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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

PCF : étapes d'une faillite

· Critique communiste, n° 33, septembre 1984 · p. 8-13 · 4 835 mots

PCF • • étapes d'une faillite ce qui fut la norme : ce parti qui at- · même proche du record de novembre

1. Une coalition de gauche, le Front républicain, gagne les élections de 1956. Elle a été élue sur le thème de la paix en Algérie. Président du Conseil, Guy Mollet demande les pouvoirs spéciaux. Le PCF les lui accorde. Mollet allait capituler devant les jets de tomates des colons algérois, envoyer le contingent en Algérie, et lancer la guerre à outrance.

2. In " le Choc du XX• Congrès,, Ed. sociales, 1982.

3. Réduction du parti à une force d'appoint: argument utilisé quand la direction s'oppose à l'unité d'action. Raison avancée notamment pour refuser la participation du parti et de l'UEC à la journée organisée le 17 octobre 1960 par l'UNEF, la FEN et la CFTC contre la guerre d'Algérie et les tortures. Cette date marque le début de l'essor des mobilisations de masse contre la guerre et de la dissidence de I'UEC.

4. Il peut être intéressant de rappeler que le secteur Sorbonne-lettres de l'UEC, bastion de la tendance de gauche, fut dissous pour avoir caractérisé publiquement la candidature Mitterrand comme bourgeoise, et souhaité une candidature du mouvement ouvrier. Les principaux animateurs du secteur Sorbonne-lettres formeront la JCR puis, après Mai 68, seront parmi les fondateurs de la Ligue communiste.

A

GGRAVE lors des élections européennes du 1 7 juin dernier, le recul du PCF place désormais ce parti sous la menace de la marginalisation politique, en situation de lutte pour sa survie.

Ce lent déclin ponctué d'effondrements brusques n'est pas seulement électoral. Il affecte aussi ce qui fait la force déterminante du parti, son enracinement ouvrier : rétrécissement, perte de poids absolu voire disparition de ses bases traditionnelles dans l'industrie; semi-échec de ses tentatives vers les couches employées et surtout techniciennes du salariat. La lente érosion de l'audience de la CGT, amorcée parallèlement à celle du PCF, montre combien les tendances à J'œuvre au sein du mouvement ouvrier français sont, pour employer un vocable à la mode, des tendances « lourdes».

Ce déclin se lit aussi dans le vieillissement de la mouvance immédiate du parti. Un sondage commandé par l'Humanité dimanche révèle que 48 % des lecteurs de cet hebdomadaire ont plus de cinquante ans et 19 % seulement moins de trente-quatre ans. Aucune indication n'est donnée sur le pourcentage de lecteurs de moins de vingt-cinq ans. Les sondages récents réalisés sur les intentions de vote par tranche d'âge indiquent un pourcentage de 6 % de jeunes de moins de vingt-cinq ans favorables au PCF. Il n'y pas là seulement une situation nouvelle pour le PCF, mais une inversion de tira massivement la jeunesse pendant des décennies est aujourd'hui repoussé par elle.

Toutes les tentatives de la direction du PCF pour remonter le courant ont précipité la chute - comme les contorsions désordonnées d'u n noyé rapprochent le moment de l'asphyxie. Toutes ses

Michel THOMAS tentatives pour se doter d'un look démocratique et responsable, ou au contraire pour ressusciter la vieille identité « révolutionnaire » n'ont fait qu'accroître trouble et confusion.

Il serait cependant trop simple d'assimiler ce déclin historique à un phénomène naturel, analogue aux processus sociologiques ou biologiques. Pareilles interprétations confondent description et explication. Elles reposent souvent sur l'a priori du caractère anormal ou exogène à la société française du PCF, et en définitive du communisme lui-même. Elles font J'économie de J'analyse des causes politiques et sociales, c'est-àdire des luttes politiques et sociales, nationales et internationale, qui se sont nouées dans une configuration particulière et ont conduit le PCF là où il se trouve aujourd'hui. Le précédent de 1958

Si l'on peut parler de recul ou de déclin historique du PCF, c'est par opposition à une défaite qui peut être surmontée, fut-ce partiellement. Le PCF a connu pareille défaite, en des temps encore proches, après le coup d'Etat gaulliste de 1958. Seule force politique importante à se battre pour le « non », le parti perdait 30 % de son électorat lors du référendum de septembre, pertes confirmées aux législatives de novembre : il tombait à 19,20 %, contre 25,90 % aux élections comparables de 1956 (score lui1946: 28,30 %).

