EQUIPEMENTS COLLECTIFS
TABLE BONDE
LES MOTS D’ORDRE EN QUESTION...
Nous nous sommes réunies à quatre femmes de la LCR pour faire le point sur les revendications que nous pouvions défendre sur la question des équipements collectifs, aujourd’hui. Notre souci est d’ouvrir un débat sur un problème d’actualité brûlante. Ce débat, nous le savons, traverse aussi le Mouvement des femmes et des associations telles que l’Association des parents de crèches collectives. Nous espérons poursuivre ce débat dans les prochains numéros des Cahiers du féminisme.
Josette — Le but de notre table ronde est de faire le point sur les revendications mises en avant par la LCR en ce qui concerne les équipements collectifs et plus particulièrement la prise en charge des enfants en bas âge. Nous allons donc surtout aborder aujourd’hui le problème des crèches et des maternelles, mais aussi essayer d’imaginer quelles pourraient être des formes d’accueil et d’éducation de la petite enfance autres que celles que nous connaissons actuellement.
Traditionnellement, il y a quatre idées essentielles dans ce que nous demandons : la quantité, la qualité, la gratuité, et l’extension des horaires de prise en charge des enfants.
En finir avec la pénurie et les inégalités
Notre exigence d’ouvertures nouvelles et massives de crèches et d’écoles maternelles est plus que justifiée. La situation actuelle de pénurie criante est reconnue y compris par la secrétaire d’Etat à la Famille, Georgina Dufoix. Dans une conférence de presse récente, elle avouait qu’au-jourd’hui, plus d’un million de demandes de places pour enfants de zéro à trois ans étaient non satisfaites.
Mais, évidemment, des conquêtes quantitatives ne suffiraient pas. Nous revendiquons aussi des équipements d’une meilleure qualité. Cela recouvre plusieurs aspects. Tout d’abord, la formation des personnels. Nous ne pensons pas qu’il suffise
EQUIPEMENTS COLLECTIFS d’être dévoué aux enfants pour bien s’en occuper. Bien entendu, la motivation est essentielle, mais c’est insuffisant. Une formation solide sur le développement des enfants, dans tous les domaines, est nécessaire. De ce point de vue, le recours de plus en plus grand aux nourrices sans formation, la création de crèches familiales plutôt que de crèches collectives, est dangereuse. La formation polyvalente des personnels travaillant en crèche nous paraît une revendication très importante. A cela nous ajoutons que le personnel devrait être mixte, contrairement à la situation actuelle. C’est une revendication traditionnelle du Mouvement des femmes : pas de discriminations sexuelles dans la prise en charge des enfants. Les hommes comme les femmes doivent pouvoir travailler en crèche et en maternelle, ce qui implique qu’ils puissent recevoir une formation adéquate. La réelle mixité du personnel présenterait un double intérêt : en finir avec le confinement des femmes dans les tâches concernant la petite enfance, et mettre les enfants très jeunes en contact avec hommes et femmes, ce qui ne peut être que très positif pour leur développement. Signalons, néanmoins, que cela pose un problème que nous ne discuterons pas à fond ici. En période de chômage, alors que les femmes en sont davantage victimes encore que les hommes, est-il correct d’envisager l’ouverture aux hommes de professions traditionnellement réservées aux femmes ? Cela ne risque-t-il pas d’accroître encore le chômage féminin ? C’est un problème délicat.
Sur le plan de la qualité, nos revendications ne concernent par seulement les personnels mais aussi, bien entendu, les locaux. Les gardes à domicile chez une nourrice se font dans la plupart des cas dans des logements exigus. Les écoles maternelles manquent en général de place, et même les crèches collectives ont souvent à peine les espaces suffisants. Ce qu’il faudrait, ce sont de nombreux locaux, vastes, appropriés aux différents moments de la vie des enfants, des locaux attrayants et suffisamment équipés pour de nombreuses activités, ludiques, éducatives, pour le repos, les repas, etc.
En ce qui concerne la gratuité des équipements collectifs, nous partons d’un acquis, en France, celui de la gratuité de l’enseignement depuis près d’un siècle. En particulier, la gratuité de l’école maternelle présente pour l’écrasante majorité des parents un avantage considérable par rapport aux autres modes de garde des enfants, très onéreux. C’est ce qui explique que les demandes de scolarisation dès deux ans soient de plus en plus nombreuses. Nous pensons que la crèche, pas plus que l’école, ne doit être financée par les parents individuellement. C’est l’Etat qui doit avoir la responsabilité financière globale de tous les équipements collectifs de l’enfance.
