La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

La grève des métallurgistes en RFA : les travailleurs allemands rattrapent les luttes de la classe ouvrière européenne

· Critique communiste, n° 31, juillet 1984 · p. 14-18 · 4 097 mots

Les travailleurs allellUUlds rattrapent les luttes de la classe ouvrière européenne

Jacob MONET A.

OTRE camarade Jacob Moneta, responsable du GIM (Groupe marxiste international, section de la IVe Internationale en RFA) et ancien rédacteur en chef du journal de l'IG Metall, a accepté de répondre à nos questions. • L'Allemagne fédérale a été longtemps présentée cam -me un modèle d 'expansion dans la paix sociale, avec la participation active des syndicats. La lutte des m étallos pour les 35 heures montre que la situation a profondément changé.

La République fédérale est entrée dans une période d'intenses luttes sociales. Dans la métallurgie, environ 400 000 travailleurs sont en grève, lockoutés ou en chômage technique (ce qu'on appelle le « lock-out froid»). Des dizaines de milliers de travailleurs du livre organisent des grèves perlées. Venus de tous bords -du service public de la Poste, des banques, des assurances, du commerce - , des centaines de milliers d'autres ont participé à des manifestations, parfois avec interruption du travail. Même les policiers ont demandé les 35 heures, lors d'une manifestation en uniforme, à Brème ! Leur syndicat est le dix-septième à rallier la confédération allemande des syndicats (le DGB), qui compte 7,5 millions de membres organisés.

Il n'y a pas si longtemps, en pleine lutte électorale qu'il avait d'ailleurs gagnée, le social-démocrate et exchancelier Helmut Schmidt vantait le « modèle allemand » tant admiré dans le monde entier, surtout à cause de la paix sociale qui régnait dans notre pays, et qui expliquait - d'après lui - le « miracle économique ».

Les marxistes pensaient au contraire que c'était la situation économique extrêmement favorable, due à des facteurs spécifiques mais conjoncturels, qui permettait des concessions considérables à une classe ouvrière fortement organisée. Quand la crise atteindrait la RF A, ce calme social devait disparaître. Et ces marxistes étaient considérés alors comme des « traditionnalistes » un peu fous, qui croyaient à une lutte de classe démodée!

• Quelle est la situation du conflit en ce moment présent et que penser d'un éventuel compromis ?

Dans le passé, le patronat était assez souvent enclin au compromis : pour maintenir les syndicats comme force organisée capable de discipliner la classe ouvrière, et éviter des surprises semblables à celle de Mai 68 en France. Mais cette fois-ci, il s'est braqué complètement: il ne bouge pas d'un pouce et refuse de réduire le temps de travail pour tous au dessous de quarante heures, même d'une seule heure. Les patrons disent même d'une seule minute !

Avec ses 2,5 millions de membres et une caisse de grève bien remplie, l'IG Métall est sur la défensive. Après avoir reçu 80 % des voix lors des votes à bulletin secret dans les régions de Stuttgart et de Francfort (les conventions collectives ne sont pas nationales mais régionales), elle doit faire face à trois obstacles. Trois obstacles face à l'IG Métall

Le premier est une tradition néfaste qui consiste à ne pas mobiliser les participants à un combat syndical, à les laisser spectateurs de leur propre lutte. La volonté de changer cela se heurte à la résistance de beaucoup de « seigneurs » des conseils d'entreprise, habitués à composer, surtout dans les grandes entreprises, avec le « management ». Ils renvoyaient simplement les gens chez eux, sans obligation de participer à tour de rôle aux piquets de grève, de se faire enregistrer dans les locaux de grève, toutes choses d'autant plus nécessaires qu'une propagande des médias contre les 3 5 heures obnubile la conscience des grévistes et de leurs familles.

Le second obstacle est le lock-out, arme préférée du patronat en RF A, mise en œuvre cette fois-ci également. Cette arme est d'autant plus dangereuse que l'IG Metal!, d'après ses statuts, paye une indemnité considérable aux grévistes, mais aussi aux lockoutés. La demande d'interdire légalement les lock-out est totalement insuffisante. Et le vœu de la gauche syndicale de répondre aux lock-out par l'occupation des usines ne s'est pas réalisé non plus. Ce n'est un secret pour personne que le légalisme impreigne profondément la classe ouvrière allemande. Mais là où il commence à se dissiper, le phénomène n'est pas encouragé par une direction syndicale qui a peur d'être condamnée à des dommages et intérêts très lourds pour infraction au «droit» si elle appuie directement les occupations.

