du Parti socialiste a suivi les élections municipales de . d'en sortir. La ligne de crête de deux
Le congrès
E congrès du PS, qui se tient ce mois-ci à Bourg-en-Bresse, sera la première occasion donnée au parti majoritaire de discuter la politique suivie par le gouvernement depuis près de deux ans et demi.
L'euphorie du congrès précédent tenu à Valence à l'automne 1981 correspond à une période révolue. La grande presse avait retenu de ce congrès son unanimisme et la phrase de Paul Quilès appelant à désigner « les têtes qui devaient tomber ». Elle avait moins remarqué, ce qui constituait pourtant la novation principale des thèses adoptées à ce congrès, la nécessité de rechercher « un compromis » avec le patronat. Une telle prise de position explicite rompait avec les discours sur la rupture avec le capitalisme, thème qui était présenté comme la ligne de partage entre les mitterrandistes et les rocardiens lors de l'avant dernier congrès tenu à Metz.
La ligne politique de compromis avec le patronat aboutit aujourd'hui à l'application d'une politique d'austérité plus sévère, en ce qui concerne les salaires de la population laborieuse, que celle mise en œuvre sous Giscard par Raymond Barre. L'accompagnement de la dévaluation qui mars 1 9 8 3 par des mesures de rigueur négociées avec les gouvernements des autres pays de la CEE est le témoignage les plus tangible de la soumission du gouvernement français aux contraintes de la crise économique, telles qu'elles sont énoncées par l'impérialisme.
Les conséquences d'une telle orientation, c'est une perte d'influence du parti socialiste qui se manifeste tant au niveau des effectifs militants que de ses résultats électoraux. La vague d'adhésions qui avait suivi le 10 mai 1981 n'aura été qu'une vaguelette temporaire et la tendance actuel-
Jean Claude BERNARD le est au reflux, ce qui est un signe de crise incontestable pour un parti social-démocrate installé majoritairement à l'Assemblée nationale, au gouvernement et à l'Elysée. Le premier tour des élections municipales a vu fondre un tiers des voix obtenues aux législatives de juin 1981. Le PS est revenu à la moyenne électorale observée dans la période 1977-1980.
Les mois qui ont suivi les élections municipales ont vu baisser sensiblement l'influence des principaux leaders socialistes. Les ministres placés en première ligne dans l'application de l'austérité, comme Delors ou Bérégovoy, ont . vu leur cote de popularité baisser plus nettement encore. Ce que le PS perd dans sa base sociale constituée par les travailleurs salariés, il ne le retrouve absolument pas dans la bourgeoisie qui se montre, au contraire, plus arrogante que jamais envers un pouvoir affaibli.
Les raisons pour lesquelles la grande masse des travailleurs a voté en mai-juin 1981 pour les partis socialiste et communiste -l'espoir d'en finir avec le chômage et la vie chère- sont ignorées par un gouvernement que se contente aujourd'hui de gérer la crise après avoir promis millions de chômeurs, objectif que Mauroy s'était résigné à préserver, va être dépassée à l'automne sous le coup du ralentis8ement de l'activité économique. Quant au maintien du pouvoir d'achat, le gouvernement en arrive à présenter comme un succès de sa lutte contre l'inflation les données qui indiquent une stagnation, sinon une baisse en valeur réelle, des salaires.
Tel est le contexte dans lequel se prépare le congrès du PS. Comment aborde-t-il cette épreuve alors qu'il paie un prix fort, en terme de baisse d'influence, pour la politique menée
par ses dirigeants présents au gouvernement? C'est la principale question posée par le congrès de Bourg-en-Bresse. Des courants maintenus
La géographie politique du PS est structurée en courants dont les délimitations résultent d'une combinaison de différenciations politiques réelles et de partages en zones d'influence constituées par le clientélisme que les responsables sont capables d'animer dans leur fief. Ne saisir que le premier caractère, immédiatement politique, des délimitations de courant, aboutirait à comprendre le PS comme un parti où le débat est réellement démocratique, où les militants seraient appelés à trancher en toute connaissance entre diverses orientations. Ce serait se laisser prendre à l'image de démocratie formelle que la direction socialiste sait si bien mettre en valeur, alors que le PS est une organisation parfaitement bureaucratisée.
