KÊÊmfMÊ&&ë%êMÊÊÈÆÈiM'M-É&ÀêMÊi�M&ÊMÈ'sÀêièÆMÈÊ$MÉÊÊÊMêËMMÊi ün centre d'accueil pour hommes violents
Il y a actuellement quatre centres d’accueil pour hommes violents en France , à Paris , Marseille , Belfort et Lyon ; d’autres sont en création. Chacun d’entre eux a ses spécificités , en fonction de l’histoire ou des projets de leurs animateurs et animatrices. Celui de Lyon est le plus ancien. Nous avons rencontré Daniel Welzerlang, un des fondateurs de l’association RIME , dont l’une des activités est l’animation du centre pour hommes violents de Lyon. Après avoir été travailleur social , Daniel Welzerlang est devenu enseignant-chercheur en anthropologie des sexes et de la vie domestique , à l’université Lumière de Lyon 2.
♦ Comment vous est venue Vidée d’ouvrir un centre pour hommes violents ?
En ce qui me concerne, j’ai milité dans les groupes d’hommes qui s’étaient mis en place en 1975 ; nous avons ressenti le besoin d’avoir une parole publique sur les hommes, la sexualité, la contraception, mais aussi sur l’idée qu’il doit être possible de vivre autre chose que des relations de violence avec des compagnes. La violence est une question centrale pour les hommes car on est tous structurés de manière intime par cette violence, cette vision d’un rapport de forces à instaurer vis-à-vis des femmes. On a entendu dire que des amis québécois ouvraient des groupes d’hommes et que d’autres créaient à Montréal des centres d’accueil pour hommes violents. Quant à moi, je terminais une enquête sur le viol 1 mais cela ne me semblait pas satisfaisant, car il n’y avait rien pour traiter le cas des violeurs. Nous avons ouvert le centre fin 1987.
♦ Quel est l’itinéraire de ceux qui travaillent avec toi ?
Gérard Petit vient aussi des groupes d’hommes et est travailleur social, d’autres sont psychologues cliniciens, animateurs ou travailleurs sociaux. Mais ce qui nous a permis de fonctionner, c’est d’avoir tout un réseau de soutien. Il faut savoir que l’on s’est fait traiter de « pédés », à supposer que cela soit une insulte, d’« anciens hommes violents ». Certain(e)s considéraient que nous n’étions pas très masculins. Dans les créateurs de l’association, il y avait des gens qui venaient aussi du mouvement gay. Depuis le début, les groupes d’hommes ont été parallèles au mouvement féministe. On s’est retrouvés ensemble au colloque de 1984, « Les hommes contre le sexisme ». Quand on a créé RIME à Lyon, on a eu tout de suite le soutien du Planning familial (local et national) qui nous a hébergé pendant deux ans, celui d’autres associations féministes sur Lyon et ailleurs. En même temps, nous avons participé à la création du collectif féministe « Stop viol » sur Lyon.
♦ Vous êtes combien à travailler là ?
L’équipe d’accueil est composée de quatre hommes actuellement. Initialement, il y avait des femmes dans cette équipe mais elles l’ont toutes quittée, c’était trop insupportable pour elles. Il y a par contre des femmes qui font autre chose dans l’association. Celle-ci est composée d’un centre d’accueil, d’un service recherche lié à l’université et d’un service formation qui organise des conférences et des stages pour former des équipes qui veulent intervenir auprès des hommes violents. Le service formation a élaboré une bande dessinée. L’idée, c’est qu’on ne pourra pas mettre tous les hommes violents dans des centres ; il faut donc envisager une prévention de masse. C’est la fonction du « fanzine » destiné aux lycéens. On pense aussi à des films. Normalement, je sors un livre au printemps 1 99 1 qui va être diffusé en France et au Québec ; il s’appellera les Hommes violents 2 et après nous pensons sortir un livre de poche à très grande diffusion qui s’intitulera la Violence en 50 questions.
♦ Qui sont les hommes qui viennent vous voir ?
