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La droite unie dans sa volonté de revanche

· Critique communiste, n° 16, février 1983 · p. 5-8 · 3 452 mots

Dessin paru dans le" Canard enchaîné, du 19 de revanche

C

HASSES le 1 0 mai, les Chirac, Barre et autres Giscard mènent grand tapage, à quelques semaines des élections municipales. Ces revenants sont cependant conscients des limites de leur offensive politique qu'Alain Duhamel apprécie de la façon suivante dans le Quotidien de Paris du 14 janvier : 11 Le reflux de la gauche est effectivement entamé. Mais une victoire de l'UDF et du RPR ne constituerait au fond qu'un succès négatif C'est moins 1 'opposition qui progresse que la gauche qui recule, ce sont moins les leaders du centre et de la droite qui séduisent que les dirigeants de la gauche qui déçoivent, c'est moins un vote d'adhésion qui se dessine qu'un vote sanction qui s'annonce ... »

Bref, c'est la politique que mènent le PS et le PC au gouvernement qui . donne des marges de manœuvre à la droite, plus qu'une profonde mobilisation en sa faveur. Les battus du 10 mai, les Barre, Giscard, Chirac se trouvent à nouveau projetés sur le devant de la scène politique. La bourgeoisie n'a pas eu le temps de restructurer ses forces, de renouveler son personnel, et pourtant la droite repart à l'assaut. Visiblement, elle ne peut tolérer l'alternance ; ou du moins l'alternance qui s'est mise en place en mai-juin 1981.

Mais cette situation d'offensive ne va pas sans contradictions. La plus évidente est « la querelle des chefs », qui s'apaise à l'approche des municipales, mais que l'on sent de nouveau prête à surgir. Car il ne s'agit pas de simples traces du passé qu'il suffirait d'effacer mais de l'élection présidentielle qui déjà se profile à l'horizon. Au-delà de cette querelle, il y a de

ANTOINE ARTOUS plus grandes difficultés qui tiennent à la profondeur de la défaite qu'a connue la bourgeoisie et qui, comme une ombre tenace, l'accompagne encore. La profondeur de la défaite du 10 mai.

La défaite du 1 0 mai fut pour la droite bien autre chose qu'une simple débâcle électorale. Car derrière la victoire de Mitterrand et la majorité donnée au PS et au PC, c'est tout un rapport de forces social quf s'exprimait et une volonté profonde de changement chez les travailleurs.

De plus, cette défaite s'est produite dans le cadre des institutions de la ye République. En perdant la présidence et la majorité parlementaire, la bourgeoisie, certes, ne perdait pas le pouvoir politique, mais les principaux partis bourgeois perdaient des instruments essentiels. En effet, une des conséquences de ces institutions créées par de Gaulle était de briser le jeu classique des partis, des majorités parlementaires faites et défaites pour, en quelque sortë, gouverner directement au travers de l'Etat et de ses instruments.

Un des résultats fut le laminage des partis bourgeois traditionnels et l'institution du mouvement gaulliste en « parti godillot ». La « classe » politique bourgeoise s'est alors organisée directement au travers des institutions de la ye République : à l'« Etat gaulliste » succède l'« Etat giscardien ». Mais la droite ne dispose pas, comme, par exemple, en Angleterre, en Italie ou en Allemagne, de partis janvier 1983

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d~ ma~~ susceptibles d'être un point d appui Important à sa domination.

Cette situation pesait déjà - sans remol?ter plus loin - sous le règne de Giscard et constituait un facteur propre de la « crise de direction bourgeoise » : l'UDF ne s'était jamais transformée en vaste organisation de masse. Il fallait voir là, certes, un effet de la polarisation des « nouvelles couches moyennes » par la gauche. Mais la logique de cette polarisation était démultipliée par les mécanismes de pouvoir de la ye République.

Ces facteurs de crise ne peuvent qu'être renforcés après la défaite du 10 mai. Dans l'opposition, la « classe » politique bourgeoise ne dispose plus des instruments nécessaires pour mener sa lutte. Bien sûr, elle continue de. disposer d'appuis importants au sem des institutions qu'elle a truffées de ses serviteurs pendant des dizaines d'années. Les momies du Conseil constitutionnel sont là pour en témoigner... Par contre, ses partis ont bien piètre figure.

