La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Exclusion de S. Just et dérive du PCI

· Critique communiste, n° 30, juin 1984 · p. 18-22 · 4 315 mots

1. << L'essence du l>onapartisme consiste en ceci : il "sauve", à l'aide d'une dictature l>ureaucratique militaire, la "Nation". Napoléon t•' représente le l>onapartisme de la jeunesse impétueuse de la société l>ourgeoise. Le l>onapartisme de Napoléon Ill, c'est celui du moment où, sur le crâne de la l>ourgeoisie, apparaît déjà la calvitie. En la personne de Doumergue, nous rencontrons le l>onapartisme sénile du déclin capitaliste. ,.

Léon Trotsky, dans << Où va la France? ... Notre courant a caractérisé comme sénile le l>onapartisme de De Gaulle.

2. << Cela ne signifie pas que la Quatrième 1 nternationale rejette les mots d'ordre démocratiques. Au contraire, ils peuvent à certains moments jouer un rôle énorme. Mais les formules de la démocratie Hil>erté d'association, de presse, etc.) ne sont pour nous que des mots d'ordre passagers ou épisodiques dans le mouvement indépendant du prolétariat, et non un nœud coulant démocratique passé autour du prolétariat par les agents de la l>ourgeoisie <Espagne!).

<< Dès que le mouvement prendra un quelconque caractère de masse, les mots d'ordre transitoires se mêleront aux mots d'ordre démocratiques ... ,,

Léon Trotsky, << Programme de transition ,,, éditions La Brèche, p. 58

François OLLIVIER

S

TEPHANE JUST, un des principaux dirigeants du PCI (ex-OCI) depuis les années cinquante, vient d'être exclu de cette organisation, au cours de son XXvme Congrès fin avril, avec plusieurs dizaines de militants. Ces faits témoignent une fois de plus de la totale incapacité du PCI à mener une discussion démocratique en son sein, les désaccords politiques maintenus se soldant par l'exclusion et l'anathème.

Stéphane Just et les militants mis comme lui « hors du parti » n'ont cependant pas été exclus, officiellement, pour divergence politique, mais pour avoir refusé de condamner une pseudo «provocation stalinienne » dont un membre de leur courant s'est vu accusé d'être l'agent. Les divergences politiques apparues au sein de la direction du PCI se règlent donc par une nouvelle « affaire », comme dans le passé l'exclusion de Boris Frankel en 196 7, celle de Varga (accusé de liens avec le Guépéou et la CIA) en 1973, le procédé par lequel a été chassé Charles Berg (accusé d'avoir truqué les chiffres d'adhérents et constitué ses propres réseaux dans l'OCI) en 1979, le musellement puis l'exclusion des partisans de Moreno en novembre 1981 , pour ne citer que les purges les plus marquantes. Ainsi, en dix-sept ans, chaque divergence fut réglée par exclusion sous des prétextes étrangers à la discussion en cours!

Stéphane Just, qui fut l'un des artisans les plus zélés de ces méthodes antidémocratiques dans le passé, est aujourd'hui victime de la machine infernale qu'il avait contribué à construire. Et il est significatif du fonctionnement de cette mécanique que ce soit Pierre Broué, intellectuel révolutionnaire qui a longtemps souffert du fonctionnement interne étouffant de son organisation, qui ait été chargé de la besogne du procureur contre les minoritaires. La purge se poursuit au sein du PCI, après le congrès, par le vote dans toutes les cellules d'une motion condamnant la « provocation stalinienne » et l'attitude « calomniatrice» de Just et de ses camarades. Les militants qui refusent de voter cette motion « se mettent d'eux-mêmes en dehors du PCI ».

