La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Collection « Qu’est-ce que ? »

L’oppression des femmes

Collection « Qu’est-ce que ? », n° I, janvier 1973 · 3 077 mots

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qu'est Ce que.

l'oppression

des femmes

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Les femmes sont opprimées, les femmes sont surexploitées toute l’année, mais elles ne sont pas fêtées qu'au seul jour de la Fête des Mères. Chaque campagne électorale leur apporte aussi une moisson de louanges et de promesses fallacieuses de la plus basse démagogie. La surenchère à la « libération » ne dure pas plus que le temps d'un vote. L'égalité formelle de la loi électorale (une voix vaut une voix, homme ou femme), une fois les comptes faits, ne sert qu'à mieux asseoir le pouvoir capitaliste et l'inégalité de fait qui lui est inhérente, avec l'accord même des victimes.

La farce égalitaire Le salaire

Le gouvernement Messmer entend sans doute recueillir les fruits de son cadeau pré-électoral : la loi du 21 novembre 72 institue l'égalité des salaires masculins et féminins pour une même qualification.

Mais la constitution de 1946 garantissait déjà à la femme « dans tous les domaines des droits égaux à ceux de l'homme » ; la constitution de 1958, ainsi que le traité de Rome, reprennent cette affirmation. Cette nouvelle loi n’est donc que l'aveu de l'incapacité du pouvoir capitaliste à faire respecter sa propre légalité et-la preuve de sa violation permanente. Le Ministère du Travail lui-même avoue 6,7 % d'écart entre salaire masculin et féminin pour une même qualification.

En fait, les femmes gagnent :

— 57 % de moins que les hommes dans le textile,

— 40 à 44 % de moins dans les banques, les assuran-

ces, le commerce, la construction électrique,

— 39 % de moins dans la mécanique de précision,

— 21 % de moins dans la métallurgie.

— Le salaire moyen annuel d'une femme équivaut à

65 % de celui d'un homme pour les cadres moyens,

— à 74 % de celui d'un homme parmi les employés,

— à 67 % de celui d'un homme parmi les ouvriers,

— à 73 % de celui d'un homme parmi les OS. Si l'écart de salaire le plus réduit (20 %) se trouve parmi

les manœuvres, c'est qu'on ne peut payer en dessous du

2/3 des smicards sont des femmes.

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Alors, où sera donc le progrès promis par la nouvelle loi ? Celle-ci ne vise qu'à contrôler — et encore de façon illusoire, à l’aide des inspecteurs du travail fantômes — les rares patrons assez bêtes et maladroits pour payer différemment à un même poste un homme ou une femme. La majorité d'entre eux a compris qu'il suffit de qualifier différemment un même travail pour maintenir l'inégalité de salaire !

La qualification

Le patronat a élaboré un astucieux système de qualification des taches ou des postes lui permettant d'établir les salaires les plus bas là où la main d'œuvre féminine est abondante.

Chaque aptitude requise pour un poste est notée par un certain nombre de points (force physique, concentration, dextérité, formation, etc..). Il suffit de valoriser les aptitudes dites « masculines » (force physique, risque.) au détriment des qualités dites « féminines » (agilité, résistance nerveuse..) et le tour est joué ! Pourtant, ces dites qualités féminines (de haut rendement) sont celles que recherchent les employeurs qui n'embauchent pratiquement que des femmes (électronique par exemple).

Sans parler des emplois « réservés » aux hommes, ni de la promotion à l'intérieur des entreprises, qui défavorisent systématiquement les femmes.

Le meilleur instrument nr “ de l'inégalité la formation La discrimination commence dès la naissance, avec l'éducation au sein de la famille, qui présente comme naturelle la répartition des rôles : l'homme est fait pour la vie ET M

Le h vo Cesr Qt . A rte

pubiique, le commandement ; la femme est faite pour rester au foyer ou, éventuellement, apporter un salaire d'appoint.

L'organisation de la scolarité et de la formation professionnelle se charge de maintenir et de renforcer 1 “inégalité en adaptant la main d'œuvre féminine aux besoins du capitalisme... et, bien sûr, au meilleur prix.

