A propos du livre de J. Saplr :
« Travail et travailleurs en URSS »
Qu'en est · II du prolétariat soviétique ?
Q
1. J. Saplr, .. Travail et travailleurs en URSS "• coll. .. Repères "• éditions La Découverte.
2. Adburahman Avtorkhanov, .. Staline assassiné "• Presses de la Renalssanœ. C'est le point de vue politique particulier de cet auteur qui l'amène à considérer rom me .. des nigauds d'Idéalistes " les authentiques bolcheviks et romme des .. eunuques politiques" les capitulards démoralisés et brisés.
U'EN est-il exactement de la condition prolétarienne dans ce qui fut le premier Etat prolétarien du monde et qui se prétend socialiste ? Pourquoi le prolétariat du pays qui fit la plus forrpidable révolution de l'Histoire n'a-t-il pas secoué le joug de la bureaucratie qui l'écrase depuis plus d'un demi-siècle, comme T rotsky pensait qu'il était inévitable qu'il le fasse si l'impérialisme ne détruisait pas l'URSS dans la guerre ? On peut trouver des éléments de réponse à ces deux questions dans le petit livre de Jacques Sapir, Travail et travailleurs en URSS. Des éléments et non pas la réponse ; des données, des chiffres, des « repères », ce qu i correspond à la vocation de la collection où il parait ( 1 ). Illusion d'optique
Qu'il ne s'agisse que d'éléments tient pourtant essentiellement au point de vue où se tient l'auteur. En effet, il n'y a pas de science sociale qui puisse être indépendante et au-dessus d'une conceptior. théorique générale de la société étudiée. Et la conception théorique de l'URSS qui soustend ce petit livre, c'est celle du «capitalisme d'Etat ». Si elle n'enlève rien de leur valeur aux données subjectives rassemblées là, elle perturbe en revanche fortement la première partie, historique, du livre en présentant implicitement les bolcheviks comme étrangers au prolétariat. Qu'était donc leur parti? Quelle classe représentait-il ? Quelle était la nature de la révolution d'Octobre ? On ne le saura pas dans ces pages. Mais, par contre, qu'en donnant la terre aux paysans, les bolcheviks n'appliquaient pas leur programme, et que, dès les premières années ils se sont conduits, en fait, comme des ennem is du mouvement ouvrier : <<La destruction du contrôle ouvrier est enjolivée du qual((icat(f de "progrès" au nom d'une théorie des avantages du travail forcé. D'abord réduit à un petit ilot. le bolchevik va , peu à peu. reconquérir le pays. Le moins que t'on puisse dire est que cela ne se fait pas toujours avec le peuple : " Vive les bolcheviks qui nous ont donné la terre, mort aux communistes qui nous volent le blé", disent les
Michel LEQUENNE paysans. Les révoltes de Cronstadt et de Tambov témoignent de l'exaspération d'une partie de la population qui avait soutenu Octobre. L'écrasement dans le sang de ces révoltes. le développement d 'une nouvelle police politique, la ''Tcheka", montrent à quelles extrémités le nouveau pouvoir est prêt pour tenir (p. 19). » A un tel résumé ultragauche peuvent souscrire les plus réactionnaires des historiens et « soviétologues ». Il faut y ajouter qu'il n'y a pas la moindre mention dans ce livre des luttes politiques intérieures au parti bolchevik qui soustendent les choix économiques et, par conséquent, les options de classe ; pas la moindre mention de l'Opposition de gauche, ni même du nom de Trotsky, pourtant sans doute pas superflu quand on évoque sans le nommer le problème des « ciseaux >> (résolution de la contradiction entre les besoins de l'agriculture et de l'industrie, de la campagne et de la ville, des paysans et des ouvriers) et de l'industrialisation. A quoi bon, il est vrai, si léninisme et stalinisme sont un continuum, ainsi que cela va de soi dans le consensus qui rassemble les réactionnaires de droite et de la « gauche » stalinienne comme social-démocrate. De ce point de vue, la terreur contre-révolutionnaire des années trente n'est qu'une conséquence de cette révolution. Cela relativise beaucoup l'intérêt des informations du premier chapitre de cette première partie qui ne sont qu'un choix arbitraire de faits, mis en bouquet dans l'ignorance volontaire des conditions de la révolution, dont le principe est ainsi implicitement nié. Ainsi l'on apprend qu'en 1923 et 1924, il y eut des grèves contre les heures supplémentaires, et des licenciements, en priorité(!) des ouvriers qualifiés, membres des syndicats (p. 23). Mais quand on apprend à la page suivante que les «directeurs rouges» se plaignent dans la presse de la « dictature syndicale », et que la même presse fait écho aux dénonciations par les travailleurs de la « compétition socialiste >), certains parlant même de «capitalisme d'Etat», l'auteur, sans s'en apercevoir, manifeste qu'alors les travailleurs, loin d'être muselés et terrorisés, défendaient publiquement leurs intérêts.
