quand le PCF était chassé du gouver.oenœent
Pouvoir d'achat ouvrier de la Libération à d é c e mbre 1947
(indice 100 en oct obre 1938)
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1944 1945 1948
Source BSGF de la période
Mai 1947-juillet 1984: deux moments que l'Histoire et les commentaires politiques ne peuvent que rapprocher. L'un voit l'éviction des ministres communistes du gouvernement Ramadier, l'autre la décision des mêmes communistes de ne pas reconduire leur participation au gouvernement de gauche.
Si la rupture de 1947 a projeté son ombre sur celle de 1984, l'analogie historique entre ces deux événements ne fonctionne pas, sauf pour souligner leurs différences profondes (voire leur opposition). Il en
L
E vendredi 25 avril, à 6 h 30, les ouvriers des départements 6 et 18 des usines Renault-Billancourt cessent le travail. L'exaspération ouvrière est portée à son comble par la diminution annoncée de la ration de pain. A l'initiative des animateurs de la grève, militants trotskystes de la Voix ouvrière, un comité de grève est élu par les travailleurs réunis en assemblée générale.
Désarçonnée par l'explosion, la section CGT s'oppose à la grève en taxant ses initiateurs de « provocateurs >> et en contestant son caractère revendicatif. Il leur faut pourtant se rendre à l'évidence le lundi 28 avril. Deux meetings se tiennent place Nationale: le premier, organisé par le comité de grève, réunit trois mille travailleurs qui décident d'étendre la grève à toute l'usine. Ce même jour, à 17 h 30, les dirigeants syndicaux de la CGT appellent à la reprise du travail et se font huer. En fin de journée, les ateliers 5, 48, 49, 103, l'usine 0, les ateliers de tôlerie et du décollage arrêtent à leur tour le travail pour les mêmes revendications : prime horaire de 1 0 francs, minimum vital de 9 000 francs. Le mouvement gréviste touche alors dix à douze mille travailleurs.
Pour la fédération parisienne des
Maria PEREZ et Ph ilippe ANDREA va de même des participations gouvernementales du PCF, dont l'un des rares traits communs est l'exceptionnalité.
La signification de tels épisodes ne s'affirme souvent qu'a posteriori, au regard de tournants plus décisifs de la situation nationale ou internationale, s'ils en ont constitué les signes superficiels et prémonitoires et en sont par la suite devenus un symbole. Tel fut le cas de la rupture de mai 1947, dont nous entreprenons ici un récit et une analyse synthétique. métaux de la CGT, c'est l'inquiétude. La métallurgie a été conquise en 1936. C'est un des nouveaux bastions de l'implantation syndicale du PCF, son fer de lance. L'extension des revendications de Renault aux autres usines de la métallurgie parisienne est tout à fait possible. Le risque existe d'un débordement de la CGT, sur la gauche.
Le 29 avril, c'est donc la volte-face. La section CGT de Renault et la fédération des métaux se rallient aux revendications des grévistes. Mais déjà, le conflit est devenu une affaire gouvernementale. Le PCF s'est rallié aux grévistes alors qu'on discute à l'Assemblée nationale du blocage des salaires. La coupure est faite entre les 90 partis gouvernementaux, socialistes et MRP (démocrates-chrétiens) d'une 80 part, PCF de l'autre. Le 4 mai, ce dernier refuse de voter la confiance au 10 gouvernement sur la politique éco-
60 nomique et salariale. Le lendemain, Ramadier, président du conseil so- 50 cialiste, renvoie les ministres socialistes. 40 Incident de parcours? J(}
20 Ce n'est donc pas sur l'Indochine où la guerre commence, encore
moins sur le soulèvement malgache, que se brise la coalition gouvernementale ; c'est sur un conflit social. Est-ce pour cela que la direction du PCF ne comprend pas le caractère irréversible de cette rupture ? Sans doute. Les semaines et les mois qui suivent prouvent en tout cas qu'il ne s'agit pour elle que d'un intermède.
la situation économique s'améliore et la situation redeviendra normale, le PCF retournera au gouvernement. Quant aux grèves qui continuent et s'intensifient, elles prouvent simplement qu'on ne peut imposer des mesures impopulaires à la classe ouvrière sans avoir le PCF avec soi. Au Congrès de Strasbourg, le PCF s'affirme « un grand parti de gouvernement >>. Pendant que Frachon réitère ses appels à « la bataille de la production n, Thorez déclare : (( Nous reviendrons au gouvernement car le peuple nous approuve. n
Beaucoup de militants et de responsables locaux du PCF sont soulagés que prenne fin une situation qui les mettait en porte-à-faux. Un ancien responsable du Nord écrit : (( Cè fut dans la salle une explosion de joie : tout le monde applaudit, on se mit à rire. Les ministres communistes s'étaient déclarés solidaires des travailleurs de Renault. La lourde hypothèque était
Quel soulagement pour tous ! (1) >>.
