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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La commission femmes de la campagne Juquin

· Cahiers du féminisme, n° 44, printemps 1988 · p. 14-15 · 1 522 mots

Nous avons rencontré Farida , Marie-Claude , Maya , Doucha , Christiane et Annick : elles participent toutes à la commission femmes de la campagne Pierre Juquin. Nous voulions connaître leurs itinéraires, leurs motivations et leurs points de vue sur cette candidature.

Pratiquement toutes avaient eu un jour ou l’autre des liens avec le militantisme politique et le mouvement féministe ; leurs motivations sont proches en ce qu’elles espèrent toutes que cette campagne pourra enclencher une dynamique politique nouvelle, à laquelle comme féministes elles veulent participer.

Itinéraires

Farida n’est arrivée en France qu’en 1980. Elle a découvert alors la vie politique française et le mouvement des femmes à travers le groupe Psychanalyse et Politique, qu’elle a cessé de fréquenter en 1982 avec Marie-Claude, toutes deux étant écœurées par son fonctionnement. Marie-Claude, elle, était étudiante en médecine ; après une année très studieuse et les grèves de l’hiver 1986 dans les facs, elle a décidé de s’engager politiquement en participant à la campagne électorale.

Maya — les Cahiers du féminisme l’ont souvent rencontrée1 — est une militante féministe de la première heure, active dans la Maison des femmes de Paris. Doucha s’était de fait éloignée du mouvement des femmes depuis plusieurs années car elle n’y trouvait plus son compte, préférant continuer à lutter de manière individuelle.

Christiane est communiste, hier au PCF, aujourd’hui dans le mouvement des communistes rénovateurs ; Annick, enfin, a milité du début à la fin des années soixante-dix dans une organisation maoïste, le PCR. Son engagement féministe a été parallèle à son désengagement de l’organisation politique. Entre temps, elle s’était investie syndicalement, prenant des responsabilités qu’elle exerce toujours dans la CFDT, comme travailleuse des PTT.

Motivations

« C’est un tournant d’accepter de mener bataille dans un cadre mixte, souligne Maya. C’est bien sûr autre chose que le mouvement des femmes... Jusqu’à présent on n’a jamais discuté collectivement dans la commission de ce que cela signifiait d’accepter de travailler dans ce cadre qui n ’a pas les objectifs du mouvement. Selon moi, la situation est critique pour le mouvement des femmes. S 'il n’y a pas de dynamique qui se développe ici, on peut penser qu’il n’y a aucun espoir de s 'en sortir. »

Lors des législatives de 1986, Maya avait refusé de participer aux listes « alternatives » car « il n’y avait que l’extrême gauche, et cela n’ouvrait pas de débouchés. Alors qu’ actuellement, après les mobilisations de l’hiver 1986 des jeunes, des cheminots et des instituteurs, il y a la possibilité d’une brèche. » C’est la raison majeure pour laquelle elle a accepté de s’investir dans l’équipe de direction de la campagne Juquin et d’animer entre autres la commission femmes.

Doucha a hésité avant de s’engager. A ce point qu’elle avait même un temps envisagé de rejoindre le PS, histoire de contribuer à ce que la droite ne repasse pas. Face à Juquin, « j’avais au départ des réticences, car, bien que communiste, c’était un homme et je ne voyais pas comment un homme pourrait nous représenter. Mais je suis allée à son premier meeting à la Sorbonne et j’ai été heureusement surprise : bon orateur, parlant bien des femmes — enfin aussi bien qu ’un homme peut le faire — il était décidé à parler des femmes. J'ai donc décidé de m 'engager avec mes copines. »

Farida est venue dans la commission un peu par hasard en suivant des copines ; c’était d’abord dans la campagne Juquin qu’elle avait choisi de s’investir. « Je reste à la commission car j’ai des choses à y faire, mais je voudrais qu 'il y ait plus de débats, et j’aimerais aller aussi dans d'autres commissions et dans un comité. »

Annick distingue dans ses motivations les considérants politiques généraux: « la possibilité qu’ont des femmes dispersées de se retrouver après un bilan de dix ans d’éclatement de l’extrême gauche », et son combat féministe qui suppose un engagement des féministes dès l’origine de ce mouvement. « Je me suis interrogée aussi car j’avais peur d’être en porte à faux face à mes responsabilités syndicales. Et puis, l’itinéraire de Pierre Juquin est complètement étranger à ma culture politique, et enfin j’intériorisais les difficultés de la situation politique... J’ai résolu enfin de compte qu’il n’y avait rien à perdre, mais au contraire des potentialités nouvelles. La campagne Juquin peut devenir par exemple un prétexte pour la rencontre des féministes, au-delà même du "vote Juquin” : c’est une des ambitions de la rencontre du Cirque d’hiver, le 28 février. »

Toutes les copines que nous avons rencontrées souhaitent peser pour la prise en compte des reven-