Troisième obstacle, la caisse nationale d'allocation chômage a décidé, pour la première fois, de ne pas venir en aide à ceux qui subissent le chômage

Page 15

technique « en dehors du champ de bataille » de la région tarifaire concernée par la lutte. C'était un coup d'autant plus rude que l'IG Metall avait commencé la lutte par une grève bouchon de 13 000 grévistes dans les entreprises qui produisent les pompes, les pistons, les radiateurs, etc. pour l'automobile. L'effet calculé était de paralyser cette industrie en pleine prospérité. La collusion du patronat avec la caisse de chômage, à l'instigation sans doute du gouvernement démocrate chrétien-libéral et de son ministre du Travail Norbert Blüm (lui-même membre du syndicat IG Metal!), peut vider assez vite les caisses du syndicat.

Voilà pourquoi l'IG Metall s'est refusée à verser des indemnités aux ouvriers touchés par le lock-out « froid » (mise en chômage technique). Mais en même temps, la direction syndicale s'est refusée à élargir le front de lutte, à faire voter les régions non incluses dans la grève, ce qui aurait créé la possibilité de préparer une contre-attaque.

Une grève qui piétine commence à pourrir. Après la marche sur Bonn, qui a mobilisé plus de 200 000 travailleurs sous une pluie torrentielle contre la décision de ne pas payer l'allocation de chômage technique, on a raté l'occasion propice qui eut permis de faire voter les autres régions.

Dans les négociations, la demande de réaliser les 35 heures tout de suite et sans perte de salaire- c'est le seul moyen de combattre efficacement le chômage - a été abandonnée. Elle est remplacée par la revendication d'un échelonnement sur plusieurs années, et sans compensation salariale intégrale. Mais le patronat s'est moqué ouvertement de ces concessions, car il sentait que la direction de l'IG Metall n'était pas prête à se lancer dans une contre-attaque, par peur de vider les caisses du syndicat sans doute.

Le comportement du syndicat du livre est intéressant : après avoir entamé la lutte par des grèves perlées et s'être lancé le premier dans une tentative d'« arbitrage » -sous l'égide du professeur Biedenkopf, dirigeant bien connu des démocrates chrétiens-, il a quand même répondu au refus du patronat de discuter de la diminution des horaires de travail en général par des grèves « illimitées ». Mais il n'y a pas de doute que ce petit syndicat ne peut gagner la lutte pour les 35 heures, ni même briser le tabou des quarante heures, sans la puissante IG Metall.

C'est pourquoi, après cinq semaines d'une lutte dure, nous sommes maintenant dans un cul-de-sac. Il est impossible de calculer les possibilités d'un compromis tant que l'IG Metall n'est pas contrainte de « mettre le paquet ». L'obstination du patronat, et c'est «l'arme secrète» de la gauche syndicale, peut encore l'y contraindre. • IR premier obstacle dont tu parles, la non -participation traditionnelle des grévistes à la lutte, est -il en voie d'être dépassé ? Des formes d 'organisation grévistes se développent-el/es actue//ement ?

C'est peut-être le point le plus faible. Ce sont seulement les organisés qui forment le comité de grève. Généralement, ce sont des membres du conseil d'entreprise, les hommes et les femmes de confiance du syndicat (les comités d'entreprise sont une institution légale. Notre législation leur impose le devoir de défendre l'intérêt de l'« entreprise )). Ils ne peuvent pas organiser de grève eux-mêmes et le droit du travail très restrictif en RF A ne permet pas les grèves dans la période couverte par les conventions collectives. C'est ce qu'on appelle « l'obligation de maintenir la paix ))).

