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POLOGNE

L'arme de la grève partielle

· Critique communiste, n° 20, juin 1983 · p. 28-30 · 813 mots

L'arme de la grève partielle par Bogdan Lis Le problème principal est que l'explosion sociale ne survienne pas prématurément car on peut en arriver à une situation où les gens ne voient pas d'autre issue et se lancent à corps perdu .

Les dirigeants syndicaux devraient mener l'activité de telle manière que le peuple tire profit des sacrifices qu'il est prêt à subir. Nous redoutons cette explosion trop tôt, avant une action de caractère national. En essayant de penser selon les catégories politiques, nous agissons sans doute d'une façon que l'on peut juger trop prudente. Mais nous de-

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vons préserver nos forces pour le moment de la grève générale, où nous prouverons au pouvoir que nous sommes décidés à tout.

Parmi les divers moyens pour conquérir nos droits par la lutte, un de plus efficaces est toujours l'arme de la grève. Mais pour que la grève apporte des résultats rapides et qu'en même temps elle n'use pas trop les forces de la société, elle doit toujours être organisée avec le plus grand soin et de manière conséquente, car c'est une arme à double tranchant. Si elle dure trop longtemps -ce que cherche toujours le pouvoir - ou si elle n'apparaît pas comme un mouvement de masse, à ce moment le prix à payer peut être douloureux pour toute la société.

Parmi les différentes formes des grèves il faut mentionner :

- La grève de harcèlement qui consiste à ralentir les cadences de travail d'une manière invisible pour la direction et le personnel d'encadrement. Elle peut aller jusqu'au sabotage, c'est-à-dire arrêter les machines, provoquer des pannes des installations, fausser l'information nécessaire à une gestion correcte de la production. Les travailleurs qui participent à la grève et qui ne font pas leur travail peuvent se défendre par l'observation stricte du règlement sur la sécurité du travail et des normes techniques. Cet-

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te grève est la forme la moins dangereuse pour ceux qui y participent, mais elle est impossible à organiser dans de nombreuses entreprises. On ne peut éprouver sa grande efficacité que dans les entreprises fortement structurées où l'arrêt d'une seule machine provoque des effets en chaîne.

-La grève passive consiste à arrêter le travail alors que les travailleurs restent sur place. Elle a le caractère d'une occupation, c'est pourquoi un des plus importants problèmes à résoudre est l'organisation des services indispensables (service d'ordre, autodéfense face à une éventuelle attaque des forces de répression , organisation du ravitaillement, service de santé, service d'information) et la constitution du comité de grève qui dirige toute la grève et mène les négociations.

-La grève active consiste à réorienter la production de telle manière qu'on produise ce qui est le plus nécessaire pour toute la société ou à prendre le contrôle de la distribution de la production. Cette grève peut prendre la forme ouverte, ce qui arrive quand le comité de grève prend formellement le pouvoir dans l'entreprise et qu'il gère la production indépendamment des autorités supérieures et fait appliquer des plans alternatifs. La grève active non ouverte est menée par d'autres moyens, par exemple la pression sur la direction en ayant recours aux moyens légaux ou en baissant le niveau de la qualité de la production destinée à un destinataire indésirable (l'URSS par exemple). La grève active dans l'un et l'autre cas exige une coopération minutieuse des spécialistes dans le domaine de la production et de l'organisation du travail.

-La grève d'abstention a lieu dans , le cas de la liquidation de la grève avec occupation ou si l'organisation de la grève avec occupation peut entraîner d'importantes pertes pour la société. Elle consiste à ne pas se présenter au travail pendant toute la durée de la grève. Elle est la plus difficile à maîtriser pour les forces de répression. En même temps, la difficulté principale est la communication entre les grévistes. Avant de participer à cette forme de grève, il faut se mettre d'accord sur un seul signal reconnu et fiable pour le retour au travail.

Toute grève doit être soumise à des règles très strictes : il faut définir avec précision son but et les revendications et les rendre publics à l'avance. La proclamation même de la grève ne doit pas survenir plus tard que le moment de son déclenchement. Le pouvoir de décision doit rester entièrement entre les mains du comité de grève de l'entreprise. La grève doit se dérouler dans une discipline de fer dont sont responsables tous les grévistes. Elle doit durer jusqu'à l'aboutissement de toutes les revendications. Il ne faut pas appeler à la grève si celle-ci n'a pas l'approbation de la société. Au moment de la proclamation de la grève, chaque défection doit être considérée comme une désertion et le manque de discipline comme une atteinte portée à la grève. La force de la grève demeure dans la solidarité des grévistes.

« Krak us >> n° 11, du 4 novembre 1982

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