des8l.Uléesso~te
Plonger dans le passé de la CFDT, pour mieux comprendre le présent. Cet article, qui sera suivi d'autres dans les prochains numéros de <<Critique communiste,,, répond à une nécessité profonde : cette part de l'histoire de la classe ouvrière mérite que les militants trotskystes -et bien au-delà- en connaissent la richesse et les apports, quelles qu'en soient les faiblesses à discuter clairement.
De surcroît, à l'occasion de la publica-
A
U nom de quel projet politique et syndical Edmond Maire oriente-t-il la CFDT ? Secrétaire général, il pose au dirigeant réaliste, attaché à bien montrer ce qui est possible : qu'y a-t-il de plus démobilisateur que des objectifs qui, hors d'atteinte, se transforment en simple « incantation » ? Son discours au congrès de Metz, en mai dernier, en est une belle illustration.
In attaquait frontalement ses opposants : « On croirait entendre Merlin l'enchanteur quand certains affirment, par exemple, qu'il est possible d'obtenir immédiatement les 35 heures effectives avec une création massive d'emplois et les 3 900 F tout de suite de salaire minimum dans toutes les entreprises françaises. n Pourquoi donc ? A cause de la réalité actuelle du capitalisme bien sûr : «Des milliers d'entreprises sont peu florissantes et les salaires y sont très bas. N'oublions pas non plus les quelque 15 à 20 000 faillites annuelles. Si d'un seul coup« dans ces secteurs, on passe aux 35 heures en augmentant les bas salaires de quelque 20 %, que va -t -i/ se passer ? Ou l'on multiplie les faillites, ou l'on ferme les frontières. Et si l'on ferme les frontières, nous ne pourrons plus exporter. Et comme les exportations représentent environ 35 % de la production industrielle, le chômage fera un grand bond en avant. Ce n'est plus Merlin l'enchanteur, c'est la fée Carabosse ... Ceux qui prônent ces belles solutions auront beau chasser les patrons, tout nationa-
PIERRE REME tion du livre d'Hamon et Rotman (« la Deuxième gauche,,) Edmond Maire présente à sa façon l'histoire de la CFDT. Pour en resserre << l'unité et l'homogénéité idéologique ,,, il gomme tout ce qui gêne sa propre orientation politique. Le procédé est malheureusement classique. Raison de plus pour découvrir les débats d'orientation qui ont traversé la CFDT dans les années soixante, et dont le lecteur découvrira toute l'actualité. liser, les réalités sociales, · économiques.. . et politiques auront tôt fait de faire voler leurs rêves en éclat. Sans parler du sort des libertés dans un tel schéma ... n
Tout est dit : la voie du socialisme est bouchée, ou elle relève de l'ordre des rêves dangereux qui se terminent par de v~ais cauchemards et des réveils difficiles. Quelle autre voie ? « Saisir les opportunités >> : << Alors que la crise bouscule le monde, que les certitudes vacillent, que des mutations rendent possible l'émergence de pistes d 'action et de transformation nouvelles, et alors qu 'un pouvoir politique d'orientation socialiste gouverne notre pays, allons-nous rester collés à la glaise du passé par le poids de nos semelles de plomb ? >> Non, bien sûr, répond Edmond Maire, qui appelle à << changer notre syndicalisme >>.
Faut-il croire Edmond Maire lorsqu'il se présente comme celui qui veut, sans plus, «faire éclore ce que, patiemment, des décennies de lutte syndicale ont semé >>, ou bien son discours exprime-t-il un courant politique précis?
Cette question est décisive au mo- . ment où Edmond Maire lui-même est contraint de reconnaître au lendemain du congrès confédéral, dans une interview à Libération, qu'il a en face de lui « 45 % d'opposants >>. Phénomène qui, selon lui, vient de l'inadaptation des militants. Ceux-ci devraient, selon l'actuel secrétaire général de la CFDT, «revenir>> de leurs
'
Edmond Maire, dirigeant de la fédération CFDT -chimie en 1966. . Si le syndicalisme ne s'avère pas capable de respecter les engagements qu'il a pris, c'es-à-dire de discipliner ses revendications et son action dans le sens du plan, si donc sont action crée l'inflation, alors le gouvernement pourra, par la fiscalité et le jeu des prix, rétablir l'équilibre économique.
Edmond Maire, 1966 Si nous ne changeons pas, nos revendications risquent fort de n'être jamais satisfaites. Le changement de comportement porte essentiellement sur la prise de conscience que tout n'est pas possible en même temps, qu' il faut introduire la durée des étapes, longues, plus longues que nous ne le pensons, dans la réalisation des revendications.
Edmond Maire, avril 1967.
