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DOSSIER

Conseils d'usine et unification syndicale en Italie (1969/1984)

· Critique communiste, n° 29, mai 1984 · p. 20-27 · 6 574 mots

A riposte organisée depuis le début de cette année par les travailleurs italiens contre la politique d'austérité du gouvernement Craxi et, en particulier, contre le décret remettant en cause l'échelle mobile, montre que, malgré les coups reçus ces dernières années, la capacité de lutte de la classe ouvrière demeure suffisante pour mettre en échec les plans du patronat.

Le vaste mouvement de lutte qui a touché toute la péninsule a mis en lumière, comme jamais peut-être au cours de ces quinze dernières années, la force représentée par ces instruments politiques et organisationnels que sont les conseils d'usine, nés au cours des grandes luttes de 1968-1969. Les conseils renouent aujourd'hui naturellement avec le rôle qui fut le leur au cours de l'automne chaud de 1969 : nés alors comme instruments de lutte immédiate ils s'étaient vite affirmés comme les éléments moteurs du processus d'unification syndicale. A l'heure où le patronat italien entend lancer une offensive décisive contre les acquis de ces quinze années de lutte ; à l'heure où la division paralyse totalement les sommets syndicaux, les conseils d'usine assument à nouveau dans la pratique leur rôle d'instruments de lutte et d'unification de la classe ouvrière italienne.

Refaire la chronique de l'unification syndicale en Italie n'a pas seulement un intérêt historique. En effet, nombre des points de force, mais aussi de faiblesse, du syndicalisme des conseils trouvent leurs racines dans la façon dont le processus a été engagé en 1969, puis bloqué en 1972. Toute discussion visant à relancer le processus unitaire ne peut donc faire l'économie d'un bilan de cette expérience, comme a commencé à le faire la première assemblée nationale autoconvoquée des conseils d'usine le 6 mars dernier à Milan. Classe ouvrière et syndicats à la veille de l'automne chaud

La profonde transformation du mouvement ouvrier organisé italien qui s'est opérée à partir des grandes luttes de l'année 1969 trouve ses racines dans les modifications intervenues dans le processus de production lui-même, et dans la configuration de la classe ouvrière, au cours de la phase du « miracle économique » italien (1955-1962).

Le décollage industriel de la péninsule a entraîné une hausse massive de l'emploi dans l'industrie manufacturière ; cette hausse a touché en premier lieu les secteurs à production de masse (électromécanique, automobile, chimie) où est apparu -bientôt en majorité- l'ouvrier non spécialisé, l'« ouvrier-masse » comme on l'appelera en Italie, l'OS en France. Dans l'électomécanique, les OS représentent 61 ,7 % de la main-d'œuvre en 1962, dans l'automobile 54 % . L'écrasante majorité de ces OS proviennent du Sud (73 % à l'Alfa Romeo, par exemple) ( 1 ). Ces travailleurs, contrairement à ce qui se passait dans d'autres pays européens à cette époque, provenaient d'une immigration interne (Sud vers le Nord, campagne vers la ville) ; ils disposaient des mêmes droits que les autres travailleurs et étaient prêts à engager la lutte pour changer les choses ici et maintenant. Loin de contribuer à la division, l'immigration sera un puissant facteur d'unification du prolétariat italien.

En outre, une homogénéisation s'est également opérée au niveau des sexes et des classes d'âge : l'ouvrier-masse est une homme, âgé de vingt-cinq à quarante-cinq ans. Les femmes et les hommes âgés sont expulsés du processus de production (2).

Enfin, l'homogénéisation a également lieu au niveau du contenu et de l'organisation du travail : travail à la chaîne, parcellisé, répétitif, cadences infernales, travail en éqipes. Ce n'est pas un hasard si ces questions seront au centre des luttes de 1969.

On a donc, à la veille de l'automne chaud une classe ouvrière très homogène : concentrée dans le triangle industriel Milan-Turin-Gênes; regroupée dans de grosses unités de production ; composée majoritairement d'OS mâles, âgés de vingt-cinq à quarante-cinq ans, provenant d'une immigration interne.

Le fait qu'il s'agisse d'ouvriers fraîchement arrivés de la Calabre uu de la Sicile implique une autre caractéristique : ils n'ont aucune expérience, ni syndicale, ni politique. Et en arrivant dans les usines du Nord, ils vont y trouver le vide organisationnel, produit à la fois de la répression patronale et de la politique collaborationniste et/ ou bureaucratique des principales confédérations (3). Pour qui connaît le mouvement sy ndical italien de ces dernières années, il est difficile d'imaginer la réalité de la fin des années cinquante et du début des années soixante, que la mémoire ouvrière a justement qualifiées d'«'mnées

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Evolution des effectifs de la CGIL et de la fédération de la métallurgie de 1949 à 1967.

3118936 noires»: triomphe du syndicalisme jaune à la FIAT, listes noires, ateliers-prisons pour les militants communistes, licenciements pour activité syndicale, etc. A cette répression permanente qui, à elle seule, aurait suffi à vider les entreprises de toute présence syndicale, s'ajoutaient les choix mêmes des confédérations. La CISL et la UIL, qui favorisaient la collaboration étroite avec le patronat, ne voulaient pas s'embarrasser de structures syndicales dans les entreprises, qui auraient pu demander des comptes et dont, de toutes façons, le patronat ne voulait pas. La CGIL, pour sa part, suivant une conception profondément bureaucratique des rapports avec les travailleurs, privilégiait la centralisation extrême des négociations et l'organisation territoriale du syndicat.