10 heures pour les femmes

dications féministes, ce qui, dans le contexte actuel, n’est pas gagné. Christiane souligne qu’elles ont quand même un atout pour cela, c’est leur présence en nombre dans l’équipe de direction de la campagne, avec des responsabilités importantes : « Il y a dans l'équipe de campagne un directoire de cinq personnes ; parmi elles, il y a deux femmes : Kaïssa, responsable des comités et moi-même responsable de la communication, de l’image de la campagne. Dans le reste de l’équipe composée de dix-huit personnes, on trouve Maya responsable en particulier (pas exclusivement) de la commission femmes. Véronique qui s’occupe à la fois du secrétariat particulier de Pierre et de la comptabilité quotidienne, Marie-Hélène qui est attachée de presse, Marie-Thérèse qui s’occupe, avec d’autres copains, des syndicalistes, Sylvia Zappi qui est étudiante et qui s’occupe, avec David Assouline, du secteur de la jeunesse, Chantal qui vient d'entrer dans l’équipe. Enfin dans les locaux de la campagne il y a encore Sacha comme dactylo et Béatrice qui travaille avec Maurice Najmann sur le secteur des commissions de travail. » Heureusement surprise par la présence réelle et non fantomatique des femmes dans la direction de campagne, Christiane l’est aussi en ce qui concerne les meetings et autres apparitions publiques : « On n ’est pas simplement là pour faire les plantes vertes. Sauf exception et il y a eu exception à la règle à mon avis parce que les choses n ’avaient pas été réglées d’avance : c’était pour le voyage à Toulouse. Sinon dans les débats avec Pierre, c’est le cas de Kaïssa aussi, on est toujours intervenues quand on voulait, comme on voulait (...) Si au début de la campagne, on était seulement deux, Kaïssa et moi, on a renforcé l’équipe avec le souci de faire rentrer des femmes : ce fut le résultat d’une volonté commune, de Juquin et de toute l’équipe initiale. On n'a pas dû supplier pour avoir des femmes dans l’équipe avec de réelles responsabilités ; pas le genre potiche ou sautoir qu’on s’accroche pour sortir dans les meetings, en disant: voyez je suis entouré de femmes (...). Dans cette équipe, c’est vrai qu’on a des pouvoirs réels de décision. »

Débordées de tâches

Farida et Marie-Claude regrettent que la multiplicité des tâches matérielles qu’il faut assumer nuisent aux discussions de fond et à une vision globale de la campagne. Mais ces tâches sont incontournables. « Tout le monde n’est pas convaincu, loin s’en faut, de l’opportunité pour les femmes de se réunir entre elles et de l’apport politique que cela représente », souligne Maya.

Pour sensibiliser les comités sur la problématique soulevée par les femmes, la commission a rédigé et publié, à l’occasion de la rencontre nationale des comités le 24 janvier, une plaquette « L’égalité, c’est un droit » qui donne « des éléments synthétiques et chiffrés permettant de faire le point sur la réalité quotidienne des femmes, et quelques propositions1 ». « Il fallait redonner vie, dit Annick, à certaines évidences qui apparaissent moins aujourd’hui : le travail des femmes, le travail à temps partiel, les effets de la crise, le sexisme, les violences. Car sur ces sujets on a assisté à une certaine régression. » La commission donne cet « état des lieux » à partir duquel on peut peser pour la prise en compte des revendications des femmes.

Le deuxième projet est aussi ambitieux que nécessaire : dix heures de forums et de fête au Cirque d’hiver à Paris le 28 février prochain. Cette initiative exprime « le besoin de regrouper les forces féministes » pense Annick : « même si celles qui viendront ne voteront pas toutes pour Juquin, c’est important qu’elles puissent se retrouver. » Cette initiative sera un temps fort de la campagne, son audience un test important.

Et l'avenir ?

« Il serait dangereux d’identifier ce qui se passe avec les féministes autour de Juquin au mouvement des femmes », dit Annick, et c’est une opinion partagée. S’il y a une alternative politique réelle qui se dessine à l’issue de cette campagne, elle peut stimuler la ré-émergence du mouvement. Maya pense que la réussite du 28 février, puis le score électoral, seront décisifs pour l’avenir. Doucha et Marie-Claude, craignant les « glissements électoralistes », pensent quant à elles que l’essentiel pour l’avenir se joue dans le développement de l’activité des comités. Nuance d’appréciation, tant les unes et les autres sont convaincues que les deux aspects du problème sont intimement liés.

Propos recueillis par Natacha Brink et Sabine Jersey

Notes

  1. 1. Cf en particulier l’interview parue dans les Cahiers du féminisme, n° 41-42, automne 1987.
  2. 2. «L’égalité c’est un droit », brochure disponible (10 F) au local de la campagne Juquin, 133 rue de Montreuil, 75011 Paris.

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