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Citadelles masculines
Avec 14 % de conseillères municipales après les élections de 1983 (contre 8,3 % en 1977, soit une progression de 66 %), les municipalités apparaissent connues les assemblées les plus féminisées. Toutefois, les femmes ne sont que 3,9 % parmi les maires : dès qu’on s’élève dans la hiérarchie des fonctions, l’homme chasse la femme... Et la majorité des femmes maires le sont dans de petites communes rurales, cinq seulement dirigent une ville de plus de trente mille habitants.
Globalement, c’est une toute petite minorité de françaises qui siège actuellement dans les assemblées élues, où elles sont le plus souvent reléguées à la « périphérie » dans le secteur traditionnel des questions sociales et culturelles, largement absentes des centres de décision les plus puissants. Au Parlement, elles sont ainsi sous-représentées dans les commissions des affaires étrangères, des finances, de la défense nationale. Et elles ne sont qu’ex-ceptionnellement aux « sommets de l’Etat ».
Cela renvoie au fait qu’elles occupent encore des rôles sociaux plus subordonnés que les hommes. Lorsqu’elles travaillent, elles sont majoritaires parmi les employés et les personnels de service, et minoritaires en haut de la hiérarchie des fonctions. Les salaires qu’elles perçoivent sont en moyenne inferieurs de 30 % à ceux des hommes. Pourtant l’explication économique n’épuise pas la réalité ; d’autres pays européens paraissent un peu moins sexistes, et en France, les femmes forment malgré tout un quart des cadres supérieurs et la moitié des cadres moyens,
Les règles du jeu politique entretiennent l’inégalité. Le mode de scrutin a constitué un frein à l’entrée des femmes en politique : le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, dit de « gladiateurs », personnalise l’élection. Ce qui est décisif pour la victoire, ce sont les qualités d’orateur du candidat et sa capacité de diriger un meeting. De plus, une prime est donnée au notable déjà bien implanté localement Le système majoritaire, à la différence de la représentation proportionnelle, a aussi tendance à défavoriser la présence féminine.
Les partis, lieux d’apprentissage politique, sont en même temps lieux de confiscation du pouvoir au profit des hommes. Le militantisme ne prend quasiment jamais en compte les nécessités de la vie familiale, dont la responsabilité incombe en grande partie aux femmes. Cet obstacle à l’insertion des femmes dans la vie de leur organisation nourrit leur exclusion du pouvoir : s’il y avait 15,9 % (seulement) de femmes candidates aux élections législatives de 1978, il n’y en avait que 6,4 % parmi les grands partis (7,4 % en 1981), le reste étant le fait des candidatures féministes, écologiques et d’extrême gauche. Quand elles sont candidates, on leur réserve assez souvent des circonscriptions difficiles, ou même perdues d’avance. Si elles n’airivent pas à s’imposer, c’est qu’elles restent marginales dans les appareils politiques et qu’elles sont sous-représentées dans les directions. Quant au partage des tâches, il se résume encore trop souvent à ceci : aux hommes la haute politique, aux femmes les problèmes sociaux. Les organisations d’extrême gauche comme la Ligue communiste révolutionnaire riéchappent pas tout à fait à cede réalité : jamais plus d’une femme n’a été élue au bureau politique et s’il y a désormais 30 % de femmes au comité central, c’est le fruit d’une politique volontariste de féminisation : comment concevoir en effet qu’on puisse mener une politique féministe sans femme ?
La plupart du temps, la difficile féminisation des directions renvoie au fonctionnement même des organisations qui secrète sclérose et vieillissement des directions et des pratiques. Une analyse féministe du mode de fonctionnement des organisations, et du rapport au pouvoir des hommes d’un côté, des femmes de l’autre, est indispensable pour donner aux femmes les moyens de sortir de l’exclusion. Désormais, les partis, notamment les partis de gauche, semblent s’engager dans un processus de féminisation, lent mais irréversible. Une critique du modèle masculin d’exercice du pouvoir est une des conditions pour permettre aux femmes d’arriver en nombre aux postes de responsabilités, et donc d’imposer collectivement leur point de vue. _ Natacha Brink