Deux types d’attitude sont souvent adoptées face à l’irrésistible ascension électorale de Le Pen et face à ses idées racistes, xénophobes et réactionnaires. Soit l’impuissance angoissée, soit la certitude et l’affirmation qu’« on saura agir » lorsque le moment deviendra franchement menaçant. Or l’histoire nous le montre : il n’y a pas de moment particulièrement bien choisi pour se mobiliser. Le grignotage de l’opinion publique par des idées malsaines et malfaisantes est insidieux et continu. D’ores et déjà, nous devons être vigilant(e)s et réagir. De plus en plus d’initiatives montrent que c’est possible.
Les mobilisations contre la montée du racisme qui ont eu lieu après les grandes manifestations étudiantes de 1986, autour du thème de l’égalité, sont toujours nécessaires mais ne suffisent plus désormais. La crise, avec son cortège de misères, le discrédit des partis politiques, la décomposition des réseaux collectifs, tout cela explique le succès des réponses simplistes du Front national et de son discours d’exclusion. Nous savons qu’il faut répondre sur tous les terrains et ne pas lui laisser le champ libre. Cette attitude commence à prendre forme. A Paris, place de la Réunion, dans un quartier du xx' arrondissement habité par de très nombreux immigré(e)s, la mobilisation d’organisations (PC, LCR, LO) et d’associations (MRAP, comité des mal-logés,...) soutenues par la population a obligé les vendeurs de National Hebdo, protégés par des nazillons musclés, à quitter le marché dominical. En juin, un texte signé par 250 personnalités du monde des arts, des spectacles, de la justice, etc, appelant à la contre-offensive, a été publié dans la presse. Depuis, ce texte a recueilli de nombreuses autres signatures, a été l’occasion de débats, suscite la création de collectifs prêts à agir.
Les féministes de l’association Elles sont pour, tout en approuvant la pertinence de ce texte qui énonce les raisons de se mobiliser, ont constaté qu’une fois de plus une dimension avait été occultée : aucune mention n’y est faite du discours particulièrement virulent de l’extrême droite à l’encontre des femmes et de son idéologie d’inspiration pétainiste. Les pages précédentes montrent pourtant qu’il y a sur ce plan également beaucoup à dire ! C’est pourquoi elles ont jugé nécessaire de faire apparaître cette dimension dans le texte que nous reproduisons ici : « l’Extrême droite, c’est aussi le sexisme ». L’écho rencontré, d’ores et déjà, par ces initiatives montre qu’un très grand nombre de personnes sont inquiètes et prêtes à assumer la riposte face à Le Pen. Le silence et l’immobilisme ne sont plus de mise.
Marie-Annick Vigan
Le temps de la contre-offensive est venu !
La montée en puissance d’un parti fascisant et raciste met la France à l’heure de tous les périls. Ses avancées sont faites de nos reculs. Il faut pour commencer avoir le simple courage de nommer les choses et les gens. Quelles qu’en soient les conséquences judiciaires, nous affirmons ici que Le Pen, en filiation directe avec l’idéologie nazie, est un fasciste et un raciste.
A la base, la dégradation des mœurs politiciennes, les éclats d’un affairisme impudent, la prostitution de la justice par le politique, le désarroi idéologique, la mise en place d’une société glacée, impitoyable aux faibles, la dissolution des solidarités populaires anciennes, ouvrent la voie au réflexe poujadiste et au vote de la désespérance. Au sommet, l’équipe dirigeante du Front national applique, avec une ténacité cynique, sa stratégie de conquête du pouvoir. Par glissements progressifs, elle réussit à banaliser l’inconcevable. Qui eût cru, voici seulement dix ans, qu’un parti français exhiberait sur ses estrades, en qualité d’allié privilégié, un ancien Waffen SS? Qui eût dit que l’immondice antisémite recommencerait de tomber chaque semaine de la bouche des dirigeants du Front national et de leurs alliés ? Qui eût envisagé que, dans une obscène provocation au meurtre, l’assassinat à répétition de jeunes immigrés serait qualifié par Le Pen d’<r incidents » ?
Il y a dix ans, le droit de vote des immigrés aux élections locales était inscrit au programme du candidat de la gauche aux présidentielles. En 1988, sous la pression raciste, il était évacué du programme. Si nous devons être battus, c’est que nous n’aurons pas eu le courage de nous battre. Le combat antiraciste ne sera pas gagné par la recherche d’on ne sait quel consensus bourbeux avec une droite déjà largement contaminée. Il ne peut l’être que par l’affirmation sans compromis de nos propres valeurs. Il le sera par la mobilisation de ceux et de celles qui, par-delà différences et clivages, sont résolus à stopper le Front national à tout prix, par tous les moyens, à tous les niveaux, et de manière permanente. La bataille doit être livrée devant les tribunaux, dans les médias et dans la rue. Face au Front national, il faut mettre en place un front de résistance, qui donnera un coup d’arrêt à ces entreprises et imposera l’adoption de mesures sociales et politiques propres à enrayer le développement du racisme. Nous en appelons aux partis et aux organisations progressistes pour qu’ils créent, dans les plus brefs délais, les conditions pratiques d’une riposte unitaire. Un premier objectif devrait être la préparation d’une manifestation nationale massive rassemblant toutes celles et tous ceux qui sont résolus à barrer le chemin au racisme fasciste. L’heure n’est plus aux constats attristés et aux déplorations.
Le temps de la contre-offensive est venu.
Les féministes contre l’extrême droite
L’extrême droite c’est le racisme, l’antisémitisme, le nationalisme xénophobe, l’opposition à la démocratie. Tout cela nous le combattons.
♦ L’extrême droite, c’est aussi le sexisme, la mise en cause des droits et des libertés des femmes. L’extrême droite s’oppose à leur autonomie, à leur droit de disposer de leur vie et de leur corps. Elle fait des femmes un des enjeux de sa politique raciste et nationaliste.
♦ L’extrême droite, c’est la mise sous tutelle des femmes « françaises » selon le vieux schéma « Travail-Famille-Patrie » ; elle prône leur retour au foyer comme mères, épouses et ménagères et préconise le salaire maternel, le renforcement de la politique nataliste, la criminalisation de l’avortement.
♦ L’extrême droite, c’est la haine des femmes immigrées ou d’origine immigrée, leur exclusion des prestations familiales et de la protection sociale, la menace de leur expulsion massive.
♦ L’extrême droite, c’est la tentative de dévoiement et de récupération à son profit, dans une perspective raciste et sécuritaire, des luttes contre le viol et les violences sexistes.
♦ L’extrême droite, c’est la restauration de l’ordre moral et la répression des malades du SIDA, des drogué(e)s, des délinquant(e)s, des homosexuel(le)s, etc ; face à l’aggravation des inégalités et à la dégradation des conditions de vie, c’est la multiplication des exclusions et l’utilisation de boucs-émissaires, les immigrés et les Juifs.
La lutte féministe ne peut pas faire l’impasse sur le développement des thèses de l’extrême droite aujourd’hui. De la même façon, la lutte contre l’extrême droite doit intégrer la lutte contre le sexisme et ses enracinements idéologiques, sociaux et politiques. Sur ces bases, nous appelons au développement de luttes féministes autonomes et nous sommes partie prenante de l’appel « le Temps de la contre-offensive est venu ».
Notes
- Signatures à envoyer à : Philippe Crottet, BP n° 87, 75561 Paris Cedex 12.
- Signatures à renvoyer à : Elles sont pour(regroupement d’associations féministes), Maison des femmes, 8 cité Prost, 75011 Paris.