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Tout faire pour empêcher le retour de la droite, pour que le PS et le PCF cessent de faire des cadeaux au patronat

· Critique communiste, n° 23, novembre 1983 · p. 30-32 · 2 884 mots

le retour de la droite, cessent de faire des cadeaux: au patronat

Tout faire

pour e1npêcher

pour que le PS et le PCF

La LCR avait pris toute sa part en 1980-81 pour battre Giscard. Alors qu'un dirigeant comme Edmond Maire déclarait : « c'est foutu pour la gauche », alors que Georges Marchais attaquait davantage le PS que Giscard, la LCR, après débat, affirmait, la première : Giscaçd peut et doit être battu, désistement, unité, gouvernement P S-PC sans ministres bourgeois.

En mai-juin 1981, la classe ouvrière · a non seulement infligé une défaite à Giscard, à tous les partis bourgeois, mais aussi à tous les défaitistes qui professaient que la crise économique du capitalisme contraindrait le mouvement ouvrier à la défensive, que les luttes reflueraient et que les exemples réactionnaires de Reagan et de Thatcher seraient suivis en France.

La vérité c' est que mai 1981 est un résultat différé de Mai 68.

Le problème c'est que depuis mai-juin 1981, la direction majoritaire de la LCR n'a pas su tirer parti d'une situation devenue plus favorable qu'elle ne l'était sous la droite.

Cela a commencé mal : la direction de la LCR a tenu en décembre 1981 un congrès tourné vers des questions internes au lieu de profiter du nouveau climat pour ouvrir le congrès au public et faire connaître largement ce que voulaient les trostkystes.

Ensuite elle n'a pas organisé des campagnes, comme il l'aurait fallu , lors des cantonales, puis pour « des fonds publics à l'école publique » avant le 9 mai 1982 (rassemblement du Bourget), contre le blocage des salaires Guin 1982), contre le CNPF (lors de ses états généraux de Villepinte le 14/ 12/ 82) par exemple.

Aux élections municipales, le Bureau Politique a proposé au CC de commettre plusieurs erreurs politiques graves qui témoignaient d'une désorientation importante :

a) il a proposé au comité central de maintenir nos listes au 2e tour face à des listes PS-PC si nous obtenions plus de 100Jo des voix :ce, au risque de faire passer la droite. b) il a proposé au CC de négocier avec le PS et le PC notre insertion dans leurs listes si nous étions en mesure de le faire, au 2e tour : ce, malgré le fait que ces listes de coalition soutenaient le gouvernement.

Ces deux erreurs, l'une "droitière", l'autre "gauchiste" n'ont été évitées que grâce aux voix de la minorité du Comité Central. Mais ce qui n'a pu être empéché c'est un accord erroné avec Lutte Ouvrière, alors que cette organisation renvoyait dos-à-dos PS-PC et UDF-RPR, alors qu'elle appelait à l'abstention au 2e tour et alors qu'elle prétendait que« les travailleurs n'avaient rien gagné en mai 81 »et donc« n'avaient rien à perdre en mars 83 ».

En se liant avec Lü et en tenant un meeting central avec cette organisation abstentionniste entre les deux tours à la Mutualité, la LCR s'est privée de concentrer ses forces pour battre la droite : le BP a même polémiqué avec notre minorité au Comité Central en prétendant que « ce serait une faute politique grossière » que de « compter sur un sursaut de dernière heure de l'électorat ouvrier».

Ce sursaut a pourtant eu lieu. Le moteur de ce réflexe, de ce vote de classe au 2e tour, a été la volonté des travailleurs de battre la droite. Malgré la politique du gouvernement, les travailleurs font la diffférence : ils veulent empêcher le retour de la droite, même s'ils manifestent leur mécontentement de la politique de la gauche.

La LCR a raté l'occasion d'apparaître comme étant la plus combative pour « battre la droite » et pour exiger du PS et du PC qu'ils rompent avec le CNPF, avec la bourgeoisie et répondent aJx renvendications de travailleurs qui les

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avaient élu. Là où le PS menait des campagnes affadies (« Quilès tendrese », « Toulouse-la-tendre », « je suis un rouennais » ... )la LCR devait mener une vive campagne pour battre Chirac, battre Baudis, battre Lecanuet !

