La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le PS vingt mois après sa victoire

· Critique communiste, n° 16, février 1983 · p. 9-13 · 4 104 mots

A mars prochain. Le passage à la droite . ce de la bourgeoisie, telle est la vraie

PRES le 1 0 mai qui a porté le premier des leurs à la présidenee, le 21 juin 1981 a créé pour les socialistes une situation radicalement nouvelle historiquement : pour la première fois , ils disposent à eux seuls d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Lors du Front populaire, ils n'étaient majoritaires qu'à l'intérieur de la coalition formée avec le PC et les radicaux. Sous la IVe République, la SFIO joua un rôle de parti charnière, en alliance avec les partis bourgeois parlementaires, contre le PC et les gaullistes. Pour la première fois dans son histoire, le PS ne peut, après sa victoire écrasante de juin 1 9 81, arguer de la contrainte des alliances pour justifier le renoncement à tel ou tel aspect de son programme. Les dirigeants socialistes expliquèrent d'abord leur victoire comme un fait « naturel » : la correspondance enfin rétablie entre la majorité sociale dans le pays et la majorité politique. La victoire de la « force tranquille » n'était que l'expression de ce réajustement légitime.

Moins de deux ans après cette victoire électorale écrasante, la situation et le ton ont radicalement changé. A la veille des municipales, le PS se présente en situation singulièrement défensive, avec un parti profondément démobilisé. Déjà, avant les élections cantonales, Jospin avait mis en garde les socialistes contre l'idée d'un renouvellement de leur victoire. Il considérait comme inévitable une décrue électorale et une stabilisation du score de son parti à un niveau plus bas qu'en mai et juin 1981 . Aujourd'hui, les dirigeants socialistes discutent du nombre de villes de plus de 30 000 habitants qu'ils pourraient perdre en d'une quinzaine de ces villes leur apparaît comme un résultat très satisfai-

MICHEL THOMAS sant. Mais ils ne seraient réellement inquiétés que par la perte de plus de quarante de ces municipalités, ce qui signifierait l'annulation des gains obtenus lors des élections municipales de 1977. Sans doute sont-ils déjà rési -gnés, sinon même enclins à souhaiter la perte de leur majorité absolue à l'Assemblée lors des élections législatives de 1986.

Une victoire

encombrante

La défensive à laquelle le PS s'est si rapidemen t t rou vé acculé -comme si sa victoire de juin 1981 n'était pas à sa mesure- est la conséquence directe de la politique menée par le gouvernement, avec son soutien plein et entier. Comment expliquer autrement la démobilisation et l'érosion qui frappent son électorat naturel, celui qui l'avait porté au pouvoir ? Comment expliquer autrement la baisse d'activité militante des adhérents du PS ? Peut-on mobiliser les militants en défense d'une politique qui chaque jour trahit les espoirs mis dans le 10 mai et reprend à son compte les exigences patronales ? Les arguments parfois entendus selon lesquels les gouvernants sont bien seuls, non appuyés par un puissant mouvement de mobilisation sociale et donc contraints de gérer au mieux les affaires dans un rapport de forces défavorable face à la droite et au patronat, ne sont que piètres et mensongères excuses : comment déclencher et approfondir une mobilisation des travailleurs avec une politique au serviréponse à ces arguties hypocrites.

Le gouvernement à direction so-

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cialiste a détourné de lui les antinu- · tiel, ce sont les secteurs dominants du cléaires, sans leur concéder même le débat promis sur l'énergie. Il a tourné le dos aux exigences de la jeunesse en remisant la promesse de réduction du service militaire à six mois. Il a renoncé d'emblée à accorder le droit de vote aux immigrés pour les élections locales. Il reprend, parfois en les aggravant, les mesures liberticides et le fichage des citoyens, au nom de la lutte contre le terrorisme. Il déploie en Corse l'appareil répressif de l'Etat, après l'échec d'une réforme bidon qui ne reconnaît pas les droits nationaux de ' ce peuple insulaire.