Dans l’enseignement technique et professionnel

248 métiers sont offerts aux hommes contre 116 aux femmes. dont 95% ne concernent què les métiers dits « féminins » : couture, emplois de bureau, services : l'embauche ne correspondant souvent pas à la Penniran (trop de couturières, par exemple), cela permettra une pénalisation pour non-qualification… ainsi que l'utilisation à bas prix des qualités étquises.

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Dans l'enseignement secondaire et supérieur

Traditionnellement, les filles sont orientées vers les secteurs littéraires (au baccalauréat, 35 000 filles en section littéraire contre 18 000 garçons ; inversement, 8 000 filles en sciences, contre 21 000 garçons) ; on retrouve les mêmes proportions dans les facultés. Cette majorité de femmes

orientées vers les sections littéraires en fera autant de cadres ORHATION Que

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moyens ou de secrétaires de 2 SC d'embauche.

L'efficacité du système se lit en clair dans un tableau établissant la répartition hommes/femmes parmi les catégo- . ries socio-professionnelles :

cadres techniciens

employés ouvriers

LES FEMMES N'onT

PAS LE SENS DU COMMANDEMEUT, c'est Ben conWul COMMENT VoupliEz vous Qu'EILES Ru De Bons ConTREMAÎTRES

Manœuvre spécialisé Manœuvre Moins de 18 ans

Un exemple : les femmes dans les PTT : 76 % : agents d'exploitation, + contrôleurs S % : inspecteurs. Les concours internes de promotion comportent un ombre inférieur de postes à pourvoir pour les femmes que pour les hommes.

La formation professionnelle pour adultes

Quant à la formation professionnelle pour adultes, mesure que le gouvernement prétend porter à son actif, elle ne fait que reproduire le même schéma :

30 cours proposées aux travailleurs ; 2 ou 3 cours aux travailleuses.

Pourquoi ce maintien au second plan de la vie sociale et politique ? Pourquoi cette relégation aux postes subalternes ? Pourquoi ces obstacles multipliés à la promotion professionnelle à part entière des femmes, alors que les écono-

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mistes bourgeois eux-mÂme+< reconnaissent la nécessité du travail des femmes ?

Si la seule loi de la société capitaliste est celle du profit maximum, celui qu'elle tire de la surexploitation du travail salarié féminin ne rend pas compte de la complexité du problème.

L'exploitation spécifique et l'inégalité sociale imposées aux femmes s'expliquent dans la dimension sociale et idéologique qu'a prise la fonction biologique d'enfanter.

Derrière l'exploitation salariale : une oppression séculaire

dans le cadre de la famille

Les arguments des employeurs pour justifier la discrimination salariale y renvoient explicitement : la place de la femme est au foyer, son rôle est d'élever ses enfants et d'entretenir le mari. C'est pourquoi on licenciera d'abord une femme. Le recyclage ? Inutile : sa structure d'accueil est « naturellement » la maison... et voilà le problème du chômage féminin éludé.

À DMoiTE ES HOMMES LE Mmes À ennel EMBAUCHE

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+ sé LE ce

Et ceci est d’abord tete fine idéologie qui se doit de façonner un certain type d’individu. La famille, comme cadre d'éducation des enfants, voit le père imposer son autorité toute puissante — parce que c’est lui qui apporte le salaire principal —. :

Cette réalité est aujourd'hui en crise, mais elle persiste : le nombre de femmes au travail stagne depuis 1/4 de siècle.

Le peu de crèches, leur prix, incitent la femme à « rester au foyer » ; il s'agit de maintenir pour la ménagère un univers social, culturel etriqué. Le travail domestique « invisible » de la femme permet aussi une économie des coûts sociaux :

Pour une femme sans enfant, il représente environ 35 heures par semaine ; :

Avec un enfant : 52 heures ;

Avec deux enfants : 64 heures ;

Avec trois enfants : 70 heures.

Et toutes ces heures de travail qui assurent l'entretien du travailleur permettent au patronat de poursuivre l'exploitation de sa force de travail. Toutes ces heures consacrées aux enfants permettent de produire de nouveaux travailleurs pour le capital.

Toutes ces heures sont accomplies gratuitement !

