La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

TEXTILE

Les femmes touchées de plein fouet par les restructurations

Cahiers du féminisme, n° 18, décembre 1981 - janvier 1982 · p. 7-9 · 1 819 mots

Depuis 1974, le textile -habillement est considéré comme un secteur « malade » de l’industrie. En tout cas, ce qui est sur et immédiatement perceptible par les travailleuses et travailleurs, c'est les 210 681 emplois supprimés depuis 1974 (chiffres de 1981 de la fédération Hacuitex) ; pour la seule année 1979/ 1980, on compte 18 520 emplois en moins dans le textile et 21 732 dans l'habillement. Licenciements massifs et aggravations des conditions de travail, chômage pour les uns et les unes, puisque c’est un secteur à majorité de main-d’œuvre féminine, et conditions de travail qui portent directement atteinte à la santé, tel est le lot des travailleuses et des travailleurs de ce secteur.

Pour ce qui est de l’avenir, les plans patronaux prévoient la suppression de 150 000 emplois de plus pour assurer la compétitivité sur le marché international.

Qu’en est-il de la concurrence internationale, principal argument des patrons ?

La crise n’est pas une fatalité...

Au cours de la dernière décennie, les importations ont crû quatre fois plus vite que les exportations. Mais pour remettre les choses à leur place, il faut noter que les importations directes des « pays en voie de développement », si elles ont augmenté, ne représentent que 15 % des importations totales en France, la plus grande partie des importations provenant directement des pays industrialisés, de la CEE et des Etats-Unis. Et c’est le patronat lui-même qui est à l’origine de ces importations, soit parce qu’il a investi à l’étranger, soit parce qu’il importe des produits finis ou semi-finis.

11 n’y a donc là aucune fatalité, mais bien une politique des patrons à l'échelle internationale visant à s’assurer un profit maximum sur le dos des travailleurs, tant des pays industrialisés que des pays en voie de développement.

... mais le résultat du fonctionnement du système capitaliste

En effet, si l’on regarde la consommation des produits textiles au niveau mondial, on peut noter une croissance régulière depuis les années cinquante.

D’après une étude effectuée pour le compte du ministère de l’Industrie, la demande mondiale d’articles textiles augmenterait de 2.8 % par an au cours des années 1980/1990. Et encore, il s’agit là d'une étude qui ne tient compte que de la demande qui se manifeste sur le marché, et non pas d’une étude en fonction des besoins. Quand on sait que la consommation de produits textiles est de 2.9 kg par habitant dans les pays en voie de développement et de 18.5 kg dans les pays industrialisés, on peut dire que la production mondiale est encore loin de répondre aux besoins. Il n’y a donc pas de « crise » du textile-habillement au niveau mondial.

En France : politique des « créneaux » et rentabilisation, disent les patrons

En France, la stratégie des patrons est claire : conquérir une part du gâteau par une spécialisation sur le marché international, par le choix de « crénaux » rentables, la fabrication de produits à usages industriels (revêtements, auto) et domestiques (tissus d’ameublement), des vêtements haut de gamme dans l’habillement et... l'abandon du reste.

Les aides accordées royalement aux patrons du textile par le gouvernement Giscard /Barre, avec l'argent des contribuables, n'ont pas servi à garantir l'emploi dans ces secteurs. Le dépôt de bilan de BSF par les Wil-lot après le 10 mai en est une illustration parfaite, et le chiffre des licenciements en est une autre, tout aussi parlante.

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Un secteur où le retard des salaires est considérable !

Un secteur où le retard des salaires est considérable !

On assiste donc à une volonté des patrons de supprimer les secteurs jugés non rentables par eux et, parallèlement, à la rentabilisation de secteurs pouvant devenir « compétitifs » sur le marché international. Tout ceci au détriment des travailleur(euse)s et de leurs conditions de travail. Ainsi, la modernisation des machines, l’introduction de l’informatique suppriment des postes de travail mais se traduisent aussi par un accroissement des charges de travail, une augmentation des rendements. Les accords de juillet sur le temps de travail avec les clauses supprimant l’interdiction du travail de nuit pour les femmes et l’obligation de deux jours de repos consécutifs s’intégrent parfaitement dans ce train de mesures. Quelle aubaine pour les patrons, ils pourraient ainsi tirer encore plus de profit car les machines fonctionneraient sans discontinuer ! Quant à la réduction à trente-neuf heures du temps de travail, elle serait vite absorbée par une augmentation du rendement.

Maintien de l'emploi, disent les syndicats

Si la CGT et la CFDT ont toutes deux comme position de défendre le maintien de l’emploi, la fédération Hacuitex CFDT l’exprime plus fermement. Elle exige « que le gouvernement parte de la garantie de l’emploi et non de la rentabilité immédiate » et demande « un processus de nationalisation d’une filière textile française ».

Dès la fin 1977, la CFDT revendiquait la création d’un Office national textile-habillement-cuirs et précisait : « Face à un gouvernement de gauche, notre revendication prendra alors toute sa dimension. En effet, il sera important d’avoir un office qui, non seulement détermine une nouvelle politique industrielle et assure ainsi le maintien et le développement de nos industries, mais puisse être un moyen de donner plus de pouvoir aux travailleurs à travers la décentralisation de l’Office national dans le cadre d’une planification démocratique. Il faut que la mise en place d’un office donne un contrôle et un pouvoir réels aux travailleurs. Il faut en faire un outil anticapitaliste. Donc, sa mise en place ne sera possible qu’avec et à travers la mobilisation des travailleurs. »

D’autre part, la CFDT prépare pour le début 1982 la sortie d’un Livre noir sur les conditions de travail dans l’habillement pour dénoncer les conséquences qu’elles ont sur la santé des travailleur(euse)s et populariser les luttes de ce secteur.

