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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

La progression de Force ouvrière

· Critique communiste, n° 30, juin 1984 · p. 13-17 · 4 397 mots

La progTession de

Force ouvrière

Portée et signification

Jacques CARVEL sociale ( + 8 % sur l'ensemble de la branche), l'ensei- . sociale et alimentation-commerce ainsi que dans cer-

A progression de l'influence de Force ouvrière, apparue spectaculairement lors des élections à la Sécurité sociale du 1 9 octobre 1983, a continué dans les élections professionnelles. Qu'elle est son ampleur et sa signification dans la lutte de classes ? Comment cette progression « accélère-telle le changement du paysage social », pour reprendre une expression de M. Noblecourt dans le Monde ? La réponse à ces questions nécessite au préalable un examen des éléments de fait. Il n'est pas possible de citer ici l'ensemble des statistiques disponibles. Nous prendrons simplement des exemples particulièrement significatifs des élections professionnelles. Un vote sanction

Entre le 15 mai 1983 et le 15 mai 1984, d'après ses propres statistiques, FO a progressé de 3,44 % . Les données FO sont certes tendancieuses. L'hebdomadaire confédéral ne publie que les résultats des élections dans lesquelles FO est présente. Ce qui fait par exemple qu'au 16 mai 1984, FO se crédite elle-même de 31,30 % des voix, contre 31,16 % à la CGT et 19,41 % à la CFDT! Mais ces déformations donnent néanmoins des ordres de grandeur valables pour les comparaisons d'une année sur l'autre.

L'accroissement moyen de 3,4 % est encore accentué dans certaines branches et entreprises ; les mines (bassin de Carmaux, + 7,31 % ), la Sécurité gnement supérieur (FO qui présentait des candidats pour la première fois obtient en mars 1984 35,85 % des voix contre 40,22 % au SNES Sup-FEN et 23,92 % au SGEN-CFDT), la métallurgie où FO a gagné 4 % à Talbot-Poissy, 4 % sur l'ensemble de Renault (élections au conseil d'administration) et à Merlin-Gérin à Grenoble.

Aux élections de la caisse de retraite ses collectivités locales, les résultats sont les suivants, sur un million et demi d'inscrits :

Actifs Retraités FO 32 ,2 % 48,24 % CGT 31,31 25,46 % CFDT 17,49 % 9,43 %

Par rapport à 1977, FO gagne 5,09 % . La CGT perd 9, 40 % , les autonomes 4, 18 % . La CFDT gagne 2,82 % et la CFTC 1,57 % .

Les chiffres amènent immédiatement à deux constatations : ils démontrent que FO n'a pas dû son succès aux élections de la Sécurité sociale au seul vote des non-salariés. FO est un syndicat « attrappe-tout », qui prend des voix aussi bien à la CGT, à la CFDT qu'à la CFTC, à la CGC et aux autonomes. Deux exemples parmi tant d'autres:

Merlin-Gérin (Grenoble), branche métallurgie.

1983 1984 CGT 1994 1801 -193 CFDT 1594 1497 -97 FO 1118 1139 + 121 CGC 787 720 -67 AUTONOMES 175 0 -175

Caisse primaire d'assurance-maladie, Saint-Etienne, branche employés Sécurité sociale. Elections DP. Comparaison 1983-1984. CGT -2% CFDT - 1,5% CFTC -1,5% FO +5%

Cette progression en voix, supeneure à la moyenne, principalement dans les branches Sécurité taines fédérations des fonctionnaires comme les personnels civils de la Défense nationale s'accompagne d'une progression en cartes d'environ 5 % sur l'année, et en nombre de sections d'entreprise. Ainsi, dans la Seine-Saint-Denis, FO avait à peine une dizaine de sections dans la métallurgie en 1981. Elle en déclare plus de quarante aujourd'hui. Bref, tous les indicateurs vont dans le même sens. Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à ce que les congrès FO se déroulent aujourd'hui généralement dans un climat d'euphorie.

Quelle est, du point de vue de la classe ouvrière, la signification de ces résultats ? La réponse à cette question est complexe. Elle nous renvoie à trois niveaux. Celui de la politique des directions confédérales et fédérales, celui des militants, celui enfin de l'ensemble des travailleurs d'une branche donnée.

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Pour la politique confédérale, FO proclame la permanence de la ligne développée avant 1981 . C'est toujours l'affirmation de la primauté du syndical sur le politique, de la défense des revendications quel que soit le gouvernement, de l'indépendance des organisations syndicales, de la nécessité de la politique contractuelle.