Il trahit cyniquement les partisans de l'école laïque avec le projet Savary qui vise à aligner le système d'enseignement public sur celui du privé. Il décourage ou exaspère les chômeurs, en nombre toujours croissant, et reprend à son compte le discours des gouvernements précédents sur la priorité à l'entreprise et à l'investissement. Au nom de la crise, il met directement en cause des acquis importants du mouvement ouvrier comme l'indexation des salaires sur les prix. ·

Faut-il s'étonner, après cela, que le PS se soit avéré incapable d'« expliquer » à la population la politique gouvernementale ? Les jérémiades de ces dirigeants du PS qui se plaignent du fait que le gouvernement ne saurait pas « vendre sa politique » ne font même pas sourire.

Pour imposer sa politique à la classe ouvrière, le gouvernement a dû trouver d'autres relais, d'autres appuis que le PS : les confédérations syndicales ont joué ce rôle, chacune à sa manière. Mais cette incapacité du PS à relayer dans le pays la politique gouvernementale n'enlève rien à la ·responsabilité qui est la sienne. Il ne tirera pas pour autant son épingle du jeu!

L'orientation adoptée par le PS à son congrès de Valence, tenu quelques mois après la victoire électorale, Ûi:.tüS '" climat trompeur d'état de grâce et de triomphe tranquille qui prévalait encore, est toute entière tournée vers la recherche du consensus, du compromis avec la bourgeoisie. Les discours d'avant le 10 mai sur la « rupture aveç le capitalisme » ont été remisés, au moment précis où le PS disposait de tous les pouvoirs pour amorcer une nouvelle politique qui réponde aux aspirations des travaillecrs.

Que disait la motion Jospin, adoptée à Valence ? << Le pouvoir politique, pour l'essentiel, c'est nous. A quoi pense Lionel Jospin, premier secrétaire Le pouvoir économique, pour 1 'essendu PS?

capitalisme bancaire et monopoliste industriel. Entre ces deux pouvoirs, y aura-t-il choc ou compromis ? Puisque nous avons choisi de ne pas briser d 'un coup ce système économique, mais de le transformer graduellement, cela veut dire que nous allons chercher une situation de compromis, qui consacrera d'importants changements, et qui, naturellement, sera plus favorable aux forces de transformation sociale, sera un progrès pour le monde du travail. »

Le bilan de cette politique est déjà devant nos yeux. La ligne du « compromis » avec le capital s'est révélée n'être qu'une ligne d'adaptation très rapide à ses exigences. En se plaçant d'emblée sur le terrain de la bourgeoisie, celui de l'économie de marché, de la concurrence et de la rentabilité capitalistes, le PS et le gouvernement se sont enfermés dans une logique inexorable qui ne peut les conduire qu'à multiplier les coups contre la classe ouvrière sans gagner même la neutralité du patronat. Les phrases de cette motion de Valence sur le << progrès pour le monde du travail » apparaissent pour ce qu'elles sont: de dangereuses illusions qui n'ont pas plus résisté à la crise que poudre aux yeux.

Il est remarquable que cette orientation ait été adoptée à l'unanimité, nul courant ou leader dans le PS n'ayant envisagé d'exploiter la victoire politique pour pousser l'offensive ouvrière sur le terrain économique et social. Il ne s'est trouvé personne dans le PS des années 1980 pour s'écrier, comme Pivert au lendemain de la victoire électorale du Front populaire en 19 36 : « Tout est possible ! » Bien au contraire, la perspective unanimement retenue était celle du report de la transformation socialiste de la société française après l'an 2 000, quand la crise économique mondiale aura fait place à une nouvelle phase d'expansion! Quant à Mitterrand, il n'a même pas évoqué le socialisme lors de l'entretien qu'il accorda à la télévision, de sa résidence de Latche, le 2 janvier dernier. Un parti qui a • du mal à trouver sa place et sa fonction

Sans précédent historique, la victoire du PS en 1981 l'est aussi car ce parti accédait au pouvoir dans le ca-

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parce qu'ils ne sont pas soumis aux . choix de Delors. Mais il l'a fait avec dre d'institutions non parlementaires -celles de la v• République- qu'il a acceptées. Sous les m• et IV• Républiques, l'Assemblée était un lieu de confrontation des intérêts des différentes fractions de la bourgeoisie et de combinaison avec les directions réformistes des partis ouvriers. Le gouvernement était investi par les députés. De Gaulle a créé les institutions actuelles contre le « système des partis », par l'érection d'un exécutif fort qui échappe au contrôle parlementaire. Le texte de la constitution de 1958 précise que « le président de la République ( .. .) assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. Il est le garant de 1 'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire, du respect des accords de communauté et des traités ». C'est lui qui nomme le Premier ministre et, sur proposition de ce dernier, les membres du gouvernement. Des partis politiques, la même constitution de 1958 stipule simplement qu'ils « concourent à l'expression du suffrage universel».

