Avant l’insurrection zapatiste , on racontait une histoire à San Cristôbal : « Quand une femme indienne reçoit un coup de pied dans la rue, elle ne sait pas si c’est parce qu’elle est indienne, femme, ou pauvre. » Aujourd’hui, les Indiennes ont relevé la tête et « ont dit leur parole ». La loi révolutionnaire des femmes zapatistes, rendue publique le 8 mars 1994, et la plate-forme de la Convention des femmes chiapanèques, rédigée en vue du dialogue de la société civile du 8 juin 1995, sont là pour rappeler que les femmes, en particulier indiennes, ont des besoins et des propositions propres.
Lorsqu’ on évoque la misère et les relations sociales quasi-féodales qui prévalent dans le Chiapas, il faut penser aux femmes indiennes : analphabètes et ne parlant pas espagnol dans leur immense majorité, souffrant toutes de dénutrition à divers stades, mariées extrêmement jeunes et sans leur consentement, mères de 6 à 12 enfants. La contraception est presque inconnue et peu de maris laissent leur femme l’utiliser quand celle-ci le souhaite. Le gouvernement, en revanche, a été maintes fois accusé de promouvoir la stérilisation des Indiennes, souvent contre leur gré et/ou sans les informer, dans une langue qui leur soit intelligible, des conséquences de l’opération.
Au sein des communautés indiennes traditionnelles, beaucoup d’hommes n’hésitent pas à battre leur(s) femme(s) : « Les hommes sont très jaloux et ne nous laissent pas aller aux réunions, il n’y a qu ’eux qui ont le droit de participer. Les füs aussi sont jaloux et se demandent d ’où nous sortons l’argent pour aller aux réunions ou aux ateliers. Les voisins médisent de celles qui participent et sortent de chez elles. »' Une autre Indienne dit : « Les maris nous traitent comme des servantes, nous travaillons beaucoup, à la maison et hors de la maison, et ils ne nous donnent même pas d’argent pour nos vêtements. Ils nous remplissent d’enfants sans penser s’ils pourront les nourrir, et après, quand nous sommes abîmées, ils nous laissent.
L ’homme vit très bien parce qu ’il ne doit pas donner le sein et s ’occuper des enfants ; il cherche une autre femme et après il nous fait déguerpir avec les enfants pour vendre la maison ou y installer l’autre femme. »2 En dehors de la communauté, point de salut non plus. En ville, les Indiennes, qui ne savent ni lire ni bien parler espagnol, sont victimes de toutes sortes de vexations et d’exploitations. « Quand nous vendons des œufs, si nous ne leur faisons pas le prix qu ’ils veulent, ils nous disent “mange ta merde ”, c ’est pareil quand nous vendons du bois. Dans les magasins, quand nous venons vendre nos broderies, ils baissent les prix, parce qu ’ils les veulent moins chères. Quand nous faisons nos courses, ils ne nous rendent pas la monnaie, parce que nous ne savons pas non plus compter, ni lire, en plus ils augmentent les prix et si nous voulons marchander ils nous insultent en nous traitant d’ “indiennes, de folles, de chamulas”. »3 On comprend mieux le bien-fondé de la loi des femmes zapatistes. C’est une longue consultation réalisée par des Indiennes auprès des femmes des communautés qui a permis son élaboration, mais il faut aussi y voir l’apport des luttes antérieures de femmes.
Un travail de fourmi
Il y a plus de quinze ans que, malgré les critiques de leurs homologues masculins, des femmes et des féministes réalisent un travail de fourmi pour transformer les rapports de sexes particulièrement oppressifs qui sévissent dans le Chiapas. Les premières brèches ont été ouvertes par la lutte des militantes de la Secciôn Siete du Syndicat enseignant démocratique, et de celles du mouvement paysan de la Coordinaciôn Nacional Plan de Ayala (CNPA). Dans les années 80, les réfugiées guatémaltèques indiennes fondent une des premières organisations féminines, Marna Maquin, et commencent à réfléchir sur leur situation comme femmes indiennes et comme réfugiées. A l’Universidad Autônoma de Chiapas (UACh), l’anthropologue Walda Barrios crée le groupe de réflexion Anzetik4, qui produit les premières données systématiques sur la situation des femmes indiennes. L’Eglise catholique progressiste (proche de la théologie de la libération et promotrice de la « pastorale indienne ») forme une quantité importante de jeunes Indiennes. Les « célébra-trices de la parole » se lancent activement dans l’organisation communautaire.
