organisations révolutionnaires et progressistes y prennent une part active, cependant il nous

. faut éviter d'en faire un forum où s’affronteraient les militants des différente: Eat Le rôle du comité de soutien est d'organiser le soutien le plu large pour la victoire des travailleurs du JOINT et non pas de se préoccuper di Labs de telle ou telle organisation dans la lutte. Ces débats devront avoir lieu après la grève, pour le moment il< ne peuvent que nuire à l'efficacite de notre soutien

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Renforcer les comités de soutien, c'est opérer partout où cela est possible, la jonction avec les enseignants rassemblés dans les comités de soutien. Rabelais avec un comité de soutien profs—élèves nous montre la voie.

POUR PREPARER LA MOBILISATION DE MARDI

Des réunions de comités de soutien doivent se tenir lundi ; prenez contact avec les militants de ces comités pour y participer et préparer la mobilisation. Les débrayages doivent être organisés avec soin pour être massifs et éviter la répression. |! faut discuter la possibilité de cortège lycéen.

— Rénforçons les comités de soutien

Unité enseignants—enseignés Tous unis, nous ferons céder _la CGÉ — Ouvriers, paysans, lycéens : solidarité !

VICTOIRE POUR LES PEUPLES D'INDOCHINE

Incapables de faire front sur le terrain à l'offensive du FNL, l'impérialisme américain a entrepris des bombardements massifs sur l'ensemble de la péninsule indochinoise ; Hanoï et Haïphong ont été bombardées samedi. Les prochaines semaines seront décisives pour l'avenir de la révolution indochinoise, A l'appel du Front Solidarité Indoch 10.000 personnes ont manifesté samedi à Paris pour protester contre l'agression impérialiste. Cette

ine doit être, à l'appel du National Peace Action Coalition, une semaine de mobilisations internationales pour la victoire des peuples indochinois. Face à l'agression impérialiste, même si nos comités FSI ont dû suspendre leurs activités pour que toutes les forces soient utilisées dans les actions de solidarité au Joint, nous devons nous tenir prêts à nous mobiliser pour répondre à tout nouveau pas dans l'escalade des bombardements.

Comités Rouges Lycéens. Ligue Communiste

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la dernière manche:

TOUTE la RÉGION mar di ENG TEVE Cbraengms mate «TUE. “grec HOUS

CA DEPASSE TOUT CE QU'ON POUVAIT PREVOIR !

Le mouvement de soutien qui se développe autour de notre grève dépasse tout ce qu'on pouvait prévoir :

— que samedi, paysans, ouvriers et enseignants aient à Morlaix collecté plus d’un million pour soutenir notre grève.

— que vendredi soir au meeting de la Ligue Communiste ‘à Paris, dans la salle de la Mutualité après qu'un camarade ait présenté notre lutte devant plus de 3000 militants, une collecte ait rassem 20.000 francs.

— que les Comités de soutien se multiplient dans toutes les localités avoisinantes ;

Tout cela montre bien que notre lutte rencontre un écho extraordinaire chez tous ceux qui doivent se battre comme nous contre les grands patrons et leur pouvoir.

Tous ceux qui nous rejoignent dans la lutte le font bien sûr par solidarité mais aussi parce que la plupart, ouvriers, petits paysans et commerçants, enseignants, jeunes des lycées et des facs ont les mêmes raisons de se battre contre les mêmes patrons et le même pouvoir. Et ils découvrent que c'est bien comme nous l'avons fait qu'ils faut « parler » au patron et au pouvoir :

Nous sommes ainsi en train d'embourber les maîtres de la CGE et le pouvoir dans un mouvement national.

TOUS EN GREVE ET DANS LA RUE MARDI !

Mardi ce sont des milliers de travailleurs et de jeunes décidés à se battre comme nous contre les mêmes patrons et le même pouvoir qui seront avec nous en grève et dans la rue. Avec ces milliers de travailleurs, nous pouvons Organiser une démonstration de force autour du Joint. Il est clair que nous ne viendrons pas jouer à la gueguerre avec les flics qui se sont enfermés dans l'entreprise et ceux qui peuvent arriver de l'extérieur : mais nous viendrons présenter aux milliers de travailleurs qui nous soutiennent la réponse des patrons à nos revendications, la scandaleuse occupation de l‘usine par les garde-mobiles. Nous viendrons montrer aux patrons et aux gardes-mobiles, le prodigieux rapport de force que nous avons développé. Et que ces messieurs sachent bien que notre manifestation sera organisée contre les provocations policières et que nous saurons nous défendre.

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UN NOUVEAU POINT DE DEPART

Cette journée ne sera pas un feu de paille : c'est la semaine de la dernière manche. Nous brandissons avec les autres travailleurs contre la CGE et le pouvoir deux armes :

— cette journée de mardi doit être le point de départ d’une grève reconductible sur toutes les entreprises régionales : les patrons se moquent des petits débrayages. Ils ne peuvent pas supporter une grève générale régionale qui

erait rapidement le trust CGE.

— Le Joint illustre bien la politique des patrons et du pouvoir excellent exemple de la surexploitation ouvrière et du gaspillage cal référendum est le piège grossier que Pompidou nous tend pour nous faire oublier notre exploitation, nos revendications et nos luttes.

du plébiscite de Pompidou mais celle de la ux luttes ouvrière: JOINT.

Voilà les objectifs que nous devons discuter en assemblée de grévistes.