Mais appréhender les débats internes comme des simples affrontements bureaucratiques, dont l'enjeu se réduirait à la conquête de positions dans l'appareil, serait tout aussi réducteur. A leur manière, les débats internes sont un reflet, déformé par le prisme bureaucratique, des discussions qui traversent la totalité du mouvement ouvrier. Il faut bien trouver des réponses pour le militant qui, dans son association de parents d'élèves, dans son syndicat, ou plus simplement quand il vend l'Unité sur son marché le dimanche, rencontre le scepticisme, le désarroi ou l'opposition franche de larges secteurs populaires devant la politique menée.
Les directions des courants institués du PS ne sauraient être considérées comme les haut-parleurs des interrogations de la base. Elles fournissent toutes des réponses cohérentes avec les projets politiques d'ensemble, dont il sera aisé de démontrer qu'ils relèvent tous de la collaboration de classe.
La question cruciale en débat est celle du rapport avec la politique du gouvernement. C'est bien évidemment une question nouvelle par rapport aux clivages qui ont traversé le PS du congrès d'Epinay à aujourd'hui. Jusqu'en 1981, l'histoire récente du parti a été jalonnée par deux dates repères.
La première est celle du congrès d'Epinay en 1971. Mitterrand réussit alors à rassembler une majorité composée de la fraction la plus droitière de l'ancienne SFIO regroupée autour de Defferre et Mauroy ; de sa propre formation, la Convention des institutions républicaines ; et du CERES, dont l'influence était encore très réduite à l'époque. Cette majorité mit en échec la fraction molletiste (Guy Mollet fut secrétaire général de la SFIO pendant vingt-cinq ans) et les partisans de Savary et de Poperen. Au-delà des anecdotes sur les combinaisons qui permirent à Mitterrand de réussir son opération et de prendre la tête du PS, le point central du débat portait sur la stratégie d'alliance avec le PCF. Pour Mitterrand et ses alliés, il s'agissait d'entamer une discussion avec le PCF en vue d'offrir un débouché politique à une société française ébranlée par la grève générale de Mai 68, débouché qui s'inscrivait évidemment dans le cadre d'un régime bourgeois. Pour leurs adversaires du moment, et pour des raisons qui pouvaient être diverses, cette question n'était pas d'actualité. Beaucoup en restaient à la démarche de «débat idéologique » avec le PCF. L'histoire a prouvé que la stratégie défendue par Mitterrand a permis de reconstruire le PS (le programme commun de gouvernement fut signé en 1972) et de réussir à dominer électoralement le PCF.
Le congrès d'Epinay a interrompu la décadence de la SFIO, patente pendant toute la période 1958-1971. Il a pu apparaître comme une renaissance aux yeux de toute une génération militante qui a rejoint le PS parce qu'il semblait « nouveau », différent d'une SFIO discréditée par son engagement dans les guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie, par son ralliement honteux à de Gaulle lors du coup d'Etat militaire du 13 mai 1 9 58. Pourtant les nombreuses références de Mitterrand à Léon Blum indiquaient bien que ce nouveau converti au socialisme - après des décennies passées dans des formations bourgeoises et les ministères de la IVe République -inscrivait son action dans la continuité des partis de la Deuxième Internationale. Mitterrand en assumait d'emblée tout l'héritage. Il n'empêche que l'image de la SFIO molletiste a servi de modèle-repoussoir pour la reconstruction d'un parti qui prétendait ne pas revenir aux errements antérieurs.
