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En réponse à Daniel Richter (à propos d'une interview donnée à « Rouge »)

· Critique communiste, n° 17, mars 1983 · p. 9-10 · 1 514 mots

( à propos d'une interview donnée à << Bouge )) )

P

ENDANT les grèves de l'automobile, les cellules et les militants de · la LCR ont apporté un soutien résolu aux luttes en cours, popularisé les re- · vendications unifiantes comme les 300 F pour tous, mis en cause la responsabilité du gouvernement et de la majorité parlementaire qui disposent de tous les moyens pour décider dans un sens favorable aux travailleurs. Il fallait tout faire pour aider à la victoire des ouvriers dans les épreuves de force engagées à Renault et à Citroën. La LCR a pu agir dans ce sens, de façon organisée et centralisée, à partir des noyaux communistes révolutionnaires actifs dans plusieurs usines, à Renault-Flins, Renault-Billancourt, Chausson-Gennevilliers et Citroën-Levallois.

La LCR s'est retrouvée aux côtés d'autres militants ouvriers avec qui nous avions un point d'accord décisif: le soutien aux grèves pour qu'elles soient victorieuses.

Dans une interview accordée à notre hebdomadaire (Rouge n° 1 049) Daniel

Richter, animateur de la section CFDT de Renault-Flins, porte témoignage de cette participation commune aux luttes des ouvriers de l'automobile. Interpellant la LCR par les critiques qu'il lui porte, nous saisissons cette occasion pour poursuivre le débat.

Daniel Richter déclarait à Rouge à propos de l'attitude des directions du mouvement syndical au cours des conflits : 11 Mais en ce qui concerne l'action effective, les deux fédérations métaux -CFDT comme CGT - sont restées campiètement f ermées : à leurs yeux, des grèves .de ce type affaiblissent la gauche et les capacités économiques de la France ; ils voulaient avant tout les terminer rapidement (.. .). Il existe une conception commune aux deux directions nationales : elles intègrent la logique des contraintes capitalistes et jugent une épreuve de force inopportune. 11 Face aux patrons et à la politique des directions majoritaires du mouvement ouvrier, Daniel Richter et les militants révolutionnaires se retrouvent donc du même côté.

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Daniel Richter déclare à Rouge. à prooos de l'intervention de la LCR : 11 Quand ie vois que les tracts de la LCR sont du meme niveau que ceux du syndicat. je ne constate pas la volonté d'apporter des éléme/lts d'alternative au capitalisme. Comme si le rrile d'une organisation politique se résumait à coller à la dynamique des lunes, à 1111e sorte de syndicalisme plus radicalisé. au lieu d'apporter des éléments pour cnnsfrllire une autre conscience politique. 11

Nous répondrons à Daniel Richter en soulevant trois questions .

1) Le combat pour les 300 F pour tous relevait-il du seul syndical isme, même radicalisé ? Nous ne le pensons pas. Au moment où la classe capitaliste accentue ses attaques contre les travailleurs. où les directions du mouvement ouvrier s'adaptent. comme Daniel Richter le souligne lui-même. à une logique de gestion de la crise, la défense des revendications prend une signification immédiatement politique. Il arrive fréquemment qu'une revendication immédiate, économique ou démocratique, prenne une signification qui la dépasse largement. C'est le cas de la revendication de 300 F pour tous dans ces luttes, car elle met directement en cause la politique salariale de Delors. l'ensemble de la politique d'austérité du gouvernement. Ce dernier, de même que le CNPF, ne s'y sont pas trompés. C'est la raison pour laquelle, au cours de ces luttes, la LCR a concentré son agitation sur cette revendicationqui de plus tendait à unifier le combat de tous les ouvriers de l'automobile- et contre la répression qui a frappé à Flins et à Aulnay. Loin d'être strictement « syndicaliste >>, la bataille pour les 300 F prenait dans ce contexte une dimension politique centrale.

C'est pourquoi le rôle d'une organisation politique est aussi . à certains moments. de concentrer son intervention sur une revendication.

Car c'est en se déployant à partir de cette revendication que le mouvement de masse peut s'étendre et peser sur la situation. créant ainsi les meilleurs conditions pour poser d'autres problèmes politiques.

Aussi. faut-il. pour que les perspectives générales défendues par les révolutionnaires deviennent « force matérielle >>, que dans la lutte de classes l'organisation révolutionnaire apparaisse comme un instrument utile à l'action des travailleurs.

De ce point de vue. le rôle du parti ne peut se réduire. comme pourraient le laisser en tendre certaines formulations de Daniel Richter. à apporter un supplément idéologique et politique aux luttes ouvrières. animées par des militants syndicalistes .