De ce fait, le capitalisme économise la construction de crèches, de garderies, de cantines, de laveries, de tous les services sociaux indispensables à la vie de la population. Et il ne peut en préserver le bénéfice qu'en perpétuant la répartition inégalitaire des taChes, qu'en perpétuant la famille comme cellule de base où s'accomplit ce travail et en maintenant les femmes en quasi-servage au sein de cette famille.

À

quelles que soient les possibilités de prise en charge collective des travaux domestiques !

Car ces possibilités existent ! La Suède, par exemple, a pu, à un moment donné, créer divers équipements sociaux (garderies, cantines, laveries, etc...) ; c'est qu'en fin de compte cela était globalement plus rentable pour le capitalisme suédois !

En France, l'allocation pour frais de garde, l'allocation de salaire unique et de mère au foyer, présentées par l'UDR comme « une des plus importantes réformes sociales qui ait vu le jour depuis la Libération » et destinée à donner « une liberté nouvelle face au travail » ne sont que des miettes lancées pour tirer des femmes un plus grand profit encore !

Le pouvoir avait jadis créé une allocation de salaire unique destinée à inciter les femmes à rester à la maison (la repopulation était à l’ordre du jour.) ; pour ridicule qu'en

ait été le montant, le but était atteint : déduction faite du prix de la garde des enfants et des impôts supplémentaires, les femmes restaient à la maison.

Aujourd'hui, la création de deux autres allocations, d'un montant égal, vient partiellement annuler son effet !

Mais les femmes, « libres» de travailler, sont celles dont la bourgeoisie a besoin. — L'allocation femme au foyer est attribuée dans le cas où elle a un revenu professionnel distinct et s’il est compris entre 600 et 1200 francs par mois... ce qui correspond donc aux emplois sous-qualifiés et surexploités habituels. — l'allocation pour frais de garde s'inscrit aussi dans le cadre de l'appel à la production : -

-elle n’est attribuée qu'aux couples avec 3 enfants gagnant moins de 1 674 francs par mois ;

- elle ne concerne que les enfants de moins de 3 ans ;

-enfin et surtout, elle n'est versée que si la garde est une nourrice agréée (coût réel : 600 francs par mois) ou si l'enfant va dans une crèche ; or, il n'existe que 29 000 places de crèche pour toute la France, alors qu'il nait 800 000 enfants par an. Et son montant n'est au maximum que de 194,50 francs par mois !

Promotion de la femme ; ou, émancipation ?

« Ça ne peut plus durer ainsi » dit l'Union de la Gauche.

Et chaque jour, des milliers de femmes en prennent conscience, rompant avec la passivité séculaire qui leur a été inculquée.

— Elles exigent la liberté de choisir leur maternité, elles exigent de n'être plus pénalisées pour des grossesses qui leur demeurent en définitive imposées, en l'absence de toute éducation sexuelle et contraception réelle.

-— Elles exigent de bénéficier, sans discrimination de classe, des meilleures conditions médicales pour avorter.

— Elles mettent de plus en plus clairement en accusation le vrai responsable de leur oppression : le capitalisme.

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Dans les entreprises, des travailleuses laissées jusqu'alors : en marge des organisations syndicales, prennent leur luttes en main, cassent les cadences, mènent des grèves longues et gagnent ! L

C'est à leur côté que commence la lutte pour l'émancipation des femmes.

Avec les tricoteuses de Chaligny, les travailleuses

d'UGECO à Nantes, à Troyes, à Fougères, à ce

C'est aussi devant le Tribunal de Bobigny, contre la justice de classe, dans la rue, pour l'avortement libre et

gratuit.

Ce que dit l'Union de la Gauche

L'Union de la Gauche se contente de prétendre que « l'éducation sexuelle sera développée », que « les moyens anti-conceptionnels feront l'objet d'une large information », que « la législation répressive concernant l'avortement sera abrogée ».

Demain. Après le vote.