Il n'existait donc, à l'intérieur de l'usine, que les Commissions internes (Cl), élues sur listes syndicales, dépourvues de tout pouvoir de négociations au niveau de l'usine et dont le rôle était de << maintenir des rapports normaux entre la direction et les travailleurs de l'entreprise, pour assurer un déroulement régulier de la production, dans un esprit de collaboration et de compréhension réciproque » ( 4).

Cette extériorité totale de l'entreprise va empêcher les centrales syndicales, et en premier lieu la CGIL, de saisir les transformations en cours dans l'organisation du travail et la composition même de la classe ouvrière. Certes, à la fin des années cinquante, face à la baisse des effectifs et aux échecs aux élections syndicales, la CGIL (mais aussi la CISL) commencent à discuter d'un nécessaire «retour à l'usine » du syndicat. La CGIL parle de créer des sections syndicales d'entreprises (SSA- Sezione sindacale d'azienda). Mais celles-ci ne se développeront jamais vraiment à cause, d'une part, du refus catégorique du patronat de reconnaître une structure syndicale autre que la CI dans l'entreprise et, d'autre part, du refus des organes territoriaux du syndicat de leur déléguer le moindre pouvoir contractuel. Pour cette raison même, les sections syndicales d'entreprise ne seront pas ressenties par les travailleurs comme une nécessité, car ils n'y voyaient pas un moyen de renforcer leur pouvoir collectif.

Pourtant, les signes de relance des luttes, qui apparaissent dès le début des années soixante, en particulier lors de la mobilisation des métallurgistes pour le renouvellement de leurs contrats en 1962-1963, vont amener les confédérations à assouplir quelque peu leurs pratiques de négociations hyper-centralisées, par l'introduction de la « négociation articulée ». Dorénavant, après la signature des contrats nationaux de catégorie aura lieu une négociation visant à l'application du contrat au niveau de chaque usine. Pourtant cette ouverture est des plus limitée, car le contrat d'usine est totalement subordonné au contrat de

1949 1955

CGIL 4 988 271 4 194 245

1949 1958

FIOM 637 000 188 000 catégorie et, surtout, il est toujours négocié par les structures territoriales du syndicat. La CGIL, comme les autres confédérations, accepte en effet de signer un préambule aux contrats de 1962-1963 qui limite strictement la sphère d'intervention du syndicat dans l'usine et la CGIL en particulier ne cherche pas à imposer la reconnaissance des sections syndicales d'entreprises.

Ainsi, malgré ce léger tournant du début des années soixante, la coupure ~este profonde entre les travailleurs et les organisations syndicales, comme le montre l'évolution des effectifs de la CGIL et de sa fédération de la métallurgie (FIOM), qui enregistrent leurs niveaux les plus bas à la veille de l'automne chaud (voir tai-leau).

Faut-il s'étonner dès lors que le mouvement syndical ait été, dans un premier temps, totalement pris de court par l'explosion ouvrière de 1969, et que les travailleurs aient cherché hors des confédérations à créer des nouveaux instruments de lutte et d'organisation ? Cette tendance a été d'autant plus forte, que les centrales organisaient essentiellement les ouvriers spécialisés de vieille souche et n'avaient pratiquement pas réussi à attirer dans leurs rangs les « ouvriers-masse » qui formaient désormais la majorité de la classe ouvrière industrielle.

Il faut pourtant souligner, et c'est important pour l'évolution ultérieure du mouvement syndical, que des secteurs de l'appareil, en particulier dans les fédérations de la métallurgie FIOM-CGIL, et FIM-CISL de Turin, ainsi que certains groupes d'avant-garde avaient commencé à comprendre la portée des transformations de la classe ouvrière et leurs conséquences pour la politique syndicale. C'était le cas de la revue Quaderni Rossi de Raniero Panzieri, publiée à Turin à partir de 1960. Elle pratiquait l'« enquête ouvrière » (dans la tradition de I'Ordine nuovo de Gramsci) et fournit les premières analyses détaillées de la nouvelle réalité dans l'usine ; elle mena également un intéressant débat sur le contrôle ouvrier (5).