Mai 68, l'agonie du gaullisme, le respect des institutions de la v• République par les partis ouvriers rassemblés dans ru ni on de la gauche, la victoire du 1 0 mai enfin, ont provoqué un renversement complet de situation. Le président de la République, que les institutions érigent en pouvoir prééminant, arbitre et garant, doit son élection à la plus forte poussée électorale du PS que la France ait jamais connue. La victoire de Mitterrand est celle du PS. Mais la constitution et l'organisation du pouvoir d'Etat permettent au président de gouverner en arbitre et Mitterrand conserve jalousement les prérogatives de ses prédécesseurs. Le PS n'a pas pour autant perdu toute utilité pour Mitterrand, qui a besoin d'un parti fortement ramifié dans la société qui relaie et appuie sa politique. Mais il découle de cette inversion historique - la conquête et l'utilisation des institutions de la v• République par les partis ouvriers réformistes- une situation impossible pour le PS.

Très vite Jospin a posé les problèmes essentiels : ni parti « godillot », ni « Etat-PS ». Par parti « godillot », il désignait le rassemblement hétéroclite d'aventuriers et d'affairistes groupés autour de De Gaulle, à qui ils devaient tout. Parti du mouvement ouvrier, héritier d'une tradition centenaire, le PS ne peut en effet se transformer en parti « godillot », malgré l'estime affichée de Chevènement pour (( cette vieille et bonne chaussure ».

Contrairement à ce que furent les formations gaullistes UNR puis UDR, le PS subit et subira des pressions sociales, celles des salariés auquels il s'adresse en tant que parti membre du mouvement ouvrier. Ses rapports avec les syndicats, les liens divers que ses militants entretiennent avec les travailleurs, l'idéologie socialiste dont il se réclame, le 1 0 mai enfin qui consacra sa victoire et non celle du seul président de la République, lui interdisent, sauf à se nier et à disparaître, de devenir un « parti godillot ».

Les mêmes déterminations ferment la voie de « l'Etat-PS ». Non que le PS s'interdise d'investir l'appareil d'Etat, d'y placer ses hommes. La social-démocratie a toujours vécu des avantages et bénéfices multiples d'un tel investissement. Les socialistes ont durement souffert, deux décennies durant, de l'éloignement de l'appareil d'Etat, jalousement occupé par les gaullistes, puis par les giscardiens. Mais pour remplir efficacement sa fonction historique (qui est de faire la politique bourgeoise du mouvement ouvrier), le PS doit demeurer actif dans la « société civile » et ne pas confondre son existence et son action avec celle de l'Etat.

Très significatifs à cet égard sont les comportements différenciés apparus depuis le 1 0 mai parmi les cadres de ce parti : les membres de l'appareil du PS, ceux qui travaillent dans les ministères et s'identifient à leurs nouvelles fonctions, les élus enfin, réagissent souvent différemment face aux mêmes situations, même si aucune divergence politique ne les sépare, mêmes pressions.

Ni « parti godillot », ni « Etat-PS ». La situation est sans doute brillamment circonscrite, mais tout en négatif. Quelle fonction, quel rôle au PS dans la situation nouvelle ? A Valence, Jospin n'apportait aucune réponse. Le PS n'en a toujours trouvé aucune, ni sa place.

Le PS

et la définition

de la politique

gouvernementale

Le PS a été absent des grands choix du gouvernement. Le premier débat important qui ait agité le Conseil des ministres, sur l'étendue et la forme des nationalisations, a été tranché sans son intervention, contre les propositions de Rocard à l'époque. Le tournant vers la « rigueur » en juin 1982 fut opéré après l'homogénéisation du gouvernement autour de la politique défendue par Delors, seule cohérente dans le contexte d'aggravation de la crise économique. En tant que parti, le PS n'a joué aucun rôle dans l'élaboration et la discussion de ces choix essentiels.