Avant toute discussion des problèmes d'orientation politique posès par le congrès du PCI, il faut affirmer que de telles méthodes,-qui font revivre sous une forme caricaturale les procédés calomniateurs et terroristes dont les partis staliniens ont donné l'exemple, sont incompatibles avec le trotskysme. La parodie est plus lamentable encore quand ces méthodes sont mises en œuvre au nom de l'antistalinisme. Elles discréditent le marxisme révolutionnaire, son histoire, son programme, dans la mesure même où le PCI continue à se réclamer du trotskysme. Un bien étrange trotskysme !

Plus que jamais, après cinquante années de stalinisme, la démocratie ouvrière, le respect des normes du centralisme démocratique qui impliquent le libre débat au sein de l'organisation révolutionnaire, loin de constituer des questions de forme, sont des question de principe qui conditionnent la capacité à créer et développer un parti révolutionnaire. Ironie de l'histoire, le PCI prétendait rompre à l'occasion de ce congrès avec « l'esprit de secte » et avancer dans la construction d'un parti des travailleurs, « démocratique et attractif» ...

La démocratie est aussi le thème choisi par le PCI pour sa campagne des élections européennes. Sans prendre le parti de tel ou tel protagoniste du débat interne au PCI - des désaccords substantiels existent entre la LCR et les uns et les autres - il nous

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faut discuter cette orientation « pour la démocratie », car elle touche à des problèmes de tactique et de stratégie révolutionnaire. La ligne de la démocratie

La déclaration électorale présentée par le PCI pour le scrutin du 1 7 juin s'intitule : « Notre programme, la démocratie ». Quelle place et signification la direction du PCI assigne-t-elle à cette proclamation ? Citons le « rapport sur le parti des 10 000 », présenté à discussion pour le congrès du PCI :

« Combattre pour en finir avec l'enveloppe politique actuelle de l'Etat bourgeois, c'est comprendre que la liquidation des institutions ayant restructuré 1 'Etat bourgeois sous sa forme bonapartiste entraïnera la dislocatian plus ou moins développée de l'Etat bourgeois lui -même. Combattre les institutions bonapartistes, pour la démocratie, c'est combattre 1 'offensive anti -ouvrière, c'est combattre contre la forme politique de l'Etat bourgeois, donc contre 1 'Etat bourgeois, pour son démantèlement. Le combat pour la démocratie n 'est donc rien d'autre que 1 'application de la transition dans le combat contre les institutions bonapartistes de la ve République pour le démantèlement de l'Etat bourgeois. »

Un deuxième rapport de la direction, préparatoire au congrès, affirme plus succintement mais en appelant un chat un chat : « Avec la victoire politique des masses de mai -juin /98/, avec 1 'accession au pouvoir du front populaire comme résultat contradictoire de cette victoire, la démocratie et le bonapartisme se heurtent de façon aiguë 1 'une contre 1 'autre. Le retour à la démocratie parlementaire ne saurait résulter que d'une crise révolutionnaire. »

Tel est l'axe central de l'analyse du PCI.

De l'opposition entre bonapartisme ( 1) et démocratie découle par ailleurs une mécanique du développement de la lutte de classes : crise des institutions de la ve Républiquecrise de l'Etat bourgeois-crise révolutionnaire. Ce pronostic n'est pas nouveau puisque, avant le 10 mai 1981, l'OCI annonçait que (( la chute de Giscard devait précipiter la chute de la ve République », et créer une situation qui (( devait transiter vers la crise révolutionnaire ».

Rien de tout cela ne s'est produit, mais qu'importe. Le PCI persiste et signe. A la racine de cette mécanique sur laquelle il prétend fonder sa politique, il y a d'abord des problèmes de méthodes dans l'analyse, une autonomisation outrancière et unilatérale de la crise des institutions de la ve République. Le PCI extrait 1 'une des contradictions du système de domination bourgeoise en France -les contradictions institutionnelles - de l'ensemble des rapports sociaux, économiques et politiques. Il en fait la contradiction majeure de la situation. Le commentaire suivant de Léon Trotsky s'applique à merveille à la méthode du PCI: ((La pensée opportuniste comme la pensée sectaire ont ce trait commun qu'elles extraient de la complexité des circonstances et des forces un ou deux facteurs qui leur paraissent les plus importants -et qui le sont parfois en fait- les isolent de la réalité complexe et leur attribuent une force sans limite et sans restriction (septembre 1 9 3 7, tome XV des Oeuvres, p. 97). »