C'était aussi le cas de militants de la FIOM turinoise (comme Foa et Garavini) qui avancent dès la fin des années cinquante les éléments d'une nouvelle politique syndicale basée sur deux éléments : le renversement de la politique de négociations qui ferait du contrat d'usine la base de la pyramide contractuelle et l'élection de délégués d'atelier. La FIOM turinoise proposait dans un document (en 1957 !) que << la Cl soit flanquée ... d'un conseil de délégués d'atelier, élu à raison de un pour cent travailleurs ; que le conseil des délégués soit élu atelier par atelier, bureau par bureau, sur listes blanches ; le conseil d'atelier doit élaborer la plate-forme revendicative de la Cl et doit être consulté

1957 1961 1967

2531299 2 600 000

1963 1967 292 000 260 000

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sur toutes les décisions importantes que la Cl doit prendre .. . »

Cela ne suffit pourtant pas pour faire des syndicalistes turinois les pères des conseils qui naîtront spontanément de l'expérience ouvrière. Mais ils seront les premiers dans le syndicat à en saisir l'importance et se battront résolument contre les directions des confédérations, pour les contraindre à accepter les conseils comme nouvelles structures unitaires de base du syndicat. Les délégués et la « pratique de l'objectif»

On a coutume de dater à l'automne 1969 la relance des luttes ouvrières en Italie. C'est pourtant dès le printemps 1968 que les ouvriers sont entrés en grève contre les conditions de travail, les cadences infernales, le travail aux pièces. Dès cette date, le mouvement acquiert ses deux caractéristiques fondamentales. D'abord, sa spontanéité et son autonomie : si des militants syndicalistes participent au mouvement, les directions y sont extérieures et le plus souvent ouvertement opposées ; ensuite, le contrôle ouvrier -ou la « pratique de l'objectif» comme on disait alors de façon imagée - : les travailleurs ne demandent pas l'ouverture d'une négociation sur les cadences ou le rendement, mais les réduisent d'eux-mêmes. On recherche les formes de luttes qui coûtent le moins cher aux travailleurs. Ce sont les grèves en cascade : dans le cycle de production chaque catégorie de travailleurs fait grève deux heures, mais le cycle est bloqué la journée entière.

Pour mener ces luttes, les travailleurs se donnent immédiatement des instruments. Ce sont les délégués qui commencent à apparaître dès 1968 dans de nombreuses usines. Ils émanent directement des travailleurs, du « groupe homogène » de travail, et sont révocables par eux ; ils sont élus pour des tâches précises (réduction des cadences, du rendement, contrôle du caractère malsain de l'atmosphère dans l'atelier, etc.) ce qui permet un contrôle effectif par l'assemblée ouvrière. L'assemblée et l'élection des délégués deviennent les traits marquants de la mobilisation dans les gros centres industriels. Au printemps 1969, le mouvement des délégués atteint son point culminant à la FIAT de Turin. L'appel d'un groupe de délégués de cette usine, que nous reproduisons en annexe, illustre bien toute la portée de cette nouvelle expérience.

Que font les organisations syndicales pendant ce temps ? S'il ne fait pas de doute que de nombreux militants FIOM et FIM sont actifs dans l'élection des délégués à Turin, jusqu'à l'automne 1969, les confédérations seront ouvertement hostiles au mouvement, dénonçant son « assembléarisme » outrancier et les formes de lutte qu'elles n'arrivent pas à contrôler. Il faut dire que, de leur côté, tout à l'élection de leurs délégués, les travailleurs ne se préoccupent pas de savoir où se trouvent et ce que font les organisations syndicales. Les délégués se réunissent fréquemment dans les universités (alors aussi en effervescence) et non dans les Bourses du travail qui, bien souvent d'ailleurs, leurs ferment leurs portes.

Cependant, cette puissante mobilisation, cette unité qui se forme à la base, dans la lutte, ne pouvait manquer d'exercer une forte pression sur des confédérations qui, par ailleurs, tirent un bilan assez critique de la politique du PCF et de la CGT en Mai 1968 en France. Cette pression de la base, combinée à la contestation intérieure qui est apparue dans les fédérations de la métallurgie, va amener les centrales à changer de tactique en été 1969 (en juillet 1969 une grève générale à Turin avait donné lieu à de violents affrontements dans toute la ville, témoignant du caractère tout à fait explosif de la situation).

Dès lors, elles vont tenter de « chevaucher le tigre » de la révolte ouvrière, comme on commencera à dire à cette époque. Elles vont s'efforcer d'épouser les aspirations les plus marquantes issues de la base pour mieux en reprendre la direction et profiter des rapports de forces créés par les luttes pour renforcer les organisations syndicales et leur pouvoir de négociation face au patronat et au gouvernement.

L'occasion leur sera fournie par l'ouverture des négociations pour le renouvellement des contrats collectifs qui venaient à échéance à la fin de l'année

1969. Le mouvement de délégués, très avancé dans certaines grosses usines, n'avait pas atteint un niveau de développement et de conscience tel qu'il puisse se présenter comme une direction nationale alternative.

Les confédérations restaient l'interlocuteur pour le patronat ; celui-ci a d'ailleurs bien compris le parti qu'il pouvait en tirer et c'est pourquoi l'ouverture des négociations fut avancée à septembre.

Pourtant le mouvement de la base était déjà assez fort pour conditionner sérieusement la politique des confédérations. Pour « chevaucher le tigre » de façon efficace, il faut faire un bout de chemin avec lui. Et c'est ce que firent les directions syndicales, en faisant discuter les plate-formes revendicatives par les assemblées d'usine, en reprenant les principales revendications égalitaires apparues dans les luttes précédentes (augmentations égales pour tous, parité de salaire entre les employés et ouvriers ; réduction de l'éventail des salaires, suppression des zones salariales, suppression du travail de nuit, etc.), organisation de nombreuses grèves régionales et nationales, une grande manifestation des métallos à

Rome ; enfin, en demandant la reconnaissance des délégués dans une série de contrats.