Nous n'avons pas une organisation de grève pour ceux qui ne sont pas syndiqués. Généralement, nous n'avons pas eu de difficultés avec les inorganisés, en dépit du fait qu'ils ne touchent pas une indemnité de grève versée par la caisse syndicale. Mais il y a pourtant des cas où ils ont gêné (le pourcentage de briseurs de grève n'a guère dépassé 5 % ). S'il y avait eu des comités de grève incluant les non-syndiqués, cela aurait facilité beaucoup de choses, peut-être même pour les gagner à l'organisation après la grève. Par exemple, les non-organisés sont terribl~ment vexés par les lock-out. • IRs métallos allemands s'étaient déjà battus en 197 8 pour les 35 heures. Peux-tu nous rappeler brièvemt~nt cette lutte, et le chemin parcouru depuis ?

En 1978, l'IG Metall s'est battue seulement dans les acieries. Les sidérurgistes ont une conventi•m collective à part. Le patronat a contrecarré la demande de 35 heures tout de suite par l'offre de ' ix semaines de congés payés (échelonnés sur plusieurs années, mais en donnant quand même aux jeunes de moins de vingt et un ans neuf jours de congés payés de plus !). L'IG Metall n'incluait pas les acieries 1.ui produisaient des tôles pour l'industrie automobile, rar peur du chômage technique qui en serait résulté et qui aurait déjà posé la question : qui va payer pour ces chômeurs ?

Après six semaines de grève, on renonçait à une diminution des heures de travail et on acceptait les six semaines de congés, avec un surplus pour les travailleurs âgés de plus de cinquante ans et pour ceux qui font des heures de nuit les jours fériés . .

Mais la faute la plus grave était de conclure un accord pour cinq ans, pendant lesquels la question de la diminution du temps de travail ne pouvait être soulevée. La même convention, exactement, ·était reprise pour l'industrie métallurgique. Mais c'est justement dans cette période que la crise a touché gravement la RFA. Dans les trois années 1979-1982, le chômage a triplé, passant de 800 000 à 2 400 000. Le développement technologique s'est accéléré, provoquant un -chômage supplémentaire, dans l'automobile par exemple avec l'introduction des robots.

Le contrat de cinq ans conclu en 1978 a expiré en 1983 , c'est pourquoi la lutte pour les 35 heures ne pouvait commencer plus tôt. • IR mouvement actuel n'est pas surgi d 'une pression de la base. mais d'une dérerminarion de / '!G-Mera/1 er d 'autres syndicats pour, face au chômage, arracher les 35 heures. Qu 'est-ce qui explique cette évolution vers un sy ndicalisme qui se bat, en contraste avec un syndicalisme de « partenaires sociaux » ? Quels problèmes et clivages sont apparus dans 1 'appareil syndical face à la crise et à ses conséquences ?

Il y avait depuis longtemps un clivage entre les syndicats qui se considéraient être des « partenaires

Page 16

sociaux » et avaient une pleine confiance dans l'économie de libre marché, et les autres qui soulignaient quand même la contradiction entre capital et travail, sans tirer les conclusions socialistes de cette constatation.

Les directions de l'IG Metal! et les travailleurs du livre avaient trois raisons importantes pour lancer la campagne pour les 3 5 heures :

Ils ont compris les conséquences néfastes du chômage pour le mouvement syndical. Ils craignaient à juste titre qu'un chômage de masse n'entame la force syndicale.

Avec le tournant politique -la victoire électorale de la droite et l'avènement de son gouvernement qualifié de « cabinet capital » - , les syndicats sont soumis à des attaques sur le plan social (une redistribution de presque deux cents milliards de DM au désavantage des couches sociales les plus touchées par la crise). Ils ne voient aucun effort du gouvernement pour combattre le chômage, et ceci même par rapport à ce que proposent les syndicats : un programme de cinquante milliards pour créer des emplois.

Ils sentaient bien en même temps que le patronat veut se débarrasser de cette idéologie des« partenaires sociaux », qui n'est acceptable pour lui dans la crise que si les syndicats se soumettent complètement aux besoins du capital et sont prêts à renoncer à beaucoup de conquêtes du passé.