La seconde date repère est celle du congrès de Metz en 1979, qui a suivi la rupture de l'Union de la gauche en 1977. Là encore il faut
s'abstraire de l'anecdote pour retenir le principal. Mitterrand réussit à conserver la direction du PS autour d'une orientation baptisée « tenir bon )), c'est-à-dire maintenir contre vents et marées la ligne de l'Union de la gauche. Il n'y parvint qu'en passant à nouveau alliance avec le CERES. Mais pour gagner, il structura son propre courant dont les délimitations toujours actuelles datent du congrès de Metz. La tendance Rocard -associée à celle de Mauroy- fut battue, et avec elle une orientation dite « autonome )), c'est-à-dire dégagée de l'alliance avec le PCF. Pour gagner un combat difficile et hasardeux, Mitterrand dut ajouter un ingrédient politique supplémentaire à la bataille pour le maintien de l'orientation de 1 'Uni on de la gauche : il n'hésita pas à se faire « le soldat des revendications quantitatives )) et l'apôtre de la supériorité du plan sur le marché. 'Il fallait caractériser le courant Rocard, qui brandissait l'étendard de la nouveauté moderniste, comme politiquement de droite, et pour cela marquer le courant Mitterrand comme l'héritier des traditions ouvrières et guesdistes de la SFIO.
Ainsi le courant mitterrandiste porte-t-il à la fois la marque d'un rassemblement hétéroclite autour du père fondateur et d'une différenciation à gauche destinée à mettre Rocard et Mauroy en minorité. Rédigé pour servir de base programmatique à la campagne présidentielle de 1981, le Projet socialiste est issu de cette conjoncture qui associa le CERES et les mitterrandistes à la direction du parti.
Tandis que la question principale depuis mai 1981 est devenue celle des rapports avec la politique du gouvernement, la géographie des courants du PS ne semble pas profondément affectée par ce changement des termes du débat. Voilà un paradoxe qui mérite explication.
Le CERES propose une autre politique que celle mise en œuvre par Mauroy et Delors. L'ampleur des différences entre ces deux politiques est variable au gré des fonctions ministérielles exercées par Chevènement, des rappels à l'ordre de l'Elysée et des évaluations des pourcentages de voix que le CERES peut espérer obtenir lors du débat préparatoire au congrès. La singularisation du CERES autour de positions spécifiques n'est pas une nouveauté : il avait été écarté de la direction du parti entre 197 5 et 1979. Né à l'intérieur de la SFIO en 1967 , il tend logiquement à maintenir son existence propre, y compris dans la situation nouvelle issue du 1 0 mai 1981.
IL n'en va pas de même pour le courant Mitterrand qui maintient ses délimitations alors qu'il avait été initialement conçu comme un rassemblement de circonstance. La première raison du maintien du courant mitterrandiste est assez prosaïque : le pouvoir d'Etat attire les responsables bureaucratisés et les carriéristes comme l'aimant la limaille. L'occupation de postes dans les cabinets ministériels et les organismes para-étatiques est à la portée de main de toute une couche de dirigeants, et d'abord ceux qui constituent l'armature nationale et régionale du courant mi tterrandiste.
Une seconde raison tient à la position stratégique occupée par ce courant dans les débats du PS : c'est de là qu'on peut espérer peser sur une série de décisions du parti ou même du gouvernement. L'expérience des plans d'austérité n'a pas suffi à enlever toutes les illusions que peuvent nourrir les militants à cet égard, et beaucoup demeurent encore persuadés que ceux « d'en haut )) connaissent mal la situation de la base .
Mais le cadre maintenu du courant Mitterrand trouve aussi une explication dans la nécessité de fournir au PS des références qui ne se réduisent pas à la seule défense d'une politique gouvernementale impopulaire. Parce que le PS est une organisation qui cherche à maintenir, sinon à augmenter son influence parmi les travailleurs, la direction doit présenter une orientation plus attrayante que les déclarations ministérielles sur la nécessaire austérité. La volonté rabachée de préserver la continuité d'origine de ce courant, qui se marquait à gauche contre Rocard, exprime la nécessité de maintenir une identité propre. C'est le moyen qu'a trouvé la direction du PS pour garder l'écoute des militans salariés tout en apportant un soutien sans faille à la politique de collaboration de classes du gouvernement.
Les courants minoritaires au congrès de Metz ont aussi, depuis 1981 et jusqu'à présent, préservé leurs structure propre. La tendance regroupée autour de Mauroy est celle qui présente le moins de délimitations politiques particulières. Composé de rescapés de la SFIO et de quelques nouveaux élus, c'est le courant dans lequel le clientélisme propre à la gestion municipale et aux organisations associées au fonctionnement large de l'appareil était le plus affirmé. Dans une situation d'affrontement bureaucratique entre tendances, la sauvegarde de positions dans les différents échelons des directions lui imposait de maintenir des relations de clan à l'intérieur desquelles l'appartenance à la franc-maçonnerie ne joue pas un rôle négligeable. La direction du PS étant solidement verrouillée par le courant Mitterrand, l'accession de Mauroy au poste de Premier ministre ne lui a guère permis d'élargir son influence dans le parti .