Nul ne semble comprendre dans le PCF qu'une page est tournée; et bel et bien tournée. Plus lucide, Tillon voit que la (( grève n 'a été qu 'un aspect d'une crise qui va tout remettre en question n. Depuis plus d'un an, une nouvelle situation internationale est ouverte. Ramadier le sait, Thorez non. n lui faudra attendre septembre 1947 pour que Staline lui signifie que l'après-guerre est finie : une nouvelle période s'est ouverte, celle de la guerre froide. Le partage du monde
Les Etats-V nis étaient sortis de la guerre terriblement renforcés. En face d'eux, l'URSS était exsangue, au bord de la famine, mais son potentiel militaire et son influence politique rendaient illusoire la possibilité de l'éliminer purement et simplement, comme l'impérialisme en a le désir depuis que le capitalisme a été renversé dans cet immense pays. En même temps, les impérialismes européens sont rumes, avec pour conséquence une désorganisation des anciens empires coloniaux où les mouvements pour l'indépendance et le socialisme s'affirment et vont remporter leurs premières victoires avec les révolutions chinoise et vietnamienne. La quasi décomposition des puissances européennes a une autre conséquence : la guerre a exacerbé toutes les contradictions du capitalisme, entraînant une montée révolutionnaire dont les points culminants sont en Grèce et en Yougoslavie. Les autres pays, à un niveau moindre, sont secoués par des grèves générales et voient se développer des formes de contrôle ouvrier et même de double pouvoir politique et militaire. La situation est grave pour l'impérialisme car, avec le départ des armées allemandes, les Etats bourgeois avec leurs administrations et leurs appareils de répression s'écroulent, laissant un vide, une vacance du pouvoir qui peut faire basculer ces pays dans la révolution.
Dès la fin de la guerre contre Hitler, les Américains se préparent à une croisade anticommuniste et antisoviétique. Ils ont en vue la rupture de leur alliance avec l'URSS telle qu'elle avait été concrétisée par les accords de Y alta de répartition du monde en zones d'influence. C'est l'un des sens que prend l'utilisation de la bombe atomique, par deux fois, contre les Japonais. Alors que l'URSS ne possède pas cette arme, les Américains s'en servent comme d'un avertissement. Elle leur permet aussi de faire capituler le Japon en écartant les Soviétiques du règlement.
De son côté, Staline respecte à la lettre les accords de Yalta: il poignarde dans le dos la révolution grecque qui était largement en mesure de l'emporter sur l'impérialisme ; il fait tout pour empêcher Tito de prendre le pouvoir, et il ne met pas en cause les anciennes structures sociales dans les pays qu'il occupe militairement.
L'impérialisme a deux atouts : d'une part les forces armées angloamencaines (qui constituent le nouveau pouvoir officiel de facto en Italie) et d'autre part, les dirigeants des partis social-démocrates et staliniens qui entendent aider à la reconstruction d'Etats bourgeois dans le cadre des accords de Y alta. L'impérialisme jouera tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, tantôt sur les deux. Quand l'essentiel est de stabiliser de nouveaux appareils d'Etat en éliminant les formes embryonnaires de double pouvoir, en évitant tout affrontement qui pourrait tourner à son désavantage et aider les masses à se radicaliser, il fait alliance avec les partis communistes dans les gouvernements de coalition en Belgique, en Italie et en France. La restauration
Dès juillet-août 1944, le PCF apporte son soutien à de Gaulle qui délègue dans chaque département des préfets ou des commissaires de la République, en opposition aux comités de Libération nés de la clandestinité. Effectuée sans douleur à Paris, l'opération est moins aisée en province, notamment dans le sud-ouest ou le Limousin : les organes de la résistance n'y sont pas un double pouvoir, mais bien le seul. Dans le même temps, Forces françaises de l'intérieur et Francs-Tireurs et partisans que dirige Charles Tillon doivent s'amalgamer avec l'armée régulière. Enfin, le PCF, après quelques tergiversations reflétant le malaise qui agite bien des militants issus de la dissout les milices patriotiques (2).