Mais ce qui a changé depuis 1 981, c'est que les confédérations CGT et CFDT, ainsi que la FEN, plus virulentes que FO contre les gouvernements de droite, ont depuis révisé en baisse les revendications, quand elles ne se sont pas purement et simplement faites, comme Maire, les porte-parole de l'austérité. Bergeron, certes, défend lui-aussi le gouvernement, à sa manière, depuis le 11 nous ne mettrons pas le couteau sous la gorge du gouvernement » de mai 1981 , jusqu'à l'acceptation des restructurations industrielles et des licenciements à Talbot par exemple. Mais en même temps les attaques contre la politique droitière de la direction CFDT, les mises en garde au gouvernement contre le blocage des salaires et contre la politique d'austérité, même si elles ne se sont pas traduites que par des · appels limités à l'action (grèves et manifestations de la fonction publique de novembre 1982, des 16 février et 8 mars 1984, grève d'une heure et manifestations interprofessionnelles contre le plan Delors du 1 mai 1983) ont pu préserver cette image de marque.

D'autant plus que Maire et Krasucki, . lorsqu'ils prennent aujourd'hui leurs distances par rapport à la politique du gouvernement, sont difficilement crédibles. Car il y a quelques mois encore, la direction CGT mettait l'accent sur les aspects positifs de la politique du gouvernement, et au nom de ces aspects, gommait la défense des revendications. Edmond Maire, lui, réclamait avant même Delors, les « nécessaires » mesures d'austérité. Dans ces conditions, FO peut apparaître comme étant le syndicat qui ne change pas, et qui s'oppose à l'austérité« de gauche ». Cette opposition en paroles n'a pas besoin de passer aux actes, car l'heure n'est pas aujourd'hui à la surenchère, même verbale.

C'est donc dans le comportement des directions CGT et CFDT qu'il faut en dernière analyse chercher le succès du vote FO. Ces deux directions s'étant faites les relais de la politique gouvernementale, elles ont réussi le tour de force suivant : donner sans risques ni frais à la centrale de Bergeron le label de syndicat indépendant du gouvernement et des manœuvres politiciennes, soucieux avant tout de la défense de ses adhérents. Ambiguïté et fragilité

Dans la situation politique issue du 10 mai 1981, le caractère « attrape-tout » du vote FO n'a rien de fortuit. Bien avant 1981 comme après, Bergeron a souligné avec complaisance qu'on trouvait à FO des militants gaullistes, socialistes, anarchistes ou trotskystes. En 1981 , malgré l'appel de syndicalistes de Paris et de Marseille, la confédération s'est refusée à donner une consigne de vote pour battre Giscard. Aujourd'hui encore, FO ne fait rien pour dissiper l'ambiguïté entre le refus des mesures gouvernementales et l'opposition des partis de droite. C'est ainsi qu'aux élections pour les caisses de Sécurité sociale, elle n'a pas refusé l'appel au vote pour ses candidats venant tant du RPR, de l'UDF et même du Front national, que des organisations réactionnaires de médecins et de pharmaciens. Ainsi dans les élections nationales comme professionnelles, les votes sanction contre la politique d'austérité -qui pénalisent les syndicats liés au gouvernement- se mêlent-ils à ceux de l'opposition, c'est-à-dire de la droite et de l'extrême droite.

Quant à l'attitude équivoque vis-à-vis du patronat, rien n'est changé par rapport au passé. A Talbot, le renforcement de la section FO, qui a manifesté aux côtés de la CSL et du RPR à Poissy, s'est effectuée avec l'aide de la direction de l'usine. Rien n'indique que les patrons de certaines entreprises prennent au sérieux les proclamations anti-austérité de Bergeron et aient cessé d'aider FO pour contrecarrer la CGT. L'exemple le plus frappant de cette attitude, ce sont les réélections aux présidences des conseils d'administrations des caisses de Sécurité sociale où patrons et administrateurs FO ont voté ensemble.

L'anticommunisme de FO est le dénominateur commun de cette ambiguïté. Entre les militants social-démocrates dont l'anticommunisme profond est exacerbé par les événements de Pologne et d'Afghanistan, et les militants de droite qui, derrière « l'hydre rouge», combattent le mouvement ouvrier, il y a une confusion soigneusement cultivée par la direction de FO. En 1981 , la confédération publiait un communiqué contre l'entrée des ministres communistes dans le gouvernement Mauroy. Elle a essayé de constituer un dossier sur les « infiltrations communistes ». La fédération santé n'a eu d'autre perspective pendant un an et demi que de s'en pren- · dre à Ralite. C'est pourquoi on ne saurait voir dans l'anticommunisme de FO une expression déformée du combat contre le stalinisme comme le font par exemple les militants du PCI.