Fin 1988 apparaît le premier groupe autonome de femmes de San Cristôbal de Las Casas. Le Grupo de Apoyo a la Mujer (G AM) lutte contre les violences commises contre les femmes. Une femme médecin s’occupe des femmes et des fillettes qui ont été violées ou battues. Concepcion Avendano Villafuerte les aide à porter plainte si elles le souhaitent, tandis que le groupe se creuse la tête pour trouver comment apporter aux femmes un appui psychologique. Pour le 8 mars, plusieurs centaines de femmes métisses et indiennes manifestent dans les rues principales de San Cristobal et réalisent un meeting sur la place centrale, sous les yeux médusés des coletos et coletas5 traditionnel(le)s. Certaines quittent le GAM pour former un groupe ouvertement féministe. La Colectiva Organiza-dora de Mujeres Autônomas en Lucha (COMAL) se lance dans les premiers ateliers sur la reproduction et la sexualité, à la demande de jeunes Indiennes travailleuses domestiques à San Cristobal, cibles faciles de toutes les agressions sexuelles. Il faut signaler aussi l’existence de nombreux autres groupes locaux dans tout l’Etat : les artisanes de Tenejapa et celles de San Bartolomé de Las Casas, ou les femmes de la Coordination régionale des Indiens des Altos de Chiapas (CRIACh), qui commencent à formuler des demandes spécifiques des femmes6.
En 1991, un « caprice » du gouverneur de l’Etat du Chiapas dépénalise brusquement l’avortement. Il semble qu’il se soit agi d’un test pour étendre ensuite cette mesure à tout le pays pour réduire la natalité, condition imposée au Mexique pour l’attribution de prêts du Fonds monétaire international. Immédiatement, c’est le tollé général des secteurs conservateurs, l’Eglise catholique traditionnelle en tête. Le GAM, la COMAL, un groupe de femmes de Tuxtla Gutiérrez et d’autres font ainsi leurs premières expériences de travail coordonné dans la lutte particulièrement délicate pour la maternité volontaire. Les féministes du reste du pays découvrent le Chiapas à l’occasion des réunions de coordination nationale sur le sujet à Tuxtla Gutiérrez, et réciproquement. Las, l’affaire est finalement enterrée, et les femmes restent condamnées à payer le prix fort pour interrompre une grossesse non désirée : plusieurs mois de salaire si elles savent à qui s’adresser, les pires hémorragies et parfois même la mort si elles n’ont pas d’argent ni d’information.
De l’EZLN, le sous-commandant Marcos dit qu’ « une des premières batailles a été gagnée par les femmes. Nous, nous pensions que la guérilla, c’était une affaire d’hommes, mais les femmes étaient là, et elles nous ont imposé leur droit à participer. »1 Très minoritaires au début, il y a dix ans, les femmes représentent aujourd’hui un tiers de l’EZLN. Ces femmes sont presque toutes indiennes, souvent très jeunes, et nombre d’entre elles occupent des grades militaires8. Plusieurs femmes feraient partie du Comité clandestin révolutionnaire indien (CCRI), la plus haute instance dirigeante zapatiste. Quant aux structures civiles clandestines de l’EZLN, elles reposeraient très majoritairement sur des femmes.
Selon les témoignages auxquels on peut avoir accès9, il semble que les Indiennes de l’EZLN soient satisfaites de leur nouvelle vie : traitement égalitaire par rapport aux hommes, meilleure répartition des tâches qui rompt avec la division sexuelle traditionnelle du travail, liberté de choisir leur compagnon, accès à la contraception, apprentissage de l’espagnol et alphabétisation pour beaucoup d’entre elles, diminution de la violence à leur égard et prohibition de l’alcool10, reconnaissance et promotion de leur participation... Pour ces femmes, l’apparition de l’EZLN et la place qui leur y est faite sont déjà, en soi, une révolution.
L’insurrection du premier janvier 1994 a relancé la mobilisation des groupes de femmes. Les femmes ont été parmi les premières de la « société civile » à se mobiliser pour exiger l’arrêt de la guerre, le respect des droits de la personne et une paix juste. Un nombre jamais vu d’Indiennes, de ladinas" et même de coletas toutes de noir vêtues sont sorties dans la rue. Elles ont formé aussi une bonne partie des « cordons civils » de protection autour de la cathédrale de San Cristobal, lors des premières négociations entre l’EZLN et le gouvernement.
Une réunion nationale en novembre, à Tuxtla, a permis de réunir des femmes du mouvement social de tout le pays, des chrétiennes, des femmes des secteurs urbains et de la société civile, et des conventionnistes de différents Etats, pour préparer la Convention Nationale des Femmes, formée en février 1995 à Querétaro (cf. Les Cahiers du féminisme , n° 71/72, hiver 94/printemps 95).