1. On peut lire, dans ,, la Deuxième gauche •• , cette ,, analyse » (p. 381) : au lendemain du congrès de Metz, une discussion avec Edmond Maire. ,, Reste que le quitus, la ratification du mandat écoulé, n'a recueilli "que" 60 % des suffrages. D'où naissent les réticences? Elles sont triples, répond le secrétaire général. Premièrement, l'action de la Ligue communiste. Elle relève de l'anecdote. C'est une constante qui n'offre d'intérêt que sociologique. Ensuite, des camarades qui restent attachès au mythe d'une classe ouvrière salvatrice, messianique · -dans la ligné du catholicisme de gauche. Plus on incarne, pensent-ils, un secteur économique en difficulté, plus on rassemble les émancipateurs de demain. Communiant dans le martyre, ils se sentent minoritaires et rejetés. C'est passablement dramatique car nous ne savons comment les aider. Enfin d'autres, plus proches de la problématique usuelle, nous jugent trop attachés à la dynamique sociale, et pas assez soucieux de faire pression sur l'Etat. Ceux-là, je n'exclus pas qu'ils finissent par se laisser décaper par l'événement. » 2. Dans ,, Tribune socialiste» du 8 décembre 1966. 3. ,, Une proposition de stratégie commune aux organisations du mouvement ouvrier (dite contre-plan) ... Avril 1967, ronéoté.
Les idées essentielles en sont reprises, sous une forme adaptée, dans le rapport préparé par Edmond Maire pour le congrès de la chimie de 1968 : ,, Pour une stratégie commune aux organisations du mouvement ouvrier ... 4. ,, la Deuxième gauche .. , p. 304 et suivantes.
erreurs d'analyse ou terminer dans une impasse ( 1 ).
Notre réponse sera directe : Edmond Maire représente un courant politique qui est loin de résumer ou d'exprimer le meilleur de la CFDT depuis plus de trente ans. Cela n'enlève pas à l'actuel dirigeant de cette confédération le mérite d'une continuité, mais il s'agit de celle d'un réformisme qui veut classiquement, quel que soit l'état du rapport des forces entre les classes, préserver « le consensus national ».
Notre affirmation n'a rien d'une «condamnation dogmatique». La meilleure preuve : les positions 1 d'Edmond Maire, dès avant 1968, dans une période où presque personne n'acceptait de croire à une possible « crise du capitalisme ».
A la veille
de Mai 68,
Edmond Maire
à la recherche
d'un
« contre-plan >>
11 Pour une stratégie nouvelle », proclamait déjà Edmond Maire dans les années 1960, alors qu'il était secrétaire général de la fédération chimie CFDT. Il en précisait le projet d'une façon au premier abord étonnante : en se prononçant «pour une stratégie commune », liant le syndicat à la gauche non communiste ! Mais c'était déjà dans le sens de «la rigueur » économique, sous la forme d'un « contre-plan ».
Sous des termes différents de ceux d'aujourd'hui, quelle continuité : «Dans l'établissement d'un contre-plan, il faudra évidemment partir d 'impératifs sociaux: augmentation prioritaire du SMIC, réduction de la durée du travail, développement régional ; mais il faudra aussi tenir compte du fait qu'une économie doit être concurrentielle et équilibrer sa balance des comptes, développer la recherche scien -tifique pour sauvegarder son indépendance, éviter l'inflation, etc. (2). »
Eh oui, il fallait, déjà, « tenir compte de la nécessité d'être concurrentiel », et « éviter l'inflation ». Cela traçait « les responsabilités » : « Si le syndicalisme ne s'avère pas capable de respecter les engagements qu'il a pris, c'est-à-dire discipliner ses revendications et son action dans le sens du plan, si donc son action crée l'inflation, alors le gouvernement pourra, par la fiscalité et le jeu des prix, rétablir l'équilibre économique (id.). »
Conséquence politique : « Cela implique, dans un premier temps, le renforcement et l'unité de la gauche non communiste, sur la base d'un programme socialiste et démocratique », pour préparer «une solution démocratique [qui]) succède au pouvoir gaulliste (ibid.). »
Pour donner tout le sel de ce texte, précisons qu'il a été publié dans l'hebdomadaire du PSU, Tribune socialiste, avec une introduction élogieuse d'un futur ministre, Pierre Bérégovoy. Celui-ci saluait « cet effort d'analyse qui ne saurait laiss~r indifférent »
Ainsi est donc ramenée à sa réalité l'orientation d'Edmond Maire, affilié à l'époque au PSU, un parti traversé de courants divers, mais un parti dont Mendès France était membre.
C'est d'ailleurs ce courant-là du PSU - le courant mendésiste - qui faisait circuler des textes de débat et d'orientation préparés pour les stages de formation CFDT de Bierville, accompagnés de la mention « vous-.apprécierez et en ferez !Jon usage ... » Une activité de « fraction politique » dirait-on!
