La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 36, été 1986 · p. 29 · 892 mots

La Réunion

La revue trimestrielle Solidarité océan Indien du 1er trimestre 1986, centrée sur le 8 Mars, fait le point sur la vie quotidienne des femmes de La Réunion. « Hier esclaves, engagées au service du maître qui les utilisaient non seulement pour leur force de travail, mais aussi pour l’assouvissement de leurs besoins sexuels, aujourd’hui aux mains de leur maris qui attendent d’elles soumission et nourriture (tradition oblige), aux mains des patrons qui les considèrent comme leurs filles... leurs secrétaires... leurs infirmières, aux mains des maires qui s’en servent le plus souvent comme d’une masse de main-d’œuvre électorale (les can-tinières), les femmes de La Réunion sont écrasées sous le poids de la domination. »

Domination coloniale marquée par les discriminations dans le domaine de l’emploi et la formation, l’application des lois sociales et l’attribution des revenus, la grande propriété de la terre et de l’économie.

Domination sexiste, perpétuée par le rôle traditionnel qu’on attend des femmes, des êtres considérés comme toujours à la disposition de quelqu’un. (...) Le dehors, c’est le domaine de l’homme. C’est le travail « reconnu », c’est le lieu de l’exploitation et la force des satisfactions, c’est l’argent qu’on ramène ou le chômage qu’on traite, c’est le comptoir de la boutique, les batailles de coqs ou les jeux réservés, autant de domaines où la femme est exclue ou risque d’être prise pour une « femme libérée », c’est-à-dire ni plus ni moins qu’une « femme à prendre ». N’a-t-on pas si souvent entendu ces commentaires après un viol : « Mais que faisait-elle à cette heure-là ? », « Avez-vous vu comment elle était habillée ? Est-ce digne d’une femme de faire du stop ?... C’est sûr, c’est elle qui l’a provoqué... » « Lorsqu’une femme est agressée, ce sont toutes les femmes que l’on meurtrit dans leur identité », répond en écho le groupe de femmes de Saint-André.

Dedans, c’est la journée qui commence à cinq heures du matin et qui ne s’achèvera pas avant neuf heures du soir. (...)

Aujourd’hui les femmes brisent le silence, elles se réunissent pour poser au-delà du foyer la question de leurs revendications, revendications immédiates en termes d’amélioration de leur condition de vie, de logement (eau, électicité) mais aussi revendications qui vont dans le sens d’une émancipation des femmes, d’une remise en cause du statut dans lequel la société coloniale les a reléguées d’une reconnaissance de leurs capacités réelles et de leur volonté de mettre un terme à l’aliénation.

En mettant un terme à l’assistance, véritable mépris qui consiste à transformer en charité un droit -l’allocation « femmes seules » sert en réalité à contrôler la sexualité des femmes puisqu’on peut leur enlever et même leur demander de rembourser à partir du moment où elles ont un ami.

En œuvrant à la création d’équipements collectifs : actuellement, sept crèches communales pour toute l’île, des garderies qui se ferment avant même que les écoles admettent les enfants de deux ans en maternelle... L’obligation pour les femmes qui travaillent de recourir à des solutions aléatoires pour la garde de leurs enfants... ou pour celles qui ont les moyens de « se payer une bonne, l’inconscience de croire qu’il suffit de reléguer à d’autres femmes l’accomplissement des travaux ménagers pour se sentir « libérées » (Sur 41 220 femmes qui travaillent à La Réunion, plus de 10 000 sont employées de maison).(...) Les femmes de La Réunion luttent, elles se mobilisent pour que leur parole soit entendue, leurs actes considérés, leur volonté respectée.

Le 8 Mars au Sénégal

Pour les femmes sénégalaises, le 8 Mars a été l’occasion de dénoncer la situation qui leur est faite. Le chômage et le sous-em-ploi s’accentuent au Sénégal et ce sont donc les femmes qui sont les premières touchées, les premières licenciées. En plus, elle occupent surtout des emplois non salariés avec des revenus précaires : commerçantes, bana-bana, vendeuses de beignets ou « tiaf », lingères ou « mbidanes ».

Les femmes doivent aussi faire face à la corvée d’eau dans les quartiers populaires et les villages, vue l’absence de puits et d’eau courante.

Sur le plan médical, la surveillance des grossesses est médiocre, ce qui se traduit par un taux de mortalité infantile élevé. L’éducation sexuelle est toujours inexistante de sorte que les femmes font des gosses rapprochés, souvent non désirés. Les avortements clandestins sont nombreux. En maintenant le caractère illégal des interruptions de grossesse, le gouvernement favorise les cliniques privées qui en pratiquent, moyennant de fortes sommes. Enfin, un Code de la famille phallocratique maintient les femmes en situation d’infériorité juridique. Les femmes sénégalaises souffrent de cette situation. Elles ont commencé à s’organiser, des associations pour la libération des femmes ont vu le jour. Les différentes composantes du mouvement doivent se regrouper pour agir ensemble.

Alphabétisation et mortalité infantile

A partir d’une enquête sur la fécondité mondiale, par l’Organisation mondiale de la santé, cent soixante mille mères ont été étudiées de près, à travers une trentaine de pays en voie de développement. Elle a abouti partout à la même conclusion : plus le niveau d’alphabétisation des mères est élevé, plus la mortalité des nourrissons est faible. Les femmes ayant suivi une scolarité de sept ans et plus se marient plus tard utilisent des contraceptifs modernes et ont en moyenne deux fois moins d’enfants que les femmes d’un niveau scolaire inférieur (sources AFI).

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