La direction du PS ambitionnait de jouer un rôle d'animation et de proposition. Mais nul n'a vu surgir prouositions ou idées nouvelles. Dans un premier temps, le PS a pris position contre l'impôt chômage sur les fonctionnaires, mais ·la dureté des temps a vite effacé cette affirmation.

Des dirigeants socialistes, Poperen notamment, se sont inquiétés de l'absence de contreparties aux cadeaux faits au patronat, et ont regretté l'absence de garanties quant à l'emploi des fonds ou des crédits alloués aux industriels. Mais ils ont laissé à l'avenir le soin de trancher cette question. Joxe a fait connaître son impatience devant le report sine die de toute réforme fiscale, mais il n'a mené aucune bataille politique publique sur ce point.

Le PS a pris publiquement position pour le remboursement de l'IVG, mais à la manière d'un personnage qui fait valoir la qualité de son influence et de son introduction auprès du pouvoir pour décourager toute mobilisation des femmes et des syndicats, qu'il craignait. Plus récemment, le PS a rappelé son attachement à l'institution d'une banque nationale d'investissement, contre le le ton de celui qui sait ne pas être écouté, et qui prend date, parce qu'il lui faut être « le gardien du programme».

C'est essentiellement dans le travail législatif que le PS intervient activement. Contrairement à la tradition de la vieille SFIO, dont le groupe parlementaire tendait à faire la politique du parti, la direction du PS tient solidement en main ses députés, sous la houlette de Joxe. La plupart des députés socialistes doivent en effet leur élection au PS, et non à une forte position locale de notable. Pour beaucoup d'entre eux, l'exclusion du groupe parlementaire, consécutive à une indiscipline, signifierait la fin d'une carrière politique. C'est donc par le jeu des amendements aux projets de lois déposés devant l'Assemblée par le gouvernement que le PS a pu mo-

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difier tel ou tel aspect des décisions prises. Ainsi, le groupe parlementaire a-t-il, sur décision du bureau exécutif du PS, refusé d'entériner le remplacement de l'avoir fiscal par le crédit d'impôt. De même l'amendement Pierret sur les donations-partage. Mais les limites de son intervention dans le domaine sont apparues avec éclat dans la spectaculaire et scandaleuse affaire de l'amnistie des généraux de l'OAS.

L'affaire

des généraux

Sur consigne formelle de la direction du PS, les députés socialistes votèrent les amendements présentés par leur groupe à la loi d'amnistie relative aux « séquelles » de la guerre d'Algérie. Ces amendements excluaient les généraux des pustchs d'Alger et de l'OAS, alors que Mitterrand s'était engagé auprès des organisations de rapatriés à faire réintégrer ces ex-officiers dans leur grade. Sur cette question symbolique de la recherche d'un climat d'union et de réconciliation nationale par Mitterrand, le conflit était ouvert entre le gouvernement et la majorité PS-PC à l'Assemblée. Il fut résolu après de multiples tractations par l'utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la constitution. Cette procédure, typique de la ye République et particulièrement antidémocratique, permet de faire adopter un texte de loi si une motion de censure (qui vise à renverser le gouvernement) ne lui est pas opposée. Par cette procédure, utilisée largement par Barre avant le 10 mai, Mitterrand et Mauroy permettaient certes aux députés socialistes et communistes de ne pas voter un texte qu'ils réprouvaient, mais leur signifiaient surtout qu'ils n'ont qu'à tenir leur place, celle que leur assigne la constitution gaulliste. Vavertissement visait au premier chef la direction du PS, à la fois victime et complice d'une procédure qu'elle se garda bien de dénoncer.

Le conflit au sujet des généraux de l'OAS n'a pas éclaté sur une question secondaire, marginale, comme il pourrait sembler à première vue. Certes, on n'a pas vu le groupe parlementaire se dresser contre le blocage des salaires, par exemple. C'est qu'en ce domaine, les contraintes - celles de l'économie capitaliste- sont jugées incontournables par les responsables du PS. Aussi sont-ils d'autant plus soucieux d'obtenir du pouvoir des mesures utiles, qui satisfassent l'opinion de gauche et leurs électeurs, mais qui ne coûtent rien ou peu. C'est à l'aune de cette ambitionqu'ilfaut juger leur échec face a Mitterrand et Mauroy dans cette affaire.