Il est cependant peu probable que la direction de l'IG Metal! ait prévu la volonté de résistance du patronat et la collaboration ouverte entre celui-ci et le gouvernement. Dans le passé, le gouvernement a toujours joué la « neutralité », pour se garder la possibilité d'un arbitrage politique de dernière heure. Il ne s'est pas gêné cette fois-ci pour se mettre ouvertement du côté patronal, ce qui a d'ailleurs été critiqué vertement dans la presse économique « sérieuse ». Les représentants idéologiques intelligents du capital craignent à juste titre que le gouvernement n'apparaisse de façon trop voyante comme l'agent des patrons. Ils sont effrayés aussi par la polarisation sociale et politique, plus forte que jamais auparavant. La gauche syndicale n'est pas organisée

• Des éléments de critique anticapitaliste apparaissent-ils dans la lutte actuelle et comment sont-ils portés par la gauche syndicale ? Quels sont les contours de celleci ?

Ce qui apparaît clairement, c'est que nous avons une société de classes, que le gouvernement est du côté du capital, que la justice n'est pas neutre et que là où elle essaye de l'être les patrons se moquent d'elle !

Quelques exemples : ceux qui veulent travailler et qui sont lockoutés n'ont pas le droit d'entrer dans « leur » entreprise. S'ils le font, ils sont condamnés par la justice. Par contre, pour les briseurs de grève, que les médias appellent des « arbeitswillige » (ceux qui ont la volonté de travailler), une ruelle de trois mètres de large doit être ouverte par les piquets de grève afin de ne pas les gêner. C'est la justice qui a décidé cela.

La Constitution du Land de Hesse interdit explicitement le lock-out. Mais le patronat a obtenu un jugement qui dit que le droit « national » l'emporte sur celui du Land. Or, dans la Constitution de la République fédérale, on ne trouve rien sur le lock-out. Il n'y a pas de droit national en ce domaine !

La décision de la caisse de chômage de ne pas subvenir à ceux qui sont touchés par le « Jock-out froid » était contestée par un jugement du tribunal social de Francfort. Mais le paiement de l'allocation est pourtant interdit par la caisse, qui attend maintenant le jugement du tribunal social du Land de Hesse. Ce jeu peut continuer longtemps, dans l'attente du jugement du tribunal fédéral!

Mais tout cela ne provoque pas encore de «l'anticapitalisme ». Bien sûr dans la gauche syndicale, parmi une couche de militants très large, il y a une consc.ience anticapitaliste. Mais ce qui manque, c'est une conscience socialiste, une alternative. Certes, il n'y a pas de chômage de masse en RDA, mais cela ne compte pas ; cela n'a pas d'influence car tout le monde - à l'exception des membres du petit parti communiste de RF A- est d'accord sur le fait que la RDA ne constitue pas un modèle socialiste pour la classe ouvrière allemande. Un régime qui ne garantit même pas l'autonomie syndicale, les droits et libertés qui existent quand même en République fédérale -quoique d'une manière tordue- n'est pas tellement alléchant pour la classe ouvrière de RF A.

La gauche syndicale à l'intérieur de l'IG Metal! n'est pas organisée. C'est là son défaut le plus grave. Il y a eu pour la première fois un lnfo 35 publié maintenant une fois par semaine. Ce journal ne publie pas seulement des informations, il exprime aussi une « critique solidaire » de la direction syndicale. Les quatre pages de ce bulletin d'information tiré à 4 000 exemplaires tracent une ligne d'argumentation pour beaucoup de militants actifs.

Il y a une « gauche » qui apparaît régulièrement dans les commissions tarifaires, qui sont convoquées par les instances régulières du syndicat. Là il y avait beaucoup de critiques. Mais faute d'organisation, tout cela sera étouffé et oublié quand la grève sera finie. C'est un grand danger, parce que, sans nul doute, il y aura une contre-attaque de la droite syndicale. Celleci va dénoncer la gauche pour avoir lancé l'organisation dans une lutte qu'on ne pouvait gagner ! C'est exactement une aile de la « gauche » qui dès le début avait déclaré que, dans la crise, on ne peut pas se bat-

Page 17

tre. Ceux-là ont oublié de nous indiquer quand cette crise prendra fin et quand viendra le moment propice pour faire une grève !