Etait-ce contre la bureaucratie montante ? En partie, à coup sûr. Mais en tenant compte que la guerre civile avait laissé en 1921 le pays ravagé et exsangue, une partie de la lutte, à t'intérieur de la classe, était celle de l'intérêt immédiat contre l'intérêt général, historique, qui exigeait un effort inouï et pénible, mais qui permit de retrouver en 1927-1928 le niveau de 1913. Jacques Sapir, ici, se place au point de vue« de J'atelier», non du point de vue de la classe tout entière.
Mais ceci a une paradoxale conséquence (paradoxale bien qu'il s'agisse d'un très vieux paradoxe dans les débats sur J'URSS), celle de donner au stalinisme une certaine justification en lui attribuant une « seconde révolution », aux « d({ficultés pires que celles de la guerre civile », selon le mot de Staline luimême, en 1945, à Yalta, mot qui apparaît tout à coup dans ce livre (p. 24) pourtant si avares de citations de dirigeants ou acteurs du processus. L'effroyable gâchis de la collectivisation forcée, avec ses millions de morts, et de l'industrialisation forcenée, sans mention de ce que cette politique de panique et de terrorisme bureaucratique devait aux aveuglements de la direction stalinienne dans la période précédente, et de la possibilité r4usée d'une autre politique préconisée par l'Opposition de gauche, devient ainsi le prix fatal de J'édification de l'URSS comme grande puissance industrielle. Sur ce second chapitre du livre et de J'Histoire, l'ultragauchisme se présente encore comme le simple reflet en négatif de J'approbation cynique, du type de celle de Sartre de 1956 qui écrivait encore qu'il n'y avait pas« d'autre socialisme, sauf au ciel de Platon ». Une direction bloquét
C'est au-delà de ces pages que commence J'apport positif du livre, constitué essentiellement de données chiffrées sur J'évolution organique du prolétariat soviétique et du schéma du fonctionnement d'une économie dont la bureaucratie est incapable de corriger les blocages, alors même que les causes de ceux-ci sont évidentes, même pour elle. Nombre de ces données son bien connues, mais l'intérêt du livre est qu'il les rassemble sous une forme resserrée.
D'abord la croissance du prolétariat. De 1926-1927 à 1940, le nombre des ouvriers était passé de 3,6 millions à 10 millions, et les salariés étaient 29 millions en 1937. Cette croissance signifie que la nouvelle classe ouvrière est alors, dans sa masse, composée de paysans prolétarisés (en particulier par la violence effrayante de la collectivisation forcée), et là est la base de J'explication (d'ailleurs donnée de longue date par notre mouvement> du recul profond de la conscience de classe en ce prolétariat tout neuf. Ceci, joint à la décimation de l'avant-garde ouvrière dans la guerre civile, qu'elle gagna avec son sang, puis de la montée massive de J'essentiel de ce qui restait dans J'appareil d'Etat, au sens large, permet de comprendre pourquoi cette immense masse humaine sans tradition et sans direction subit passivement la folle terreur des années trente. La ponction de vingt millions de morts de la guerre amena à un recommencement du phénomène de « reconstruction de la classe », sa croissance étant de 8,5 millions de 1946 à 1950 (dont deux millions par an en 1949 et 1950) (p. 33).
