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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le PCF au gouvernement : une participation de troisième type

· Critique communiste, n° 16, février 1983 · p. 14-18 · 4 447 mots

une participation de troisiè1ne type

P

Colère c:onlre fauslérilé

Deux titres récents à la une de « l'Humanité "·

Où l'on découvre que l'austérité n'a pas la même couleur d'un. côté des Alpes à l'autre.

OUR la troisième fois de son histoire, le PCF se trouve en situation de gouverner. En 1936, il avait refusé de participer au gouvernement Blum, mais avait apporté un soutien ferme et efficace à ce dernier. En 1945, il avait envoyé des ministres dans le gouvernement dirigé par de Gaulle, ·dont Maurice Thorez lui-même.

Dans l'un et l'autre cas, il s'agissait d'un problème, difficile pour lui, consistant à soutenir ou à participer à un gouvernement bourgeois confronté à la mobilisation des masses. Mais, dans l'un et l'autre cas, il affrontait cette épreuve armé d'une ligne claire et cohérente tenant en quelques axiomes : l'heure n'est pas à la révolution socialiste, elle est à une étape préalable -celle de la lutte andfasciste en 19 3 6, celle de la reconstruction nationale en 1945 - qui appelle, dans le cadre de larges alliances interclassistes, une stricte limitation des tâches à des objectifs démocratiques et nationaux.

Tel n'est pas le cas aujourd;hui. En grande partie pris au dépourvu par la victoire du 10 mai 1981, et après avoir systématiquement mené campagne sur le thème « il faut des ministres communistes ! », la direction du PCF a jugé qu'elle ne pouvait se récuser par rapport à l'invitation qui lui était faite, non sans arrière-pensées, par François Mitterrand, de participer au gouvernement. Elle dépêcha donc quatre des siens pour cette mission périlleuse.

Mais une fois cette décision prise, qui bouleversait les données de la situation, rien n'était réglé pour autant. Car restait à définir ce que pourrait être cette « participation de troisième type».

Cette participation veut dire que

FRANCIS SITEL le PCF assume la coresponsabilité de la politique menée par le gouvernement Mauroy. La direction du PCF ne pouvait ignorer ce que cela signi- · fiait pour elle : relever un défi touchant à l'identité même du parti. Un des éléments de cette identité, réaffirmé avec virulence ces dernières années, étant celui du PCF «parti de gouvernement ».

Aller au gouvernement, c'était accepter de soumettre à l'épreuve des faits ce postulat qui n'était que revendiqué. Pour une direction qui n'a pas été formée par ces expériences, il s'agissait de renouer avec la tradition, enseignée comme prestigieuse aux militants, qui est celle du Front populaire et de la Libération.

Références historiques qui ne sont pas seulement l'héritage d'un passé révéré parce que mort, mais les garants quasi ' mythiques de la stratégie dont le PCF se revendique : celle de « la voie française au socialisme ».

L'épreuve

de vérité

Les ruses de l'histoire ont voulu que cette épreuve de vérité que signifie pour le PCF le fait d'aller au gouvernement coïncide avec une situation sans précédent pour un parti communiste de masse. Situation que caractérise d'abord un affaiblissement spectaculaire, révélé, et, du coup, accentué par l'échec cuisant de la campagne présidentielle de Marchais. La lente dégradation électorale du PCF se trouvait soudain précipitée par la perte d'un quart de son électorat.

Mais, peut-être plus gravement encore, cet échec signifiait que le PCF allait se trouver en état de totale im-

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tes au gouvernement et ces portraits · ment, il ne saurait être « un pied depréparation au regard de la situation nouvelle ouverte par la victoire de Mitterrand.

