CULTURE « Afina ou trois pas dans la nuit des temps »
Par la troupe de la Carmagnole
Elles ont présenté pendant deux mois leur spectacle dans la petite salle du théâtre Présent, démontant chaque soir leurs décors pour laisser place dans la journée à de l’animation pour enfants. Un spectacle sur la maternité qui fait revivre Flora Tristan ou les femmes de 1848, c’était tentant. Nous y sommes allées en groupe, un groupe de femmes qui participons à un cours sur l’histoire du féminisme de l’université de « Vincennes » déménagée depuis un an à Saint -Denis.
Ce soir-là, nous remplissons pres-qu’à nous toutes seules la petite salle. Sur la scène, des panneaux plus ou moins transparents sur lesquels sont dessinés des « nounours », dans un coin un petit berceau et brusquement les sanglots haletants d’un bébé réveillé nous plongent immédiatement dans l’atmosphère d’une chambre d’enfant. Yolaine, la mère, consolera son bébé avant de sombrer épuisée dans le sommeil ; surgit alors de l’ombre Marie, la sorcière ou la fée, qui va tenter d’arracher cette mère enfouie dans l’atmosphère douillette du pouponnage pour l’entraîner dans la farandole des femmes qui ont cherché à prendre leur indépendance, qui ont osé sortir de la maison pour emprunter les chemins de la connaissance ou prendre la route de la révolte et de l’action. Se succèdent alors dans un tourbillon musical les Femmes savantes, les lingères de 1848, Tawadud, la jeune esclave qui part du harem et Flora Tristan qui renonce à tout repos pour se consacrer à la cause du socialisme et de la libération des femmes. C’est de l’espoir et des contradictions de cette mère et de toutes ces femmes que nous parle ce spectacle.
Quand les lumières se sont rallumées, Eugénie Agoudjian, Dominique Botbol, Yolaine de Courson et Marie Gulla ont accepté de discuter avec nous malgré leur fatigue. « L’idée de ce spectacle nous est venue à partir de l’expérience de l’une d’entre nous. Tandis que Yolaine avançait dans sa grossesse, le spectacle mûrissait. Nous avons lu des dizaines de livres pour nous documenter et puis un beau jour, nous avons décidé de nous y mettre. On a combiné l’improvisation et l’écriture. »
Certaines ayant de très belles voix et la musique étant omniprésente dans le spectacle, on s’est demandé si elles avaient suivi une formation particulière « les cours de chant, c’est trop cher ».
Par contre tout dans ce nouveau spectacle a fait l’objet d’une élaboration plus approfondie : les costumes, la musique, les décors, ce qui a nécessité une collaboration de toute une équipe autour des quatre de la Carmagnole ; les dialogues aussi sont plus littéraires : « Il est vrai que cette fois -ci nous avons eu envie de faire un spectacle beaucoup plus élaboré. » Les spectacles de la Carmagnole à ses débuts ressemblaient plus à des sketchs pris sur le vif, rappelez-vous par exemple celui sur la grève des ouvrières de la CIP : « Ce type de spectacle nous donnait l’occasion d’être en contact avec un public qui réagissait de manière très vivante. » On sent un peu de nostalgie dans les paroles de Dominique qui est la plus ancienne de la troupe avec Yolaine.
C’est au fil des six années d’expériences qu’elles ont acquis leur formation. Eugénie et Marie les ont rejointes plus récemment, elles avaient, elles, dès le début une formation théâtrale.
Mais aucune d’entre elles ne peut vivre du théâtre ; elles travaillent toutes à temps partiel pour pouvoir payer la location de la salle, les costumes, un peu de publicité, etc. Après le 10 mai, elles sont allées voir Y. Roudy pour lui expliquer leurs projets et leurs difficultés. Elles ont eu beaucoup d’encouragement... moral.
Une troupe de femmes, féministes, qui créent avec beaucoup d’imagination et de talent leur propre répertoire doivent rencontrer beaucoup plus que notre soutien moral.
Josette Desbois
Un ciné club de femmes à Paris : « Les Elles »
C’est à l’initiative de femmes féministes de l’université de Paris VIII (Vincennes à St-Denis) que se crée le ciné club ; il y aura des projections de films de femmes, inédits ou déjà projetés. Ces projections seront suivies de débats sur les thèmes liés aux films.
Ce ciné club aura lieu à 10 heures du matin, un dimanche sur deux, au cinéma Escurial, 11, Bd. de Port-Royal, 75013 Paris (M° Gobelins, tél. : 707 28 04.
• Dimanche 2 1 février : La fille de Prague avec son sac trop lourd , de Danielle Jeaggi.
• Dimanche 7 mars: Histoire d’A(vortement).
• Dimanche 21 mars : pas de projection pendant le festival des films de femmes à Sceaux.
• Dimanche 28 mars : les Servantes du Bon Dieu (sous réserve).
Prix d’entrée : forfait de 50 F par séance pour trois séances (5 F d’abonnement au ciné club et 15 F d’entrée, pour chaque séance.) Venez toutes nombreuses.
Pour tout contact : Les Elles au cinéma Escurial