Les « arrangements multifibre » ou AMF.

Il s’agit d’un accord visant à réglementer le commerce international des produits textiles et coton. Le premier fut conclu en 1973 entre 42 pays, les neuf membres de la CEE comptant pour un. Reconduit en 1977, ce deuxième AMF arrive à échéance à la fin de 1981. Ces accords visaient à limiter pour les pays industrialisés les importations textiles en provenance des pays à bas salaires. Ces barrières protectionnistes ne sont conçues et présentées par la commission de Bruxelles que comme des mesures transitoires destinées à laisser à l’industrie textile européenne le répit nécessaire pour se « restructurer ».

D’après une étude de l’INSEE, il apparaît que l’écart des salaires entre hommes et femmes est le plus important dans les secteurs où il y a le plus de femmes (chiffres de 1975).

La branche d’industrie textile-habillement aujourd’hui, c’est :

— quelque 600 000 salariés ;

— qui représentent 1 1 96 par rapport à l’effectif total de l’industrie ;

— une main-d’œuvre à majorité féminine: 85 96 dans l’habillement ; 55 96 dans le textile ;

— un tissu industriel réparti sur tout le territoire en une multitude de petites entreprises. Cependant: 110 entreprises de plus de 500 salariés dans le textile ; 63 entreprises de plus de 500 salariés dans l’habillement (chiffres de 1977);

— les produits textile, habillement, cuir représentent 7 96 de la consommation d’un ménage, c’est le poste le plus important après l’alimentation.

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Des solutions a la « crise » existent !

Des solutions à la « crise » de la branche textile-habillement existent : ils y a deux types de solutions : celles exigées par les patrons qui passent par la suppression de 30 000 emplois en France dans les prochains mois, la liquidation des secteurs jugés non rentables dans le cadre de la réorganisation du marché mondial par les multinationales, l’aggravation des conditions de travail, l’allègement des charges sociales et l’aide aux investissements pour les entreprises.

Il y a celles exigées par les travailleuses et les travailleurs. Ce sont le refus de tout licenciement, le maintien de l’intégralité de la filière textile-habillement, la nationalisation de toute la branche sans que soit versé un centime de plus aux patrons qui ont empoché des milliards pendant des années et ont poursuivi en même temps leur politique de licenciements, comme les frères Willot qui ont pris possession à bas prix du groupe Boussac-Saint-Frères, aujourd’hui encore sous contrôle judiciaire. C’est la possibilité pour les travailleuses et les travailleurs d’exercer à tous les niveaux leur contrôle à la fois sur leurs conditions de travail mais aussi sur la production. La production dans la branche textile-habillement ne doit plus être seulement définie en fonction de la demande solvable mais en fonction de� besoins réels du plus granu nombre, tant au niveau national qu’au niveau international.

Les premières mesures gouvernementales ne semblent pas aller dans ce sens : a part Rhône-Poulenc, aucune autre entreprise n’a été nationalisée. Le gouvernement se prépare à faire voter une loi sur les trente-neuf heures et non sur les trente-cinq heures. Après la manifestation des patrons du textile, à Lille le 4 novembre, exigeant une diminution de quinze points des cotisations sociales des entreprises, le Conseil des ministres du 18 novembre propose une baisse de douze points aux entreprises qui s’engageraient à investir et embaucher. Il y a de quoi s’indigner lorsqu’on se rappelle que le gouvernement veut rétablir 1 % de cotisation sociale supplémentaire pour les salariés, soi-disant pour combler le déficit de la Sécurité sociale. Un « centre de la promotion de la profession » devrait être créé. Mais à quoi va-t-il servir ? Va t-il servir à définir une politique au service des intérêts des travailleuses et des travailleurs ou va-t-il permettre une rationalisation de la production textile-habillement pour le profit des patrons ?

On ne connaît toujours pas le contenu du plan gouvernemental pour la branche textile-habillement, néanmoins les déclarations de Pierre Dreyfus, ministre de l’Industrie, indiquant que « le plan textile annoncé par le Premier ministre devra respecter le caractère international des conditions de production » sont fort inquiétantes. En effet, ce sont les multinationales qui déterminent ce qui est rentable ou non sur le plan international et, d’après quels critères ? Celui des profits, de leurs profits et certainement pas d’après les besoins réels de la population sur le plan mondial. Alors faudra-t-il accepter les licenciements au nom de la concurrence internationale des pays en voie de développement (personne ne parle évidemment de celle pourtant bien réelle de la production des USA) ? L’accord multifibre actuellement renégocié ne pourra que protéger partiellement les frontières des pays européens sur la base d’un compromis entre les 42 pays concernés par cet accord. Cet accord ne peut pas régler le problème. Ce qu’il faut c’est l’organisation d’une conférence internationale des organisations ouvrières pour exiger tout à la fois le respect de conditions de travail décentes pour les travailleuses et les travailleurs surexploité(e)s des pays sous-développés, les trente-cinq heures pour toutes et tous, pour évaluer les besoins réels de la population mondiale et réorganiser sur cette base la production. Cela ne peut passer que par la coordination des luttes sur le plan international.

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