Par leur tactique souple les confédérations vont contribuer à l'extension et la centralisation du mouvement de lutte, mais vont aussi s'efforcer de le

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reprendre en main et de le canaliser vers leurs projets réformistes et gradualistes. Pourtant, vu la puissance du mouvement spontané, le caractère démocratique et unitaire des délégués, cette seconde partie de l'opération sera loin d'être aisée. En fait, on va assister à un processus complexe d'interaction entre le mou: vement de la base et les confédérations, processus qut va mener, d'une part à la syndicalisation des conseils, et, de l'autre, à une profonde transformation des centrales au cours de la première phase du mouvement pour l'unification syndicale. Conseils de délégués et unification syndicale

Si de nombreux contrats signés à l'issue des grandes luttes de l'automne reconnaissaient les conseils de délégués comme forme de représentation des travailleurs (c'était le cas à la FIAT, la Pirelli, l'Italsider. . .), ces organes et leur fonction restaient encore très mal définis et, surtout, les directions confédérales les voyaient encore comme des structures concurrentes aux sections syndicales.

Les différenciations au sein des confédérations vont vite s'approfondir sur cette question. Face à des directions qui se préoccupaient essentiellement de reprendre le contrôle du mouvement de masse et de circonscrire strictement le mouvement des délégués avant de pouvoir le résorber, certaines fédérations - métallurgie, chimie - vont prendre la tête de la généralisation des délégués et de la lutte pour l'unification syndicale. Ce n'est évidemment pas un hasard : ces catégories avaient été les plus combatives durant l'automne chaud ; elles avaient connu la poussée unitaire la plus forte et c'était en leur sein que s'était d~veloppé le mouvement des délégués (on en comptait cinq mille en 1969).

Pour la majorité, ces délégués n'étaient inscrits à aucun syndicat: à la FIAT, sur 199 délégués, 70 seulement étaient syndiqués d<;>nt 28 à la CGIL. Ces délégués unitaires n'envisageaient pas . de devoir choisir l'adhésion à une confédération particulière, pas plus d'ailleurs que les travailleurs qui les ~vaie~t élus. La syndicalisation des conseils ne pouvait avotr lieu que dans le cadre d'un syndicat unitaire. Les dirigeants de la FIOM (Trentin, Garavini) et de la FIM (Camiti) en seront les premiers convaincus, suivis de ceux des fédérations de la chimie. Dès le printemps 1970, ils vont d'une part favoriser l'unité d'action permanente à tous les niveaux entre leurs fédérations et, d'autre part, la généralisation de l'élection des délégués dans leurs catégories. Ils devront aussi engager la lutte dans leurs confédérations respectives.

En effet, jusqu'ici, la question de l'unification syndicale était réservée aux professions de foi sans engagement des dirigeants. Certes, la pous~ée unitair~ que l'oh enregistrait à· la fin des années sotxante avatt contraint les confédérations à une unité d'action plus systématique. Mais en 1967 , elles précisaient de c~ncert que cette unité d'action 11 ne devait pas donner !leu à des actes qui tendent à modifier l'actuelle réalité syndicale ». Les deux principales confédérations, la CGIL et la CISL, restaient étroitement liées à des partis politiques, le PCI et la OC, qui étaient, pour leur part, tout à fait opposés à l'unité syndicale.

Les évènements de 1969 vont, évidemment, bouleverser ce tableau. La profonde radicalisation en cours dans la classe ouvrière va se répercuter au sein des organisations. L'effet le plus fort sera ressenti dans les syndicats d'origine chrétienne. Dès juin 1969, la FIM-CISL décide de mettre fin à son collatéralisme avec la Démocratie chrétienne, elle sera suivie bientôt par d'autres secteurs de la CISL. Le congrès de cette confédération, en juillet 1969, sera le plus marqué par le mouvement en cours. Même la UIL, le syndicat le plus collaborationniste, n'est pas épargnée. Sa fédération de la métallurgie opère un brusque tournant gauche sous la direction du socialiste Benvenuto qui lance la bataille contre la vieille direction social-démocrate et gagne une majorité en faveur de l'unité syndicale.

C'est le congrès de la CGIL en juin 1969 qui manifeste les plus grandes réticences. Dans les discours des dirigeants apparaît la crainte que l'unité syndicale ne devienne 11 le levier d'une redistribution des rapports de force politiques ». Les syndicalistes communistes redoutaient la dynamique sociale que risquait de déclencher l'unification des travailleurs dans un syndicat de classe. Ils voyaient aussi comment cette unification allait retirer toute crédibilité à leur discours sur le caractère « populaire » de la Démocratie chrétienne, si celle-ci ne pouvait plus se targuer de liens privilégiés avec un syndicat comme la CISL. Or, dès cette époque, le PCI dessine la perspective d'une alliance avec la OC qui mènera quelques années plus tard au compromis historique.