Tous ces éléments permettent de mieux comprendre 1 'actuelle montée d'audience et le renforcement de FO, dans un contexte marqué par une grande instabilité du vote des salariés dans les élections professionnelles, instabilité tout à fait nouvelle à cette échelle. Il convient d'ailleurs de remarquer que le vote sanction à l'égard de la CGT et de la CFDT se traduit souvent par le refus de vote et des taux d'abstention élevés. Très fréquemment, on constate sim-

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plement que FO échappe à cette sanction par l'abstention, qui frappe la CGT et la CFDT. Quand elle progresse, FO ne recueille souvent qu'une partie des voix perdues par ces deux organisations. Aussi la montée du vote FO exprime-t-elle plus un climat de confusion parmi les travailleurs qu'une adhésion à la politique et à l'action de FO. A fortiori, cette poussée électorale de la centrale de Bergeron -si elle s'accompagne aussi d'une progression de l'implantation- ne doit-elle pas être comprise aujourd'hui comme un phénomène stabilisé. Même dans les cas de vote sanction les plus clairs, et qui peuvent parfois présenter un caractère positif, rien ne garantit à FO l'irréversibilité des résultats. Citons à cet égard deux exemples.

A la Sécurité sociale, où la CFDT a signé un accord qui augmente les cotisations de retraite complémentaire, qui réduit cette retraite de 7 5 à 70 % environ, et qui porte le nombre d'annuités exigibles pour percevoir une retraite complète de trente ans à trente-sept ans et demi, le vote en faveur de FO et les pertes importantes que la CFDT a subies dans ses bastions ne peuvent être assimilés à un vote de droite. Ce qui ne signifie aucunement que les directions FO auraient un tant soit peu évolué vers la gauche.

Le cas de Renault-Sandouville est très illustratif : aux élections au comité d'entreprise, FO connaît d'abord une progression de 20 % . Mais cette organisation s'étant ensuite, et contre ses engagements, alliée à la CGC pour gérer le CE, elle perdit l'essentiel de ses gains aux élections pour le conseil d'administration qui survinrent deux mois après. Le vote sanction s'est vite retourné comme un boomerang! Quand le grain moudre vient manquer

La permanence de la politique de FO, avant comme après mai 1981 , s'exprime dans l'attachement doctrinal à la politique conventionnelle. Celle-ci repose sur le compromis, c'est-à-dire l'obtention de miettes qui donnent une crédibilité au syndicalisme soi-disant réformiste. Or, les nécessités de la crise conduisent les gouvernements issus de mai 1981 non seulement à ne plus accorder de miettes, mais même à reprendre les acquis et les concessions accordées dans la période précédente. Cela sape la base sur laquelle s'appuie le syndicalisme de FO. Aussi celui-ci s'y oppose-t-il verbalement. Tant qu 'aucune autre confédération n'engage effectivement le combat, la centrale d'André Bergeron peut s'en tenir à cette opposition verbale.

Bergeron ne cesse d'ailleurs de mettre en garde le gouvernement. Commentant l'interview donnée par Mitterrand à Libération le l 0 mai dernier, il déclarait à Angoulême : « Si la paralysie progressive de la politique conventionnelle dure trop longtemps, elle débouchera tôt ou tard sur des conflits sociaux graves . »

Qu'est-ce que Bergeron appelle la paralysie de la politique conventionnelle ? A propos d'un article de Pierre Mauroy sur la nécessité des restructurations industrielles, Bergeron écrit le 7 mars 1984 J ans l'éditorial de FO-Hebdo : « Le dialogue, c'est la recher-

Défilé du )•• Mai 1984 : à la droite de Bergeron, Caml>adélis et Rosenl>lat , ancien et nouveau président de l'UNEF-ID, tous deux dirigeants d11 PCI. che obstinée du compromis entre les uns et les autres .. . L'exemple des discussions concernant "le plan de restructuration" est de ce point de vue hélas parfaitement évocateur. fln effet, nous n'avons guère trouvé de différences entre le document préparatoire soumis à l'appréciation des syndicats et les décisions du Conseil des ministr_es. Le dialogue, c'est admettre au départ que les propositions faites peuvent ètre amendées. On est loin du compte. » Et Bergeron de s'adresser au gouvernement : f ( Puissent les gouvernants compréndre que les responsables de Force ouvrière ne multiplient pas les avertissements pour le plaisir de faire parler d'eux. Ils expriment l'inquiétude qu'ils portent en eux. C'est sérieux, très. sérieux. »

