A l’heure où un sujet aussi délicat que la contraception revient à l’ordre du jour, à l’heure où le gouvernement engage toute une campagne nationale de publicité et d’information sur ce problème, nous devons nous poser la question : quelle contraception ?
Le but de cet article est d ’aider les femmes à réfléchir. Il veut les mettre en garde sur quelques risques de contraception dure (pilule, stérilet ) et les informer sur la contraception douce (diaphragme, cape cervicale) pour qu’ainsi, en toute connaissance de cause, elles puissent choisir et venir petit à petit à un autre type de sexualité.
Actuellement, nous sommes des milliers de femmes à abandonner la pilule et le stérilet, geste individuel et en général spontané. Le débat sur la pilule a été pendant trop longtemps faussé par des considérations idéologiques. Au début des années soixante-dix, il n’était pas possible d’émettre de critiques contre la pilule sans être aussitôt considérée comme antiféministe (et encore maintenant \(sic !)). La critique sur les risques et les méfaits physiologiques et politiques de la contraception dure est même considérée comme alarmiste et réactionnaire. « Le débat sérieux aussi objectif que possible sur les avantages et les inconvénients (équilibre hormonal, mécanisme particulièrement délicat) a été supplanté par des polémiques morales. » (Catherine Sokelsky : l’impatient, mars 1981).
Nous passions d’un modèle sexuel procréateur valorisé par une morale catholique et répressive — renforcé de plus par une ignorance totale de la contraception douce — à la possibilité d’une entière liberté sexuelle que la pilule pouvait nous donner. C’était en effet, d’un seul coup, la possibilité de se libérer des maternités à répétition, de choisir le nombre et la fréquence de nos grossesses, de contrôler notre reproduction et même de faciliter la diversification des partenaires sans beaucoup de risques.
Si depuis 20 ans plus de 150 millions de femmes ont pris des anovu-lants et, si plus de 50 millions d’entre elles avalent encore quotidiennement leur pilule, ce n’est pas à cause de la bonne volonté des hommes de les libérer mais bien parce qu’il était politiquement et économiquement plus rentable de limiter leurs grossesses en confirmant l’ordre sexuel dominant.
Si nous hésitons autant à remettre en question la contraception dure c’est aussi parce que la critique radicale de la contraception remet notamment en question l’idéologie de l’émancipation des femmes qui veut régler le problème fondamental de la soumission, de l’intégration progressive des femmes à une économie dont la logique même repose sur l’appropriation individuelle et collective de leur « corps-sexualité » par la société capitaliste patriarcale.
L'Impatient (mars 1981), dans son dossier sur la pilule, nous parle d’une enquête officielle réalisée en 1963 aux Etats-Unis. Cette enquête révèle que l’étude clinique qui avait servi de base à la sortie d’Enovid (la première pilule) avait été faite sur 132 femmes pendant un an. Catherine Sokelski s’étonne : « Non seulement la première pilule fut testée pendant un temps très court mais on ne prit même pas le temps d’effectuer des dosages corrects. Il fallu que des millions de femmes la prennent pour qu ’on s ’aperçoive qu ’on pouvait réduire de 10 fois sa teneur en œstrogènes sans en changer l ’efficacité. Quand on compare la présentation de la pilule lors de sa sortie : efficace et sans danger, pas de contre-indication, le produit miracle, avec la liste actuelle des contre-indications, effets secondaires multiples et variés qui l’accompagnent, on ne peut qu'être altéré. »
CONTRACEPTION
Le ton sur les méthodes dures réels et doivent être clairement mesu-change. En 1968 apparaît le rapport rés. » (Le Monde , 18.11.1981, Claire du British Dunlop Commitee qui éta-Briset). Il semble enfin confirmé, blissait fermement la relation trom-d’après le docteur Dropier, que les boses -em bol ies -p i 1 u les . œstro-progestatifs retentissent sur le métabolisme des lipides et augmen-Commentant l’étude du British tent, en particulier, la présence dans
Royal College of General Practition-le sang du cholestérol et des trigly- ners (1974), le docteur Valérie Beral cérides.