Telle est la pédagogie de Mitterrand à l'égard de son parti -la trique des institutions de l'Etat fort -quand la persuasion et les conciliabules ne suffisent plus.

Il faut relever que cette affaire des généraux, qui vit se produire le premier incident sérieux entre le pouvoir et sa majorité parlementaire, fut à l'origine de la démission du PS de plusieurs responsables politiques ou 1 élus locaux, liés par ailleurs aux différents courants du parti. Cette affaire a dû être ressentie par les militants socialistes comme un symbole supplémentaire de leur impuissance à peser sur la politique gouvernementale et pose brutalement la question : quels peuvent être la place et le rôle du PS, quelle signification a l'engagement militant dans ce parti, dès lors que sont préservées les institutions de l'Etat fort gaulliste ?

Le PS est-il, dans ces conditions, condamné à dépérir ou à ouvrir une crise institutionnelle s'il décidait de s'affirmer ? Encore faudrait-il, pour que ce choix fut ouvert, que la volonté politique existe au sein du PS de remettre en cause les institutions de la ye République. Rien, dans son histoire récente, ne l'y prédispose. Le ralliement progressif de la « gauche non communiste » à ces institutions commence dès l'élection présidentielle de 1965, qui vit Mitterrand mettre de Gaulle en ballotage. Plus tard, le PS faisait le choix de l'Uni on de la gauche - déjà esquissé à l'époque de la FGDS- comme seule voie d'accès au pouvoir à l'intérieur des institutions existantes. Le PS s'est luimême construit comme parti dominant électoralement dans le mouvement ouvrier parce qu'il a su apparaître comme l'alternative la plus crédible face à la droite, dans le cadre de ces mêmes institutions.

La vie interne du PS reflète, depuis le ~ongrès d'Epinay en 1971, le fonctionnement des institutions : poids et autorité du leader en position de candidat aux élections présidentielles ; structuration du débat politique entre socialistes autour de leaders de courants candidats à un « destin national » et en quête de l'investiture de leur parti.

La réflexion du PS sur l'Etat confirme cette appréciation : les lois de décentralisation et de régionalisation

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der de sa substance militante et politi- · caux, leur presse, leur appareil, leurs visent à recréer un tissu de corps intermédiaires, de pouvoirs et -de responsabilités, entre le gouvernement et la population ; tissu que de Gaulle avait déchiré en 1958 et qui fit dangereusement défaut à la bourgeoisie en Mai 68. La décentralisation opère à l'intérieur des institutions de la v· République, pour mieux les protéger, et en reproduisant leurs mécanismes aux niveaux départementaux et régionaux. Débattre ne pas débattre?

Si la SFIO avait prospéré sur le terrain du parlementarisme, sous les III• et IV• Républiques, l'avènement de la v• lui porta un coup fatal. La reconnaissance de la social-démocratie dans les années qui ont suivi Mai 68 a entraîné un renouvellement important-.- bien que partiel- de son personnel politique, et le gain électoral de nouvelles couches ouvrières et salariées. Mais le PS paie, depuis mai et juin 1 9 81, la rançon d'une victoire par trop écrasante dans le cadre des institutions qu'il a adoptées et s'est engagé à respecter.

L'Etat fort, occupé par les socialistes, tend à paralyser le parti, à le vique. Face aux petites phrases critiques de certains dirigeants du parti, Mauroy fit savoir par voie de presse qu'il n'hésiterait pas à demander la convocation d'un congrès extraordinaire du PS. Son adjoint, Fajardie, fut encore plus net : ceux qui expriment une sensibilité divergente devront, déclara-t-il, expliquer pourquoi ils sont contre le gouvernement.

Les dirigeants du PS ont pourtant quelques bonnes raisons d'être inquiets devant l'effondrement de la participation aux réunions de section, la grogne qui se manifeste fréquemment contre telle ou telle décision ministérielle, et le recul des effectifs (ils ont baissé de 20 % d'octobre 1981 à octobre 1982).