Alors que toute son orientation de division devait mener à une défaite de la gauche, la montée en force de l'aspiration à l'unité et au changement a mis le PCF en déséquilibre, le contraignant, en catastrophe, à rallier une victoire devenue prévisible. Et à rejoindre, pour s'y fondre , la nouvelle majorité qui s'affirmait. Ce tournant complet, sans empêcher l'échec électoral, a sans doute permis au PCF d'éviter de payer un prix encore plus lourd. Il n'empêche que, malgré ce ralliement ultime, rien dans la politique et le discours du PCF depuis la rupture de l'Union de la gauche en septembre 1977 ne le préparait à cette éventualité d'être appelé à participer à un gouvernement de gauche.

De cette impréparation, et du malaise qui en résulta, deux manifestations méritent d'être relevées.

La première concerne l'image même des ministres communistes que le PCF veut donner. Certes, la presse communiste ne manque pas une occasion de louer le «sérieux» et l'« efficacité », dans leurs domaines respectifs, de Fiterman, Le Pors, Ralite et Rigout. Mais rien à voir avec l'orchestration politique qu'appellerait logiquement une telle situation : car quoi de commun entre le sens, historique, de la présence de communisde quatre besogneux ?

Sans doute, un tel « amincissement » s'explique-t-il par la difficulté qu'il y a, dans le cadre de la politique gouvernementale, pour l'un ou l'autre ministre communiste, de se targuer de quelque « grande réforme ». Mais il est une autre raison, plus fondamentale, qui touche à la nature même de la participation communiste : la direction veut qu'une ambiguïté plane sur l'appréciation que le PCF porte sur ce qu'est le poids réel des quatre ministres communistes.

A la question : quelle exacte importance donner au rôle des ministres communistes?, la réponse est ambiguë, parce que délicate. Dévaloriser ce rôle, c'est diminuer d'autant le bénéfice que le parti entend retirer de son ralliement à la majorité et de sa décision d'être partie prenante de la politique menée. Mais, à l'inverse, le surestimer, c'est prendre le risque, devant les travailleurs, d'être jugé pleinement responsable de cette même politique.

Et c'est ainsi que, paradoxalement, le thème majeur est bien celui de la minimisation du rôle des ministres communistes dans le gouvernement. Ce nombre de quatre -seulement quatre ! - devient un symbole et le leitmotiv d'un discours qui s'efforce de convaincre les travailleurs que si le PCF est au gouvernement, il l'est sur la base d'un revers électoral et en position mineure ... Le prétendu double langage du PCF

Se manifeste là, de la part du PCF, ce qu'on a appelé la tentation du double langage. Selon les opportunités, en effet, les dirigeants sont amenés à mettre l'accent soit sur le caractère positif de la politique gouvernementale, caractérisée comme une « bonne politique », dont les communistes sont les loyaux artisans, soit sur le caractère négatif de certaines des mesures gouvernementales et les réserves que le PCF est amené à émettre par rapport à elles, insistant alors sur ce que sont les limites de sa capacité à peser dans la définition de cette politique.

Situation qui amène le PCF à se faire régulièrement « rappeler à l'ordre » par les socialistes qui l'avertissent que, par rapport au gouvernedans, un pied dehors ». Avertissements sans frais, dans la mesure où la direction du PCF sait pertinemment -quels que puissent être ses écarts de langage- qu'il ne lui est pas loisible de jouer avec la règle de la solidarité gouvernementale. D'ailleurs, si on a déjà entendu des propos discordants, on n'a pas encore vu de réels faux pas au regard de cette règle. Toutes les mesures gouvernementales, même les plus anti-ouvrières, tels que le blocage des salaires ou la réforme de la Sécurité sociale, au-delà de protestations verbales, n'ont pas remis en cause le soutien sans faille de la part du PCF et de ses ministres.

Et la seule bataille effective qu'ait menée la direction Marchais depuis la formation du gouvernement n'a pas été dirigée contre le gouvernement ou le PS, mais en direction des militants communistes. Afin de convaincre ceux-ci de la loyauté du parti au gouvernement dont il est partie prenante et de sa volonté de respecter la solidarité gouvernementale, quelles que soient les difficultés à assumer une telle politique devant les travailleurs.

