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Avant le 41e congres de la CGT l’épreuve de force est engagée contre «Antoinette»

· Cahiers du féminisme, n° 20, juillet - août 1982 · p. 23-24 · 1 453 mots

Le 41e Congrès de la CGT se tiendra à Lille du 13 au 18 juin.

Il s’agit là d’une échéance décisive pour la confédération après les crises qui ont traversé le syndicat :

— refus de la direction confédérale de s’associer à la bataille pour battre Giscard en 1981 ;

— crise polonaise.

Echéance aussi pour toutes les militantes et militants qui ont tenu tête, « sauvé l’honneur de la CGT » en appelant clairement à battre la droite à l’élection présidentielle, et en affirmant leur solidarité avec les syndicalistes polonais. Autre crise, autre épine dans le pied confédéral : le secteur féminin.

L’épreuve de force engagée par le bureau confédéral contre le journal Antoinette se solde par des licenciements, par la grève des rédactrices, et la demande faite aux journalistes de la VO de fabriquer le numéro de juin.

La crise du secteur féminin rejoint les problèmes de l’heure dans la CGT :

— quelle unité d’action ?

— quelles revendications pour les femmes ?

— comment se situer après le 10 mai vis-à-vis du gouvernement ? — comment s’exerce la démocratie dans un syndicat ?

— et puis aussi ce « vieux » débat sur féminisme et lutte de classe...

Pour les syndiquées CGT et, au-delà, pour toutes les femmes qui luttent, le congrès de juin est important, à l’époque de la revue en baisse des revendications : on sait que les femmes sont les premières à faire les frais de la crise et que le « consensus social », s’il a lieu, s’opérera sur leur dos.

De plus, le mouvement des femmes qui a fortement contribué à questionner, à remuer les syndicats (cf. les Questions qui font bouger et la VIe Conférence femmes salariées de la CGT) ne baisse pas les bras. Ce congrès ne peut l’ignorer.

De nombreuses syndicalistes CGT (dont plus de la moitié ont des responsabilités syndicales) ont assisté aux Etats généraux — tenus à l’initiative de la coordination des groupes femmes — , les 24 et 25 avril, sur le travail des femmes et les femmes dans le travail. Ces Etats généraux marquent une évolution et une avancée du féminisme dont les retombées sont difficiles à évaluer à l’heure actuelle ; il y a cependant fort à parier que, comme lors de la conférence

Antoinette

CGT femmes CGT de 1977, des militantes syndicales, fortes de la pression extérieure qu’est le mouvement des femmes, des luttes et des exigences dont il est porteur, de l’unité qu’il impulse, seront amenées à défendre le féminisme sous tous ses aspects: Antoinette , mais aussi l’unité et la démocratie dans le syndicat, au-delà de la simple « dimension femme » des revendications générales.

« Je sais que le mouvement ouvrier ne pourra pas évacuer la question dérangeante que lui pose l’existence d’un mouvement de libération des femmes, indépendant et politique à part entière. » (Louisette Blan-quart).

La direction veut pourtant escamoter ce débat, si nécessaire, avant l’ouverture du 41e Congrès et les opérations contre Antoinette sont là pour nous le prouver.

Des critiques parfois violentes depuis plusieurs mois

Même si le débat n’a jamais pu avoir lieu ouvertement dans la CGT sur le contenu du mensuel féminin, un procès n’en a pas moins été engagé par l’intermédiaire de certaines instances. Aux journées d’étude du mois de février (restées confidentielles), certaines unions départementales et fédérations ont accusé Antoinette « de favoriser la lutte des sexes, de plaire aux cédétistes et recentrés, aux gauchistes, et de maintenir les femmes dans la marginalité ».

Depuis mars, les critiques n’ont pas cessé. Qu’on en juge : « Ces attaques ont pris différentes formes : courrier au journal ou directement adressé à la confédération, réunions du collectif confédéral de la main-d’œuvre féminine et comité de rédaction élargi. Globalement, nous étions accusées d’avoir abandonné les positions de la CGT, voire de lutte de classe, et de ne pas avoir expliqué clairement la politique de la CGT quant à l’élection présidentielle. On nous a même reproché d’avoir entretenu "un flou artistique en ce qui concerne les ministres communistes” et même de ne pas avoir soutenu "le courage politique du maire de Vi-try”. Fait plus grave, nous avons été accusées (notamment par une des responsables du secteur féminin, Nicole Raynal) de mettre notre compétence professionnelle au service d’idées réformistes. » (Les journalistes à' Antoinette).