Les idéologues et économistes ne manquent pas chez nous, qui donnent des conseils semblables. Ils préfèrent en fait l'adaptation à la crise plutôt que la lutte. Mais j'espère que cette lutte, qui pour la première fois a mobilisé tant de forces, va être le point de départ pour de nouvelles réflexions sur la manière de s'organiser sur la gauche. • La presse française relaie la campagne antigrève du patronat allemand. E:lle raconte que les métallos vont compromettre la reprise économique et qu'ils sont isolés dans l'opinion publique. Quelle solidarité interprofessionnelle, locale, régionale, se manifeste ?

L'argument selon lequel la grève compromet la reprise économique a été largement répandu par le gouvernement. Il a sans doute une certaine prise sur l'opinion publique, y compris dans la classe ouvrière. Mais l'argument officiel des syndicats en lutte était, à juste titre, que la reprise existait effectivement pour les profits ; qu'elle existait pour l'exportation ; mais que nous faisons grève, que nous nous battons pour les 35 heures afin d'avoir aussi une reprise pour les emplois.

Pour la première fois, les frontières sont devenues plus perméables entre les différents syndicats, même avec ceux qui ne se battent pas pour les 35 heures et qui ont conclu des conventions offertes par le patronat (préretraite à cinquante-huit ans avec 7 5 % du salaire brut jusqu'à l'âge de la retraite). Nous avons eu des sympathies assez larges. Mais aussitôt qu'il est devenu clair que la direction de l'IG Metall commençait à reculer, à faire des compromis intolérables, cette sympathie a diminué. • Quelle place et quel rôle ont les ouvriers immigrés dans la lutte ?

Les immigrés ont joué un rôle important. Il en va d'ailleurs toujours comme cela en RF A. On trouve dans les piquets de grève relativement beaucoup plus d'immigrés (chez nous, ce sont les Turcs qui sont les plus nombreux) que de travailleurs allemands. Dans la région de Stuttgart, ces derniers ont encore un petit lopin de terre (chez Daimler Benz, ils viennent de villages ou de petites villes des alentours) et utilisent le « temps libre » de la grève pour travailler chez eux.

Dans la lutte même, la solidarité avec les immigrés croît en dépit de la propagande de la droite. Il y a des fêtes dans les rues, qui sont organisées ensemble par les lockoutés. Cela crée une atmosphère plus fraternelle. Les immigrés savent généralement beaucoup mieux que les autochtones comment organiser une fête. Ils sont plus spontanés, ils chantent et dansent. Pour combattre la xénophobie, il n'y a pas mieux qu'un combat syndical bien organisé, mené ensemble ! • La grève a eu un impact sur le SPD (parti socialiste) et les Verts.

En dépit d'une politisation de la grève, qui se dresse naturellement contre le gouvernement chrétien démocrate-libéral, le SPD et les Verts se sont avérés être des alliés peu sûrs pour les syndicats sur le plan politique. Tous se sont déclarés verbalement solidaires. Mais dans toutes les mobilisations de masse, les Verts étaient absents, et les représentants du SPD qui étaient personnellement présents dans les manifestations ou aux piquets de grève essayaient de « modérer » politiquement les grévistes. Leurs arguments ne diffèrent pas assez souvent de ceux des patrons. Le manque d'une éducation socialiste se fait sentir terriblement dans ces occasions. • Nos camarades interviennent activement. Leur journal, Was Tun (Que faire) connaÎt une diffusion exceptionnelle.

Le journal du GIM atteignit un maximum de 27 000 exemplaires diffusés le jour de la grande manifestation à Bonn. Dans la moyenne, il atteint 17 000. La plupart de nos journaux sont distribués, pas vendus, si possible toujours dans les mêmes endroits, là où il y a des sympathisants dans les usines, où là où nous espérons trouver de la sympathie. D'après tous les témoignages, l'écho est excellent. Après les hésitations envers les premiers numéros, les journaux sont pris volontairement. Ils suscitent des discussions à l'intérieur des usines. Il y a même ,des endroits où l'habitude de lire notre journal est devenus si forte qu'il y a des queues pour se le procurer, car il y a trop peu de distributeurs. Nous avons trouvé un langage populaire, avec des éditorialistes qui s'engagent personnellement, qui s'adressent directement aux lecteurs et aux lectrices. Un géant s'est réveillé

Le slogan « V ote dans toutes les regiOns » était repris à l'intérieur de l'IG Metall et inclus dans des résolutions locales remises à la direction du syndicat. Nous demandons maintenant un congrès extraordinaire pour juger la stratégie et la tactique de la grève et tracer une route pour la continuation de la lutte.