Ce sont des hommes en détresse, qui chiaient, qui n’en peuvent plus, qui pensent au suicide. (Tous nos intervenants ont une formation sur l’intervention d’urgence auprès des suicidaires.) Ce sont ceux qui veulent récupérer leur femme et leurs enfants. Ils en sont là au terme d’une spirale de violence qui s’exprime ainsi : je te frappe, j’ai peur que tu partes donc je m’excuse, je te promets que je ne l’ai pas fait exprès, j’ai perdu mon contrôle, toutes les excuses sont bonnes et après cette nouvelle « lune de miel », cela revient tou- jours plus fréquemment et de plus en plus fort. Il y a des femmes qui au bout d’un moment ne supportent plus et partent. Il y a des alcooliques qui sont violents, mais tous ne le sont pas et l’on fait une assimilation simpliste entre alcooliques et hommes violents ; les hommes qui viennent nous voir sont issus de toutes les classes sociales, on a des cadres supérieurs, des ouvriers, on a des militants de tous bords. En résumé, ce sont toujours des hommes construits normalement, persuadés qu’ils doivent être les pourvoyeurs de la famille, qu’ils doivent la prendre en charge et, quand leur femme part, ils se retrouvent seuls, complètement perdus et ne sont pas autonomes dans l’espace domestique. Nous, on leur dit qu ’ on ne peut rien faire vis-à-vis de leur compagne ou de leurs enfants ; que si l’on avait été à leur place, on serait parties avant. On ne fait aucun compromis là-dessus.
Mais on leur dit aussi que nous, hommes, on sait comment cela se passe.
Que de toute façon, si elle revient, cela va se reproduire. Et qu’avec une autre, cela recommencera. En revanche, s’il veut changer, on peut l’aider.
Nos premières interventions ont pour but de 1 ’ empêcher de se suicider ou de chercher sa femme pour la tuer. Puis de lui montrer qu’on peut vivre autrement sans violence physique, pour ceux qui reprennent une vie de couple. On s’oppose au schéma que les gars ont dans la tête. Ils sont persuadés qu’ils piquent une colère et perdent leur contrôle.
Nous, on leur dit :
« Quand un flic vous met une contravention ou que le patron vous fait une réflexion, vous ne perdez pas votre contrôle. Il y a donc des endroits où l ’on se sent autorisé à se mettre en colère et à frapper. De plus, vous ne la tuez pas, donc vous contrôlez “votre perte de contrôle”, c’est tout de même bizarre. » On leur apprend donc à identifier la montée de la colère et de s’imposer, en le disant, d’aller tout simplement s’aérer au lieu de faire reporter la responsabilité de leurs actes sur leur compagne. Et quand un homme pour la première fois de sa vie se rend compte qu’il peut arrêter de frapper, c’est déjà en partie gagné. Quand un homme vient nous voir, il a deux entretiens préalables pour savoir où il en est et si on l’accepte ou pas. On réoriente a priori les psychopathes -on n’est pas adaptés -et les gens qui sont dans un déni total de leur responsabilité. Une fois qu’on l’a accepté, on va regarder avec lui sa vie et il va parler de tout ce qu’il a pu vivre dans le système de violence qui l’a impliqué. Souvent l’homme parle de sa propre vie pour la première fois. C’est à ce moment-là qu’il y a des hommes qui nous quittent en disant : « vous voyez j ’ai tout compris. Je ne reviendrai plus ». Car pour eux, parler est énorme et ce qu’ils nous racontent est atroce. L’homme violent n’a pas de corps : il a une tête, une queue et des poings. Il a peu de langage pour exprimer ses émotions, il ne parle pas de lui, il est dans le contrôle permanent de tout ce qu’il y a autour de lui. Car la violence, ce n’est pas une perte de contrôle contrairement à ce qu’ils disent, c’est un trop plein de contrôle. Tu acccumules, tu accumules et à un moment cela dérape. Nous, on les invite à dire ce qu’ils ressentent au fur et à mesure. On ne leur dit pas : « vous devez toujours être d’accord avec votre compagne mais dites-lui ce qui se passe » et le plus dur pour eux ce n’est pas d’exprimer leur désaccord mais de dire quand ils sont heureux. Ôn a deux hommes comme cela qu’on essaie de convaincre de prendre du temps, pas pour leur femme ou leurs enfants, mais pour eux. Tant qu’ils n’ont pas d’espace personnel, comment veux-tu qu’ ils comprennent que les autres ont besoin d’un espace.
Au Québec, il y a six millions d’habitants, il y a plus de seize programmes pour hommes violents, ils font tous le plein, il y a deux-trois mois d’attente pour chacun. C’est la conséquence du changement de la loi là-bas. Maintenant, dès que les policiers peuvent légitimement soupçonner la violence conjugale, ils emmènent l’homme au poste et il passe devant la cour de justice. Là, il a le choix entre une peine de prison ou un programme pour hommes violents. Les copains là-bas doivent ensuite gérer ce type de demande suscitée par la justice. Ce qui n’est pas évident.
♦ Depuis V ouverture du centre, combien de personnes avez-vous suivies ?