écrivait dans le Lancet : « Si on regar-D’après ces journées d’étude, il de attentivement l'étude, on voit que semble aussi confirmé que les con- les utilisatrices et ex -utilisatrices de traceptifs oraux favorisent l’éclosion pilule ont un taux de mortalité (toutes de mycoses souvent récidivantes, ce- causes) de 39 % plus élevé que le la pour des raisons encore non étu- groupe contrôlé. » (l'impatient , mars diées.
1981).
A Paris, en novembre 1981, le
Le stérilet
docteur Jean Cohen organise des débats, lors des IXe Journées d’étude et Ce n’est qu’à partir de 1960 que le de bilan sur la fertilité et l’orthogé-stérilet commence à se répandre lar- nie. « Les congressistes réunis à Paris gement. Mais, il commence aussi à ont évalué ces risques sous deux as-inquiéter, il semble être la cause de
* pects : ceux qu’encourt la femme elle-nombreuses inflammations des trom-méme et ceux auxquels la contracep-pes utérines. Sa présence entraîne tion peut exposer les enfants, notam-une diffusion plus rapide et plus ex- ment après l'utilisation par leur mère plosive de l’infection. Son efficacité de méthodes hormonales. Les risques est assez douteuse. Il impulse au ni- qu'encourent les femmes sont de veau de l’utérus un grand dévelop- plusieurs ordres. Il n’a pas été ques-pement de cellules chargées de dé- tion, lors des journées de Paris, des truire les cellules mortes, inflammées hypothèses d’une cancérogénicité des ou infectées. Donc, le stérilet est per- méthodes contraceptives, tant ces çu comme un objet étranger à hypothèses semblent aujourd'hui infir-éliminer, entraînant 1 expulsion spon- mées par l'expérience et le recul. En tanée de 7 à 20 % des stérilets.
v revanche, les risques cardiovasculaires , Les séquelles des stérilets sont en- d'une part, infectieux, de l'autre, sont core inconnues ; ce que les anatomopathologistes ont observé c’est que la paroi des utérus sous stérilet est profondément modifiée : croissance exagérée des cellules, érosion, altération des cellules et dans 95 % des cas inflammations. Selon le docteur David Elia (gynécologue MNEF) entre 1973 et 1978, sur 374 poses de stérilet à des jeunes filles et jeunes femmes, sont survenues onze grossesses indésirées et quatorze infections graves.
« En 1976 on a dépensé plus de 70 millions de dollars pour les recherches sur la contraception dure et cela hors des cadres de l’industrie, alors que 50 000 dollars seulement ont été consacrés à l’ensemble des autres méthodes. » Québec, les Temps fous, février 1981.
« 6 % seulement des sommes allouées aux recherches sur la contraception sont destinés à l 'évaluation des méthodes masculines, tout le reste allant au développement de moyens nouveaux destinés aux femmes. » Docteur Escoffier-Lambiotte, le Monde de la médecine , 18 novembre 1981.
CONTRACEPTION
Après cette énumération sommaire des méfaits liés aux méthodes de contraception dure, tout en assimilant le grand apport de la pilule dans la recherche de la libération féministe et sa contribution à la maîtrise de la reproduction et par conséquent à la libre disposition de notre corps, notre question mérite d’être posée. Le fait de pouvoir disposer librement de notre corps ne doit pas être une des causes de sa destruction ou de son aliénation. Ne doit-on pas commencer à nous poser sérieusement la question de méthodes moins risquées ? Ne peut-on pas troquer la contraception dure, centralisée, liée à une dépendance médicale et aux profits de grandes compagnies pharmaceutiques (aux USA près de 1 30 millions de dollars par an), assumée passivement selon un modèle classique de sexualité — pénétration /éjaculation — sans « risques », qui nous veut toujours disponibles, pour une contraception moins dangereuse plus hygiénique, plus autonome et plus responsabilisante (pour l’homme comme pour la femme).