2) Daniel Richter estime dans son interview à Rouge " qu ïl faut affirmer une autre logique. opposée à celle de l'économie de marché >>. Nous sommes en total accord avec cette perspective. et avec la liaison que lui-même introduit entre cette autre logique et les luttes revendicatives :

11 Pour une telle orientaünn, l'élément moteur. c'est le processus de lunes. inévitables parce que les épreuves de force sont porteuses de progression . 11 D'accord aussi quand Daniel Richter déclare qu'avancer des perspectives alternatives a pour but essentiel de 11 créer le débat dans l'en semble de la classe ouvrière. En liaison étroite avec les lunes 11. Enfin quand Daniel Richter indique que les projets alternatifs à faire surgir doivent montrer 11 le changement nécessaire du mode de production et de consommation 11, nous partageons la même conviction : c'est la question de la rupture avec le système capitaliste, la question du socialisme, qu'il pose ouvertement.

C'est d'ailleurs avec cette préoccupation que nous avons publié dans Rouge une proposition de plate-forme à débattre. Outre les revendications immédiates sur lesquelles s'est construite la lutte des OS, cette plate-forme appelle au refus de tout chantage patronal à la concurrence et à la crise. Elle soumet à la discussion les propositions suivantes : un seul groupe de toute l'automobile coordonnant les productions de Peugeot, Renault, Citroën. Ce qui implique la nationalisation de PSA; Un plan de production garantissant l'emploi et transformant les conditions de travail sous le contrôle des ouvriers. Un large débat public sur les plans de production pour l'avenir du secteur automobile. La levée du secret capitaliste et la réorganisation de la production pour ne pas subir la crise automobile.

Mais il faut bien constater que ces questions n'étaient pas au centre de l'activité gréviste du mois de janvier. Dans ces conditions, intervenir en priorité durant ces luttes sur le thème d'un type de production alternatif, comme nous y invite Daniel Richter, aurait relevé, à notre sens, d'une démarche par trop idéologique, coupée du mouvement et des questions concrètes posées à ce moment précisdans la lutte.

3) Au demeurant, cela ne dispense nullement la LCR de développer des explications sur les solutions anticapitalistes à la crise, sur la nécessité de construire une société fonctionnant sur d'autres bases que le capitalisme. Au contraire, nous pensons qu'une de nos tâches centrales, aujourd'hui, est l'élaboration d'un programme d'action anticapitaliste.

Mais les avancées réelles dans ce domaine, pour construire comme dit Daniel Richter 11 une autre conscience politique., dépendront de l'auto-activité de la classe ouvrière elle-même, et notamment des opportunités qui lui seront données de s'orienter pratiquement vers l'exigence et la pratique du contrôle ouvrier sur la production. C'est à travers cette démarche, son extension et sa généralisation qu'apparaîtront concrètement, pour des millions de travailleurs, les voies et les moyens d'une société fonctionnant sur de nouvelles bases.

Une «autre conscience politique >> ne peut se réduire au seul_projet d'un mode de production et de consommation alternatif. Elle suppose une stratégie révolutionnaire d'ensemble, articulée sur la mobilisation de masse des travailleurs, la dénonciation de toute politique de collaboration de classes, et débouchant sur la lutte pour un gouvernement des travailleurs.

Il faut ainsi aider les travailleurs, dans le processus de leur lutte quotidienne, à trouver le pont entre leurs revendications immédiates et le programme de la révolution socialiste. C'est-à-dire le système de revendications transitoires partant des conditions actuelles et de la conscience présente des larges couches de la classe ouvrière, -échelle mobile des salaires, 35 heures, nationalisations sous contrôle des travailleurs, réorganisation de la production pour la satisfaction des besoins sociaux- et conduisant invariablement à une seule et même conclusion: la conquête du pouvoir par les travailleurs.

Seule une telle approche permet de lier la bataille pour les revendications, le processus de mobilisation, les éléments pour un nouveau mode de production, et de poser effectivement le problème du pouvoir.

Mais, aujourd'hui, aussi bien dans la situation politique concrète que dans les grèves, l'enjeu central est bien celui du refus de l'austérité. C'est pourquoi la lutte des travailleurs de l'automobile a revêtu une telle importance. Et c'est pourquoi la LCR a jeté toutes ses forces dans cette bataille aux côtés des travailleurs, en défense des revendications qui étaient les leurs.

Cette situation appelle incontestablement des débats généraux sur la question de quelle perspective d'ensemble il convient d'opposer aux réponses capitalistes à la crise. Nous sommes totalement d'accord pour poursuivre ces débats avec tous ceux qui y sont prêts.

En même temps, ces perspectives d'ensemble se concrétisent inévitablement en une alternative immédiate et incon~ tournable : acceptation ou refus de l'austérité.

C'est, nous semble-t-il, sur ce choix que l'ensemble des organisations du mouvement ouvrier, syndicales et politiques, sont appelées à prendre position. devant les travailleurs.

J.C. B. et F.O.

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