Réclamant sans cesse du « grain à moudre » pour le moulin réformiste, Bergeron n'identifie pas sa centrale au combat de l'opposition. S'il a refusé à plusieurs reprises des manifestations communes avec la CFTC et la CGC contre la politique du gouvernement, s'il s'est empressé de soutenir les propos de Lionel Jospin invitant les laïques à se calmer alors que les tenants de l'école privée ne se privaient pas de manifester, si FO n'a pas participé à la manifestation du CNAL le 25 avril 1984, c'était sa manière à elle de soutenir le gouvernement dans cette passe délicate. De même, lorsque Bergeron s'est opposé au comité confédéral national (CCN) à la grève interprofessionnelle de vingt-quatre heures contre l'austérité, il a joué très habilement du fait que le gouvernement était « un gouvernement socialiste ».

En même temps, la direction confédérale n'a pas à faire face aux critiques d'une opposition organisée. La droite et l'extrême droite, présentes dans FO, n'ont pas les forces pour mener ce combat et n'ont aucun représentant dans les sphères dirigeantes de la confédération.

L'opposition de militants socialistes (en général du courant mitterrandiste) continue certes le combat, à la fois pour « ancrer à gauche » la confédération, et aussi pour défendre les revendications. Ce sont ses représentants au syndicat national des impôts, dans la fédération des finances et celle des employés qui sont intervenus pour réclamer la grève interprofessionnelle de vingt-quatre heures. Mais leurs racines politiques affaiblissent la portée de leur combat depuis mai 1981.

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Le PCI, pour sa part, depuis le 14e Congrès confédéral en 1980 s'est rangé dans la majorité. Il assume aujourd'hui cette position. ll y a un abîme entre les axes de combat affirmés par exemple dans la plate-forme du PCI pour les élections européennes, et sa défense quotidienne de la ligne confédérale. Patrick Hébert, militant du PCI, a été élu président de la caisse de la Loire-Atlantique avec les voix des patrons. Ce n'est pas un hasard. Partout les militants du PCI ont défendu à coup d'arguments anticégétistes la reconduction de l'alliance FO-CNPF dans les caisses de Sécurité sociale.

Bien plus, lorsque la direction confédérale a décidé de rompre définitivement avec la FEN et de provoquer une véritable scission en construisant réellement la squelettique fédération éducation et culture FO, les militants du PCI ont été aux avant-postes et ont fourni le gros des troupes à cette opération de division. Ils l'ont fait en reniant les acquis du mouvement trotskyste (le maintien de l'unité de la FEN en 1947- motion Bonissel-Valière de 194 7 qui permit le maintien de l'unité de la FEN- fut un produit du combat des trotskystes contre la scission) sur lesquels ils avaient éduqué l'enFO et la référence à la Charte d'Amiens

Dans FO, la référence à la charte d'Amiens conserve aujourd'hui encore une valeur quasi -mystique. Socialistes, anarcho-syndicalistes et lambertistes s'en réclament. Mais s'ils sont fidèles aux points faibles de la charte, ils abandonnent allègrement les acquis.

Lorsque Bergeron attribue un caractère éternel à la lutte de classes, ce qui veut dire en clair que le capital et l'exploitation sont eux aussi destinés à se perpétuer, il tourne le dos à l'affirmation de la charte selon laquelle la défense des revendications 11 n 'esr qu'un criré de l'œuvre du syndicalisme :il prépare /'émanciparion inrégra/e qui ne peut se réaliser que par /'expropriarion capitalisre ».

Quand elle affirme que 11 l'action économique doits 'exercer directemenr contre le patronat >>, cela exclut la collaboration de classes telle qu'elle se pratique depuis certaines entreprises jusqu'à Matignon ou I'Elysée, où Bergeron va tendre sa sébille depuis des années.

De plus la nécessaire indépendance syndicale n'a jamais signifié que le syndicat doit mettre un signe égal entre parsemble de leurs militants enseignants. Après une telle compromission, le PCI a non seulement démontré qu'il était inapte à construire une opposition dans FO, mais qu'une telle opposition se construirait contre lui.