Toutefois, pour obtenir ce bouleversement social et y ployer tant d' hommes, il fallut le joug d'une terreur sans précédent dans l'Histoire : une législation du travail qui faisait des prolétaires des quasi-esclaves, la déportation d' une dizaine de millions d'être humains vers un travail forcé, pire, lui, que celui des esclaves du passé et, au-dessus, dans J'empyrée du pouvoir, J'autre volet de la terreur, celle des purges politiques et des procès.
Après la Deuxième Guerre mondiale, le même scénario se répéta, mais fut interrompu par la mort de Staline, liquidé à son tour par ceu x qu'il s'apprêtait à liquider, et qui, écrit A vtorkhanov, n'étaient plus « des nigauds d'idéalistes » ni des 11 eunuques politiques » mais « ses doubles spirituels, des hommes qu 'if avait forgés à son image criminelle, dans t'action comme dans la pensée (2) ». Ceux-là comprenaient en même temps que le régime ne pouvait se perpétuer dans la terreur généralisée et que, sans réformes, son effondrement était prévisible.
Mais, cependant, on peut dire que c'est à partir de cette « déstalinisation» que les contradictions du système bureaucratique apparaissent de façon pure. En effet, ce n'est qu'à ceux qui ne comprenaient pas la véritable nature de la bureaucratie soviétique que J'essor de Khrouchtchev parut ouvrir un période où 11 une profonde réfo rme de la société semble possible 11. Ce changement était impossible, non pas parce que les dirigeants aformés à t'école stalinienne 11 ne pouvaient le concevoir « qu'imposé par le haut. par la force s i nécessaire 11 (p. 35), mais parce que la logique de réformes fondamentales entrait en contradiction avec le caractère parasitaire de la bureaucratie.
Jacques Sapir écrit : « L'économie soviétique est dite centralement plan(fiée et les moyens de l'activité économique sont entre les mains de l'Etat. Celui-ci est propriétaire de la quasi-totalité des moyens matériels de production. /If/xe les prix des produits (à t'exception de ce qui est vendu sur les marchés kolkhoziens), les quantités et les normes de qualité. Il gère les flux f inanciers à .travers un organisme centralisé, le Gosbank. qui assume la totalité des fon ctions monétaires, de l'émission de la monnaie au crédit aux entreprises et aux particuliers . Enfin il possède les moyens de gérer les hommes. Que ce soient les responsables, qui sont nommés à travers une succession de listes de postes et de candidats, tenues et mises à jour par les organisations régionales et nationales du parti. ce que l'on appelle la Nomenklatura. Que ce soient les travailleurs dont les mouvements sont, en théorie, limités par le livret du travail. le passeport intérieur. Pourtant, l'Etat soviétique ne parvient pas. malgré la puissance des moyens dont il dispose, à maÎtriser le fonctionnement d'ensemble de t'économie, qui repose de plus en plus sur des procédures et des comportements plus ou moins étrangers au plan central, voire en opposition ou en contradiction avec lui. Autant et peut-ètre plus qu'une logique centralisée, c'est la confrontation de multiples logiques autonomes, qu 'elfes émanent des bureaux centraux, des dirigeants d 'entreprises, des travailleurs, qui règlent la marche de l'économie soviétique. non sans heurts, incohérence, inertie et gaspillages (pp. 33-39). 11 Cette page résume ce que développent les chapitres suivants.
L'économie de J'URSS est en principe planifiée, mais une planification véritable exige que l'information soit véridique, du haut en bas de J'appareil de production, que J'intérêt général domine les intérets particuliers à partir des consciences de La classe, que la régulation soit démocratique et non autoritaire. Tout cela, la bureaucratie ne peut J'accepter sans se condamner en tant que telle.
Sa stabilisation actuelle a été obtenue par la fin de la terreur en son sein, qui a exigé, en revanche, ce que Staline n'admettait pas, à savoir l'institution d'un compromis permanent entre les différents secteurs bureaucratiques. Mais ce compromis ne se réalise qu'aux dépens de J'unité de décision que réalisait- de plus en plus mal, il est vrai, et de plus en plus difficilement- la terreur.