Il y a belle lurette que l'internationalisation et la concentration du capital tendent à vider de tout contenu les démocraties parlementaires impérialistes. En France, grâce à la défaite de 1958, la bourgeoisie se débarrassait de la IVe République et instaurait un mode de domination particulier. Appuyé sur l'appareil militaro-policier de l'Etat, de Gaulle instaura des institutions combinant un pouvoir fort (toute puissance de la présidence de la République) et le maintien des institutions de la démocratie parlementaire, largement vidées de leur contenu.

Depuis le 1 0 mai, Mitterrand s'est lui-même coulé dans ces institutions, utilisant leurs dispositions antidémocratiques sans égard pour sa majorité parlementaire, et même pour la représentation de son propre parti.

L'impératif de combattre tous les éléments du dispositif antidémocratique de la ve République est partagé par les révolutionnaires. Le problème commence quand, pour le PCI, bonapartisme des institutions de la ve République et démocratie parlementaire s'excluent ; quand la dictature de l'une est supposée liquider les institutions de l'autre ; quand en conséquence (( le retour à la démocratie parlementaire ne saurait résulter que d'une crise révolutionnaire ». Le PCI perd ici la boussole classique pour juger les diverses formes de domination politique de la bourgeoisie du point de vue de la classe ouvrière. Citons encore Léon Trotsky : (( Les ouvriers ont construit à l'intérieur de la démocratie bourgeoise, en 1 'utilisant tout en luttant contre elle, leurs bastions, leurs bases, leurs foyers de démocratie prolétarienne: les syndicats, les partis, les clubs de formation, associations, etc ... (dans Comment vaincre le fascisme, édité chez Chastel, p. 102-1 03). »

Le PCI perd de vue également que le mot d'ordre de défense de la démocratie est totalement incompréhensible pour des travailleurs français qui ont construit de puissants syndicats et des partis qui sont majoritaires à l'Assemblée, qui vivent et luttent dans un pays où existe la liberté de presse, de manifestation, d'organisation. C'est aussi d'ailleurs ce qu'explique Stéphane Just dans sa contribution au débat du XXVIlle Congrès : (( Dans ces conditions, que veut dire la ligne de la démocratie en général... S'agit-il de mettre en avant ... le mot d'ordre de République ? Evidemment non. Cè serait pour les masses complètement incompréhensible. Elles considèrent la ve République XJmme une république et de plus une république tout aussi démocratique que l'étaient la IVe et même la Ille République ... » Une sacrée glissade !

Cette méthode a déjà joué de mauvais tours au courant lambertiste en Espagne. L'organisation liée à ce courant ne prit pas en compte «l'ouverture démocratique » des années 197 6-1977, en l'occurence la possibilité de légalisation des organisations ouvrières et les élections au suffrage universel. Elle maintint le mot d'ordre de boycottage des élections aux Cortes en 1976, alors que pour la première fois depuis la guerre civile des millions de travailleurs, pour qui l'heure de la démocratie était amvee, participaient massivement au vote.

En Espagne, nous avons vu apparaître le versant ultra-gauche de la méthode. Dans le cas français d'aujourd'hui, c'est vers l'autre bord, opportuniste, qu'elle projette le PCI. Or, la définition d'une politique révolutionnaire pose des problèmes autrement complexes que le schématisme et la mythologie lambertistes. 1. La place des mots d'ordre démocratiques dans les pays impérialistes (2).

Dans tine situation caractérisée par l'accentuation des contradictions de classes, la bourgeoisie tend à remettre en cause une série des acquis et des conquêtes démocra-

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tiques. Les révolutionnaires doivent défendre, en bonne place, l'ensemble des revendications démocratiques dans le programme de la révolution socialiste pour les pays capitalistes avancés.