Citons quelques passages particulièrement significatifs, d'un document dont Maire est co-auteur (3) :
« Si nous ne changeons pas, nos revendications risquent fort de n 'être jamais satisfaites. Ce changement de comportement porte essentiellement sur la prise de conscience que tout n'est pas possible en même temps, qu 'il faut introduire la durée des étapes, longues, plus longues que nous ne le pensons, dans la réalisation des revendications. Prise de conscience de ce qu'est établir des priorités : c'est reporter à plus tard (sans les abandonner) des revendicalions non prioritaires. Et cela n 'est pas habituel ; nous ne sommes pas habitués en France à une politique contractuelle avec les employeurs qui nous aurait accoutumés, et les travailleurs avec nous, à faire avancer les unes après les autres nos revendications. ( .. .) »
N'ayant pas l'éducation que donnent les gouvernements sociaux-démocrates ou le Labour Farty britannique, la classe ouvrière française, selon Maire, courait de grands dangers : « Actuellemen-t, nous sommes tenus éloignés des centres de décisions, nous doutons de l'information économique que nous jugeons orientée pour nous faire accepter la situation actuelle. Cette situation est génératrice d 'illusions et d'un espoir démesuré dans les
possibilités de la gauche au pouvoir. Cette arrivée au pouvoir risque de déclencher une vague de revendications obligeant le gouvernement à aller au-delà du raisonnable, entraÎnant crise économique, retour de la droite, les travailleurs eux-mêmes ne soutenant plus une majorité qui les aura déçus . >>
Quelle solution, pour éviter l'échec dû à cette mobilisation brusque et exagérée ? Elle réside dans « une prise de conscience >>, dans << un effort >>, et voici pourquoi : « Tout d'abord, nous devons bien nous pénétrer de cette évidence sur laquelle nous sommes tous d'accord mais dont nous n 'avons pas encore tiré toutes les conséquences : le passage brusque à la société socialiste qu'exprimait la théorie de la grève générale révolutionnaire est définitivement mort. >>
A quoi donc tient la disparition « définitive >>, de cet'.e théorie, un an, faut-il le rappeler avant la grève générale de Mai :968 ?
« Ce n'est pas un choix que nous avons fait , c'est l'évolution même de la société, 1 'absence de crise économique profonde, l'élévation des niveaux de vie et l'évolution corrélative des mentalités qui rendent caduc cet espoir de se débarrasser d'un seul coup du capitalisme. »
Voilà un argument qui peut facilement se retourner : « 1 'absence de crise économique profonde >>, hier invoquée, peut-elle aujourd'hui « rendre caduc cet espoir de se débarrasser d'un seul coup du capitalisme » ? La belle affaire ! C'est l'existence de cette << crise profonde » qui justifie la remise en cause des revendications proposées par 11 Merlin l'enchanteur >>, jugées << excessives » !
Que le capitalisme soit en expansion ou en crise, sain ou malade, la conclusion est la même: <<Du même coup, nous sommes obligés d'adopter une perspective de transformation progressive de la société capitaliste. Que . cette situation comporte un grand danger d'enlisement ne fait aucun doute, ·mais nous devons nous dire que ce n 'est pas un choix, que nous ne pouvons pas faire autrement ; même les communistes des pays occidentaux l'ont maintenant admis. >>
On imagine sans peine << 1 'effort >> qui en découle, formulé par Maire dans des termes pratiquement identiques à ceux de l'après-! 0 mai 1981 : << Pour que la gauche arrivJ au pouvoir et qu'elle y reste, le mouvement syndical doit modifier son comportement, sinon aucun gouvernement ne pourra résister à la vague des espoirs qu 'il aura fait naüre. >>
Des soucis dignes
d'un quelconque
Premier ministre ...
Poursuivons la lecture de ce texte d'anticipation (il date, rappelons-le, d'avril 1967): << Voyons tout d'abord les problèmes qui nous sont posés et dont un gouvernement de gauche devrait tenir compte.
<< 1. Nous sommes dans une économie ouverte (. . .) Cela comporte comme conséquence d'avoir des entreprises compétitives sinon nous serons envahis par des produits étrangers et c'est l'emploi des travailleurs français qui sera compromis. La nécessité d'accroÎtre les investissements productifs sera donc aussi forte qu'aujourd'hui, plus même puisque nous voulons progresser beaucoup plus vite. »
Seule différence : il n'était pas encore à la mode de prêcher<< une croissance douce >>, ni << les sacrifices » ; mais il est vrai que le capitalisme, prospère, autorisait Edmond Maire à proposer << de progresser plus vite >> dans l'économie.
En revanche, les conséquences sur les salaires étaient les mêmes qu'actuellement : << Nous devenons une nation industrielle (...) Nous devons échanger beaucoup plus qu 'avant pour nous procurer les matières premières dont nous avons besoin. (. . .)Mais le commerce international se fait en monnaie forte, dollar ou livre, et pour nous en procurer sans perdre de notre substance il nous faut vendre. D'où nécessité de produire à des prix concurrentiels pour équilibrer nos échanges extérieurs. >>
Cela, ainsi qu'« une poussée démographique importante », ou <<le mouvement d'urbanisation qui se poursuit >> (. . .), << nécessite le maintien impératif de l'expansion économique. » Dans le cas contraire, <<si la gauche au pouvoir entraÎnait un ralentissement de l'expansion, elle serait immédiatement condamnée. Il est en effet absolument impossible d'envisager une solution aux problèmes précédents dans une économie en stagnation. >>
Conclusion : << Cela ne sera réalisable que par le financement de la politique choisie sans inflation. Autrement, comment serions-nous compétitifs ? >> ll n'y a donc, d'après Maire, au- . cune illusion à se faire : que ce soit avant 1968 -pour maintenir l'expansion capitaliste indispensable - , ou en 1977 -pour tenir compte de la crise et de la division de la gauche - , << ce qui est possible » se réduit à ce qui peut se << négocier positivement »avec le patronat. Maire et son équipe reconnaissent eux-mêmes aujourd'hui cela, comme le prouvent leurs confidences à Hamon et Rotman, auteurs du livre la Deuxième gauche : ce sont des conversations secrètes avec le CNPF et le gouvernement qui ont préparé, en décembre 1979 et au début de 1980, la ligne du <<recentrage >> (4).