Le compromis signifie que la part doit être faite au parasitisme particu lier de chaque secteur bureaucratique, de chaque niveau, de chaque industrie, de chaque usine.
Les exigences centrales elles-mêmes, qui représentent l'intérêt général de la bureaucratie, et qui s'expriment dans la priorité sans cesse relancée des biens de production, à l'industrie lourde et, finalement, à la production militaire, ne sont satisfaites qu'au prix de concessions à l'anarchie des clans et au gaspillage de chaque unité économique soucieuse de ses seules normes formelles, couvrant son écumage, et, pour les remplir, prête à toutes les tricheries, voire à toutes les illégalités, car, par son principe même, la bureaucratie est sans morale.
Ainsi se constitue une veritable nouvelle féodalité de type asiatique, où la formidable puissance centrale repose su r J'équilibre tourbillonnaire de J'anarchie des intérêts opposés-complémentaires des potentats économiques et politiques, agissant en tant que groupes de pression d'intérêts communs.
Comme Jacques Sapir doit Je souligner (bien que cela contredise sa théorie du « capitalisme d'Etat»), cette économie fonctionne « à l'inverse de ce qui se passe dans les pays capitalistes 11 (p. 72). Le problème n'est pas là celui de la vente (qui est assurée), de J'écoulement de la production (Ja demande n'est jamais satisfaite), mais des
ressources nécessaires à la production, des matières premières à la force de travail en passant par le crédit.
De là son développement selon des « logiques autonomes », véritable phénomène cancéreux qui sape la planification et fait place aux productions parallèles et à une circulation marchande qui pousse dans le sens d'une véritable économie mixte.
Plus que le gaspillage, énorme et généralisé, plus que la corruption et les pertes hors du circuit planifié, ce qui grippe de plus en plus ce système, c'est qu'il fonctionne dans l'aveuglement, chaque cellule économique du corps bureaucratique trichant et mentant dans l'égoïsme des micro-structures et dans l'irresponsabilité des « responsables ». Par l'absurde, le système prouve que l'économie planifiée ne peut fonctionner que sous les millions d'yeux d'Argus de l'autogestion.
Ce char brinqueballant ne tient qu'à coups de redressements contradictoires, dont chacun aggrave finalement la situation au-delà de chaque correction dont le remède est passager.
Mais la politique de compromis entre groupes bureaucratiques a été la condition de la marge de manœuvre ouverte au prolétariat, d'autant que la croissance de celui-ci s'affaiblit (tendantiellement comme en Europe occidentale). Un prolétariat atomisé
Non seulement l'emploi est garanti en URSS, mais le manque de main-d'œuvre (que l'anarchie bureaucratique accroît) conduit à la rivalité des entreprises dans 1'« acquisition» des travailleurs qualifiés, à l'embauche excessive (par précaution), aux hauts salaires, au système des primes qui peuvent atteindre une proportion considérable du revenu ouvrier, enfin aux heures supplémentaires, parfois massives.
Cependant, comme la priorité de production des biens de production à l'encontre de celle des biens de consommation maintient la raréfaction des produits offerts aux travailleurs, les avantages obtenus en revenus monétaires s'avèrent assez vains. L'épargne augmente (on a vu qu' il en était de même en Pologne au milieu d'une quasi disette) et les prix des produits durables sont très élevés. Citons parmi ceux que donne
Sapir: un réfrigérateur. 229 % du salaire mensuel moyen. un poste de télévision couleur 430 %. et une voiture, type
Fiat 124. trente-six fois le salaire moyen.
L'insatisfaction ouvrière demeure donc et même grandit. en dépit de l'amélioration du niveau de vie ouvrier qui n'avait qu'en 1955 rattra~ le niveau de 1928. lui-même double de celui de
1913 auquel on était retombé en 1934.
mais qui a crû de façon constante ensuite jusqu'en 1975-1978. Après cette date . il semble qu'il se soit à nouveau bloque.