Il faut distinguer, dans l'équilibre des mots d'ordre, la place que prennent les revendications démocratiques dans les pays dominés rar l'impérialisme ou ceux qui n'ont pas connu de révolution bourgeoise, et celle qu'elles prennent dans les pays impérialistes qui ont connu leur révolution démocratique bourgeoise, dans les pays de vieille tradition démocratique bourgeoise.

Si, dans ces pays impérialistes, nous n'excluons a priori aucune forme institutionnelle radicale, sous forme d'Assemblée constituante, comme produit d'une crise politique aiguë et du retard pris dans l'affirmation d'une alternative soviétiste impulsée par le parti révolutionnaire, nous ne pensons pas que le mot d'ordre de « Constituante » ait une place décisive dans le programme révolutionnaire.

De même qu'il ne s'ensuit pas que le processus révo lutionnaire connaîtra un « stade parlementaire », pour reprendre une expression que Trotsky employait au sujet de l'Espagne des années 1930-3 1. Par stade parlementaire, nous n'entendons pas une période pendant laquelle peuvent coexister des formes de double pouvoir naissant (comités, etc.) et le Parlement bourgeois, mais une phase dans laquelle la question de l'Assemblée constituante deviendrait la question centrale, comme cela peut arriver dans des pays dominés ou sortant d'une dictature.

Voilà pourquoi les axes fondamentaux d'une politique révolutionnaire sont, d'une part, la défense et l'extension des libertés démocratiques et, d'autre part, la préparation d'une situation de dualité de pouvoir au travers de batailles pour le front unique, l'auto-organisation, les comités.

L'affirmation suivante, incluse dans le « rapport sur le parti des dix mille », implique tout autre chose : (( La ligne de développement de 1 'action des masses se dirigera contre 1 'ensemble du cadre politique ex istant, les masses agiront en croyant simplement étendre les libertés démocratiques. Il se peut même qu 'elles adhèrent au mot d'ordre d'une Constituante souverarne. C'est ici que la politique "démocratique" contre-révolutionnaire des appareils recoupera la volonté des masses d'élargir les libertés démocratiques, nourrissant les illusions dans le parlementarisme ... Le parti révolutionnaire, s'il doit en toutes circonstances combattre pour le pouvoir des conseils, doit également comprendre que cette dialectique de la lutte des classes conduira à une situation où les formes développées de la démocratie politique (bourgeoise) sont certes opposées au développement du combat pour le pouvoir ouvrier mais, contradictoirement, un point d'appui du combat pour le pouvoir ouvrier. »

Le but (et non la « dialectique ») de ce galimatias est fort clair : il s'agit de présenter les institutions de la démocratie bo"\}rgeoise comme des points d'appui dans la lutte pour le pouvoir ouvrier ! Le PCI confirme ici, en l'amplifiant et en le théorisant, le cours suivi par le courant lambertiste et sa section lusitanienne en 197 5 au Portugal : à l'heure où les tâches centrales les révolutionnaires s ordonnaient autour de la cons- · truction et de la coordination des structures d'auto-organisation comme cadre de réalisation de l'unité des travailleurs, imposant le front unique au PS et au PC, ils réclamaient « tout le pouvoir à la Constituante». Or, cette assemblée était le point d'appui de la contre-révolution démocratique dirigée par le social-démocrate Mario Soares.

Le but (et non la «dialectique») de ce galimatias est fort clair : il s'agit de présenter les institutions de la démocratie bourgeoise comme des points d'appui dans la lutte pour le pouvoir ouvrier ! Le PCI confirme ici, en l'amplifiant et en le théorisant, le cours suivi par le courant lambertiste et sa section lusitanienne en 1975 au Portugal : à l'heure où les tâches centrales les révolutionnaires s'ordonnaient autour de la construction et de la coordination des structures d'auto-organisation comme cadre de réalisation de l'unité des travailleurs, imposant le front unique au PS et au PC, ils réclamaient « tout le pouvoir à la Constituante». Or, cette assemblée était le point d'appui de la contre-révolution démocratique dirigée par le social-démocrate Mario Soares.