Avec le gouvernement de transition de Mr Avendano qui se met en place le 8 décembre 1994 avec l’appui de l’Assemblée démocratique du peuple chiapanèque (ADPCh), on pourrait croire un moment que les femmes ont obtenu une victoire. Dans sa première déclaration, le gouvernement de transition annonce qu’il sera « démocratique, populaire, anti-patriarcal et pluriethnique »12. Mais dans la pratique, le machisme reprend vite ses droits. Les femmes sont rassemblées dans une « commission des femmes », où aucun homme n’est proposé. Dans les autres commissions, une seule femme est nommée, aux finances13.
La situation d’effervescence, ponctuée d’occupations de terres auxquelles les paysannes indiennes participent massivement14, est interrompue par l’offensive de l’armée fédérale du 9 février. Après un moment de confusion lié à la reprise de la guerre et à l’augmentation de la répression, cent cinquante femmes se réunissent pour la Troisième convention des femmes, en mai. Pour participer elles aussi, depuis la société civile, au dialogue que le gouvernement et les zapatistes ont repris, elles élaborent une Plateforme des femmes qui met noir sur blanc leurs demandes15.
La parole des femmes indiennes
Les Indiennes ont offert aux féministes ladinas un apport théorique et pratique exemplaire dans le domaine des luttes contre la violence et pour le droit à « dire leur parole ». Le mouvement féministe, en lutte depuis plus de vingt ans contre la violence, a long-
La Convention nationale des femmes, par Sophie Joanny
Après la création de la Convention nationale pour la démocratie (CND) en août 1994, les différents secteurs de la population s’organisent. Dans le Chiapas, les femmes sont les premières à former une Convention, qui réunit vite plus de quarante organisations. A l’échelle nationale, suivent la Convention nationale indienne et celle des étudiant(e)s. Devant le machisme et l’autoritarisme évident de nombreux membres de la CND, les femmes fondent finalement la Convention nationale des femmes, les 1er et 2 février 1995 à Querétaro, juste avant la tenue de la troisième session nationale de la CND.
La CNM (Convention nationale des femmes) regroupe des femmes indépendantes et des organisations de 21 Etats du pays : organisations de paysannes, de femmes des quartiers pauvres, de lesbiennes, de travailleuses domestiques, d’Indiennes et autres... A leur actif, on compte notamment une caravane de fleurs et une visite aux prisonnières politiques accusées de zapatisme, détenues depuis février 1995 dans le « reclusorio norte » de Mexico, une campagne nationale et internationale de soutien à la commandante Ramona, et l’inclusion d’une sixième question dans la Consultation nationale zapatiste du 27 août.
La commandante Ramona est une Indienne tzotzil d’une quarantaine d’années, que le monde entier a découverte lors du premier dialogue de paix entre les zapatistes et le gouvernement, en février 1994. Vêtue de son « huipil », et ne parlant que très peu espagnol, sa participation au premier dialogue symbolise l’esprit de lutte des femmes indiennes, qui, malgré mille difficultés, composent un tiers des forces zapatistes insurgées, et plus de la moitié des « bases d’appui » civiles de l’EZLN.
« Nous sommes toutes Ramona »
Exemple pour les autres Indiennes comme pour toutes les femmes, Ramona jouit d’une immense sympathie populaire. C’est la consternation quand on apprend qu’elle souffre d’une grave maladie et ne peut être soignée convenablement dans le Chiapas en guerre. Les femmes de la CNM prennent alors l’initiative de lancer une pétition nationale et internationale, qui exige que le gouvernement mexicain offre à Ramona les garanties de sécurité nécessaires pour pouvoir être soignée hors du territoire zapatiste.
Malgré des dizaines de milliers de signatures, le gouvernement mexicain fait la sourde oreille. En juillet 1995, lors de la deuxième réunion européenne des comités de solidarité avec le Mexique, à Barcelone, une deuxième campagne est lancée. Comme le dit un article d’une femme médecin chiapanèque de la Compaz, Barbara Cardenas, « la maladie la plus fréquente chez les femmes, c’est la tristesse ». La deuxième campagne internationale, « Nous sommes toutes Ramona », replace sa maladie dans le contexte de la santé des Indiennes : malnutrition et anémie chroniques, grossesses répétées et faiblesse générale qui les rend vulnérables à toutes sortes de maladies normalement bénignes. La guerre aggrave la situation.
