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DOSSIER

Conséquences sociales du choix nucléaire d'EDF

· Critique communiste, n° 27, mars 1984 · p. 23-24 · 1 020 mots

Le Conseil des ministres du 27 juillet 1983 a défini la politique de production et de consommation qu'EDF devra mettre en application pour l'horizon 1990. Le ministre de l'Energie Jean Auroux admet au départ qu'aucun secteur énergétique ne peut être considéré comme un sanctuaire à l'abri des contraintes, notamment en matière de coûts de production.

Le nucléaire doit représenter 7 4 % de la production d'électricité en 1990, le charbon ne représenterait plus que 6 %. Une explication que se garde bien de donner la CGT par rapport à la restructuration des Charbonnages de France où 8 000 emplois sont menacés.

Cette politique a, d'autre part, pour conséquence la fermeture de toutes les centrales fuel et charbon du palier 125 mégawatts et la mise sous «cocon » de 30 tranches de palier 250 mégawatts. Résultats : 5 000 agents EDF vont être déclarés en « réforme de structures », ce qui entraîne leurs mutations vers les autres centrales de production ou vers les centres de distribution.

La production d'origine nucléaire devra se situer en 1990 à 27 3 milliards de kWh contre 125 milliards pour l'année 1983. Cet objectif oblige EDF à installer une puissance de 66 unités de 1 000 MWe (1) (une tranche nucléaire filière PWR (2) représente actuellement 900 à l 300 MWe).

L'hydraulique devient dans cet objectif la deuxième source de production : 69 milliards de kWh en 1990 contre 66 en 1983. Cette production est utilisée principalement pour les heures de pointe et constitue, avec l'eau stockée dans les barrages, l'énergie pour faire face à la demande. En effet, dans les centrales nucléaires, il est difficile de moduler la charge : 48 heures contre 12 heures dans une centrale à fuel ou charbon.

Le parc de production serait donc capable de produire en 1990 390 milliards de kWh alors que la prolongation des tendances de la demande d'électricité devrait conduire, selon la direction générale d'EDF, à une consommation totale de l'ordre de 340 milliards. C'est donc une cinquantaine de milliards de kW h supplémentaires qui doivent être placés sur le territoire national d'ici 1990. Cet objectif est ambitieux dans la mesure où EDF devra faire face à la récession économique et à la mise en place de nouvelles technologies, moins dévoreuses d'énergie, dans l'industrie.

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C'est dans ce contexte qu'EDF a élaboré son nouveau tournant commercial pour placer ce surplus de production. Un tournant déjà préparé sous Giscard et dont Auroux maintient les axes commerciaux : -pour 1 'industrie : accélérer la pénétration de l'électricité dans des usages permanents ou des usages bi-énergie hors jours de pointe; -pour le secteur tertiaire : accélérer le chauffage de l'eau à l'électricité. Dans ce créneau, la fonction publique constitue un marché de choix; -pour le secteur résidentiel : introduire une promotion active de solutions « bi-énergie », qui vise dans le cadre de la campagne pour les économies d'énergie à placer l'électricité en duo avec le charbon et le fuel. Un marché qui devrait permettre d'installer 1 million de pompes à chaleur dans l'habitat existant.

Trois tarifs ont été élaborés : -le tarif vert concerne les abonnés industriels dont la puissance installée est supérieure à 250 kV A. Il est caractérisé par le développement de formules interruptibles pour lesquelles l'industriel s'engage à stopper sa consommation d'énergie électrique à la demande d'EDF. Ce tarif comporte une incitation financière afin que l'électricité soit utilisée pendant les heures creuses, heures de nuit, heures de week-end, heures d'été; -le tarif jaune pour les abonnés de moins de 250 KVA et de plus de 36 KVA (PME, commerçants .. .) concernera en 1990 300 000 abonnés; -le tarif bleu pour les abonnés de moins de 36 kV A concernera en 1990 28 millions d'abonnés.

Ces deux tarifs proposeront en option un tarif heures creuses et heures critiques (400 heures par an réparties sur 22 journées par an à la demande d'EDF), option dénommée F:ffacement jour pointe (F:JP)

En fait, EDF a indu dans sa politique tarifaire ses contraintes de production et de coût en pénalisant l'usager aux heures critiques. Ceci afin d'éviter un suréquipement en moyens de production pour passer la pointe et en intégrant les impératifs d'exploitation rigides qu'imposent les centrales nucléaires. Astucieuse façon de faire correspondre « offre et demande».

Cette politique tarifaire est présentée comme très avantageuse pour l'usager. Le prix moyen à payer est effectivement, dans de bonnes conditions d'utilisation, relativement faible. Encore faut-il intégrer à ce prix l'amortissement de l'équipement en bi-énergie.

Mais le plus grave est que cette politique tarifaire produira des conséquences sociales indéniables puisque la production industrielle utilisant comme source d'énergie l'électricité devra travailler d'une manière aussi continue que possible.

Soyons assurés que le patronat et le CNPF sauront utiliser cette contrainte pour tenter de mettre en place le travail en continu ou semi-continu. Cela veut dire : remise en cause de la semaine de travail avec deux jours de repos consécutifs, de l'étalement des congés payés sur la période d'hiver et un étoffement des équipes ·de travail sur la nuit.

Le débat démocratique réclamé par les écologistes et la CFDT n'aura pas lieu .

Les confédérations CGT, CFDT, FO se gardent bien de débattre en leur sein de la politique énergétique et de ses conséquences sur l'emploi et les conditions de travail. C'est le prix à payer pour leur soutien au gouvernement.

Mais les conséquences sociales que va entraîner dans un premier temps cette politique, à EDF et dans les Houillères, est l'occasion de relancer le débat à travers les mobilisations inévitables que fera naître cette politique antisociale.

La mobilisation des mineurs et des agents EDF-GDF sera l'occasion de mettre à l'ordre du jour l'unité en défense des revendications, de tracer les perspectives à donner aux luttes pour mettre en échec la politique du lobby nucléaire de la bourgeoisie, et d'exiger de la majorité parlementaire PS-PC de faire une politique au service des travailleurs et non au service des capitalistes.

Bernard Mornac 1. MWe: mégawatt électrique. 1 MW: 1 million de watts. 2. Filière PWR : réacteur à eau sous pression, utilisé dans la majorité des centrales nucléaires françaises.

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