Au moment où Mitterrand expliquait à Figeac : « j'aime ceux qui me contestent... »nous étions sûrs d'être compris des travailleurs en disant « nous, on le les aime pas ... nous n'aimons pas les patrons, nous n'aimons pas que PS et PC leur fasse des cadeaux, nous exigeons de Jospin et de Marchais, de Mitterrand, Mauroy et Fiterman qu'ils fassent la politique attendue par les travailleurs, qu'ils rompent vraiment avec "ceux du château" ; entre patrons et ouvrier, ils doivent choisir ... »

Ce langage a été insuffisamment tenu. La LCR ne s'est guère fait connaître sur cette orientation. Peu de travailleurs savent aujourd'hui ce que veut la Ligue, comment elle se situe face au gouvernement et cela ne s'explique pas seulement par l'ostracisme des médias.

Au lieu d'avancer, nous avons stagné.

Et le projet de thèses pour le prochain congrès nous propose d'enregistrer ce recul. Il opère un tournant par rapport aux thèses de la majorité elle-même au dernier congrès. Les trois idées du projet de thèses ...

Si on résume le projet de thèses paru dans Critique Communiste no 22, il en ressort trois éléments :

1) C'est le marasme, le recul, le reflux de la combativité ouvrière : nous sommes dans une situation qui « accroît le désarroi des travailleurs face à la profondeur et à la durée de la crise », (1-4) ou « généralement acculés à la défensive malgré des nombreuses luttes et leur refus de l'austérité, les travailleurs subissent les effets de la montée du chômage » (1-5) où il y a un« faible niveau de mobilisation des travailleurs » (2-6) ou les « travailleurs n' apercoivent pas ... la possibilité et l'efficacité d'une perspective d'ensemble impliquant la coordination de leurs luttes et leur présence en tant que classe sur la scène politique » (2-7). Les thèses notent que « le sentiment que l'orientation du PS et du PCF conduit à l'échec» ... « ouvre des conditions plus favorables à la concrétisation d'une orientation luttes de classes » (2-8) tout en précisant que « les seuls candidats à la relève gouvernementale se trouvent à droite » (2-6). Comment tout cela s'explique-t-il ? « l'attentisme, le faible nombre de luttes sociales impliquant des secteurs décisifs de la production renvoient au caractère même de la victoire des partis réformistes : une victoire électorale qui ne fut pas précédée d'un développement de l'activité autonome des travailleurs » (2-7). Ainsi mai 81 n'est plus un« tournant »dans la situation politique en France comme l'affirmaient les thèses du congrès de 1981 mais ... seulement une accumulation de bulletins de vote survenue « dans des conditions de lutte plus difficiles », « dans un contexte de désorientation du mouvement ouvrier et de division exacerbée » ... (2-7). C'est une sorte de victoire surprise et non plus l' aboutissement d'une puissante volonté de changement parmi les travailleurs.

2) Paradoxalement si les masses sont déçues et désorientées, si la classe ouvrière est acculée à la défensive .. . par miracle, une « gauche de la gauche » échappe à ce triste sort et se « différencie ». Les thèses ne cessent de mentionner ces « différenciations » : « l'affirmation d'une force politique à la gauche de la gauche ... devient un élément important de conviction pour des milliers de militants ouvriers conscients... » (4-3). « C'est ainsi que l'idée d'une alternative politique au PS et au PC touche des cercles de plus en plus larges. L'idée d'un parti à la gauche de la gauche fait son chemin » (5-3). Les thèses concluent longuement sur la nécessité pour la LCR de se tourner vers cette « gauche de la gauche », même si, ironie involontaire, « rien ne permet encore de prévoir quels seront les contours de telles différenciations lorsqu'elles se produiront, ou si elles se situeront dans la continuité des éléments de recomposition perceptibles aujourd'hui (5-3).

3) Pour flatter cette « gauche de la gauche », ces « milliers » de militants conscients, ces« cercles larges ». il faut populariser une« alternative » (4-4-2), défendre « les piliers stratégiques du programme révolutionnaire » et « sans préjuger du type de réponse » que cela implique engager « les fondements d'une démarche de regroupement » (5-3-2). Qu'est-ce à dire ? C'est une façon de dire qu'il faut un autre parti que la LCR et les thèses, d'ailleurs, ouvertement, affirment, à propos des acquis des premières années de l'Internationale Communiste, de l'Oppposition de gauche et de la 4• Internationale : « ce programme ne répond pas à tous les problèmes de stratégie révolutionnaire » (5-3-2).

