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CULTURE « Syndicalisme au féminin »

«Syndicalisme au féminin» : Interview de C. Simon

· Cahiers du féminisme, n° 19, mars - avril 1982 · p. 47 · 926 mots

Entretien avec Catherine Simon.

Avec « Syndicalisme au féminin », sorti il y a quelques semaines aux Editions EDI, Catherine Simon a entrepris un voyage dans le secteur femmes de la CGT et dans quelques-unes des luttes de femmes les plus significatives de ces dernières années.

A travers la « guerre lente » à l’UD du Rhône qui s’est terminée, on le sait, par le suicide de la principale responsable du collectif femmes, les problèmes rencontrés par « Antoinette » — le journal que la CGT publié depuis 1955 en direction des femmes travailleuses — elle aborde un aspect important de la crise dans la CGT aujourd’hui.

Des luttes aussi : Essilor, la MTC à Tours... des itinéraires : celui du groupe femmes de Renault -Billancourt...

Le livre est préfacé par Louisette Blanquart, ancienne journaliste à « l’Humanité », qui fut auparavant responsable d'« Antoinette » aux tout débuts du journal.

• Peux-tu expliquer la démarche qui t’a conduite à écrire « Syndicalisme au féminin » ?

— Militante d’extrême gauche pendant plusieurs années — je fais partie de « l’hémorragie femmes » des années 1976 — j’ai par la suite travaillé à Libération comme journaliste, à Lyon d’abord puis à Paris où j’étais rattachée jusqu’au printemps dernier au service « politique et social ».

L’un dans l’autre, j’ai donc toujours suivi l’actualité du mouvement syndical ; j’y ai tissé des liens. Partie prenante du mouvement des femmes, je me suis par ailleurs « tout naturellement » intéressée à ce qui se passait, à ce niveau-là, dans les syndicats.

Il y a aujourd’hui à la fois une crise du syndicalisme qui prend des formes multiples, particulièrement saillantes à la CGT, et ce qu’on pou-rait appeler une « crise de croissance » du mouvement des femmes. Tandis que l’éclatement du mouvement féministe des années 1970 perdure, une prise de « conscience sqcia-le de sexe » — pour reprendre là formule de Louisette Blanquart — se développe parallèlement au sein du mouvement ouvrier, tant dans les grèves, les luttes, etc. que dans les organisations syndicales. Mouvement ouvrier /mouvement de femmes, luttes de classes /lutte des sexes : la contradiction — dépassable ou non je n’en sais rien — me semble de plus plus aiguë et douloureuse. J’ai eu envie, simplement, de voir de plus près ce qu’il en était, et c’est ce qui m’a poussée à entreprendre ce « petit voyage » à l’intérieur du « féminisme syndical ».

• L’essentiel du livre porte sur la CGT : est-ce un parti-pris ?

— Non, pas du tout. Simplement, je connais mieux la CGT que la CFDT, son histoire, ses militants. A la CFDT, il y a une certaine sensibilité au féminisme, mais peu ou pas d’activité spécifique. S’il y a eu une ouverture dans les années 1970, celle-ci ne s’est pas maintenue. Dans la pratique en tout cas, la CFDT me semble aujourd’hui plutôt en retrait sur l’ensemble de ces problèmes.

A la CGT, les choses se sont passées et se passent différemment. Depuis mai 1977 — date de la fameuse 6e Conférence des femmes salariées qui a marqué un tournant, une ouverture côté femmes — la situation est devenue de plus en plus conflictuelle. En faisant « un travail femmes », beaucoup de militantes se sont directement heurtées aux directions syndicales, à la bureaucratie. La situation est aussi contradictoire car si la crise du secteur femmes débouche sur des problèmes de démocratie, d’indépendance syndicale, aujourd’hui en débat dans la CGT, je crois que pour le moment les femmes n’ont pas trouvé leur place dans ce débat. C’est d’ailleurs ce qu’illustre, en partie, la mort de Georgette Vacher.

• Chaque chapitre est en quelque sorte une histoire. Comment as-tu choisi les thèmes?

— J’ai d’abord fait un travail de repérage. Avec une idée de base dans ma tête : comment est-on, peut-on être, femme dans un syndicat ou dans la lutte syndicale ? C’est cette contradiction que j’ai voulu donner à voir, c’est à partir de là que j’ai choisi les sujets de reportage — ils ont tous été réalisés au cours du printemps — chacun formant un chapitre, une histoire.

Celle par exemple du journal Antoinette et l’enjeu qu’il représente dans le processus de normalisation en cours dans la CGT, l’immense travail que ces militantes ont réalisé, ses limites, les obstacles qu’elles ont — et n’ont pas fini de rencontrer.

J’ai choisi des luttes ou des gens qui me semblent exemplaires dans le contexte syndical actuel. A Essilor, une « petite » grève de 60 femmes prend une dimension nationale parce que démontre le système de discriminations entre travail masculin et féminin. Même le côté décevant de la lutte exemplaire, en un certain sens de la manière dont ça se passe à la CGT, des énormes résistances à vaincre au-delà de la petite-frange-qui-comprend. Pour la MTC à Tours, j’ai souhaité en parler parce qu’il s’agissait d’une lutte contre les « atteintes à la dignité » comme on dit pudiquement : ces termes sont néanmoins nouveaux dans le vocabulaire syndical. Ce qui m’a intéressée aussi là-bas c’est que c’était des femmes peu « politisées », non militantes — à quelques exceptions cédédistes près — qui faisaient sauter la barrière entre ce qui est prétendument privé et ce qui est public. J’ai voulu parler aussi d’un groupe femmes d’entreprise, ici celui de Renault-Billancourt, qui rassemble des syndiquées CGT, CFDT, des non-syndiquées. Raconter son histoire m’a semblé entrer dans la « logique » du bouquin.

Mais il existe évidemment d’autres luttes, d’autres lieux, d’autres femmes dont j’aurais pu parler.

Propos recueillis par Cécile Aubert

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