La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Demain, des Assises nationales pour les droits des femmes

· Cahiers du féminisme, n° 75-76, hiver - printemps 1996 · p. 39 · 805 mots

En France, si vous saviez...

Demain, des assises nationales pour le droit des femmes

Quarante mille personnes sont venues sur les grands boulevards de Parts pour les droits des femmes , dans une manifestation gale , ironique , ensoleillée , Insolente et spontanée , chantante et revigorante. Déjà décrite et racontée dans les comités de province au retour des cars et dans les réseaux militants , elle n'a pas échappé à la grande presse qui a souligné la présence de plusieurs générations de femmes ainsi que celle des hommes en nombre non négligeable. üne manifestation féministe mais pas exclusivement féminine.

Certes, personne n’avait ménagé sa peine, ni celles qui animaient la CADAC, ni toutes les militantes des associations féministes, syndicales et politiques qui s’étaient jointes à cette initiative tant en province qu’à Paris. Avant même que ne souffle le vent d’automne de la contestation sociale, les femmes ont trouvé le chemin du rassemblement et de la lutte pour défendre leurs droits. Les chansons et les mots d’ordre criés dans les cortèges du 25 novembre, n’ont pas épargné non plus le gouvernement : « Chirac, Juppé, les filles vous font craquer ! » Premier acte d’une mobilisation qui révéla toute son ampleur en décembre 1995, il s’agissait d’imposer un rapport de forces favorable face aux réactionnaires de tous horizons qui conduisent des attaques multiples contre les droits des femmes : droit de choisir, menacé par les actions commandos des intégristes alliés de l’extrême droite, et par les restrictions budgétaires à l’hôpital qui touchent d’abord les CIVG, le droit au travail des femmes remis en cause par l’extension du travail précaire et partiel et par l’augmentation du chômage, et en fin de compte, le droit à une existence réellement autonome, indépendante financièrement et libre moralement, droit contesté entre autres par la remontée virulente de l’ordre moral. Ce fut une grande victoire et une immense espérance que d’être parvenu à ce succès du 25 novembre.

Les opposants à l’avortement, bénéficiant de multiples appuis dans différents ministères et administrations, avaient obtenu le droit de manifester le même jour, à la même heure et au même endroit que nous, fait sans précédent dans les annales des manifestations parisiennes : mais le ridicule de leur prestation, dans ces circonstances, n’eut d’égal que l’ignominie de la décision qui leur a permis alors de paraître. Les quelques dizaines de nazillons et de curetons reçurent la monnaie de leur pièce sous forme de quelques œufs : la manifestation imposait, quant à elle, sa force et sa détermination. Quelques médias tentèrent de tenir la balance égale entre « les deux camps » renvoyés dos à dos ; la ficelle trop énorme ne fit pas mouche dans l’opinion. Désormais, ce sont ces délinquants en soutane qui se trouvent sur la défensive, les tribunaux envisageant enfin des peines plus conformes à la gravité des délits commis

Un début de convergences

Il ne conviendrait pas cependant de réduire le bilan de cette mobilisation à une comptabilité de prétoires. En refusant précisément de se laisser enfermer dans la logique stricte des procès, en élargissant le champ de son initiative au-delà de la question des commandos et au-delà du droit de choisir, la CADAC a pu entraîner une multitude de forces dans ce combat pour le droit des femmes : syndicats, associations féministes, partis de gauche et d’extrême gauche, collectifs unitaires, Agir ensemble contre le chômage, Planning familial, Ras l’ front, Ligue des droits de l’homme, etc. En montrant les liens qui unissent les différents droits des femmes à défendre ', la lutte décisive pour le droit de choisir, loin d’être relativisée, s’en est trouvée considérablement renforcée. Parce qu’il y avait un terrain unitaire et large, il put y avoir rencontre entre une génération hier mobilisée pour conquérir ces droits et une génération qui a pris conscience de

■ -39 - la fragilité de ces mêmes droits quand ils sont laissés en jachère. En brisant les barrières des compétences, les unes étant spécialistes es-syndicalisme, les autres es-féminisme ou d’autres encore es-égalité, la CADAC, les cent quarante neuf organisations et les cinquante-six collectifs de villes ont libéré des forces nouvelles. Les liens établis à cette occasion, ont été renforcés au cours du mouvement social qui a suivi, permettant (du moins à un niveau de responsabilité nationale) une jonction entre militantes féministes, politiques, syndicalistes en lutte contre la précarité. De cette dynamique, naît l’espérance d’un regain du féminisme.

Ainsi la préparation d’assises nationales pour les droits des femmes au début de l’année 1997 (voir appel ci-joint) impulsée par un collectif unitaire 2 est née du succès du 25 novembre et de la conviction commune que les droits des femmes sont les droits de tous, que les femmes sont une cible privilégiée des forces réactionnaires et, par conséquent, qu’il est indispensable de poursuivre la reconstruction de ce rapport de forces.

Isabelle Forest

Notes

  1. 1 . Les quatre axes de la plate-forme unitaire du 25 novembre étaient :
  2. -pour le droit à l’avortement et à la contraception ;
  3. -pour le droit à l’emploi ;
  4. -pour une réelle égalité entre les femmes et les hommes ;
  5. -contre la remontée de l’ordre moral.
  6. 2. Premiers signataires : SNU-IPP, ANEF, Coordination féministe, FSU, SNPES-PJJ, PCF, CAP, SUD, Fédération solidarité femmes, Marie pas Claire, LCR, Lutte ouvrière, MFPF, FA, CRC, CADAC, SOS sexisme, Ras l’Front, Les Verts, Initiative républicaine, SNUI.

Une erreur sur cette page ?