Le parti de Maurice Thorez payait la trahison des espoirs mis par les travailleurs dans la Libération, son alignement sur de Gaulle à J'époque, et de façon plus générale sa compromission dans une IV• République discréditée, en défense de laquelle les travailleurs ne pouvaient

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du parti contre la réaction et les fas-_ renvoyée à un au-delà lointain.

mobiliser. Il subissait aussi les conséquences de sa politique algérienne : refus de toute solidarité avec le FLN et vote des pouvoirs spéciaux à Guy Mollet en 1956 (1).

Mais ce recul électoral du PCF, sans précédent jusqu'alors, exprimait aussi la défaite de la classe ouvrière en mai 1958. Désormais confronté à un Etat fort, le parti refit ses forces dès que la classe ouvrière se remit peu à peu en mouvement. Il bénéficia alors d'avoir été le seul grand parti ouvrier à avoir défendu le « non » à de Gaulle. A l'inverse, compromise par sa collaboration avec le Général jusqu'en 1962, la SFIO allait subir un rétrécissement constant de ses bases sociales, un effritement de son électorat et le mépris prononcé de la jeunesse.

Dès 1956 et au cours de ces mêmes années, Thorez avait réussi à préserver son parti des effets désagrégateurs de la crise du stalinisme, publiquement ouverte : le choc de l'insurrection hongroise de 1956 fut encaissé, malgré des pertes importantes, par une mobilisation en défense cistes. L'existence du « Rapport Khrouchtchev » qui « révélait » au monde les crimes de Staline fut longtemps niée (on parlait de « prétendu rapport Khrouchtchev » ou de « rapattribué [par la presse bourgeoise] au camarade Khrouchtchev»). Maurice Thorez, Jeanette V ermeersh, Jacques Duclos et toute la vieille garde stalinienne agissaient ainsi par autopréservation, complices qu'ils avaient été -et pas seulement passifs ! - des crimes staliniens. Ces dirigeants, qui avaient éduqué deux décennies durant des millions de travailleurs dans le culte du « petit père des peuples » (culte dont Thorez faisait également l'objet en France), craignaient pour leur prestige et plaçaient comme de coutume les « intérêts supérieurs» du parti au-dessus de la vérité, fut-ce celle qui parvenait à demi-voilée de Moscou.

Que cette direction ait pu différer, neutraliser ou amortir dans le temps le choc de la « déstalinisation » sur le parti français, en dit long sur le régime intérieur qui y régnait et sur le sentiment de camp retranché, assiégé à l'intérieur de la société bourgeoise, qui y dominait.

Les Editions sociales n'ont publié que tout récemment le fameux rapport naguère « attribué » à Khrouchtchev (2). Avec presque trente ans de retard ! Mais s'ils ont protégé le parti (c'est-à-dire avant tout eux-mêmes et la cohésion de l'appareil), les vieux dirigeants thoréziens laissaient à leurs héritiers de terribles bombes à retardement. Fusée porteuse de Mitterrand

La politique d'Uni on de la gauche s'esquisse durant ces années de gaullisme triomphant. En 1964, Thorez définit la perspective devant le XVne Congrès du parti : <<Dans l'immédiat, c'est en réalisant le front unique entre les partis qui se réclament de la classe ouvrière et l'union de tous les républicains que nous créerons un mouvement suffisamment fort pour éliminer le pouvoir personnel et instaurer une démocratie véritable. n Ce la ngage n'a rien de neuf. Il prolonge ceux de 19 3 6 et de 1945. La nécessité de promouvoir la plus large alliance, au-delà des partis ouvriers, est justifiée par l'inévitabilité d'une « étape démocratique », nettement séparée de la révolution socialiste. La lutte pour le renversement du capitalisme est donc

Cette politique authentiquement réformiste s'accorde avec la réaffirmation dogmatique et abstraite des « principes universels » du marxisme-léninisme, de la nature de classe de l'Etat bourgeois et de la nécessité de le détruire par la violence pour instaurer la dictature du prolétariat. La répétition dogmatique de ces principes, la vigueur et la fu reur des attaques de la bou rgeoisie contre l'URSS et le PCF, lavent de tout soupçon d'opportunisme une pratique réelle présentée comme des tactiques conduisant au but final. C'est qu'un large courant révolutionnaire de la classe ouvrière française, qui croyait trouver en l'URSS la continuation de la révolution d'Octobre, fut longtemps emprisonné par l'organisation stalinienne dans une politique contre-révolutionnaire.