Quant aux peuples des pays coloniaux, seule la répression répond à leurs aspirations nationales qui surgissent avec vigueur. C'est en Algérie que le bilan est le plus lourd : le bombardement de Sétif en mai 1945 laisse de six à huit mille morts. Pour l'Indochine, la question est réglée dès août 1944 en ces termes par le PCF : « Le peuple de France entend que l'Indochine comme tous les territoires d 'Outre-mer, revienne en enti er et sans hypothèque, dans la communauté fédérative de la grande France (3). n
All y a alors cinq ministres communistes au gouvernement, dont Maurice Thorez. Cet Etat nouvellement reconstruit doit jouer un rôle important dans l'économie: les nécessités de l'après-guerre lui ont transféré la direction des transports et de l'énergie par la nationalisation des houillères, par la création d'EDF-GDF. Ces nationalisations, associées à la présence des ministres communistes sont présentées par le PCF comme un acquis des travailleurs, alors qu'elles ne couvrent souvent que des secteurs déficitaires. L'Etat est ainsi appelé au rôle d'interlocuteur privilégié de la classe ouvrière en matière de revendication. Et si les différentes fractions de la bourgeoisie se divisent quant aux mesures à prendre, elles comprennent toutes que seule l'augmentation de l'exploitation par l'allongement important de la durée du travail, accompagnée d'une baisse vigoureuse du pouvoir d'achat de la classe ouvrière, peut remettre
sur pied l'économie capitaliste. Mais cela, encore faut-il le faire accepter aux travailleurs. Par son prestige, celui de l'URSS, la confiance que lui accorde la majorité des travailleurs, le Parti communiste peut faire passer l'amère pilule dès l'automne 1944 : « Produire, produire d'abord », le PCF martèle sur tous les tons cette nouvelle nécessité. A ceux qui espèrent encore la construction d'une nouvelle société, socialiste, Thorez ne laisse aucune illusion: « Nous sommes pour la révolution, demain. En attendant, nous voulons que le système capitaliste fonctionne selon ses propres lois, auxquelles il ne faut pas porter atteinte. » «Produire, c'est aujourd'hui la forme la plus élevée du devoir de classe. » Au nom de cet impératif, le PCF va s'opposer durement à tous les mouvements sociaux qui éclatent du printemps 1945 à mai 1947. Une classe ouvrière rétive
La fin de l'occupation n'amène pas, loin s'en faut, la fin de la course au ravitaillement. La pénurie est toujours à l'ordre du jour avec ses deux compères : rationnement et marché noir. A cette pénurie s'ajoute le décalage vertigineux entre la hausse des prix et celles des salaires. La clas. se ouvrière, qui a imposé à la Libération une hausse des salaires de 50 % à des patrons tremblants, se voit dépossédée de cet acquis par l'inflation dès l'hiver 1944-1945. Les prix flambent, les salaires ne suivent pas (4).
C'est autour de cette question que naissent de nombreux conflits dès le printemps 1945. Ils heurtent violemment la politique menée par le PCF, soit directement, soit par ses ministres, soit par l'intermédiaire de la CGT réunifiée. Celle-ci, qui revendique 5,5 millions d'adhérents à son premier congrès d'avril 1946, est profondément transformée. L'ancienne CGTU (communiste) est désormais majoritaire à 80 % et les ex-confédérés (socialistes) sont réduits à la portion congrue dans bien des fédérations, à l'exception de celle des fonctionnaires. Le rapport des forces dans le mouvement syndical entre PCF et SFIO s'est inversé au profit incontestable du premier.
Mais sans n'être encore qu'une façade, cette toute nouvelle unité ne va cesser de se dégrader de 1945 (date à laquelle Jouhaux crée l'hebdomadaire Force ouvrière) à 194 7, date de la scission. Sans doute, la minorité liée à la
SFIO et ses groupes socialistes d'entreprise, voit-elle avec bienveillance, dans une certaine mesure (5) et dans un premier temps, les conflits qui éclatent contre la volonté de la majorité. Cette position tactique est suscitée pour des raisons fondamentales de rapports de forces internes. Mais ces conflits sont parfois le produit de l'activité des militants révolutionnaires, souvent de la simple exaspération grandissante d'une classe qui, au fil des mois, se rend compte qu'elle a été flouée de sa victoire.