En juin 1 990, il y avait dix-sept hommes qui avaient consulté notre centre pendant plus de trois mois. Ce n’est pas beaucoup ! Mais il y a plusieurs centaines d’hommes et de femmes qui nous ont téléphoné et cela continue d’augmenter très vite. On a reçu très peu d’hommes au début, maintenant on fait le plein. On est ouvert une journée par semaine au cours de laquelle on a quatre ou cinq entretiens. Sur la base de notre expérience, on
s’est aperçu que de nombreuses femmes ne savent pas qu’elles sont battues. Elles nous disent « on n ’est pas des femmes battues, puisque cela n ’arrive pas tous les jours et puis, en dehors des moments où il me bat, il est charmant ». Le mythe, c’est qu’une femme battue est une femme battue tous les jours ! On distribue aux femmes une lettre qui leur dit : on va s’occuper de lui mais vous, occupez vous de vous. Une femme qui ne parvient à vivre que dans la dépendance des hommes a tout pour se faire battre. Ce qu’on a découvert sur les hommes, c’est qu’ils en savent plus sur la violence qu’ils exercent que les femmes sur la violence qu’elles subissent. Les femmes limitent la violence à quelques épisodes de coups ; il faut qu’elles soient persuadées qu’ona voulu leur faire mal. Le reste des violences est déqualifié. Dans des interviews qu’on a eues à RIME, il y a des femmes qui m’ont expliqué qu’on les a fait lécher par terre, qu’on les a virées à coup de pieds du lit, qu’on leur a cogné la tête contre le mur mais « qu ’il n ’a pas fait exprès, qu ’il a perdu son contrôle ». Tout cela pour elles, ce n’est donc pas vraiment de la violence. L’homme définit un continuum, une suite de violences physiques et verbales et psy chologiques. . . Alors que la femme, elle, ne repère que des instants... En outre, les femmes ont une plus grande expérience du vécu de la douleur, les hommes n’en ont aucune notion. C’est une véritable découverte quand ils commencent à comprendre ce que leurs femmes ont vécu comme souffrance. Les hommes souvent nous disent : « Mais elle est aussi violente que moi ! » Ou ce sont elles qui nous disent : « Je suis aussi violente que lui. » En fait, ils définissent une interaction : ou elle résiste, ou elle se réfugie, ou elle esquive. Le concept de « femmes battues » passé dans le sens commun est devenu « la pauvre victime qui ne fait rien et qui doit être protégée ». Par rapport aux hommes battus, c’est identique : on accueille actuellement une femme qui a envoyé son mari à l’hôpital avec dix-huit points de suture, on a accueilli un autre homme qui avait eu le bras cassé en ayant été poussé dans l’escalier, qui est capable de nous dire : « elle ne l ’a pas fait exprès, elle a perdu son contrôle ». On a donc le même discours de la part des hommes et des femmes victimes. Mais on estime actuellement en France et au Québec que 1 % de ces victimes sont des hommes.
♦ Pouvez-vous déjà tirer un bilan de votre action ?
On peut dire que nous en sommes encore au stade expérimental. C’est très simple de constater si la violence physique de tel homme a été neutralisée ou pas. Ce qui est sûr, c’est que l’arrêt de la violence n’estjamais instantané. Croire cela, c’est de l’ordre de la « pensée magique ». La violence peut se reporter sur les enfants. La violence physique peut s’arrêter rapidement, mais elle prend d’autres formes et la violence de domination, de contrôle, est toujours présente. Cela demande un travail de plusieurs années. La question est de savoir si l’on veut simplement que les hommes arrêtent d’être violents physiquement ? Dans ce cas, les programmes de trois mois sont très bien. Ou bien est-ce que l’on veut que les femmes puissent être libres et que les hommes arrêtent d’être « contrôlants » ? Là, ce n’est pas trois mois qu’il faut, ce sont d’autres moyens. Le bilan que font les féministes comme Ginette Larouche au Québec va dans ce sens. Les centres d’hébergement qui ne font pas de conscientisation évitent ainsi un problème mais le retrouvent quelques mois après. Dans le bouquin que je sors cette année, j’explique la spirale à entrées multiples, et pour les hommes, et pour les femmes. La violence est très structurante : à l’homme, la violence lui procure des privilèges ; à la femme, cela lui apporte des bénéfices secondaires : la pseudo-sécurité que représente un homme à la maison et la reproduction du modèle familial. Poser son autonomie préalable, cela coûte. On ne dit pas que les femmes sont contentes de ce qu’elles subissent, mais on dit que tout individu(e) doit être autonome par rapport à sa vie.
