La presse de la LCR

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Le PCI, FO et la « démocratie politique »

· Critique communiste, n° 26, février 1984 · p. 18-19 · 2 256 mots

D

EPUIS la rentrée, les échéances politiques n'ont pas manqué qui permettent de soumettre les positions de principe des organisations se réclamant du trotskysme à l'épreuve des faits. L'attitude devant les faits est en effet la seule base correcte pour apprécier et débattre les positions de chacun. Le PCI et les élections à la Sécurité sociale

Le Comité central du PCI a adopté une résolution sur « la portée politique des résultats des élections à la Sécurité sociale » (1 ). Cette résolution doit être examinée car, au-delà d'appréciations conjoncturelles, c'est toute l'attitude vis-à-vis de la bureaucratie de FO qui est en cause.

Sur ce problème, depuis de nombreuses années, l'OCI/PCI est passé progressivement d'une opposition de plus en plus timide à un soutien complet à la majorité confédérale. Ce qui s'est matérialisé au lendemain de la lutte_contre la loi Berger par le vote du rapport moral et l'inclusion dans la majorité confédérale au XIV• congrès de FO en juin 1980.

Aujourd'hui, dans cette résolution, le PCI va plus loin. Il analyse ainsi le vote du 19 octobre : a La progression de FO indique que, pour se grouper, pour résister et élargir la base de sa résistance aux mesures dictées par la bourgeoisie au gouvernement de front populaire, la classe ouvrière a dû infliger une nouvelle défaite à 1 'appareil stalinien ( ... ) La classe ouvrière, contre les appareils du PS et du PCF, a cherché à se regrouper autour de l'axe que la centrale réformiste FO constitue. 11

Ce serait donc pour mieux défendre la Sécurité sociale que les travailleurs auraient voté FO. Cette analyse se heurte au fait que FO a bénéficié d'un appel au vote des partis de droite RPR/UDF et des organisations professionnelles réactionnaires des médecins et pharmaciens. La résolution du PCI balaie cette objection : 1. Publiée dans .. la Lettre d'Informations, t< Bien entendu il ne saurait ètre question ouvrières ... de nier qu'ici et là 1 'appel des partis

Jacques CARVEL bourgeois a entrainé au vote FO. »Suit un long paragraphe montrant que cet appel n'a pas plus joué que l'appel de Giscard au « Non » au référendum de de Gaulle en 1969.

Certes, la nature ouvrière de la Confédération FO n'est pas remise en cause par cette consigne de vote de la droite. Mais si l'on compare avec les prud'homales de 1982 où FO avait stagné, la progression de cette centrale en 1983 s'explique autant par l'appel de la droite que par l'image d'organisation indépendante du gouvernement qu'elle a su se donner.

Indépendante du gouvernement, soit. Mais du CNPF c'est une autre affaire. C'est avec la caution de Derlin, secrétaire confédéral FO, président de la Caisse nationale d'assurance-maladie, qu'a été instaurée une longue collaboration FOCNPF. Ceci a permis au patronat et aux gouvernements de droite, sous Pompidou et Giscard, d'attaquer le système de Sécurité sociale. Or FO est en train de reconduire cette collaboration. Est-ce en s'alliant avec le CNPF qu'elle défendra le mieux les intérêts des travailleurs ? A cette question la résolution du PCI, qui ne dit pas un mot de la collaboration FO/CNPF, se garde bien de répondre. Le PCI se tait et dans la Confédération ses militants consentent à cette politique, sans même protester pour la forme.

Mais à propos de la nature de FO et de sa bureaucratie dirigeante, le PCI va plus loin : 11 La centrale réformiste -comme d'ailleurs toutes les organisations ouvrières- est liée à la démocratie politique. » La nature social-démocrate de FO devrait amener les léninistes, les trotskystes qu'afftrment être les dirigeants du PCI, à considérer les .liens de FO avec l'impérialisme, et non avec la « démocratie politique ». Prise en ce sens abstrait, la notion de « démocratie polifique » n'a aucun contenu. Mais dans la résolution du PCI, elle en prend un précis : c'est de couvrir les dirigeants FO en afftrmant que, par nature, ils combattront jusqu'au bout pour défendre les acquis des travailleurs. Où et quand l'ont-ils fait ? Prenons l'exemple de la Sécurité sociale. Depuis la grève interprofessionnelle unitaire du 24 mai 1977, FO n'a

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ROUTIER- PREUVOST a-t-il respecté le mandat?

réagi qu'en paroles aux attaques contre la Sécu . FO a pratiqué systématiquement la division. En 1980, face au projet de loi Berger, les dirigeants de FO on refusé la grève unitaire, se contentant d'un meeting à la Bourse du travail. Cette politique s'est poursuivie depuis le 1 0 mai 1981 . Comment penser qu'à l'avenir ils défendront ce qu'ils ont refusé de défendre jusqu'à présent ?