Pour le moment, on peut s’emparer de deux méthodes éprouvées : la cape cervicale et le diaphragme.
lieux de rencontre afin de faire la plus grande lumière sur ces questions. Tous les intéressés devraient pouvoir en discuter avec les spécialistes et les responsables.
La contraception est un élément fondamental pour la libre disposition de notre corps, elle doit aussi le respecter. Tous les moyens nécessaires doivent être mis en oeuvre pour créer des centres de recherche afin de dégager une contraception moins dangereuse et plus avancée qui laisse aux femmes le1 contrôle absolu de leur corps.
La cape cervicale et le diaphragme
La cape cervicale se présente comme un petit chapeau qui se moule autour du col de l’utérus et qui y adhère comme une ventouse. Bien que d’utilisation ancienne, puisqu’elle a été créée en 1838 par un gynécologue allemand, Adolphe Wild, elle est toujours méconnue. Elle est fabriquée en polyéthylène ou en caoutchouc. La cape était très populaire, autant que le diaphragme, lorsque les
A l’heure où le ministère des Droits de la femme lance une campagne, que nous jugeons salutaire, d’information nous vent d’ouvrir méthodes « de barrières mécaniques » étaient très utlisées, c’est-à-dire avant l’apparition de la pilule.
Depuis, elle est entrée dans l’oubli. La cape ne présente pas suffisamment d’intérêts pour les trusts pharmaceutiques car son prix est bon marché ainsi que sa matière première et sa résistance ; on peut la garder plusieurs années. C’est seulement maintenant que l’on commence à penser à elle. Comme pour le diaphragme, la cape est pincée entre deux doigts (bord semi-rigide) pour être introduite dans le vagin. Mais alors qu’elle est posée dans le col de l’utérus et ne recouvre que lui, le diaphragme au contraire recouvre l’espace vaginal de l’os publien à l’arrière du col. La cape a une fonction de barrière mécanique, elle couvre complètement le col de l’utérus en bloquant l’entrée des spermatozoïdes, son efficacité est meilleure si on l’utilise avec un spermicide. Le diaphragme, lui, a une fonction différente : il tient en place la crème spermicide autour du col de l’utérus en tuant les spermatozoïdes.
D’après le Planned Parenthood Federation of America, le diaphragme est aussi efficace que la cape. Il y a 2 à 3 % d’échecs environ, mais ceux-ci sont dus à une mauvaise utilisation ou à une mauvaise pose.
L’utilisation de tels moyens va dans le sens d’une plus grande prise en charge par les individus de leur santé, de leur sexualité ; ils sont efficaces et ne présentent pas de risques pour la santé des femmes.
Aucune information n’est faite aujourd’hui sur la cape cervicale, aucune étude n’a été menée à son sujet en France : il faut se la procurer en Angleterre. Le diaphragme ne rencontre que peu de sympathie du côté des médecins... Il est plus facile et plus rapide de faire une ordonnance pour la pilule que de mesurer la longueur de l’utérus (pour la cape), ou la profondeur du vagin et le diamère du col (pour le diaphragme).
Il y a des femmes qui pensent que la pose et le retrait de la cape et du diaphragme représentent un inconvénient majeur. Au « début, ce n’est pas facile, la société ne nous a jamais appris à avoir un bon rapport avec notre corps. Mais, comme l’expliquent les femmes du Self-Help, c’est aussi « un coup de main à prendre », et une façon d’apprendre à mieux connaître son corps.
Louise Briceno
Adresse utile : femmes Self-Help, librairie La Brouette, 20, rue de Caulaincourt, 75018 Paris.
Notes
- Cet article constitue une contribution individuelle à un débat que nous poursuivrons dans les prochains Cahiers