Thorez n'innove donc pas à ce XVIIe Congrès, sauf pour avancer, en direction de Guy Mollet, l'exigence d'un « programme commun ». Or, confrontée à la v e République dont les institutions poussent à la constitution de blocs maj oritaires, la SFIO, qui vient de rompre avec de Gaulle, hésite : construire une grande force centriste avec Lecanuet et consorts (c'est le projet de « grande fédération » impulsé par Defferre) ou ... marcher à reculons vers une alliance avec le PCF. L'avortement de la première tentative laisse libre la seconde voie.

C'est alors que surgit M itterrand.

Candidat à la candidature unique de la gauche à l'élection présidentielle de 1965, ce politicien bourgeois opposé à de Gaulle dès le 13 mai, qui fut de presque tous les cabinets de la IVe République, sut devenir l'homme de la situation. Non par la grâce de son prestige (discuté) ou de ses vertus (peu appréciées) mais précisément parce qu'il était encore un politicien solitaire, au reste assez peu prisé. Mollet croit pouvoir le circonvenir et se l'attacher. Waldeck Rochet, successeur de Thorez, pense n'avoir rien à en redouter.

Si prompte ordinairement à dénoncer les complots visant à réduire le parti à une force d'appoint (3), la direction du PCF renonce à tout programme commun. Elle se rallie à Mitterrand sans négociation, sans même une seule rencontre, que le candidat jugeait inopportune. Elle se contente d'une intention d'agir « sans exclusive » affichée par Mitterrand quand il présenta, souverain, les sept options de la plate-forme présidentielle (4) !

En cette année 1965, Guy Mollet et la direction du PCF tendaient une corde dont ils ne soupçonnaient pas qu'elle serait un jour tenue par celui qu'ils propulsaient en avant contre de Gaulle, et qu'ils tenaient à l'époque pour un comparse de circonstance.

Après 1965, l'Union de la gauche demeure une perspective, mais une dynamique est enclenchée qui a réintroduit le PCF dans un jeu d'alliances politiques. Dans les années 1966-1968 apparaissent les signes -de mouvements profonds qui connaîtront des développements ultérieurs : le début de l'érosion de l'influence de la CGT dans la classe ouvrière et une première percée du PCF dans des couches salariées qu'il organisait peu jusqu'alors, essentiellement chez les enseignants. Un nouveau vivier est ainsi ouvert à l'appareil du PCF, dans lequel il va puiser de plus en plus largement pour renouveler ses cadres. Rempart du gaullisme en Mai 68

Mai 68 fit voler en éclats les lentes et laborieuses manœuvres des appareils politiques. Violemment hostile au mouvement de mai, le PCF géra ensuite la grève générale dans laquelle il ne voulut voir qu'un mouvement revendicatif. La CGT devait le solder au rabais à Grenelle.

Confronté à un mouvement de masse aussi généralisé qu'imprévu, à

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5. Le PCF tenta notamment d'imposer le vocable "gauchiste-Marcellin, (Marcellin était le ministre de l'Intérieur) pour désigner les courants et militants d'extrême gauche.

6. Deux dirigeants, jusqu'alors fort liés, expriment à ce moment des positions inverses: Jeanette Vermeersh qui approuve l'URSS et démissionne du bureau politique. Roger Garaudy qui veut une condamnation plus franche de l'intervention soviétique et entame un combat qui le mènera à l'exclusion.

7. Rapport publié dans la brochure "l' Union est un combat,, Etienne Fajon. Editions sociales, 1975.

8. Le PCF mena une active campagne autour de son programme, « Changer de cap , , au tout début des années soixante-dix, jusqu'en juin 1972. Ce document servit de base, avec le programme du PS, pour négocier le programme commun de gouvernement.