Une opposition apparaît, aux motivations diversifiées cependant. Pour les socialistes, la CGIL devrait être plus attentive à ce qui se passe à la base 11pour ne pas courir le risque que les nouvelles structures se développent sans nous et parfois contre rz.ous ». Par contre Vittorio Foa (FIOM et PSIUP [Parti socialiste d'unité prolétarienne, formation centriste née d'une scission gauche du PSID et Bruno Trentin (FIOM et PCI) se battent pour un syndicat unitaire fondé sur les conseils. Ces deux · préoccupations, . d'une part la récupération, d'autre part le renouvellement démocratique du syndicat, resteront toujours présentes au cours du processus d'unification et détermineront bien des contradictions au sein du mouvement syndical au cours des années suivantes.

Jusqu'en février 1970, la CGIL continue à proposer la création de sections syndicales d'entreprises, niant purement et simplement le mouvement des conseils. C'est la poursuite de l'élection des délégués et du mouvement unitaire dans les entreprises qui va la faire changer d'avis. En mars 1970, les trois fédérations de la métallurgie, la FIOM, la FIM et la UILM, convoquent leur première conférence unitaire. L'unification organique sur la base des conseils de délégués y est décidée. Les fédérations de la chimie font de même. Et en décembre 1970, la CGIL en tant que telle définit les conseils de délégués comme « la structure de base du nouveau syndicat unitaire».

Mais ce syndicat unifié ne verra jamais le jour. Aux tentative de restauration conservatrice dans le pays correspond une offensive dans les confédérations. Les secteurs les plus modérés

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redoutent en effet le renforcement objectif et subjectif de la classe ouvrière que produirait la création d'une centrale unique. Au sein de la CISL, ils tentent de mettre un frein à la perspective unitaire. Dans la petite UIL, les anti-unitaires passent également à l'attaque, appuyés par les Américains. Le blocage de l'unification · le pacte fédératif de 1972

Cette offensive interne se développe alors que, officiellement, les directions confédérales continuent à travailler ensemble à un projet d'unification organique répondant aux aspirations de la base. Au cours de plusieurs réunions communes (octobre 1970, février 1971, juin 1 971 et novembre 1971 ), les trois conseils généraux mettent en place les instances permettant un fonctionnement unitaire, élaborent la charte programmatique du syndicat unifié et décident des échéances précises de la fusion. A l'issue de la réunion de novembre 1971, un communiqué commun annonce que 11 ayant pris acte de l'adoption par les confédérations de la charte programmatique et des modalités et échéances de l'unification syndicale organique, les conseils généraux de la CGIL, CISL et UIL fixent au 21 septembre 197 2 la réalisation de leurs congrès respectifs pour l'unité et reconfirment leur engagement commun de convoquer au cours des mois qui suivent le congrès constitutif de l'organisation syndicale unitaire des travailleurs italiens. (6) »

L'offensive va dès lors redoubler. Même l'Eglise se met de la partie. En février 1 972, le secrétaire général de la UIL, Vanni, déclare que «l'unité syndicale est aujourd'hui impossible » et il relance un débat avec les deux autres confédérations qui va vite amener la suspension sine die des décisions prises par les trois conseils généraux en novembre 197 1.

La responsabilité de la CGIL dans le blocage de l'unification est plus décisive qu'il n'y paraît à première vue. En effet, les forces anti-unitaires étaient certes décidées, mais minoritaires numériquement. La petite UIL (moins de neuf cent mille membres) était fortement divisée sur la question. La CISL (2,2 millions d'adhérents) l'était aussi. La CGIL qui, avec ses 3,6 millions d'adhérents, était à elle seule plus forte que les deux autres centrales ensemble, pouvait par une bataille décidée, menée dans les usines et non dans les réunions au sommet, porter à son terme le processus unitaire, en sachant pouvoir compter sur un appui de masse . Mais les soucis d'all_ian~es politiques avec les forces catholiques vont lm faire chercher la voie d'un compromis.

C'est le secrétaire de la CGIL, Luciano Lama, qui va le premier proposer de substituer à l'unification organique un pacte fédératif, qui sera signé le l 0 juillet 1 972. Ce pacte décide la constitution d'une Fédération unitaire CGIL-CISL-UIL au sein de laquelle chaque confédération est présente sur le mode de la parité et dispose du droit de veto. Cette fédération apparaît comme un paravent unitaire au sommet pour un mouvement syndical qui reste divisé, chaque appareil restant en place. Au même moment, les fédérations de la métallurgie et de la chimie, elles, portent à terme l'unification et créent les fédérations unitaires FLM et FULC. Pourtant, cette unification organique partielle sera fortement conditionnée par le blocage du processus unitaire. En échange d'une certaine autonomie de leurs fédérations, les dirigeants de la FLM et de la FULC acceptent le pacte fédératif et maintiennent en place les appareils des fédérations d'origine. Si jusqu'à la moitié des années soixante-dix, ceux-ci resteront totalement relégués à l'arrière-plan, après le tournant des années de l'union nationale, ils deviendront des instruments de division du mouvement comme on l'a vu en particulier ces deux dernières années. Force et faiblesse du syndicat des conseils

Le blocage de l'unification syndicale va créer une situation très contradictoire. Si la politique des bureaucraties a réussi à porter un coup à la poussée unitaire venant de la base, elle n'a pu l'ignorer et les conseils de délégués vont devenir les structures de base unitaire d'un syndicat qui ne l'est pas. On aura alors un mouvement syndical structuré de la façon suivante : dans les usines, les conseils de délégués, élus par tous les travailleurs sur listes blanches sont la seule représentation syndicale. A l'extérieur, les appareils séparés des confédérations subsistent intacts et, au sommet, les directions sont réunies dans une fédération unitaire selon un mode qui ne tient aucun compte de leur représentativité réelle.