A la veille
de Mai 68,
Edmond Maire
à la recherche
d'une majorité
Disons-le nettement, Edmond Maire n'avait pas convaincu grand monde, dans la CFDT, lors du congrès confédéral de 1967. Mais ses propositions, portées par la fédération de la chimie, relayées par ceux qui partageaient la « sensibilité mendésiste »au PSU, étaient au cœur du problème du moment : comment en finir avec de Gaulle, mis en ballotage par Mitterrand en 1965, ébranlé encore par les résultats des élections législatives de 1967?
Il fut donc décidé de « poursuivre le débat » afin de préparer une position assumable par l'ensemble de la CFDT au 35e Congrès, prévu pour 1970, c'est-à-dire deux ans avant l'élection présidentielle suivante qui allait correspondre, de surcroît, à une année d'élections législatives.
Edmond Maire, dans le sillage de Marcel Gonin, responsable des stages nationaux de formation à Bierville et co-auteur du texte ronéoté cité plus haut, s'emploi à faire progresser son courant politique dans la CFDT : il est doublement à la recherche d'une majorité, au niveau de l'évolution politique du pays et, pour y contribuer à sa façon, dans la CFDT.
Afin de démonter ses contradicteurs, qui refusent de soumettre le syndicat à un accord avec la gauche et défendent l'autonomie et l'indépendance nécessaire de l'organisation syndicale, Edmond Maire se situe sur le terrain le plus politique. En essayant de faire croire que le << contre-plan >>, dont nous avons résumé les grandes lignes, est un modèle de << démarche syndicale »: << L 'autono-
la présentation du « recentrage » au ganisation syndicale a adopié, ·en contre la ligne
Côté gauche,: « une telle discussion tions, son plan syndical. Puis, elle a minoritaire permet seule de rendre contraignants . adopté le compromis passé avec les or- les engagements électoraux)). Voilà ganisations politiques. Toutes choses d'E. Maire tie )) 1 Mais le fond du calcul apparaît devant une situation identique à celle en 1967 mie réelle du syndicat, argumente-t-il, suppose 1 'intervention sur les décisions économiques el/es-mêmes (. . .).// s'agit simplement d'aller plus loin dans la mise au point de nos programmes syndicaux confédéraux (5). )) D'où la «première phase : le syndicat établit ses choix et ses priorités )). Puisque « tout n'est pas possible )) ... cela nous amène à la « deuxième phase : le syndicat négocie publiquement avec les partis politiques )).
La fonction réelle d'une telle « négociation » comporte son versant gauche et son versant droite, comme moment du congrès de Brest (1979). pour « le renouveau de la démocravite : « cette négociation publique a aussi (sic) 1 'avantage de révéler aux travailleurs quelles sont les possibilités maximum du mouvement socialiste dans la situation donnée )). Autrement dit, ceux qui finissent par être «contraints par les engagements électoraux )), ce ne sont sans doute pas les leaders politiques chers au cœur du futur secrétaire général de la CFDT !
Pourtant, en intertitre très visible dans ce même article de Témoignage chrétien de février 1968, on peut lire : « refus de toute modération gréviste )). C'est pour préciser quelques lignes plus bas les objectifs, dans un langage qui rappelle bien des choses, mais qu'on nous présente comme «une nouvelle réflexion sur le syndicalisme en temps de crise économique )) : « La lutte syndicale doit s'orienter en priorité, dans toute la première phase de l'arrivée de la gauche au pouvoir, non pas sur des objectifs quantitatifs, mais sur des objectifs de pouvoir dans l'entreprise, (. . .) notamment l'information économique. )) Grâce à cette modération et à cette « pédagogie qui permet une : orientation librement acceptée )) (sic), la « troisième phase )) arrive: «le contrat )).
« Si la discussion publique entre syndicats et partis pour un programme d'objectifs cohérents connaît une issue favorable, les partenaires syndicaux et politiques passent entre eux ce que nous avons appelé un contrat, (. . .) sous la forme d'un contre-plan commun. (. . .) Cet engagement public des deux branches du mouvement ouvrier est arbitré par les travailleurs. )) C'est, selon Edmond Maire, la seule voie : « Notre conviction est qu'en dehors d'un tel engagement moral, il n'existera pas une mobilisation suffisante pour faire accéder au pouvoir des hommes décidés à s'engager dans la voie du socialisme démocratique. »
Une fois passé 11 le contrat », la 11 quatrième phase : 1 'autodiscipline )). Maire la présente avec beaucoup de prudence, pour ne pas risquer les réactions hostiles du congrès de 1967 : 11 Dans la plus totale autonomie de chaque échelon de l'organisation syndicale, c'est un effort profond et continu visant à la cohérence de notre comp(Jrtement syndical avec nos buts ... ))
Il poursuit : 11 Situons, à nouveau, le contexte de cette autodiscipline : l'orcongrès, après de multiples délibéraégales par ailleurs, nous sommes donc dans laquelle se trouvent les syndicats lorsqu'un congrès syndical confédéral, fédéral, ou régional, adopte un programme d'action. ))
Après avoir ainsi détaillé la démarche visant à créer « une stratégie commune », Edmond Maire en vient à préciser « avec qui, comment ? )). Là encore, le projet a une grande ressemblance avec l'orientation actuelle de la direction confédérale : « Toute notre stratégie est fondée sur la tradilion syndicaliste française qui exclut toute déviation totalitaire (. . .) Mais on sait bien qu 'i l n'y a pas de majorité poli tique de gauche, qu'il n'y aura pas de suffisante mobilisation populaire si le Parti communiste et la CGT ne sont pas partie prenante de notre stratégie. ))
Comment faire ? « Nous ne croyons absolument pas à la vertu des discussions de sommet pour rallier Tes communistes à notre programme de réformes cohérent et réaliste. C'est bien pourquoi nous n'avons jamais parlé de contre-plan syndical commun à la CFDT et à la CGT. ..