La situation est plus complexe pour le courant Rocard qui a préservé lui aussi, jusqu'à la prêparation du congrès de Bourg-en-Bresse, ses délimitations propres. Le courant rocardien rassemble des militants investis dans le mouvement associatif, très sensibles au discours idéologique à la mode sur les vertus de la cure de rigueur, et des élus municipaux qui souhaitent voir appliquée une stratégie « autonome )), Le réalisme impose cependant certaines limites à ces élus, tant dans le débat interne que dans les rapports avec le PCF. La politique suivie aujourd'hui par le gouvernement confirme a posteriori les pronostics de Rocard sur la nécessité de la rigueur. Mais cela ne suffit pas à gagner une influence militante dans le PS quand l'austérité appliquée ne suscite guère d'enthousiasme. Le handicap principal de ce courant réside dans son origine : la stratégie « autonome )) qu'il défendait à Metz a été mise en déroute par la victoire du 1 0 mai. Cette tare interdit au courant Rocard de se développer sur la base d'une continuité assumée depuis Metz. C'est pourquoi, tout en continuant à fonctionner, ce courant a esquivé toute bataille politique au sein du PS depuis le l 0 mai 1981 . Les tensions internes à chaque tendance
Face au bouleversement de la situation politique depuis le 1 0 mai, puis à l'application d'une effective politique d'austérité, le PS a rencontré beaucoup de difficultés pour déterminer le rôle qu'il devait tenir. Il s'est trouvé soumis à des exigences contradictoires : assurer la pérénité de l'organisation la plus influente électoralement dans le mouvement ouvrier ; assumer sa situation de parti majoritaire qui supporte directement toutes les conséquences des lois votées ; soutenir un président qui, bien qu'issu de ses rangs, est décidé à utiliser souverainement les attributs institutionnels de la ye République.
La direction du PS a subi une paralysie certaine, sensible aussi bien
dans ses tâches d'encadrement des couches sociales que le parti est censé représenter que dans l'animation de la vie interne. Celle-ci s'est étiolée considérablement. L'essentiel des discussions a, de fait, tendance à trouver refuge au sein de chaque courant. Se délimiter face aux autres courants est une façon d'esquiver la question principale, celle du rapport avec la politique du gouvernement. Dans ce parti au fonctionnement lâche et aux références très générales, le cadre délimité de chaque courant constitue, par ailleurs, un lieu où les interrogations sur la politique gouvernementale peuvent plus aisément être formulées et discutées. En conséquence, ce sont ces courants qui sont aujourd'hui le plus soumis aux tensions consécutives aux échecs du PS.
La crise la plus manifeste est celle du courant mitterrandiste. Du fait des raisons complexes qui expliquent son maintien depuis quatre ans, il subit de plein fouet les conséquences d'une politique dont Mitterrand est le premier responsable. La cohabitation est nécessairement délicate entre un Delors, premier artisan de la politique de rigueur, et un Laigne! qui, non content de refuser les subventions aux écoles privées dans sa commune, s'en est pris aux concessions faites au patronat. Jospin, premier secrétaire en titre, est au centre des contradictions de son parti et de sa tendance. Dans les débats actuels, il doit procéder à un triple arbitrage.
Le premier arbitrage concerne la meilleure façon de gérer un espace propre au PS dans le cadre d'un soutien global à la politique élyséenne. Tel était l'objet du coup d'éclat de Poperen le 28 avril dernier : le numéro deux du PS faisait publier une contribution -dont copie avait été transmise à Mitterrand- dans laquelle il s'alarmait de la baisse d'influence du PS après les élections municipales. Aucun embryon de contre-propositions pour une autre politique dans cette contribution : le seul problème posé était celui de la place spécifique que devait occuper le PS pour maintenir ses liens avec une base sociale déçue par l'austérité. C'était, en pointillé, un appel à une autre répartition des rôles entre ce que devait continuer à faire le gouvernement et ce que devait dire le PS.