Cette double structure va déterminer la force et la faiblesse du syndicalisme des conseils. Dans les usines, la force des conseils unitaires réside dans la façon dont ils sont élus et contrôlés démocratiquement par tous les travailleurs. Ce sont des structures très représentatives qui, pour le gros des travailleurs incarnent « le syndicat » et qui trouvent leur légitimité dans le rapport permanent avec la base ouvrière. L'énorme appareil syndical (il faut ajouter l'appareil unitaire aux appareils des différentes confédérations) est totalement extérieur, hors du contrôle des travailleurs, et va tendre de plus en plus à trouver sa légitimité dans ses rapports avec le patronat et les institutions de l'Etat.

Avant de voir le type de conflictualité que va déterminer cette double structure (dans une situation sociale qui connaît une nouvelle radicalisation en 1975-1976), il est intéressant d'illustrer par des chif-

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fres la profonde transformation du mouvement syndical italien. En quelques années le nombre d'adhérents aux syndicats a doublé, passant d'environ quatre millions à plus de huit millions. La CGIL, qui enregistre la plus forte progression, est passée de 2 625 000 membres en 1969 à 3 435 000 en 1973 et 4 316 000 en 1977. Les délégués, qui étaient cinq mille en 1969, sont passés à 97 161 en 1972, 150 000 en 1974, 206 376 en 1977 (tous ces chiffres n'ont pas sensiblement évolués depuis).

Le mouvement de syndicalisation des délégués a été aussi massif. Dans l'industrie milanaise, en 1975, 95 % des délégués étaient syndiqués. Mais toujours en 1975, à la question posée de leur appartenance syndicale, 1 3 % des délégués milanais répondaient « unitaire », refusant de faire le choix entre les confédérations. Les délégués sont également très politisés. 56 % des délégués milanais adhérant à la CGIL sont membres d'un parti politique, dont 12 % à des organisations d'extrême gauche (7).

Cette syndicalisation massive des travailleurs et des conseils va introduire un élément de conflictualité permanente entre la base et les sommets syndicaux. Une dialectique complexe va s'instaurer dans laquelle les secteurs de gauche de l'appareil syndical, sans jamais se faire porteurs d'une alternative d'ensemble à la politique de la Fédération unitaire, vont pendant toute une période se montrer très réceptifs aux pressions des conseils. Cette réalité va amener les conseils à se limiter à une tactique de pression-délégation aux directions, qui se substituera à un travail d'organisation d'une opposition de masse dans le syndicat. Jusqu'en 1979, les conseils ont réussi à imposer leurs plate-formes revendicatives pour les contrats collectifs à la place de celles proposées initialement par la Fédération unitaire. Ils n'en ont été que plus confortés dans leurs illusions sur leur capacité d'imposer leurs choix aux directions par une simple pression de masse.

Or, à partir du moment où les bureaucraties vont s'engager à défendre une politique d'austérité et de sacrifices (à leur assemblée du palais de l'Eur en janvier 1978), correspondant à celle défendue par les gouvernements d'union nationale (8), cette dialectique va vite s'enrayer. Certes, les conseils vont rester, durant cette période, la base du rejet de la politique d'austérité, récupérant par leurs luttes et négociations au niveau de l'usine ce que les directions s'engageaient à céder au sommet. Et leur rejet des sacrifices va déterminer en grande partie la sortie du PCI du gouvernement d'union nationale en 1979.

Mais, alors que les différents secteurs de « gauche syndicale » rentraient plus ou moins docilement dans le rang, les conseils se trouvaient incapables d'organiser une lutte d'opposition dans le syndicat et de se présenter comme une direction alternative. Ils laissaient ainsi les mains libres aux directions qui, malgré la rupture de l'union nationale, maintenaient leur engagement à faire appliquer la politique d'austérité exigée par le patronat.

La lutte contre les vingt-cinq mille licenciements à la FIAT, en octobre 1980, illustre parfaitement cette profonde rupture entre les conseils et l'appareil bureaucratique, mais aussi l'incapacité des conseils à prendre jusqu'au bout la direction du mouvement (9).

L'offensive d'Agnelli, patron de la FIAT, avait été facilitée par la politique de la bureaucratie syndicale, disposée à garantir une plus grande « mobilité de la main-d'œuvre» (euphémisme derrière lequel se cache le mot licenciement). On se souvient du fameux discours de L. Lama qui déclarait qu'il fallait autoriser les entreprises à se séparer des travailleurs « esuberanti » (en excès) !

