La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Désirer et porter un enfant, mais où le poser ?

Cahiers du féminisme, n° 4, mai 1978 · p. 17-18 · 889 mots

Les équipements d'accueil de la petite enfance. Dossier

désirer et porter un enfant, mais •ù le poser?

La maternité n'est plus une fatalité, mais...

Si aujourd’hui, pour les femmes, la maternité n'est plus une fatalité (du moins dans les principes si ce n'est dans les faits), l'éducation des enfants reste toujours du domaine de la responsabilité maternelle, particulièrement à travers la famille.

Aujourd'hui encore la relation de l'enfant à sa famille s'identifie à sa relation à la mère, qu'elle travaille ou non, le père étant tout entier au dehors, dans la production ; il joue dans l'immense majorité des cas le rôle de visiteur du soir I

Toute l'organisation sociale concourra à enfermer cette relation dans un cadre contraignant. Combien de femmes en sont réduites à ce face-à-face quotidien avec leur enfant — soins, repas, promenade... — dans lequel elles s'épuisent I

Ce resserrement de la relation maternelle est môme, pour certaines, accentué par le fait que l'enfant devient leur seule raison de vivre, parfois une justification à leur vie.

Encore aujourd'hui, le mode de « garde » dominant des enfants reste la garde maternelle, môme si rares sont celles qui souhaitent réellement avoir la charge et la responsabilité quasi exclusive de l'éducation des enfants.

Un autre système éducatif ?

En fait, depuis quelques dizaines d'années, un fort courant de pensée est apparu, contestant l'exclusivité du rôle maternel dans l'éducation du jeune enfant, et ce courant n'a cessé de se manifester, particulièrement au sein du mouvement ouvrier ! :

— l'importance pour l'épanouissement de l'enfant de sa présence dans une collectivité d'enfants est aujourd'hui admise, de môme que le caractère étouffant de la relation exclusive à sa mère, restreignant considérablement son rapport au monde ;

— l'implication des hommes dans l'éducation des enfants apparaît de plus en plus fortement (cf. les congés parentaux, le début de présence d'instituteurs dans les écoles maternelles...) ;

— l'idée que le travail des femmes nuit au développement du jeune en-fantest fortement combattu aujourd'hui ; par exemple Antoinette, le journal fémini de la CGT, a fait, récemment, une enquôte allant dans ce sens.

Autant de réflexions qui ont mis à l'ordre du jour la question d'un autre système éducatif, dans lequel s'inscrit tout particulièrement le courant pour le développement des crèches collectives et des équipements d'accueil de la petite enfance.

Si, depuis longtemps, la revendication d'un développement massif des crèches est avancée par toutes les organisations du mouvement ouvrier, leur peu d'enthousiasme à en faire un axe de luttes permanent est un frein réel au développement des luttes de femmes, tant est si forte la préoccupation des enfants.

Aujourd'hui encore, dans le cadre de la crise et de la politique d'austérité, le gouvernement essaie de justifier par tous les moyens la précarité de l'emploi des femmes, en les incitant à ne pas négliger leur « devoir de mère ». La campagne autour du prétendu congé parental, — dans 90 % des cas congé maternel — en est une illustration excellente. (Cf. l'article p.19.)

C'est pourquoi il nous semblait très important d'inscrire aujourd'hui dans nos préoccupations la lutte pour le développement des équipements d'accueil de la petite enfance (1), et d'y consacrer ce dossier.

Socialiser l'enfance...

Nous battre pour l'autonomie pleine et entière des fenmes, cela implique certes de revendiquer leur indépendance économique, d'exiger leur droit au plein emploi ; mais c’est aussi engager en môme temps toutes les luttes qui tendront à briser l'enfermement familial qui instaure. des relations de dépendance entre la mère et l'enfant.

Combien de femmes ont eu le sentiment d'avoir « sacrifié » leur vie, parce qu'elles ne trouvaient aucune alternative, aucune aide concrète à ces problèmes I

Combien de parents, de femmes se sentent totalement isolé(e)s, parce qu'ils se trouvent seul(e)s à faire face à ces problèmes, vécus comme des problèmes personnels, privés, et soumis au régime de la débrouillardise individuelle : recherche de crèches, de nourrices, appel aux grands parents, aux voisi es, aux ami(e)s.

Sortir la question de la « garde » et de l'éducation des enfants de son cardre privé, en exiger une prise en charge collective au sein de l'organisation sociale, tel est le point de vue qui nous guide, et qui nous amène aussi à réfléchir sur la manière dont les militant(e)s prennent ou non en compte, collectivement, l'existence des enfants. (Cf. les articles p. 36 à 41.) Les heures et la fréquence des réunions, les nombreux weekends « indispensables » où rien n'est prévu pour les enfants, tout cela éloigne de la lutte, bon nombre de ceux qui ont des enfants. Et quand ils sont deux à les avoir, devinez qui se « sacrifie » ? Nous avons, à la suite tfu dossier, tenté une première réflexion sur ces problèmes !

Donc, dans ce dossier, nous nous sommes volontairement limitées à poser la question des équipements d'accueil de la petite enfance, des revendications, des expériences et des luttes qui s'y rattachent !

C'est une première approche... Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la maternité et son vécu social, sur les désirs ou non qu'elle engendre, sur l'univers de l'enfant et les relations adultes/ enfants, femmes/enfants.

Nous nous sommes tou(te)s interrogées, après avoir lu Du côté des petites filles, sur les images dont nous sommes prisonnières et que nous retransmettons. Autant Je questions, d'interrogations qui feront l'objet de dossiers futurs pour lesquels nous attendons vos contributions !

Notes

  1. NOTE
  2. (1) Nous n’avons pas abordé dans ce dossier une analyse de la réalité des écoles maternelles.

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