Enfin, le quatrième aspect de nos revendications, c’est l’extension des heures de prise en charge des enfants : nous demandons l’ouverture des crèches 24 heures sur 24, l’accueil des enfants à l’école avant et après les heures de classes. Pourquoi cela ? D’abord, parce que, de toute façon, en raison des horaires de travail des parents, beaucoup d’enfants sont gardés tard le soir ou tôt le matin, ou encore restent seuls dans des conditions en général insatisfaisantes, multipliant les allées et venues et les frais. Un seul système de garde est bien évidemment préférable. Il doit permettre aux enfants d’être dans de bonnes conditions et aux parents d’être confiants pendant leur abscence. Par ailleurs, et c’est un élément important, l’ouverture des crèches au-delà des heures de travail constitue un élément de liberté pour les parents, qui pourraient ainsi avoir d’autres activités sociales que leur profession. Ce problème pourtant évident n’est aujourd’hui absolument pas réglé à l’échelle de la société. Ce qui est de règle, c’est la débrouillardise individuelle, avec des inégalités et des privilèges, selon les revenus, le niveau de vie des parents.
Ce qui m’amène à cette idée en conclusion : l’ensemble de nos revendications vise à mettre à égalité tous les enfants, tous les parents, en ce qui concerne l’accueil et l’éducation dès le plus jeune âge. Nous sommes très loin aujourd’hui de cette égalité. Plus les parents ont de l’argent, moins ils ont de problèmes matériels de garde, alors que l’on constate des situations catastrophiques dans les familles les plus démunies.
Hélène — D’accord avec toi sur ce qui fonde nos revendications. Néanmoins, il faut reconnaître qu’elles sont parfois incomprises ou critiquées, même par des camarades de la LCR. Bien sûr, il n’y a pas de problèmes quant aux mots d’ordre quantitatifs : construction d’écoles et de crèches en nombre suffisant pour satisfaire toutes les demandes, gratuité des crèches, etc. Mais déjà lorsque nous parlons de qualité, nous devenons très imprécises.
Nécessité de concrétiser les revendications
Qu’est-ce que des équipements de qualité ? Qu’est-ce que des personnels formés ? Que penser de la formation actuelle des infirmières-puéricultrices ? Des auxiliaires de puériculture dans les classes de BEP de l’enseignement technique ? Des psychologues de la petite enfance ? Notre exigence de qualité reste abstraite et ne traite pas la question suivante : qui contrôle la formation des personnels ? Qui détermine le contenu de l’éducation à donner dans la
Dans le 18° arrondissement de Paris : Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Crèches :
Pour 7355 enfants de zéro à trois ans, il y a 295 places dans les 5 crèches collectives municipales, et 147 places dans les 3 crèches collectives privées.
Les listes d’attente comptent de 100 à 800 inscriptions, soit un total de 1800 demandes.
Ecoles maternelles :
500 enfants sont en liste d’attente : 240 enfants de deux ans, 210 enfants de trois ans, 50 enfants de quatre et cinq ans.
Deux enfants sur trois de la liste d’attente sont de famille immigrée. Or le coût minimum d’une garde en nourrice est de 1 100 F mensuel... Une enquête de la FCPE (association de parents d’élèves) fait état d’abandon d’emploi par des femmes n’ayant pu scolariser leur enfant en maternelle.
EQUIPEMENTS COLLECTIFS petite enfance ? Nous devrions être capables de répondre en précisant quelle est la part de décision qui reviendra, dans une société future, aux représentants du pouvoir politique (l’administration), aux spécialistes de la petite enfance (éducateurs, psychologues, pédiatres...), aux parents eux-mêmes, aux syndicats du personnel. En particulier, le droit de regard des parents sur ce qui se passe dans la crèche et à l’école est une question délicate. Mais pour le moment, tout ceci reste vague. Cela dit, soyons francs ; si nous ne voyons pas toujours ce que nous voulons, par contre nous savons très bien ce dont nous ne voulons pas : des locaux trop petits et inappropriés, des installations insuffisantes, pas assez de personnels, etc. C’est là-dessus que peuvent se développer les luttes, et, à partir de là, les débats permettront d’aller plus loin dans les formulations positives.
Est-il justifié de demander des crèches ouvertes 24 heures sur 24 ?