Chirac s'appuie sur le RPR qu'il avait commencé à construire sous Giscard, et qui a moins pâti du 10 mai que l'UDF : au royaume des ' aveugles, les borgnes sont rois ! Mais à l'évidence, le RPR n'est qu'une ma~ · chine de guerre au service de Chirac et non un instrument pour la bourgeoisie, semblable à la Démocratie chrétienne allemande ou italienne ou au parti conservateur anglais. '

On comprend, dès lors, le rôle qu'a été amené à prendre le CNPF. De « syndicat des patrons », il s'est vite transformé en « parti des patrons ». La chose n'est pas tout à fait nouvelle : en 1978 comme en 1980 le CNPF avait clairement appelé voter pour la droite et il est intervenu lorsque les divisions Chirac-Giscard lui semblaient trop fortes. Mais à présent, cette dimension « politicienne » est constante : si l'on veut juger des intentions profondes de la bourgeoisie depuis le 10 mai, c'est surtout vers lui qu'il faut se tourner, plus que vers les « petites phrases » des dirigeants du RPR ou de l'UDF.

Cette situation est malsaine : pour la bourgeoisie, il est toujours dangereux de faire apparaître son combat comme étant directement celui des patrons. C'est pourquoi la construction d'une force de frappe directement politique - sinon de véritables partis de masse, au moins un état-major - reste un objectif primordial pour la bourgeoisie. Mais les chemins pour y parvenir sont bien tortueux ...

Cette crise directement politique de la bourgeoisie apparaît d'autant plus fortement que, paradoxalement, 8 ses différents porte-parole sont d'accord sur l'essentiel.

L'essentiel, c'est le refus de toute collaboration, sous une forme ou s<:ms une autre, avec le régime « soCialo-communiste )). Sans parler du RPR qui ne cesse d'affirmer sa volont~ de combat, les composantes essentielle~ de l'ancienne majorité sont unammes sur ce point.

Lé refus de tout

« compromis historique >>.

Raymond Barre se plaît à faire savoir qu'il n'est pas toujours d'accord avec les surenchères verbales de ses anciens partenaires, mais face aux ouvertures d'Edgar Faure vers Mitterrand, il se déclare contre tout « compromis historique )).

Au congrès de l'UDF à Pontoise Giscard a repris ses discours sur 1~ nécessité de « gouverner au centre )) de remettre en cause le « bipartis: me », mais il ne s'agit en rien de réponses positives aux déclarations de Mitterrand. Comme titrait le Matin de Paris : « Giscard verrouille le centre( ... ) pour empêcher Mitterrand d'ouvrir sa majorité. il

Lors de ce congrès, Olivier Stirn député radical qui avait fait une ré~ cente visite à l'Elysée, s'est déclaré en 11 désaccord sur la stratégie il, expliquant 11 qu'un vrai parti du centre ne doit pas être l'allié automatique de la droite, mais doit pouvoir s'allier aux socialistes ... il. Ce ne sont pas simpleme~t des sifflets qui lui ont répondu, mais Lecanuet : 11 Quant aux spéculations sur un "recentrage", nous les jugeons vaines et absurdes. Aucun compromis n 'est possible entre les projets [de l'UDF et du PS]. » · Stirn avait pourtant bien pris soin de préciser qu'il s'agissait pour lui d'une politique à moyen terme : 11 Nous ne devons jamais oublier qu'un jour, de nombreux socialistes quitteront l'alliance avec le PC et quitteront les éléments sectaires et marxistes qui les dirigent aujourd'hui. Ils devront trouver en nous matière à changement. Nous ne devons pas écarter cette éventualité .. . » C'est pourquoi Lecanuet tient à préciser dans les détails : « Si le PS perdait son allié, le PC, ou s'en séparait un jour, qu'il utilise sa majorité. S'il ne le pouvait pas, la seule solution honnête serait la dissolution, et non des combinaisons obscures de partis. Si le socialisme se maintient par

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l'habileté et la cuirasse des institutions, nous le combaflrons jusqu 'à sa chute ... il

Le président du Parti radical, Didier Bariani, est tout aussi catégorique : « Il n y a pas d'espace politique possible pour nous avec ce socialisme ... Toute pseudo-ouverture du régime prétendant s'adresser au centre gauche ne peut être qu'un leurre. il

Il ne s'agit pas là de positions de circonstances ou de surenchère verbale de congrès, mais d'une orientation de fond . D'une orientation pour le présent : pas question pour l'ancienne majorité d'envoyer un de ses représentants jouer le rôle d'un Jobert bis. Et l'on comprend qu'il n'y ait pas beaucoup d'adeptes !