Le GIM n'a pas parlé abstraitement d'une grève générale comme panacée à tous les maux. Il a demandé la possibilité d'élargir la grève par un vote. Le slogan d'un congrès extraordinaire est aussi la voie concrète pour démocratiser la lutte, rendre publique la critique de la direction, pour un tournant qui rende possible un succès.

Le résultat des élections européennes est un coup dur pour le gouvernement chrétien démocrate-libéral. Les libéraux, qui ont défendu avec acharnement les intérêts du grand capital et attaqué les syndicats, disparaissent du Parlement européen. La CDU-CSU a perdu 3 % de son électorat.

Les commentateurs ne manquent pas qui s'appliquent à expliquer les pertes du SPD (3 % ) par son appui aux grévistes. Les mêmes sont curieusement silencieux sur le fait que les Verts, qui se sot!t déclarés officiellement solidaires de la grève pour les 35 heures, ont gagné 5 % ! • Il est impossible de prévoir les conséquences d 'un tel conflit, surtout avant son dénouement. Néanmoins peutêtre peux-tu nous dire quels sont ses potentialités et ses

Page 18

Photo empruntée à" Metali-Nat:hrichten ,, quotidien du syndicat pendant la grève.

enjeux à court et moyen terme pour le mouvement ouvrier allemand, voire européen .

C'est là que nous avons gagné le plus. Même en cas d'un échec de la lutte pour les 35 heures, il y a eu pour la première fois depuis l'existence de la République fédérale une lutte qui a mobilisé des centaines de milliers de travailleurs, qui a fait la démonstration que laclasse ouvrière d'Allemagne fédérale est en train de rattraper les luttes de la classe ouvrière européenne ; que cette classe a des potentialités énormes. C'est un géant qui commence à se réveiller. Après un période de fatigue, voire de découragement de beaucoup d'activistes qui se sont dépensés sans borne, il y aura le commencement de réflexions, de discussions en commun, et pas seulement à l'extrême gauche, qui a changé de peau depuis le temps des révoltes étudiantes et se compose beaucoup plus Manifestation de sidérurgistes à Stuttgart.

d'éléments de la classe ouvrière au sens large.

A l'intérieur des syndicats, on va discuter aussi des effets des nouvelles technologies, qui ont eu quelques conséquences désastreuses. Les grévistes du syndicat du livre par exemple ont vu qu'il est possible de produire un journal avec très peu de forces, quelques employés et techniciens, ou tout simplement de transférer la production dans d'autres pays. Cela soulève le problème de l'européanisation des luttes.

Ce qui me semble le plus important, c'est le commencement d'une discussion à partir de l'explication de la crise capitaliste, qui mène les militants les plus politisés à réfléchir sur les possibilités d'une société socialiste sans crise, sans chômage, mais avec la participation démocratique des travailleurs, qui auront le droit de se mêler de leurs propres affaires.

Francfort, le 19 juin 1984 L'IG-Metall et le patronat de la métallurgie ont conclu un accord mercredi 27 juin sous les auspices du médiateur Leber, ancien ministre social-démocrate. La consultation des «délégués des conseils d'entreprises » était en cours en fin de semaine. Le travail devait selon toute vraisemblance reprendre, à partir du mardi 3 juillet ou du mercredi 4. L'analyse du compromis proposé par la direction de l'IG-M, après sept semaines de lutte, et les discussions animées qu'il entraîne dans le syndicat, sont largement évoquées dans Rouge du 6 juillet. Nos lecteurs s'y rapporteront. A l'heure où ces lignes sont écrites, les travailleurs de l'imprimerie et leur syndicat, l'IG Druck und papier, sont pour leur part toujours en grève.

Dimanche t•' juillet.

Une erreur sur cette page ?