Par ailleurs, ce qui nous est souvent reproché, c’est de demander l’ouverture des crèches 24 heures sur 24. Cela ne ressemblera-t-il pas trop à des foyers pour enfants abandonnés ? Pourquoi ne pas demander aussi l’ouverture des écoles maternelles de 5 h à 22 h ? Où mettre les limites à partir du moment où l’on prend comme point de départ le travail de nuit des parents ? Les critiques se font là à deux niveaux. D’abord, des camarades pensent que le mot d’ordre d’ouverture des crèches 24 heures sur 24 est tout simplement inopportun : l’urgence est à la création massive de crèches, ouvertes, comme c’est la règle, de 7 h à 19 h, c’est déjà pas mal. S’il faut choisir entre l’ouverture la nuit et la construction de nouvelles crèches, comme c’est le cas à l’heure actuelle, il ne fait aucun doute que l’ouverture la nuit passera au second plan et qu’elle ne sera pas aujourd’hui un axe mobilisateur.
A cet argument sur les priorités, d’autres camarades ajoutent que, sur le fond, dans la société actuelle, demander que des enfants puissent rester 24 heures en crèche ou 1 2 heures d’affilée à l’école, est tout simplement inhumain. Tous les témoignages de puéricultrices, d’institutrices, de parents, sont là pour le confirmer : les trop longues journées à l’extérieur de la maison, dans l’état actuel des choses, créent chez les enfants un état de fatigue, de nervosité, voire d’anxiété, préjudiciable à leur épanouissement. A partir de là, qui se mobilisera pour les crèches ouvertes aussi la nuit ? Ce n’est même pas une revendication de l’Association des parents de crèches collectives. Nous devons dans le débat reprendre ces critiques et les discuter.
Je crois, personnellement, qu’il faut conserver l’idée d’une extension des heures d’ouverture des crèches et des écoles. Mais il ne faut pas la justifier par les horaires de travail de nuit de certains parents. C’est une escalade dangereuse. Il faut au contraire demander l’interdiction (sauf exception justifiée dans certains services publics) du travail de nuit et la réduction massive du temps de travail pour tous, de façon à ce que, entre autres choses, parents et enfants puissent vivre mieux. La prise en charge des enfants dans les structures collectives sera alors le signe d’une plus grande liberté pour toutes et tous. L’extensiorl et la souplesse des horaires est alors une revendication totalement justifiée, à condition de préciser que ce sont de véritables maisons de l’enfance qui devraient accueillir les enfants et non les crèches et les écoles telles que nous les connaissons aujourd’hui. Le mot d’ordre d’ouverture des crèches 24 heures sur 24 devrait donc être reformulé autrement. Et puis, comme je le disais au début, nous devrions essayer d’être plus concrets
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Association de parents pour la crèche collective
Il existe une Association parisienne de parents pour la crèche collective. Elle s’est créée en 1976, en réaction à la circulaire Veil qui imposait des mesures de rentabilisation dans les crèches. Elle regroupe des parents de crèches municipales et quelques parents de crèches privées. A l’heure actuelle, l’association a des correspondants dans 90 crèches à Paris (35 l’année dernière). Elle a pour but de défendre et de promouvoir la crèche collective.
Ses principales revendications
• Pour un service public pris en charge par l’Etat, gratuit et ouvert à tous, y compris pour les enfants des mères au foyer ; donc création de crèches.
• Pour une crèche lieu d’éveil et pas uniquement de garderie, donc développement des activités d’éveil et formation pédagogique plus approfondie du pe: .onnel.
• Abrogation de la circi ilaire Veil de 1976.
• Abrogation des mesures adoptées par le conseil municipal de Paris le 18/7/77, donc:
— non au paiement d’avance ;
— paiement des seuls jours de présence de l’enfant, en fin de mois, justification des absences uniquement en cas de maladie contagieuse ;
— pas de limitation des vacances des enfants ;
— maintien des enfants en crèche jusqu’à leur rentrée effective en maternelle ;
— respect des normes en personnel, matériel, santé, sécurité ;
— liberté d’expression dans les crèches : droit d’affichage (pas seulement dans le local des lan-daux où tout le monde ne va pas), droit de distribution de tracts, de réunions...