Si les éléments pour une opposition existent, ils sont aujourd'hui éclatés. La politique des anarcho-syndicalistes comme celle du PCI constitue un véritable écran à la constitution d'une opposition en même temps qu'un soutien à la direction confédérale. Celle-ci ne connaît pas actuellement de graves problèmes pour faire avaliser sa ligne.

Mais en même temps, elle n'a pas résolu la difficulté née de l'impasse dans laquelle la crise la plonge : pour rendre crédible une pratique réformiste du syndicalisme, il faut obtenir des résultats concrets, si minimes soient-ils. Or, l'heure n'est pas à octroyer des miettes. De cette contradiction surgiront de graves problèmes, comme l'a montré à une petite échelle la crise de l'UNEDIC. L'institution de l'indemnisation complémentaire du chômage par les ASSEDIC et la création de l'UNEDIC en 1959 étaient présentés comme une grande victoire de FO. Bergeron n'est-il pas président de l'UNEDIC! Or, quand le chômage déferle, une bonne partie des acquis sont liquidés par le patronat et le gouvernement. Malgré les remous que cela a provoqué en son sein, FO a dû, en grinçant des dents, avaler la potion amère des réductions d'indemnités par le gouvernement Mauroy.

Néanmoins, ces difficultés ne provoqueront pas par elles-mêmes l'éclosion d'une opposition cohérente. Pour cela, il faudra le combat continu des militants qui veulent dégager un authentique courant lutte de classes dans FO. Courant dont les axes de combat seront la défense dans les faits des revendications comme le combat pour une rupture avec la collaboration de classes ; ce qui veut dire aussi la lutte pour l'unité des syndicats, excluant l'anticommunisme facteur de division. Sous des formes particulières à FO, ce sont les mêmes tâches dans les autres syndicats. tis politiques bourgeois et ouvriers. La délimitation du terrain que fait à ce sujet la charte accepte comme un fait irréversible le caractère parlementaire et réformiste des partis ouvriers.

La charte de 1906 traduisait un niveau de conscience du mouvement syndical à un moment donné, présentant un certain nombre de traits spécifiques. Mais elle était avant tout un instrument de combat contre la gangrène bureaucratique et électoraliste de la social-démocratie. En faire le fondement du syndicalisme réformiste n'est possible que si l'on cite deux ou trois phrases, toujours les mêmes, et que l'on gomme le reste, y compris la ligne 11 ordre du jour » , puisque c'est son nom du congrès confédéral d' Amiens. C'est pourquoi, il nous paraît indispensable de le reproduire intégralement ici : Griffuelhes lit l'ordre du jour suivant :

• Le Congrès confédéral d 'Amiens confirme l'article 2, constitutif de la CGT.

• La CGT groupe. en dehors de toute école politique, tous les tra vai/,'eurs conscients de la lulle à mener pour la disparition du salariat et du patronat .. . :

• Le Congrès considère que celle déclaration est une reconnaissance de la lutte de classes qui oppose, sur le terrain éco-

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nomique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d'exploitation er d'oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière ; • Le Congrès précise, par les points suivants, cerre affirmation théorique : • Dans l'œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-ètre des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, 1 'augmentation des salaires, etc. ; • Mais cerre besogne n 'est qu'un coté de l'œuvre du syndica -lisme ; il prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste; il préconise comme moyen d'action la grève générale er il considère que le syndicar, aujourd'hui groupement de résistance sera, dans l'a venir, le groupement de production et de répartition, base de réor -ganisation sociale ;

La politique

conventionnelle,

clef de voûte

du réformisme de FO

La politique contractuelle ou conventionnelle est la concrétisation aussi bien théorique que pratique du réformisme de FO. Les principales étapes de la mise en œuvre de cette politique sont les suivantes :

La loi du Il février 1950 qui supprimait la fixation autoritaire par l'Etat des salaires et qui organisait les procédures d'extension des conventions collectives. Sous la IVe République déjà, une série d'accords furent signés. Après l'instauration du régime gaulliste, FO marqua son opposition rèsolue aux tentatives d'une politique des revenus préconisée notamment par les rapports Toutée, Grégoire, Laurent, etc.

En 1965 commencèrent les premiers accords de salaire qui ne se généralisèrent qu'au début des années 1970: les rapports de forces issus de la grève générale de Mai 68 et l'échec du référendum d'avril 1969 qui entraîna le départ de De Gaulle avaient créé un rapport de forces où pouvait s'appliquer la politique de compromis qu'est la politique conventionnelle. L'idéologie de la « nouvelle société » du Premier ministre Chaban-Delmas et de son conseiller Delors s'accommodait assez bien du système des contrats de salaires dont les années soixante-dix furent l'âge d'or.