Mais l'orientation vaut aussi pour le moyen terme. Lecanuet est explicite : pas de changement, d'évolution de majorité au travers d'un processus linéaire. Il faut une rupture, en l'occurrence de nouvelles élections. Sinon, même en cas de dissociation d'avec le PC, le PS devra gouverner seul.

Les déclarations faites par Giscard à la mi-janvier sur la possibilité d'une « cohabitation » entre une majorité de droite à l'Assemblée et Mitterrand ne vont pas en sens contraire. Car les différents scénarios qu'envisage l'ex-président de la République ont tous un passage obligé : la réélection d'une nouvelle majorité à l' Assemblée nationale ; le refus d'une politique visant à élargir la majorité actuel-

La cible est clairement désignée : le « régime socialo-communiste », le bloc que représente « la majorité présidentielle ». C'est-à-dire Mitterrand plus la majorité PS et PC au Parlement. Dissoudre, renverser ce bloc est donc l'objectif. Il ne s'agit pas simplement de s'en prendre aux symboles, mais de définir les conditions politiques d'une offensive contre la classe ouvrière en redéfinissant une autre majorité que celle issue du 1 0 mai.

Tout simplement parce que la bourgeoisie ne peut avoir confiance, pour mener une politique à son service, en une majorité composée des deux principaux partis ouvriers. Quelle que soit la politique de l'actuel gouvernement, l'existence de cette majorité est un élément d'un rapport 1 de forces qui favorise les travailleurs. Casser cette majorité est la condition pour que la droite puisse avoir les moyens de pratiquer sa politique.

Tout le problème pour la bourgeoisie est de définir une tactique ajustée à cet objectif. Nous allons y revenir et verrops que la chose n'est pas simple car deux obstacles se présentent : la volonté de changement des travailleurs qui à tout moment peut éclater en combativité ouverte. La « cuirasse » des institutions de la V" République.

Sur cette tactique, les différents courants de « l'opposition » peuvent hésiter, se diviser, mais ils sont d'accord sur l'essentiel : pas de « compromis », mais pas d'acceptation des résultats du 10 mai. Au «nous ne sommes pas en situation d'alternance il du dirigeant RPR Claude Labbé, fait écho la déclaration du centriste .Léotard, nouveau secrétaire général du Parti républicain : « L'alternance est une chose saine, encore faut-il que la majorité soit capable de gouverner le pays. Le gouvernement est minoritaire. il

Rien n'est

irréversible.

L'accord se fait aussi autour des options fondamentales que la droite doit opposer à la majorité actuelle. On présente parfois les courants politiques chiraquien et giscardien comme deux courants représentant -depuis plusieurs années- deux programmes très différents : d'un côté la réaction musclée, de l'autre « le libéralisme moderne.

C'est ce miroir aux alouettes qu'agite Lecanuet : 11 Après l'expérience socialo-communiste - car je suis persuadé que, dès qu'ils en auront l'occasion, les Français y mettront fin -la France aura le choix entre une alternance de style reaganien , c'est -à-dire la volonté de revenir entièrement sur ce qui a été fait, ou bien un retour à une gestion saine de l'économie, mais avec un esprit d'ouverture sociale. Ou la France choisira une droite autoritaire ou elle choisira le centre. il (Interview au Quotidien de Paris, le 7 novembre 1982.)

Miroir aux alouettes car dans le passé, les propositions de Chirac ne se sont pas fondamentalement différenciées de celle de Giscard. Des études ont montré que le RPR ne dispose pas d'un électorat plus populaire que celui de Giscard. Les déclarations « modernistes » de Giscard ne peuvent masquer l'importance de ses appuis dans une base électorale de vieille tradition réactionnaire. Les démêlés du RPR et du SAC trouvent leur parallèle dans les liens tissés par les giscardiens avec une extrême droite aux traditions antigaullistes.

Loin de renvoyer à des projets radicalement différents de diverses fractions de la bourgeoisie, la division entre giscardiens et chiraquiens est le produit de la crise politique des institutions gaullistes. La différence est dans le « style » - à la fois populiste et musclée de Chirac, technocratique et « moderne » de Giscard.