Les actions en cours sur le plan parisien
La lutte contre la hausse des tarifs : en janvier 1981, la Protection maternelle et infantile (PMI) annonçait une hausse de tarif pour juin 1981. Les parents, avec l’association, le soutien du PC et du PS, obtenaient la suppression (provisoire) des augmentations. Mais le nouveau tarif a été mis en application en septembre 1981 (900 F par mois pour un couple au SMIC, 1 500 F pour ceux qui sont au plafond du barême). L’association demande le retour aux anciens barêmes et revouvelle ses démarches auprès de la CAF, de la mairie de Paris et du ministère de la Santé.
La lutte pour le non-paiemeni des jours d’absence et le droit aux vacances des enfants : un nouveau décret va entrer en vigueur en janvier 1982 pour limiter les congés maladie à 4 jours par mois (comptabilisés sur un semestre) et les vacances des enfants à 5 semaines par an. Au-delà de ces limites, en cas d’absence des enfants, les parents paieront 25 96 du tarif.
Pour ces deux actions, l’association est reçue le 24 novembre par le ministère de la Santé.
Les actions locales sur les crèches
L’association intervient auprès de la PMI pour :
— le remplacement du personnel en congé ;
— le recrutement de psychologues, quand le poste n’est pas pourvu ;
— le respect des effectifs ;
— les problèmes de sécurité. Pour toutes ces actions, de nombreuses démarches sont faites : pétitions, délégations, lettres aux députés, intervention dans les mairies d’arrondissement...
Pour élargir son audience, l’association prend contact avec la presse, les organisations syndicales, des association intéressées (GEDREM, association des directrices...) et des personnalités (F. Dolto, A. Minkowski).
L’association tient régulièrement des réunions soit pour discuter des actions à mener soit pour aborder des thèmes comme celui de l’éveil de la petite enfance.
la nécessité de réunions de coordination Paris-banlieue se fait sentir.
Myrtille
Association parisienne des parents pour la crèche collective : 9, rue de Douai, 75009 Paris, Tél : 280 49 39
EQUIPEMENTS COLLECTIFS sur ce que nous voulons comme équipements de qualité.
Danièle — Eh bien, parlons concrètement des écoles maternelles. C’est une institution qui existe depuis de nombreuses années et qui est régie par une loi organique permettant sur le plan légal l’accueil gratuit des enfants depuis l’âge de deux ans. Dans la réalité, les chiffres sont très parlants en ce qui concerne les enfants de deux à trois ans. Ils étaient 2 % des effectifs en 1968, ils sont 40 % en 1980. Il y a donc eu un bond fantastique en l’espace de douze ans. Cela est lié, bien sûr, à l’évolution du travail des femmes, mais aussi au désir de plus en plus fréquent des parents de mettre leurs enfants très jeunes dans un cadre de vie collectif. Il s’agit là d’un véritable phénomène de société. L’école maternelle aujourd’hui n’est plus du tout réservée aux seuls enfants défavorisés, bien au contraire. Elle est le lieu d’un brassage des classes sociales. La situation n’est plus du tout celle d’il y a trente ans, où il fallait convaincre les parents des bienfaits de l’école maternelle.
Quantité et qualité sont inséparables
Cela dit, le problème de l’accueil dès deux ans n’est pas du tout résolu. La politique du gouvernement Giscard-Barre de suppression de classes, de réduction des crédits pour tous les équipements sociaux, a conduit à une situation de pénurie évidente. Les demandes non satisfaites se sont multipliées. L’année dernière, le rapporteur du budget, alors que Beullac était encore ministre, prévoyait, d’ici 1985, 216 000 enfants supplémentaires. En 1981-1982, ce sont seulement 16 000 nouveaux enfants qui sont entrés en maternelle par rapport à l’an dernier, et on en prévoit 60 000 de plus pour l’année prochaine. La demande quantitative est donc très importante, mais elle va de pair avec des exigences qualitatives.
A l’initiative du Syndicat national des instituteurs (SNI), les maîtresses d’école maternelle ont refusé et refusent d’accueillir tous les enfants scolarisables, indépendamment de la qualité de l’accueil. Une première étape a été fixée à 30 enfants maximum par classe. Mais ce qui devrait être atteint rapidement ce sont les 25 enfants maximum. L’aspect quantité et l’aspect qualité sont inséparables. Face à la demande croissante, on ne peut plus se permettre d’avancer le mot d’ordre « accueil de tous les enfants dès deux ans » indépendamment des conditions de cet accueil. Les classes surchargées sont très difficiles à supporter autant pour les enseignants que pour les enfants qui peuvent faire des réactions de refus de la structure collective, mal vivre la séparation d’avec les parents, avoir de mauvais rapports avec l’adulte ou les autres enfants si les effectifs sont trop lourds.
