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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

AVORTEMENT-CONTRACEPTION

Une première à la télé : Des flashs de pub pour la contraception

Cahiers du féminisme, n° 18, décembre 1981 - janvier 1982 · p. 25 · 711 mots

En France, seulement 30 % des femmes âgées de quinze à cin -quante ans utilisent un moyen de contraception (pilule, stérilet, diaphragme). On constate par ailleurs un nombre inquiétant de naissances non désirées et d’avortements chez les très jeunes.

Une campagne d’information sur la contraception à la télévision, toujours refusée par le précédent régime, est parfaitement justifiée et pourrait aider à la prise de conscience de millions de femmes que la maternité n 'est pas une fatalité et qu ’il est possible d’avo> « un enfant si je veux, quand je veux », selon l’expression du Pt mning familial...

Cette campagne tant attendue a commencé le mercredi 1 8 novembre sur la première et la deuxième chaînes. Conçue sous forme de spots publicitaires de trente secondes diffusés aux heures de grande écoute, elle vise, et on peut s’en féliciter, les femmes qui n’ont pas accès aujourd’hui à la contraception : les jeunes, les agricultrices, les immigrées... Elle durera jusqu’au 9 décembre et comportera en tout 23 messages. Elle est complétée par la diffusion dans les mairies et les bureaux de postes de dépliants (8 millions) récapitulant les adresses et les horaires des centres de contraception par département. Enfin, une boîte postale (ministère des Droits de la femme, BP 1000-07, 75326 Paris Cédex 07) est mise à la « disposition du public ». Le tout a coûté deux millions de francs, financés par le ministère de la Santé.

Il est difficile de porter un jugement sur une campagne qui a débuté il y a moins d’une semaine à l’heure où nous écrivons, mais il est d’ores et déjà possible et nécessaire de poser quelques questions au ministère des Droits de la femme :

• Pourquoi le ministère a-t-il eu recours à une agence de publicité pour concevoir cette campagne alors que le Planning familial, on le sait, était disposé à mêttre son expérience au service du ministère ?

La question n’est pas secondaire lorsqu’on connaît les prix exorbitants des services d’une agence de publicité. Cela signifie par ailleurs que le contenu des « messages » échappe au contrôle des femmes qui sont les mieux placées pour concevoir une campagne sur la contraception digne de ce nom.

• L’objectif de la campagne, dit le ministère, c’est de faire passer le message simple suivant : « Aujourd’hui, chaque femme doit pouvoir choisir. » Louable projet, encore faut-il préciser : choisir quoi ? D’avoir un ou plusieurs enfants au moment où on le veut, quand on le peut ? C’est ce qu’expriment essentiellement les séquences filmées par Agnès Varda (« Moi, un bébé, je viens d’en avoir un, alors... j’attends un peu. » « Moi, côté enfant, j’ai ce qu’il me faut... un de plus, franchement, ce serait trop ! »). Si cette idée simple passait, pourrait-on dire, ce ne serait pas si mal... Peut-être, mais totalement insuffisant.

Le combat des femmes aujourd’hui peut-il se réduire à la « planification des naissances », à la volonté de « contrôler », d’« espacer les naissances » ? Que devient le droit des femmes à disposer librement de leur corps, le droit à la sexualité, le droit à dissocier sexualité, plaisir et reproduction ? Une campagne qui n’aborderait pas ces questions manquerait son but.

Peut-on réellement croire à l’efficacité de 23 spots de trente secondes chacun sans même une adresse ou un numéro de téléphone auxquels s’adresser, venant après ou ayant une série de publicités commerciales pour les pâtes Panzani, un shampooing pour bébé, une marque de café, un parfum Darling... une pub parmi d’autres ?

Peut-on prétendre aider les femmes à choisir librement un moyen contraceptif en recourant à une technique, la publicité, qui, par définition, nie le libre choix et fonde son efficacité sur la manipulation de l’inconscient ? Pourquoi, en effet, une campagne de publicité payée au prix fort et non une véritable campagne d’information qui prenne le temps et les moyens d’informer et de débattre ?

En payant son accès aux médias, le ministère n’a-t-il pas cherché à dé-sarmorcer les critiques de la droite qui ne peut contester les lois du marché ?

Mais à vouloir banaliser l’information sur la contraception par le biais de la publicité, ne prend-on pas le risque également qu’elle passe inaperçue auprès des femmes elles-mêmes ?

C. B.

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