« Notre stratégie commune suppose donc dans tous les cas une branche ouvrière non communiste du mouvement ouvrier solide, qui soit en position. de briguer la succession du gaullisme, formée d'hommes compétents et unis, acceptant de s'engager sur un programme cohérent de transformations socialistes, équilibrant largement le PC.
« Alors une mobilisation commune de cette gauche politique et syndicale non communiste peut créer dans le pays par la bataille politique sur cette base, un courant, un rapport de forces qui obligent le PC et la CGT à rallier la stratégie commune ou plus exactement à accepter le contre-plan commun. ))
Comme on a pu le voir à la lecture de ce texte datant de février 1968, le chemin politique jusqu'aux élections prévues pour 1972 était soigneusement et précisément balisé. Pour donner la majorité à « la gauche non communiste )) dans des conditions qui obligeraient le PC à en accepter le cadre.
Mais, en fait, Edmond Maire, avec le courant strictement mendésiste, était loin d'avoir encore la majorité ne fût-ce que dans la CFDT.
L eS arguments
1
Rendant compte du 34e Congrès, en novembre 196 7, Témoignage chrétien faisait état des principaux courants en présence : celui d'Edmond Maire et celui de Gilbert Declercq, deux dirigeants qui avaient, en 1965, fermement appelé à voter Mitterrand contre de Gaulle.
Il y apparaît qu'« E. Maire, très officiellement un opposant d 'Eugène Descamps » (le secrétaire général de la CFDT) intervenait au congrès plutôt sur la défensive, obligé par les réactions de la salle de « rappeler que la démocratie à 1 'applaudimètre ne nous fait pas honneur )). Il est vrai qu'il s'était placé à contre-courant du grand mouvement de manifestations unitaires organisé le 17 mai 1966.
Eugène Descamp n'était d'ailleurs pas tendre avec cette orientation « dite de contre-plan, très vivement contestée par un nombre important des militants )) : «N'y a-t-il pas danger à trop vouloir tenir compte des "contraintes de l'économie" et à insensiblement finir par s'enfermer dans le cadre même de la société néo-capitaliste que 1 'on prétend transformer ? (. . .) Le "contre-plan" risque de se réduire à une "contre-assurance" obtenue par les dirigeants de la gauche politique à l'égard des revendications ouvrières. Enfin, il serait redoutable pour le syndicalisme comme pour la démocratie que les "grandes affaires" concernant les travailleurs se traitent au niveau des états-majors politiques et syndicaux, les travailleurs, eux, perdant l'occasion et peu d peu le goût de l'action directe. )) (Extraits du rapport de synthèse au 34e Congrès.)
On trouve là les échos de très nombreuses interventions opposées aux propositions d'Edmond M~ire,
au centre desquelles celle de Gilbert Declercq, dirigeant de la métallurgie des pays de Loire et auteur, en 1959, du rapport sur << la planification démocratique ». Il adressait d'ailleurs, aussi, des reproches à la confédération.
Première critique de Gilbert Declercq : la confédération n'a pas assez mis en évidence les conceptions socialistes de la CFDT: « Il nous apparait essentiel, dans les deux années qui viennent, de dire ce que nous sommes, quel type de société nous voulons construire ... >> Deuxième critique, la « tendance à se bureaucratiser >> : « Les taux excessifs de cotisations prélevées par les échelons centraux et les structures verticales rigides risquent de faire perdre au syndicalisme toute fécondité et toute vitalité, et d'en faire un appareil bureaucratique. >> La troisième critique, directement centrée sur le «contre-plan», est de « mutiler l'organisation syndicale, lui ôter tout ressort et toute vie, d'exiger d'elle qu'à chaque besoin exprimé et à chaque revendication formulée, soient liées les propositions des moyens politiques concrets de leur réalisation (6) >>.
Le débat se poursuivit à la suite du congrès. Un document spécial était rédigé, sous le contrôle des deux courants, pour la discussion des écoles nationales ouvrières (7). Quels étaient les principaux arguments opposés alors aux propositions d'Edmond Maire ? : leur actualité saute aux yeux!