En fait, ce qui est communément admis aujourd’hui par ceux qui ont la charge de la petite enfance, c’est que pour les deux-quatre ans, les effectifs devraient être de 15 enfants maximum.
Disons donc, pour nous résumer, qu’il y a trois revendications liées entre elles :
— l’accueil de tous les enfants en maternelle dès deux ans, donc bien évidemment la construction de nouvelles écoles et la création de postes ;
— la réduction significative des ef-fectis dans les classes ;
— la qualité des locaux et du matériel mis à la disposition des enfants et du personnel.
Vers les maisons de l'enfance
Concrétiser ce que nous entendons par équipements de qualité n’est d’ailleurs pas très difficile. Par exemple, pour bien faire, il faudrait dans toutes les maternelles une bibliothèque spécialement conçue pour les enfants, une salle de musique, une salle de projection... Nos possibilités de travail actuelles, à nous, institutrices de maternelles, sont dérisoires par rapport aux expérimentations pédagogiques qui seraient possibles. Et, bien évidemment, il faudrait aussi du personnel supplémentaire.
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Nous ne sommes pas forcément favorables au fait qu’il y ait un(e) seul(e) enseignant(e) par classe, c’est tout le problème de l’équipe pédagogique, de la participation de non-enseignants (musiciens, comédiens, cinéastes, peintres...) à la vie des écoles. C’est aussi, comme on l’a déjà dit , le problème de la nécessaire mixité du personnel d’éducation. Nous aimerions avoir des autocars à notre disposition pour des sorties. Nous revendiquons même aujourd’hui la possibilité de partir en classe de nature, à la campagne, avec les tout petits. C’était il y a quelque temps encore une idée inenvisageable ! Mais la bataille n’est pas encore gagnée car c’est encore aux plus grands, dans le primaire, que sont réservées les classes de mer, de neige, de nature.
Il faudrait en fait des écoles plus petites au niveau des effectifs, et possédant des locaux diversifiés et pas seulement des salles de classe. Ainsi serait résolu le problème de la sieste des enfants. Dans la plupart des cas, aujourd’hui, ils sont entassés d’une façon que peu de parents imaginent ! Pour les repas, c’est souvent le préau qui sert de réfectoire, où 100 à 150 enfants mangent ensemble dans un bruit assourdissant. Il faudrait de véritables salles à manger. Tout ceci constitue des préoccupations immédiates, des objectifs de lutte concrets. On pourrait parler aussi de la garderie du soir où les enfants attendent qu’on vienne les chercher, alors qu’une série d’activités seraient possibles avec un personnel, du matériel et des locaux adéquats. Là encore, quantité et qualité sont deux aspects indissociables des revendications et correspondent à des besoins qui peuvent être chiffrés.
Pour élargir le débat et quitter le domaine de la petite enfance, je voudrais dire que les besoins ne sont pas sensiblement différents pour l’école primaire, voire pour le collège. Commence à germer l’idée que devraient exister des maisons de l’enfance, allant de la crèche au collège, regroupant par petites unités les enfants d’un quartier. Il faut en finir avec les entités scolaires de plusieurs centaines d’enfants. Les maisons de l’enfance seraient à la fois les lieux d’éducation, de loisirs, d’hébergement. Les enfants s’y sentiraient chez eux. Et alors, oui, leur ouverture nuit et jour concilierait à la fois les intérêts des enfants et ceux des parents, et correspondrait à un besoin. En effet, non seulement les parents ont besoin de leur liberté d’action, mais les enfants aiment dormir ailleurs que chez eux, avec des copains.
C’est une pratique qui se développe de plus en plus. Les enfants vont les uns chez les autres, pourquoi n’iraient-ils pas dans une maison qui leur serait réservée ? Pourquoi lorsqu’on construit un immeuble ne pas aménager un étage pour les enfants ? Mais cela nous ramène au débat sur l’ouverture des crèches 24 heures sur 24.
