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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Oui l'égalité c’est un droit !

· Cahiers du féminisme, n° 44, printemps 1988 · p. 13 · 687 mots

La France aime la famille et les bébés. Si l’on en croit les affiches électorales, rien ne vaut la main tendue d’une petite fille ou le ventre d’une femme enceinte pour donner le frisson électoral aux futurs votants.

La France aime aussi, mais de manière plus discrète, les femmes présentables arrivées aux postes de commande malgré leurs difficultés à résoudre l’équation travail/amour/famille.

Sur les autres femmes il n’y a rien à dire. Au pays du libéralisme, sachez que l’égalité est acquise et la colère très dépassée...

L’égalité sur le plan juridique et formel ne fait pas de doute. Droit de vote depuis quarante ans, droit de disposer de son salaire ou de signer un contrat d’embauche sans autorisation du maître-mari, depuis moins longtemps encore : les femmes ne sont plus des mineures juridiques. Mais à avoir piétiné aussi longtemps, l’histoire ici n’est pas franchement glorieuse. La réalité l’est encore moins.

Egalité face à l’emploi ? Allez voir du côté des statistiques de l’INSEE. Discriminations salariales, taux de chômage, types d’emplois occupés, compétences exigées : tout se fait aux dépens des femmes. Les petits boulots, le temps partiel, les aller et retour travail précaire/ ANPE et autres joyeusetés flexibles leur sont largement destinés.

Quels que soient leur volonté de travailler et leur manque d’engouement évident pour le champ clos de la maison, les « réponses » patronales reposent toujours sur l’affirmation que la capacité sociale des femmes est avant tout limitée à l’espace du travail familial et domestique. La division sexuelle du travail n’a pas subi une égratignure malgré la progression du travail féminin depuis quinze ans. Dès lors, l’égalité proclamée relève d’une duperie gigantesque sur fond de consensus social et politique.

Il y a dans cette situation quelque chose qui ressemble à une bombe à retardement.

Quand les jeunes femmes déclarent aux enquêteurs-sondeurs, à 92 %, vouloir travailler, qu’elles plébiscitent l’égalité professionnelle (et, à 86 % qu’elles verraient bien une femme à l’Elysée), il y a de quoi pour certains faire des cauchemars par anticipation...

Egalité ? Quand les violences contre les femmes font partie du code de conduite admis, sinon légitimé socialement, le droit de vivre sa sexualité, le simple droit de « dire non » au mari, au copain comme au passant excité, de se promener la nuit, sont des libertés aussi élémentaires que niées aux femmes. Entre cette réalité et les discours politiques dominants, il y a un gouffre.

La droite n’a rien à dire aux femmes sinon, au comble de l’hypocrisie, d’« investir les compétences » ; quant à Le Pen il glapit son délire sur les mères de famille françaises.

Pendant ce temps des militantes du MFPF sont inculpées pour avoir donné les moyens d’avorter à des femmes piégées par les restrictions de la loi.

Le PC et le PS ? Colloques, manifs ou fetes du 8 mars auront du mal à provoquer l’amnésie souhaitée. Souvenirs, souvenirs... En 1982, quand ils étaient au pouvoir, quelques femmes de gauche, syndicalistes et universitaires, appelaient dans un manifeste les femmes à la vigilance et à l’action pour « faire passer dans la vie les idéaux socialistes inséparables d’une libération réelle des femmes ». A chacune) d’apprécier à quel point on ne voulut pas les entendre.

Il est nécessaire de rappeler l’importance des revendications féministes, de la lutte pour une réduction massive du temps de travail, de la nécessité de contraindre le patronat à appliquer l’égalité professionnelle, de la lutte pour la création d’équipements collectifs.

Ces revendications ne suffisent pas à instaurer l’égalité entre les sexes, ni à répondre aux problèmes que pose la construction d’une société socialiste, où les femmes ne seraient pas renvoyées au modèle masculin. Mais on ne peut faire l’impasse sur les réponses concrètes. C’est aussi en défendant le droit à l’avortement quand il est attaqué ou celui des femmes à disposer de lieux autonomes quand la Maison des femmes de Paris est menacée, que l’on donne sens au présent et que l’on prépare l’avenir.

Quand les femmes parlent d’égalité, et imposent cette parole dans une campagne électorale comme celle qui se mène autour de Juquin... écoutons la différence !

Danièle Lacoste

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