Les conclusions sont claires. Dans un texte aussi important qu'une résolution de CC, le PCI camoufle la nature bourgeoise de la bureaucratie réformiste de FO, valorise son rôle -sous prétexte d'« indépendance» vis-à-vis du gouvernement- et soutiént inconditionnellement sa politique, en annonçant d'avance que ses militants présents au prochain congrès confédéral voteront le rapport . moral soumis par la direction Bergeron. c Ceci pose un problème · de taille: en cas d'attaques londamentales et immédiates de la bourgeoisie contre les acquis ouvriers, si la direction FO se range aux côtés du patronat, dans quel camp se rangera le PCI ? Le PCI et Talbot

Commentant dans un éditorial d' Informations ouvrières les événements de Poissy, Daniel Viviers, dirigeant du PCI, écrit : 11 Dès lors que reste -t-il d'autre comme issue pour les travailleurs que de chercher à réaliser leur unité dans les comités de grève intégrant les organisations syndicales ? (10 du 5 janvier). On aurait pu attendre, à partir de cette constatation, que les dirigeants du PCI apprécient positivement le rôle de la section CFDT de Talbot, malgré leurs appréciations sur la nature de cette centrale syndicale. On aurait également pu s'attendre à ce qu'ils dégagent comme leçon des combats les deux mots d'ordre clé: «pas un seul licenciement » et « nationalisation de Peugeot-Citroën-Talbot sous contrôle ouvrier».

Mais ceci ne cadre pas avec les positions politiques du PCI. Les comités de grève, c'est trés bien. Cependant « cette disposition ne peut se limiter au combat légitime des travailleurs contre les licenciements >>, poursuit notre éditorialiste. Faut-il engager la lutte pour la solidarité avec les ouvriers de Talbot sur les deux axes que nous venons de citer ? Non. Pour le PCI, la clé de la situation est... à l'Assemblée nationale : « L'urgence ne commande-t-i!lle pas une session extraordinaire pour que soient votées les lois qui s'imposent de protection de la classe ouvrière contre l'avalanche de licenciements ? », écrit Daniel Viviers.

Par contre, Informations ouvrières falsifie les positions de la section CFDT. Citons le compte rendu de la lutte selon ce journal: « F.:ncore des huées lorsque cette fois le responsable métallurgie CFDT, Daniel Richter, attaque la CGT» (. .. ) Quant à la CFDT, elle fait de nouvelles propositions à la direction et au gouvernement, abandonnant la revendication de

Dans le n° 18 de « Critique communiste », nous avions informé nos lec - teurs de la curieuse constitution de la liste « Nantes d 'abord 11, sous t'égide de l'ancien socialiste Routier -Preuvost, liste à laquelle participaient des patrons ... et des militants du PC/.

Routier -Preuvost a f ait mieux. Le torchon fasciste du Front national a RLP-hebdo » publie une lettre de ce personnage soutenant la candidature de

Le Pen dans le Morbihan. Nou s en

Lettre d 'André Rout ier-Preuvost.

ancien adj oint so c ialiste au

-maire de Nant es , à Et ienne Vidal.

:..~ vr éH taSctsme est a gaucne et. notamment. an RUSSIE 3vec pour chef. ANDROPOV En FRANCE. d n'existe pas de fa sc1sme

'Vl. LE PE'< est un oon FrançaiS; 11 a des 1dees differe ntes a es v6tres mats ce n ·est pas une ratson pour le t ra1 ter de fa sets te. Il a le courage de ses 1dees et il n'a pas peu r d'en fa ire et at." L'Aiectl on ae Orau x · vill e cnargee o'h ls t o ~re. v1 lle ae pl us c e 35 000 am es. VIll e 'ndustnell e ~ ~ taun st,qu e ·.J emontre auss1 q ue l'O pposi t iOn est gag n ante ch aaue

1o1s qu 'elle rea l1se l 'union abso l u e. fa1s an t t a~re auss1 b 1e n 1es rivalités entre R P. R. et U. O.F que les eKcluli· v es contre la Droite Nat ionale, affub lée f aussemen t du q ua lif1cat 1f d 'eKtrémiata.