Ces conflits, nombreux, brefs souvent, éclatés, sporadiques, s'accompagnent peu à peu d'un écœurement de la classe ouvrière qui, obsédée par la recherche du pain quotidien, se détourne des manifestations politiques et, plus largement, d'un syndicat incapable de défendre ses intérêts. Les élections à la Sécurité sociale du 24 avril 194 7 vont traduire ce mouvement de façon crue : alors qu'elle revendique six millions d'adhérents, la CGT n'obtient que 3,3 millions de voix, soit 59 %. Elle paie ainsi la politique suivie qui a fait d'elle une simple caisse de résonnance des ministres communistes. L'abstention s'est accompagnée (( d'une hécatombe (. . .) de membres estimés du Parti communiste (7)». C'est un indice qui ne trompe pas la direction du PCF : une partie de la base ouvrière conquise à la Libération se détourne du Parti communiste. Le lendemain de ces élections, le 25 avril, éclate la grève Renault. La guerre froide
A partir de 194 7, 1 'impérialisme prend de nouvelles initiatives pour consolider la stabilisation politique. D'une part, il va rompre, officiellement et au grand jour, son alliance avec l'URSS. Truman, président des Etats-Unis, décrit dans un discours de mars 194 7 la politique du « con tainment», c'est-à-dire d'endiguement de l'URSS. Il va prendre une seconde initiative avec le plan Marshall, destiné à remettre en selle les économies toujours défaillantes de l'Europe et du Japon, grâce à une aide massive, quitte à se créer à terme de nouveaux concurrents.
Cette démarche a un aspect politique implicite : assumer désormais, partout où c'est nécessaire, l'affrontement avec la classe ouvrière et cela notamment en France. L'alliance avec les PC n'est donc plus nécessaire et devient même un obstacle à la croisade anticommuniste internatio-
• Nombre de journées de travail perdues en 1946 et 1947 el part spécifique des grèves de novembre·décembre 1947
(Source : RFT n° 1·2·3, janvier-mars 1948, p. 95)
P~riodtS
Houillères
SNCF
Autres activit~
Anntt 1946
31200)
1941
-
Janvier
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-
Février
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-
26 760
Man
-
Avril
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-
Mai l08 044
Juin
620 00)
3 864 00)
1 932 421
-
-
Juillet
283515
-
-
Août
24 189
-
-
Septembre
361 974
-
-
Octobre
313 886
Novembre
1 506 000
217000
5823213 s 368 921
Dktmbre
11561XX)
442 000
Année 1947
3 28200)
4 523 00)
14 868 285
Total des deux derniers mois
2 662 000
65900)
Il 192138
Pourcentage de perte rapporté à l'année 1947
81 ..
IH•
1Ho
1. Roger Pannequin, "Adieu camarades"·
Sagittaire, 1977.
2. Sur tout ce qui concerne cette période, voir "Conflits, pouvoirs et société à la
Lil:>ération ,, G. Majdarian, 10/18, 1980.
3. Ph. Rol:>rieux, «Thorez, vie privée, vie pul:>lique ••· Fayard, 1975.
4. A l'ouvrier efflanqué s'oppose un paysans gros et gras : la ration théorique étant de 2 600 calories, la moyenne parisienne était de 2 100 contre 3 200 pour la campagne en mai 1946.
5. Jouhaux s'opposera fermement à plusieurs reprises à tout ,, aventurisme,, en matière de revendications, notamment lors du conflit des PTT en 1946. Voir "le mouvement social,,, n° 92, septeml:>te
1975.
6. Benoit Frachon, comité central de mai
1945. In Lacroix- Riz, " la CGT de la Lil>ération à la scission de 1944 à 1947 ••.
Ed. sociales, 1983.
7. Aml:>roise Croizat, " Cahiers du communisme,,, juin 1947. Croizat était ministre du Travail.
nale. Les ministres communistes sont chassés le 5 mai 1947 en France, le 1 0 mai en Belgique et le 13 en Italie. Il n'y a aucun hasard dans cette simultanéité.
La politique de Staline entre 1944 et 1947 a été remarquablement résumée par une formule de Isaac Deutsher : « l'autocontainment » (l'autolimitation) c'est le dernier avatar de la politique de « construction du socialisme dans un seul pays»: Staline sacrifie tous les progrès possibles de la révolution mondiale à son alliance avec les Etats-Unis qui devrait lui garantir un statu quo général. L'échec de cette politique était inévitable pour deux raisons essentielles : d'abord parce que l'impérialisme n'accepte le statu quo que forcé et en attendant de pouvoir faire mieux ; ensuite parce que les avancées de la révolution dépendent de facteurs autrement plus puissants que les combinaisons des bureaucrates dictateurs. Les révolutions chinoise et yougoslave en feront la preuve : elles se sont d'ailleurs l'une comme l'autre faites contre l'impérialisme et contre Staline qui n'a rien épargné pour les saborder (ce qui sera révélé au moment de leurs ruptures respectives avec l'URSS).