Première idée : le progrès social dépend de la lutte des classes : «Si le mouvement ouvrier français s'est toujours efforcé de préciser ses objectifs, dans la pratique, les objectifs qui ont été le plus facilement définis et atteints sont ceux qui l'ont été en quelque sorte à chaud, en pleine action. Il est vrai qu'en 1935 la CGT elle-même était incapable de dire ce qu'elle allait conquérir en 19 36 (. . .).
« Il ne faut pas chercher à établir une relation étroite entre la cohérence du progrès économique, d'une part, et celle du progrès social, d'autre part. Autant il parait satisfaisant pour l'esprit de considérer qu'une avancée sur le plan social n'est possible que lorsque les données économiques en sont réalisées, autant dans la pratique cette attitude permet de justifier des positions conservatrices. C'est au nom d'un certain réalisme qu'on a toujours refusé en France les réformes sociales. D'une certaine manière, un "réaliste" finit toujours par devenir, sinon réactionnaire, du moins un conservateur. Son raisonnement consiste à estimer que puisque les choses ne se sont pas faites, c'est qu'elles n'étaient pas faisables (pp. 18-19). 1
« (...) Comme les patrons ne nous donnent pas volontairement les informations pour savoir "jusqu où ne pas aller trop loin", la grève est un instrument d'investigation économique qui oblige les patrons à utiliser les réserves de productivité existantes.
« Au plan national, il en est de même: des syndicalistes qui écouteraient les bons motifs d'un gouvernement, même de gauche, pour ne pas satisfaire les revendications, ralentiraient du même coup, non seulement le progrès social, mais aussi le progrès technique en ne 1 'obligeant pas à faire les efforts nécessaires pour moderniser l'appareil de production pour satisfaire les revendications des travailleurs dans tous les domaines (...) (p. 20).
« Que le gouvernement fasse une bonne politique, il aura un bon syndicalisme. C'est à lui de gagner la confiance des travailleurs (p. 21 ). >>
Deuxième idée : le syndicat doit être autonome des partis : « Aucun gouvernement ne pou"a prendre d'engagement réel car il ne peut pas être certain de pouvoir le tenir, quelle que soit sa volonté d 'aller dans le même sens que nous. Pourquoi, dès lors, lier le syndicat par un contrat et l'entrainer dans le même discrédit que le gouvernement ? (p. 29) »
«La "stratégie commune" proposée est en fait une fuite en avant. Alors que le vrai problème c'est de renforcer le syndicalisme par son action propre, par l'action directe. On lui propose d'ajouter sa faiblesse à la faiblesse des partis, comme si deux faiblesses pouvaient faire une force. (. . .). L 'action parlementaire n'a jamais fait que traduire en termes législatifs des rapports de forces sociales. (. . .) En fait, le contrat ne nous permettrait pas de peser dans le sens voulu. Pour prendre un exemple, Blum a dit qu'en Juin 1936, les grèves étaient venues "frapper son gouvernement à la face": or ce sont ces grèves qui lui ont permis de faire signer les accords Matignon (p. 30). »
Diamétralement opposée à cette perspective de mobilisation syndicale sur des bases de classes, l'argumentation de Marcel Gonin et d'Edmond Maire, habile, n'en comportait pas moins quelques passages où ils« vendaient la mèche».
Sur les perspectives électorales, un ralliement à une « ouverture » tous azimuts des alliances : « Il faudra que les objectifs proposés soient susceptibles d'amener à la gauche des électeurs votant habituellement au centre. Il faudra donc _que le programme
Le passage brusque à la société socialiste qu' exprimait la théorie de la grève générale révolutionnaire est définitivement mort.
Edmond Maire, à la veille de Mai 68. En appeler à une sorte de jaillissement spontané qui parte des entreprises pour organiser la société toute entière me paraissait utopique et dangereux.
Edmond Maire, 1982, à propos de Mai 68. 5. «Témoignage chrétien .. publie, le 8 février, sur quatre pages, de larges extraits du rapport présenté par Edmond Maire pour le congrès de la chimie ; près d'un an après le texte d'avril 1967 cité cl-dessus, et après le congrès confédéral de novembre 1967, il veille à éviter les formules les plus «provocatrices,, dans la CFDT. 6. « Témoignage chrétien ,. du 16 novembre 1967. 7. «Formation ,. n• 76 de janvier-février 1968. C'était la revue des militants CFDT, liée aux écoles nationales ouvrières.
est totalement scandaleuse : quand les ·formule d'union sur des bases mini-
Gilbert Declercq. 1967. 8. Fédération de la gauche démocratique et socialiste, créée et présidée par Mitterrand aprés l'élection présidentielle de 1965. Elle rassemblait la SFIO, les radicaux, divers clubs et les amis de Mitterrand. La FGDS disparaît avec Mai 1968 ... 9. << Pour un socialisme démocratique, contribution de la CFDT ,, aux éditions de l'Epi. 10. Eugène Descamps: <<Militer,, éditions Fayard, p. 191-192. 11. La deuxième gauche, déjà cité, P. 216. 12. Fredo Krumnov :',; CFDT au cœur, éditions Syros, p. 52. 13. Gilbert Declercq : << Syndicaliste en liberté, au Seuil p. 128-129. 14. Les premiers textes sur l'autogestion, dans la fédération Hacuitex, datent de 1964 et de 1966. Cf << CFDT au cœur , p. 17 à 26.