Distinguer entre l’immédiat et le long terme
Il est certain que cette formule ne correspond pas à une aspiration concrète des parents, aujourd’hui, avec les crèches telles qu’ils les connaissent. Les conditions d’un bon accueil sur longue durée ne sont pas réunies. Déjà, dans bien des endroits, la prise en charge des enfants en maternelle se fait dès 7 h 30 le matin et jusqu’à 18 h 30 le soir. Il existe un projet de la mairie de Paris qui va dans ce sens car jusqu’à présent, à Paris, c’était la débrouille individuelle avant 8 h 30 . Mais il est certain que dans les écoles telles qu’elles sont, accueillir des enfants dès 7 h le matin pose des problèmes insurmontables : où l’enfant prendra-t-il son petit déjeuner ? Restera-t-il sans manger de 7 h à 1 2 h ? Les écoles ne sont pas équipées pour prendre les enfants si tôt. Cela dit, l’argument selon lequel les enfants ne seraient pas bien à l’école ou à la crèche doit être manié avec des pincettes. C’est un argument dangereux. Rappelons-nous que c’est une minorité de la population qui vit bien. La grande majorité vit dans des conditions matérielles mauvaises, parfois même misérables.
Les logements sont trop petits, les enfants n’ont aucun espace pour jouer, parfois même pour dormir. Ils passent des dimanches d’ennui et de télévision, et l’école à côté de cela présente bien des avantages. Il n’en reste pas moins que la demande d’extension des heures d’ouverture doit aller de pair avec des propositions concrètes pour un autre type d’école
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EQUIPEMENTS COLLECTIFS qui, on l’a vu, à la limite, ne s’appellerait plus « école »: Ceci n’est pas contradictoire, au contraire, avec la revendication de la semaine de 35 h, la suppression du travail de nuit et une certaine harmonisation des horaires pour permettre aux enfants et aux parents de se retrouver dans de bonnes conditions. La lutte pour la réduction du temps de travail, pour l’amélioration des équipements collectifs, une politique du logement, sont inséparables.
Mais dans l’immédiat, sans changement qualitatif substantiel des crèches et des écoles maternelles, il est peu crédible d’en demander l’ouverture 24 heures sur 24. Disons que c’est un objectif vers lequel on doit tendre dans la mesure où les maisons de l’enfance seront vraiment faites pour les enfants.
Marie-Claude — Je voudrais revenir sur le problème des crèches en essayant de montrer la réalité concrète de ce qu’est la garde des enfants de moins de trois ans aujourd’hui. Quelques chiffres bruts éclairent bien la question. Il y a environ 2 1 28 000 bébés et 1 100 000 demandes de garde à satisfaire ; 450 000 seulement sont satisfaites. C’est donc encore la majorité des enfants en bas âge qui sont gardés par leur mère. C’est très important. Parmi les femmes qui « choisissent » de rester au foyer pour s’occuper de leurs enfants il faut compter, bien sûr, toutes celles qui désireraient un emploi et qui n’en trouvent pas à cause du chômage, et toutes celles qui ont fait leurs comptes en mettant en balance salaire et frais de garde, et qui renoncent pour des raissons financières à faire garder leur enfants. En effet, c’est une différence essentielle avec l’école maternelle. Celle-ci est un service public gratuit, alors que la garde des moins de deux ans est toujours payante et revient même très cher. Premier mode de garde, donc, et le plus répandu, la mère.
Nourrices, crèches familiales, crèches collectives
Sur les 450 000 demandes satisfaites, il y a seulement 100 000 places en crèches collectives. Ce sont donc des nourrices qui assurent chez elles la garde de la plupart des enfants dont les mères travaillent. 11 a aussi les crèches familiales, système intermédiaire entre la nourrice privée et la crèche collective. Le groupe femmes du 18e arrondissement de Paris a fait une enquête dont je donnerai les résultats par ailleurs. Les leçons qu’on peut en tirer sont sans doute assez générales :
— les nourrices agréées devraient en principe remplir des conditions définies par la DASS en ce qui concerne la surface des habitations, l’équipement sanitaire, le nombre maximum d’enfants gardés (pas plus de trois et d’âges différents », etc. Mais les logements spacieux, équipés de salles de bains qui figurent dans les règlements de DASS ne sont en général pas ceux des femmes qui, par nécessité, gardent des enfants à la journée. Et les loges des gardiennes correspondent rarement aux critères réglementaires. Dans le 1 8e arrondissement, une copine qui cherchait à faire garder son bébé l’a vérifié dans la pratique : la DASS agrée certaines nourrices ne remplissant pas les conditions officielles. Et quand la copine a cherché à savoir pourquoi, il lui a été répondu que mieux valait contrôler un minimum la garde des enfants en nourrice que laisser se développer le travail au noir en refusant d’agréer les nourrices ;
— le gouvernement actuel, comme le précédent, prévoit la mise en place de crèches familiales. Cela évite la construction de crèches collectives, puisque la garde des enfants se fait en appartement, chez les nourrices agréées, mais sous la direction d’une directrice de crèche, avec l’assistance d’aides maternelles, de médecins, de psychologues, et des contrôles beaucoup plus fréquents de la DASS.