L’aboutissement du conflit : licenciements, rapt des documents du numéro de juin, demande aux journalistes de la VO de composer ce numéro...

Lundi 3 mai, les rédactrices apprennent que la rédactrice en chef, Chantal Rogerat, est remplacée par E. Bressol. On les informera ensuite du « départ » de l’administratrice, S. Aubert, après qu’elles aient reçu la visite inopinée des administrateurs de la VO et de la CGT, venus prendre les copies des articles prêts à partir à l’imprimerie et le listing des salaires. C’est par la grève que les rédactrices ont répondu...

Quel féminisme dans la CGT ?

Deux conceptions du journal sont apparues qui renvoient plus largement à des différences d’approche du travail en direction des femmes.

L’activité spécifique est progressivement remise en cause, le féminisme a de plus en plus de détracteurs. Ceci est grave et ce qui est presque plus grave, c’est que cette évolution s’est faite sans aucun débat, sans aucune réelle confrontation des positions.

Antoinette est contestée ; sa direction demande, par l’intermédiaire de C. Rogerat, un débat depui plusieurs mois en bureau et en commission exécutive de la confédération : rien, silence. Les dernières prises de position du bureau confédéral sur Antoinette datent de décembre 1980.

La direction confédérale a préféré régler l’affaire en usant de pratiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec le « record de démocratie » annoncé pour ce 41e Congrès de la CGT.

Pourquoi y-a-t-il refus d’une conférence femmes avant le congrès ? Cette conférence aurait pourtant permis de discuter ouvertement et franchement du malaise du secteur féminin révélé successivement par la démission de C. Gilles, le suicide de G. Vacher, militante de l’UD de Lyon, et, ces derniers jours, par les licenciements de C. Rogerat et de S. Auber, par la grève des journalistes d 'Antoinette.

Nier les problèmes ne permet pas de les résoudre, nous espérons que les nombreuses questions que se posent les syndiqué(e)s sur Antoinette, la démocratie, les luttes sur les revendications, remonteront jusqu’aux directions confédérales et qu’elles feront l’objet d’un débat important lors du congrès. Déjà, de nombreuses structures syndicales ont apporté leur soutien à l’équipe d'Antoinette et ont protesté contre les méthodes douteuses de la direction. M.A.

Appel

Toutes les journalistes d' Antoinette-CGT ont été contraintes à la grève à la suite des licenciements abusifs de Chantal Rogerat, rédactrice en chef, et de Simone Aubert, administratrice et directrice de publication.

Antoinette est née de la volonté de la CGT et de la volonté des femmes d avoir un magazine féminin, c’était une nécessité. Antoinette n’a cessé d’évoluer positivement au cours de ses 26 années d’existence.

Antoinette a eu la volonté d’informer et de débattre. La compétence professionnelle et l’engagement militant à la CGT de l’équipe rédactionnelle ont su donner aux femmes des éléments de réflexion sur les atteintes à leur dignité et à leur liberté dans tous les domaines de la vie au travail et hors du travail. Antoinette leur a permis d’agir avec la CGT pour leurs revendications.

Antoinette s’est appuyée sur les orientations issues de la conférence nationale de 1977, les acquis essentiels de ses travaux, et la résolution de la commission exécutive de novembre 1977 pour la réalisation d’un travail spécifique qui prenne en compte tous les aspects de la situation des travailleuses. Elle s’est inscrite ainsi dans l’ouverture démocratique du 40e Congrès.

Nous considérons que les décisions du bureau confédéral en ce qui concerne Antoinette remettent en cause ses acquis pour la CGT toute entière.

C’est pourquoi, nous, syndiquées et syndiqués à la CGT, diffuseuse en liaison avec l’équipe rédactionnelle du journal :

— refusons que les questions soulevées soient résolues de manière autoritaire et administrative ;

— faisons appel au 41e Congrès pour donner toute sa place à ce problème essentiel pour les travailleuses aujourd’hui ; et demandons l’ouverture immédiate d’un débat réellement démocratique dans toutes les organisations de la CGT ; condamnons le non-respect du droit de grève, la confection du numéro de juin par des journalistes extérieurs à l’équipe, ce qui est en pleine contradiction avec le programme d’action soumis au 41e Congrès; demandons la réintégration de Chantal Rogerat et Simone Aubert ; le maintien de l’équipe actuelle et le retour à des conditions de travail normales.

Nous appelons les syndiquées et les syndiqués de la CGT à signer cette appel et à l’envoyer à Violette Piazza, 10, rue Jules Ferry 93170 Bagnolet.

Paris, le 11 mai 1982

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