Ainsi, si les révolutionnaires ne peuvent ignorer la bataille pour les mots d'ordre démocratiques, s'ils doivent exploiter toutes les contradictions des institutions bourgeoises et exiger - dans certaines conjonctures- que la majorité parlementaire PS-PC en France rompe avec les capitalistes et satisfasse les revendications des travailleurs, la ligne stratégique ne peut déboucher sur la revendication d'un retour à la démocratie

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suivent en le dépassant ce combat . tendre un dirigeant d'une organisa-

Mais bien des courants dans le Un parti

Ce cours nouveau (ou accentué) plus fréquentes aux valeurs républirique de sa direction, ou puise-t-il ses parlementaire contre le bonapartisme racines dans l'histoire propre à ce élyséen condamne à encenser les parlementaire. C'est une question décisive qui a des conséquences sur le plan de l'action, mais aussi du programme. 2. Défense de la démocratie ou programme d'action anticapitaliste?

Les camarades du PCI pourront nous répondre que le meilleur moyen de défendre les revendications anticapitalistes, c'est de défendre la démocratie qui, « opposée aux institu -tians de la V" République, fera sauter le verrou de l'Etat bourgeois ». Et il serait faux de reprocher au PCI de ne pas défendre les revendications, de ne pas protester contre les plans d'austérité.

Mais sur quoi devons-nous mettre l'accent ? Sur la forme -enveloppe des institutions politiques - ou sur le contenu, les revendications ouvrières contre la crise, un programme d'action anticapitaliste ? Dans la situation politique actuelle, la forme - les batailles institutionnelles - ne peut prendre de signification que subordonnée au contenu -le combat contre la politique d'austérité du gouvernement.

Or, la politique du PCI noie les batailles revendicatives, les dénonciations de la politique de collaboration de classes du gouvernement, dans une perspective de plus en plus affirmée, celle de la démocratie. Loin d'agir pour donner aux luttes revendicatives une dynamique anticapitaliste, pour les orienter contre la politique des appareils bureaucratiques, le PCI les émousse dans une vague propagande et agitation pour... la démocratie.

Cette orientation a des implications pratiques sur le terrain courant de lutte des classes. Elle se traduit par un absentéisme accru des combats réels : absence du PCI de la grève générale des sidérurgistes et de la marche sur Paris ; absence du PCI des manifestations du 25 avril sur l'école. Voilà un terrain démocratique par excellence, celui de la laïcité, où la ligne de la « démocratie en général » fait abandonner au PCI la lutte concrète pour un droit démocratique! Vive Gambetta du PCI en défense de la démocratie est-il une innovation politico-théocourant, dans l'imbrication avec le milieu dans lequel il a trouvé refuge pendant les longues années d'isolement des courants se réclamant du trotskysme ?

La démocratie, voilà une valeur et des batailles qui ont eu leurs heures de gloire dans 1 'histoire de la Révolution française. Celle-ci garde toujours sa signification historique et humaine. Les révolutionnaires pourpour les valeurs humanistes et démocratiques révolutionnaires, combat qui fut celui de la bourgeoisie des xvne et xvm e siècle. Ils lui donnent un contenu : le combat pour la société communiste, qui passe par la révolution socialiste. mouvement ouvrier et à sa périphérie, et en particulier dans le mouvement ouvrier français, tentent d'opposer ce combat pour la démocratie à celui pour le communisme, identifié au goulag.

La scène idéologique est aujourd'hui dominée par les thèmes « modernistes » de la deuxième gauche, qui remet au goût du jour les vieilles antiennes anticollectivistes. Mais il existe toujours dans ce pays une vieille tradition réformiste et anticommuniste qui, pour être moins bruyante, persiste et dure dans certains secteurs du PS et surtout à travers FO. Ce vieux courant réformiste défend à sa manière la démocratie, les institutions démocratiques bourgeoises, contre le mouvement de masse qui tend périodiquement à mettre en question le système capitaliste.