proposé les intéresse sans les effrayer (sic) (p. 12). »
Sur la nature des contacts et des discussions engagées entre le courant du « contre-plan » et les « partis ouvriers », en fait la partie « mendésiste » du PSU et la FGDS (8) : « Ils craignent que nous ne puissions résister à notre tendance de considérer le syndicat comme un organe de contestation permanente et par là même de compromettre l'expérience à son début par une relance démagogique de l'action dès la moindre impatience des travailleurs (p. 27). ))
Voilà donc quelle était l'orientation d 'Edmond Maire, minoritaire dans la CFD.T à la veille de Mai 68.
Mai 68,
un surgissement
dangereux
pour E. Maire
Pendant les quelques mois précédant Mai 68, Edmond Maire tournait le dos à toute perspective de mobilisation de masse. Comment a-t-il réagi, au pied du mur, durant la grève générale ?
Il s'est exprimé à ce sujet dans un livre collectif datant de 1971 (9). Mais il vient de donner de nouvelles précisions à Hervé Hamon et Patrick Rotman. Puisque le secrétaire général de la CFDT se vante de sa « continuité », reprenons ses propres déclarations :
« Quand une crise sociale comme celle de Mai 68 éclate, écrivait-il en 1971, ce qui importe pour les uns et pour les autres, ce n'est pas seulement l'action revendicative, c'est la possibilité d'exploiter ce moment pour faire avancer les idées fondamentales de l'un et de 1 'autre sur la manière de transformer la société. Ce qui prime dans un cas pareil, ce n'est plus l'unité, ce sont les grandes visées . »(Pour un socialisme démocratique, p. 14.)
Cette position, si on l'écoute bien, travailleurs sont tous ensemble dans l'action, ce qui compte, d'aprés Edmond Maire, ce n'est pas l'unité pour vaincre, le classique «frapper ensemble tout en marchant séparément », c'est l'affirmation des «idées fondamentales de l'un et de l'autre », entendez la CGT et la CFDT.
Certains auraient pu croire que, après l'échec de la grève générale suivie de la défaite aux élections législativs, .Edmond Maire se soient félicités d'avoir tout au moins affinné l'image de la CFDT. Mais il ne faut pas s'arrêter à une interprétation aussi sommaire sous peine de pas bien comprendre ce qui fait le fond de son projet.
Le temps ayant passé, ne visant pas à «présenter toute la CFDT», mais son propre courant politique, Edmond Maire en a dit plus aux auteurs de la Deuxième gauche. Il leur a raconté l'entrevue qui eut lieu à 12 veille de Charléty avec Mendès France, pressenti pour former un gouvernement provisoire par diverses personnalités et organisations, dont François Mitterrand et la CFDT.
Mais, voyons d'abord comment 1 Eugène Descamps, secrétaire général à l'époque, retrace l'événement: « En sortant de Grenelle le lundi matin à sept heures, j'avais le sentiment de ne pas avoir si mal travaillé. La réaction de la base, dans les heures suivantes, nous prouvera que c'est insuffisant. Et pas seulement du point de vue matériel. Les travailleurs attendent un changement de politique. C'est clair. La CGT nie le fait. Pourtant il est incontestable qu 'une bonne partie des militants, même influencés par le Parti communiste, ont cru un moment qu 'il était possible de changer le régime. (. . .)
« Nous sommes devant le vide du pouvoir(. . .) il faut rechercher l'amalga -me entre les forces nouvelles et les for -ces anciennes. Certains disent : "cela va se faire à Charléty ". Charléty, ce n 'est pas tout ( .. .). J'ai entendu à la radio Mitterrand lors de sa conférence de presse. Il envisage, le général de Gaulle mis en échec au référendum annoncé, de constituer un gouvernement pro visaire. "S'il faut, j'assumerais cette responsabilité, dit-il, mais d :autres que moi peuvent légitimement y prétendre ; je pense d'abord à Pierre Mendès France". ( .. .)
« Le jeudi 30 au matin, nous expliquons notre point de vue à Mendès : "si vous êtes amené à faire un gouvernement, il doit être constitué avec les communistes, la FGDS, et aussi des forces nouvelles '0 0) »
Solution empirique pour chercher une issue politique à la crise avec une males, cela traduit la volonté, avant tout, de se débarrasser dm régime de la droite mis en place par le coup de force des généraux d'Alger en 1958 ...
Et Edmond Maire, comment a-t-il_ donc pris position ? Lisons donc ses dernières déclarations : « J'étais hostile à l'idée de sauter les étapes, de se passer des forces politiques organisées ; en appeler à une sorte de jaillissement spontané qui parte des entreprises pour organiser la société toute entière me pa-
naire, qu'y avait-il de si «dangereux >> de Declercq raissait utopique et âangereux (11). "·
Diable ! Voilà le défenseur de l'autogestion sur le recul... Pourquoi ? Parce que les travailleurs manifestent « une sorte de jaillissement . spontané ».