Sous la direction des conseils, les travailleurs de la FIAT allaient, eux, répondre aux prétentions d'Agnelli par une mobilisation de masse comme on n'en avait pas vue depuis 1969 : blocage des usines, grève générale de trente-cinq jours. Mais le mécanisme de débordement-pression ne fonctionnera pas cette fois et, même la FLM, qui avait un moment avalisé la lutte, cédait aux injonctions des directions confédérales. Lors de la réunion du grand conseil de la FIAT (qui réunit tous les conseils d'atelier) les délégués s'étaient massivement opposés aux dirigeants syndicaux qui avaient dû battre en retraite ; mais, en même temps, ces délégués n'ont pas réussi à prendre en main la direction de la lutte jusqu'à son terme et empêcher la signature par les directions de l'accord honteux qui jetait vingt-cinq mille travailleurs à la rue.

La même faiblesse, découlant de toute la pratique passée de pression-délégation, est apparue lors des négociations qui allaient porter à la signature de l'accord du 22 janvier 1983 limitant le mécanisme de l'échelle mobile. A l'automne 1982, les confédérations avaient présenté aux assemblées d'usine la plateforme qu'elles entendaient défendre dans les négociations tripartites sur le « coût du travail ». Elles s'y déclaraient favorables à une « réforme » de l'échelle mobile. Cette plate-forme était massivement rejetée par les travailleurs qui déclenchèrent des grèves d'avertissement. Malgré cela les directions signèrent l'accord. Là encore on voyait le potentiel d'opposition incarné par les conseils, leur capacité de mobilisation, mais leur incapacité à se transformer en direction alternative. Les attaques contre les conseils

Cette faiblesse apparaissait d'autant plus paralysante à un moment où les attaques contre les conseils se développaient de plusieurs directions. De la part du patronat d'abord. Contraint de les reconnaître, il ne les avait jamais acceptés de bon cœur. Depuis 1972-1973, il a essayé, en vain, à chaque renouvellement contractuel, de limiter strictement la sphère d'intervention des conseils, en particulier en tentant de limiter la négociation articulée au niveau des usines. Au moment de l'unité nationale, malgré les grandes disponibilités des directions à imposer les sacrifices, le patronat a vu à juste titre dans les conseils le principal obstacle à l'instauration d'une politique des revenus en Italie. Il a alors choisi une autre tactique. En rompant unilatéralement l'accord de 1975 sur l'échelle mobile, il allait contraindre la fédération CGIL-CISL-UIL à s'engager dans une négociation tripartite sur le coût du travail qui devrait, ensuite, conditionner les contrats de catégories et d'usines.

La Fédération unitaire n'était pas en reste. Cher-

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chant de plus en plus leur légitimité dans leur rapport avec le patronat et le gouvernement, les appareils voyaient également dans les conseils des organes qui minaient leur crédibilité aux yeux de ces interlocuteurs. Combien pesaient tous leurs engagements à suivre la politique des sacrifices si, dans la pratique, les conseils les refusaient ? Ils vont alors lancer une offensive à deux niveaux : en premier lieu ils acceptent de se lancer dans les négociations tripartites au sommet, en dehors des échéances syndicales normales (les contrats tri ennaux), cherchant ainsi à construire un carcan dans lequel enfermer les conseils. Les contrats collectifs qui venaient à échéance en décembre 1981 n'ont été renouvellés qu'en juin 1983, après la signature de l'accord tripartite de janvier de cette année sur le coût de travail. En outre, ils ont aussi accepté de réduire les marges d'action des conseils, toujours dans l'accord du 22 janvier, qui bloque durant dix-huit mois la négociation articulée au niveau des usines.

En deuxième lieu, ils ont commencé à élaborer une réforme des conseils pour réintroduire l'élection sur listes syndicales et les subordonner· plus strie~ tement aux confédérations. Rien n'a été épargné pour empêcher que la pression unitaire de la base, qui continue à se refléter dans certains secteurs du syndicat, n'empêche cette fois le succès de l'opération. L'accord du 22 janvier 1983 a été signé par les trois confédérations séparément ; et le contrat de la métallurgie n'a pas été signé par la FLM, mais par les trois fédérations FIOM-FIM-UILM séparément. La relance du syndicat unitaire des conseils

Le mouvement de riposte contre le décret du 16 février 1984 sur l'échelle mobile, montre comment les conseils ont trouvé dans leur capacité de mobilisation et leurs liens étroits avec les travailleurs, les ressources leur permettant de surmonter la faiblesse politique signalée plus haut. C'est la nouveauté du mouvement actuel, qui en fait un évènement politique de première importance. · Pour la première fois, en effet, les conseils ne se sont pas contentés de rejeter la politique des directions, mais ont pris la tête d'un vaste mouvement de lutte, se sont coordonnés localement et nationalement pour donner une direction structurée à cette lutte et ont commencé à élaborer une politique syndicale d'ensemble alternative à celle des confédérations.

