La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

POLOGNE

L'activité de Solidarnosc dans les usines

· Critique communiste, n° 20, juin 1983 · p. 28-29 · 991 mots

ES documents que nous pu. blions ci-après témoignent de l'activité quotidienne de Solidarnosc dans les usines en Pologne. Une ~ctivité d' une grande richesse, qui conditionne l'avenir du mouvement social dans ce pays et le rôle du syndicat clandestin.

«Notre but suprême, c'est une autogestion généralisée, mais on ne saurait y parvenir sans lutter sur des objectifs partiels et immédiats ,, disait Wladyslaw Frasyniuk en septembre 1982. Durant les mois suivants, le mouvement social Solidarnosc devait toutefois entrer dans une phase de reflux. Entre beaucoup d'autres choses, cela était dû à l'incapacité de la direction nationale clandestine - la TKK- et des directions régionales à impulser des luttes partielles de caractère économique et politique dans les entreprises.

Entre le 1er Mai 1982, quand la classe ouvrière célébra pour la première fois la fête des travailleurs sous le sigle Solidarnosc, et le 31 août où le syndicat clandestin descendit dans les rues de tout le pays pour célébrer le second anniversaire des accords de Gdansk, les grandes mobilisations ouvrières et populaires eurent lieu sur des mots d'ordre généraux de résistance à la dictature militaire et de lutte pour les libertés sy ndicales. Elles pridans rent le plus souvent la forme de manifestations de rue.

A l'époque, de nombreuses contributions de la presse clandestine insistaient sur la nécessité d'un travail plus systématique d'organisation au sein des entreprises. Et les luttes partielles sont à l'évidence la seule perspective qui assure une mobilisation plus quotidienne de la classe ouvrière et permette de renforcer ses capacités de lutte. S'engager dans une telle voie impliquait cependant l'existence de structures clandestines solides dans les usines. Or, l'orientation donnée par la majorité des organes dirigeants de Solidarnosc n'était pas alors centrée sur cette perspective, pas plus que sur la construction de coordinations syndicales interentreprises.

Si Frasyniuk avait un point de vue particulier sur cette question déjà à ce moment-là, c'est parce que la reconstruction du syndicat clandestin sur les lieux de travail constituait l'objectif central de l'orientation prévalant dans la région qu'il dirigeait -la Basse-Silésie. Et des progrès significatifs avaient déjà été effectués dans ce sens.

Après l'échec de la grève générale en novembre 1982 et le reflux qui marqua toute la période de l'automne, le mouvement de masse commença à se réanimer progressivement vers la fin

Page 29

Solidarnosc les usines de l'année. Il est significatif que la reprise de l'action soit justement passée par le développement de luttes partielles dans les entreprises. Elles eurent d'abord un caractère spontané et furent impulsées à la base par les commissions syndicales de certaines usines. Il s'agissait de grèves très brèves, mais massives, voire de menaces de grève. " Obserwator W ojenny " (l'Observateur de guerre), le bulletin du Comité de grève interentreprises (MKS) de Nowa-Huta, fit alors un premier bilan de ces luttes. Déjà, quelques mois auparavant, Bogdan Lis, président du syndicat clandestin de Gdansk, avait fait une première tentative de systématisation des formes possibles de luttes partielles économiques et politiques. Nous reproduisons ce texte à partir d'un bulletin édité à Cracovie.

Dans la déclaration-programme " Solidarnosc aujourd'hui ,, publiée par la TKK le 22 janvier 1983, la lutte sur des objectifs économiques fut finalement reconnue comme l'un des quatre principaux axes d'activité du mouvement syndical. Conjointement au rejet de la possibilité d'un compromis avec la dictature militaire actuelle et à l'adoption de la perspective de la grève générale, cet aspect de la déclaration mentionnée constituait la principale avancée de la direction clandestine en ce qui concerne l'élaboration d'un programme d'action pour Solidarnosc.

La réponse à cette nouvelle orientation fut immédiate dans l'usine Fadroma, l'une des grandes entreprises de Wroclaw. L'exemple donné par les travailleurs de Fadroma fut suivi par le Comité régional de grève (RKS) de Basse-Silésie qui impulsa une action similaire, mais coordonnée et plus étendue, dans les principales entreprises de la région. La description et le bilan de ces actions de masse que nous reproduisons ici sont tirées de " Z Dnia na Dzien ,, (Au jour le jour), le bulletin du RKS.

La lecture de ces textes révèle un aspect moins connu, mais combien décisif, de la lutte des travailleurs polonais. En effet, si les actions spectaculaires de Solidarnosc, en particulier les manifestations de rue, font régulièrement la une des journaux, la presse bourgeoise parle beaucoup moins -voire pas du tout- du travail en profondeur du mouvement clandestin dans les entreprises.

Ce n'est pas un hasard, par exemple, s'il n'a quasiment pas été fait mention de la décision de diverses commissions d'entreprise d'assurer désormais la prise en charge des allocations qui sont traditionnellement du ressort des syndicats (fonds de secours, etc.). Or, cette décision a non seulement eu pour résultat de miner le terrain des syndicats officiels dont le pouvoir avait décidé, début 1983, que ce serait là l'une de leurs tâches essentielles. Elle a eu pour conséquences une augmentation significative des cotisations (en Basse-Silésie, par exemple, 20 % des travailleurs versent des cotisations régulières au syndicat clandestin, le pourcentage étant beaucoup plus élevé lorsqu'il s'agit de collectes pour des buts spécifiques) et s'est accompagnée d'un renforcement des liens organisationnels sur le lieu de travail.

De tout cela, la presse quotidienne n'a pas dit un mot, pas plus qu'elle n'a consacré d'espace aux luttes dont les textes reproduits ci-contre font mention. C'est pourtant du développement de telles luttes que dépendra l'avenir du mouvement, tout le débat sur les moyens de renverser la dictature étant liés à la question centrale de la préparation à la grève générale. Or, la capacité ou non du mouvement à engager dès aujourd'hui, et de manière massive, des luttes partielles jouera un rôle décisif dans cette perspective.

Les articles de la presse clandestine reproduits ici sont publiés en français, parmi de nombreux autres, dans " Robotnik 83 ,, (l'Ouvrier 83 ), le bulletin mensuel de coordination du syndicat Solidarnosc en France (« Robotnik 83 ,,, 120, rue de Crimée, 75019 Paris).

Jacqueline Allio

Une erreur sur cette page ?