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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Belgique : La lutte des femmes belges contre le temps partiel obligatoire

· Cahiers du féminisme, n° 24, avril - mai 1983 · p. 24 · 793 mots

La lutte des femmes belges contre le temps partiel obligatoire « La population travailleuse n ’est pas un groupe homogène, mais peut être subdivisée en plusieurs catégories avec différents besoins de consommation, de loisirs et de revenus. (...) Le temps partiel semble la formule appropriée pour résoudre ce fléau social » que constitue le chômage. Non, cette fois ce n est pas le patronat français qui parle, mais celui de Belgique, dans une brochure sur le travail à temps partiel publiée par la Fédération des entreprises belges. En deçà ou au-delà des frontières, ce sont bien les mêmes discours, mis au service des mêmes intérêts ! Et ce qui se passe en Belgique actuellement apporte, hélas, une confirmation de l’ampleur des remises en cause auxquelles la bourgeoisie peut se livrer en période de crise économique.

Devant la montée du chômage (le plus élevé en Europe : 1 2 % ), le gouvernement Martens vient en effet de décréter le lancement d’une vaste campagne en faveur du temps partiel, à grand renfort de publicité à la télé, dans les tramways, les métros, etc. Suivant l’exemple du patronat belge, il a publié une brochure intitulée « Le temps partiel : peut-être une solution pour vous ? », qu’il diffuse très largement. Il s’efforce enfin de rendre le statut du travailleur à temps partiel plus attirant.

Un précédent dangereux

Mais le patronat ne se contente pas d’une campagne de propagande pour développer le temps partiel. Certains chefs d’entreprise — « les poissons-pilotes » du patronat et du gouvernement belges ? — n’hésitent pas à tenter de le rendre obligatoire pour les travailleuses.

C’est ce qu’a voulu faire récemment le patron de l’aciérie Bekaert-Cokerill. Après plusieurs semaines de grève de tout le personnel (270 personnes) contre ses projets de restructuration et de licenciements, il a proposé, en octobre 1982, une convention — présentée comme celle de la dernière chance — qui limitait le nombre des licenciements, mais imposait le temps partiel à toutes les femmes « non chefs de famille » ; c’est-à-dire à 28 des 3 1 salariées ! Celles-ci devaient en plus abandonner leurs postes pour accepter des emplois subalternes.

Et, ce qui est tout aussi grave, la majorité du personnel, et les syndicats, ont accepté cette convention, contre l’avis des travailleuses concernées ! Celles-ci ont alors décidé de continuer la grève, seules, pour réclamer le statut du temps plein pour tout le monde. Quelques semaines plus tard, un nouvel accord est signé entre le patron et les syndicats : l’article concernant le temps partiel est supprimé... mais treize femmes seront licenciées. Parmi elles, bien sûr, les grévistes les plus actives.

Le cas de Bekaert-Cokerill constitue un précédent très dangereux. Déjà l’ONEM (Office national de l’emploi) y voit un exemple à suivre pour toutes les entreprises en difficulté, où le temps partiel reviendrait beaucoup moins cher que les mesures de chômage partiel. Mais il montre aussi, malheureusement, qu’à l’intérieur même du mouvement ouvrier, le droit au travail des femmes est encore loin d’être considéré comme un acquis, et que le réflexe premier reste souvent : « sauver d’abord le travail des hommes ». Alors que les travailleuses de Bekaert-Cokerill n’ont jamais situé leur combat contre leurs camarades hommes, mais bien contre le projet patronal de rentabilisation. Elles continuent d’ailleurs cette lutte, en s’organisant, en cherchant des ap-

Manifestation des sidérurgistes à Bruxelles le 16 mars 1982 puis nouveaux, en avertissant toutes celles que le même chantage pourrait menacer, en dénonçant publiquement toutes les mesures discriminatoires dont sont victimes les femmes.

7 000 manifestants pour le droit à l'emploi des femmes

Heureusement, elles ne sont pas seules à lutter sur ce terrain : depuis près de deux ans, des collectifs de « Femmes contre la crise » se sont mis en place dans différentes régions de Belgique, à l’initiative de militantes féministes et syndicalistes, et mènent dans tout le pays une campagne pour le droit à l’emploi des femmes et contre la généralisation du temps partiel. Grâce à cette campagne, ces revendications rencontrent un écho grandissant au sein du mouvement ouvrier belge. Ce qui s’est traduit dans le soutien apporté par les directions syndicales à la manifestation organisée par ces collectifs : le 5 mars dernier, 7 000 femmes et hommes venus de toutes les régions — militantes des collectifs et des groupes de femmes, militants des deux confédérations syndicales et des partis politiques, associations de femmes immigrées — ont défilé pendant plusieurs heures à Bruxelles pour exiger une diminution radicale du temps de travail, le maintien du pouvoir d’achat, pour revendiquer l’indépendance économique des femmes et la suppression de la notion de « revenu des ménages » qui nie cette indépendance.

A l’heure où le patronat développe la concertation à l’échelle européenne, cette

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