Une pression existe, en effet, au sein du parti pour que celui-ci prenne ses distances, voire se dégage du gouvernement. Ce sont ces militants-là que la direction doit, en permanence, convaincre que, contrairement à ce que pré~ndent d'aucuns, la participation au gouvernement n'est ni une ruse ni une tactique conjoncturelle.

En fait, plus exactement, il faut considérer que la décision du PCF de participer au gouvernement constitue la résultante d'une série de données -le 10 mai 1981, la politique de Mitterrand à l'égard du PCF, l'affaiblissement politique et électoral de ce même PCF ... - que la direction n'a su ni prévoir ni maîtriser. Mais, dès lors que cette décision était prise, la direction se trouvait engagée par ce choix qui, par lui-même, induit des conséquences fondamentales .

Accepter que le PCF soit au gouvernement impliquait, en effet, de s'inscrire dans des équilibres politiques fondamentaux qui ne peuvent être remis en cause sans dommages importants. Toute modification de ces derniers, qu'elle résulte d'une offensive victorieuse de la droite pour obtenir l'éviction des ministres communistes, d'une décision du PS de modifier ses alliances, d'un choix du PCF de se retirer, ou d'une combinaison de ces divers facteurs, signifierait un changement de situation et des difficultés majeures pour un parti déjà fortement affaibli. Deux questions fondamentales

La participation au gouvernement pose au PCF deux questions fondamentales qu'il tente d'esquiver mais qui ne sont pas réellement contournables.

La première est celle de ses rapports à la social-démocratie. Tantôt allié, tantôt ennemi, comparse complexé ou maître dominateur, le Parti socialiste, et l'image que veut s'en donner le PCF, ne sont pas étrangers à l'identité du PCF lui-même. Cette image est aujourd'hui profondément perturbée par une situation, sans précédent historique, qui voit le PCF principal allié du PS, dans le cadre d'une majorité parlementaire et d'un gouvernement sous direction socialiste.

La seconde concerne la perspective stratégique affirmée par le PCF, la « référence socialiste » qui est la sienne. Appelé à la gestion gouvernementale des affaires du pays, le PCF est au pied du mur car it lui faut expli-

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quer comment, non par quels discours mais par quels actes, on va au socialisme ...

Ces deux questions, étroitement combinées, touchent aux fondements de l'identité même du PCF : une identité qui, historiquement, a prétendu se constituer par opposition à la voie social-démocrate de la collaboration de classes, et en référence à la révolution et au « socialisme réellement existant». Or, ce sont ces données qui se trouvent mises en cause en profondeur.

Et ce dans une situation interne marquée par un état d'impréparation évidente. Parce que les dernières explications en date apportées concernant le PS sont celles de la rupture de l'Uni on de la gauche et de la campagne Marchais qui avaient pour objectif d'extirper les « illusions opportunistes » de la période du Programme commun et d'éduquer les militants dans l'idée que, par nature, la social-démocratie ne peut avoir d'autre politique que de collaboration de classes.

Et parce que, toujours dans le cadre de la rupture de l'Union de la gauche, la direction du PCF a engagé, sous couvert d'actualisation de ses analyses et de rattrapage de ses « retards historiques », une vaste entreprise de refondation stratégique. Travail ambitieux, et largement empirique, qui offre le spectacle d'un chantier où c'est le délabrement des anciennes constructions qui prédomine sur les perspectives futures ... Ainsi de la notion d'étape qui, rendue responsable des erreurs de la période du Programme commun, a été abandonnée au profit d'une théorie selon laquelle c'est la réalisation du socialisme, progressive mais immédiate, qui est à l'ordre du jour.