♦ Comment définis-tu la violence ?
Les hommes qui ont ouvert RIME étaient très naïfs au début. Mais, après avoir fait deux ou trois cents observations plus ou moins fragmentaires et avoir lu une enquête portant sur mille cinq cents cas au Québec, on peut dire (sauf rares exceptions) qu’il n’y a pas d’homme violent à l’extérieur qui ne soit pas violent chez lui. En revanche, il y a des hommes qui ne sont violents qu’avec leur compagne et personne ne le sait. Dès que tu acceptes une définition scientifique de la violence qui intègre la violence psychologique, verbale, tu comprends alors la chose suivante : si une seule fois je frappe sur ma copine, je lui signifie ainsi qui domine de manière « légitime », et ce rapport-là structure toute sa vie quotidienne car elle sait alors que cela peut revenir. Cela est d’autant mieux intégré que je lui dis que j’ai perdu mon contrôle et qu’elle m’excuse. Dans ce cas, il n’y a plus d’explication rationnelle, et en conséquence toutes les autres violences (psychologiques, verbales) fonctionnent comme des rappels de ces violences physiques.
Si les gens qui pensent à une alternative de société ne sont pas capables de regarder ces cho-ses-là en face, on n’évoluera pas. Quand on pense qu’il y a des militants qui sont venus chercher de l’aide dans notre centre ! On n’en parle pas, c’est encore un tabou. Ce qu’on a vécu chez nos parents, on n’en parle pas, ce qu’on vit avec nos copains ou nos copines, on n’en parle pas. Et la honte ou la culpabilité, cela n’a jamais fait avancer quiconque. Cela conduit plutôt au silence. Plutôt que de savoir qui est homme violent, j’aimerais que l’on sache qui n’est pas homme violent, qui n’est pas homme dominant ; quels sont les phénomènes de rupture dans l’identité masculine qui font qu’un homme a envie de vivre autre chose ?
L’identité masculine a cela de très particulier qu’elle est normalisante et totalitaire. Quand on dit qu’<r il ne faut pas battre une femme, même avec une rose », cela veut dire qu’il y a une normalité à pouvoir le faire. On ne dira jamais à une femme qu’elle ne doit pas battre un homme « même avec une rose » ! Dans les statuts « normaux » du couple, de l’homme pourvoyeur, il y a le contrôle et la domination, et les hommes devraient être capables, de manière idéale, de pouvoir les exercer sans violence. On a tous été éduqués comme cela. Mais quand des hommes refusent de faire l’armée, ils se mettent à interroger d’autres secteurs de la vie sociale masculine parce qu’ils sont stigmatisés parla société comme n’étant pas de « vrais hommes ». Le nombre d’hommes qui n’arrêtent pas de dire « putain » à tout bout de champ ou qui considèrent comme normal la gestion unilatérale de leurs désirs, c’est énorme. Or, si moi je considère que je suis le plus fort ou que je dois contrôler ma compagne, un jour ou l’autre j’aboutirai à la violence physique. Cela veut dire que l’homme doit faire des ruptures et l’entrée dans l’extrême gauche est une rupture, mais en partie seulement. Selon moi, il y a deux piliers de la domination masculine, la domination de l’homme sur la femme et l’ homophobie. Pour moi les indicateurs de changements dans les rapports hommes/femmes, ce sont les rapports hommes/ hommes.
Tant que tu continues à jouer la guerre et la concurrence entre hommes, tu continues à jouer ton rôle très masculin. Par exemple, des hommes qui disent : j ’ai plein d’amies femmes avec qui je peux parler. En réalité, ils te disent qu’ils ont besoin d’une petite amie-mère avec qui ils peuvent pleurer. C’était très dur, il y a quinze ans, ça l’est moins maintenant, d’avoir des amis hommes. On a fait les groupes hommes pour cela. La guerre entre hommes, cela a toujours été le pendant de la domination sur les femmes.
♦ Peux-tu préciser tes rapports au féminisme ?
Moi, je pense qu’un homme ne peut pas être féministe. Je me méfie beaucoup de l’ auto-appellation. Je pense que les hommes ont à travailler sur les hommes, qu’il faut avoir une problématique commune, et celle des « rapports sociaux de sexe » me semble adéquate pour cela. On a à confronter les expériences sur le masculin et le féminin, c’est le sens du numéro du BIEF 3 que l’on prépare, pour revenir sur ce qu’est cette prénotion du masculin. Comment la déconstruire pour la reconstruire sociologiquement et scientifiquement. Aux USA, le concept d’allié des femmes existe, il n’existe pas encore réellement en France. On est d’accord avec la perspective théorique ouverte par le féminisme.