Ainsi le programme de la LCR est réduit à quatre « piliers stratégiques » (5-3-2) autour desquels il convient de faire de la propagande. Il est caractéristique de lire les quatre têtes de chapitre consacrées à la construction du parti révolutionnaire : « 5-4-1 : mener le débat ... « 5-4-2 : nouer un dialogue permanent ... « 5-4-3 :prendre part à la discussion ... « 5-4-4 : renforcer la discussion et la collaboration... »

Comme on le voit, il s' agit de débattre, discuter, causer, dialoguer. .. et il n'est guère question d'agir. La LCR ne se présente plus comme le « noyau » du parti, elle est une des « composantes » qui ne cherche pas à imposer ses vues à l'avance, et qui d'emblée ne propose que les « piliers » de son programme dont elle reconnait (avant débat) qu'il ne « répond pas à tous les problèmes » et que c'est « à terme » que pourrait être « définies les bases politiques d'un éventuel regroupement » (5-3-2) où les diverses composantes continueront à discuter des « éventuelles divergences maintenues ». ... sont trois idées fausses

Nous sommes en désaccord avec ces trois idées maitresses des nouvelles thèses de la majorité de la LCR.

1) Nous mettons au défi la majorité de prouver qu'il y a eu un« tournant » dans la période au milieu des années 1970 :et la victoire du Vietnam de 1975 à 1978 ? Et la chute du Shah en 1976? Et la révolution au Nicaragua en 1979 ? Et la mobilisation ouvrière en Pologne à partir de 1980 ? Et les progrès du mouvement de masse contre les dictatures au Brésil, en Argentine, et récemment au Chili ? Et la chute des dictatures au Portugal, en Grèce, en Espagne dans la deuxième partie de la décennie ? Et la montée d'un mouvement de masse pacifiste sans précédent historiquement en Europe ? Et les victoires électorales des partis ouvriers en France, en Grèce, en Suède, en Espagne, au Portugal et en Australie . .. ? Pourquoi les thèses tordent-elles le baton et font-elles un tableau unilatéral des rapports de force mondiaux à l'avantage de la « contre-offensive impérialiste » ? Même en tenant compte de la défaite du SPD allemand, de la réélection de Thatcher et du triomphalisme de Reagan, il faut bien mettre en évidence le haut niveau de combativité ouvrière en Europe : faut-il faire remarquer que 634 000 fonctionnaires belges viennent de faire une grève générale de 10 jours ?

Faut-il retenir, comme l'a fait Rouge, que règne« l'amertume ouvrière en Belgique » Ou faut-il au contraire plutôt souligner la puissance du mouvement et la trahison des directions syndicales ?

S' il y a eu offensive bourgeoise depuis 1975-1977 en France, alors pourquoi les acquis des travailleurs ont-ils progressé ? Pourquoi par exemple, la proportion d'ouvriers mensualisés est-elle passée de 10,60/o en 1969 à 88,70/o en 1979 ? Pourquoi le nombre de salariés travaillant 40 heures et moins est-il passé de 13,60/o en 1973 à 54,60/o en 1980 et 84,40/o en 1983 ? Les 39 heures, la 5• semaine, la retraite à 60 ans, la hausse du SMIC, des retraites, allocations familiales, des droits syndicaux nouveaux, le remboursement de l'IVG, l'abolition de la peine de mort, une protection des bas revenus face aux impôts, tout cela, ce ne sont pas des « cadeaux » du gouvernement mais des concessions qu'il a été obligé de faire en conséquence du rapport de force mis en évidence par la victoire ouvrière de mai-juin 81.

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Imagine-t-on tout cela en période de « recul » du mouvement ouvrier ? Imagine-t-on tout cela quand le désarroi et l'amertume se répandent ?

Certes, les attaques du blocage des salaires, du plan de rigueur, du budget 84 vont se faire sentir et leurs effets s'accumulent : 1 o/o solidarité, 1% impôt, 1% vieillesse, 1% chômage, non indexation des salaires sur les prix, etc. Certes, les effets du chômage sont graves et durables, mais rien n'est joué ! La tendance générale n'est pas inversée et c'est dans les années qui viennent que le rapport de force va se dénouer. Pourquoi sonner la retraite avant la bataille ?