Or, dans l'histoire du PCF, cette notion d'étape revêtait un immense avantage. Elle permettait, en effet, de rendre compatibles deux perspectives contradictoires. D'une part, un attachement prétendument indéfectible à la perspective stratégique de la dictature du prolétariat et du socialisme, qui garantissait le caractère révolu· tionnaire des partis communistes et leur vocation à réaliser dans leur propre pays le modèle de société qui s'épanouissait en URSS, patrie du socialisme. D'autre part, une politique concrète et des alliances répondant à des objectifs immédiats n'ayant rien de socialiste mais censés préparer, à une autre étape, la lutte pour le socialisme. De l'antifascisme au combat contre le pouvoir personnel, les thèmes avaient changé, mais la démarche était restée la même: l'étape démocratique d'un combat dont les perspectives socialistes restaient toujours lointaines.

Aujourd'hui, au dire même du PCF, il s'agit d'avancer immédiatement sur une voie qui est celle de la réalisation du socialisme. On peut marchander sur les rythmes et les inévitables compromis, il n'empêche que l'essentiel est là : l'actualité du socialisme, seule réponse à la crise du capitalisme. D'où, inéluctablement, une pluie de questions : comment opérer cette réalisation immédiate et progressive du socialisme ? Quel lien entre ce socialisme-là et le « socialisme rée!!ement existant » à l'Est ? Sur quelles bas..~s. en fonction de quelle perspective, selon quels rythmes avancer sur cette voie dans le cadre d'une alliance avec le PS et dominée par lui ?

Ces questions-là sont loin d'être anodines. Et ce sont elles qui ne peuvent manquer de mûrir sous l'effet de la participation gouvernementale. Même si elles ne se posent pas encore nettement au sein du PCF, elles commencent à le travailler. La direction en est consciente et c'est pourquoi elle s'est mise à l'ouvrage pour accélérer la reconstruction d'un cadre stratégique susceptible de répondre à la situation nouvelle.

Ainsi, la direction a mené grand tapage autour de la publication du livre de P. Herzog, l'Economie à bras-le-corps. C'est que, comme l'a expliqué Juquin, << ce livre sur l'économie est, au fond un livre politique : sur la stratégie du Parti communiste français aujourd'hui ».

La tâche de P. Herzog est d'avancer des propositions, d'ordre économique, qui démarquent le PCF du PS sans l'opposer à lui. C'est-à-dire de préserver l'identité propre du PCF, censé avancer face à la crise des solutions radicales, en évitant de faire apparaître ces propositions comme nécessairement contradictoires avec la politique gouvernementale.

Car la perspective directrice dans laquelle s'inscrivent toutes les propositions avancées est celle de l'économie mixte. Monstre théorique que cette économie qui ne serait plus tout à fait capitaliste, sans être déjà socialiste. Ou, c'est selon, déjà socialiste, tout en étant encore capitaliste !

Avec lui, l'entreprise révisionniste du PCF peut s'enorgueillir d'un nouveau trophée. Après l'abandon de la dictature du prolétariat, qui autorisait le PCF à envisager le « partage » du pouvoir d'Etat entre le prolétariat et la bourgeoisie, il s'agit, à présent, de renvoyer aux oubliettes la notion de rupture entre capitalisme et socialisme. Rupture à partir de laquelle une autre logique que capitaliste peut effectivement être initiée. Ce qui ne signifie pas la transformation immédiate et totale de l'ensemble de l'économie - une phase de transition est évidemment nécessaire - mais qui suppose que soit mise en œuvre, à partir du pouvoir politique central, une autre logique qui s'appuie en particulier sur la nationalisation des secteurs clés, la mise en place d'une planification visant à tourner l'économie vers la satisfaction des besoins populaires, l'instauration du monopole du commerce extérieur ...