Attaché aux valeurs démocratiques, laïques et républicaines, ce courant réformiste n'a pas hésité à soutenir la guerre d'Algérie. Il déserte aujourd'hui tout combat démocratique quand il peut prendre prétexte d'une présence du PCF et de la CGT, par exemple sur la laïcité. Ce courant cultive les références à la charte d'Amiens du syndicalisme révolutionnaire pour mieux substituer à la notion d'indépendance syndicale celle de neutralité et d'apolitisme des syndicats.

La ligne de la démocratie en général permet au PCI de trouver une expression politique commune avec ce courant, auquel de multiples liens le rattachent. Comment comprendre autrement les références de plus en caines dans la presse lambertiste ? La défense conséquente de la démocratie pères fondateurs de la me République. Aussi, n'est-il pas étonnant de lire dans Informations ouvrières, journal qui persiste à se réclamer du trotskysme, des éloges des républicains bourgeois de 1877 qui se dressèrent derrière Gambetta pour imposer les prérogatives du Parlement contre les prétentions du général-président MacMahon !

N'est-il pas stupéfiant, enfin, d'ention qui se prétend trotskyste expliquer, fût-ce dans le cadre de son mandat de dirigeant de l'UNEF-ID, que « les clivages droite-gauche sont dépassés » ? des travailleurs ?

Avec la démocratie, le « parti des travailleurs » constitue le second aspect de l'intervention du PCI. Ce dernier part d'un vrai problème: le dégagement de courants, de militants, de travailleurs qui font l'expérience du gouvernement d'Union de la gauche, qui cherchent les voies d'une alternative à la politique des vieilles directions, mais qui n'en sont pas encore au stade de rejoindre les rangs d'une organisation révolutionnaire.

Comment discuter, agir, s'organiser avec ces courants, ces militants, ces travailleurs, en les orientant sur une ligne lutte de classes et en œuvrant à l'assimilation, à travers le débat et l'expérience pratique, des éléments essentiels du programme révolutionnaire ? C'est un vrai problème que toute organisation révolutionnaire se pose aujourd'hui, que le VIe Congrès de la la LCR a commencé à discuter en avançant aussi la perspective d'un nouveau parti pour les travailleurs.

Ce parti des travailleurs sera le produit de processus de recomposition du mouvement ouvrier sur de nouveaux axes. Il se construira à travers l'expérience de secteurs de la classe ouvrière, dans les luttes, la réorganisation du mouvement syndical, la confrontation politique. Voilà pourquoi, au centre de la construction de ce nouveau parti, il y a l'action de classe anticapitaliste, l'alternative à la politique des vieilles directions sur la base de l'expérience ·pratique du mouvement ouvrier.

Ce parti des travailleurs ne sera pas le simple produit de l'autodéveloppement · de la LCR, ou même de l'unification de plusieurs forces révolutionnaires. Il correspondra à une restructuration substantielle mouvement ouvrier en France. C'est

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notamment dans cette perspective que la LCR propose et organise des rencontres de militants ouvriers et de différents courants, qu'elle a pris l'initiative en mai d'un rassemblement des travailleurs contre l'austérité.

Le PCI a retenu 1 'idée juste. Il s'est lancé dans une campagne centrale pour un tel parti, que nous ne réprouvons pas en elle-même. Mais il lui donne un contenu totalement différent. En effet, loin de partir des processus concrets de recomposition du mouvement ouvrier, de la nécessaire intégration des révolutionnaires dans le cours réel de la lutte des claSses, du débat politique ouvert avec des courants en évolution, le PCI entend construire autour de lui des sections pour un nouveau parti des travailleurs, sections qu'il se charge de centraliser. Des travailleurs peuvent bien sûr être tentés par cette expérience. Mais le processus même de constitution autour d'un appareil politique -celui du PCI - en décalage avec les processus réels à l'œuvre dans le mouvement ouvrier, ne peut que déboucher sur une impasse.

