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« UNE INTERNATIONALE POUR NOTRE ÉPOQUE »

Des militants des CCA appellent à rejoindre la LCR

Critique communiste, n° 21, juillet 1983 · p. 26-27 · 1 329 mots

Les Comités communistes autogestionnaires se sont constitués en 1977 à partir de militants venus· de la LCR et du PSU. Au terme d'une longue trajectoire dont le texte suivant rend compte en partie, l'ex-tendance 2 des CCA a décidé de rejoindre la IVe Internationale et sa section française. Elle s'en explique ici.

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ARCE QU'ELLE est plus profonde et plus complexe encore que celles que l'histoire a déjà connues, la crise capitaliste d'aujourd'hui va conduire à des affrontements de classes sans précédents. Comme toujours en pareilles circonstances, le mouvement ouvrier réformiste, qui n'a pourtant déjà survécu que grâce aux défaites du passé, étale son impuissance et son désarroi. Au crétinisme parlementaire s'est ajouté le crétinisme de la croissance économique. Nos stratèges « socialistes » et « communistes » n 'avaient pas prévu que le capitalisme puisse aller mal.

Du coup, la triste politique qui fut tant de fois la leur, consistant à faire patienter éternellement les travailleurs en leur distribuant quelques miettes et en espérant ainsi gagner la confiance de la réaction, est devenue caduque avant même d'avoir pu être appliquée. En France ils se sont lié les mains et, devenu l'otage du grand patronat, le gouvernement est contraint d'appliquer la politique de Raymond Barre. En Allemagne et en Angleterre, leur incapacité à fournir une véritable alternative sociale et politique aux tenants du capitalisme ultra-libéral offre une chance inespérée à la bourgeoisie et à ses partis. Partout le désarroi et l'incertitude se répandent dans le mouvement ouvrier.

La bourgeoisie aurait-elle donc les moyens de surmonter sa crise aux dépens des travailleurs, sans affrontements coûteux? Ce serait oublier l'expérience accumulée depuis quinze ans par la classe ouvrière internationale. Une profonde vague de radi~alisation a secoué l'Europe, du Portugal à l'Italie, de la France à l'Espagne, de la Grèce à l'Irlande. Les révolutions polonaise et nicaraguayenne lui ont répondu en écho, malgré la normalisation tchécoslovaque et la victoire temporaire du fascisme dans le cône Sud de /'Amérique.

Une génération entière de travailleurs a accumulé des expériences de masse sans avoir subi de défaites majeures . Elle reste présente dans l'action aujourd'hui. Elle reste encore dans l'injluence des directions réformistes, mais a pris ses distances d'avec elles ; la crise plus ou moins permanente des partis « socialistes » ou « communistes », malgré leurs victoires électorales, s'explique aussi par leur incapacité à reconstruire à leur profit une base de masse stable et durable.

De nombreuses forces d'extrême gauche se sont essayées depuis quinze ans à construire l'alternative révolutionnaire qui reste donc plus que jamais possible. La plupart ont fondu comme neige au soleil, parce que les problèmes stratégiques de la révolution sont infiniment plus complexes que les schémas simplificateurs du « maoïsme » ou du populisme.

Beaucoup de courants ont cru pouvoir répondre aux insuffisances de la Ive Internationale en tentant en dehors d'elle de reprendre à leur compte l'héritage de l 'Opposition de gauche, qui avait synthétisé les acquis théoriques de la précédente phase révolutionnaire, en créant la IP Internationale sur la base du Programme de transition. Aucun n y est parvenu, parce que leur manque d'expérience et de continuité organisationnelle avec le passé les a rendus incapables de résister aux pressions conjointes de la bourgeoisie et du réformisme dans la phase de recul temporaire de la jin des années soixante-dix.

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Nous avons ainsi appartenu à une organisation, la Tendance marxiste révolutionnaire internationale (TMRI) -dont les CCA furent la section française - qui avait été à notre avis le plus loin dans la tentative d'adapter à notre époque les acquis de la Ive Internationale. Elle a cependant échoué, en régressant en deçà de ces acquis, retournant notamment à une conception libertaire et petite-bourgeoise de l'organisation.