Toute l'argumentation de Ph. Herzog vise précisément à escamoter cette notion de rupture en justifiant la possible compatibilité, dans une même économie, des critères capitalistes de profit et de concurrence et de nouveaux critères de gestion. Sans lésiner, Herzog va d'ailleurs plus loin puisqu'il prétend que ces nouveaux critères de gestion peuvent être impulsés à la base, dans les entreprises, grâce à la mobilisation des travailleurs, et ce sans « préalable politique ». Car, quitte à renoncer à la notion d'étape, autant aller jusqu'au bout : « Le préalable du changement du pouvoir politique avant 1 'intervenlion dans la gestion, qui correspondait à 1 'esprit du Programme commun, est dépassé (1). »

Avec une belle virtuosité, Herzog multiplie donc les escamotages. Escamotage, d'abord, des revendications ouvrières dont il n'est plus dit mot, puisque la politique gouvernementale, loin d'être dénoncée comme antiouvrière, est jugée globalement positive. Escamotage, ensuite, de la question du pouvoir, puisque le problème essentiel est à la base, dans les entreprises, les comités d'entreprises ... Et les travailleurs se voient sermonnés quant à leur fâcheuse tendance à « tout attendre de l'Etat », alors que le changement est leur affaire et que l'avenir radieux de l'autogestion et des nouveaux critères de gestion est entre leurs mains.

Au nom du « socialisme pas à pas », Herzog nous invite à toujours viser ou trop près ou trop loin : trop loin, quand il s'agit de voir les problèmes immédiats, ceux de la défense immédiate des intérêts ouvriers ; trop près, lorsqu'il faudrait désigner l'objectif: l'instauration d'un pouvoir qui soit à même d'engager une politique de rupture avec la bourgeoisie et le capitalisme ... Et l'on se retrouve noyé dans le brouillard de la mixité des critères de gestion où sont censés coexister pacifiquement intérêts patronaux et revendications ouvrières.

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Ce qui, en fait, apparaît singulièrement mixé dans le discours de P. Herzog, ce sont les deux logiques auxquelles se trouve aujourd'hui confronté le PCF. L'impossible conciliation de deux logiques divergentes

La première de ces logiques, qui est celle de la participation loyale au gouvernement, prédomine incontestablement dans les faits depuis le l 0 mai 1981, impulsée par la dynamique de l'insertion dans la majorité parlementaire et de la participation au gouvernement. C'est elle qui se traduit dans toute la politique concrète des directions du PCF et de la CGT, politique de respect de la solidarité gouvernementale. C'est elle enfin qui détermine l'attitude du PCF pour les élections municipales.

Pour être pleinement cohérente, cette logique appellerait une attitude plus active de la part du PCF, passant par l'abandon de tout propos pouvant être perçu comme expression d'un « double langage » et de toute proposition pouvant être taxée d'esprit de surenchère. Ce qui signifierait que le PCF accepte explicitement le cadre actuel de l'alliance avec le PS et la place subalterne qui lui est faite, afin de s'affirmer, grâce à ses relais syndicaux et ses capacités militantes, comme l'élément le plus apte à mobiliser les travailleurs en soutien à la politique gouvernementale. C'est cette perspective que Rencontres communistes hebdo, dirigé par H. Fizbin, se fait une spécialité de conseiller à la direction du PCF.

Pourtant, une telle politique, si elle était assumée en tant que telle, présenterait un certain nombre de risques majeurs pour le PCF. Celui d'une relativisation croissante d'un parti qui perdrait à la fois sur sa gauche, beaucoup de travailleurs et de militants ne lui pardonnant pas un tel abandon de ses ambitions officielles, et sur sa droite, l'utilité d'un « PS bis » n'ayant rien d'évident aux yeux de beaucoup d'autres travailleurs. De ce point de vue, l'évolution de RCH, qui obéit à une telle orientation, est éclairante ... Celui aussi de distorsions croissantes de ses liens internationaux. Tous risques qui, se combinant, feraient peser sur le PCF la menace d'une désagrégation.

C'est d'ailleurs pourquoi il ne peut se résoudre à s'abandonner à cette logique et s'efforce de la contrecarrer par l'affirmation d'une autre logique, contradictoire en fait, qui est celle de la défense d'une certaine « tradition », sinon d'orthodoxie.