Plusieurs éléments ont contribué à cette profonde recomposition politique au sein des conseils de délégués. Un premier élément réside dans la réflexion critique sur leur pratique passée, réflexion accélérée au lendemain de la signature de l'accord de janvier 1983. C'était en effet la première fois que la direction syndicale maintenait ses choix, ne cédant même pas partiellement à la pression de la base. Le deuxième élément réside dans la réaction de nombreux cadres syndicaux de base, délégués, en partie militants du PCI , face à la politique toujours plus institutionnelle du syndicat. Ces militants, partie prenante des conseils, se préoccupent avant tout de leurs rapports avec les travailleurs et sont plus sensibles à leur pression. Enfin, l'action des délégués liés à l'extrême gauche (Démocratie prolétarienne et LCR) a largement contribué à la pratique de l'« autoconvocation » et à la coordination des conseils. Le mouvement a trouvé sa légitimité aux yeux de la masse des travailleurs, à cause des liens qui unissent ceux-ci aux délégués, et également à cause de la paralysie totale des sommets syndicaux qui créait un vide de direction.

II est particulièrement significatif que le mouvement des délégués ait immédiatement lié la question de la lutte contre l'austérité à la lutte pour la défense des conseils et la relance du processus unitaire . La division et la paralysie des directions face au décret de Craxi a posé de façon immédiate la question de la survie des structures unitaires du syndicat. Les socialistes ont très vite menacé - et même commencé dans certains secteurs - de retirer leurs délégués des conseils. La CGIL, qui a chevauché le mouvement, l'a fait en espérant renforcer son propre appareil, et non pas en s'appuyant sur lui pour relancer l'unité. La CISL et la UIL ont exercé un chantage sur la CGIL, la menaçant de rompre l'unité formelle au sommet si elle ne reprenait pas en main le mouvement pour l'étouffer.

Ainsi l'alternative des bureaucraties est apparue sans masque : on restera ensemble au sein de la fédération unitaire si on réussit à domestiquer les conseils et à les diviser sur la base de l'appartenance syndicale ; sinon, on n'hésitera pas à aller vers la scission formelle et le démantèlement des conseils. D'une façon ou de l'autre, l'existence des conseils tels qu'ils ont existé jusqu'ici est remise en cause.

Les délégués, eux, ont refusé cette fausse alternative entre unité formelle au sommet et scission syndicale. Le texte de bilan critique de l'expérience unitaire que nous reproduisons ci-après, et les propositions visant à renforcer la démocratie et l'unité syndicale reflètent bien le niveau de réflexion atteint par des milliers de cadres ouvriers, riches de quinze années de lutte et d'expérience politique. Ils exigent le maintien du caractère unitaire des conseils, leur élection sur liste blanche par tous les travailleurs, et proposent de s'appuyer sur cette structure pour remettre en cause le Pacte fédératif et aller vers une véritable unification syndicale.

La décision de la coordination nationale des conseils de commencer, parallèlement à la poursuite de la lutte contre le décret, à élaborer une plate-forme de lutte sur l'emploi pour la faire reprendre par tout le syndicat, indique que l'on n'a pas à faire à un

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mouvement de révolte éphémère, mais à un profond processus de recomposition politique au sein du mouvement syndical italien, dont la poursuite est la condition de la défense et de la consolidation du syndicat unitaire des conseil. 1. Tous ces chiffres sont tirés de l'étude " L'operaio-massa nello sviluppo capitalistico ,,, "La classe,,, n° 8, 1974. 2. Les femmes sont les plus durement frappées. Dans l' industrie manufacturière, de 1961 à 1969, alors qu'on assiste à une hausse de 9,7 % des hommes employés, on enregistre une l>aisse de 14,2 % des femmes. Voir" Mercato di lavoro e occupazione feminile ,, << Quaderni di rassegna sindacale ,,, n° 54/55, mai 1975. 3. Depuis la scission syndicale de 1948 il existe trois confédérations: la CGIL, regroupant communistes et socialistes ; la CISL, d'ol>édience chrétienne ; la UI L, regroupant les social-démocrates et répul>licains et plus connue jusqu'en 1969 comme le ,, syndicat américain''· Rappelons qu'au moment de la guerre froide, le Parti socialiste italien avait choisi le ,, camp soviétique,, ce qui avait entraîné la création d'un petit parti social-démocrate financé par Washington. 4. Selon l'accord interconfédéral d'avril 1966. ,, Il sindacato in Italia, 1960-1970 ,,, ,, Quaderni di rassegna sindacale ,,, n° 31/32, juillet 1971. 5. Beaucoup de ces textes ont été traduits en français sous le titre << Luttes ouvrières et capitalisme aujourd'hui,,, << Quaderni Rossi,, Maspero, 1969. 6. << L'unità sindacale ,, Piccola l>il>lioteca sindacale, CISL, p.93/94 7. Voir l' enquête dans Guido Romagnoli, ,, Consigli di fal>rica e democrazia sindacale ,,, Mazzola, 1976. Consulter également le livre d'Anna Lil>era, ,, Les fruits amers du compromis historique,,, pul>lié aux éditions La Brèche en 1978. 8. A partir d'août 1976, le PCI appuie, par son al>stention au Parlement, le gouvernement démocrate chrétien d'Andreotti ; au printemps 1978 il rentre dans la majorité parlementaire et y restera jusqu'en 1979. 9. Voir sur cette lutte et l'évolution des conseils l'article de Franco Turigliatto ,, Force et fail>lesse de l'avant-garde ouvrière en. Italie,, dans IVe Internationale,,, juiHet/septeml>re 81.

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