Mais par quel miracle ? Quand l'Union de la Gauche n'est partie prenante dans aucune lutte de femmes ; pire, quand la CGT (qui soutient le Programme Commun) les juge « irresponsables » (à Thionville, par exemple) ; quand son projet de loi sur l'avortement (institution de commissions qui décideraient ou non de l'avortement) ne donne pas plus de pouvoir de décision à la principale intéressée. la femme que le projet des bourgeois les plus libéraux !

Le Programme Commun annonce des « lois nouvelles », des « mesures concrètes », des « moyens matériels », mais aussi une « transformation profonde des structures économiques et politiques du pays ».

La transformation, ce serait d'abord la remise en cause de la structure d'oppression de la femme : la famille.

Cette survivance du pouvoir féodal que le capitalisme a utilisé à son profit pour asseoir son autorité et dont il fait un rouage essentiel de façonnement des individus.

Transformer les structures pour émanciper les femmes, ce serait briser le cadre étroit de l'éducation des enfants, ouvrir l’enfant à une vie collective, tournée vers l'extérieur ; ce serait en finir avec la répartition séculaire des tâches qui confine la femme dans la famille, dans la soumission au mari, repliée sur elle-même et ses enfants, coupée de la vie sociale, quelles que soient les améliorations matérielles.

Mais, au contraire, l'Union de la Gauche conserve précieusement le cadre existant :

« L'ensemble de la politique sociale et familiale du gouvernement permettra aux parents d'élever leurs enfants dans de bonnes conditions ».

« Nous, communistes, dit Marchais, sommes pour que

la femme puisse choisir libren clusivement à son foyer, à sc exercer dans le même

rofessionnelle ».

Le cadre familial est amélic femme sera « aidée », des équipe pour la soulager d'une part de mais d'une part seulement, « pou elle le désire, ses responsabilités d

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Nous estimons que dans un domination de classe de la bour mique de la famille dépérira a services domestiques, l'entretien en charge par la collectivité. Ai elles prendre pleinement la place

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Conscients que ce sont là les seules solutions réelles de

l'émancipation des femmes, nous devons cependant d'ores et déjà entreprendre la lutte :

— Pour que la fonction sociale de la maternité soit reconnue et, par conséquent, assumée collectivement grâce à la socialisation des tâches domesti.. ques : services publics (restaurants, laveries...) gratuits et de qualité ;

— Pour l'abolition des pénalisations à la maternité dans la vie professionnelle : ouverture des crèches 24 heures sur 24, y compris pour les enfants atteints de maladies bénignes ;

— Pour que les femmes aient accès à la vie professionnelle dans des conditions d'égalité effective : abolition des discriminations d'accès et de discipline en matière de formation professionnelle ! Formation égale pour tous ! À travail égal, salaire égal ! — Pour que les femmes puissent vivre leur sexualité, non dans sa stricte fonction reproductive, mais dans l'apprentissage et la pratique du plaisir ; les conditions non suffisantes, mais nécessaires sont : centres d'information et de diffusion des contraceptifs dans les entreprises, les établissements scolaires et universitaires, y compris pour les mineures ! Avortement libre et gratuit, y compris pour les mineures !

— Parce que le cadre du mariage sacralisé par la bourgeoisie constitue un moyen de contrainte juridique et morale sur la forme et de discrimination sociale en général (avantages sociaux réservés aux couples légitimes...), les divorces de plein accord devraient étre réduits à une formalité administrative gratuite.

Série « Qu'est ce que: — Documents Ligue Communiste » a- La violence.

b- Les augmenta-

VOTE ELECTRONIQUE,

UN CUP eur L'UDR.

Ê : - EUX Cours Pour tions uniformes, L'UNION DE LA GAUCHE. c- La sante. = PR LA LIGUE d- L'école. LAnSsEz NOTRE

e- Les nationalisations.

f- L'information. g- Le gaspillage capitaliste.

h- Le parlement. i- L'oppression des femmes.

j- La hausse des prix.

k- L'armée.

I Attention école. Sexe interdit !

A paraître : L'Europe rouge. Les transports. Le logement. Les paysans.

La pollution.

La police.

Les TOM-DOM et les colonies. Les fascistes et l'UDR.

Le chômage.

Les immigrés. L'internationalisme prolétarien, L'impérialisme. L'autodéfense ouvrière.

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