2) C'est erroné pour la LCR de s'isoler« à la gauche de la gauche »et de privilégier des « différenciés » avec lesquels on va « débattre » au lieu de chercher à se lier au gros de la classe ouvrière, aux millions de travailleurs influencés par le PS et le PC et qui, justement, se posent des questions et veulent lutter. Nous devons nous orienter sur l'état d'esprit des larges masses et non pas désespérer d'elles. Les travailleurs ne manquent pas « d'idées »mais d'instruments efficaces pour l'action. C'est par l'expérience, en se confrontant à la réalité de la politique de Jospin et de Marchais que lestravailleurs iront plus loin que leurs organisations traditionnelles ne le veulent.

La LCR doit chercher à construire un large front unique ouvrier, prôner l'unité du PS et du PC contre la droite et, avec les travailleurs du rang, interpeller les dirigeants PS et PC, les députés élus à l'Assemblée Nationale.

Simplifions nos campagnes et cherchons à rassembler dans l'action le front unique de tous les travailleurs sur une ou deux revendications précises en matière de salaires, d'emploi : augmentation des salaires indexée sur les prix ! Refus de tous licenciements ! Un mouvement de masse qui se dessine pour la défense des acquis est amené à aller plus loin que ses objectifs initiaux. Les révolutions avancent en se défendant. C'est en ripostant contre les menaces de la droite que la classe ouvrière mettra en porte-à-faux la politique du PS et du PC, nous devons participer à ce genre de mouvement et non pas nous en isoler à « la gauche de la gauche ».

3) C'est pourquoi la LCR doit se présenter comme un parti d'action confiant en son propre programme et non pas comme un groupe de spécialistes du débat ne proposant humblement que quelques « piliers » de leur programme comme base d'un « éventuel programme »aux« contours incertains ».

Nous estimons que le programme de la Quatrième Internationale répond aux problèmes de stratégie révolutionnaire qui se posent aujourd'hui. Nous estimons qu'il faut faire de la propagande en sa faveur. Les trotskystes ne doivent pas négliger leur rôle dans la bataille d'idées contre la droite, contre Reagan, contre Andropov. Nous sommes les premiers combattants contre le stalinisme, des centaines de milliers de militants ont été assassinés parce que trotskystes, ils défendaient la démocratie ouvrière face au stalinisme, parce qu'ils voulaient des syndicats libres, un mouvement ouvrier indépendant, vivant, comme celui des ouvriers polonais aujourd'hui. Trotsky, le premier, a dénoncé la « révolution trahie », il a préservé, alors qu'il était minuit dans le siècle, les idées de la Commune de Paris, celles de la Révolution d'Octobre 17. Tout cela nous devons l'enseigner. De même, nous devons enseigner que la révolution doit étendre les libertés et non pas les restreindre, qu'un parti doit avoir un fonctionnement scrupuleusement démocratique s'il veut mériter l'étiquette« révolutionnaire » ... Ces idées-là oui, nous devons les propager.

Mais mieux vaut une action concrète, de masse, sur un point précis que mille discours sur le programme en général.

C'est contre la droite, contre l'arrogance patronale et pour la défense des acquis que les travailleurs se battent et nous, avec eux : pour les salaires dans la Fonction Publique, contre les licenciements à Peugeot, à la Chapelle-Darblay, à Carmaux, pour les acquis à EDF, à la RATP, aux PTT. à la SNCF. C'est par l'expérience que les travailleurs avancent et, partant des revendications immédiates, mettront en cause le fait que PS et PC fassent le jeu des patrons. En l'occurence, il faut mettre ces dirigeants devant leurs responsabilités : agissez. Grèves et mobilisations gèneront la droite, c'est elle qui a tout à y perdre ! S'il y a des luttes aujourd'hui, c'est le meilleur moyen de battre la droite en 1986. Et s'il n'y a pas de mobilisation suffisante, nationale, coordonnée, c'est la faute aux directions et non pas aux travailleurs.

La LCR doit maintenir une ligne de front unique ouvrier.

Voilà les premières raisons pour lesquelles Il membres du Comité Central et plusieurs centaines de militants de la LCR se sont constitués en tendance afin d'opposer au projet de thèses majoritaires deux motions soumises au vote du congrès de janvier 1984 sur deux questions-clefs : 1) Oui, la situation issue de mai-juin 81 est favorable aux travailleurs. 2) Oui, la LCR doit mettre en œuvre une politique de front unique ouvrier. Nous espérons présenter ces deux motions dans un prochain article.

Isabelle Arnaud Gérard Filoche

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