Le PS a connu une saignée de cadres, aspirés en masse vers l'appareil gouvernemental. Mais cela ne peut expliquer le gel du débat interne auquel on assiste depuis le l 0 mai. Ce gel du débat, l'atrophie de la vie politique dans un parti politisé et habitué aux controverses, résultent de la solidarité ministérielle qui lie les différents chefs de courant du PS. Parti socialiste et gouvernement sont si étroitement imbriqués qu'une initiative minoritaire au sein du parti sera immédiatement interprétée comme l'ouverture d'une crise politique entre ministres d'Etat.

Les problèmes politiques qui se posent à l'évidence au PS, profondément ressentis par les militants, nécessitent pourtant l'ouverture d'un débat. La multiplication des colloques sur divers sujets par la direction sociahstc réj:-()nd bien partiellement .i ce besoin. De même, l'initiative du courant rocardien de créer des lieux de discussion, aux marges du PS, autour de sa revue, Intervention.

Mais dans le parti lui-même, alors qu'un congrès est annoncé pour octobre 1983, la situation est affligeante. La direction mitterrandiste hésite sur la conduite à tenir : débusquer les rocardiens en les contraignant au débat pour les minoriser, ou prendre le risque de leur laisser l'initiative. Même hésitation chez les partisans de Rocard, partagés entre la crainte de disparaître à terme faute d'expression politique, et celle de se voir traiter de diviseurs, voire de perdre leurs postes dans l'appareil d'Etat. Des soucis du même ordre se manifestent du côté du CERES, tandis que calculs et arrière-pensées ne manquent pas entre les « sous-courants » du courant mitterrandiste.

Les courants, qui coexistent dans le PS avec leurs états-majors, leurs lofidèles et leurs obligés, se sont projetés tels quels dans les ministères qu'ils peuplent autour de leurs leaders. Ainsi, les enjeux politiques se combinent-ils étroitement avec des enjeux de pouvoir, dans le PS certes, mais plus encore dans l'appareil d'Etat.

Les courants qui composent le PS sont pour certains fortement marqués idéologiquement (CERES, rocardiens) ; d'autres sont parfaitement composites à cet égard (rnitterrandistes). Des divergences concrètes les ont séparés ou traversés dans le passé, selon les enjeux politiques du moment. Dans la situation présente, tous se placent sur le terrain de la gestion capitaliste de la crise. Des militants socialistes qui rejetteraient cette politique dans son ensemble, et pas seulement telle ou telle décision ponctuelle, chercheraient en vain un cadre d'expression politique à travers ces courants. Ils ne pourraient au contraire que s'y opposer.

Si Jospin, Chevènement ou Rocard se retrouvent autour d'une gestion « de gauche » de la crise, il peut exister plus que des nuances derrière le langage nationaliste-productiviste du CERES et celui du ministre du Plan. A l'intérieur du courant mitterrandiste, le ton des déclarations (ou la qualité des silences) est sensiblement différent selon qu'il s'agit de Delors, de Bérégovoy ou de Joxe. Quand Laigne! (lié au président du groupe parlementaire) a déclenché une petite tempête en déclarant que le gouvernement risque de s'aliéner ses amis en multipliant les cadeaux à ses ennemis, le comité directeur a obtenu de lui qu'il s'abstienne de récidiver, il ne l'a pas réprimandé.

Ainsi, bien que bridé, le débat politique au sein du PS est difficilement évih:,le. Il est possible que le pro.:::hain congrès ne fasse apparaître que les prémices de nouveaux clivages et alignements internes. · D'autre part, toute modification brutale de la situation française ou internationale est susceptible de redistribuer sensiblement les cartes au sein du PS.

Placé au centre des institutions actuelles, ce parti ne peut échapper à son histoire, ses traditions, ses déterminations sociales. Toute la difficulté pour la direction en place consiste à gérer et contrôler un débat politique qui renaît lentement, sans porter atteinte au gouvernement et en protégeant son action et sa cohésion. Exercice difficile qui peut s'avérer périlleux si cette direction est un jour prise en tenailles entre les pressions sociales qui s'exercent jusqu'à l'intérieur du parti et la politique mise en œuvre par Mitterrand.

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