La campagne exige donc « une amélioration urgente du système de santé à l ’échelle nationale pour toutes les femmes et pour toute la population, [...] dans toutes les institutions de santé publique du pays, des médicaments, un personnel qualifié, des interprètes, et que l’on traite avec respect les malades indien(ne)s », mais aussi que la parole des femmes « soit prise en considération, diffusée et respectée ». En ce qui concerne Ramona, qui semble souffrir de tuberculose chronique et d’un problème rénal, la CNM continue à exiger le droit de Ramona à recevoir, où et quand elle le décidera, une juste attention médicale.
La sixième question
C’est aussi à la CNM que l’on doit l’ajout d’une sixième question, sur la participation des femmes, à la Consultation nationale lancée par les zapatistes et réalisée les 27 août et 13 septembre 1995. Les zapatistes s’étaient montrés sensibles à l’oppression des femmes, en promouvant très rapidement une « loi révolutionnaire des femmes zapatistes ». Mais leur première version de la Consultation oubliait, une fois de plus, le thème. Par exemple, la première question, qui portait sur les principales revendications du peuple mexicain, oubliait l’accès commode à l’eau. Or il s’agit d’une nécessité absolue pour la survie, et précisément c’est exclusivement sur les femmes que repose la responsabilité de l’approvisionnement en eau.
Sous la pression des femmes, l’EZLN a finalement ajouté une sixième question à la Consultation : « Faut-il garantir la présence et la participation équitable des femmes dans tous les postes de représentation et de responsabilité dans les organismes civils et dans le gouvernement ? » Malgré une certaine ambiguïté du concept de « participation équitable », la question a le mérite d’avoir été posée et d’avoir souligné l’importance de la participation des femmes aux luttes. Comme l’ont dit les zapatistes, ces questions ne sont qu’un début, le commencement d’un dialogue que la société tout entière est invitée à reprendre. Pour l’instant, 93 % des personnes qui ont participé à la Consultation (plus d’un million), ont manifesté leur accord avec la participation équitable des femmes. Tout reste à faire...
Sophie Joanny
Si vous voulez en savoir plus et/ou appuyer la CNM, qui ne dispose d’aucune ressource propre, vous pouvez contacter :
CNM
C/o Patria Jiménez ou Eleonora Contreras
Xola 181
Colonia Alamos
Mexico DF, Mexico
Tél. / fax : (52 5) 590 91 01 temps considéré la thérapie spécialisée des femmes victimes de violence comme principale réponse, avec des campagnes de prévention et une législation plus ferme et mieux appliquée. Mais la violence perdure. Les Indiennes, elles, replacent les émotions au premier rang et demandent la confrontation directe avec l’homme qui les maltraite : <r S’ils ont un cœur, comme nous, qu ’ils nous regardent dans les yeux et qu ’ils nous disent pourquoi ils nous battent. »16 Pour ce qui est du droit de participer, elles ont su imposer leur présence massive dans les structures indiennes, forçant l’admiration des autres femmes et les incitant à sortir de leurs cuisines. Enfin, après les femmes des secteurs populaires17, mais avec peut-être plus de force encore, les Indiennes viennent confirmer la conviction féministe que l’oppression des femmes traverse toutes les catégories sociales et tous les groupes culturels.
Les Indiennes ont aussi beaucoup appris à leurs compagnons indiens, en donnant l’exemple dans la lutte, en réclamant d’être considérées comme des êtres humains elles aussi, et surtout dans leur lutte pour redéfinir un aspect central des cultures indiennes : les relations sociales entre sexes. Sans leur parole, les revendications indiennes n’auraient que la portée d’une lutte pour la terre, éventuellement assortie d’une vague référence à la préservation des cultures indiennes « traditionnelles » idéalisées et inaccessibles à la critique interne et à la transformation. Or ici, à la différence des projets ethniques racistes qui empoisonnent le vieux continent, les cultures indiennes en lutte sont en même temps en plein processus de transformation et d’ouverture, capables et désireuses de s’adresser d’égales à égales aux autres Mexicaines et au reste du monde.
Tout en apportant un appui considérable aux revendications zapatistes et populaires, elles ne se privent pas de faire savoir publiquement ce qu’elles pensent des « us et coutumes » de leurs maris, et tant pis pour qui pense que cela « divise la lutte ». Elles ont pleinement conscience qu’il ne faut pas attendre le triomphe d’une révolution pour qu’on s’intéresse à leur cas. L’appel des zapatistes à ce que toutes et tous « luttent à leur propre manière pour leurs propres utopies »18 leur est allé droit au cœur, et pour cause. Le refus du pouvoir pour soi-même, le rejet de la violence de la guerre, la revendication de dignité, les pratiques de prise de décision « par consensus », la recherche de la pluralité et la méfiance vis-à-vis de la manière traditionnelle de faire de la politique des partis de gauche : autant de traits caractéristiques du mouvement féministe que l’on retrouve dans l’EZLN.