Leurs propositions politiques, sociales, économiques actuelles en sont d'ailleurs la preuve. Leurs points communs : « Rien de ce qu'a fait la gauche au pouvoir n'est irréversible. il Formule que Barre s'est aussi plu à répéter. Hormis la cinquième semaine de congés payés que par exemple Barre se propose « simplement >> de suspendre ( ! ), l'abolition de la peine de mort que Chirac a votée et que Giscard promet de ne pas remettre en cause, rien ne trouve grâce à leurs yeux.

La trame de fond de leurs discours, c'est la lutte contre « l'étatisation ». Giscard, qui avait pris du retard par rapport à Chirac, met les bouchées doubles: il s'agit 11 d'organiser le repli historique de l'Etat il. Tout y passe : décentralisation du système éducatif; remise en cause du monopole sur la radio-télévision. Chirac a été jusqu'à remettre en cause les nationalisations des banques opérées par de Gaulle à la Libération. Quant à la protection sociale, admirons les formules de Hervé de Charette (PR) : 11 La solidarité libérale est à distinguer de la solidarité étatisée et obligatoire. La diminution des salaires directs au profit des prestations indirectes affaiblit le dynamisme. Dans la Sécurité sociale, par exemple, une augmentation de la part de choix est souhaitable. 11

Pour Giscard, c'est là u libérer la créativité. Le libéralisme, ce n'est pas le choix d'un système d'organisation particulier, c'est rendre le pouvoir aux Français eux-mêmes il. Plus prosaïque, le RPR Pons explique : 11 Il faut décentraliser au niveau des entreprises, c'est -à -dire supprimer ces carcans administratifs qui font que pour téaliser le moindre acte de création d'entreprise, des mois et des mois sont nécessaires, quand ce ne sont pas des années. 11

Reagan ou pas, l'idéologie de Giscard et Chirac est celle de labourgeoisie internationale face à la crise : faire sauter tous les verroux, les acquis sociaux, pour donner cours à « la libre entreprise » et à ses exigences, la reconstitution des profits sur le dos des travailleurs. On comprend que pour se lancer dans une telle entreprise -qui dépasse de loin la politique d'austérité de l'actuel gouvernement- il faille d'abord s'attaquer

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seraient alors redistribuées, mais il est · le maximum de voix pour faire appaà la victoire du l 0 mai pour infliger une défaite politique à la classe ouvrière.

Reste qu'il faut concrétiser ces orientations générales dans une politique : tracer une tactique, fixer des échéances. Après les cantonales, Chirac s'y risque, sûrement parce qu'il se sent des points d'appui (RPR, mairie de Paris) plus forts que ceux de Giscard ou Barre. Son lieutenant Labbé remet en cause la légitimité du pouvoir en place, Chirac lui-même prédit en septembre 1982 que (( l'expérience socialiste ne durera pas deux ans 11 et il laisse planer, pour l'après-municipales, la menace d'une bataille pour la dissolution de l'Assemblée nationale.

Leur

contradiction

Le président du RPR veut s'appuyer sur l'effritement de l'électorat de la gauche apparu lors des cantonales (et confirmé dans plusieurs partielles), sur la mobilisation qui s'opère dans certains secteurs (petits patrons, cadres, partisans de l'école libre), pour définir une tactique offensive. Paradoxalement, le CNPF venait justement de réajuster la sienne.

Alors que Ceyrac, fin 1981, avait brandi l'épouvantail d'un nouveau Juin 36 et donc d'affrontements à court terme, Gattaz s'installait plus dans la durée. Non pas au sens d'une acceptation de « l'alternance », mais d'une déstabilisation plus lente, tenant compte des contraintes de la situation.

C'est que la bourgeoisie voit sa situation compliquée.. . pa:- les institutions de la ye République. Dans les années 1930, un simple changement de majorité parlementaire et l'alliance des radicaux avec la droite avait suffit à renverser la majorité de Front populaire (il est vrai qu'il avait fallu entre-temps que le mouvement des masses subisse un premier échec important). En 1983, il faut briser le bloc que représente pour l'instant la I?ré~i~ denee de la République et la majonte parlementaire (y compris du PS seul).