9. Quand il répudia le programme commun, le PCF repoussa du même coup l'idée d'un programme du parti ! Il lui substitua la notion, plus volatile, d'« objectifs de lutte et de transformation , , une situation pour le moins exceptionnelle puisque dix millions de grévistes occupaient usines et bureaux, quand le cri « Dix ans, ça suffit ! » retentissait dans toutes les manifestations, le PCF refuse l'occasion de chasser de Gaulle, d'effacer mai 1958, de jeter bas la ve République et son Etat fort. Il n'avança une perspective politique (« gouvernement populaire») que deux jours en mai, pour faire pièce aux manœuvres de Mitterrand et de Mendès-France qui aspiraient trop ouvertement à combler la vacance du pouvoir gaulliste.

Si le « mouvement de masse d'une ampleur inégalée » revient comme un refrain obligé dans tous les discours et résolutions de congrès du PCF à cette époque, le parti se comporte comme une digue, et combien efficace, quand ce mouvement se déclenche.

La situation politique et sociale nouvelle issue de Mai 68 oblige le PCF à rechercher très activement une solution politique. Le Manifeste de Champigny réaffirme, en décembre 1968, l'urgence d'une coalition à vocation gouvernementale avec le PS. C'est la condition nécessaire pour dominer et canaliser une activité ouvrière dont la spontanéité et le radicalisme l'inquiètent ; pour combattre enfin, en usant des vieilles méthodes staliniennes de calomnie, d'intimidation et de violence, un danger apparu sur sa gauche : les organisations révolutionnaires qui s'appuient sur une mouvance encore mobilisée et dont les initiatives connaissent de grands retentissements (5).

Le PCF est en même temps frappé par l'intervention des forces du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, le 21 août 1968. La direction est divisée et les militants du parti réagissent de façon contradictoire. Officiellement, le parti « réprouve », puis «désapprouve» (6). Sous la houlette de Marchais, il réintègre le giron brejnévien et traite au passé son désaccord sur l'intervention en Tchécoslovaquie.

Enfin le PCF lance initiative sur initiative pour gagner à lui les nouvelles couches salariées, employés, techniciens, dont il perçoit avec retard l'importance dans la classe ouvrière.

Quand est signé en juin 1972 le programme commun de gouvernement, la question de l'hégémonie future dans l'alliance est ouvertement posée. Mitterrand n'avait rien caché de ses intentions : faire passer le PCF de cinq a trois millions d'électeurs, au bénéfice de la social-démocratie. Les maléfices du programme commun

Dans un rapport prononcé le 29 juin 1972 devant le comité central et qui fut dissimulé aux militants jusqu'en 1975, Marchais déclarait : «Il est clair que la conclusion d'un programme commun, la perspective d'un gouvernement dans lequel le PS jouerait un rôle important, donneront à celui-ci des bases pour son effort pour se renforcer à notre détriment, si nous ne faisions pas ce que nous devions faire(...) En résumé, il y a dans le contexte national et international des éléments de contraintes, des risques sérieux pour le succès de l'entreprise que nous voulons engager sur la base de ce programme commun (7). »

Ces craintes de la direction du PCF se concrétisent dès 1974. Le PS commence à dominer son allié et concurrent dans les urnes. Hier moyen d'une croissance exceptionnelle et d'épanouissement du parti dans les institutions de la société bourgeoise, la tactique frontiste s'est retournée : elle fonctionne désormais comme un piège, et profite au PS.

«Si nous ne faisions pas ce que nous devions faire », avertissait Marchais deux ans plus tôt. Le PCF met alors en œuvre une panoplie de tactiques éprouvées, qui toutes vont se révéler stériles ou catastrophiques. Rappelons quelques épisodes : • Le parti se casse les ongles dans sa tentative de réaffirmation de son rôle indépendant dès 1974. Il réussit surtout à inquiéter une opinion acquise à l'Uni on de la gauche. • En 1976, un cours eurocommuniste est proclamé à grand fracas. Berlinguer, Carrillo et Marchais font chorus à Madrid. J uquin sert la main au dissident russe Plioutch devant les caméras. Les rapports avec l'URSS se tendent, Marchais procède à un dépoussiérage fort cavalier, devant les téléspectateurs, du vieil attirail dogmatique « marxiste ». Il répudie la « dictature du prolétariat» comme une défroque mitée, et dénonce le stalinisme comme une déformation passée qui n'aurait jamais affecté le PCF. Voilà une « déstalinisation » à

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PCUS!

l'esbrouffe, à fonction médiatique, vingt ans après le xxe Congrès du • Rompant l'Uni on de la gauche en 1977-1978, le PCF fait ressurgir le vieux thème sectaire et ultragauche de l'union à la base. Il approuvera bientôt . de façon agressive et provocante l'invasion de l'Afghanistan, la répression contre Solidarnosc en Pologne, et célèbre de la même façon le « bilan globalement positif» des pays du « socialisme réel». Mais ce repli sur le vieux passé d'isolement sectaire et sur l'URSS, sur l'ancienne identité « révolutionnaire» du parti ne fonctionne plus. C'est un désastre.