Le second arbitrage met en scène les candidats potentiels à l'application d'une politique infléchie par rapport à celle pratiquée par le troisième gouvernement Mauroy. Propositions d'aller plus vite sur le terrain de la réforme fiscale et de renforcer les dispositions protectionnistes : les contre-propositions ne manquent pas du côté de Pierre Joxe, président du groupe parlementaire, ou de Christian Goux, président de la commission des finances. Elles s'apparentent pour une large part aux éléments de « l'autre politique » avancée par Jean-Pierre Chevènement, et visent en fait à mieux protéger l'économie française pour tenter de la rendre plus compétitive face à ses concurrentes des principaux pays impérialistes. La différence est là. Elle ne concerne pas la question de la satisfaction des revendications les plus urgentes des travailleurs.
Enfin, le troisième arbitrage a pour objet le maintien de l'identité du courant Mitterrand. Identité qui a été maintenue malgré l'application de la politique d'austérité qui, au gouvernement, réunit Mitterrand, Mauroy et Rocard. Cette politique se poursuivant, l'entrée des courants Mauroy et Rocard dans un rassemblement majoritaire peut aboutir à rendre caduques les délimitations du congrès de Metz dont on a montré le caractère encore opératoire pour la direction mitterrandiste. Les déclarations de Pierre Jo xe et d'André Laignel sur leur proximité politique avec le CERES ont pour fonction politique d'empêcher la dilution du courant mitterrandiste dans une nébuleuse majoritaire. Lorsque Jospin répond qu'« il n y aura pas de dérive si fe courant A [c'est-à-dire le courant mitterrandiste] ne dérive pas », il plaide lui aussi pour le maintien, quelles que soient les alliances passées, des délimitations issues de Metz. Il en a besoin pour faire passer les couleuvres de l'austérité auprès des militants, mais ce faisant il perpétue un cadre dans lequel les contradictions qui se sont exprimées tout au long de ces deux dernières années ne peuvent que s'amplifier.
Le courant rocardien est placé devant un choix plus sévère. En effet, Rocard n'avait pas constitué une tendance à la seule fin de disposer d'une base de lancement pour sa campagne présidentielle de 1981. Il s'était fait le porte-parole d'une orientation moderniste et autonome vis-à-vis du PCF. La dilution d'aujourd'hui dans une nébuleuse majoritaire signifie l'abandon, pour une période, d'une bataille politique ouverte ; le report du débat dans le silence des sphères dirigeantes de l'appareil d'Etat. Avec cette méthode on peut maintenir sa position au hit-parade des sondages et continuer à tisser un réseau d'influence interne-externe au PS, mais
im- le PS il faut avoir la lucidité politique on désoriente toute une couche de militants. La scission intervenue au sein du courant Rocard, une aile refusant de s'intégrer dans un conglomérat majoritaire, s'explique ainsi. De fait, le courant « rocardien maintenu » est d'ores et déjà marginalisé au sein du PS. Car les animateurs de ce nouveau mini-courant n'ont pas réussi à élargir leur audience au-delà de leurs propres relations de clan et n'offrent aucune perspective crédible pour le développement du PS. Puisant dans l'arsenal idéologique d'Edmond Maire pour prôner « un bon usage de la rigueur », ils ne sont pas pour autant représentatifs d'une quelconque couche de militants ou de responsables bureaucratisés du mouvement syndical. Tout au plus rendront-ils un grand service à la direction du PS en témoignant du peu d'influen\:e de l'idéologie de soumission explicite à la crise dans les rangs du PS . Les dirigeants du PS préfèrent appliquer ou soutenir l'austérité sans en faire un étendard, car ils rrtesurent son impopularité dans la classe ouvrière et la base sociale qu 'ils veulent continuer à influencer. Le débat en trompe-l'œil avec le CERES
En fait, le seul débat organisé qui aura lieu pour la préparation du prochain congrès du PS sera celui opposant la nébuleuse majoritaire animée par Jospin au CERES.