La dynamique qu'avait amorcée Chirac est d'affronter directement« la cuirasse » des institutions de la ye République en bousculant les é~héances électorales. C'est s'engager la dans un processus de déstabilisation réel et pas simplement verbal. Avec .le danger suivant : non seulemen~ JO~er la crise politique ouverte, ma1s nsqu~r de provoquer une mobilisation ~asslve des travailleurs. La bourgeoisie ne peut ignorer un risque déj~ révélé p~r l'attitude de la classe ouvrière les derniers mois. Si, face au blocage des salaires décidé par le gouvernement qu'ils ont élu le 1 0 mai, l'incertitude des travailleurs dans la riposte a été grande, les luttes ont par contre fait boule de neige contre les patrons, sur la question des 39 heures.

Il n'est pas évident que la grande bourgeoisie nationale et internationale veuille prendre le risque de voir s'installer en France un processus de luttes sociales et politiques ouvertes - d'une situation sinon à la chilienne, du moins à la portugaise - si la dynamique des luttes de classe (un nouveau Juin 36 comme disait Ceyrac) ne l'y oblige pas.

L'autre logique, celle du respect des échéances constitutionnelles (législatives en 1986 et présidentielle en 1988), a un inconvénient majeur: la durée. Plus, elle laisse l'initiative politique à Mitterrand. Ses discours sur « l'unité nationale » ne trouvent pas actuellement leur traduction au plan des alliances politiques. Le président de la République le sait bien d'ailleurs : ses appels s'adressent plutôt pour l'instant aux «partenaires sociaux »; il se contente d'envoyer de simples signaux à la classe politique bourgeoise.

Mais l'on peut très bien envisager une hypothèse : une réforme des élections législatives qui introduise la proportionnelle. Cela permettrait d'atténuer les effets de la bipolarisation et de former une nouvelle majorité présidentielle qui intègre des secteurs significatifs de la bourgeoisie. Les cartes certain que toute une partie du personnel politique de l'opposition y laisserait ses plumes !

L'élément déterminant pour l'évolution de la situation reste bien sûr la dynamique concrète des luttes de classes et de la combativité ouvrière. Mitterrand mise sur une « usure » progressive de cette combativité qui lui permette de recomposer « une nouvelle majorité » sans passer par une crise sociale et politique nationale. Mais pour l'instant les choses sont loin d'être gagnées

La classe politique bourgeoise est donc prise dans une contradiction : jouer l'affro ntement institutionnel avec le risque de déclencher non seulement une crise politique, mais surtout une crise sociale d'ampleur. Ne pas prendre ce risque s'il n'apparaît pas de lui-même, mais alors laisser une grosse partie de l'initiative à Mitterrand.

Les débats qui ont traversé la bourgeoisie ne signifient donc pas qu'il existe deux tactiques fortement cristallisées au sein de la bourgeoisie.

Leurs objectifs

aux municipales

Certes, comme lors des législatives de 1978, le président du RPR se donne parfois un « style » plus combatif par rapport au mouvement ouvrier, mais il sait aussi vite revenir en arrière. L'essentiel est de comprendre que ces débats expriment des contradictions objectives pour la bourgeoisie lorsqu'elle veut réfléchir à une tactique à un peu plus long terme. Mi-janvier, c'est Giscard qui réintroduit l'idée d'élections législatives anticipées et Chirac qui, loin de se saisir de l'occasion pour confirmer ses anciennes déclarations, joue le rôle de la prudence et du respect des échéances institutionnelles. Ces débats traversent l'ensemble des courants de la droite et ne peuvent que resurgir après les municipales.

Pour l'instant, la droite entend profiter des marges de manœuvre que lui laissent le PS et le PC pour marquer de nouveaux points lors des élections de mars. Il s'agit de prendre le maximum de mairies pour s'en servir comme points d'appuis institutionnels dans la bataille contre le gouvernement. Il s'agit surtout de ratisser raître le décalage entre « la majorité présidentielle » et la « majorité réelle », afin de pouvoir pousser plus en avant sa politique de remise en cause du 10 mai 1981.

De ce point de vue, les élections municipales ne seront pas un simple épisode, mais marqueront plutôt l'ouverture d'une conjoncture dans laquelle l'ensemble des processus qui ont commencé à se cristalliser depuis plusieurs mois ne pourront que s'accélérer. Le 20 janvier 1983

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