Dans le même mouvement - derrière son apparent radicalisme qui d'ailleurs ne fait guère illusionla direction avance une conception « nouvelle » de l'avancée vers le socialisme : c'est la thèse du « pas à pas » consacrée au XXIIIe congrès. Le préalable de la conquête du pouvoir politique est abandonné. La démarche programmatique (programme commun de gouvernement) est dénoncée comme cause de tous les maux. La stratégie étapiste est fustigée, abandonnée, au profit d'une démarche de contruction du socialisme « maintenant » (c'est le « pas à pas ») et de l'autogestion (hier vilipendée). Ce faisant, Marchais et les siens ramènent les conceptions théoriques <si l'on peut parler de théorie) de leur parti en deçà des révisionnistes de la ne Internationale. Bernstein lui-même est enfoncé. Même les possibilistes, composante du mouvement socialiste français à ses ongmes, s'en frotteraient les yeux : ils luttaient pour des réformes « possibles » dans la société capitaliste, et ne prétendaient certainement pas y introduire « pas à pas » et « maintenant » le socialisme, sans changement de la structure politique et économique ! • Retournement en mai 19 81 : c'est en position subordonnée que le PCF accède au gouvernement, où il joue les cautions et assume sa fonction de gardien de la paix sociale pendant trois ans. Et ceci, pour appliquer une politique jugée globalement négative par la classe ouvrière, qui l'a sanctionnée comme telle lors de nombreuses élections par son abstention massive.

Le PCF a justifié sa participation par le respect de la volonté des masses, qui par ailleurs ne lui ont pas donné les moyens de peser davantage sur le cours des événements. Ce comportement à la Ponce Pilate l'affaiblit encore plus : pourquoi voter pour un parti qui rejette ses fautes sur les électeurs, et brandit son impuissance comme preuve de sa pureté virginale ? • La décision de ne pas entrer dans le gouvernement Fabius en juillet 1981 annonce peut-être un nouveau tournant politique, mais elle semble d'abord procéder d'un souci de sauvegarde. Cette mesure préservatoire a d'abord pour but de faire tomber des tensions trop fortes à la direction et dans J'appareil, afin de préparer selon des méthodes habituelles le xxve Congrès : tous les problèmes politiques et de personnes doivent être réglés dans et par le haut appareil, avant la réunion des délégués. Révolutionnaire et réformiste ? Le PCF a perdu sur les deux tableaux

Lorsqu' il signe le programme commun en juin 1972, le PCF proclame une double ambition : il veut être à la fois un parti réformiste et un parti révolutionnaire. D'un côté, l'alliance avec le PS authentifie en quelque sorte la vocation gestionnaire et gouvernementale du PCF ; de l'autre côté, la présence du PCF dans l'alliance doit la garantir contre un retour toujours possible de la social-démocratie à la collaboration de classes.

Or, en paraphant le programme commun, le PCF officialise un rapprochement avec le PS qui est tout sauf circonstantiel. Le programme commun n'est pas un compromis entre les deux partis ; il définit le cadre stratégique qui leur est commun : des réformes de la société capitaliste, dans le respect de son fonctionnement et de ses institutions. Dans son rapport, déjà cité, de juin 1972, Marchais reconnaissait d'ailleurs que les objectifs sociaux du programme commun sont ceux du PCF et que « Pour l'essentiel (.. .) les chapitres portant sur la politique économique n 'appellent qu'un remarque : à savoir qu'ils sont proches de nos propositions. » Des compromis furent passés sur tel ou tel point quand il y avait écart, pas sur la logique d'ensemble du programme (8).