C'est pourquoi, à la différence du PCI, le PCF s'est refusé à inaugurer un discours qui l'obligerait à s'opposer explicitement aux revendications des travailleurs. Préférant, au moins jusqu'à présent, taire ces revendications ou laisser dans le flou la possibilité de les satisfaire, plutôt que de les combattre ouvertement. De même qu'il maintient une appréciation de J'expérience soviétique comme étant « globalement positive ». Position réaffirmée récemment, avec éclat, par Marchais dans sa « conférence à l'école centrale du parti », et par le bureau politique dans son attaque contre la presse accusée de calomnier l'URSS.

Position qui reconfirme l'attachement à un modèle qui étaye une référence au socialisme préservant une spécificité, bien différente de la rhétorique social-démocrate. C'est pourquoi aussi Juquin a estimé nécessaire de « corriger » Herzog en rappelant, à J'occasion de l'allusion à la « bataille de la production » évoquée par ce dernier, que la tâche aujourd'hui pour les communistes c'est la « transformation socialiste de la société » ...

Ce faisant, il mettait le doigt sur la contradiction du discours actuel du PCF, tel qu'il est orchestré dans sa dimension économique par Ph. Herzog : car peut-on parler de transformation socialiste de la société en escamotant toute idée de rupture d'avec le capitalisme ? (2) Mais il est vrai que réintroduire la notion de rupture, ce serait enclencher une dynamique dont le seul aboutissement ne saurait être que ... la rupture avec le gouvernement !

Faute de pouvoir opter clairement pour l'une ou l'autre de ces logiques, la direction du PCF se contente aujourd'hui de préserver un équilibre difficile. Une orientation funambule

L'économiste officiel du PCF tente de concilier la logique de « la bataille de la production » et la référence à un socialisme qui se réaliserait « pas à pas ». La première sert à justi-

« Au bout du compte, le Front populaire échoua, il s'écroula sous les coups du Parti socialiste, de sa politique, selon ses propres termes, de «gestion loyale du capitalisme 11. (...) Mais là encore, en 194 7, le Parti socialiste mit brutalement fin à cette expérience. Prenant prétexte du soutien de notre parti à la grève des travailleurs de chez Renault, il céda aux injonctions américaines, chassa les ministres communistes du gouvernement et mena ensuite, allié à la droite, une politique particulièrement anti-ouvrière et antinationale.

« ( .. .) Ainsi, ce que les faits, vérifiables par tous, permettent de constater, c'est qu'à chaque fois le Parti socialiste a ménagé les intérêts du capital, il a reculé devant les transformations nécessaires, il a refusé la lutte. A chaque fois que le changement a été possible, il a préféré au combat avec les travailleurs le compromis avec l'adversaire de classe. A chaque fois, il a permis de sauvegarder la domination de la bourgeoisie sur notre pays ... »

G. Marchais, discours du Havre (" L'Humanité,, du 30 octobre 1980) « Devons-nous prendre nos distances, voire même quitter le gouvernement? Je l'ai dit lors de l'assemblée des secrétaires de cellule de Paris, et je le répète : s'il advenait que des communistes pensent ain· si, ils se tromperaient lourdement, totalement. Non seulement une telle éventualité ne serait pas plus favorable, mais elle serait désastreuse pour notre peuple et -c'est une certitude- désastreuse pour le Parti communiste français lui-même. »

G. Marchais ,, L'Humanité» du 10 mai 1982

1. .. L'Economie à bras-le-corps ,, p 186 et p 303.

2. Ce que relevait, embarrassé, Félix Damette dans le numéro 9 des << Cahiers du communisme " : « Cette volonté de réalisme pose évidemment la question de la rupture. N'y a-t-il pas une contradiction ? Peut-on rompre avec le capitalisme par une démarche qui se vaut réaliste, c'est-à-dire inscrite dans les contraintes de la structure en place, donc du capitalisme? ,

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« Tout cela éclaire les raisons pour lesquelles nous ne pensons pas qu'on puisse parler de « crise », au sens propre du terme, pour qualifier les difficultés sérieuses auxquelles s'attaquent les pays socialistes.