J e conna1 s M . Jean - Man e LE PEN depuiS b tent ôt trente ans. et 10 lu 1 a1 so uvent renau IUStlce IC I, mème lorsqu'i l

ITl 'est a rr~v e de ne pas tou1ours approuver ses POSitions s ur tel ou tel pomt m me ur de tactique. J e le cons 1dere. non seu lem ent comme un brilla nt ora· teur 1sans dout e le pl us doue de notre tempS!. m a1s c omme un homme d' un sens pol ttlq ue remarquable. pas un seul licenciement qu'elle affirmait défendre . » On pourrait continuer ces citations. Mises bout à bout, elles donnent un curieux profil. D'après Infor -mations ouvrières, la section CFDT de Talbot aurait attaqué la CGT, abandonné les revendications, appelé les grévistes en tant que « syndicat responsable » à évacuer les locaux, appelé les forces de police. De plus, les lecteurs de ce journal ignorent tout des rapports du comité de grève et de la section CFDT. Cette méthode, déformant les faits , ne disant pas à quel moment ils se sont produits et dans quelles conditions (est-ce le matin ou le soir du jeudi 5 janvier - jour de l'agression des grévistes par la CSL -que la CFDT appelait les grévistes à quitter l'usine ? La question est d'importance) mélangeant les déclarations du secrétaire de la fédération métaux, Granger, et celle des militants CFDT de l'usine est identique à celle de l'Humanité. Dés lors, il suffit, comme le fait Informations ouvrières, de présenter le tract PCI diffusé aux portes de Talbot en faveur du comité de grève pour en conclure que seul le PCI a préconisé des mots d'ordre corrects. Quand la presse bourgeoise attaque la LCR pour le rôle qu'elle a joué dans la reproduisons ci-dessous le fac-similé. Bien sûr, il ne s 'agit pas d 'assimiler les militants du PC/ à ce triste individu . Mais Pierre Lambert qui « plaidait coupable » à propos de l'alliance avec Routier-Preuvost va-t-il continuer à couvrir les agissements de ce dernier ? Quel était le contenu du mandat que le PC/ lui avait confié lorsqu 'il conduisait la liste « Nantes d'abord » ? Quelles leçons politiques les dirigeants du PC/ en tirent-ils ? A ces questions, la direction du PC/ ne peut se dérober. d'u ne grand e mtt:H!tge nce et a ·une grande cutture. aw n 1e .-a re men te d ' allier l a perséverance au c ourage. et cu1 · ne conn aît la violence que pour en Jvo tr souvent a te ]a v ictime. amst aue sa f3mdle F.t ses drr:ts . Cc n ~st eas ùn ·• faSCISte". au sens peJOratif et meOr!Sanr nue ~es ad ver sa tres con fe rent a ce terme . En rBvanct:e. sont · 'Jsc:stes · da ns ce mauva ts s ens tè. 1es Co mmun istes, .eurs execu tan ts cegéti stes voyez ;e ·1 u1 .; e oasse 3UJOUrd'h ui da ns les ind ustnes pa oeueres et graon1aues1 e t même un cert am nom bre ae socia listes 1ntolerant s qui s' eff orcen t d'et ra ngl er r.os tiber<es essentielles. Les soc1ahst es, les radtca ux de gauche !1 hésnent oas 3 em barqu er sur leurs listes elect orales des gens au P.C .. d u P.S.U .. des trotskys tes .... Je ne vo1s oas pourouo1 les 01 n gea nts R.P.R. ou U.D.F. hes1tera1ent a avantage a s·alller avec les honnêtes FrancaiS de la Orotte Nattonale. d'autant ·1 e le repe t e . que lèur concours est indispensable st l'o n veut chasser d u Po uvotr tes hom mes mcom· pétent s et dangereu x au1 s'y pavanent . Lettre publiée dans« RLP/Hebdo .. , organe du Front national, le t•• decembre 1983.

GRAND MEETING

NANTES D'ABORD grève, Informations ouvrières n'en souffle pas un mot.

Il ne s'agit pas là seulement d'erreurs sectaires. Quand toute la presse bourgeoise et aussi l'Humanité et les dirigeants PS s'en prennent aux « irresponsables» de la CFDT, Informations ouvrières fait à sa manière le même sale travail. Et là aussi, en la circonstance, le PCI se range sous la bannière antiouvrière de Bergeron. Pas un mot par ailleurs dans Informations ouvrières sur le fait qu'il existe une section FO à Talbot; que cette section a approuvé, comme son dirigeant confédéral, la nécessité des licenciements ; qu'elle a manifesté à Poissy, en commun avec la CSL! Il est vrai que la direction de Peugeot-TalbotCitroën, la CSL, mais aussi les dirigeants PCF, PS, CGT et FO ont montré en ces circonstances le contenu véritable de la . « démocratie politique » à laquelle semble se référer le PCI.

Comme on le voit, pÜser la question de savoir dans quel camp se rangera le PCI lors de grandes luttes ne relève pas de la polémique mais de légitimes interrogations intéressant ceux qui se réclament du mouvement trotskyste, de la révolution socialiste. 0

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