Ainsi, quoi qu'il ait dit et quoi qu'il ait tenté, le PCF se retrouva dans l'incapacité de défendre un programme indépendant, distinct du programme commmun (9). « Parti d'ordre », comme il se qualifiait dans l'après-68, le PCF avait lui-même brouillé les délimitations politiques d'avec la social-démocratie. Cette dernière sût, par contre, utiliser la caution que lui apportait le PC~ pour faire oublier les trahisons du parti de Guy Mollet et attirer à elle la majeure partie de l'électorat ouvrier, en particulier les couches techniciennes et supérieures du salariat qui ont basculé en sa faveur.

Bientôt distancé par le PS sur le terrain du réformisme - la social-démocratie offrant à cet égard plus de garanties et de gages d'efficacité-, le PCF ne parvint pas plus à réaffirmer une identité révolutionnaire.

L'appartenance du PCF au « camp socialiste» l'authentifiait naguère, aux yeux d'une large partie de la classe ouvrière et de la jeunesse, comme parti irrémédiablement opposé à l'ordre bourgeois. Dès lors que des illusions sur l'URSS de Staline et de ses successeurs sont tombées, un rejet profond est apparu dans la classe ouvrière et la petite bourgeoisie. Le discriminant qui jouait autrefois en faveur du PCF se transforma alors, à une large échelle, en signe négatif.

C'est la rencontre de cette double crise - celle engendrée par la concurrence malheureuse avec la social-démocratie, et celle du stalinismequi a entraîné le PCF sur la pente fatale. La rencontre de ces deux crises fonctionne comme un nœud coulant, car leur approfondissement et interaction réciproques interdisent au PCF de poser le pied sur quelque terrain ferme. Tout appui solide se dérobe, il n'est plus pour lui que fondrières. Une crise aux formes spécifiquement françaises

Depuis 19 81, la direction du parti incrimine le « retard de 1956 ». Elle désigne là une carence dans l'exploration à temps des « voies nationales au socialisme » et une myopie devant les modifications structurelles du salariat en France. Comme si la bonne fortune du PC italien avivait aujourd'hui le souvenir cuisant d'une occasion manquée ! Ce « retard de 1956 » tient en effet autant du regard d'envie porté sur le voisin transalpin que de l'autocritique (Le PCF se fit tout au long des années soixante l'agent des Soviétiques dans la lutte contre le « polycentrisme » prôné par Togliatti au sein du << mou-

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vement communiste international » et il ne cessa de combattre les tendances dites « italiennes » dans ses propres rangs.)

La thèse du « retard de 1956 » signifie que le PCF aurait raté à cette date un tournant que le PCI a réussi. Ce tournant fut, nous l'avons signalé, farouchement combattu par Thorez. Le PCF aurait-il pu s'orienter différemment après le xxe Congrès du PCUS et s'imposer en France comme .le grand parti ouvrier, communiste certes, mais occupant la place de la social-démocratie ? Il serait imprudent de chercher réponse à cette question sans prendre en compte les différences de situation concrètes entre le PCF et le PCI.

Réduit à l~llégalité depuis le début des années vingt, ce dernier n'a pu marquer profondément la classe ouvrière italienne de l'empreinte stalinienne, comme le fit le PCF. Il n'avait pas à répondre comme le PCF des différents tournants politiques de l'Internationale communiste stalinis~t:., car ces tournants n'avaient pû S::n-:qire dans une vie politique itt~rïi;ine écrasée sous le fascisme. Le PCI était donc beaucoup plus libre à l'égard de ses allégeances passées.

Il a pu prendre appui sur une puissance sans pareille en Europe occidentale pou r acquérir une quasiindépendance à l'égard de Moscou et déterminer sa politique selon ses intérêts nationaux, sans pour autant rompre avec le <' ; ~amp socialiste » ni fausser compagme au « mouvement communi ste international». Pleinement développée après 1956, cette politique lui permit de bloquer tout développement de la social-démocratie - en occupant son propre terrain- et de s'imposer comme l'interlocuteur politique obligé des partis bourgeois italiens.

On peut estimer a contrario qu'un cours « italien » en France se serait heurté à une tradition stalinienne très forte et n'aurait pas été sans menacer très gravement l'unité même du parti ; que la SFIO, axe des gouvernements de la IVe République et durcie dans son anticommunisme, constituait un obstacle plus coriace que le PSI. Mais ceci reste une vue de l'esprit, car ce tournant n'était pas à l'ordre du jour, la direction n'étant pas prête à une telle évolution à l'époque.