Quel sera le programme d'un tel parti ? Comment et par qui sera-t-il décidé? Par quel processus politique ? Un tel mode de constitution ne peut déboucher que sur la construction d'un « parti large » à deux niveaux, sur la manipulation permanente des sections de base du « parti des travailleurs » par le PCI.

Mais peut-être le projet de parti des travailleurs recouvre-t-il encore autre chose pour la direction du PCI. Cet «autre chose »est décelable dans . le cours ultra-opportuniste du PCI. Le projet et le sigle de «parti des travailleurs » recouvriraient alors une alliance avec certains courants réformistes, dont le centre de gravité résiderait dans l'appareil FO.

Il faut bien faire la somme, fût-elle incomplète, de toute une série de faits et d'actes du PCI ces derniers temps : passage (partiel parce que rencontrant une forte résistance des militants) des enseignants du PCI de la FEN à FO ; constitution d'un axe UNEF-ID, syndicat FO de l'enseignement supeneur, CGT-FO, explicitement opposé à l'axe UNEF-SE, SNE-Sup-CGT; l'appui et la participation de dirigeants connus du PCI (Patrick Hébert notamment) aux accords CNPF-FO pour diriger la CRAM en Loire-Atlantique; la présence de deux membres du BP du PCI aux côtés de Bergeron le 1er Mai ; la réduction du travail

------------syndical du PCI à la seule CGT-FO et l'intégration de ses militants à la majorité confédérale du dernier congrès. Depuis plus de dix ans, Informations ouvrières n'a pas écrit une ligne de critique de la politique de FO. Les militants de l'OCI, puis du PCI, n'ont pas mené dans FO la moindre bataille. Les faits récents que nous venons de rappeler constituent l'aboutissement d'un long applatissement devant l'appareil réformiste de FO.

Le bilan est très lourd. Nul besoin d'être grand clerc pour comprendre que la colonne vertébrale du PCI s'identifiera de plus en plus à ses permanents FO. Et si le projet est de construire le « parti des travailleurs » à l'ombre d'une CGT-FO qui connaît aujourd'hui une poussée électorale incontestable dans les entreprises (en jouant de l'ambiguïté indépendance syndicale/ apolitisme par rapport au gouvernement), le réveil risque d'être difficile.

Qui pèsera le plus lors d'affrontements de classes importants, a fortiori lors d'une crise révolutionnaire ? Les références au trotskysme de la direction du PCI, ou la direction Bergeron de FO ?

On comprend pourquoi la discussion politique avec Stéphane Just a pris une telle tournure et la crise politique interne au PCI une telle acuité. Stéphane Just s'était opposé au vote Mitterrand dès le premier tour en 1981. Il dénonce dans cette décision politique 1 'origine de la dérive opportuniste du PCI. Il s'agit maintenant pour la direction du PCI d'accélérer les processus d'adaptation à la direction de FO en adjurant chaque responsable, chaque militant, de répondre à l'injonction suivante : il faut aller jusqu'au bout d'une ligne politique ! Quitte à se séparer d'une génération dont l'attachement -même dogmatique et sectaire - à la lettre du programme trotskyste ne pouvait que jouer un rôle de frein et de résistance permanente. On comprend aussi la fonction de la ligne de la démocratie et les tentatives laborieuses pour, à coup de citations hors texte, la couvrir de l'autorité de Lénine.

Une telle orientation, appuyée par les méthodes d'organisation propres au PCI, permettra peut-être de construire une organisation, vouée, si elle se constitue, à se gonfler et se dégonfler à mesure. Mais ce sera au prix de son indépendance politique et pour un combat qui a peu à voir avec le trotskysme et la révolution socialiste.

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