Le CERES n'aborde pas cette épreuve avec une santé particulièrement florissante. Sa prétention à constituer l'axe du Parti socialiste en occupant tout le terrain à gauche est bien amoindrie. Ministre de l'Industrie, Chevènement a mis au premier rang des ses préoccupations la compétitivité de l'industrie française , n'hésitant pas à rechercher les bonnes grâces du patronat et à considérer les militants du PS comme des « godillots » chargés d'appliquer en silence. Voilà un décapant brutal appliqué au CERES et à son image.
Après son départ du gouvernement (qui suivit les élections municipales de mars 1983), Chevènement commença à critiquer une austérité qu'il avait cautionnée avec la totalité de la direction du CERES depuis la dévaluation de juin
1982. La critique du CERES ne porte pas sur la détérioration des conditions de vie des travailleurs, mais sur le fait que la politique actuelle conduit au
« déclin de la France ». Retentissez, trompettes de l'indépendance nationale ! Critique communiste a analysé dans son numéro de juillet les fondements de la politique protectionniste prô née par le CERES et montré que celle-ci se situe intégralement dans le cadre du maintien des rapports de production capitalistes, générateurs de la crise actuelle.
La direction centralisée du CERES laisse peu de place au débat. En cas de désaccord, il est plus aisé de quitter la tendance que de mener une discussion politique. C'est pourquoi, de l'extérieur, le CERES n'apparaît pas traversé par les tensions qui animent toutes les autres tendances du PS. Mais le bilan à payer pour un tel fonctionnement c'est, de fait, le départ de toute une couche de militants partie prenante du mouvement syndical. Le temps où le CERES était la force principale d'un courant d'opposition à la direction confédérale de la CFDT, la « Contribution » regroupant plusieurs fédérations et unions régionales, est révolu. Il n'empêche que les oscillations de la direction du CERES autour du type de bataille à mener pour le congrès du PS reflètent un malaise incontestable.
En fin de compte l'autre politique proposée par le CERES est suffisamment générale pour permettre soit un unanimisme complet lors du congrès du PS, soit le maintien du courant sur ses propositions spécifiques. En ce sens, le débat qui oppose le CERES à la majorité est un débat en trompe-l'œil dans la mesure où aucune des positions avancées ne délimite des solutions réellement divergentes quant à la question de comment sortir de la crise. Toutes deux relèguent la question des 35 heures sans diminution de salaire au magasin des motions non applicables. Toutes deux laissent la porte ouverte, sans l'avouer explicitement à la manière d'un Edmond Maire, à une baisse du pouvoir d'achat. Jospin écrit que le débat sur le temps de travail doit être repris, mais sans préciser la conclusion qu'il souhaite, alors que l'un des principaux enjeux est celui de la compensation salariale. Le texte du CERES parle quant à lui de << soutien effectif et modulé du pouvoir d'achat », belle périphrase pour esquiver la question de la garantie de ce même pouvoir d'achat. Jospin et le CERES utilisent le même vocabulaire - << il faut une politique des portations »- pour parler des mesures protectionnistes.
« L'autre politique » du CERES ne propose ni un partage du revenu national plus favorable à la classe ouvrière, ni de nouvelles réformes de structures à prétentions anticapitalistes. Les « propositions pour réussir» avancées par le CERES pour le congrès de Bourg-en-Bresse ont été rédigées pour être intégrables, le cas échéant, dans un texte unanime au congrès, et pour servir de « boîte à idées » à un président de la République décidé à changer des ministres trop marqués par l'impopularité.
Déçus par les résultats du gouvernement Mauroy, des militants du PS se tourneront vers le CERES en espérant y trouver des remèdes à l'aggravation de la crise. Ce phénomène ne sera pas très accentué en raison même de la faiblesse des positions politiques du CERES, faiblesse qui lui interdit de mener une bataille politique conséquente contre les thèses de la majorité. Pourquoi un débat si limité
Ainsi, les profonds changements survenus ces deux dernières années et la mise à l'épreuve de l'orientation du PS n'auront pas entraîné une clarification nouvelle des débats internes. Aucune différenciation significative à gauche n'apparaît. Trois raisons expliquent le maintien de l'homogénéité bureaucratique du PS.