Cette insatisfaction est d'autant plus grande que la jeune génération. qui ne subit plus les effets des périodes de terreur de l'avant et de l'après-guerre, est désormais mieux formée sans que, pour autant, elle trouve devant elle un champ d'activité à la mesure de ses capacités et de ses besoins.
Ainsi, les données statistiques rapprochées montrent aussi du côté du monde ouvrier, une évolution irréversible vers le déséquilibrage du système.
Cependant, la lourde chape bureaucratique n'a pas laissé place à la moindre possibilité d'orga nisation autonome de la classe ouvrière. Les timides tentatives faites au sommet, entre 1954 et 1956, pour revigorer les syndicats, à la fois comme instruments de contrôle de la pression sociale et pour tenter de donner une certaine base populaire aux dirigeants post-staliniens, ont vite fait place au retour du contrôle le plus lourd, la soupape risquant de se transformer en brèche. L'explosion polonaise n'a évidemment, fait qu'accroître la vigilance antisyndicale des bureaucrates.
N'y a-t-il donc pas de luttes ouvrières en URSS?
Il y a des grèves. En général, elles sont de courte durée, sur des conflits du travail mineurs, et elles obtiennent le plus souvent satisfaction, quitte à ce que les « meneurs » soient ensuite licenciés. Si les conflits du travail ne se règlent pas vite, il est fait appel à la milice, et il peut y avoir des morts et une répression terroriste en profondeur quoique locale. Mais le livre de Sapir manifeste bien que l'on sait peu de choses sur ces sortes de conflits, tous entourés d'un épais mur de silence (3).
Les conflits du travail, en tout cas, jouent le rôle d'un avertisseur pour la bureaucratie qui y répond en général, après coup, par certaines concessions (ainsi en 1978, puis dans le «cours Andropov»).
Ce qui est grave, c'est qu'il n'y a plus en URSS de mémoire collective de la classe. De là la revanche de solutions individuelles à l'insatisfaction générale: par l'« ascension sociale» dans les filières du parti et de l'économie; par la participation au « clientélisme» établi autour de chaque groupe ou membre important de la Nomenklatura; enfin par la corruption et les voies illégales, ces dernières voies ouvrant potentiellement des brèches en direction d'une autre logique et système social.
La conclusion de Jacques Sapir est que l'URSS est 11 arrivée à un moment clé de son histoire 11. 11 La forme actuelle de la société, écrit-il, a été engendrée par les conflits qui ont vu une couche sociale. que t'on peut considérer comme une classe.
asseoir sa domination sur la majorité de la population. L'industrialisation dans les années trente a entraîné le développement de formes particulières de rapports sociaux. marquées par la mobilité verticale et le clientélisme. Mais. au moment même où cette classe était victorieuse. oû elle fondait la durée de sa domination, les conditions de cette dernière étaient remises en cause. En d'autres termes. la réalisation de t'industrialisation de t'URSS sign({le qu 'on y gère désormais ce qui a été construit. Le passage à une phase de maturité nécessite une transformation de nombreux rapports sociaux. Cette nécessité, à t'ordre du jour depuis le début des années soixante, n'a tou;ours pas abouti. L'inadaptation de nombreux aspects de la société à la situation actuelle se traduit par des crises localisées . La logique économique centrale a de plus en plus de mal à s'imposer aux autres logiques (pp. 117-118). 11
On ne saurait plus succintement dire la contradiction entre l'infrastructure économique de cette société et le système politique qui la domine. Mais, de là, J. Sapir trace une alternative d'autoréforme ou de retour à une politique de contraignement terroriste fondée sur les menaces extérieures et, par conséquent, une marche vers la guerre.
Pour nous qui de par notre analyse de la bureaucratie considérons l'autoréforme comme exclue, l'alternative se présente tout autrement, comme enjeu de la révolution antibureaucratique inévitable, enjeu en partie dépendant de l'issue de l'autre crise: celle du système capitaliste impérialiste.
3. Cf. dans Uonide Plioutch, " Dans le carnaval de l'Histoire "• éd. du Seuil, le récit de très viol en tes luttes grévistes que la dissidence parvenait à connaître sans pouvoir y intervenir.