Mais le réformisme, s'il peut fonctionner avec des rèsultats qui ne sont pas tout à fait nuls dans les périodes d'expansion, devient difficile à justifier en période de crise.

La mise en œuvre de l'austérité par le gouvernement d'union de la gauche pose les mêmes problèmes, de manière aggravée, et explique fondamentalement la nature de l'opposition de FO à la politique de Delors.

En effet, le réformisme manière FO s'accommode mal des mesures de fixation autoritaire des salaires : elles sont incompatibles avec l'idée de compromis et les grèves tendent à prendre alors une dimension politique.

Dès décembre 1948, le journal de la fédération FO de la métallurgie, la Métallurgie syndicaliste, écrivait : 11 Dégager les salaires des influences et pressions politiques dont ils sont l'objet, remettre la lutte sur son véritable terrain [le terrain économique, NDLR], cristalliser l'action autour d 'un point qui fur la raison d'èrre et le moteur du mouvement syndical, tels sont les impératifs de FO. Sinon, dépossédé par le gouvernement du droit de débattre des salaires, le mouvement syndical se confine dans des activités secondaires. >>

Avec quelle belle continuité de pensée la commission

• Le Congrès déclare que cerre double besogne, quotidienne et d 'avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait de tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat ; • Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif. à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique. se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu 'il professe au dehors ; • [n ce qui concerne les organisations, le Congrès décide qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet , l'action économique doits 'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas. en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis er des secres qui, en dehors et à coté, peuvent poursuivre en toute liberté. la transformation sociale. » exécutive confédérale revient sur son passé dans son 11 Appel aux travailleurs », le 21 décembre 1983 :

Eu [n décembre 1947, les syndicalo-communistes ne donnaient que quelques mois d'existence à FO. Trente-six ans après, non seulement Force ouvrière combat plus que jamais mais elle est devenue la deuxième organisation en attendant de prendre la première place.

11 Mais le succès constant de Force ouvrière n 'est pas dù seulement à son refus de s'engager dans l'action politique électorale. Il est le fait , aussi, de ses conceptions fondamentales de l'action syndicale.

11 [n effet, dès sa création, la confédération FO avait compris que l'indépendance syndicale ne pouvait se traduire que par le "contrat collectif" qui est son corollaire.

11 Un syndicat n'est pas libre s'il n'a pas la possibilité de "discuter, de négocier et de contracter".

11 Un syndicat n'est pas indépendants 'il a besoin à chaque instant de recourir à /Etat.

11 C'est pourquoi la confédération FO naissante avait pris l'initiative de la célèbre grève générale interprofessionnelle du 25 novembre 1949, en réclamant le retour aux conventions collectives et à la libre négociation des salaires et conditions de travail.

11 La grève fut une grande réussite et, l'opinion publique étant favorable, le Parlement avalisait par la loi historique du Il février /950 le retour à cette liberté de négociation que les décrets-lois de guerre de 1939 avaient supprimée.

11 Cette liberté de négociation établie pour le secteur privé devait permettre la signature de 30 000 accords et l'extension des conventions collectives nationales dans toutes les branches.

11 Mais grâce à l'action de FO, d'importants accords interprofessionnels devaient également intervenir (par exemple pour les retraites complémentaires et l'assurance-chômage).

11 De plus, après les grèves de Mai 68, les accords s 'étendirent au secteur nationalisé et au secteur public.

11 C'est donc un éventail de garanties sociales considérable qui fur réalisé.

Eu Si l'on ajoure à cela l'élargissement de la protection des tra vailleurs obtenue à travers le Code du travail, c'est une énorme transformation de notre société qui a été réalisée en trente-six ans.

11 Aujourd'hui, soit que /'[rat devienne tentaculaire, soit que le patronat paralyse les négociations, soit encore que des réformateurs "modernistes" veuillent subordonner le syndicalisme à des entités anonymes et irresponsables -tels les conseils d'atelier-, la grande réforme que fut la loi du Il février 1950 est battue en brèche, y compris par certaines dispositions des lois "Auroux".

11 C'est pourquoi, afin de préserver à la fois 1 'indépendance du syndicalisme et son aptitude à négocier à rous les niveaux, la commission exécutive confédérale FO, en ce jour solennel, en appelle à tous les travailleurs pour qu'ils viennent renforcer les syndicats FO. »

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