Parmi les féministes, il y a des débats réguliers, ce n’est pas à nous de prendre parti. Sur la question des violences domestiques par exemple, il n’y a pas de concurrence a priori entre les associations féministes et nous. Il y a souvent une méconnaissance. Le risque, ce serait de dire : au lieu d’ouvrir des centres pour les femmes, il faut en ouvrir pour les hommes. Pour nous, c’est clair : il faut que les deux types de structures coexistent et travaillent ensemble. On peut comprendre par ailleurs que des femmes qui ont bossé seules pendant dix ans sur la violence soient méfiantes par rapport à des hommes qui arrivent.
♦ Avez-vous reçu une aide des pouvoirs publics ?
On peut constater la chose suivante : les structures qui ont une définition politique du rapport de domination, de la violence, n’ont pas de subvention ou peu, les structures qui psychologisent l’interaction individuelle, elles, peuvent fonctionner quelle que soit l’idéologie des initiateurs ou des initiatrices. On a fait des demandes de subventions tous azimuts. On a reçu une aide de la Fondation de France, ce qui nous a permis de nous équiper et, il y a un an, le secrétariat d’Etat aux droits des femmes nous a accordé trente mille francs ; c’est bien, cela nous permet de vivre mais c’est tout de même étonnant que d’autres ministères ne se sentent pas concernés : on fait de la prévention en matière de santé publique, non ? et la violence ne serait-elle qu’une affaire de femmes ?
♦ Quels sont vos projets ?
Outre les projets dont je t’ai parlé au début, il y a ceux qui sont le produit de nos recherches. On a trois groupes de recherche : un groupe sur « viol-violence », un autre sur « les hommes et l’espace domestique » en lien avec l’université, un dernier sur « sexe, sexualité, SIDA ». On voudrait aussi créer un groupe de recherche international sur « les hommes et le masculin ». Toutes les équipes de recherche sont mixtes.
Pour l’instant, nous travaillons dans le cadre de contrats divers. On a payé très cher au début notre origine militante. Mais ceci s’est modifié. Ce que j’aimerais moi, dans l’absolu, c’est ouvrir un centre pour hommes, pas pour hommes violents mais pour des hommes paumés par la séparation, il y en a plein. Pour ne pas laisser le « mouvement de la condition paternelle » ou « de la condition masculine » récupérer ces hommes-là. Ces deux mouvements ont été subventionnés par la droite au pouvoir.
Mais la gauche, elle, n’a rien fait. On a dit qu’on était prêt à ouvrir un centre comme cela, on n’arrive pas à faire débloquer le financement. Ni la gauche ni la droite ne sont intéressées à la remise en cause du statut traditionnel de la masculinité.
♦ Quels sont vos liens avec les institutions officielles ?
Actuellement, de plus en plus d’organismes officiels nous sollicitent pour être « experts » ou consultants sur les questions de violence.
♦ Pour toi, c’est quoi dans la pratique être proféministe pour un homme ?
C’est parler de ce que vivent les hommes... dans un match de foot, dans les vestiaires, à l’armée. Les dominants n’ont jamais dévoilé ce qu’ils vivaient. C’est commencer à penser l’avenir. Accueillir les hommes violents, si l’on y réfléchit bien, c’est prétentieux et c’est prétendre que 1 ’ on peut vivre autrement que dans la violence le rapport homme/femme. Je ne connais pas plus d’hommes libérés, que de femmes libérées mais je connais des hommes qui veulent discuter entre eux et avec des femmes de ce qu’ils vivent. C’est le cas des hommes qui participent au groupe d’hommes de Lyon, qui fonctionne depuis onze ans. Parmi eux, il y a des militants.
Propos recueillis par Josette Trat
Notes
- centre d'accueil
- pour
- hommes violents
- 21 , rue de Belfort 69004 LYON
- Vous êtes violent avec votre compagne ?
- Vous avez besoin d'aide pour changer ?
- Appelez-nous :
- 72 00 81 00
- rime : une alternative à la violence conjugale.
- 1. Viol au masculin , L’Harmattan, 1988.
- 2. Les Hommes violents, à paraître en 1991 .
- 3. Bulletin d’informations et d’études féminines publié par l’université de Provence. Ce numéro sur le «Masculin » coordonné par Daniel Welzerlang, dans le cadre d’une collaboration, doit sortir à l'automne 1991.