Pourtant, si on prend au sérieux les déclarations d'Edmond Maire en faveur d'une démocratie autogestionà s'adresser aux travailleurs, pour défendre des idées, des propositions, comme cela aurait été possible si une issue politique avait été proposée par les forces de gauche, par les partis ouvriers ? Maire, ici, fait un aveu terrible: les masses en mouvement<< sautent les étapes »et cela les rend dangereuses. Autant dire que, pour ceux qui en douteraient, les « analyses » sur le détour du « contre-plan » -présenté comme << nécessaire pour mobiliser » lors du débat des années 1965-68 - apparaissent jci sous un jour très cru : une chose, pour Edmond Maire, devait passer avant << cette sorte de jaillissement spontané >> de la classe ouvrière, c'est le respect << des étapes et des forces politiques organisées ». Un <<autogestionnaire >> qui, finalement jugeait le mouvement de Mai 68 << utopique et dangereux » !
On comprend donc, sans aucune difficulté, que ce ne soit pas Edmond Maire mais Fredo Krumnov qui ait représenté la CFDT à Charléty.
En effet, lors du congrès de 196 7, au nom de la fédération Hacuitex, Fredo Krumnov avait pris position en faveur d'une << action généralisée ». Citons ici son argumentation, dont le contraste avec celles d'Edmond Maire est assez net pour que chacun reconnaisse où se trouvait la volonté d'un réel changement :
<< L'inefficacité de l'action de longue durée dans les usines ; 1 'inefficacité des journées d'action du genre de celle du 17 mai ; l'attitude intransigeante du gouvernement et du patronat, accu mulent un potentiel d'irritation, de colère, de révolte qui ne demande qu'à trouver sa forme d'expression.
(( Il s'agit de savoir si le syndicalisme acceptera d'en donner 1 'occasion à la classe ouvrière (12). >>
On comprend qu'il ait pu, ensuite tirant en août le bilan de la grève gé~ nérale, souligner, un peu ironiquement : « C'est parce que nous l'avions souvent réclamée au sein de la confédération et parce que nous- 1 'espérions que nous avons été probablement été moins surpris que d 'autres par son ampleur (id.). ))
La CFDT
de Mai 68 était du côté et Krumnov
Quant à Gilbert Declercq, qui rappellera en 1970 au 35e Congrès que la grève générale de Mai 68 a <<balayé d'un revers de main les élucubrations sur la nécessité du "contre-plan" >>, il a fourni des analyses relativement convergentes sur ce point avec celles de Krumnov : << 1er février 1967, 17 mai 1967, semaine d'action du 9 au 17 octobre 1967 ... à ces occa -sions, les travailleurs ont découvert que ces grèves de 24 heures, ces semaines d'action, ces coups de boutoir, ne suffisaient pas à faire céder le patronat et le gouvernement.
<< Toutes ces actions ont accumulé un mélange explosif, de telle sorte que, quand la grève étudiante a fait jaillir l'étincelle, le mouvement a éclaté partout... (13). »
Décidément, la CFDT de Mai 6 8 se trouve du côté de ceux qui défendaient << 1 'autonomie du sy ndicat » comme Declercq, et de ceux qui rejetaient la définition technocratique de l'autogestion (14), tout en réclamant la préparation de la grève générale, comme Krumnov. De ce côté-là, et pas du côté d'Edmond Maire. Eugène Descamps, secrétaire général de la CFDT. 1967.
Rappel de quelques dates 1958 : Coup d'Etat de De Gaulle, en liaison avec les « ultras d'Alger >>. La CFTC participe, avec h FEN et la CGT, à la manifestation «pour la défense de la République >>. 1959: Le congrès de la CFTC adopte une résolution sur la planification démocratique, « confirmant son opposition au capitalisme, y compris ses formes modernes >>. 1960: La CFTC appelle, avec l'UNEF et la FEN, au rassemblement contre la guerre d'Algérie, le 27 octobre, à la Mutualité. 1961 :Eugène Descamps, l'un des animateurs de la minorité, devient secrétaire général. 1963: En mars, grève des mineurs, dans laquelle la fédération CFTC joue un rôle déterminant. 1964: En novembre la CFTC devient la CFDT ; une minorité de 1 0 % - les anciens dirigeants majoritaires liés à 1 'Eglise - fait scission et maintient la CFTC. 1965: La CFDT appelle à voter contre de Gaulle à l'élection présidentielle. Mitterrand met le général en ballotage. 1966 : Signature d'un pate d'unité d'action entre les confédérations CGT et CFDT.
Le 17 mai, première manifestation commune CGT-CFDT; avec un énorme succès. 1967 : Les élections législatives voient s'appliquer un accord de désistement réciproque entre le PC et les formations de gauche. A deux sièges près, la droite conserve la majorité ...
Les élections suivantes, en 1972, seront-elles celles de la victoire contre de Gaulle ? Pour y parvenir, Edmond Maire ne voit qu'une solution : la stratégie du «contre-plan», avec un candidat tout trouvé pour la présidence en la personne de Mendès France. 1968: La grève générale vient bousculer bien des calculs politiques. 1970 : Le 35• Congrès confédéral de la CFDT tire les bilans et adopte l'orientation socialiste autogestionnaire.