Voilà les perspectives que notre Comité de grève doit proposer à l'Intersyndicale et à toutes les organisations prêtes à appuyer notre lutte:

QUI À LA GREVE GENERALE REGIONALE !

OUI A LA SEMAINE NATIONALE DE SOLIDARITE AU JOINT CONTRE LE PIEGE DU REFERENDUM DE POMPIDOU

Ligue Communiste — Saint Brieuc

17 avril 1972

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UN COMITE DE SOUTIEN LYCEEN PREMIERES ACTIONS DE SOLIDARITE

Hier 17 mars, après l'annonce de l'occupation du JOINT FRANCAIS par les CRS, deux assemblées générales se sont tenues respectivement au VAU-MENO (avec 500 élèves) et à RENAN (avec 150 élèves). Les lycéens ainsi réunis ont marqué leur solidarité avec les grévistes du JOINT. Ils ont d'ores et déjà organisé une collecte de même qu'à RABELAIS.

Les premières initiatives doivent se renouveler et s'amplifier dans tous les lycées et dans le reste de la ville.

ORGANISER LA SOLIDARITE

Un comité de ville regroupant de nombreuses organisations politiques, s'est créé pour organiser collectes et actions de solidarité. De même sur les lycées un COMITE DE SOUTIEN s'est créé et a une réunion : SAMEDI 18 MARS À 14 H. CASERNE CHARNER Pour organiser le soutien au Joint sur les lycées

COMITE DE SOUTIEN LYCEEN

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Dès aujourd'hui en assemblée générale, discutons ensemble de la solidarité que les lycéens vont organiser pour soutenir la lutte des tri leurs du Joint Français.

Les grévistes du Joint Français ne doivent pas rester seuls face aux CRS. L'intervention des flics contre la lutte et les revendications des grévistes doit déclencher un vaste mouvement de solidarité de tous les travailleurs et lycéens de la région.

Tenons-nous mobilisés, prêts à appuyer toutes les actions de soutien qui

seront organisées. COMITES DE SOUTIEN LYCEENS

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© OUVRIERS, LYCEENS, CET, LA RNFIDOTE SOLIDARITE JUSQU'A LA VICTOIRE MARDI, À SAINT BRIEUC : MIEUX QU'EN 68

L'extraordinaire mouvement de solidarité qui s'est développé depuis six semaines a donc débouché sur la plus grosse manifestation de rue que St Brie: connue. Ce sont 1.500 à 2.000 lycéens et apprentis des CET qui se sont joints à la mobilisation. C'est la plus forte mobilisation de soutien à une grève ouvrière qu'ait connue le mouvement lycéen.

Cependant, cette démonstration de force des travailleurs et jeunes de la région aurait pu être encore plus déterminante si la manifestation avait eu un objectif plus clair: se rendre au JOINT, montrer à 12.000 manifestants comment le patronat fait respecter son ordre.

Face aux échéances électorales du référendum, le pouvoir aurait regardé à deux fois avant de faire donner ses flics contre les 12.000 manifestants : la situation politique « pré-référendaire » et l'ampleur de la mobilisation permettaient tout autre chose qu'une marche vers la m: Si nous nous étions rendus au JOINT, nous pouvions à 12.000 montrer aux patrons et à leurs flics comment nous avions retourné contre eux leur intervention policière. Et nous les obligions à terrer leurs « bandes armées » sous peine d'être confrontés à un affrontement de masse insupportable en cette période pour le pouvoir. Mardi, nous pouvions à 12.000 faire la preuve des capacités de résistance de la classe ouvrière et des jeunes.

C'est en montrant sa force qu'on dissuade la répression, toute faiblesse devant la répression la favorise, si le JOINT bénéficie d’un tel mouvement de

solidarité, c'est qu'il apparaît comme le banc d'essai de l'offensive des patrons et du pouvoir contre la nouvelle combativité ouvrière. Pour protéger leur intérêt et leur ordre réactionnaire face aux revendications des travailleurs et des jeunes, la bourgeoisie et le pouvoir n’ont plus que l'utilisation de leurs flics dans les usines et dans les boîtes. Et nombreux sont les travailleurs et les jeunes qui prennent conscience qu'il faudra bien s'organiser pour résister, Y compris à la violence physique de la bourgeoisie.

LA LUTTE CONTINUE

Cette manifestation était bien plus qu'une simple démonstration de solidarité : travailleurs et jeunes, avec leurs alliés artisans, paysans, petits commerçants, tous victimes du même système, exprimaient dans la rue leur volonté d'entrer dans la lutte aux côtés du JOINT, contre les mêmes exploiteurs et le même pouvoir. Et c'est vrai qu'aprè six semaines de grève devant le silence et le cynisme incroyable de la CGE, seule la perspective de l'extension de la grève aux usines et à nos établissements de la région peut briser la solidarité patronale et faire céder la CGE.

C'est bien cette perspective de grève générale et régionale qu'il nous faut préparer dans les comités de soutien.

Oui, Messieurs les responsables de la FEN, qui en êtes encore à opposer collectes et débrayages.

Pour développer les activités de solidarité dans tous nos établissements, étendons et renforçons les comités de soutien profs—élèves.

PLACE A l'IMAGINATION ! QUE LES INITIATIVES FLEURISSENT ET SE COORDONNENT ! OUI, JOINT FRANCAIS VAINCRA !

Comité Rouge St Brieuc — Ligue Communiste

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document spécial

ligue communiste

Supplément à ROUGE n°156

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