Signalons que la formation complémentaire que recevraient des nourrices prêtes à travailler en crèches familales serait de 60 heures en deux ans, ce qui est dérisoire. La mise en place d’un tel système n’est pas évidente : dans le 1 8e arrondissement encore, malgré l’appel d’offre, aucune nourrice ne s’est portée volontaire pour une crèche famil-liale. Sans doute craignent-elles d’avoir l’administration sur le dos et des contrôles tâtillons, bref, d’être moins libres dans leur travail ;
— en ce qui concerne maintenant les crèches collectives, elles reçoivent 50 à 60 enfants. Les listes d’attente dépassent 500 voire 800 demandes. Les délais d’inscription sont de neuf mois, d’un an... Et encore, devant cette situation, de nombreuses directrices de crèches dissuadent les mères de s’inscrire, si bien que les listes d’attente donnent une idée amoindrie de l’importance des demandes.
Par rapport aux propositions de la secrétaire d’Etat à la Famille, Georgina Dufoix, qui promet l’ouverture de 1 0 000 places en crèches familiales, c’est-à-dire en fin de compte chez des nourrices, nous devons réaffirmer l’exigence de crèches collectives, même si elles coûtent plus cher. Ces crèches ne devraient pas recevoir plus de 20 enfants, et permettre un brassage des âges, en mélangeant tous les enfants de trois mois à trois ans. Mais cela demande un personnel plus nombreux et mieux formé.
Il faudrait aussi parler du rôle des parents dans les crèches. Il y a encore quelques années, il existait de
EQUIPEMENTS COLLECTIFS véritables sas à l’entrée des crèches où les parents déposaient leurs enfants. Ils n’avaient pas le droit d’aller plus loin. Les bébés subissaient une séance de déshabillage, rhabillage, mise sur le pot, etc. Aujourd’hui, dans la plupart des crèches, les parents ont accès aux salles de jeux et peuvent parfois s’y attarder pour jouer avec les enfants. Mais il faut certainement aller plus loin et préciser la place que pourraient avoir les parents dans la crèche. Des rapports nouveaux sont sans aucun doute à trouver entre personnel et parents, mais ce sont beaucoup de choses qu’il faudrait changer dans la structure, la taille, la vie même des crèches.
Crèches d’entreprise ?
Puisque nous parlons des crèches collectives, il faut aborder le problème des crèches d’entreprise. Il y a quelques années, nous nous battions pour que les patrons débloquent les crédits nécessaires à la création de crèches sur les lieux de travail. Il existe aujourd’hui un certain nombre de crèches d’entreprise. L’expérience n’est pas convaincante.
Je prendrai un exemple que je connais bien, celui de la BNP dans le 18e arrondissement, encore une fois. Il s’agit en fait non pas d’une crèche mais d’un jardin d’enfants pour 50 enfants de deux à quatre ans. Mais les banque et le jardin d’enfants n’étant pas à la même adresse, les enfants passaient un temps fou en transport, d’abord avec leur mère, puis accueillis dans une salle à la banque, puis retransportés en car jusqu’au jardin d’enfants. Ces gosses étaient dans un état de fatigue et de nervosité incroyable ; en particulier, ils ne dormaient pas assez. On retombe ici sur le problème de la qualité de l’accueil et du respect du bien-être des enfants. Il s’est avéré, d’ailleurs, que ces mêmes enfants se sont retrouvés beaucoup mieux lorsque, pour de petites vacances, ils sont partis tous en groupe, à 50 km de Paris, à la campagne, avec le personnel et les installations adéquates. Les retrouvailles parents-enfants se faisaient alors dans de meilleures conditions, les enfants étant plus calmes, et les parents moins fatigués.
Les crèches d’entreprise, donc, si elles ont l’avantage d’obliger les patrons à prendre en charge en partie, financièrement, la garde des enfants, ont l’inconvénient d’imposer à ces derniers des horaires souvent inadaptés et, de plus, il faut l’ajouter, de ne laisser aux mères aucune marge de temps entre les heures de travail et le moment où on récupère l’enfant. Il faudrait donc, à mon avis, s’orienter vers une demande de financement par le patronat de crèches qui, une fois les fonds regroupés, seraient des crèches de quartier.