Par contre, on peut affirmer qu'aujourd'hui, alors que les a priori idéologiques sont tombés et que l'Histoire a d'une certaine façon tranché le différent su rgi entre les deux partis, un cours à l'italienne n'est plus possible. Le chemin est désormais fermé: par le PS d'abord, qui s'est acquis la position dominante que l'on sait dans le mouvement ouvrier français . Par le PC d'Uni on soviétique d'autre part, pour qui l'affaiblissement national des « partis frères » offre d'opportunes occasions de reprendre plus ou moins barre sur eux.

La trajectoire du PCE dans l'après-franquisme projette sur écran géant les risques mortels courus par les PC d'Europe occidentale qui ne bénéficient pas des positions de force exceptionnelles du PCI, dès lors que ces partis cherchent à gommer ce qui les différencie de la social-démocratie. Légalisé en 1976, le parti de Carillo collabore avec la monarchie et passe un pacte social avec la bourgeoisie espagnole. Il se donne un profil résolument novateur, poussant la critique de l'URSS et du « modèle » stalinien bien plus loin que l~s autres partis « eurocommunistes ». Résultat : il fait en un temps record le lit de la social-démocratie qui le marginalise totalement et parvient même à lui damer le pion sur le terrain syndical ! La crise explose alors dans le PCE : les courants « rénovateurs » qui voulaient en finir avec le régime interne stalinien maintenu par la direction carilliste sont expulsés ou quittent le parti. D'autres courants cherchent à refonder leur existence politique sur une ligne à la fois plus combative et un soutien proclamé au camp socialiste. Le PCE se disloque et l'URSS parainne ouvertement des organisations concurrentes du parti officiel.

Pas plus que dans l'expérience italienne, l'avenir du PCF n'est lisible dans celle du PCE. Le parti français dispose d'une ossature ancienne, de l'expérience et des fidélités acquises depuis des décennies d'existence légale. Soudée par ses intérêts communs (intérêts sociaux, matériels et de pouvoir d'un appareil qui forme une véritable couche sociale forte de dizaines de rniliers d'hommes et de femmes), la bureaucratie du PCF est autrement capable de résister au déchaînement des tensions centrifuges.

La crise du PCF est appelée à se poursuivre et à se développer sous les formes qu'on ne saurait déduire d'exemples voisins. Dans l'incapacité de desserrer les facteurs nationaux et internationaux qui se conjuguent pour l'affaiblir, le PCF est condamné à vivre dans la contraction et dans l'incohérence. Et il subit cet état

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d'autant plus durement qu'il s'affaiblit.

Les manifestations de sa crise sont depuis quelques années assez typiques : pertes massives de militants, par vagues successives ; instabilité des choix tactiques et probablement des tensions et jeux d'alliances au sein du secrétariat et du bureau politique, dont les délibérations demeurent totalement secrètes ; enfin, cohésion somme toute remarquable de l'appareil, qui a suivi et épousé sans déchirures tous les virages.

Il est vrai que chaque tournant a dégagé des oppositions, qui se maintiennent à l'intérieur ou à l'extérieur du parti. Ces oppositions, qui restent très limitées mais survivent, couvrent tout un spectre de positions politiques dont les extrêmes sont représentés par les communistes unitaires groupés autour de Fizbin et les vieux thoréziéns pro-soviétiques qui se présentent sur un profil « lutte de classe ».

Or, une situation radicalement nouvelle intervient qui peut modifier les traits de cette crise : le dispositif sur lequel repose la bureaucratie du parti est aujourd' hui entamé, menacé dans son équilibre et son existence par les reculs et effondrements qui se sont produits à tous les niveaux. A la perte de dizaines de villes et communes importantes, à la réduction du réseau de comités d'entreprises tenus par la CGT, vient s'ajouter une telle chute d'influence politique qu'elle fait surgir le spectre de la marginalisation. Dans cette situation nouvelle de confirmation et d'aggravation du recul, la cohésion d'un appareil menacé à terme dans sa survie va-t-elle se maintenir ? Où des différenciations politiques vont-elles éclore et se préciser sur une plus large échelle ? Ce n'est pas la moindre des questions posées par une crise dont les dirigeants ne peuvent plus nier l'ampleur. Tout leur effort consistera précisément à orienter le xxve Congrès du PCF vers des leurres, et à éviter que les véritables problèmes politiques, qui sont à la racine de la faillite, n'apparaissent.

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