«Nous disons qu'il y a crise du système capitaliste parce qu'il n'est pas possible de trouver une issue réelle, des solutions à long terme aux problèmes des pays capitalistes, à l'intérieur de ce système. La crise dans ces· pays appelle un dépassement de la formation sociale existante, un changement de société : la transformation socialiste. C. .)

«A l'inverse, comme je viens de l'expliquer, la solution des problèmes que connaissent les sociétés socialistes n'appelle pas la suppression du système, mais au contraire son approfondissement, son développement dans toutes ses dimensions, le déploiement de toutes ses potentialités. »

" L'Humanité, du 30 novembre 1982 3. Les «Cahiers du communisme,, n•to.

fier la partici;Jation à une politique caractérisée comme allant dans le bon sens, afin de tirer les bénéfices possibles de la participation à ce gouvernement. La seconde vise à préser· ver l'identité d'un parti engagé dam une épreuve dangereuse et à préparer un « dégagement de responsabilités >: pour le moment où l'échec sera patent, en prévenant que cette politique n'est pas suffisante pour répondre à la crise.

Là est le « double langage » du PCF. Non pas dans un soutien ambigu - la direction joue au contraire pleinement le jeu de la solidarité gouvernementale - , mais dans cette façon de faire appliquer une politique tout en laissant entendre par ailleurs qu'elle n'est pas celle que préconise le PCF. Tel est d'ailleurs le sens profond de la minimisation du rôle des ministres communistes. Non seulement ces quatre pauvres ministres ne sauraient déterminer la politique gouvernementale mais, surtout, les propositions appellent un levier qui est moins celui de l'action gouvernementale que celui de la mobilisation des travailleurs eux -mêmes, à la base, pour imposer les « nouveaux critères de gestion ». Ce qui veut dire qu'à l'heure de l'échec, les travailleurs devront s'en prendre et au PS et à eux-mêmes, mais certainement pas au PCF !

Un PCF qui, en quelque sorte, se présente comme « parti de gouvernement », tout en jugeant comme accessoire le fait d'être au gouvernement. « Voilà pourquoi il faut être aujourd 'hui parti de gouvernement -et dans toute la mesure du possible au gouvernement- pour agir efficacement en parti transformateur de la société, constructeur du socialisme », explique d'un air entendu Juquin (3).

Pour justifier sa participation au gouvernement, sans remettre en cause les références qui fondent son identité, la direction s'efforce d'expliquer, contre toute évidence, que la politique du gouvernement est positive, que ce n'est pas une politique d'austérité contraire aux intérêts des travailleurs. P re~ière contorsion qui matfque d'éléga ce ! Mais lorsqu'elle est doublée d'un seconde, qui consiste à prétendre u'en appliquant les propositions du ! PCF, ce serait tout bonnement le socialisme, le spectacle devient franchement hideux ! Que le socialisme soit la réponse à la crise, c'est un fait. Mais qui n'a rien à voir avec l'idée que la politique dite de « reconquête du marché intérieur » et des « nouveaux critères de gestion » ait quoi que ce soit à voir avec le socialisme !

Ainsi, le PCF se livre à ces contorsions idéologiques tandis que, par ailleurs, il négocie avec le PS les postes municipaux nécessaires à la préservation de ses intérêts d'appareil. Toutes choses qui ne peuvent qu'amoindrir une autorité politique déjà largement entamée.

En 1936 et en 1945, le PCF jouissait d'un prestige politique considérable dans la classe ouvrière. Ce qui lui a permis de réaliser ces deux expériences gouvernementales sans que les travailleurs, dans leur majorité, lui imputent la responsabilité des défaites auxquelles ont conduit le Front populaire et la politique menée à la Libération. La situation n'est plus la même aujourd'hui. Et la direction du PCF ne peut ignorer que la menace qui pèse sur elle est celle d'une crise sans précédent.

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