Attention, ne raisonnons pas en privilégiés...
Je voudrais revenir sur la question de l’ouverture des crèches 24 heures sur 24, et reprendre une idée avancée par Danièle. L’argument qui consiste à plaindre les enfants qui passeraient 24 heures en crèche n’est pas recevable quand on connaît les conditions de vie, d’hébergement de très nombreuses familles de travailleurs. Quelles que soient les insuffisances des crèches — et il faut lutter pour en améliorer la qualité — les enfants y ont souvent plus de place, plus de jeux, plus d’activités d’éveil, voire une meilleure alimentation et un meilleur repos que chez eux. De plus, les crèches n’ouvrant qu’à 7 h le matin, de nombreux enfants sont confiés à des voisines, à des nourrices, avant ou après les heures d’ouverture de crèches. Ce qui multiplie non seulement les perturbations pour les enfants mais aussi les frais de garde pour les parents. Par conséquent, la revendication d’ouverture des crèches 24 heures sur 24 n’est pas à rejeter, au nom d’arguments qui sont ceux d’une minorité de gens aisés, vivant dans des conditions privilégiées.
Josette — Soyons vigilants, sur cette question, pour ne pas nous retrouver sur des positions de droite ! Rappelions que le rapport d’Evelyne Sullerot sur les crèches, présenté sous l’ancien gouvernement Barre, soulignait la nécessité pour les enfants de passer le maximum de temps chez eux. Je me souviens d’articles de presse dans les revues du genre Intimité, ou autres, dénonçant le sort de ces pauvres enfants, transportés aux aurores hivernales dans les crèches, avec photos à l’appui. Bref, on a eu et on aura une véritable campagne de culpabilisation des mères, camouflée sous le prétendu intérêt des enfants, qui vise à inciter les femmes à rester chez elles pour s’occuper de leurs jeunes enfants.
Nous ne devons pas, sous prétexte des insuffisances actuelles, renforcer de quelque façon que ce soit l’idée que les enfants seraient mal dans les équipements collectifs. Au contraire, il faut expliquer comment les bourgeois eux-mêmes s’offrent, parce qu’ils en ont les moyens, des crèches de qualité, des homes d’enfants de toutes sortes, privés bien entendu, comment certains immeubles de luxe possèdent les laveries collectives, des locaux réservés aux enfants... Bref, il faut expliquer comment des équipements collectifs de qualité, adaptés aux besoins, sont une source de liberté, d’épanouissement pour tous. Ces revendications mises en avant par le Mouvement des femmes depuis longtemps n’ont rien d’utopique, elles sont même déjà réalisées en certains endroits là où le fric existe ! Il y a là des choix financiers, c’est sùr. Ces choix n’ont pas été faits par les gouvernements précédents, nous attendons qu’ils soient faits par celui-ci. Je crois qu’il ne faut pas pas renoncer à l’ouverture des crèches 24 heures sur 24 à condition de bien l’intégrer aux autres revendications.
Hélène — Je continue à penser que la formule n’est pas bonne. Cela apparaît, qu’on le veuille ou non, comme une revendication immédiate, concernant les crèches actuelles. On a vu que, comprise ainsi, c’était peu crédible et peu mobilisateur. Il faut trouver une formule qui lie absolument l’ouverture 24 heures sur 24 à des changements radicaux des structures d’accueil. Et alors le problème ne se limite pas aux crèches mais concerne l’enfance en général.
Danièle — Je crois aussi qu’il faut distinguer les niveaux. Dans l’immédiat, nous exigeons la construction et l’ouverture de crèches et d’écoles maternelles, en quantité suffisante pour répondre aux besoins, le recrutement massif et la formation de personnel. Et nous devrions être capables de chiffrer cela. De façon indissociable, nous demandons la gratuité, et des équipements de qualité, et cela est très concret, comme on l’a vu.
Nous sommes pour un service public d’éducation, unifié, qui aille du berceau à l’adolescence. Il ne faut plus de coupure entre crèches et maternelles. Nous avançons l’idée de « maisons de l’enfance » qui seraient ouvertes en permanence. L’ouverture 24 heures sur 24 est donc une perspective vers laquelle on tend. Il ne faut pas la rayer de nos revendications, mais il faut la mettre à sa juste place.