C’est sans doute là qu’il faut chercher l’intérêt des femmes pour la lutte zapatiste, et celui des zapatistes pour la participation des femmes.
La situation au Mexique, et en particulier dans le Chiapas, laisse planer beaucoup de craintes. La répression du gouvernement pourrait avoir raison de ces mouvements, pourtant porteurs d’espoir pour tout le pays. De plus, les politiques d’ajustement structurel ont toujours provoqué une évidente « féminisation de la pauvreté ». Pour « développer » la région, le gouvernement vient de signer avec des entreprises canadiennes l’ouverture de deux usines de maquila, en plein zone de conflit, à Ocosingo et Margaritas. Ces usines d’assemblage que l’ALENA devrait multiplier dans tout le pays sont connues pour être des lieux d’exploitation particulièrement iniques, friands de main d’œuvre docile et bon marché, presque toujours des femmes et des très jeunes femmes. Deux cent quarante d’entre elles reçoivent actuellement une formation adéquate pour travailler dans ces usines. Face à cette perspective d’avenir, les Indiennes ont encore beaucoup de luttes devant elles...
Erica Julien
Notes
- 1 . Hablemos de nuestras costumbres y tradiciones. Conozcamos nuestros dere-chos. J’pas Joloviletik, OIMI, OMIECH, CODIMUJ, Chiltak, K’inal Antsetik, San Cristôbal de Las Casas, Chiapas, sous presse au 1er juin 1995.
- 2. Ibidem.
- 3. Ibidem.
- 4. Anzetik signifie «femmes » en Tzot-zil.
- 5. Les coletas sont les habitantes de San Cristôbal, très catholiques et bien-pensantes, qui vivent dans la nostalgie de l’époque coloniale.
- 6. Ces informations sont rapportées par Nellys Palomo, «Chiapas : de la despena-lizaciôn del aborto a la ley revolucionaria de mujeres », Inprecor para América lati-na, n° 39, Mexico, février 1994.
- 7. Sous-commandant Marcos, dans une entrevue pour la vidéo La guerra de Chiapas, Argos, México, 1994.
- 8. Comme le rapporte la féministe mexicaine Marcela Lagarde, «Insurrection, santé et condition des femmes », paru en français dans Les Cahiers du Féminisme, n° 71/72, hiver 1994-printemps 1995. On connaît notamment la Comandante Ramo
- na, la Comandante Trini, la Comandante Elisa.
- 9. Guiomar Rovira : «La rebeliôn de Chiapas contada por sus protagonistas », Virus, Barcelona, 1994, Las Brujas (revue féministe du District fédéral), n° 2, automne 1994.
- 10. Il s’agit d’une demande répétée des Indiennes : avec le pox, l’homme dépense tout l’argent de la famille et après bat tout le monde... Les sectes protestantes, qui interdisent depuis longtemps la consommation de tabac et d’alcool, ont ainsi su se gagner l’adhésion de beaucoup d’Indiennes.
- 1 1 . Les ladinas sont celles qui ne sont pas considérées comme indiennes, qu’elles soient indiennes acculturées, métisses, caxlanas comme disent les Indiennes ou blanches comme des Espagnoles.
- 12. Première proclamation du gouvernement de transition, 1 1 décembre 1 994.
- 13. Documents du gouvernement de transition à la démocratie, 1 1 décembre
- 1994.
- 14. A Ocosingo, une occupation de terres est entièrement réalisée par des femmes.
- 15. Plataforma de las mujeres para el dialogo, Mujeres tejiendo nuestro futuro, Convenciôn Estatal de Mujeres Chiapane-cas, ronéo, San Cristôbal de las Casas, mai
- 1995.
- 16. Propos rapportés par une membre de la Convention des femmes chiapanèques, lors d’une réunion publique d’information sur la situation des femmes dans le Chiapas, le 28 mai 1995, à Paris.
- 17. Le courant du «féminisme des secteurs populaires » a débuté notamment au Mexique, après le tremblement de terre de Mexico en 1985, en particulier avec le Syndicat des couturières du 29 septembre et les femmes de la CONAMUP (Coordi-naciôn Nacional del Movimiento Urbano Popular).
- 18. Déclaration du sous-commandant Marcos pour l’inauguration de la CND, Aguascalientes, Chiapas, 8 août 1994.