Les soviétologues américains, quand ils sont chargés de réfléchir et non pas des basses œuvres de la propagande le savent bien. L'un deux, Keenan, écrit : « Du monde bourgeois comme de son entourage dans le monde du communisme, Staline ne voulait qu'une chose, la faiblesse. Ce n'est pas du tout identique à la révolution (8). n Epilogue français
Staline n'avait guère pour habitude d'informer les « partis frères » des brusques changements de sa politique. A eux de les deviner s'ils étaient suffisamment malins pour le faire. Dans le cas contraire, on leur signifiait brutalement le changement de la lutte de classes et... de la ligne du parti.
Ces relations cordiales et fraternelles, la parti français en fait les frais, par Duclos interposé, en septembre 194 7. Au cœur de la forêt polonaise, à Szklarska-Poreba, tous les dirigeants des PC européens sont réunis sous la houlette de Jdanov qui représente l'URSS et la nouvelle politique à suivre. Pour les représentants du PCF présents, Duclos en tête, le choc est rude : venus présenter le bilan de trois années de bons et loyaux services au gouvernement, ils se voient accusés de tous les péchés opportunistes par ceux-là mêmes qui leur avaient dicté cette politique.
Les Soviétiques vont laisser les Yougoslaves, tout auréolés de la gloire de l'insurrection victorieuse, porter les coups les plus durs contre la politique suivie par le PCF depuis la Libération. Duclos s'en souviendra quand viendra le moment de la chasse aux sorcières contre les titistes. En attendant, il se voit contraint à la plus plate des autocritiques, reconnaissant tout à la fois (( /égalitarisme, illusions parlementaires, opportunisme n. La conférence se sépare après avoir décidé la fondation du Bureau d'information des partis communistes, le Kominform. Duclos repart, avec dans ses bagages la nouvelle ligne qu'il va falloir expliquer et appliquer.
La guerre froide, qui s'est installée entre l'URSS et les USA, va donc se répercuter directement entre leurs « lieutenants » dans le mouvement ouvrier : PCF et SFIO. Cette dernière, partenaire gouvernemental d'hier à qui l'on proposait la fusion organique, devient pour le PCF un laquais de l'impérialisme. Le PCF, dont on encensait hier la rigueur des ministres, se transforme dans la propagande de la bourgeoisie et des socialistes en incarnation de la subversion. Le mouvement syndical se divise suivant les lignes de ·fractures des partis ouvriers. L'explosion des violentes grèves de novembre-décembre 1947 consomme la scission de la CGT. Grèves« Molotov», grèves dictées par le Kremlin comme le prétendent la bourgeoisie et les socialistes ? Deux millions de travailleurs ne se mettent pas en grève sur l'ordre de Staline. En réalité, les grèves de l'hiver 1947 sont l'aboutissement d'urie longue suite de mouvements sociaux depuis la grève des mineurs de 1941, de l'exaspération de la classe ouvrière et de son désespoir. La politique du PCF a eu pour résultat de différer l'affrontement avec la bourgeoisie qui couve depuis 1944 et se produit alors que cette dernière est forte et que la classe ouvrière est affaiblie car divisée, désunie durablement dans ses organisations.
Ainsi, le départ des ministres communistes, quels que soient les prétextes choisis dans chaque pays, correspond à l'ouverture d'un nouvelle phase dans la vie politique mondiale, qu'on appellera la guerre froide et dont l'impérialisme a pris l'initiative.
La direction soviétique ripostera en intégrant les pays du glacis aux structures de l'économie soviétique, par la suppression bureaucratique de la propriété privée et la concentration du pouvoir entre les mains des différents PC. François Fetjo, historien qu'on ne peut soupçonner de sympathie pour le communisme est luimême obligé de reconnaître cet ordre des évènements : <' La politique soviétique après 1947 doit être interprétée comme une réaction à la politique de "containment" inaugurée par la doctrine Truman et le plan Marshall (9). >>
8. In D. Horowitz, "De Yalta au Vietnam "• tome 1. 10/18, 1973.
9. F. FejtO, "le Coup de Prague, 1948 ''•
Ed. du Seuil.