En se séparant de la IVe Internationale en /965, quels qu'aient pu être les torts des uns et des autres à l'époque, la TMRI a rompu le lien vivant qui la maintenait amarrée au combat de l'Opposition de gauche. Même si son apport reste à notre avis significatif sur plusieurs questions, l'ensemble de sa problématique a sombré de ce fait au bout du compte dans un centrisme opportuniste qui fait désormais d'elle un facteur de confusion dans la nécessaire construction d'un parti révolutionnaire.

Dans la dernière décennie, de divers horizons, on a ainsi beaucoup reproché à la Ive Internationale son manque de créativité dans 1 'application de son héritage politique aux données nouvelles de la période actuelle, et nous persistons à croire que les critiques étaient souvent fondées. Cependant, aucun courant n'a pu fournir d'alternative cohérente et supérieure.

C'est que l'élaboration d'une stratégie révolutionnaire adaptée à notre époque exige la maitrise des problèmes posés lors des précédentes phases révolutionnaires.

Seule la IVe Internationale a su maintenir ce lien vivant, non par les textes, mais par une continuité humaine et politique, c'est -à -dire une continuité de parti basé sur la théorie léniniste du centralisme démocratique, qu'aucune ·mode éphémère ne nous fera réduire aux aspects discutables de la terrible phase de guerre civile des années vingt en Russie.

La Ive Internationale, après des décennies de combats acharnés dans l'isolement, a connu un développement significatif dès lors que la révolution est repartie à 1 'assaut à la fin des années soixante. Elle a su résister au recul conjoncturel de ces dernières années . Seuls les esprits superficiels ne sauront y voir que la force -d'ailleurs bien relative- d'un appareil. Cette force maintenue s'explique par le programme sur lequel/a IVe Internationale est restée fondée.

La IVe Internationale a ses faiblesses ? C'est l'évidence. Elle va même jusqu 'à commettre des bévues coûteuses comme lors de son hésitation à réclamer le départ des troupes russes d 'Afghanistan ou lorsqu 'elle croyait possible une fusion avec 1 'agence de la social-démocratie qu'est, hélas, devenu le PC! et son « Comité international ». Mais elle a su les redresser.

Encore partiellement prisonnière du passé où elle eut à préserver le marxisme révolutionnaire dans une formidable période de réaction , elle hésite à s'ouvrir, à l'heure de la formidable expérience polonaise, à la problématique de 1 'autogestion comme but et moyen du socialisme. Nous restons pourtant convaincus que c'est dans cette directian que doit être recherchée la véritable continuité moderne avec le Programme de transition .

Dans le mouvement ouvrier et européen, nombreux sont ceux qui ont fait 1 'expérience des forces réformistes et de 1 'incapacité d 'une extrême gauche encore immature à devenir une force de masse. Pourtant, confrontée au combat quotidien et aux échéances de la lutte de classes, tous cherchent encore plus ou moins confusément la nécessaire alternative communiste et révolutionnaire.

A tous ceux-là, nous disons: finissons-en avec le mythe de l'organisation parfaite dont il faudrait attendre 1 'avènement pour s y rallier, et sachons prendre nos responsabilités par rapport au mouvement ouvrier tel qu'il est. L'échec de la TMRI et des CCA est une illustration supplémentaire, cette fois en négatif, de ce que la IVe Internationale reste un instrument certes imparfait, mais qui n'a pas failli. Nous devons alors lui apporter notre contribution, fût-elle modeste: d'une part, notre énergie militante consciemment disciplinée -car la discipline dans l'action reste la condition suprême de 1 'ex périmentation collective -et dans le même temps notre critique constructive.

La crise capitaliste s'amplifiant et les combats de classe s'annonçant diffici! es, il deviendrait alors criminel d'entretenir une dispersion démontrée inutile des forces marxistes révolutionnaires .

Voilà pourquoi les militantes et militants de l'ex -tendance 2 des CCA prennent leurs responsabilités et ont choisi, malgré des divergences maintenues, de rejoindre la Ive Internationale. En livrant dans les colonnes de Critique communiste notre dernière prise de position avant de nous fondre dans ses rangs, nous appelons tous ceux qui ont partagé nos positions -et nos erreurs - à rejoiFldre le combat de la Ive Internationale, convaincus qu'elle est la seule voie militante pour construire 1 'Internationale communiste de notre époque et avancer vers le socialisme d'autogestion.

Le 15 juin 1983

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