La première tient aux références mêmes du Parti socialiste. Celui-ci s'est renouvelé après le congrès d'Epinay en 1971 et s'est doté de nouvelles bases programmatiques, dont la plus achevée est le Projet socialiste adopté en 1980. Ces références « parlent » de la nécessité de la rupture avec le capitalisme, mais ne fournissent aucune clé pour aller réellement dans cette direction. Les propositions programmatiques du PS ont toujours été compatibles avec le fonctionnement de l'Etat bourgeois. De ci, de là des militants du PS peuvent trouver dans le Projet socialiste quelques phrases sur lesquelles s'arc-bouter pour contester la politique actuelle, mais ih.> n'y trouveront pas les fondements pour une réelle critique de gauche. Ce programme ne contenait pas, en effet, les éléments d'une politique réellement alternative. Pour différencier vraiment à gauche dans de remettre en cause les références mêmes contenues dans le Projet socialiste. La situation est à cet égard
différente de celle de la SFIO des prolonge l'une des caractéristiques de années trente. Alors, un courant la social-démocratie française depuis comme la Gauche révolutionnaire son ongme : une incapacité à pouvait légitimement se déclarer parorganiser directement les militants tie prenante de l'héritage antérieur à syndicaux qui sont en première ligne la trahison de 1914, héritage encore dans l'affrontement quotidien avec les présent à l'époque dans les débats de patrons. Les relations du PS avec la SFIO. Pour justifier sa politique, toutes les centrales syndicales, même
Léon Blum dut inventer la distinction celles qui sont dirigées par des entre « la conquête du pouvoir » et adhérents socialistes, comme la FEN,
« l'occupation du pouvoir ». Les Mitla CFDT et FO, sont fondées printerrand, Delors ou Chevènement cipalement sur des relations contractuelles d'organisation à organisation.
n'ont plus besoin de recourir à de pareilles subtilités pour expliquer
Les débats internes à un mouvement qu'ils n'ont pas d'autres choix que de syndical confronté directement à l'application de l'austérité dans les engérer les affaires de la bourgeoisie.
La seconde raison tient à la treprises sont donc reçus au sein même du PS au travers d'écrans, qui nature sociale du
PS.
Cette amortissent considérablement l'écho organisation social-démocrate est très faiblement implantée dans la classe des préoccupations réelles de la classe ouvrière organisée, même si elle y ouvrière.
La troisième raison tient, enfin, à dispose d'une influence électorale importante.
Le
PS d'aujourd'hui la nature des mobilisations ouvrières
La renaissance de la confrontation dans le mouvement syndical autour de thèmes classiques (unité, indépendance, démocratie) conduit nombre de syndicalistes à chercher dans l'Histoire la t race de débats anciens.
La première scission de la CGT, en 1921, est un moment privilégié pour saisir la naissance de courants de pensée et de pratiques syndicales qui se sont perpétués jusqu'à nos jours. C'est aussi la période où s'exercen t sur le mouvement ouvrier frança is les effets de la révolution d'octobre 191 7.
Comment· les formes d'organisation de la classe ouvrière traversent-elles une époque d'intense affrontement en son sein et de recbmposition profonde de ses forces politiques ?
C'est à cette question que ce livre tente de donner une réponse, à partir d'études historiques trop dispersées jusqu'ici pour être aisément accessibles aux militants.
Ce livre apporte des éléments de réflexion utiles aux syndicalistes pour leur action aujourd'hui ...
60F.
à la librairie cc La Brèche ,,
PubHcation courant octobre qui ont eu lieu depuis le 10 mai 1981. Les directions ouvrières, à commencer par celle du PS, portent la responsabilité de la division et de l'absence de mobilisation centralisée de la classe ouvrière. Mais, en retour, la base du PS n'est pas conduite à se différencier sous la pression de mouvements d'ensemble de la classe ouvrière.
Si- des différenciations se font jour ultérieurement dans les rangs du PS, elles seront d'abord la conséquence et le reflet de mouvements qui concerneront la majorité de la classe ouvrière. En s'efforçant d'empêcher toute mobilisation d'ensemble des travailleurs, la direction socialiste peut s'accorder un sursis par rapport à l'aggravation des contradictions qui sont à l'œuvre au sein même du PS.
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